COVID-19 – Les professionnels de la Bio impactés par la crise sanitaire – Retour d’enquêtes d’Interbio Occitanie
Afin de mieux comprendre les impacts du Covid-19 sur les filières bio et ses opérateurs, Interbio Occitanie et ses membres ont lancé une enquête largement diffusée à la sortie du confinement.
PROFIL DES RÉPONDANTS
Au total, 322 producteurs et 54 opérateurs de l’aval y ont répondu. 291 producteurs et 36 opérateurs travaillent exclusivement en bio ; les autres sont des entreprises mixtes. Parmi les producteurs, 41 pratiquent l’agritourisme et 98 transforment à la ferme. 11 entreprises de l’aval sont des coopératives et 24 travaillent avec la RHD, à plus de 80 % pour 6 d’entre elles.
Les producteurs ayant répondu font pour la moitié d’entre eux moins de 50 000 euros de chiffre d’affaires annuel. Les productions principales les plus représentées sont les grandes cultures et le maraichage, suivies par la viticulture et l’élevage bovin. Toutes les filières et tous les départements ont eu des représentants. La plupart d’entre eux ont pour débouché principal la vente directe, les négociants/grossistes et
les magasins spécialisés bio.
Les entreprises répondantes sont des petites entreprises pour la moitié d’entre elles (moins de 1 million d’euros de chiffre d’affaires), soit 28 sur 54,9 font plus de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires par an et le dernier tiers se situe entre les deux. Les deux tiers d’entre elles (35 sur 54) emploient moins de 10 équivalents temps plein à l’année et 6 d’entre elles en emploient plus de 50.
Tous les départements sont représentés et les entreprises répondantes travaillent pour les trois quart d’entre elles avec plusieurs filières en même temps : la viticulture, les fruits et légumes et les grandes cultures.
Les principaux débouchés des répondants sont la vente directe (marchés, vente en ligne…), la distribution spécialisée en bio et les grossistes.
LES PROFESSIONNELS DU BIO ONT ÉTÉ IMPACTÉS PAR LA CRISE SANITAIRE
Les professionnels de la bio n’ont pas été épargnés par la crise du Covid-19. On dénombre 24 entreprises de l’aval sur 54 qui ont été fortement impactées par la crise et 24 autres qui ont ressenti un impact plus modéré. Les changements ont été négatifs pour 30 d’entre elles (baisse d’activité, problématiques de gestion du personnel et informatique/manque de couverture réseaux sont les motifs les plus cités). 194 producteurs sur 321 déclarent avoir été impactés par la crise, dont 122 négativement.
Pour les agriculteurs, les principales difficultés rencontrées ont été la réduction de la demande, la surcharge de travail (notamment du fait de la garde d’enfants et de la baisse des effectifs salariés) et la gestion des salariés. La fermeture des marchés et des foires est fréquemment revenue dans l’évocation des difficultés rencontrées, ainsi que l’arrêt des circuits liés à la restauration collective et commerciale. Il est à noter qu’une partie des grossistes a également suspendu son activité. Les interruptions d’activités gravitant autour de la production comme la transformation à la ferme ou l’agritourisme ont pu être problématiques.
Les difficultés rencontrées par les entreprises ont été liées à la baisse d’activité et donc à la gestion de la trésorerie, notamment en lien avec l’arrêt de la restauration collective et commerciale et des marchés. Les entreprises touchées ont été par exemple des biscuitiers, des brasseurs, des entreprises spécialisées dans les aliments pour les enfants ou encore des entreprises dans le secteur du bien-être. Les autres difficultés concernaient la surcharge de travail (garde d’enfants, gestion salariale…),la logistique et les approvisionnements. La logistique a été perturbée pour cause de non disponibilité des transporteurs et de surcoût de transport. En effet, bon nombre de camions transportent également des produits non alimentaires sur tout ou partie de leurs trajets.
Des retours à vide du fait de la crise ont décuplé les coûts de transports ramenés aux produits bio acheminés s’en sont retrouvés décuplés. Si le sourcing des matières premières nécessaire à la fabrication des produits n’a pas posé de problème particulier, celui des intrants nécessaires à la production a été plus incertain. En particulier, les emballages et les dispositifs pour la mise en place des gestes barrières (masques, gel hydro alcoolique, visières) ont été compliqués à se procurer.
FACE À LA CRISE, LES FILIÈRES SE RESTRUCTURENT
Pour compenser le problème majeur de la perte de certains débouchés, les professionnels des filières bio de la région ont réorganisé leurs circuits de ventes. Ainsi, la vente directe « à distance » et collective, comme les drive ou le e-commerce, s’est considérablement développée pour les producteurs comme pour les entreprises. La distribution spécialisée s’est tournée vers les produits locaux, transformés ou non, ce qui a constitué un débouché plus important qu’avant la crise.
Les aides extérieures ont été sollicitées aussi bien par les producteurs que les entreprises. Les producteurs répondants ont eu recours à des dispositifs d’aides financières comme le report des échéances bancaires, le report des cotisations et impôts ou encore le fonds de solidarité. Ils ont également sollicité des appuis pour le travail comme la famille et les amis, les organismes agricoles (notamment le service de remplacement) ainsi que leurs cabinets de gestion/comptable. Les entreprises répondantes ont eu principalement recours au Prêt Garanti par l’État ainsi qu’au fonds de solidarité. Le Pass Rebond déployé par la Région Occitanie a aussi été sollicité.
Enfin, selon les filières, des solutions très spécifiques ont pu être utilisées. Par exemple, certains viticulteurs ont distillé des cuvées qu’ils n’arrivaient pas à écouler, notamment sur le marché de l’export.
PERSPECTIVES ET CONFIANCE EN L’AVENIR
Cette crise a induit des changements structurels dans l’organisation des structures oeuvrant dans les filières de la bio régionale. Se pose alors la question de la pérennité de ces changements et pour certains répondants, de celle de leur structure. L’impact de la crise a été très variable selon les entreprises et les producteurs Les agriculteurs, tous comme les entreprises, jugent leur capacité d’adaptation de moyenne à bonne pour la grande majorité d’entre eux. Les deux principaux facteurs invoqués comme fondamentaux de la résilience sont l’adaptation des circuits de commercialisation et les ressources humaines. Pour les enquêtés, une structure résiliente est une structure aux circuits de commercialisation diversifiés et solides ainsi qu’une équipe impliquée et réactive. Les changements mis en place pour surmonter la crise n’ont pas vocation à perdurer pour la plupart des répondants. Les entreprises qui prévoient des modifications durables citent la baisse d’activité et la relocalisation des achats. Les producteurs ne pensent conserver aucune modification pour la moitié d’entre eux. Parmi les autres réponses, les changements amenés à perdurer sont les modifications de circuits de commercialisation, la diversification de l’activité et la réorganisation structurelle de l’exploitation. Il n’en reste pas moins que certains sont inquiets pour l’avenir de leur structure et plus largement de la bio. Pour les producteurs, parmi les plus inquiets on trouve principalement des maraichers, des apiculteurs, des viticulteurs et des éleveurs laitiers. Ils pensent manquer de trésorerie et d’aides financières pour maintenir leur activité. Pour les entreprises, les inquiétudes subsistent pour celles en difficulté. Le manque de visibilité sur la reprise de la restauration collective et la probable crise économique à venir en sont les deux principaux moteurs. Les producteurs évoquent quant à eux la nécessité de maintenir l’appui à l’agriculture biologique, l’aide à l’installation des jeunes et enfin la nécessité de relocaliser les circuits alimentaires pour sécuriser les filières.
Par Lucie Poline, Interbio Occitanie
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