Étudier l’aire de butinage des abeilles à l’aide d’outils cartographiques

LE CHOIX DES EMPLACEMENTS DE RUCHER UN FACTEUR CLÉ DE LA RÉUSSITE EN APICULTURE !

L’activité apicole nécessite un travail approfondi de recherche d’emplacements sur lesquels positionner les ruches. Un bon réseau d’emplacements de ruchers permet une optimisation des déplacements et de la production ainsi qu’une meilleure adaptation aux conditions météorologiques de l’année. De nombreux critères doivent être pris en compte : accessibilité en véhicule, distance au siège d’exploitation, non visibilité depuis la route afin de ne se prémunir contre les vols, voisinage, présence d’un point d’eau à proximité, etc. D’autres critères dépendent de la période à laquelle l’emplacement sera utilisé et de la conduite du rucher, on peut citer les conditions pédo-climatiques, le parcellaire agricole et les espaces naturels environnants ou encore la présence d’autres ruches dans l’aire de butinage.

Pour étudier un territoire sur lequel on recherche un emplacement, rien ne remplace d’aller sur place en prospection et de prendre contact avec les acteurs du territoire, parmi lesquels les agriculteurs, employés municipaux, gardes forestiers, etc. Néanmoins, vue le nombre important de critères à prendre en considération, il peut être pertinent d’utiliser les outils cartographiques afin de pré-identifier des secteurs d’intérêt. Cela est d’autant plus vrai pour les ruchers conduits en apiculture biologique car le cahier des charges définit des critères supplémentaires de conformité des emplacements pendant la période de production des colonies.

Ci-dessous sont listés une sélection d’outils cartographiques gratuits, librement accessibles en ligne et facilement manipulables qui ont été identifiés comme intéressant dans la recherche et la caractérisation des emplacements de ruchers.

BEEGIS : LE CHAMPION DE L’ANALYSE SPÉCIALEMENT PENSÉ POUR L’APICULTURE

BeeGIS a été développé par l’Institut Technique et Scientifique de l’Abeille et de la Pollinisation (ITSAP – Institut de l’Abeille). Une fois un emplacement précis identifié, l’utilisateur place sur une carte son ou ses emplacements, détermine le rayon de butinage (entre 50m et 3km), choisit les couches qui l’intéressent (milieu agricole, forestier, haies, occupation des sols, etc.) puis charge les données. Il est ensuite possible de visualiser les couches sélectionnées pour l’aire de butinage déterminée, de visualiser des graphiques représentant la composition de l’aire de butinage en ha ou en pourcentage, de voir l’évolution du parcellaire agricole sur les années antérieures et pour chacune des cultures de voir la surface et la part de conventionnel et de bio. Les données sont aussi exportables sous forme de tableur. Toutes ces données ne suffisent pas systématiquement à elles seules à déterminer si un emplacement est conforme au cahier des charges bio puisque la conformité peut dépendre de la période de l’année en fonction des floraisons de cultures en cours et d’autres éléments non pris en compte par l’outil. Néanmoins, dans de nombreux cas, BeeGIS est suffisant pour se faire une idée assez précise qui sera à confirmer avec son organisme certificateur. De plus, l’outil peut aider à préciser les recherches d’emplacements en fonction du type de cultures habituellement présentes ou de l’importance des surfaces en bio.

https://appli.itsap.asso.fr/app/01-beegis

CARTOBIO : UN PETIT NOUVEAU POUR VISUALISER LES PARCELLES BIO ET NON-BIO

Pour descendre à l’échelle de la parcelle et identifier des îlots de cultures bio, l’Agence Bio met à disposition la plateforme CartoBio depuis le site de agencebio.org dans le menu « vos outils ».

La vocation de CartoBio est « d’accompagner la définition et la mise en oeuvre des politiques territoriales de développement durable et plus particulièrement celle de la transition agroécologique » (source : Agence Bio). Il y a fort à parier que les apiculteur ·rices sauront s’en emparer pour les aider dans l’identification de secteur agricoles à faible risque d’intoxication et dans la recherche d’emplacements de ruchers conformes au cahier des charges bio !

