FOCUS Technique : Entretien du sol comment limiter la consommation de gazole non routier ? Être efficace pour être économe !
L’ entretien du sol est souvent un changement majeur lors de la conversion à la viticulture biologique. Le règlement CE 834/2007 interdit le recours aux herbicides, qu’ils soient issus de la chimie de synthèse ou d’origine naturelle. Dès lors, la gestion des adventices repose sur l’entretien du couvert herbacé (couverts végétaux, enherbement….) et sur le travail mécanique du sol.
Si l’arrêt de l’utilisation d’herbicide répond à un des principaux enjeux environnementaux de l’agriculture (pollution de la ressource en eau), il a souvent pour conséquence une augmentation du nombre d’interventions et de la consommation de Gazole Non Routier (GNR). Or, l’utilisation raisonnée de ressources non renouvelables est une préoccupation des agriculteurs biologiques. L’optimisation du raisonnement des stratégies d’entretien du sol permet de concilier performance agronomique et économie de carburant.
LA STRATÉGIE TRAVAILLER MOINS POUR CONSOMMER MOINS !
Les interventions d’entretien du couvert herbacé (roulage, fauchage…) consomment moins de GNR que les opérations de travail du sol. Les stratégies qui limitent les interventions de travail du sol sont donc à privilégier pour réduire la consommation de GNR.
La figure 1 compare les consommations de deux domaines aux stratégies opposées: le domaine A travaille les sols toute l’année pour limiter au maximum la concurrence des adventices, alors que le domaine B gère un couvert d’engrais verts, semé à l’automne et roulé au printemps et en été. Attention : les stratégies qui maintiennent un couvert herbacé toute l’année ont souvent un fort impact sur la vigueur et le rendement de la vigne. Ces stratégies particulièrement économes en GNR ne sont pas adaptées à toutes les situations.
Cependant, entre ces deux cas extrêmes, de nombreuses stratégies permettent de limiter les interventions de travail du sol.
Par ailleurs, la conversion à la viticulture biologique entraîne de nombreux changements à l’échelle de l’exploitation viticole: investissement en matériel, changement des pratiques de protection de la vigne (voir Mag’ Conversion n°10, août 2018), voire parfois, changement des itinéraires techniques de vinification et des circuits de commercialisation… Il convient donc de limiter au maximum les changements secondaires non indispensables au passage en bio.
Même si les méthodes disponibles ne sont pas les mêmes (herbicide par exemple), la stratégie d’entretien du sol pendant la période de conversion peut être la même qu’avant. Les changements de stratégies pourront venir dans un second temps.

BON A SAVOIR
La FR CUMA Occitanie (en collaboration avec la CUMA Méditerranée, la CUMA Gers-Pyrénées, la CUMA Gironde, les chambres d’agriculture de l’Hérault et de la Gironde et l’IFV) ont publié en septembre 2018 un guide technique «Désherbage mécanique de la vigne : choisir ses outils interceps ».
En plus de présenter les caractéristiques techniques des principaux outils du marché, ce guide rappelle les bonnes pratiques de réglages des outils interceps. Un outil précieux dans le choix et l’utilisation de ce type de matériel.

LE CHOIX DES OUTILS L’OUTIL MIRACLE N’EXISTE PAS !
Le choix des outils d’entretien du sol est un élément central lors de la phase de conversion. D’une part, il s’agit souvent du principal investissement en matériel, d’autre part, ce choix conditionne souvent la réussite de la gestion de l’enherbement.
L’outil adapté à tous les terroirs, toutes les parcelles, toutes les conditions d’intervention n’existe pas ! Même si l’investissement au moment de la conversion est limité à un seul outil, il faut d’emblée réfléchir à la polyvalence du porte outil et envisager de compléter la gamme quelques années plus tard.
Quel que soit l’outil, la consommation en GNR / ha diminue lorsque la vitesse de travail augmente. En règle générale, les outils de binage, en particulier les outils à effacement «passif », permettent une vitesse d’intervention supérieure aux outils rotatifs ou aux décavaillonneuses à soc.
L’augmentation de la vitesse de travail réduit la consommation / ha. Elle augmente aussi le débit de chantier, ce qui réduit les coûts de production et le temps consacré à l’entretien des sols. Elle simplifie donc l’organisation du travail.

