Porc d’Occitanie : de nombreux petits élevages et des micro filières régionales

La filière porcine bio en Occitanie ne représente que 3% de la production porcine bio française.
Et pourtant l’Occitanie est la première place des régions françaises en nombre d’élevages porcins. La région se caractérise par de nombreux petits élevages tournés vers de la diversification, commercialisant sur des circuits de proximité. Les circuits longs y sont pratiquement absents. Et pourtant, ils sont nécessaires au maintien en activité des outils régionaux comme les abattoirs de proximité. Les transformateurs sont également intéressés pour développer un approvisionnement régional mais tous ne sont pas prêts à prendre le risque de porter le développement d’une filière régionale. Quelques exceptions existent.

Si la viande de porc reste la première viande consommée par habitant en France, en bio elle arrive à la troisième place, derrière la viande bovine et la volaille. La part de marché du porc bio en viande fraiche comme en charcuterie et salaison n’est que de 1% du marché porcin français global. Après une phase d’augmentation régulière de la consommation au cours des dernières années, l’année 2021 et début 2022 marque le pas avec un repli de la consommation sur cette catégorie de produit.

La grande distribution commercialise l’essentiel des produits porcins bio avec respectivement 61% du chiffre d’affaire en viande fraiche en 2020 et 71% pour les produits de charcuterie et salaison. Suivent les réseaux des magasins spécialisés, complétés par une offre en vente directe et chez les artisans.

UNE OFFRE DE PLUS EN PLUS DIVERSIFIÉE EN RAYON

Pour répondre à la demande des consommateurs, la gamme des jambons conventionnels proposée en rayon devient de plus en plus large, avec des produits plus hauts de gamme (sans nitrite, sans antibiotique, avec moins de sel, Bleu Blanc Cœur, Label Rouge, …) et souvent d’origine France. La concurrence pour les produits bio au prix bien plus élevé en est d’autant plus rude. Ainsi, les prix de vente pour un jambon bio français oscillent entre 30 et 50€/kg alors que le jambon Label Rouge affiche un prix allant de 17 à 20€/kg et le jambon standard autour de 10€/kg.

Les écarts de prix entre les produits porcins conventionnels et bio s’expliquent par des modes de production bien différents comprenant l’accès à l’extérieur. Mais le premier critère reste l’alimentation dont le coût peut atteindre 80% du coût de production.

EN OCCITANIE UNE PRODUCTION MARGINALE

La France est le second pays producteur de porcs bio en Europe avec 29% de volume, derrière le Danemark. La Nouvelle-Aquitaine est la première région de production avec 115 éleveurs en 2020 et 5600 truies, localisés dans le Limousin et au Nord du Poitou-Charentes. Les deux régions suivantes, les Pays de la Loire et la Bretagne, ont connu une forte hausse du nombre de truies mises en place en 2020 de respectivement 11% (3600 truies) et 18% (3400 truies).

L’Occitanie est à la 5ème place avec 1100 truies pour 128 élevages, principalement localisés en Aveyron. Alors que l’Occitanie est la première région de production en nombre d’éleveurs, c’est une des dernières régions en nombre de truies par exploitation. Les élevages d’Occitanie sont souvent des ateliers secondaires avec moins de 9 truies par exploitation contre 49 en Nouvelle-Aquitaine, 42 en Pays de la Loire et 38 en Bretagne.

Le cheptel de truies français a connu deux périodes fortes en conversion et installation, entre 2009 et 2010 et à partir de 2017. Les circuits de commercialisation longs freinent aujourd’hui les conversions. L’offre ayant rattrapée la demande, les entreprises ont du mal à valoriser toute la carcasse en bio.

88% DES ÉLEVAGES OCCITANS ONT AU MOINS UN ATELIER EN PLEIN-AIR

En Occitanie, 6 éleveurs (soit 5% des élevages) assurent 50% des volumes en porcs charcutiers bio de la région. La filière ne s’est pas développée dans la région, en particulier pour les circuits longs de commercialisation. Les freins à l’installation ont été trop importants pour une région où les élevages porcins sont déjà peu nombreux.

88% des élevages de la région ont au moins une partie de leur atelier en plein air dont 55% sont en total plein air. Des freins techniques importants existent pour ces élevages. En particulier, la gestion des porcelets jusqu’au sevrage et l’équilibre alimentaire des rations peuvent être difficiles à mener.

Les élevages de la région sont souvent des ateliers secondaires, de moindre taille. Ils permettent aux exploitants de se diversifier et de valoriser des sous-produits de l’exploitation comme le petit lait ou les déchets de maraîchage. Ainsi, les nouvelles règlementations pèsent beaucoup plus sur ces élevages, plus facilement enclin à arrêter leur production. C’est le cas des nouvelles normes de biosecurité apparues pour lutter contre la peste porcine africaine.

