Conduire son exploitation viticole selon les principes de l’agriculture biodynamique

Approche sensible ou délirante, synonyme de liberté ou de poudre de perlimpimpin, la biodynamie divise toujours autant malgré un nombre d’adhérents croissant.
Revenons sur cette pratique révélée par l’intellectuel autrichien Rudolph Steiner au début du XXème siècle.

LE RESPECT DES PRINCIPES DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE

La base de toute démarche biodynamique s’inscrit dans la continuité des bonnes pra­tiques agricoles et dans le respect de la réglementation bio. C’est pourquoi, il faut être engagé en Agriculture Biologique pour pouvoir prétendre à une labellisation en biodynamie.

L’approche agronomique de la biodynamie doit s’épanouir dans les différents piliers exis­tants de l’Agriculture Biologique :

  • Le choix du matériel végétal approprié.
  • Le rétablissement et l’entretien de la fertilité des sols en nourrissant le sol qui nourrira la plante.
  • Le travail du sol de manière superficielle et sur un sol bien ressuyé.
  • L’entretien de la biodiversité grâce à des pratiques comme l’enherbement ou la mise en place de haies.
  • La prophylaxie et une vision globale de son vignoble (pratiques agricoles adaptées au milieu, favoriser le développement des auxiliaires).

LES PRÉPARATIONS BIODYNAMIQUES

La préparation « bouse de corne » ou « 500 »

Cette préparation favorise l’activité micro­bienne du sol et la formation d’humus. Ainsi, l’objectif recherché se situe sur la structura­tion et la fertilité des sols.

Elle est obtenue à partir de bouse de vache après fermentation dans une corne de bovin enterrée dans le sol durant tout un hiver. Par la suite, la préparation est dynamisée afin d’être activée. Pour cela, la bouse fermentée est mélangée à de l’eau pure à 37°C grâce à une alternance vortex/chaos pendant une heure.

Dans la majorité des situations, il est recom­mandé d’appliquer cette préparation à hauteur de 100 g/ha dans environ 35 L d’eau. L’applica­tion est renouvelée environ deux fois par an, lors du débourrement et après vendanges, sous forme de grosses gouttes, préférentielle­ment en soirée sur un sol humide et réchauffé. Le délai entre la fin de la dynamisation et l’application ne doit pas dépasser une heure.

La « silice de corne » ou « 501 »

Contrairement à la préparation « bouse de corne », la préparation « silice de corne » s’adresse directement à la partie végétative de la vigne dans l’objectif de favoriser la structure et la santé de cette dernière.

Pour l’obtenir, du quartz finement broyé est placé dans une corne de bovin qui est elle-même enterrée dans le sol durant l’été. A l’issus de cette étape, la « silice de corne » est dynamisée pendant une heure, avant d’être pulvérisée sous forme de brume, tôt le matin, à hauteur de 4 g/ha dans 35 L. La période la plus propice à l’application de cette préparation se situe du stade 4-5 feuilles jusqu’à floraison

Le compost biodynamique

Il s’agit d’un compost dans lequel est introduit six préparations de plantes aux propriétés variées. Ces préparations sont destinées à orienter l’évolution du compost de façon équi­librée mais permettront également une meil­leure mobilisation des éléments du sol.

La « bouse de corne préparée »

La « bouse de corne préparée » ou « 500P » est une préparation proche de la « 500 » dans laquelle sont ajoutées les six préparations de plantes initialement destinées au compost biodynamique. L’ajout à la « 500 »se fait dès le début de la dynamisation.

Côté cave, la biodynamie va plus loin que la bio en limitant d’avantage le recours à certaines techniques ou additifs (cahier des charges consultable sur internet). Par exemple, les rouges certifiés en biodynamie ne peuvent contenir que 70 mg/l de sulfites (contre 150 mg/l en bio). Les rythmes cosmiques peuvent également avoir une influence sur les choix des jours de soutirages, de mises en bouteille ou de dégustations.

LES RYTHMES COSMIQUES

Dans une recherche de compréhension tou­jours plus poussée de l’environnement proche et lointain (voire très lointain), la biodynamie intègre à ses pratiques viticoles les rythmes cosmiques. Ils sont nombreux (rythmes sidéral, synodique, zodiaqual…) et compilés dans des calendriers pour guider leurs utilisateurs.

Les conditions agropédoclimatiques du moment (annonce de pluies, sols ressuyés…) prévalent toujours sur les postulats issus des réflexions biodynamiques, mais les rythmes peuvent orienter la réalisation de certains gestes comme la taille, le travail du sol, le com­postage, les traitements phytosanitaires… Il est communément appliqués certains principes tels que :

  • Eviter de travailler les jours de noeuds lunaires et planétaires.
  • Raisonner les traitements antifongiques en anticipation d’une pleine lune et de son périgée (le moment où la distance entre la Terre et la lune est la plus faible). En effet, la lune est liée au monde de l’eau et agit sur le monde cryptogamique dont la virulence des attaques est également assujettie à l’eau.
  • Travailler ou favoriser ce qui est lié au sol en lune descendante (plantations, taille, apport de compost…).
  • Travailler ou favoriser ce qui est aérien en lune montante (traitements phytosanitaires…).

