Création d’un herbier de la flore spontanée du vignoble Audois
De façon générale, la flore spontanée du vignoble méditerranéen est assez mal connue. Elle est pourtant bien particulière et intégrée dans son environnement, résistante à des conditions climatiques drastiques.
De plus elle a été malmenée par une agriculture conventionnelle et un usage abondant d’herbicides, couplé à de la monoculture de masse et parfois un travail du sol intensif. Les sols sont nus et on observe le plus souvent des inversions de flore marquées où le chardon et l’inule visqueuses règnent en souverains tyranniques.
Le GIEE « Vignes en Association », accompagné par le Biocivam de l’Aude travaille depuis juin 2017 sur la thématique des couverts végétaux en vigne. Ce groupe avait comme objectif d’augmenter les surfaces de sols couverts dans les vignes pour lutter contre l’érosion, avoir des sols plus fertiles, diminuer l’utilisation de produits phytosanitaires etc.
Après avoir travaillé ces dernières années principalement sur les couverts végétaux semés, le souhait a été émis de s’intéresser à la flore spontanée.
OBJECTIF DE L’HERBIER
MÉTHODOLOGIE ET CRÉATION DE L’HERBIER
7 domaines ont donc été sélectionnés pour effectuer des prélèvements. Ils ont été choisis de manière à ce que les parcelles observées soient en enherbement naturel depuis assez longtemps (de 3 à 300 ans) et bien réparties sur le département, de manière à couvrir le maximum de terroirs différents. ( Aude et territoires limitrophes, notamment Minervois héraultais).
Un échantillonnage de cette flore a été réalisé sur l’ensemble des parcelles par Elisa Schwertz, étudiante à l’Ecole d’Ingénieurs de Purpan, et stagiaire au BioCivam 11. Ces espèces ont ensuite été identifiées. Finalement ce sont 130 espèces différentes qui ont été répertoriées, sur l’ensemble du territoire. Dans l’herbier, chaque plante est accompagnée d’une fiche descriptive qui permet de mieux l’identifier, d’indications sur le biotope de la plante (où la retrouve-t-on ?) ainsi que des caractères bio-indicateurs de la plante.
OÙ TROUVE-T-ON L’HERBIER ?
– Site Bio Civam : bit.ly/3qD4ssz
– Pour découvrir les lieux où les prélèvements ont été effectués : bit.ly/3qBDlhz
– Et pour la version numérique de l’herbier : bit.ly/3DmbYeG
RÉSULTATS OBTENUS
Certaines plantes sont présentes sur l’ensemble des domaines, quelques soit les caractéristiques du milieu. On retrouve partout des plantes typiques méditerranéennes, très bien adaptées, nombreuses, et donc qui se réimplantent facilement : Avoine stérile, Brome de Madrid, Erigéron de Sumatra, Luzerne orbiculaire, Raygrass méditerranéen, Brome stérile, Carotte épineuse, Scabieuse maritime.
Mais aussi des plantes de milieu tempérées tel que le Caille lait blanc (galium mollugo), ou le Trèfle champêtre.
De façon générale, la flore relevée sur les 7 domaines est typique des sols méditerranéens, qui sont sensibles au lessivage, basiques, pauvres en matière organique (MO), avec des difficultés de minéralisation.
On retrouve toute fois des particularités notables sur certaines parcelles :
plantes ou même des arbres de foret de garrigue, prenant le pied sur la parcelle : Bois de Sainte Lucie, Prunier sauvage, Figuier, Genet… Il y a une grande diversité au sein même de cette parcelle, avec à certains endroits un sol très fin, caractérisé par des plantes qui peuvent pousser sur des roches ou murs, comme le Figuier, ou l’Orpin de Nice.
A l’inverse dans le domaine le plus « montagnard » de notre inventaire, situé dans la Haute Vallée de l’Aude, chez les Beirieu, on observe des plantes qui indiquent une belle biodiversité, qui s’éloigne de la garrigue sèche du Minervois, avec des plantes de prairies typiques telles que l’ophrys abeille, la gesse des près, le paturin, le trèfle flexueux.
Sur plusieurs parcelles on observe aussi des plantes qui indiquent une bonne teneur en MO (qui a parfois du mal à être correctement minéralisé) : luzerne lupuline, dactyle aggloméré, plantain, Peigne de Venus,…
On note ici l’utilité de faire un tel inventaire, au vu de la diversité déjà importante sur seulement 7 parcelles.
RENCONTRE TECHNIQUE
En complément de la création de cet herbier et pour enclencher la dynamique de façon plus globale sur le département, une rencontre technique (campagne Terr’eau bio) sur la reconnaissance et la connaissance de la flore poussant de manière spontanée a été organisée le 29 juin, au domaine la Colline de l’Hirondelle (Douzens, chez Jennifer Buck et Didier Ferrier). Ils travaillent leurs vignes en couverts spontanés depuis maintenant 13 ans, et des relevés pour l’herbier ont été effectué dans l’une de leurs parcelles.
Ce domaine était particulièrement intéressant car ils ont fait l’acquisition de nouvelles parcelles ces deux dernières années, et nous avons pu ainsi observer l’impact de différentes pratiques sur la diversité des végétaux :
– une parcelle en troisième année de conversion vers la bio, où un travail du sol systématique est effectué
– une parcelle non mécanisable, en deuxième année de conversion, qui était désherbée en totalité.
Les participants à cette rencontre technique ont eu la chance d’être accompagnés dans leurs observations par Guillaume Fried, botaniste spécialisé dans la flore des terres agricoles. Il a ainsi pu leur donner des clés de reconnaissance, et quelques caractères bio-indicateurs des plantes que l’on retrouve régulièrement dans le vignoble audois. Ont donc été observé par exemple : la scabieuse maritime, le gaillet mou (ou caille-lait), le géranium à feuilles rondes, l’avoine stérile ou encore la luzerne orbiculaire…
Guillaume Fried était accompagnée par Marie-Charlotte Bopp, doctorante sur la flore des vignes de Méditerranée, qui a pu nous présenter les premiers résultats de sa thèse. Ses travaux de recherche portent sur l’influence de la gestion du sol sur la flore des couverts spontanés. Pour cela, elle travaille avec un réseau de 40 vignerons situés dans l’Hérault, qui adoptent tous des techniques de conduite de leurs sols différentes (désherbage chimique, désherbage mécanique, tonte, labour, aucun travail du sol…). Ce réseau déjà existant dans les années 80, a été « ré-activé » pour une deuxième phase d’observation de la flore, 40 ans plus tard.
SUITES
Ce travail n’est donc qu’un premier pas, et nous espérons le voir évoluer et continuer à s’enrichir au fur et à mesure des années.
Si des viticulteurs possédant des parcelles en spontanée sont intéressés pour que nous venions faire des prélèvements, n’hésitez pas à nous contacter au biocivam de l’Aude :
Anaïs Berneau- 04 68 11 79 25 – 06 08 05 35 21
Par Anaïs Berneau, Conseillère technique en viticulture biologique au Biocivam de l’Aude