Un projet de recherche en partenariat – DEFIBIO : pour faire face aux défis du changement d’échelle
Conçu dans un contexte de croissance forte de la bio régionale, le projet DEFIBIO associe une vingtaine de chercheurs en sciences sociales et en sciences agronomiques. Ils vont travailler pendant les quatre prochaines années sur les façons d’accompagner cette croissance et de défendre un modèle ambitieux d’agriculture biologique.

UNE PÉRIODE DE CROISSANCE ET D’INTERROGATIONS
Le projet DEFIBIO est né dans une période enthousiasmante et inquiétante pour le secteur bio régional. Enthousiasmante parce la région Occitanie a connu depuis 2015 un doublement du nombre d’agriculteurs certifiés comme du nombre des opérateurs de la transformation et de la distribution engagés en bio. Aussi bien en amont qu’en aval, la croissance est forte, faisant de l’Occitanie un laboratoire du changement d’échelle de la bio. Période inquiétante néanmoins parce que cette transformation rapide génère de nouvelles incertitudes, accentuées par les effets manifestes du changement climatique sur les activités agricoles. Ces incertitudes sont de nature agronomique/zootechnique (ex : quelles disponibilités en matières organiques et en alimentation animale ?), socioéconomique (ex : quels équilibres entre offres et demandes ?) et politique (ex : quelles relations dans les filières et les territoires entre bio et non-bio ?). Les derniers mois, marqués par un tassement de la consommation au niveau national et un ralentissement des conversions au niveau régional, ont renforcé ce sentiment que la pérennité du développement du secteur bio n’est pas assurée et qu’il faut réfléchir et agir pour la maintenir.
UN PROJET DE RECHERCHE PARTENARIAL ET PLURIDISCIPLINAIRE
Le projet DEFIBIO a été initié dans ce contexte. Un échange a été établi entre des chercheurs de quatre laboratoires d’INRAE (UMR Innovation, UMR Agir, UE Maraichage et Observatoire du développement rural) et des agents de développement du secteur bio régional (Interbio Occitanie, Bio Occitanie, Chambre régionale d’agriculture, Coopération agricole, Océbio et DRAFF). Ensemble, ils ont convenu d’un programme de recherches à mener entre 2023 et 2026.
Cofinancé par INRAE et la Région Occitanie dans le cadre du dispositif Tetrae, le projet DEFIBIO ambitionne d’identifier les modalités d’organisation des exploitations, des filières et des territoires qui permettent de combiner la croissance du secteur bio et un maintien de sa durabilité environnementale, sociale et économique. Le projet associe une dizaine de chercheurs en économie, sociologie ou géographie et une dizaine
de chercheurs en agronomie et zootechnie. Cette pluridisciplinarité est pensée comme indispensable. Par exemple, si les coopérations entre éleveurs et céréaliculteurs ou viticulteurs renvoient à des objectifs de rétablissement des cycles biologiques à l’échelle d’un territoire, elles échouent ou réussissent également pour des raisons socio-économiques (organisation du travail, règles d’usage du foncier, choix logistiques, etc).

QUATRE AXES DE RECHERCHE
Le projet priorise quatre axes de recherche. Le premier porte sur le travail de structuration de filières territorialisées et partenariales. Derrière cet axe, il y a la conviction que le secteur bio peut être caractérisé par un développement de relations innovantes entre opérateurs des filières, marquées par la coopération, la définition collective des règles du jeu et un partage équitable de la valeur ajoutée. Le second axe s’intéresse à la soutenabilité des productions agricoles dans une dynamique de croissance et dans des contextes climatiques dégradés. Cet axe étudie les changements techniques et de mise en marché menés par les agriculteurs, et en analyse les effets sur la durabilité et résilience des systèmes agricoles. Il inclut des objectifs de caractérisation des systèmes actuellement observables et de scénarisation de leur évolution. Le troisième axe traite des enjeux de la coexistence et de la confrontation dans les territoires entre bio et non-bio, mais aussi entre différentes formes de bio. Le rapport entre AB et HVE, mêlant concurrence et complémentarité, est assez exemplaire des questions posées à cet égard. Enfin, le projet DEFIBIO travaillera aussi sur les leviers et impacts de l’action publique. Ce dernier axe sera transversal. Il regardera spécifiquement ce que l’action publique produit sur les dynamiques des trois premiers axes.
LES PREMIÈRES ENQUÊTES LANCÉES AU PRINTEMPS
Les recherches menées dans le projet, lancé fin 2022, vont durer 4 ans, mais l’objectif est de commencer à avoir des résultats dès cette année 2023. Trois illustrations des travaux engagés peuvent être mises en avant. Un premier travail va porter sur l’identification de filières partenariales déjà existantes en Occitanie, que ces filières aient été impulsées par des organisations de producteurs, des distributeurs, des collectivités locales, des entreprises de l’agroalimentaire… A partir de cette identification, il sera possible d’élaborer un schéma décrivant les différents « chemins d’impact »
liant les actions impulsées, les dispositifs mobilisés, les résultats atteints et les bénéfices obtenus. Ce schéma pourra alors aider les professionnels à positionner leurs propres initiatives, à discuter de leurs avancées et de leurs difficultés. Un second travail, plus précis, vise à identifier des initiatives d’approvisionnement de la restauration scolaire en produits issus d’élevages bovins laitiers et allaitants biologiques et « locaux ». A partir d’entretiens auprès d’acteurs impliqués directement ou indirectement dans ces initiatives (agents des restaurants scolaires, organisations de producteurs, éleveurs, organismes de conseil…), il s’agira de caractériser les formes d’organisation mises en oeuvre et les questions que cela pose pour chaque type d’acteurs. Un troisième travail, au coeur d’une thèse de doctorat, vise à construire des ressources mobilisables par les producteurs et les conseillers pour faciliter la conception de successions et d’assolements diversifiés et résilients en maraîchage qui tienne compte des spécifications des acheteurs des filières (ex : volume, gamme et calendrier de produits attendus). Le défi sera alors de coupler le raisonnement agronomique et économique, de concilier les contraintes agricoles et commerciales.
CONTACT
Ronan Le Velly, ronan.Le-Velly@supagro.fr
Nancy Fauré, nancy.faure@interbio-occitanie.com
POUR ALLER PLUS LOIN
la page du projet DEFIBIO sur le site d’Interbio Occitanie :
-> https://www.interbio-occitanie.com/projet-defibio/
le site du programme national TETRAE, qui finance le projet DEFIBIO :
-> https://www.tetrae.fr/Qu-est-ce-que-TETRAE
Par :
Ronan Le Velly, enseignant-chercheur en sociologie, Institut Agro Montpellier, UMR Innovation
Claire Lesur-Dumoulin, chercheuse en agronomie, INRAE, UE Maraichage
Marie-Angélina Magne, enseignante-chercheuse en zootechnie, Institut Agro Montpellier, ENSFEA, UMR AGIR