“Agir pour rebondir” : une journée dynamique dans le Tarn

La Chambre d’agriculture du Tarn (CA81) a organisé le 19 mars dernier à Albi une journée agriculture biologique afin de réfléchir ensemble sur le contexte de crise traversée par la filière depuis presque 2 ans.
Au total, près d’une quarantaine de participant-es se sont mobilisés pour échanger ensemble et y voir plus clair sur l’avenir : producteurs bio, mais aussi techniciens, conseillers d’organismes agricoles et acteurs économiques. La journée s’est articulée en 2 temps : une matinée centrée sur des témoignages d’acteurs avec leur vision et manière d’appréhender les crises, et une après-midi en ateliers de travail sur des points stratégiques (commercialisation, communication, gestion des risques etc). La journée s’est clôturée par un débriefing collectif animé par Bernard Barrieu, élu Chambre d’agriculture et référent bio.
ETAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES DE L’AB
L’agriculture biologique a bénéficié d’une forte croissance ces dernières années, avec un doublement de la SAU consacrée à la bio au national. En Occitanie, près de 20% de la SAU est engagée en bio. Or, depuis 2 ans, on observe un repli du marché bio avec une baisse globale des ventes dans l’ensemble des circuits de distribution. Plusieurs facteurs en cause : l’inflation de près de 20 % en 2 ans qui a incité les consommateurs à réduire leurs dépenses alimentaires ; la grande distribution qui a déréférencé un grand nombre de produits bio de ses rayons. Cet abandon de la bio pèse lourd car elle représente plus de 50% du chiffre d’affaires du marché bio !
La restauration collective reste un débouché porteur d’espoir mais elle n’est pas la solution pour sortir la bio de l’ornière. De nombreuses études montrent que l’agriculture biologique est une des clés pour réussir la transition agroécologique. Parmi elles, citons notamment les travaux INRAE ITAB* en cours pour chiffrer les bénéfices environnementaux et sociétaux de l’AB.
(*) Institut Technique de l’AB
A L‘OCCASION DE LA JOURNÉE DU 19 MARS, LA CHAMBRE D’AGRICULTURE DU TARN A FAIT APPEL À UN ILLUSTRATEUR PROFESSIONNEL POUR CROQUER LES NOTIONS CLÉS DE LA JOURNÉE ET RENDRE LE DISCOURS PLUS VIVANT
Quelques moments forts de la journée en images !
Crédit dessins : Sylvain Pongi

L’Agence bio dans son dernier « Baromètre consommateurs » révèle un basculement dans les motivations des consommateurs à manger bio. La notion de plaisir devient prioritaire au regard des notions de santé et de préservation de l’environnement. Les producteurs bio doivent prendre en compte ce changement de paradigme dans leur communication.

Dans un contexte de crise, il est important de prendre de la hauteur pour analyser la situation et identifier les leviers à mobiliser sur son exploitation. La participation à des formations, à des actions collectives telles que la journée du 19 mars contribuent à cette prise de recul.
TÉMOIGNAGE D’UN CHEF D’ENTREPRISE PAS COMME LES AUTRES
La CA81 a choisi de donner à la parole à Nicolas Pomarède, PDG de la Nouvelle Fonderie Gillet à Albi pour son parcours exceptionnel. Pourquoi faire intervenir un chef d’entreprise « hors agriculture » ? Pour prendre du recul par rapport à son activité, et transposer à son propre cas en cherchant les points de similitude. Son témoignage a particulièrement marqué les esprits. Il y a quelques années, il a participé au rachat de l’entreprise par ses salariés pour la sauver de la faillite et créer une SCOP. Devenu dirigeant, il a su donner une direction claire et réorganiser l’entreprise en profondeur afin de surmonter les difficultés (perte de marchés, flambée du prix de l’énergie …). La diversification des débouchés de la fonderie ainsi que l’internalisation du process de fabrication constituent deux leviers essentiels de la résilience. L’importance accordée aux valeurs humaines et de solidarité est un pilier de la réussite de l’entreprise et de sa pérennité.
TABLE RONDE D’AGRICULTEURS BIO RÉSILIENTS
Quatre agriculteurs bio se sont prêtés au jeu des questions / réponses autour du thème clé de la résilience. La résilience est définie par l’INRAE par la « capacité d’un système à surmonter des perturbations pour retrouver un fonctionnement souhaité ». Un viticulteur, un éleveur bovin lait, et deux polyculteur-éleveurs ont ainsi témoigné de leur parcours de vie et de leur propre stratégie de réussite. Patrick Nouvel viticulteur bio à Cestayrols a mis en avant la qualité du produit comme fondement de sa démarche. Josian Nègre, éleveur à Verdalle, a choisi de faire un lait bio économe en misant sur l’herbe et le pâturage. Régis Paulin à St Gauzens, s’est orienté vers la diversification de ses ateliers et de ses circuits de vente, pour fournir une alimentation de qualité au plus près du consommateur. Enfin, Jean-François Roques à Lombers, en bio depuis près de 30 ans, transforme la quasi-totalité de ses productions et les vend en direct grâce à une équipe de 4 personnes.

Les producteurs bio ayant participé à la table-ronde ont partagé autour de leurs « facteurs de résilience » : des valeurs fortes et une vision claire de ce qui est important pour eux, la fierté de produire en bio, l’importance accordée à la qualité des produits et une stratégie commerciale basée sur la diversification des circuits de vente et la relation clients.



Mieux communiquer sur ses savoir-faire, son métier, sur la production biologique est au coeur des préoccupations des acteurs de la bio, dans un contexte marché en crise. Le consommateur a besoin de réassurance sur les véritables bénéfices qu’apporte le label bio parmi la multiplicité des marques existantes. Il est important d’objectiver les pratiques, de clarifier les bénéfices réels qu’apporte la production biologique sur la santé, l’environnement, la biodiversité… Mais il s’agit d’un exercice délicat tel que l’illustre ce dessin.
A l’occasion de ces témoignages, les producteurs ont partagé leurs ressentis sur la crise actuelle et des messages forts ont clôturé cette table ronde : « Pour maîtriser les fluctuations de prix, il faut maîtriser son produit du début à la fin » « Bio et local marchent ensemble » « La maîtrise des coûts est essentielle » « il faut réintroduire de l’élevage dans les systèmes de culture pour assurer la fertilité des sols et pérenniser nos fermes ».

QUELLES PERSPECTIVES ?
Cette journée orientée « stratégie d’entreprise » était un pari pour éclairer le contexte de crise et fournir des éléments de méthodes aux participants pour faciliter la prise de recul. L’objectif n’était pas de donner des solutions puisque celles-ci sont propres à chaque entreprise en fonction de ses objectifs, priorités, modes de valorisation etc. Les témoignages inspirants ont résonné chez certains participants, heureux d’entendre des messages positifs qui encouragent à aller de l’avant. Parions que la richesse des échanges de la journée aura nourri les réflexions de chacun et permis de trouver des ressources pour y avoir plus clair. La CA81 se tient à disposition des agriculteurs pour aller plus loin.
Avec la participation financière du FEADER.
Par Stéphanie Camazon, Chargée de mission AB, Chambre d’agriculture du Tarn
Crédit photo : Shutterstock