FOCUS Technique Vergers : maîtriser l’irrigation et l’enherbement sur le rang par l’installation d’un mulch

Assurer la bonne gestion en eau de son verger et maîtriser l’enherbement sur le rang font partie des principaux enjeux techniques des arboriculteurs. Face à ce double défi, le CIVAM BIO 66 et plusieurs arboriculteurs ont opté pour le mulch végétal sur le rang. Après deux années d’essais, il semble être une alternative intéressante.

Plusieurs arboriculteurs des Pyrénées-Orientales ont utilisé ponctuellement la ressource en déchets verts locale dans un objectif d’entretien de la fertilité de leurs vergers. Il s’est avéré que ce mulch pouvait améliorer la capacité de rétention en eau des sols.

2017, UNE PREMIERE ANNEE PROMETTEUSE

En 2017, suite à ce constat, le CIVAM BIO 66 a lancé plusieurs essais auprès de différents producteurs adhérents visant à évaluer ce mulch. Plus précisément, les objectifs étaient de (i) mesurer l’impact du BVC sur la capacité de rétention de l’eau du sol et in fine sur la réduction de la consommation en eau dans les vergers et (ii) observer sa capacité à maîtriser l’enherbement sur le rang. Le mulch en question est du Broyat Vert Criblé (BVC). Il a été fourni par le SYDETOM 66 (Syndicat Départemental de Transport, de Traitement et de Valorisation des Ordures Ménagères et déchets). Le BVC n’est autre que des déchets verts collectés auprès de collectivités locales et des espaces verts qui sont ensuite broyés puis criblés.

En 2017, les premiers essais sont lancés sur différentes cultures à savoir grenadiers, plaqueminiers, abricotiers, pêchers et oliviers en haute densité. Deux rangs sont mobilisés pour les essais : un rang sur lequel est épandue une couche de BVC de environ 20 cm d’épaisseur sur une largeur de 1 mètre et un rang nu, sans BVC qui constitue le rang témoin. Sur chaque rang étudié étaient positionnées deux paires de sondes tensiométriques.

L’irrigation est celle raisonnée par les producteurs qui sont équipés soit de goutte-à-gouttes ou de micro-asperseurs. L’objectif de ce dispositif était de comparer les teneurs en eau du sol données par les sondes entre les deux modalités.

 

Ci dessous : Broyat Vert Criblé (BVC) au SYDETOM 66

2018 – OBJECTIF : FAIRE DES ÉCONOMIES D’EAU

En 2018, seulement 2 parcelles d’abricotiers sont mobilisées. Le dispositif est le même qu’en 2017 avec la spécificité d’avoir installé un compteur volumétrique sur les gaines d’irrigation afin d’apprécier plus précisément les volumes d’eau apportés aux arbres.

Dans l’objectif de voir s’il est possible de réaliser une économie d’eau avec le BVC par rapport au sol nu, les périodes les plus humides ont été recherchées à travers la lecture des sondes tensiométriques. Lors de ces périodes, l’irrigation a été coupée à l’aide de la vanne positionnée en bout de gaine. Dès que les valeurs de tension en eau du sol réaugmentent, la vanne était réouverte et l’irrigation reprenait. Les données suivantes ont ainsi été récoltées : tensiométrie, pluviométrie et dose d’irrigation.

Tableau 1 : Descriptifs des parcelles

UNE ÉCONOMIE D’EAU INTÉRESSANTE MALGRÉ LES LIMITES DU DISPOSITIF

Un meilleur maintien sous BVC. D’abord l’installation de compteurs volumétriques a permis de se rendre compte de l’inégalité des apports entre les rangs. Ensuite, comme en 2017, un meilleur maintien en humidité sous le BVC est confirmé. En effet, chez le producteur n°1, l’écart entre les deux rangs est significatif lorsque l’on observe les valeurs des sondes en profondeur (50 cm). Ce résultat est à interpréter avec précaution, car une anomalie a été soulevée en fin de suivi sur les sondes positionnées sur le rang nu.

Reprise d’humidité plus rapide. Nous avons néanmoins pu observer qu’après un arrêt général de l’irrigation dans le verger, conduisant pour chaque modalité à un fort assèchement du sol, la reprise en humidité du sol est plus rapide pour le rang mulché que pour le rang nu. Toutefois, le BVC ne permet pas de se passer de l’irrigation, mais des économies d’eau intéressantes ont pu être faites après plusieurs coupures sur cette parcelle mise en évaluation. Le tableau montre en effet, que 315 m3 d’eau (parcelle n°1) ont pu être économisés. L’économie aurait pu être plus importante car le rang avec mulch BVC a été anormalement trop alimenté en eau dès le début.

