Les fabricants d’aliments pour bétail sont des acteurs structurants à la croisée de nos filières grandes cultures et élevage.
Ces acteurs sont doublement importants, d’une part car ils valorisent de nombreuses cultures de la rotation : céréales (blé, triticale, orge, maïs, avoine), protéagineux (pois, féveroles) et oléagineux (soja, colza et tournesol en tourteau) et d’autre part car ils fournissent en aliments de nombreux élevages bio régionaux. Nous avons souhaité faire le point avec ces acteurs afin de mieux connaitre leur fonctionnement et identifier avec eux les enjeux actuels de leur activité.

LES ACTEURS EN OCCITANIE
Nous avons identifié en région Occitanie :
=> 5 usines de fabricants d’aliments, dont 2 entreprises privées et 3 filiales de groupe coopératifs.
=> 2 usines de trituration de soja et autres oléagineux qui produisent des tourteaux, toutes deux sont liées à des groupes coopératifs.
Ces outils sont assez bien repartis sur notre territoire régional : Lozère / Aveyron / Tarn / Aude /Gers / Hautes – Pyrénées. Ils sont situés soit dans les bassins de productions de grandes cultures bio soit au plus près des zones d’élevages où se trouvent leurs clients.
Un seul opérateur est 100 % bio, les autres sont de plus grosses entreprises avec une activité bio qui représente 5 à 10 % de leur activité. Les gammes proposées sont larges, variées et concernent tous les types d’élevages (ruminants et monogastriques). Certains acteurs sont plutôt spécialisés dans la production d’aliments pour les vaches laitières/chèvres/brebis laitières bio ; alors que d’autres sont plus spécialisés en aliments pour volailles et porcs bio.
UN APPROVISIONNEMENT MAJORITAIREMENT FRANÇAIS ET RÉGIONAL
Les fabricants d’aliments bio d’Occitanie n’ont pas de difficultés à trouver des approvisionnements français et régionaux. Ils ont des partenariats durables avec les coopératives régionales de Grandes Cultures bio. Leurs approvisionnements sont majoritairement « origine France », même s’ils ont aussi recours à de l’import, notamment pour l’orge, la féverole ou le soja. Ces imports proviennent principalement d’Espagne et d’Italie.
Les FAB interrogés ont tous développé une gamme d’aliments bio 100 % origine France, pour répondre à la demande de plusieurs filières laitières (vache et brebis). En effet certains collecteurs/ laiteries ont renforcé leurs exigences sur l’origine de l’aliment bio, et imposent dans leur cahier des charges un aliment bio 100 % origine France. A ce jour, les FAB n’ont pas vraiment de difficultés à trouver ce sourcing français ou régional, mais ils alertent tout de même sur l’impossibilité de passer l’ensemble de leur gamme en origine France. On manquerait alors de certains produits et les coûts finaux seraient plus élevés.
LES ENJEUX DE LA FILIÈRE ALIMENT POUR BÉTAIL BIO/LES DÉFIS À RELEVER
=> La réglementation limitant à 25 % l’incorporation de C2 dans les aliments n’est pas considérée comme problématique. Cela a peu d’impact sur la composition et le coût des aliments. De plus, cette limitation intervient à un moment où l’offre régionale en C2 diminue, cela ne pose donc pas de problème pour les coopératives.
=> En revanche la fin de la dérogation qui autorisait 5 % d’aliments non bio riches en protéines dans les aliments des monogastriques oblige les FAB à revoir leurs formulations. Le gluten de maïs (non bio) qui était utilisé devra être remplacé par des tourteaux bio ce qui aura un double impact : l’aliment sera plus cher et il sera vraisemblablement moins performant.
=> Enfin la principale inquiétude actuelle des FAB est l’envolée des prix de certaines matières premières. Fin 2021, le constat était déjà préoccupant :
– Les céréales bio avaient augmenté de 20 à 30 € / Tonne.
– Le soja Bio avait fortement augmenté aussi pour atteindre des niveaux record à 900 – 1000 € / Tonne, avec en cascade une forte hausse du prix des tourteaux…
– Les prix des pois et des féveroles était en augmentation aussi et le marché est tendu sur ces protéagineux
L’enjeu de l’approvisionnement en protéines est donc le principal enjeu pour les FAB bio d’Occitanie. Le développement de matières premières riches en protéines (tourteaux de soja et tournesol, pois et féveroles) en France et en Occitanie serait donc une solution pour stabiliser les prix et sécuriser les volumes disponibles. Certains FAB réfléchissent aussi à diversifier leur source de protéines (avec d’autres tourteaux, des co-produits …).
Les FAB bio d’Occitanie sont tous préoccupés par l’augmentation des prix des matières premières bio qui impacte de fait le prix de l’aliment bio et donc les élevages bio. Ils s’accordent aussi pour dire qu’une solution serait de développer en Occitanie les surfaces de cultures riches en protéines et destinées à l’alimentation animale. Ce travail serait donc à construire avec les producteurs et les coopératives bio d’Occitanie. Malheureusement depuis début 2022, avec le conflit en Ukraine et l’extension de la grippe aviaire dans le Sud-Ouest, le contexte s’est encore complexifié… Nos filières bio régionales sont impactées par les bouleversements des filières conventionnelles.
L’ALIMENTATION ANIMALE BIOLOGIQUE UN SECTEUR SOUS CONTRAINTES
Le secteur de l’alimentation animale biologique a vu son activité tripler sur les 10 dernières années, pour arriver en 2021 à 740 100 tonnes d’aliment bio produites au niveau national. Si l’augmentation de ces volumes a été particulièrement forte depuis 2018, on s’aperçoit que l’année 2021 marque un tassement de cette croissance, qui devrait s’accentuer sur 2022 sous l’effet combiné d’un ralentissement du marché bio et de l’influenza aviaire. Les dynamiques observées en Occitanie suivent celles observées au niveau national, le secteur Sud-Ouest (Occitanie + ex Aquitaine) représentant 9% de la production française d’aliment composé biologique .
A l’inverse des circuits longs, les éleveurs en circuits courts disent pouvoir valoriser entièrement les carcasses grâce à une diversité de produits : La découpe en frais pour un retour financier rapide, la transformation en sec pour des produits à plus forte valeur ajoutée et la fabrication de terrines et plats cuisinés en complément de gamme.

