Des résultats innovants dans la protection intégrée de l’amandier en AB
SYNTHÈSE DES TRAVAUX MENÉS POUR LUTTER CONTRE LES RAVAGEURS ET MALADIES DANS LE CADRE DU PROJET LEVEAB (1)
La filière Amande française connaît ces dernières années un renouveau. Les projets de plantation se multiplient, notamment en AB, sur tout le bassin de production. En bio, les producteurs.rices doivent faire face à de nombreux défis techniques. Les moyens de lutte contre les ravageurs et les maladies sont peu nombreux et présentent des efficacités relatives. C’est pourquoi la relance de la filière nécessite le concours de la recherche.
Plusieurs programmes d’expérimentation sont actuellement en cours. Parmi eux, le projet LEVEAB, Lauréat du CasDAR (2), a été présenté le 6 février 2024 à l’INRAE d’Avignon aux acteurs de la filière, lors d’un Colloque dédié à l’amande bio française. Mené sur 3 régions (PACA, Occitanie et Sud Rhône-Alpes), le projet a mobilisé 13 partenaires (3) pour une durée de 3 ans et demi (2021-2024). Parmi eux, 3 organismes d’Occitanie étaient mobilisés : la Chambre Régionale d’Agriculture, le CivamBio 66 (Pyrénées-Orientales) et le Biocivam 11 (Aude).
Produire des amandes, notamment en bio, est tout sauf facile. Certes, l’arbre est bien adapté à la région méditerranéenne, mais il est aussi victime de maladies et de ravageurs, plus présents avec le changement climatique.
Diverses méthodes et produits alternatifs innovants, visant à lutter contre les bioagresseurs en vergers d’amandiers, ont été expérimentés durant le projet, aussi bien en laboratoire que sur le terrain, par des essais conduits en stations expérimentales et chez les producteurs.rices.

ESSAIS DE PRODUITS ALTERNATIFS POUR LUTTER CONTRE EYYTOMA AMYGDALI EN AB
Les dégâts provoqués par la guêpe de l’amandier, Eurytoma amygdali, peuvent affecter jusqu’à 80% de la production en l’absence d’interventions. Eurytoma est réparti sur l’ensemble du bassin Méditerranéen français, de la Provence aux Pyrénées-Orientales, et sévit également dans le sud de l’Espagne depuis 2010. Son cycle se caractérise par des émergences en France autour de la mi-avril, date qui dépend fortement des conditions climatiques (DHILLIT-LEMONNIER et al, 2021).
Les traitements contre Eurytoma sont raisonnés en fonction des données météo locales et du cycle du ravageur (dispositif de suivi de boîtes/bouteilles d’émergences des adultes). Les partenaires de LEVEAB ont testé plusieurs stratégies de lutte reposant principalement sur l’utilisation de barrières physiques, notamment l’argile (Kaolinite calcinée). En cas de forte pression du ravageur, la stratégie recommandée est de faire un premier traitement à 50 kg/ha d’argile, suivi de une à deux autres applications dosées à 30 kg/ha espacées d’environ 1 à 2 semaines (selon les conditions de lessivage). Le premier traitement est positionné dès l’apparition des premiers individus femelles dans les boîtes ou bouteilles d’émergence.
Après des dizaines d’essais de différents produits, voire de combinaisons de produits, tels que l’argile, les huiles essentielles ou encore des insecticides naturels, une première conclusion apparaît : l’argile semble tirer son épingle du jeu. Encore faut-il respecter le nombre et la fréquence des applications.
L’efficacité de l’argile semble diminuer lorsque la pression sanitaire augmente. Un essai comparant 2 passages en sens inverse à 25 kg/ha de produit chacun, au lieu d’un seul passage à 50 kg/ha ne met pas en évidence de différences significatives. Il n’y a pas suffisamment de références sur le gain d’efficacité éventuel avec l’ajout d’un adjuvant.