Reprise d’humidité plus rapide. Avec une épaisseur plus importante chez le producteur n°2, le résultat s’oppose. Sous le BVC, le sol est plus sec. Cela s’explique par le fait que l’eau qui est contenue par le BVC s’évapore avant d’atteindre le sol. Cette situation peut engendrer un autre problème sur jeune verger où les racines s’installent plus facilement en surface qu’en profondeur. L’observation de l’impact du mulch sur l’enherbement est identique à 2017 : celui-ci ne permet pas de contenir totalement la repousse des adventices et nécessite une intervention manuelle. C’est l’une des limites de cette pratique.

Mise en place chronophage. L’autre facteur limitant est dans la mise en place du BVC, possible pour les arboriculteurs équipés d’un épandeur. Sinon, l’application faite manuellement avec une pelle devient très chronophage.

Tableau 2 : Volumes d’eau apportés pour 5 arbres en parcelle n°1.

UNE MEILLEURE RÉTENTION EN EAU DANS LE SOL

Sur cette première année d’essai, les résultats sont plutôt concluants. En effet, à travers la lecture des sondes on constate une meilleure rétention en eau dans le sol grâce à ce mulch, surtout en période estivale ou la gestion de l’eau est déterminante pour la culture.

UNE GESTION DE L’HERBE MITIGÉE

Dans certains vergers, le mulch a permis de contenir le développement d’adventices, mais dans d’autres initialement très “salies” par celles-ci, la gestion a été plus compliquée. La repousse est devenue importante et a nécessité d’intervenir manuellement.

DE NOMBREUX AVANTAGES

Ces deux années d’essais ont révélé l’intérêt du BVC pour garder une certaine humidité au sol et ainsi permettre des économies d’eau. Le BVC a également pour avantage d’augmenter la fertilité des sols par l’enrichissement de la surface en matière organique et la stimulation de l’activité biologique des sols. Quelques mois après l’installation, on pouvait notamment constater que la terre sous le BVC devenait grumeleuse. Une riche macrofaune était présente.

Bien que les résultats soient assez prometteurs, l’essai n’a pas été poursuivi en 2019. Il serait toutefois intéressant de confirmer les résultats obtenus et de répondre à d’autres questions soulevées telles que l’application de l’engrais, le positionnement et le choix du matériel d’irrigation, la faim d’azote générée par le mulch ou encore vis-à-vis des campagnols. De plus, l’intérêt de poursuivre cet essai serait de voir dans quelles mesures peut-on faire des économies d’eau et obtenir (ou garder) un potentiel de production optimal ?

FOCUS TECHNIQUE #2 : COHABITER AVEC LA MOUCHE NOIRE DU FIGUIER, PAR QUELS MOYENS ?

Dans un contexte de diversification des productions fruitières suite à la problématique Sharka, des vergers de figuiers ont progressivement vu le jour dans les Pyrénées-Orientales. En agriculture biologique, c’est une filière en développement mais la conduite des figuiers en bio se heurte à un problème technique important : la gestion d’un parasite. En effet, la mouche noire du figuier, Silba adipata McAlpine, peut être responsable de 20 % à 80 % des pertes en verger.

Silba adipata est une petite mouche noire de la famille des Lonchaeidae. Elle mesure 4,5mm et est reconnaissable grâce à son thorax brillant au soleil. Elle parasite les figues en déposant ses œufs au niveau de l’ostiole. Les œufs donnent ensuite naissance à la larve qui va ensuite se nourrir de l’inflorescence puis s’attaquer au parenchyme de la figue. Celle-ci finit par sortir de la figue pour poursuivre son cycle au sol où elle entamera sa nymphose et donnera lieu à la génération suivante. Il y a environ 6 générations par an.

Une impasse technique en bio. Aujourd’hui, il n’existe aucun produit bio homologué contre cette mouche. Seule la prophylaxie, qui consiste à récupérer les figues touchées puis les brûler, est possible. C’est une tâche très chronophage dont l’efficacité est controversée.

Trouver un piège de contrôle du ravageur efficace. Face à cette véritable impasse technique le CIVAMBIO 66 a mené dès 2015 des essais dans l’objectif de trouver un piège de contrôle du ravageur efficace. Cette première expérimentation a permis d’identifier une bonne attractivité du Phosphate diammonique (PDA) dilué à 4%. Il constitue aujourd’hui la base des pièges mis en essais.

