La ferme de Thorigné d’Anjou, située au nord d’Angers, est engagée en agriculture biologique. Elle conduit un troupeau de 80 vaches limousines sur une surface de 144ha dont 84% dédiés à la production de fourrages. Le potentiel agronomique des sols est modeste. L’objectif visé reste l’autonomie alimentaire totale ainsi que la finition de tous les animaux de la ferme (génisses, boeufs et vaches de réforme). La pluviométrie est limitée avec en moyenne 675 mm/an avec une variation de ± 100 mm et une sensibilité forte face aux aléas climatiques.
Lors de cette journée qui a réuni plus de 1000 personnes, de nombreux résultats ont été présentés à travers 16 ateliers de démonstration et 6 conférences techniques. Le public très nombreux a pu découvrir des retours d’expérimentation sur les pratiques mises en place depuis plusieurs années et des leviers d’adaptation face au changement climatique. Les thèmes abordés étaient principalement axés sur l’élevage bovin viande (le vêlage à 24 mois, une finition plus économe des vaches de réformes, le croisement angus/limousin : une viande jeune adaptée aux enjeux de demain) et sur la production fourragère (l’implantation des prairies sous couvert, l’amélioration de la robustesse des prairies à flore variée, le bale grazing).
3 axes de travail sont jugés prioritaires :
- Sécuriser la ressource alimentaire : autonomie et adaptation face au changement climatique
- Produire de la viande bovine biologique : finition des animaux, qualité de la viande et valorisation des mâles
- Maintenir dans le temps un système durable : fertilité des sols et réduction des GES (gaz à effet de serre)
TROIS LEVIERS EXPÉRIMENTÉS SUR LA FERME
1. DES PRAIRIES À FLORE VARIÉE (PFV) POUR GAGNER EN PRODUCTIVITÉ ET EN ROBUSTESSE
Dans les conditions particulières de la ferme de Thorigné, un essai comparatif PFV et RGA-TB a été mené pendant une dizaine d’année avec le pâturage comme usage principal. Les résultats montrent un différentiel d’1,5 tMS/an en faveur de la prairie à flore variée soit +1 000 UFL/ha et +130kg MAT/ha. La PFV montre également moins de variabilité et plus de robustesse sur sa durée d’exploitation, entre 4 et 5 ans.



2. LE BALE-GRAZING : UNE PRATIQUE PROMETTEUSE
Sur un site éloigné de l’exploitation, une expérimentation d’affouragement au pâturage avec présence des balles rondes dans les paddocks est menée depuis 2 hivers. Elle consiste à conduire un lot de 30 bovins en croissance en pâturage hivernal sur des paddocks journaliers de 1 200m2 avec un fil arrière au vu des contraintes liées à l’abreuvement et aux zones d’abri. Les balles rondes de foin sont laissées sur place et déroulées en hiver pour un affouragement économe. Les premières observations montrent des valorisations très satisfaisantes avec 80% du foin déroulé consommé par les animaux, des performances zootechniques correctes mais plus faibles en conditions très pluvieuse. Cette pratique réduit la mécanisation (moins de transport) et permet un retour de la matière organique non consommée au sol visant à améliorer la fertilité des sols. Sur le long terme, des interrogations se posent sur l’impact de cette pratique sur la flore, la productivité de la prairie en N+1 et la compaction des sols.


PAROLE D’ÉLEVEUR
David Nègre, éleveur bovins viande à Andouque, a participé à cette journée. Il nous livre son témoignage : « J’ai beaucoup apprécié la qualité des différents ateliers techniques. Je suis à la recherche de solutions pour la finition de mes animaux, et le rajeunissement grâce au croisement Angus me plait bien. Ces animaux arrivent à concilier état d’engraissement et qualité de la viande à moins de 30 mois. J’ai été surpris aussi par les résultats comparatifs boeuf limousin/jeune vache. L’essai montre une efficience alimentaire supérieure pour les boeufs avec des marges sur coût alimentaire de 400€ en engraissement contre 250 pour les jeunes vaches. Le boeuf peut être fini à 30-32 mois avec une viande de qualité. Mais sa production est exigeante : il lui faut 800 kg d’aliments et plus d’une tonne d’enrubannage ! Un atelier proposait une présentation sur l’albédo et j’ai pu comprendre ce que c’était : le rayonnement solaire réfléchi. C’est un phénomène naturel qui peut servir à limiter le réchauffement. Plus l’albédo est élevé, plus la lumière sera réfléchie dans l’atmosphère et moins il y aura d’énergie pour réchauffer la planète. »



3. DES ESSAIS SUR LA FINITION À L’HERBE
La ferme de Thorigné expérimente la phase de finition exclusivement avec de l’herbe pâturée pour les animaux concernés: boeufs Limousins de 24 et de 30 mois, boeufs et génisses croisés Angus de 24 mois. L’objectif attendu est d’obtenir des croissances supérieures à 1 Kg /jour à partir d’herbe de qualité pâturée au stade feuillu et temps de présence de 1 à 2 jours/paddocks.
Pour bénéficier d’une disponibilité suffisante en herbe sur pied et d’une valeur alimentaire optimale, la période idéale pour la finition se situe entre le 01 mars et le 15 juin en année moyenne. Les prairies sont principalement des prairies à flore variée riches en légumineuses et des prairies avec chicorée.
Pour les boeufs Limousins, un âge avancé (30-32 mois) est favorable à la finition à l’herbe alors qu’elle sera plus compliquée avec des animaux de 24-26 mois. Par contre, concernant les animaux croisés Angus, génisses et boeufs, leur précocité permet une faisabilité de leur finition au pâturage avec des notes d’état à 3 en abattoir.
PERSPECTIVES
A travers ses différents travaux sur l’autonomie alimentaire, la conduite du troupeau et la fertilité de sols, la ferme s’approche d’un optimum qui rend le système efficient, durable, viable et transposable. Le tandem prairie-bovin pâturant est au coeur de son fonctionnement. L’exploitation se fixe comme ligne directrice, à l’image de n’importe quelle ferme, de conserver un modèle économique cohérent et reproductible par sa dimension et son orientation technique.
POUR EN SAVOIR PLUS
Page Facebook de la ferme : https://urlr.me/Q6CAeK
Conférence en replay « Vers un élevage acteur de la transition face aux enjeux climatiques »
Par Alexis Gangneron, Chambre agriculture du Tarn
Crédit photo : Shutterstock