A l’inverse des circuits longs, les éleveurs en circuits courts disent pouvoir valoriser entièrement les carcasses grâce à une diversité de produits : La découpe en frais pour un retour financier rapide, la transformation en sec pour des produits à plus forte valeur ajoutée et la fabrication de terrines et plats cuisinés en complément de gamme.

LES TRANSFORMATEURS D’OCCITANIE TROUVENT RAREMENT LEUR MATIÈRE PREMIÈRE AU NIVEAU LOCAL

En Occitanie, 65 opérateurs ont un agrément bio pour transformer la viande de porc bio en cru, cuit et sec. Les entreprises de transformation régionales disent être demandeuses de matières premières bio et locales. Mais elles peinent à trouver une offre qui corresponde à leur demande en termes de qualité et de disponibilité. L’approvisionnement régional est irrégulier à cause du faible cheptel disponible et le coût des matières premières est également un frein récurrent. Les transformateurs ont des difficultés pour élaborer des produits à un prix acceptable par les consommateurs.

Développer un approvisionnement régional en Occitanie demander un changement de pratique complet pour les transformateurs, en achetant la carcasse complète. La majorité achètent seulement les pièces, faisant peser la recherche de l’équilibre matière sur les structures à l’amont. Peu sont prêts à changer leurs pratiques. Quelques dynamiques locales existent pourtant autour d’entre prises régionales.

La filière porcine d’Occitanie est donc face à de nombreux freins et demande d’accompagnement. Pour répondre à l’ensemble de ces enjeux, les professionnels de la filière d’Occitanie ont identifié plusieurs pistes d’actions prioritaires à mener. L’amélioration de l’accès aux connaissances techniques de production en communiquant mieux sur les formations régionales, en réalisant des fiches techniques et en identifiant des référents techniques dans la région.

La valorisation de l’ensemble de la carcasse en circuits longs en favorisant les connexions entre acteurs de la filière. En Favorisant la contractualisation amont/aval pour obtenir une régularité de production en quantité comme en qualité à un prix stable en mettant en relation éleveurs et transformateurs. Ces actions seront mises en œuvre progressivement et certaines sont déjà lancée en 2022

FORCES

  • Un label reconnu à l’échelle européenne
  • De petites productions familiales
  • Une majorité de producteurs en plein air
  • Des éleveurs engagés qui souhaitent souvent aller au-delà du cahier des charges bio dans la cohérence environnementale et bien-être animal de leur système
  • Le porc, un animal omnivores en capacité de valoriser des sous-produits
  • Une diversité de produits qui correspond aux attentes des consommateurs
  • Des agriculteurs techniquement bons qui peuvent être des ressources techniques régionales

FAIBLESSES

  • Une technicité de production non maîtrisée : peu d’accès aux connaissances techniques, peu de référents techniques en Occitanie
  • Le manque d’autonomie alimentaire (protéique)
  • Le rejet des élevages par les riverains : peu d’installations
  • Une réglementation contraignante décidée à l’échelle européenne et nationale : pas de lobbying possible
  • Pour les circuits longs : Une difficile valorisation de la carcasse entière et une irrégularité de la production en quantité et qualité
  • Un prix élevé de l’aliment qui influe sur le prix de vente
  • Peu de solutions de commercialisation en circuits longs

OPPORTUNITÉS

  • Les attentes des consommateurs pour des produits locaux et de qualité
  • Des exigences en bien-être animal accrues
  • Le développement des circuits-courts
  • La loi Egalim 1 qui impose 20% d’aliments d’origine bio en restauration collective
  • Une forte identité de transformation de charcuterie en Occitanie
  • Le développement de races adaptées au plein-air

MENACES

  • Les fermetures des petits abattoirs et le manque d’investissement des outils intermédiaires
  • Les autres labels de qualité
  • Les nouvelles normes d’élevage bio et de biosécurité
  • Le développement de la peste porcine africaine
  • La concurrence des autres pays européens et des exploitations de l’Ouest de la France en circuit long
  • Un arrêt des ateliers porcins déjà peu nombreux
  • Un marché bio instable

La fiche filière porc bio d’Occitanie complète est à retrouver sur le site internet d’Interbio Occitanie, rubrique « Connaitre la bio », ou directement en cliquant sur le visuel ci-contre.

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Par Ludivine CUREAU, chargée de mission filière chez Interbio Occitanie

Crédit photo : Shutterstock et Interbio Occitanie