Un centre agréé d’emballage et de conditionnement des oeufs (CEO) produits sur la ferme a pour objet de transformer la production journalière des oeufs en une commercialisation hebdomadaire selon divers modes de ventes. La mireuse à plateau est une solution ergonomique, peu coûteuse et intégrant les contraintes sanitaires obligatoires pour les CEO. Un outil adapté aux élevages de pondeuses biologiques avec ramassage manuel des oeufs et de taille modeste, proposé par les éleveurs et éleveuses, à l’attention de l’administration française.
POUR QUI ET QUEL INTÉRÊT ?
Les règlements C.E. N° 853/2004 et 589/2008, et leur dernière traduction française (dans l’Instruction Technique du 09/01/2019), obligent au passage en CEO agréé, dès lors que l’on a plus de 250 Poules pondeuses, ou que l’on souhaite commercialiser ses oeufs via un intermédiaire. Parallèlement, la demande des consommateurs en oeufs bios et locaux ne cesse d’augmenter, et de nombreux petits ateliers de pondeuses sont au rendez-vous ou souhaitent l’être. Le développement du marché de l’oeuf bio, à caractère local et sous diverses formes de commercialisation, encourage donc des éleveurs et porteurs de projet à développer des ateliers de poules pondeuses. Le besoin de mise en place d’un CEO sur ces fermes est fréquent mais non sans difficultés (démarches administratives, adaptation à la ferme des mesures d’hygiène…). De plus, les modèles de centres préconisés sont aujourd’hui adaptés aux ateliers plus intensifs et mécanisés et la lourdeur des investissements est un gros frein au développement de petits ateliers.
UN RETOUR D’EXPÉRIENCE EN PLEIN DÉVELOPPEMENT !
C’est sur la base de savoir-faire et témoignages d’éleveurs que des structures du réseau FNAB (notamment AGRIBIOVAR et le GABB32) et de la confédération paysanne ont commencé la rédaction d’un guide d’aide à la conception d’un centre de conditionnement d’oeufs ramassés manuellement. L’objectif de ce document étant d’adapter la conception d’un CEO aux élevages réalisant de la collecte manuelle, laquelle présente des avantages spécifiques au regard du plan sanitaire. Et également de s’appuyer sur un nouvel équipement : La mireuse à plateau. Cet équipement a déjà été spontanément reconnu lors d’agrément dans divers départements du territoire français et tend à se développer grâce au travail des différents réseaux et notamment à l’atelier paysan.
DIVERSIFIER ET SÉCURISER SES DÉBOUCHÉS
L’utilisation d’un centre d’emballage assure une bonne traçabilité des oeufs dans le cadre de commercialisation à des intermédiaires. Une fois celui-ci agréé sur votre ferme, la possibilité de venir compléter des circuits de vente directe avec une épicerie locale, un magasin spécialisé ou même un transformateur devient possible. Un plus pour développer ou sécuriser vos circuits de ventes. Un stock d’oeuf non commercialisé sur un marché ? Pourquoi ne pas les proposer à la pâtisserie du village…
QU’EST-CE QU’UN CEO ?
Un centre agréé d’emballage et de conditionnement des œufs produits sur la ferme a pour objet de transformer la production journalière des œufs en une commercialisation hebdomadaire selon divers modes de ventes. Il a deux objectifs :
Un objectif règlementaire et sanitaire
Mettre en œuvre le tri, le conditionnement- emballage et la traçabilité des œufs dans le cadre du Règlement CE N° 589/2008. Ce dernier met en place des mesures de protection sanitaire ainsi qu’une organisation de l’information du consommateur. Comme vu précédemment, le passage de la production d’oeuf dans un CEO agréé est obligatoire des lors que son élevage dépasse les 250 poules ou que l’on commercialise tout ou partie de sa production par un intermédiaire (magasin, restaurant, RHD…).
Un objectif logistique pour le producteur
Permettre à une action quotidienne et donc répétitive de s’effectuer avec confort, ergonomie et économie du temps de travail.