On parle de super lune quand les deux phénomènes, pleine lune et périgée, sont combinés : c’est d’ailleurs le cas les 27 avril, 26 mai et 24 juin 2021 !

L’UTILISATION DES EXTRAITS VÉGÉTAUX

Les extraits végétaux sont des substances comportant des actifs biologiques, leur procu­rant diverses propriétés allant de l’amélioration du fonctionnement de la plante à la perturba­tion du développement des maladies. Les pré­parations peuvent être de différentes formes : jus pur, infusion, décoction, macération… Le choix a été fait de présenter deux exemples d’extraits végétaux fréquemment utilisés sur les exploitations en Biodynamie.

La Prêle des champs et son action contre le mildiou

La Prêle des champs est connue pour son action préventive anticryptogamique, notam­ment contre le mildiou. Au-delà de son effet antisporulant, elle aiderait aux durcissements des cuticules cellulaires, rendant plus difficile la pénétration du champignon dans la plante.

La décoction est réalisée à partir des tiges de Prêle des champs. La préparation consiste à cuire dans un récipient couvert, 100 à 150 g de plantes séchées dans 3 à 5 L d’eau. La prépa­ration est maintenue entre 90 et 100°C durant environ 45 minutes. Une fois refroidie, elle est filtrée puis diluée au 1/10. Il est alors recom­mandé de réaliser trois applications foliaires par an (avril, mai et juillet), tôt le matin, en s’approchant des 30 à 70 L/ha.

L’extrait de prêle des champs est inscrit comme substance de base et réglementé pour une dose de 0.2 à 0.6 kg/ha de substance active, 2-6 applications à 7 jours d’intervalle.

La Matricaire camomille et ses effets sur les vignes souffrant de sécheresse

La Matricaire camomille est reconnue pour ses effets biostimulants. En effet, elle possède des vertus rafraîchissantes et des effets favorables sur les vignes souffrant de sécheresse avec des difficultés pour arriver à maturité.

L’extrait de Matricaire camomille est préparé sous forme de tisane, après infusion de 10 à 50 g de fleurs sèches dans 3.5 L d’eau. La tisane est alors diluée dans plus de 180 L d’eau avant d’être pulvérisée sur la végétation, à hauteur de 50 à 60 g/ha, le soir, durant la période estivale.

La matricaire camomille en association avec l’achillée millefeuille semble également inté­ressante en prévention des « coups de chaud ».

Attention : L’utilisation des extraits végétaux doit rester prudente. Ces derniers ne remplacent ni une observation de qualité, ni à la mise en place de mesures p rophylactiques comme l’épamprage, ni l’efficacité de certaines substances actives…
L’utilisation des extraits végétaux est également soumise à des aspects réglementaires.

SCEA Hospitalet – Gérard Bertrand / © photo : CA11

CONCLUSION ET POINTS CLÉS POUR UNE CERTIFICATION EN BIODYNAMIE

Le socle de la Biodynamie correspond aux respects des bonnes pratiques agricoles telles que l’observation, la mise en place des mesures prophylactiques, la réalisation de traitements phytosanitaires raisonnés…

  • Il est indispensable d’être engagé en Agriculture Biologique.
  • Toutes les surfaces productives doivent recevoir au minimum une fois par an les préparations biodynamiques : 500, 501, compost biodynamique ou 500P.
  • L’utilisation de cuivre à la vigne est limitée à 3kg/ha/an.
  • Des cahiers des charges spécifiques sont dédiés à la vinification. Les doses en S02 sont réduites.

 

POUR ALLER + LOIN :

Les différentes Chambres d’agriculture et réseaux partenaires organisent des formations « Introduction à la biodynamie » et « Perfectionnement des pratiques biodynamiques ».

 

SOURCES

  • Biodynamie, la méthode qui change le vin, La RVF n°647, 2021
  • Viticulture et vinification sur un domaine Demeter, Demeter, 2020, https://bit.ly/2SomKir
  • Les extraits végétaux en viticulture, Chambre d’agriculture Pays de la Loire, 2019, https://bit.ly/3vahhsQ
  • Influences cosmiques en biodynamie, Association Biodynamie Recherche, 2019, https://bit.ly/3ivdjs8
  • Guide pratique pour l’agriculture biodynamique, Pierre MASSON, réédition 2018
  • Vinification et biodynamie, MABD en partenariat avec la FNAB, 2015, https://bit.ly/2Sh8AzO
  • 100 jeunes chefs qui bougent les lignes, Gault&Millau n°61, 2013
  • Quand la vigne à rendez-vous avec la lune, Vitisphère, 2006, https://bit.ly/3pCNDvc
  • Biodyvin, https://bit.ly/3ziWIxC
  • Vin bio / vin Demeter : quelles différences, Demeter, https://bit.ly/3pGRQOl