Enquête production et commercialisation du miel en Occitanie 2023

Chaque année, l’ADA Occitanie diffuse auprès des apiculteur·rices de la région une enquête portant sur la production et la commercialisation du miel. Cette enquête permet d’acquérir des références régionales et d’avoir des données chiffrées permettant d’objectiver les retours de terrain dès la fin d’année puisque l’enquête est clôturée au mois d’octobre. En 2023, 72 personnes y ont répondu dont 37 en agriculture bio ou en cours de conversion. Les éléments présentés ici ne portent que sur l’échantillon de réponses pour la bio et conversion.

Sur les 37 réponses, 19 venaient de personnes ayant entre 150 et 399 colonies (51%), 8 avaient entre 50 et 149 colonies, 6 (dont 2 en conversion) avaient moins de 50 colonies et 4 avaient 400 colonies et plus. Les réponses proviennent de 12 des 13 départements occitans (pas de retours du Tarn-et-Garonne).

LA COMMERCIALISATION DU MIEL

Les tarifs de vente des miels dépendent bien sûr du circuit de commercialisation : vente directe (de l’apiculteur·rice au consommateur·rice final·e), demi-gros (vente dans le conditionnement final à un intermédiaire) ou vrac (vente en fût ou en seau). Les tarifs dépendent également du miel, les miels de colza, tournesol et printemps sont globalement moins bien valorisés. Afin de prendre un cas comparable et avec le plus de réponses possibles, on peut faire un focus sur le miel de châtaignier. Pour ce miel, le prix de vente TTC moyen en vente directe est de 19€/kg, 15€ en demi-gros et 11€ en vrac. Depuis 2 ans, les ventes et les cours des produits bio ont chutés. Cependant, dans notre panel de 37 réponses en apiculture biologique et 35 en non-labellisé, les tarifs en bio restent supérieurs aux ventes sans label bio. Ainsi, en vente directe pour l’exemple du miel de châtaignier, la plus-value du bio est de 19%, en demi-gros de 15% et en vrac la plus-value du bio est de 38%. Attention, il s’agit des retours pour 2023 avec une enquête close avant une baisse des tarifs et des volumes rapportés par des apiculteur·rices professionnel·les à l’automne 2023 pour le marché du vrac. Sur les volumes de vente, les retours sur les baisses des livraisons concernent surtout le demi-gros et le vrac, la vente directe se maintenant davantage grâce à la relation directe avec les consommmateur·rices et la confiance sur les produits et les modes de production.

En moyenne, les apiculteur·rices ayant entre 150 et 400 colonies vendent plus de la moitié de leur production en vente directe, pour les moins de 150 colonies ce sont près des 3/4 de la production qui sont vendus par ce circuit. Pour les plus de 400 colonies, moins d’1/4 de la production est vendue en direct. Le demi-gros représente autour d’1/3 des volumes de vente pour les plus de 150 colonies. La vente en vrac représente presque la moitié des volumes vendus pour les apiculteur·rices de plus de 400 colonies. Ces moyennes cachent de grandes disparités avec par exemple une personne avec moins de 50 colonies vendant l’intégralité de sa production en vrac alors que les autres personnes avec moins de 50 colonies vendent 100% en vente directe.

LA PRODUCTION DE MIEL

En 2023, les rendements en miel étaient sensiblement supérieurs à 2022 avec une moyenne de 15,74 kg de miel par colonie d’abeille mise en production de miel contre 14,13 l’année précédente. On notera toutefois que l’augmentation est plus marquée pour les apiculteur·rices de loisir et en pluri-activité que pour les apiculteur·rices détenant plus de 150 colonies en production. En effet, les apiculteur·rices détenant entre 150 et 399 ont une moyenne de production de 1kg de miel en plus par colonie mais les apiculteur·rices de 400 colonies et plus ont une moyenne inférieure de 1kg.

Si on regarde le nombre de personne plaçant leurs colonies sur chacune des miellées, on constate que la miellée de châtaignier est la plus sollicitée avec 23 réponses sur les 37 de l’échantillon. Viennent ensuite le Montagne (19 réponses), acacia et printemps (16 réponses), le miel d’été (14) et de bruyère blanche (13 réponses soit plus d’1/3 des répondant·es). 21 autres miels ont été mentionnés mais chacun par moins de 10 apiculteur·rices.
Cela met en avant la grande diversité des paysages et des ressources florales de la région. En effet, l’ensemble des miels cités sont produits en Occitanie même si l’acacia, le châtaignier et surtout la lavande sont aussi produits dans des régions limitrophes, Nouvelles-Aquitaine pour le châtaignier et l’acacia, PACA et AURA pour la lavande.

Les quantités moyennes de miel produit par colonie mise en production sur la miellée les plus importantes sont observés sur lavande (16kg/colonie), le miel de causse et de tilleul (environ 12,50kg/colonie). Les miels de châtaignier, de montagne et de tournesol, 3 miellées majeures en Occitanie, donnent en moyenne autour de 10kg de miel par colonie apportée sur ces miellées.

Lorsqu’on regarde les départements pour lesquels de nombreuses miellées sont possibles, les Pyrénées-Orientales se démarquent avec 19 miellées. Néanmoins, considérant les conditions de sécheresse extrême que le département a connu en 2022-2023, certaines miellées ont donné des rendements très faibles voire dans certains cas pas de récolte de miel du tout. Suivent l’Hérault et la Haute-Garonne avec 11 miellées chacun.

Les 2/3 des répondant·es estiment que leur production de miel en 2023 est en baisse par rapport à une année « normale », parmi lesquels près de 2/3 l’estiment même en forte baisse. Pour 20% des répondant·es il s’agit d’une année moyenne et 15% estiment avoir une production en légère augmentation. Néanmoins, il ressort que pour maintenir les volumes de miel produits, cela demande beaucoup plus de travail et de charge mentale qu’auparavant car les miellées sont incertaines et il faut savoir s’adapter au fil de la saison en fonction des conditions météorologiques en adaptant son circuit de transhumance et éventuellement en multipliant les miellées. De plus, même si de mauvaises conditions printanières peuvent être compensées par des miellées tardives, cela implique un allongement de la saison apicole et peut obliger de réorganiser la stratégie de lutte contre le varroa.

Par Anne Charlotte Metz, ADA Occitanie

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