POINT DE VIGILANCE
Il est important de réaliser ces démarches bien en amont de l’arrivée du cheptel afin de ne surtout pas se retrouver avec une production quotidienne d’oeuf invendable en attendant l’agrément.
QUELLES SONT LES DÉMARCHES POUR OBTENIR UN AGRÉMENT ?
Dans un premier temps le producteur doit demander l’attribution d’un « code oeuf » auprès de l’E.D.E. (Établissement de l’Élevage) de son département. Il doit ensuite effectuer une demande d’agrément au moment de la création du CEO. Un formulaire est à compléter et renvoyer auprès de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection de la Population (DDCSPP).
Le Cerfa n°13983 doit être accompagné d’un dossier d’agrément. Ce dernier montre aux services vétérinaires que le centre d’emballage que vous mettez en place répond aux exigences sanitaires dans le cadre du respect de la réglementation autour du Paquet Hygiène.
L’obtention de l’agrément sanitaire aboutit à l’attribution d’un code (cf. figure ci-dessous) par bâtiment de poules pondeuses.
SE FORMER ET SE FAIRE ACCOMPAGNER ?
Le contenu du dossier doit être accompagné d’une attestation de formation HACCP liée au conditionnement des oeufs. Il existe un Guide de bonnes Pratiques d’Hygiène (GBPH) afin d’aider les producteurs souhaitant connaître les mesures sanitaires à mettre en place dans un CEO. Mais vous avez aussi la possibilité de vous faire accompagner par les organismes de développement agricole et ainsi bénéficier de leur expérience de prestation pour la rédaction du document et le suivi de formation (Chambres d’agriculture, Réseau FNAB, coopérateurs…).
SPÉCIFICITÉ D’UN CEO À RAMASSAGE MANUEL ?
La majorité des agréments aujourd’hui délivrés sont calqués sur un schéma répondant aux problématiques sanitaires de systèmes de production plutôt intensifs (convoyeurs mécaniques pour l’acheminement des oeufs, volumes d’oeufs importants…). Les mesures sont parfaitement adaptées dans ces cadres de production. Néanmoins nous considérons que certaines problématiques pour les petits ateliers sont différentes et qu’il est donc important de proposer une adaptation du dossier aux spécificités de petits ateliers à ramassage manuel.
FOCUS – LES SPÉCIFICITÉS DU RAMASSAGE MANUEL ET DES TECHNIQUES DE PRODUCTION DES PETITS ATELIERS
La contribution des professionnels via le guide ne cherche pas à opposer des systèmes mais à proposer une alternative plus adaptée sur la base d’expériences et savoir- faire reconnus. L’objectif est de synthétiser diverses réalisations de CEO agréés où la spécificité du ramassage manuel et l’utilisation d’une mireuse à plateau ont été valorisés au mieux afin de conjuguer efficacité sanitaire et ergonomie. Le travail de guide s’appuie sur les textes règlementaires et guides de bonnes pratiques d’hygiènes officiels et n’ont pas vocation à les remplacer. La prochaine étape étant la prise en compte officielle et généralisée sur le territoire des éléments préconisés dans ce document.
DEUX CONTRAINTES : LE DÉBOUCHÉ ET L’ATELIER DE PRODUCTION
#1 Il faut chercher à ce que le débouché absorbe la production de la semaine. S’il y a risque d’excédent on prévoit un écoulement de secours, de préférence hebdomadaire. Ainsi, on peut gérer les oeufs à la semaine, comme extra frais (9 jours après la ponte)
#2 L’atelier de production doit être conçu pour fournir des oeufs en quantité régulière et propre. C’est la conception du poulailler et la conduite de l’élevage qui permettent de prévenir 90 % des exigences sanitaires.
Deux points font la force de ces demandes d’agréments :
UNE VALORISATION DES ATOUTS SANITAIRES DU RAMASSAGE MANUEL DONT LE FAIT QU’AUCUN OEUF SALE NE RENTRE ALORS DANS LE CEO
L’organisation du ramassage manuel directement sur plateau avec une desserte roulante permet donc d’écarter les oeufs sales ou cassés. C’est une prédigestion importante de la fonction de tri du CEO. Le fait, que seuls des oeufs, à priori de classe A, ne rentrent pas dans le CEO, simplifie sa conception et son plan de nettoyage.
