Des outils et méthodes alternatives au cuivre dans la lutte contre le mildiou de la vigne

Réduire les doses de cuivre apparait primordial, du fait de son impact négatif sur la vie du sol mais aussi en vue de sa potentielle substitution.
En 2016, 97 % des viticulteurs bio et 84 % des viticulteurs conventionnels utilisaient du cuivre (Anses, 2022).

Le cuivre est couramment employé contre le mildiou au vignoble. Son utilisation ne cesse de croître en France, du fait de l’essor de l’agriculture biologique (AB) et de l’interdiction d’autres fongicides, amenant des viticulteurs conventionnels à l’employer davantage.

Le projet AlteRCuivre (2021-2023) vise à capitaliser les ressources existantes pour renforcer la gestion du mildiou tout en réduisant les doses de cuivre. Une première étape a recensé les pratiques des vignerons. Le bassin viticole du sud-ouest est le 4ème en termes d’utilisation de cuivre (Figure 1 ci-dessous), avec en moyenne 2,15 kg/ha/an tandis que la moyenne nationale est de 1,95 kg/ha/an. Il reste donc des marges de progrès. 3 pistes ont été explorées en Occitanie dans le projet BIOCUVITIOENO :
1. modéliser les risques pour ne traiter que si nécessaire.
2. moduler les doses de cuivre.
3. intégrer des alternatives tels que des produits de biocontrôle.

LE RECOURS AUX OUTILS D’AIDE À LA DÉCISION (OAD)

Le projet DEFIBIO a été initié dans ce contexte. Un échange a été établi entre des chercheurs de quatre laboratoires d’INRAE (UMR Innovation, UMR Agir, UE Maraichage et Des expérimentations participatives dans le projet Opticuivre Viti Bio portaient sur l’utilisation de l’OAD DeciTrait® pour le déclenchement des traitements et de son module cuivre pour les préconisations de doses de cuivre métal (Davy et al. 2020). En région Occitanie cette stratégie est validée sur mildiou (projet BIOCUTIVIOENO) et aboutit à une réduction de 20 % de la dose de cuivre quand le risque modélisé est faible ou moyen.

INTÉGRATION DES PRODUITS DE BIOCONTRÔLE DANS LA LUTTE CONTRE LE MILDIOU

Sur les vignobles d’Occitanie, lorsque le risque modélisé est moyen, des produits de biocontrôle viennent en complément de la réduction de 20 % de la dose en cuivre tel que le COS-OGA et l’huile essentielle (HE) d’orange douce. Cette stratégie a permis de baisser le nombre de passages anti mildiou et de réduire l’application de cuivre d’1,1 kg/ha/an en moyenne.

Alt’Fongi Biocontrôle en Nouvelle-Aquitaine s’appuie aussi sur ce principe de complémentarité entre OAD et produits de biocontrôle (Dupin S. et al. 2021). Parmi les résultats, l’HE d’orange douce, complémentée de doses réduites de cuivre (1,5 kg de cuivre sur l’ensemble de la saison) pour lutter contre le mildiou a permis d’obtenir une protection équivalente à l’application de 3,5 kg de cuivre seul.

D’après l’état des lieux des pratiques réalisé dans AlteRCuivre, l’huile essentielle d’orange douce est le produit de biocontrôle le plus fréquemment utilisé en AB et en conventionnel (14 %).

Dans cette étude, la majorité des utilisateurs de biocontrôle emploie moins de cuivre que les non-utilisateurs de biocontrôle de leur groupe (médiane < 0) mais les résultats ne sont pas significatifs. A la différence du projet Alt’Fongi couplant deux alternatives et reposant sur un OAD, il semblerait qu’un levier utilisé isolément pour réduire le cuivre ne soit pas suffisant. Selon les conclusions d’AlterCuivre, l’importance de la qualité de la pulvérisation, le positionnement des produits, le fractionnement de doses, et la gestion de la fertilisation (régulation de la vigueur) sont les facteurs à prioriser dans la réduction du cuivre contre le mildiou.

DES RÉFÉRENCES À VALORISER

Il est nécessaire de renforcer la diffusion sur les voies de réductions du cuivre : prophylaxie, qualité de pulvérisation, PNPP, biocontrôle, variétés résistantes, méthodes physiques (ex : viti-tunnel, UV-C)….

AlteRCuivre et le Centre de Ressources Cuivre ont permis de rendre disponible pour les viticulteurs le bilan d’un grand nombre d’essais sur les produits alternatifs à ajouter à la bouillie de traitement. Le bilan montre qu’aucun produit ne peut permettre de se passer totalement de cuivre. Il ressort certains bons candidats pour réduire les doses, mais d’autres comme les stimulateurs de défenses des plantes, mode d’action complexe qu’il reste à maîtriser au champ, montrent peu d’efficacité.

BIBLIOGRAPHIE:
-> Andrivon, D., Bardin, M., Bertrand, C., Brun, L., Daire, X., Decognet, V., … & Tamm, L. (2018). Peut-on se passer du cuivre en protection des cultures biologiques ? Rapport d’expertise scientifique collective.
-> Cartographie des utilisations des produits phytopharmaceutiques à base de cuivre en France en considérant leur application en agriculture biologique et conventionnelle. (saisine 2021- AUTO-0060). Maisons-Alfort : Anses, 133 p. (2022)
-> Decitrait®: un OAD pour la protection de la vigne, Davy, A., Raynal, M., Vergnes, M., Debord, C., Codis, S., Naud, O., … & Perot, S. (2020). Innovations Agronomiques, 79, 89-99.
-> Optimisation des doses de cuivre et intégration de biocontrôle, Dupin, S. Guégniard, S., Aveline, N. et al. (2021). ProBilBio N°12, 15-16.

POUR ALLER PLUS LOIN
la page d’AlteRCuivre sur le site de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire :
-> https://bit.ly/43IbpIU