D’autres types de barrières physiques ont été testées (Chaux éteinte Ca(OH)2 : BNA Pro (liquide, 600 g/l) et CALCIBLANC (poudre, 95 %). Sur un essai (avec DECCOSCREEN et CALCIBLANC), nous n’obtenons pas de différence significative avec la référence Argile : efficacité comparable.
3 essais comprenant 2 applications d’argile (à 50 kg/ha) associées au Success (à 0,2 l/ha) apportent des gains d’efficacité par rapport à l’argile seule, gain allant de 17 à 48 %.
Enfin, l’argile a été testée avec des huiles essentielles (HE) dosées à 60 ml/ha en majorité. Parmi 11 huiles essentielles testées, ce sont le Géranium et le Palmarossa (géraniol), ainsi que l’oignon et le romarin qui paraissent les plus efficaces. Les mélanges d’HE ne semblent pas apporter de plus-value par rapport aux huiles seules. Nous n’observons pas non plus d’effet supplémentaire en augmentant la dose d’HE de 60 ml/ha à 120 ml/ ha
D’AUTRES ALTERNATIVES À L’UTILISATION DE BARRIÈRES PHYSIQUES :
3 volets de recherche sont développés en laboratoire :
1. L’identification de molécules de kairomones (4), substances émises par l’amandier qui pourraient attirer le ravageur Eurytoma amygdali et qui seraient utilisées pour un piégeage de masse du parasite.
2. La recherche de phéromones de marquage de ponte (substances chimiques émises par Eurytoma) comme molécules répulsives.
3. La recherche de parasitoïdes. Actuellement il n’existe pas de parasitoïdes inféodés à Eurytoma et les travaux de recherche sont chronophages, notamment sur le développement des stratégies de lâchers de ces parasitoïdes oophages (5).
Plusieurs expérimentations ont été menées en vergers avec :
-> Des essais préliminaires d’utilisation de COV (Composés Organiques Volatiles (6)). Un essai préliminaire a été effectué avec 3 COV identifiés comme répulsifs ou attractifs. Le dispositif de l’essai n’a pas été suffisant pour mettre en évidence un effet attractif ou répulsif des molécules testées en application directe à la concentration de 50 μl/ml.
-> 3 essais préliminaires d’hormones anti-oviposition (7). Les 2 essais avec pulvérisation au solo à dos n’ont pas donné de résultats concluants. A l’inverse 1 essai où l’application est réalisée manuellement sur fruit (vaporisateur) soit avec une solution directe PAO à 1mg/l soit avec une solution avec extrait de macérat d’abdomen d’Eurytoma, nous obtenons des efficacités respectives de 77 et 88%. Ce constat peut s’expliquer par une concentration insuffisante des dépôts sur le fruit avec les essais en pulvérisation au solo à dos.
La piste la plus prometteuse semble être la recherche de kairomones. En effet, lorsque l’insecte pond, il laisse des phéromones pour indiquer que l’amande est occupée. Les autres pondeuses s’en détournent alors. Les chercheurs vont mettre au point un « cocktail » qui devra avoir le même effet.
La pose de filets est aussi une méthode intéressante dans un contexte réglementaire proposant moins de disponibilité de molécules. Celle-ci permet une protection contre les divers autres ravageurs : Monosteira (faux-tigre), cicadelles, … Cependant, l’investissement est lourd et le filet ne s’adapte qu’aux amandiers plantés en haies fruitières.
RÉSULTATS ET PISTES D’ÉTUDES SUR FAUX TIGRE ET CICADELLES
En cours de projet, le faux tigre de l’amandier et la cicadelle verte ont été intégrés aux essais, car dans certains vergers ils se sont révélés bien plus problématiques. L’ensemble des essais ont révélé la kaolinite comme une stratégie pertinente pour limiter les dégâts. Appliquée avant l’arrivée du faux tigre, on obtient une efficacité moyenne de 50% sur la présence de dégâts importants par au témoin non traité (TNT). L’ajout d’une huile essentielle (HE) à l’argile n’a pas montré d’efficacité supplémentaire. L’application foliaire de nématodes au printemps peut être efficace, seulement lorsque l’on dispose des bonnes conditions d’application (humidité prolongée).
Dans un contexte de faible pression, la kaolinite peut aussi être une solution contre la cicadelle. Cependant, les essais ont montré la nécessité de bonnes conditions d’application.



RÉSULTATS ET PISTES D’ÉTUDES SUR MALADIES
Un critère important à considérer dans le contrôle des maladies est la résistance variétale : le programme LEVEAB a permis aux amandiculteurs et aux techniciens d’apprécier le comportement des variétés vis-à-vis des maladies dans les conditions pédoclimatiques du sud de la France. Quel que soit le niveau de résistance, la protection sanitaire reste indispensable.
STRATÉGIE SUR LES MALADIES DE BLESSURE : MONILIOSE ET FUSICOCCUM
Elle repose sur des méthodes de lutte prophylactiques. Il est recommandé de choisir une parcelle exposée au vent (éviter les zones humides et les bas fonds). Éviter de trop densifier la plantation sur le rang et optimiser la conduite de la taille en favorisant des puits de lumière. Enfin, en cas de premiers foyers détectés, il est indispensable d’éliminer l’inoculum présent par la taille, puis le brûlage des rameaux atteints par le fusicoccum (opération indispensable en verger à fort inoculum).

