L’état des lieux réalisé par la Fédération Régionale des CIVAM d’Occitanie (FR CIVAM Occitanie) en 2019 permet d’avoir une image assez précise du paysage brassicole en Occitanie. Comme partout en France, le nombre de brasseries artisanales a augmenté de façon spectaculaire ces dernières années dans la région. D’une cinquantaine de brasseries en 2010, on est passé à environ 200 brasseries artisanales en 2019, réparties sur tout le territoire. Parmi ces 200 brasseries, une cinquantaine ont une activité certifiée bio (production 100% bio ou une gamme bio). Le volume de bière artisanale produit en Occitanie est estimé à 120000 hectolitres / an, ce qui correspond à une production moyenne de 600 hL par brasserie artisanale.


LA VOLONTÉ DE RELOCALISER SES APPROVISIONNEMENTS : UNE TENDANCE DE FOND DANS LA BRASSERIE ARTISANALE
Sur un marché en croissance, les brasseries artisanales développent une approche qualitative et souvent « locavore ». Les brasseries artisanales indépendantes sont nombreuses à être intéressées par un approvisionnement local sur une partie de leurs matières premières : malt et houblon. Une douzaine de brasseurs sont eux-mêmes producteurs d’orge, de malt et/ou de houblon, mais ce sont des exceptions : des brasseurs-houblonniers, des fermes-brasseries. A ce jour, la plupart des brasseurs artisanaux se fournissent auprès de quelques fournisseurs spécialisés, distributeurs nationaux ou belges. Les principaux ingrédients recherchés sont les malts et les houblons.
Nombreux sont les brasseurs qui souhaiteraient s’approvisionner de manière plus locale et créer des partenariats avec des producteurs de malt ou de houblon de leur territoire. Mais ils sont pour l’instant bloqués par la trop faible disponibilité de matières premières de qualité en région.
Face à ce constat, divers organismes de développement et collectivités souhaitent accompagner le développement d’une filière brassicole régionale sur les deux produits principaux que sont le malt et le houblon.
UNE JOURNÉE D’ÉCHANGES POUR LANCER LA DYNAMIQUE RÉGIONALE
Pour échanger sur les besoins de la filière, les perspectives et les actions à mettre en œuvre, de nombreux partenaires ont organisé à Narbonne la première rencontre régionale sur la filière brassicole. Le 22 Novembre 2019, plus de 150 participants se sont réunis pour échanger autour des enjeux de la filière brassicole en Occitanie. Organisée par la FR CIVAM Occitanie, le GAL Est-Audois, la communauté d’agglomération du Grand Narbonne, l’INRA, le SNBI, Houblon de France, Ocebio, Coop de France, le BIOCIVAM de l’Aude et Erables 31, cette journée a réuni un public nombreux et diversifié : brasseurs, agriculteurs, producteurs d’orge ou de houblon, porteurs de projets, malteurs, coopératives, techniciens, chercheurs, pouvoirs publics… L’objectif de cette journée était de faire s’exprimer les acteurs de la filière, d’identifier les besoins, de prioriser les enjeux, et de construire collectivement un plan d’action pour favoriser le développement de cette filière en Occitanie. La forte participation et la richesse des échanges ont permis d’envisager la suite du travail et les actions concrètes à mettre en œuvre par les différents partenaires pour faire avancer les différents dossiers : orge/malt et houblon.
▶ Toutes les présentations ainsi que le compte-rendu de cette journée d’échanges sont disponibles sur Projets portés par l’AMCM – Groupe d’Action Locale (GAL) de l’Est-Audois (gal-estaudois.fr)

UN PLAN DE DÉVELOPPEMENT POUR LA FILIÈRE BRASSICOLE BIO EN RÉGION OCCITANIE
Suite à cette journée régionale, les réseaux d’accompagnement (FR CIVAM Occitanie, Bio Occitanie, Ocebio, Coop de France, GAL, Houblon de France…) ont formalisé un plan d’action pour développer la filière brassicole bio en région. Ce plan d’action concerne aussi bien le développement de la production de houblon bio, par l’accompagnement d’un GIEE « émergence » qui rassemble des producteurs de houblon et porteurs de projet (cf. focus ci-dessus), que l’organisation d’une filière orge/malt bio régionale, en partenariat avec les acteurs de la filière Grandes Cultures bio.
L’économie circulaire, la consigne, la mutualisation d’outils, l’auto-construction sont aussi des thématiques qui pourront être creusées localement. De même, une réflexion pourra être engagée autour de la valorisation des bières produites avec des matières premières locales : faut-il un cahier des charges, une marque, un logo pour mettre en valeur ces bières artisanales, bio et locales ?
Tous les partenaires partagent la volonté de continuer ce travail d’animation et d’échanges entre les acteurs de la filière. Il est prévu pour cela d’organiser des réunions territoriales et de mobiliser les collectifs de brasseurs existants.