IMPACT DU CONTEXTE MONDIAL SUR LE MARCHÉ BIOLOGIQUE
Le contexte de crise que nous traversons depuis l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes est venu renforcer les dynamiques d’inflation observées en France dès 2021.
Concernant les grandes cultures, alors que le secteur conventionnel se trouve directement impacté par d’importantes fluctuations du cours des matières premières (l’Ukraine et la Russie étant de très gros pourvoyeurs de céréales et oléo-protéagineux sur les marchés mondiaux), la production Bio ressent également le contre-coup de ces fluctuations : même si nos marchés bio nationaux restent en théorie décorrélés des cours mondiaux, la France n’étant pas dépendante d’importations directes de grandes cultures bio en provenance d’Ukraine et Russie, force est de constater que les bouleversements de la filière conventionnelle impactent tout de même les filières bio françaises… Le différentiel de prix entre Bio et Conventionnel se réduit, les prix conventionnels dépassent même parfois ceux du bio … Il reste nécessaire de pouvoir proposer aux producteurs Bio des prix incitatifs qui les encouragent à valoriser leur production dans les circuits Bio.

UN PALIER DANS LE DÉVELOPPEMENT DES FILIÈRES ANIMALES BIO
Les filières monogastriques bio, consommatrices de 80% des volumes d’aliment bio produit, se sont fortement développées ces dernières années : depuis 2018 en pondeuses et plus récemment en 2020 pour l’élevage porcin. Ces filières étaient alors portées par un marché demandeur, offrant des écarts de prix importants entre bio et conventionnel. Cependant, ces productions semblent connaître aujourd’hui un palier de développement, la demande nationale étant (comme pour plusieurs autres productions bio) en légère régression depuis 2021.
Face à cette absence de dynamique du marché bio, les opérateurs de la filière oeufs ont stoppé les mises en place de nouveaux poulaillers depuis 2021, alors que des volumes d’oeufs bio ont dû être déclassés sur les circuits conventionnels. De la même manière, les marchés bio de la volaille de chair, du porc et des produits laitiers se trouvent aujourd’hui engorgés, et les opérateurs de ces filières doivent avoir recours à des plans de régulation de l’offre. La demande en aliments pour ces filières ralentit donc aussi.
LES ÉLEVAGES BIO FORTEMENT TOUCHÉS PAR L’INFLUENZA AVIAIRE
En 2022, la filière avicole française est touchée par une violente épizootie d’influenza aviaire. Cette dernière, contrairement aux précédents épisodes, concerne des régions fortement productrices de volailles biologiques, telles que la Vendée qui représente environ 30% de la production de volailles bio nationale. Les répercussions de cet épisode commencent à se faire sentir sur le marché de l’alimentation animale biologique, et devraient être présentes également sur le 2nd semestre 2022.
Par Marianne Sanlaville , La Coopération Agricole Occitanie et Amélie Berger, Ocebio
Crédits photos : Shutterstock