STRUCTURER LA FILIÈRE POUR FAIRE EXISTER UNE AMANDE BIO OCCITANE
Relancer une filière agricole n’est pas simplement synonyme de maîtrise technique. Il s’agit également d’organisation, de matériels et d’équipements adéquats, de prix rémunérateurs, de visibilité sur les marchés, … C’est pourquoi en parallèle de leur participation au projet LEVEAB, le CivamBio66 et le Biocivam 11, accompagnent depuis 2018, un groupe régional de producteurs.rices d’amandes bio regroupé.e.s au sein d’un GIEE nommé «Initiative Bio Amandes». L’accompagnement de ce collectif a permis d’initier la structuration d’une filière locale en Occitanie à travers : la relance de l’UPARO (Union des Producteurs d’Amandes du Roussillon et d’Occitanie), l’organisation de journées d’échanges techniques, de démonstrations de matériels, de visites de terrain et d’un voyage d’étude en Catalogne Sud, de formations spécifiques (taille, prix de revient), … Aujourd’hui, cette dynamique se poursuit autour d’un collectif resserré de 6 producteurs/trices , principalement situées dans l’Aude et le Tarn ayant pour objectif de poursuivre le travail de structuration précédemment engagé par la création d’une marque collective afin d’ améliorer la visibilité d’une amande bio occitane de qualité, en vue d’une meilleure valorisation par un prix juste et rémunérateur. Les producteurs sont également en train de s’équiper afin de pouvoir réaliser le cassage de leurs amandes dans leurs fermes respectives en mutualisant du matériel. D’autre part, la création d’un nouveau GIEE Amandes Bio Occitanie pour 2024/2025 permettra aux producteurs de consolider leurs pratiques, mais également de continuer à structurer la filière bio.
Contacts :
Margaux ALLIX (CivamBio 66) et Gwenaëlle DIDOU (Biocivam 11)

Protection du verger : lutte conjointe de ces maladies avec 2 à 3 interventions selon conditions climatiques pendant la période de floraison, du stade E à H. Les spécialités à base de cuivre ne sont autorisées que contre la bactériose. Jusqu’au stade G, de nombreuses spécialités à base de sulfate de cuivre peuvent être utilisées ou encore l’usage de l’oxyde cuivreux (NORDOX 75 WG® est un fongicide de contact à effets préventifs et curatifs)…
Le polysulfure de calcium (Curatio®) en curatif juste après une pluie présente une efficacité sur monilia (références abricotier), donc il est possible de compléter les cuivres avant pluie par du Curatio® après pluie puisqu’il y a la dérogation d’emploi sur amandier en 2024. Cependant, en cas d’attaque importante de fusicoccum sur une parcelle, ces interventions en AB ne sont pas suffisantes. Par contre, elles devraient permettre à un verger propre de ne pas décrocher.
STRATÉGIE SUR LES MALADIES DE CONTACT : ROUILLE ET CORYNEUM
Pour ces maladies du feuillage, 2 essais BPE (Bonnes Pratiques Expérimentales) conduits sur coryneum, montrent la phytotoxicité du cuivre sur amandier, d’où l’importance des conditions et des doses d’utilisation. Curatio® montre une efficacité sur rouille sur des espèces fruitières (avec une dérogation sur amandier). On connait également sur rouille l’importance du Manganèse et du Zinc (essais sur abricotier notamment), d’où la possibilité de faire 2 ou 3 application d’un engrais foliaire, surtout en cas de déficit dans les feuilles de ces deux éléments minéraux.
1. Lever les Verrous à la culture de l’Amandier en Agriculture Biologique
2. Compte d’affectation spécial pour le développement agricole et rural
3. CETA de Cavaillon, Biocivam11, CivamBio66, Chambre d’agriculture 13, Chambre d’agriculture 26, Chambres régionales d’agriculture d’Occitanie et de PACA, GRAB Avignon, GRCETA Basse-Durance, INRAe, La Compagnie des amandes, LEGTA d’Aix Valabre, Station expérimentale La Pugère
4. Substance, parfois odorante, produite par les individus d’une espèce, qui induit, chez ceux d’une autre espèce, un comportement défavorable à l’espèce émettrice, mais parfois bénéfique à l’espèce réceptrice.
5. Les parasitoïdes oophages se développent aux dépens d’oeufs d’insectes ou d’araignées et sont parasites de l’oeuf à la nymphe. Il s’agit le plus souvent d’insectes de l’ordre des Hyménoptères (telles que les micro-guêpes de la famille des Trichogrammatidae).
6. Les composés organiques volatils, ou COV sont des composés organiques pouvant facilement se trouver sous forme gazeuse dans l’atmosphère terrestre. Ces médiateurs chimiques permettent aux insectes et aux plantes de communiquer.
7. Hormones anti-oviposition : hormones ayant pour effet d’empêcher le dépôt d’oeufs (ici dans l’amandon)
BIBLIOGRAPHIE :
- DHILLIT-LEMONNIER, Cora, JALOTO, Pedro, LEVEQUE, Apolline, et al (2021). Rapport technique-Projet d’élèves ingénieurs n [9] Recensement de l’impact et des méthodes de lutte du ravageur de l’amandier Eurytoma amygdali (guêpe de l’amande).
- Guide SudArbo® – Guide de la protection raisonnée et biologique en Languedoc Roussilon – 2024
https://vu.fr/ZIult - Fiche SudArbo® 2012 : Chancre à Fusicoccum du pêcher et de l’amandier
https://vu.fr/CQfUJ - BSV Amandier Provence
Par Margaux ALLIX, CivamBio66, Carole CALCET et Gwenaëlle DIDOU, Biocivam11 et Cédric PORTAL, Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie
Crédits photos : Shutterstock