RÉUSSIR SON INTERVENTION L’INTERVENTION QUI CONSOMME LE PLUS, C’EST CELLE QUI NE SERT À RIEN!
Chaque passage d’outil doit permettre d’atteindre l’objectif prévu (par exemple : destruction des adventices, ameublissement du sol, tonte du couvert…). Si au début d’une intervention, le viticulteur s’aperçoit que l’outil n’atteint pas l’objectif souhaité (par exemple, l’outil ne rentre pas suffisamment dans le sol), il faut identifier le problème : soit modifier les réglages du tracteur et de l’outil, soit arrêter le travail et le reporter quand les conditions de sol seront mieux adaptées.
Dans l’exemple 1 ci-dessous, le sol est trop sec et trop dur au moment du passage du cadre. Les dents ne s’enfoncent pas et le sol est lissé au niveau du passage des dents. Cette intervention n’atteint pas du tout son objectif d’ameublissement du sol ! Sur l’exemple 3, l’objectif est que l’effet d’une intervention soit le plus durable possible pour éviter d’avoir à la renouveler rapidement : l’intervention qui consomme le moins, c’est celle que l’on ne fait pas !

LE SAVIEZ-VOUS ?
L’application d’un herbicide sous le rang consomme, en moyenne, 4 litres de GNR/ha (à la vitesse de 4 – 4,5 km/h).
Ce niveau de consommation est comparable à celui d’un outil intercep à effacement passif.
PASSAGE COMBINÉ OU SÉPARÉ ?
ATTENTION À LA VITESSE DE TRAVAIL
Le passage combiné d’outils est intéressant car il permet de réduire le nombre d’interventions sur la parcelle. Il peut également s’agir d’associer deux outils de travail du sol (un outil interrang et un intercep) ou un outil d’entretien du sol avec un autre type d’outil (écimeuse, pulvérisateur…). Par contre, pour être pertinent, il doit associer deux outils dont la vitesse de travail est compatible.
Dans cet exemple, le passage combiné d’outils permet de réduire la consommation de 30% par rapport aux deux interventions effectuées séparément.

POUR CONCLURE
L’entretien du sol est un poste important de consommation de GNR en viticulture biologique. De nombreux facteurs doivent être intégrés pour réduire la consommation d’une intervention donnée et plus largement de l’ensemble de l’itinéraire technique.
Cependant, l’économie de carburant n’est qu’un objectif parmi de nombreux autres à l’échelle de l’exploitation : la priorité reste de maintenir les objectifs de production (rendement et qualité) adaptés aux marchés développés par le vigneron.
Les coûts de production, l’impact des pratiques sur l’environnement (sol, aspects paysagers, biodiversité…), l’adaptation aux contraintes de main d’œuvre sont également à intégrer dans les stratégies d’entretien du sol.

POUR ALLER PLUS LOIN
▶Viticulture biologique : l’entretien du sol : Réduire les coûts de production et la consommation en énergies fossiles. N. Constant (Sudvinbio), C. Auvergne et N. Fortin (Chambre d’agriculture de l’Hérault), E. Colin (FR CUMA Occitanie), C. Gaviglio (IFV). Novembre 2019, 24 p.
▶Désherbage mécanique de la vigne : choisir ses outils interceps. Cuma Occitanie. Dossier technique. Septembre 2018. 22 fiches, accessible sur le site internet www.occitanie.cuma.fr.
Cet article a été rédigé à partir des résultats du projet « Optimisation des itinéraires techniques d’entretien du sol en viticulture biologique en vue de réduire les coûts de production et la consommation en énergies fossiles», financé par :

FOCUS TECHNIQUE #2 : GESTION DES RISQUES DE CONTAMINATION CROISEE AU VIGNOBLE
Le Règlement Européen de l’agriculture biologique limite le recours aux pesticides, et en restreint la liste. Tout producteur revendiquant le label bio doit se prémunir des entrées fortuites, non intentionnelles, de pesticides non autorisés sur ses cultures. Ce sont ces entrées qui prennent le nom de « contaminations croisées », croisées implicitement entre conventionnel et bio.

