Comment agrandir sa surface fourragère et ses parcours quand on est éleveur sur le Larzac méridional, dans le respect de cet écosystème fragile? Que faire de cette broussaille, principalement constituée de buis, dont les propriétés avaient déjà été mises en évidence par Olivier de Serres, père de l’agronomie, dès le XVIème siècle ? C’est pour répondre à ces questions que le groupement Larzac pour l’Agro-sylvo-pastoralisme, a été reconnu d’intérêt économique et environnemental (GIEE) en mai 2016 et poursuit, à ce titre, son projet intitulé «débroussaillage des sous-bois forestiers et valorisation des matières ligneuses ».
ORIGINE ET HISTORIQUE DU PROJET
Nicolas Brahic est éleveur de cochons de plein air intégral bio sur le Larzac méridional depuis 2007. Son domaine de 250 ha comprend 215 ha de forêt steppique fermée par la broussaille envahissante et inaccessible par les animaux. C’est de cette nécessité d’ouvrir le milieu pour gagner de la surface fourragère et des parcours, mais également afin de diminuer l’achat de céréales bio devenues coûteuses, qu’est née la société Buxor qu’il crée en 2012. Le débroussaillage manuel étant inenvisageable, en particulier avec les essences présentes de bois dur, il s’agissait de trouver le moyen de débroussailler mécaniquement les sous-bois de son exploitation, dans le respect de l’éco-système.
Que faire de cette broussaille ? Ne serait-il pas possible de la valoriser ? Pour répondre à ces interrogations, Nicolas Brahic s’intéresse aux démarches qui ont exploré la question, comme la méthode de compostage Jean Pain ou la technique du bois raméal fragmenté (BRF). L’éleveur met au point une machine combinée de récolte qui permet, en un seul passage, de couper les arbustes et la broussaille, de les broyer et de récupérer le broyat. Celui-ci est mis en tas et, au bout de quelques mois, forme un pré-compost qui prend le nom de Buxor compte-tenu de la prédominance du buis à environ 80%.
Convaincu de l’intérêt de ce produit, il fédère autour de lui un réseau d’agriculteurs et d’éleveurs utilisateurs qui devient le GIEE Larzac pour l’Agro-sylvo-pastoralisme
LES IMPACTS FAVORABLES DE L’OUVERTURE DU MILIEU
Les impacts sont très positifs pour l’agro-pas-toralisme. Le troupeau peut revenir rapidement sur la parcelle débroussaillée car la végétation est coupée et non arrachée : pas de chicots dangereux pour les pattes des animaux. Les graminées repoussent de suite, sans pousse excessive de ronces ou églantiers car la broussaille est exportée et non laissée sur place. L’ombrage apporté par les arbres qui sont de nouveau accessibles aux animaux et les massifs de buis épargnés sur les parcelles, permet au troupeau une meilleure résistance à la chaleur et allonge la période d’herbe verte disponible pour les animaux.
L’ouverture du milieu favorise également la biodiversité. Les grands arbres dégagés servent d’abris à un grand nombre d’animaux. A l’ombre de ces arbres, la strate herbacée reste fraîche et accessible à la faune sauvage plus longtemps que sur les pelouses. Les massifs de buis épargnés constituent également des espaces indispensables au maintien de la faune locale et à une faune importante qui migre sur le Larzac pour se reproduire. Les étendues de pelouses dégagées entre les massifs de buis et les arbres représentent une zone de nourrissage ou de chasse pour nombre d’animaux. Elles accueillent une grande diversité faunistique et floristique, souvent typique des Causses et protégée comme le Vautour fauve et l’Ophrys aymoninii.
En parallèle, ces espaces dégagés limitent fortement le développement des populations de sangliers.
C’est l’alternance de ces 3 zones mises en place lors de l’ouverture des parcelles qui permet de favoriser un écosystème sauvage équilibré, tout en permettant l’installation d’éleveurs pratiquant un agro-sylvo-pastora-lisme respectueux du bien-être des animaux domestiques.