Nous conseillons vivement cette complicité entre aménagement de la ponte dans le poulailler, technique de ramassage des oeufs et CEO. Le ramassage manuel donne l’opportunité d’effectuer l’essentiel : la fonction de tri. Il serait dommage de ne pas valoriser et organiser cette opportunité.
UN NOUVEL ÉQUIPEMENT INNOVANT : LA MIREUSE À PLATEAU !
La mireuse à plateau remplace très avantageusement les mireuses calibreuses semi- automatiques (Tant au niveau sanitaire qu’ergonomique). Cet équipement a déjà été spontanément reconnu lors d’agrément de CEO dans divers départements du territoire français.
CHOIX DES ÉQUIPEMENTS ?
Un centre agréé doit être équipé de divers dispositifs permettant de mirer, calibrer, et marquer les oeufs de catégorie A. Le Règlement CE N° 589/2008, au paragraphe 1 de son article 2 donne une définition détaillée de ce qu’est un oeuf de catégorie A. Parmi les dispositifs capables, dans le cadre réglementaire, de valoriser le ramassage à la main on trouve :
#1 Pour le mirage
Une mireuse à plateau (cf. zoom sur l’outil en suivant). Lors du ramassage en amont, une boite spécifique a permis de collecter parallèlement les oeufs sales, ébréchés ou présentant une coquille anormale. La fonction de triage est donc finalisée dans le CEO par observation de l’intérieur de chaque oeuf sous le faisceau lumineux des lampes de la mireuse.
#2 Pour le calibrage
Une balance homologuée est obligatoire. Celle-ci est utilisée par l’opérateur en complément de son appréciation visuelle, si nécessaire. Comme prévue réglementairement (Paragraphe 3 article 4 du CE 589 / 2008) cette option, de vendre des oeufs sous l’appellation « OEufs de calibres différents » évite une nouvelle fois la manipulation d’oeufs et par conséquent les risques de contaminations croisées, de chocs accidentels ou d’agression de la cuticule.
#3 Pour le marquage des oeufs
Il existe un modèle de tampon récent et très pratique. Caoutchouté, souple, évitant totalement le risque de choc, et permettant d’inscrire d’un geste rapide les mentions obligatoires.(consulter le site : oeuftampon.fr).
#4 Pour le marquage des boîtes de conditionnement
Si toute la production n’est pas vendue en plateau il est conseillé de procéder à un marquage en deux temps : une étiquette pré-imprimée contenant les informations permanentes et une étiquette mentionnant les informations quotidiennes (cf. encart ci-dessous).
Une étiqueteuse automatique à ruban est tout à fait adaptée pour l’inscription de la date de durabilité (soit + 28 jours après la ponte).
EN SAVOIR PLUS
▶ sur le Guide ou les démarches de formations : Les Bios du Gers- GABB32 à elevage@gabb32.org
▶ Voir les travaux d’autoconstruction de mireuse ou d’autres éléments du poulailler (Poulailler mobile 250 pondeuses, desserte roulante, mangeoire palox…) sur le site de l’atelier paysan : www.latelierpaysan.org
INFOS POUR LE MARQUAGE
▸ Le code du CEO (et son explication ?)
▸ La mention « catégorie A »
▸ La mention « oeufs de calibres différents » et le poids minimal du plus petit calibre (Si bien sûr on a choisi, comme le prévoit le paragraphe 3 de l’article 4 du règlement précité, de ne pas être plus précis).
▸ La recommandation de conserver les oeufs, après achat, au réfrigérateur
▸ Des informations explicites concernant la nature de l’élevage, le logo AB…
FOCUS – ZOOM SUR LA MIREUSE A PLATEAU
Neufs lampes led développant un flux lumineux de 5 000 Lumens permettent de visualiser l’intérieur de chaque oeuf sans devoir les bouger. Cet outil très simple demande cependant une manipulation spécifique du plateau. Il aura été nécessaire d’avoir rangé tous les oeufs la pointe en bas lors du ramassage. On mire les deux côtés des oeufs en retournant la plaque tête-en-haut-tête-en-bas, à l’aide des deux plaques trouées. La manoeuvre doit être franche.