RESSOURCES TECHNIQUES :
Pour aller plus loin sur la culture du houblon en bio :
▶Auvergne-Rhône-Alpes Gourmand (auvergne-rhone-alpes-gourmand.fr)
LA FRANCE EN TÊTE
En juin 2019, le SNBI (Syndicat National des Brasseurs Indépendants) comptabilisait 1600 brasseries indépendantes en France, ce qui fait de la France le 1er pays européen en nombre de brasseries indépendantes. Selon l’enquête du SNBI, 30% des brasseries artisanales produisent des bières bio.
COLLECTIFS ET DYNAMIQUES RÉGIONALES
▶ Aude à la bière (AUDE)
▶ Union des Brasseurs Cévenois (GARD – LOZÈRE)
▶ BRIO (Occitanie)
▶ Les forces du malt (Haute-Garonne)
▶ Collectif brassicole en projet (Pyrénées Orientales)
▶ GIEE houblon en émergence
▶ Projet de coopération brassicole entre GAL
▶ Réseaux nationaux : SNBI / BdF / HdF
RELOCALISER ET DÉVELOPPER LA PRODUCTION DE HOUBLON EN OCCITANIE ACCOMPAGNEMENT DE LA DYNAMIQUE COLLECTIVE NAISSANTE EN RÉGION
À l’image de cette filière brassicole émergente en Occitanie, de plus en plus d’agriculteurs et porteurs de projets envisagent de se lancer dans la production de houblon dans la région.
L’identification de problématiques communes à plusieurs houblonniers, et futurs producteurs, a encouragé la FR CIVAM Occitanie à consolider la dynamique collective naissante autour de la production de houblon en Région, sous la forme d’un Groupement d’Intérêt Économique
et Environnemental (GIEE) en voie d’émergence. L’objectif est de créer des moments de rencontres et d’échanges pour favoriser le partage d’expériences (réunions, visites de terrain, mise en relation avec différents acteurs de la filière à partir de l’identification d’initiatives portant sur la production de houblon en région et hors région…).
“Créer des moments de rencontres et d’échanges pour favoriser le partage d’expérience”
La FR CIVAM Occitanie est chargée de l’animation de ce GIEE « émergence » et est accompagnée par le Biocivam de l’Aude pour la réalisation de diagnostics de durabilité des houblonnières et la réflexion portant sur l’expérimentation variétale. À ce jour, une dizaine de producteurs et porteurs de projet ont manifesté leur intérêt pour ce projet collectif. Actuellement, l’objectif est de travailler à la construction collective d’un plan d’actions structuré répondant à des enjeux d’ores et déjà bien identifiés.
Premièrement, les coûts d’investissement pour la mise en place d’une houblonnière sont très importants. Selon Houblons de France, «il faut 70 à 100 k€ pour monter un projet de 1 ha » (https://houblonsdefrance.fr/ plan-daction-2018/), ce qui constitue actuellement un frein majeur au développement de la production. Le déblocage d’aides à la plantation de houblon semble donc essentiel. La capitalisation et l’acquisition de références technico-économiques devront permettre d’appuyer la mise en place de financements pour cette culture.
De plus, des problématiques matérielles peuvent vite apparaître. La mécanisation est rapidement considérée comme indispensable pour les houblonniers qui souhaiteraient développer leur production sur des surfaces plus importantes. Pour limiter les coûts et accéder plus facilement à ce matériel spécifique, les possibilités offertes par la mutualisation devront être creusées (investissement via les CUMA, mutualisation avec d’autres filières – viticulture, PPAM…).
Des formations doivent être proposées aux producteurs et futurs houblonniers pour développer la production de houblon en région (conduite/maîtrise de l’itinéraire technique de la culture et des processus de récolte/ séchage/stockage/conditionnement, connaissances des spécificités des différentes variétés de houblon, gestion des maladies et des ravageurs…).
L’aspect variétal est aussi un enjeu de taille puisque tous les houblons cultivés ne conviennent pas aux conditions pédoclimatiques occitanes. Un travail de recherche de variétés adaptées prendrait toute sa place dans cette démarche (résistance aux maladies/ravageurs et à la sécheresse, variétés naines pour le vent, variétés anciennes et sauvages…). En parallèle, l’accès à des plants bio et locaux, répondants aux critères précédemment évoqués, constituera également un axe majeur de réflexion. Pour ce faire, il apparaît essentiel que les houblonniers puissent se fournir, en région, auprès de multiplicateurs garantissant des plants respectant les normes sanitaires en vigueur. Considérant les enjeux de qualité et de traçabilité recherchés par les brasseurs, les recherches de solutions concernant la certification du houblon sera également un axe de travail important.
La co-construction par les producteurs et futurs houblonniers d’un plan d’actions, ainsi que leur désir d’être accompagnés dans une démarche collective, permettront d’appuyer et faire reconnaître le projet collectif sous la forme d’un GIEE en 2020.