CONNAISSANCES SUR LA CONTAMINATION DES VINS (DONT BIO) PAR LES RÉSIDUS DE PESTICIDES
En conventionnel, les molécules que l’on retrouve le plus fréquemment dans les vins sont principalement les fongicides et plus particulièrement les anti-botrytis (ex : boscalid, pyrimethalil, fenhexamide, fludioxonil ou cyprodinil…) mais aussi des anti-mildiou, comme par exemple ametoctradine, acide phosphonique (métabolite issu de la dégradation du fosétyl d’aluminium ou du phosphonate de potassium ou du disodium phosphonate), dimethomorphe, fluopicolide, iprovalicarbe ou phtalimide (métabolite issu de la dégradation du folpel…) et anti-oïdium (ex : boscalid, fluxapyroxade, tebuconazole, fluopyram…).
Ces molécules sont dites traçantes, c’est- à-dire qu’elles ont la capacité de «passer» du raisin au vin sans être éliminées par les procédés de vinification.
Le programme de recherche SECURBIO, coordonné par le SVBNA et l’INAO de 2009 à 2014, a révélé la présence de traces de résidus dans 37% de 272 vins bio ou en conversion analysés dans le cadre du projet : plus d’un tiers des vins contaminés contenait des résidus supérieurs 1 μg/L, 7% des vins entre 10 et 20 μg/L et 14% des vins supérieurs à 20 μg/L.
Une grande partie de la contamination observée concerne quelques molécules spécifiques comme le phtalimide, (produit de dégradation du folpel) et l’acide phosphonique (produit de dégradation des phosphonates).
Les résultats de l’étude SECURBIO montrent que les cas de contamination les plus fréquents concernaient des parcellaires très morcelés, avec des vignes bio mitoyennes de vignes conventionnelles. Les exploitations mixtes (bio/conventionnelles) avec l’usage d’un même matériel de pulvérisation présentant un nettoyage insuffisant après le traitement conventionnel sont aussi concernées.
Enfin les chais mixtes vinifiant des vins bio et conventionnels font partie des situations à risque. De manière générale, les vins en conversion, contenaient plus de résidus que les vins certifiés AB.

QUELS SONT LES CONTRÔLES RÉALISÉS PAR LES ORGANISMES DE CERTIFICATION (OC) ?
En audit, le contrôle des pratiques de prévention des risques de contamination (= l’obligation de moyen) est prioritaire à l’analyse de résidus (= l’obligation de résultat).
En effet, la certification bio européenne ne dépend pas seulement d’un résultat d’analyse de résidus sur le produit fini. Les mesures de prévention prises par les opérateurs pour éviter ces risques de contamination restent prioritairement évaluées dans le processus de certification.
L’INAO a publié en juillet 2019, des «dispositions de contrôle communes» à l’ensemble des OC (INAO DEC CONT AB 1) relatives à la stratégie analytique à mettre en oeuvre dans le cadre du contrôle des producteurs bio. Elles ont été mises en application au 1er janvier 2020. En voici les grandes lignes.
▷ QUAND L’OC DOIT-IL ENVISAGER UN PRÉLÈVEMENT ?
L’OC prélève dans le cadre d’un plan d’analyse de risques un nombre d’échantillons équivalent à 5% de ses opérateurs contrôlés annuellement. Les exploitations mixtes sont plus particulièrement ciblées. Par contre l’existence d’un plan de contrôle interne sera considéré comme un élément de sécurisation du process permettant de garantir la qualité des produits (raisin, ou vin).
▷ QUE PRÉLÈVE L’OC ?
Le choix de la matrice (sol, feuille, raisin ou vin) se fait en fonction des périodes à risque vis à vis des contaminations : sur feuille, sol ou raisin pendant la campagne de traitement lors d’un audit en cave particulière par exemple, sur vin lors d’un audit en cave coopérative ou chez un négociant par exemple.
▷ QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES ?
Important: En bio, il n’existe aucun seuil de déclassement officiel défini par les autorités françaises (INAO). Autrement dit, en cas de résultat supérieur ou égal à la valeur de référence*, les lots sont bloqués pour permettre une procédure d’investigation mais ils ne sont pas nécessairement déclassés. Cette décisions dépendra du résultat d’enquête qui doit déterminer l’origine de la contamination et conclure sur la qualité (bio ou non) du produit ou de la parcelle. L’opérateur doit fournir tout justificatif nécessaire à l’enquête.