Plusieurs combinaisons de pièges et d’attractifs à l’essai. En 2017, les essais ont été poursuivis avec la société AB7 Innovation qui a proposé plusieurs combinaisons de pièges et d’attractifs. Ils sont conduits chez différents producteurs. D’avril jusqu’à septembre, chaque semaine, les mouches capturées sont comptées dans chacun des pièges. Ceux qui capturent le plus de S. adipata et qui sont les plus sélectifs sont sélectionnés. En 2017 le choix s’est porté sur un piège à guêpe transparent et de trois attractifs.

 

Photo 1 : Figues attaquées par la mouche de la figue.

LANCEMENT DU PROJET FIGUECOSA

Avec l’objectif commun de lutter contre ce ravageur, en 2018, le projet FIGUECOSA est lancé entre plusieurs partenaires. Le but est de développer une méthode de lutte par piégeage. Les 3 attractifs de 2017 sont réévalués et de nouvelles formulations d’actifs de la société partenaire AB7 sont également testées. Les essais sont mis en place dans plusieurs parcelles de figuiculteurs de la coopérative Teranéo, partenaire du projet. Chaque attractif est répété trois fois dans la parcelle. Chaque semaine, après avoir été comptés, vidés et rechargés de la solution PDA 4%, les pièges sont déplacés pour prendre la place du suivant. L’objectif est de lisser les variations internes à la parcelle. Les pièges les plus efficaces sont ceux possédant la meilleure attractivité et sélectivité. Deux attractifs codés 14 et 203 sont notamment sélectionnés sur la base de ces critères pour l’année 2019.

UNE VARIABILITÉ DES RÉSULTATS

Les essais d’évaluation des pièges sont poursuivis pour les attractifs efficaces en 2018 (codés 14 et 203) et de nouvelles formulations sont également proposées (301 à 305). Les actifs présents dans la formulation 14 sont également incorporés dans un nouveau polymère confectionné par AB7. Le dispositif d’évaluation ainsi que le protocole de suivi sont toujours les mêmes.

Sur les 4 parcelles mobilisées pour cet essai, les efficacités sont d’une grande variabilité, mettant en évidence l’influence des facteurs externes et incontrôlables de la parcelle. En effet, même si l’attractif 14 est une nouvelle fois confirmé en termes d’attirance, dans certains cas c’est le piège témoin (PDA à 4%) qui est le plus efficace.

AMÉLIORER LA SÉLECTIVITÉ

Si les formulations testées semblent très prometteuses en terme d’attractivité, ce n’est pas le cas pour la sélectivité qui est toujours limitée. La proportion d’insectes non-cibles est relativement importante par rapport au nombre de S. adipata capturées. On retrouve notamment beaucoup d’individus du sous-ordre des Brachycères.

Les captures enregistrées tout le long de la campagne ont également permis de suivre le vol des populations. Le démarrage des captures se situe au début du mois de juillet. Puis au fil du temps, le suivi révèle différents pics de vol.

UN RAVAGEUR QUE L’ON CONNAIT PEU…

Aujourd’hui la principale difficulté réside dans la méconnaissance sur ce ravageur qui fait beaucoup de dégâts. Bien qu’un travail avec une entomologiste ait été entamé en 2019, il reste encore beaucoup à explorer pour comprendre la dynamique de population de cette mouche, sa bio écologie et ses facteurs d’influence. Tout cela nous permettrait d’optimiser le piégeage.

Photo 2 : Mouche noire du figuier, S. adipata.

Photo 3 : Œufs de S. adipata.

Photo 4 : Piège à guêpe transparent avec PDA à 4%.

2020, LA DERNIÈRE ANNÉE DU PROJET

Ces deux années de projet ont permis de conclure positivement sur l’avenir de la lutte contre Silba adipata. Mais des questions restent tout de même en suspens. Un travail sur la sélectivité est encore à faire, et des observations plus poussées sur la mouche sont également à poursuivre. Les essais d’évaluation d’attractifs, sur la base des résultats obtenus, seront poursuivis en 2020. Il s’agit de la dernière année de projet, l’enjeu est donc d’autant plus important.

Par Margaux Allix, CIVAM BIO des Pyrénées-Orientales, BIO OCCTANIE

Crédit photo : Interbio Occitanie