Photo ci dessous : Cochons de la ferme des Terres Libres en semi-liberté dans un milieu ouvert, auparavant impénétrable. On aperçoit les nouvelles pousses de buis dès la 1ère année. Crédit photo Buxor.

Photo 2> Compost de broyat de buis. Crédit photo Buxor.
Photo 3 > Machine combinée de récolte forestière construite par Buxor en 2013 : sécateur hydraulique monté sur une pelle mécanique modifiée, Mecalac 14 MBX, montée sur pneus « big foot » et broyeur Jean Pain modèle 900 attelé. Crédit photo Buxor.
QUELLES UTILISATIONS POUR LA BROUSSAILLE ?
Maraîchage> En 2013, un maraîcher bio de l’Hérault séduit par la démarche de Buxor, teste le broyat de buis et constate sur les sols ayant reçu l’amendement que la structure s’était modifiée : le sol est devenu plus souple, aéré et favorise la présence de vers de terre. Il mène alors quelques essais de semis et plantation de légumes sur Buxor et sol témoin et les résultats obtenus sont encourageants : les salades et mâches repiquées se développent aussi bien, voire mieux que sur paillage plastique ou sol nu. Les semis directs sont même possibles: navets, radis, épinards se développent bien sur une épaisseur de 8 cm de Buxor sans ajout d’autres fertilisants. Enfin, les légumes sont plus savoureux selon leur producteur, qui estime que l’utilisation du broyat de buis lui permettra de moins arroser, moins désherber, moins labourer, et moins utiliser le paillage plastique.
Viticulture> En viticulture aussi, le Buxor présente de nombreux intérêts. Il a été testé en 2018 par un vigneron bio de Cahors et l’effet du produit est déjà visible en seulement quelques mois : la structure du sol a changé en surface, il est plus meuble, garde mieux sa fraîcheur que sur la partie témoin qui n’a pas reçu de produit. Ce sol plus souple est plus facile à désherber, ce qui est important en culture biologique.
Élevage> Le broyat de buis a également trouvé sa place sur la ferme d’élevage porcin de Nicolas Brahic. Comparé à la paille, le Buxor présente l’intérêt d’être plus durable : jusqu’à 6 mois dans la cabane, tout en conservant une litière propre et sans odeurs désagréables. De plus, le produit dégage de la chaleur en hiver dans les cabanes ce qui favorise le décollement des petits de la mère et limite fortement les risques d’écrasement. Enfin, les animaux semblent plus calmes, ce qui peut probablement s’expliquer par les propriétés cardio-régulatrices reconnues du buis.
Domaine équestre> Le broyat de buis présente également de nombreux intérêts pour le domaine équestre : utilisé comme litière pour les chevaux, il ne dégage pas de d’odeur d’ammoniaque, n’attire pas les mouches et la litière est plus homogène. Enfin, épandu sur sol équestre, il procure un grand confort de travail aux chevaux et permet au sol de se ressuyer rapidement et d’être utilisable par quasiment tous les temps.
Il conviendrait aujourd’hui de tester le process dans d’autres massifs forestiers, avec d’autres essences et un contexte pédoclimatique différent afin de vérifier si la démarche est transposable. Des contacts ont été pris en ce sens avec des organismes de recherches.
Photo 1 > Vignes de Cahors avec compost de buis épandu. Crédit photo Buxor.
Photo 2 > Comparaison salades sur plastique avec 150 unités d’azote et sur Buxor sans engrais. Crédit photo Buxor.
Photo 3 et photo 4> Marcheur et piste de galop chez un éleveur héraultais. Crédit photo Buxor.
CONTACT
Si vous êtes intéressés par le projet et souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à contacter le GIEE Larzac
> gieedularzac@mcom.fr
Par Elodie BERNARD, animatrice technique au CIVAM Bio 34
Crédit photo : Interbio Occitanie