Externalités de l’agriculture biologique – Retours sur les principaux résultats de l’étude de l’ITAB
En juin dernier, l’ITAB a présenté les résultats de son actualisation partielle de l’étude de 2016 « Externalités de l’Agriculture Biologique (AB) ». Cette actualisation a été réalisée avec l’appui de chercheurs de l’INRAE, de l’Inserm et de l’ISARA et a pris en compte 800 nouvelles publications scientifiques. Elle permet d’identifier comment les pratiques mises en oeuvre en AB favorisent ou au contraire dégradent : le sol, la biodiversité, le climat et la santé humaine par rapport à l’agriculture conventionnelle. En voici la synthèse.
BIODIVERSITÉ
Par rapport à une conduite en conventionnel, les effets de l’AB sont bénéfiques à la biodiversité pour l’abondance (nombre d’individus) avec +32 % en AB et la richesse spécifique (nombre d’espèces) avec +23 % en AB. Les effets sont prépondérants sur les plantes, et sont perceptibles pour une grande diversité de groupes taxonomiques et fonctionnels.
La biodiversité joue un rôle clé dans le fonctionnement des écosystèmes. Les parcelles conduites en AB ont des niveaux de service de pollinisation et de régulation naturelle supérieurs aux parcelles conduites en conventionnel.
SOL
L’AB abaisse significativement les niveaux de contamination des sols cultivés avec moins de résidus de pesticides (-30 % à -55 %) et à des teneurs moindres (somme des teneurs réduites de 70 % à 90 %).
Du fait de la réduction des apports d’azote, l’AB propose un modèle abaissant les pertes en nitrate de 30 à 60 % par rapport au conventionnel en grandes cultures.
En AB, les indicateurs de la biologie des sols sont améliorés dans 70 % des cas par rapport au conventionnel, de façon nette pour les micro- organismes, et ce malgré le travail du sol.
L’AB montre ainsi un effet généralement positif sur la qualité physique des sols et en conséquence des propriétés plus favorables en ce qui concerne la dynamique de l’eau dans l’agrosystème. La disponibilité de l’eau pour les plantes est généralement améliorée. Ces éléments sont également susceptibles de permettre de diminuer le risque d’érosion des sols.
CLIMAT
L’AB contribue à la réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) à l’échelle des parcelles cultivées, principalement en lien avec l’absence de fertilisation de synthèse et la faible disponibilité des Produits Résiduaires Organiques (PRO) qui sont à l’origine d’émissions moindres à la parcelle de N2O et de CO2. En conséquence, les productions végétales AB, dont les émissions sont essentiellement composées de ces deux GES, présentent des émissions moindres par unité de surface, de l’ordre de 50 %.
Enfin, les pratiques de fertilisation (PRO et légumineuses) en AB sont également à l‘origine d’une accumulation de carbone organique dans les sols, plus importante qu’en conventionnel. Si pour la quasi-totalité des productions, les émissions par hectare sont systématiquement inférieures en AB, la littérature montre que, par unité produite, les conclusions varient selon les catégories de produits, du fait des rendements plus faibles en AB. Toutefois, de récents travaux montrent que les productions végétales présentent, à quelques exceptions près, de meilleures performances GES quelle que soit l’unité fonctionnelle retenue. Pour les produits animaux, les effets sont hétérogènes : l’empreinte AB est légèrement meilleure en bovin viande, équivalente dans le cas du lait bovin lait, moins bonne en monogastriques.
SANTÉ
Du fait de l’interdiction de nombreux produits en AB et principalement les produits phytopharmaceutiques, de nombreux atouts pour la santé humaine de l’AB par rapport au conventionnel ont été identifiés, notamment pour les populations professionnelles les plus exposées, ainsi que les populations spécifiques telles que les riverains des parcelles agricoles, les mères pendant la grossesse, et les enfants (INSERM, 2021).
La population globale est aussi exposée aux résidus de produits phytopharmaceutiques, retrouvés dans les aliments, or en AB la fréquence de présence de ces résidus est diminuée de 30 %, avec également des concentrations moyennes de résidus inférieures observées, par exemple 100 fois inférieures à leurs équivalents conventionnels en fruits et légumes AB.
Le nombre de produits autorisés est également très restreint pour les additifs alimentaires et les auxiliaires technologiques dans la transformation des produits.
Par ailleurs, par son moindre usage d’antibiotiques, l’AB contribue moins au phénomène d’antibiorésistance, qui est un enjeu de santé publique croissant.
Il a également été identifié des intérêts nutritionnels des aliments bios avec plus de vitamines, de minéraux, d’anti-oxydants, et d’omega 3.


SOURCES :
- Dallaporta B., Gentil-Sergent C., Lacarce E., Cisowski, F., Vidal R., Sautereau N., 2024, Note synthétique | Quantification des externalités de l’Agriculture Biologique, 2024, ITAB, 4p, basée sur l’analyse de près de 800 articles scientifiques pour établir un état actualisé des connaissances scientifiques. Seule une sélection de références bibliographiques est mentionnée.
- Pour approfondir cette lecture, les chapitres et résumés des différentes thématiques abordées sont accessibles en ligne :
- https://vu.fr/UaVKm
Par Sara Brunel, Interbio Occitanie
Crédits photos : Shutterstock