La plateforme permet une visualisation simultanée du parcellaire agricole et de la localisation des parcelles bio notifiées auprès de l’Agence Bio sur l’ensemble du territoire. Afin de faciliter la lecture et de cibler les cultures d’intérêt apicoles ou des périodes de floraison, il est possible de ne sélectionner que certaines cultures.

=> https://www.agencebio.org/cartobio

GÉOPORTAIL : LE MULTITÂCHE DE LA VISUALISATION

Cet outil développé par l’IGN permet la visualisation de très nombreuses couches cartographiques permettant de collecter des informations sur les caractéristiques d’un territoire. Ainsi, parmi les couches d’intérêt pour la recherche ou la caractérisation d’un emplacement de rucher, on peut citer les photos aériennes, carte des sols, reliefs et pentes, carte des forêts, parcs naturels et zones Natura 2000, registre parcellaire graphique (assolements culturaux des années précédentes) et les cartes d’occupation des sols (Corine Land Cover). Lorsqu’un emplacement précis est identifié comme intéressant, l’utilisation de la carte cadastrale permet de retrouver le numéro de parcelle cadastre pour solliciter la mairie afin de trouver le propriétaire.

=> https://www.geoportail.gouv.fr/carte

CARTE ADONIS : FEU ROUGE SUR LES TRAITEMENTS ET FEU VERT SUR LES PARCELLES BIO

La carte Adonis permet d’avoir une vue d’ensemble à l’échelle de la commune sur l’ampleur de l’usage de pesticides (IFT) et la part de l’agriculture biologique. En cliquant sur la carte on accède au détail de l’IFT, aux cultures majoritaires et aux cultures les plus traitées sur la commune. Cet outil permet donc d’identifier des communes pour lesquels l’environnement de butinage sera a priori moins à risque en termes d’exposition aux produits de traitement phytosanitaires.

=> https://bit.ly/3uTQBPp

LES LIMITES DES SYSTÈMES D’INFORMATION GÉOGRAPHIQUES

L’une des principales limites des outils cartographiques porte sur les délais d’actualisation du parcellaire agricole. En effet, l’assolement est transmis par les cultivateurs à l’administration dans le cadre des déclarations PAC en mai mais les données ne sont disponibles qu’un an et demi plus tard. Ce calendrier ne permet donc pas d’adapter son circuit de transhumance en fonction de la réalité de l’année mais uniquement en fonction de l’antériorité sur un territoire.

De plus, on ne dispose pas de l’indication si la parcelle est irrigable et encore moins si elle est effectivement irriguée. Or, cet élément peut impacter fortement la phénologie des plantes et leur production de nectar. Il n’y a pas non plus de données sur les variétés et cultivars présents et sur les itinéraires techniques des cultures alors que ces éléments peuvent avoir un impact conséquent sur le potentiel nectarifère d’une parcelle (culture, couverts et flore spontanée).

Enfin, si on s’éloigne de l’aspect ressource pour s’intéressé aux risques liés aux traitements phytosanitaires, l’information à la commune permet de connaitre l’IFT mais sans détail sur les périodes de traitement, les modes d’application et la dangerosité de la molécule pour les organismes non-cibles telle que l’abeille. Un travail plus fin de connaissance des périodes à risque en fonction des cultures et un dialogue direct avec les agriculteurs et apiculteurs déjà présents sur la zone peut alors s’avérer nécessaire.

 

LEXIQUE
Un rucher correspond à un lot de ruches. Par extension, le terme rucher est parfois utilisé pour désigner l’emplacement du rucher, c’est-à-dire l’endroit où le rucher est placé. Un rucher peut être sédentaire (les ruches sont présentes sur le même emplacement toute l’année) ou transhumant (les ruches sont déplacées au cours de l’année, généralement pour suivre les miellées).

Un emplacement peut être utilisé pour la production de produits de la ruche (miel, pollen, gelée royale, etc.), pour la production de reines et d’essaims ou encore comme emplacement hivernal.

VOUS SOUHAITEZ PROPOSER DES EMPLACEMENTS DE RUCHERS ?

Rendez-vous sur le site de l’ADA Occitanie et complétez le formulaire en ligne, vos propositions seront transmises aux apiculteurs et apicultrices en recherche d’emplacements pour leurs ruches :
=> https://bit.ly/3PvXlwe

Par Anne-charlotte METZ, ADA Occitanie

Crédit photo : Shutterstock