COMMENT SE PROTÉGER DES RISQUES DE CONTAMINATIONS CROISÉES LORS DE LA CONVERSION DE SON VIGNOBLE EN BIO?
En viticulture, comme dans d’autres cultures, c’est la situation respective des parcelles qui détermine le risque (qui pourra être confirmé par des analyses).
Les paramètres relatifs au voisinage conventionnel sont les suivants :
▶ Distance (pas de valeur réglementée, à évaluer).
▶ Sens du vent dominant.
▶ Topographie (niveau surplombant ou pas).
▶ Présence de haie.
▶ Orientation des rangées (parallélisme, perpendicularité…).
▶ Pratiques techniques du voisin (respect des conditions aérologiques, coupure de la pulvérisation en bout de rang…).
En situation de risque de contamination, quelles sont les solutions de protection ?
▶ Les éléments sur lesquels on ne peut absolument pas agir sont le sens du vent dominant et la topographie.
▶ L’orientation respective des rangées est modifiable en cas de replantation et en fonction de l’orientation des vignes voisines.
▶ Dans une faible mesure (impact économique), la distance entre parcelle bio et conventionnelle peut être augmentée par l’arrachage des souches de bordure (encore plus coûteux dans le cas d’une vigne bio palissée jouxtant le conventionnel par ses bouts de rangée).
▶ La plantation d’une haie (mais le risque reste inchangé durant toute la période de développement de ladite haie).
▶ Le climat relationnel conditionne l’influence sur les pratiques du voisin. L’apport coopératif à une même structure doit être un facteur facilitant. Des accords de type entraide sont possibles: l’exploitant bio traite (en bio, évidemment) les rangées de bordure de son voisin conventionnel, qui joueront donc le rôle d’écran vis-à-vis des dérives.
Dans le cas où aucune de ces solutions n’est praticable, les raisins touchés ne devront en aucun cas entrer dans la vinification de cuvées bio : le risque est le déclassement de l’ensemble. La récolte doit être sélective :
▶ Évidente en cas de vendanges manuelles.
▶ Passage manuel préalable des bouts de rangée contaminés, lorsque c’est le cas, lors de vendanges mécaniques.
▶ Vendange en dernier des rangées entières concernées, lorsque c’est le cas, lors de vendanges mécaniques.
Les raisins récoltés pourront suivre différents itinéraires, tous dans le circuit conventionnel :
▶ Vente en vendange fraîche ou apport distinct en coopérative.
▶ Vinification séparée sur place (selon quantité) en cas de mixité de production.
▶ destruction dans les cas extrêmes.
*Valeur de référence : définie, selon l’INAO (dans le document « dispositions de contrôle communes ») par la présence d’une seule substance interdite en AB à une concentration supérieure ou égale à 0,02 mg/kg (sans prise en compte de l’incertitude de la mesure). Cette valeur de référence peut être ramenée à la limite de quantification (sans prise en compte de l’incertitude de mesure) dans certains cas (suspicion de contamination croisée, situation à risque, présence d’herbicide…).
BIBLIOGRAPHIE
▶M. Grinbaum, M. Dubernet, V. Bouazza, E. Debez, V. Lempereur, Novembre 2018. Résidus phytosanitaires dans les vins : état des lieux, analyses et expertise. 41ème congrès de l’OIV BIO Web of Conferences 12, 04010 (2019).
▶M. Dubernet, V. Bouazza, P. Duprat, M. Toussaint, E. Debez, Novembre 2015. Résidus phytosanitaire dans les vins: un état des lieux. Rhône en V.O. N°9, pages 90-100. Téléchargeable sur : http://www.institut-rhodanien.com/vin/fr/rhone-en-v-o
▶INAO, 3 juillet 2019. Dispositions de contrôle communes relatives à la stratégie analytique à mettre en œuvre dans le cadre du contrôle des opérateurs de la production biologie. Dispositions de contrôle communes, INAO -DEC-C–NT-AB-1.
Téléchargeable sur : https://www.inao.gouv.fr/Espace-professionnel-et-outils/Controles-des-signes-d-identification-de-l-origine-et-de-la-qualiteSIQO/Dispositions-de-controle-communes
▶Becquet S., (2014) Guide sur les résidus de pesticides dans les vins bio. Séminaire de clôture du programme Casdar Securbio.
https://www.securbio.fr/doc/
Par N. Constant et V. Pladeau de SUDVINBIO , M. Grinbaum de l‘IFV et E. Le Ho de la Chambre d’agriculture de l’Aude
Crédit photo : Interbio Occitanie