Impacts des couverts végétaux sur le sol et la physiologie de la vigne en climat méditerrannéen

Le changement climatique intensifie les défis auxquels sont confrontés les viticulteurs bio, notamment en climat méditerranéen, où les épisodes de sécheresse et les températures élevées deviennent de plus en plus fréquentes. Dans ces régions, les vignes sont soumises à des stress thermique et hydrique, menaçant la croissance, le rendement et la qualité des raisins. Les couverts végétaux, bien que traditionnellement utilisés pour limiter l’érosion des sols et améliorer leur fertilité, sont désormais envisagés comme une solution pour renforcer la résilience des vignobles face à des conditions climatiques extrêmes.

Cette étude, basée sur l’expérimentation Expé Bio menée par le Biocivam de l’Aude, examine l’impact des modalités de gestion et de destruction des couverts végétaux sur la structure du sol et la physiologie de la vigne. L’objectif est de fournir aux viticulteurs bio des stratégies pratiques pour mieux s’adapter au réchauffement climatique tout en préservant la productivité de leurs vignobles.

MISE EN PLACE DES DISPOSITIFS EXPÉRIMENTAUX

L’expérimentation Expé Bio, lancée en 2021, vise à modéliser l’impact de différentes méthodes et dates de destruction des couverts végétaux sur la santé du sol, la physiologie de la vigne et la qualité des moûts. Réalisée sur deux parcelles du département de l’Aude, au Domaine Fontanille Haut (Laure-Minervois) et au Château Maris (La Livinière), l’étude a testé cinq modalités de gestion des couverts végétaux :
1. TNT (témoin non traité)
2. DP (Disque précoce)
3. DT (Disque tardif)
4. RP (Rouleau précoce)
5. RT (rouleau tardif)

Ces modalités ont été choisies pour évaluer l’impact de la temporalité et de la méthode de destruction des couverts sur la structure du sol et la croissance des vignes.

IMPACTS DES COUVERTS VÉGÉTAUX SUR LE SOL

Température et humidité du sol :
Les résultats de l’expérimentation ont révélé des différences significatives entre les modalités en ce qui concerne la température et l’humidité du sol. Les modalités disques (précoce et tardif) ont permis de maintenir des températures de surface plus basses durant les mois d’été, par rapport aux modalités rouleaux et au témoin non traité. Cette réduction de la température est essentielle pour limiter le stress thermique subi par les racines des vignes, particulièrement dans des climats où les périodes de canicule sont de plus en plus fréquentes.

Concernant l’humidité du sol, les modalités disques, et plus particulièrement le disque tardif (DT), ont montré une meilleure rétention d’eau. Cela est crucial en période de sécheresse, car une humidité accrue du sol permet de prolonger l’accès à l’eau pour les racines. En revanche, les sols traités avec les rouleaux (RP et RT) se sont révélés plus secs, ce qui pourrait aggraver le stress hydrique des vignes dans les années particulièrement arides

Structure du sol :
L’analyse des fosses pédologiques a montré que les modalités disques, notamment DT, ont amélioré la porosité du sol, favorisant une meilleure infiltration de l’eau et un développement racinaire plus profond. Un sol bien structuré, avec une bonne porosité, est essentiel pour la rétention d’eau et la disponibilité des nutriments, surtout en agriculture biologique où la fertilité repose sur l’activité biologique et la santé globale du sol.

À l’inverse, les modalités rouleaux ont eu tendance à compacter le sol, limitant ainsi l’infiltration de l’eau et la capacité des racines à puiser les ressources en profondeur. Cette compaction rend les sols plus vulnérables aux périodes de sécheresse et pourrait entraîner une perte de productivité à long terme si ces pratiques ne sont pas adaptées.

IMPACTS SUR LA PHYSIOLOGIE DE LA VIGNE :
Fertilité des bourgeons et rendement :
Les résultats montrent que les modalités disques, en particulier le disque tardif (DT), ont favorisé une meilleure fertilité des bourgeons, mesurée par un plus grand nombre de grappes par cep. Cette observation s’explique probablement par la réduction du stress hydrique et thermique grâce à une meilleure gestion de l’eau dans le sol et à des températures de surface plus basses. Pour les viticulteurs bio, cela se traduit par une augmentation du potentiel de rendement, même dans des conditions climatiques défavorables.

Stress hydrique :
Les mesures de l’indice de stress hydrique ont révélé que les modalités disques permettent de réduire la contrainte hydrique par rapport aux modalités rouleaux. À Château Maris, les vignes des modalités rouleaux ont présenté un stress hydrique plus important, ainsi qu’un plus grand nombre d’apex en arrêt de croissance, signe que la vigne ne parvient plus à maintenir sa croissance active sous ces conditions.

CONCLUSION
Les résultats de l’expérimentation Expé Bio montrent que l’utilisation de disques pour la gestion des couverts végétaux, en particulier avec une destruction tardive, présente des avantages significatifs pour la structure du sol, la rétention d’eau et la physiologie de la vigne en viticulture biologique. Ces pratiques permettent de maintenir une meilleure humidité du sol, de réduire le stress thermique et hydrique des vignes, tout en favorisant une fertilité des bourgeons plus élevée, contribuant ainsi à un rendement optimal.

Il est important de souligner que cette expérimentation a également été menée simultanément dans deux autres départements, les Pyrénées Orientales et l’Hérault. Les résultats obtenus dans ces régions vont dans le même sens que ceux observés dans l’Aude, renforçant encore davantage la robustesse des conclusions. Le fait que trois années d’étude sur trois départements distincts arrivent à des résultats cohérents et significatifs offre une base solide pour évaluer les bénéfices et les inconvénients de la gestion des couverts végétaux en climat méditerranéen.

Ces expérimentations fournissent des éléments concrets et fiables pour aider les viticulteurs bio à adopter des pratiques qui améliorent la résilience de leurs vignobles face aux défis croissants du changement climatique.

Par Sarah Martin, Biocivam de l’Aude

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