PRODUIRE DU MALT BIO RÉGIONAL C’EST POSSIBLE !
Produire de l’orge brassicole bio en Occitanie ne devrait pas être un challenge compliqué à atteindre. En effet, notre région compte 3600 producteurs de céréales bio qui cultivent près de 127000 ha de grandes cultures bio (céréales, oléagineux, protéagineux et légumineuses). De plus, la filière est bien structurée en région, avec la présence de plusieurs coopératives et d’organismes stockeurs privés qui collectent, trient et stockent ces productions biologiques en Occitanie. Enfin, il existe deux malteurs en Occitanie, la malterie artisanale «le Vieux silo » et la Malterie Occitane qui finalise son outil de production (cf. focus ci-dessous), cette étape clé de transformation de l’orge en malt sera donc possible en région (y compris en travail à façon).
Le travail qui reste à faire pour construire une filière orge/malt bio en Occitanie est donc de mettre en relation les opérateurs de l’amont à l’aval : des céréaliers, aux brasseurs, en passant par les coopératives et les malteurs. Les enjeux seront donc désormais de mettre en place des partenariats durables : se mettre d’accord sur les volumes, la qualité et les prix de l’orge bio locale pour produire un malt de qualité qui réponde aux besoins des brasseurs et rémunère le travail des agriculteurs. Un travail sera engagé sur ces sujets pour aller vers une contractualisation durable et équitable entre les acteurs.
QUELS ENJEUX POUR LA SÉLECTION VARIÉTALE DE L’ORGE BRASSICOLE EN OCCITANIE ?
Outre tous les enjeux liés à la contractualisation et aux marchés, les producteurs d’orge brassicole ne disposent pas d’un grand éventail de variétés utilisables. Sont principalement utilisées les variétés Calypso et Maltesse, cette dernière étant préférée des organismes de collecte.
Un atelier dédié aux problématiques qui gravitent autour des variétés d’orge brassicole et des besoins futurs du monde de la bière a été mené lors de la journée d’échange du 22 Novembre 2019. Il a permis d’identifier différents enjeux parfois contradictoires à prendre en compte pour trouver de nouvelles variétés qui satisferont toute la chaîne de production. En effet, les variétés d’orge de printemps souffrent généralement de la sécheresse printanière et nécessitent, de fait, l’utilisation de l’irrigation ce qui augmente les charges sur cette culture. Cependant les malteurs les apprécient pour leur rapidité de germination, il est donc d’usage de semer des variétés de printemps en hiver.
Du coté des malteurs, une bonne orge à malter est une orge fortement chargée en amidon et peu en protéines (entre 9,5 % et 11,5%). Cela se traduit au plan agronomique par l’évitement des conditions favorables à de forts taux de protéine (pas d’orge en tête de rotation, ni d’association avec des légumineuses) ou par le choix de variétés qui ne valoriseraient pas bien l’azote.
Enfin, s’est posée la question de l’utilisation de variétés anciennes ou de populations qui permettraient d’introduire une typicité de terroir dans le malt. Malheureusement, la germination non homogène de ces variétés rend leur maltage difficile.
Les acteurs de la filière ont toutefois manifesté leur volonté de mener des évaluations variétales, sur un modèle de recherche participative afin que les agriculteurs, malteurs et brasseurs qui se connaissent encore assez mal, puissent travailler ensemble dans une méthodologie d’expérimentation dans laquelle tous les acteurs seraient intégrés. Ainsi, en 2020, le Biocivam de l’Aude travaillera à collecter du matériel variétal et à identifier des partenaires (notamment pour la réalisation et l’analyse de micro-brassins) afin de mettre en place des essais d’évaluation variétale d’orge brassicole en bio pour les semis 2020/2021.

FOCUS Les malteries en Occitanie
LA MALTERIE ARTISANALE ET BIO « LE VIEUX SILO »
Créée en 2013, la malterie du «Vieux Silo » est basée dans le Tarn, près de Salvagnac. Malterie artisanale et 100 % bio, elle transforme des orges bio locales qui proviennent de la coopérative voisine Agribio Union. La malterie du Vieux Silo fabrique environ 300 tonnes de malt bio par an et fournit un certain nombre de brasseurs artisanaux en région. À ce jour, deux personnes travaillent à la malterie, le fondateur et un salarié. Le procédé artisanal de cette malterie exige un savoir-faire important pour adapter la production aux conditions climatiques ainsi qu’à la qualité de l’orge.
▶ Plus d’informations sur http://www.micro-malterie.fr/

LA MALTERIE OCCITANE
La malterie occitane est un nouvel opérateur en Occitanie, qui devrait commencer à produire du malt courant 2020. À l’origine de ce projet, deux brasseurs toulousains qui souhaitaient s’investir dans la filière en créant une importante malterie aux portes de Toulouse. Partant de leur constat sur les difficultés à s’approvisionner en malt régional, ils souhaitent répondre aux besoins des brasseurs artisanaux en maltant des orges et autres céréales produites en région. Leur volonté est d’être un acteur pivot qui structure la filière régionale, en reliant les producteurs et les brasseurs. Leur collaboration avec la coopérative Arterris qui assurera la collecte et le stockage, leur permettra d’avoir un approvisionnement régional en orge et autres céréales à malter. Leur capacité de production devrait être de 1 500 tonnes de malt par an, dont environ 50% de l’activité sera en bio.
▶ Plus d’informations sur https://www.malterieoccitane.fr/
Article coordonné par Amélie BERGER d’Océbio
Crédit photo : Interbio Occitanie