La mireuse à plateau apporte donc en plus d’un confort de travail, un mirage d’excellente qualité pour un investissement très faible. Bien évidemment, toute l’efficacité de cet outil et sa bonne utilisation repose sur une bonne conduite d’élevage et une connaissance des risques liées aux bonnes pratiques d’hygiène. Cet outil est également idéal dans le cadre d’un petit atelier à ramassage manuel car il laisse la possibilité de gérer un nombre d’oeufs limité par la capacité du producteur à ramasser un certain nombre d’oeufs quotidiennement.
LA MIREUSE À PLATEAU DANS MON CENTRE D’EMBALLAGE ?
Je peux l’utiliser pour son fonctionnement très simple qui économise du temps et réduit le nombre de manipulations des oeufs.
Je peux l’utiliser car elle répond aux exigences sanitaires de manière très performante. Elle protège beaucoup plus l’intégrité de la coquille et de la cuticule de mes oeufs. Il n’y a pas de frottements mécaniques, de roulages, chocs, ou autres contacts des oeufs les uns contre les autres ou sur des surfaces communes.
Je peux l’utiliser car elle me permet d’effectuer un mirage très efficace avec une variation du temps du mirage autant que nécessaire.
Je peux donc l’utiliser car c’est un outil simple, peu onéreux et efficace dès lors que les fonctions de ramassage et calibrage sont pensées en cohérence !
C’EST DONC AUJOURD’HUI UNE ALTERNATIVE POSSIBLE ?
Cette initiative entamée depuis deux ans par les deux réseaux FNAB et Confédération Paysanne (rédaction d’un guide pour la conception d’un CEO) est en accord :
# 1 Avec l’esprit de l’instruction technique du 07/01/2019 « Établissement éligibles à des mesures de flexibilité », I.T. qui concerne nommément les CEO mais dont il manque la rédaction d’une fiche sectorielle devant faciliter sa mise en oeuvre.
# 2 Avec l’esprit de la réglementation Européenne qui oblige à des résultats et à leur justification par autocontrôle, plutôt qu’à des moyens normatifs.
# 3 Avec l’affichage d’un soutien à des circuits courts, plus vertueux, dans le respect des règles sanitaires et de la traçabilité des produits.
COMMENT LE METTRE EN PLACE ?
Ces retours d’expérience et cette innovation nous conduisent aujourd’hui à échanger directement avec l’administration française afin de faire reconnaître nos travaux dans le cadre des documents règlementaires officiels. Certains départements comme dans le Var ont déjà intégré ces éléments dans des projets de demande d’agrément. Pour cela, il est bien évidemment très important :
✓ de se former comme cela a pu être le cas dans certaines régions de France (règles sanitaires, risques liés aux spécificités du ramassage manuel…).
✓ de bien intégrer les bonnes pratiques d’élevage à mettre en place en amont et d’adapter son dossier à ses spécificités.
✓ de réaliser les démarches en amont de son projet afin qu’il soit construit de manière cohérente, et réponde aux exigences sanitaires pour l’obtention d’agrément par la DDCSPP.
BIBLIOGRAPHIE
▸ Le Règlement (CE) N° 589/2008, portant modalités d’application du règlement (CE) n°1234/2007 du Conseil en ce qui concerne les normes de commercialisation applicables aux oeufs
▸ L’Instruction Technique DGAL/SDSSA/ 2018-924 du 07/01/2019 ayant pour objet « Critères de détermination des établissements éligibles à des mesures de flexibilité et lignes directrices en matière de mise en oeuvre de cette flexibilité au niveau du plan de maîtrise sanitaire »
▸ Le GBPH « OEufs de catégorie A en centres d’Emballage »
▸ Le « VADEMECUM SECTORIEL CENTRES D’EMBALLAGE D’OEUFS » Version février 2016 – Domaine de la Sécurité Sanitaire des Aliments
Par Loïc Labidalle, animateur technique polyculture-élevage AB, Bios du Gers-GABB32
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