Vous habitez Béziers ou Lattes, et souhaitez déguster un poulet Bio ce dimanche ? Ce poulet ne viendra probablement pas de l’Hérault. En effet, la filière volaille de chair Bio du département est quasiment inexistante. La demande des consommateurs pour un produit de qualité et en circuit court est pourtant forte. Les agriculteurs cherchent à introduire plus de diversité dans leur modèle économique et veulent gagner en résilience. Cette absence est largement due à l’absence d’abattoir spécialisé, forçant les agriculteurs à emmener leurs bêtes jusqu’à l’abattoir de Mazamet, Rodez ou dans l’Aude. Face à ce constat, le CIVAM Bio 34 et l’INRAe réunissent en 2018 des agriculteurs et porteurs de projets motivés pour essayer de trouver une solution collective.
Maraîchers et éleveurs de poules pondeuses en bio depuis 2017 à Capestang, Christophe et Marie-Alix sont de ceux-là. Avec les autres ils se tournent d’abord vers l’abattoir de Pézenas, mais le volume hebdomadaire demandé est bien trop élevé : ils ne pourraient pas fournir plus d’une centaine de poules par semaine, quand on leur en demande plus de 2000. Pour Christophe et les autres, se pose une myriade de questions sur les conséquences de l’élevage et de l’abattage d’animaux. Transporter les poules jusqu’à Pézenas : c’est occasionner du stress durant le long trajet ; intensifier, c’est s’exposer aux maladies et perdre le lien à l’animal ; ne pas tuer soi-même, c’est élever à moitié.
Cette première expérience impose un constat : les agriculteurs, peu expérimentés dans le domaine, sont trop fragiles, et la filière n’émergera pas sans l’assistance des collectivités. La métropole de Montpellier, le Pays Coeur d’Hérault, le Pays Haut-Languedoc et Vignobles, les communes de Capestang et d’Olargues répondent à l’appel du CIVAM Bio34 et de l’INRAe, et commandent une étude de faisabilité pour une solution semi mobile.
Arrivé au sein du collectif en 2023, au début de l’étude, Jean-Michel Bedoya est le seul membre du groupe menant déjà un élevage de volaille de chair. Son expérience, couplée au support des organismes et des collectivités, fait décoller le projet qui s’oriente vers une solution semi-mobile : l’outil sera transporté dans un camion ou une remorque, et partagé entre 4 sites d’accueil, prévus à Olargues, Capestang, ainsi que deux locations à définir dans la métropole de Montpellier ainsi que le Pays Coeur d’Hérault. De plus, les éleveurs feront les tueries, en binôme.
Les agriculteurs fondent par ailleurs en décembre 2023 l’association RCCV 34 (Regroupement Circuit Court Volaille 34), qui servira d’association de préfiguration, permettant l’incorporation au consortium Terrasol, financé par la Banque des Territoires, ainsi que la formation d’un GIEE.



ACCOMPAGNER LA CRÉATION DE LA FILIÈRE :
Outre la création de l’abattoir, pour pouvoir garantir le développement de la filière, les éleveurs et futurs éleveurs ont choisi de se constituer en GIEE, afin de mobiliser de la connaissance, de la formation, de capitaliser et donc permettre le soutien des projets en cours et des futurs projets d’ateliers volailles.

La rencontre avec d’autres éleveurs de volaille de chair et de fournisseurs permet cependant de révéler plusieurs défauts du projet :
- Limitation de la disponibilité de l’abattoir à 1 jour/semaine sur site
- Les éleveurs transportent eux-mêmes l’unité mobile d’un site à l’autre ou embauchent un conducteur dédié
Finalement, les porteurs de projet s’orientent vers une solution “en dur”. Désormais, chaque station d’accueil sera un abattoir séparé, qui aura pour vocation d’accueillir les éleveurs environnants.
La solution semi-mobile, bien qu’infructueuse, pose les fondations de ce qu’est devenu le projet : autonomie des éleveurs, installations à taille humaine, et mutualisation des moyens de production.
L’association est désormais en bonne voie pour former un GIEE qui leur permettra de monter en compétences, tandis que l’outil même sera l’objet de la création d’une CUMA, mutualisant le fonctionnement des quatre abattoirs au sein d’une même structure.
UN PROJET QUI S’INSCRIT DANS UNE DYNAMIQUE PLUS LARGE
Le projet TerrAsol (Territoire Alimentaire Solidaire) vise à créer un modèle de solidarité alimentaire durable en renforçant l’accès à une alimentation de qualité pour tous, tout en soutenant la diversification agricole entre la métropole de Montpellier et ses territoires nourriciers. Il promeut des circuits courts, l’inclusion citoyenne et des pratiques agricoles écologiques.
Le projet réunit un consortium de 16 membres, composé d’associations, de coopératives, d’organismes de recherche, de collectivités et d’acteurs économiques. Des associations comme la Fédération des CIVAM d’Occitanie et le CIVAM Bio 34, des institutions de recherche telles que CIRAD et INRAE, Institut Agro Montpellier (Chaire Unesco Alimentations du Monde), des collectivités locales comme la ville de Montpellier et Montpellier Méditerranée Métropole, des acteurs économiques comme Regroupement Circuit-court Volailles 34.
Ce consorsium a répondu à l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) de la Banque des Territoires Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires, dans le cadre du Plan France 2030, et vise à mettre en place des solutions solidaires autour de l’accès à une alimentation durable et de qualité pour tous. Terrasol a été lauréat et est doté de 10 millions d’euros de subventions (sur un budget global de 20 M).
OBJECTIFS PRINCIPAUX :
- Solidarité alimentaire : Favoriser l’accès à une alimentation de qualité pour tous.
- Gouvernance partagée : Engager divers acteurs (citoyens, collectivités, entreprises) dans la gestion des politiques alimentaires locales.
ACTIONS CONCRÈTES PRÉVUES :
- Comité citoyen et Caisse Alimentaire Commune : Pour une gouvernance inclusive des ressources alimentaires.
- Maisons de l’alimentation solidaire : Espaces locaux pour encourager l’accès équitable à une nourriture de qualité.
- Abattoirs mobiles et outils pour une agriculture plus locale et durable.
- Formation et sensibilisation : Promouvoir les enjeux de l’alimentation durable.
- Conseil alimentaire territorial et laboratoire citoyen pour renforcer la recherche et les initiatives locales.
- Fonds d’investissement pour les transitions agricoles : Soutien financier aux initiatives locales liées à l’agriculture et à l’alimentation
durable


Par Céline Mendes, Civam Bio de l’Hérault
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