Les résultats des couverts d’été : la gamme de choix s’élargit
Grâce à la persévérance des maraîchers qui s’évertuent à suivre les couverts végétaux de manière précise pour créer et diffuser des références locales, la gamme de choix des couverts végétaux d’été s’élargit.
En effet, comparés à la référence sorgho Piper, le millet, le sarrasin et le mélange sorgho Piper / moha ont été cultivés cet été sur cinq fermes sous abris et en plein champ. Cet essai s’inscrit dans la continuité des essais mis en place durant l’été 2021, dans lesquels ces mêmes modalités avaient été testées (à l’exception du sorgho Piper/moha, qui remplace cette année le sorgho Piper/ lablab de l’été 2021). Les maraîchers avaient en effet émis le souhait de tester une nouvelle année ces modalités, dont ils avaient été satisfaits à l’issue des premiers essais, afin de confirmer ou non l’intérêt de ces couverts dans leurs rotations. Ces couverts avaient pour vocation d’aider à la gestion de l’enherbement en concurrençant les adventices et devaient jouer un rôle positif sur l’état structural du sol et l’activité biologique. Par manque de disponibilité et de temps des animatrices et des maraichers, nous nous sommes concentrés sur la thématique « gestion des adventices » uniquement.
LE PROTOCOLE
Le protocole commun afin de pouvoir en retirer des informations à diffuser sur le territoire était :
-> Densités : sorgho Piper (50 Kg/ha), millet (50 Kg/ ha), sarrasin (100 Kg/ha) et pour le mélange sorgho Piper (20 Kg/ha) / moha (20 Kg/ha).
-> Semis avant le 1er juillet pour bénéficier des intérêts des variétés cultivées.
-> Semer la référence sorgho Piper, qui sert de témoin et lui comparer d’autres espèces, au choix du maraîcher, sous abris et/ou en plein champ.
-> Couper le couvert lorsqu’il atteint environ 1,20 m de hauteur, en laissant 10 cm au sol afin qu’il reparte plus rapidement que les adventices. Le sarrasin ne repousse pas après avoir été coupé.

LES RÉSULTATS SOUS ABRIS
Le sarrasin :
L’essai a été réalisé sur la ferme d’Alban REVEILLE, le cycle du sarrasin a duré cinq semaines. Durant ce cycle court, il a atteint une hauteur moyenne de 1,10 m avec une production de biomasse aérienne intéressante : 4,7 Kg/m2 en moyenne sur trois échantillons de 1 m2. Sa croissance a été très rapide et homogène et son recouvrement du sol optimal, laissant une parcelle propre. Facile à implanter et à détruire, il ne repousse pas après la coupe. Selon Alban, il semble possible, voire même préférable, de passer d’une densité de semis de 100 kg/ ha à 80 kg/ha. En effet, quelques problèmes de verse ont été observé et peuvent selon lui être attribué à une trop grande densité (en grande culture, la densité est préconisée autour de 40kg/ha)
Le mélange sorgho / moha :
L’ajout du moha dans le sorgho a été choisi par les maraîchers dans l’objectif de venir accentuer la concurrence envers les adventices. Cet objectif n’a pas été atteint : le recouvrement par les adventices était plus fort dans la parcelle sorgho/moha que dans la parcelle sorgho témoin. Cela est très probablement dû aux densités de semis : 20 Kg/ ha pour chaque espèce. De plus, le sorgho a pris le dessus dès le début du couvert et ce phénomène s’est accentué tout au long des coupes.




ANALYSE DES RÉSULTATS EN PLEIN CHAMP :
Le mélange sorgho / moha :
Comme pour les essais sous abris, les résultats des essais en plein champ démontrent que le sorgho a pris le dessus sur le moha dès les premiers relevés. Le poids du moha dans le mélange est négligeable et les adventices sont plus présentes que dans le témoin.
Le millet :
Le millet n’a été testé qu’en plein champ, sur deux fermes. Dans les deux essais, le millet n’a subi que deux coupes, dont la seconde correspond à la destruction. Ce couvert semble repartir avec plus de vigueur après la première coupe et a bien concurrencé les adventices, qui ont des poids similaires à ceux obtenus dans la modalité témoin.
Le sarrasin :
Avec une hauteur moyenne d’1,17 m et un poids moyen de 3,12 kg/m², le sarrasin présente des résultats similaires à ceux obtenus sous abris (bien qu’un peu plus léger). Les adventices sont encore une fois quasi-inexistantes et il présente une bonne couverture du sol.
Alban REVEILLE a testé le mélange sorgho / sarrasin dont il est satisfait et qu’il va remettre en culture l’été prochain. Peut-être que d’autres maraîchers seront intéressés pour tester à leur tour ce mélange sur leur ferme. Cette association permet donc de combiner le très fort pouvoir couvrant du sarrasin jusqu’à la première coupe, pour ensuite laisser la place au sorgho pour le reste de l’été. De plus, l’aspect mellifère du sarrasin est intéressant au milieu de l’été.


CE QU’IL FAUT RETENIR
-> Les résultats du mélange sorgho/moha, qui avait été choisi pour être plus concurrentiel face aux adventices que le sorgho seul, ne sont pas satisfaisants. En effet, le sorgho a pris le dessus sur le moha mais n’a pas suffi à maîtriser l’enherbement (plus de deux fois plus d’adventices par rapport au témoin). Ce mélange n’est donc pas validé.
-> Le millet est validé et permet d’apporter de la diversité dans les couverts cultivés, avec un enherbement sensiblement similaire à celui du témoin.
-> Le sarrasin est également validé. Son cycle plus court (un à deux mois) lui permet d’être utilisé sur des créneaux de disponibilité des parcelles plus restreints. De plus, c’est une plante très mellifère, intéressante pour les pollinisateurs et il ne repousse pas après une destruction avant le stade épiaison.
LA SUITE
Il apparaît que ce travail collectif mené depuis cinq ans, sur les couverts végétaux a permis de donner aux maraîchers des informations et une méthodologie de travail suffisante pour que chacun choisisse maintenant sur sa ferme les couverts les plus adaptés à cultiver.
Les résultats obtenus par le groupe ont également permis de fournir du contenu à une formation qui est diffusée régulièrement en Occitanie, PACA, Aquitaine, … auprès de groupes de maraîchers animés par des GAB ou des Chambres d’Agriculture.
Il s’agit donc d’une réussite qui a satisfait les maraîchers du groupe et les animateurs (salariée, stagiaires et apprentis) qui ont travaillé sur ce projet commun.
Avec l’obtention du DEPHY Ferme en maraîchage, de nouveaux projets s’offrent au groupe : travail sur la fertilité des fermes, la gestion de l’enherbement, la mise en place et le maintien de la biodiversité, … et vont être explorés pendant les saisons à venir.
Par Delphine DA COSTA, Célia AUBRY, Lucile CHAVANIEU et relecture Alban REVEILLE, Bio Arège Garonne
Crédit photos : Shutterstock