Les couverts végétaux d’été en maraîchage diversifié
Pour élargir la gamme de choix des couverts végétaux d’été à introduire dans leur rotation, le collectif de maraîchers a mis en culture cet été 2021 du sarrasin, du millet et du sorgho piper/ lablab sous abris et en plein champ, en comparaison avec la référence sorgho piper. Pour choisir quel couvert cultiver, les maraîchers ont défini trois critères principaux : la période de disponibilité de la parcelle, les objectifs agronomiques, techniques et sociaux recherchés et la culture suivante implantée. Onze fermes et le CFPPA de Pamiers ont donc mis en place des parcelles d’essais en fonction de ces critères, ce qui conduit aux différentes modalités présentées.
Remarque : cet article fait suite à celui dans le numéro précédent MAGn°20 « flash sur les essais de sorgho sous serre ».
LE PROTOCOLE COMMUN DÉCIDÉ ENSEMBLE
Les maraîchers décident ensemble d’un protocole commun afin que les résultats obtenus sur leur ferme soient comparables. Ils font leur maximum pour l’appliquer, mais la réalité de leur métier (conditions climatiques et impératif de production notamment) peut les amener à adapter les interventions en cours de saison. Il était prévu de semer les couverts végétaux avant le 1er juillet et de semer simultanément et à un même endroit (Plein Champ PC ou Sous Abris SA) la référence sorgho Piper et les couverts mis en comparaison.
Tous les maraîchers ont semé leurs couverts à la volée et ont noté qu’ils étaient faciles à implanter et à détruire.


Le tableau (ci-dessous) présente les résultats obtenus par les six maraîchers qui se sont engagés à suivre précisément les couverts, dans le cadre de l’expérimentation régionale.

L’augmentation du nombre de fermes impliquées dans les suivis des couverts végétaux a nécessité la recherche d’un outil d’aide performant et facilement utilisable par les maraîchers. Le critère de choix a été la possibilité d’utiliser le logiciel directement au champ sur smartphone. Thomas FRUITET, apprenti à Bio Ariège Garonne en 2020 a découvert l’application Amiculteurs et après trois mois d’essai gratuit, le groupe de maraîchers a majoritairement validé son achat pour une année.

EN SHORT OU AVEC UN BONNET, LES MARAICHERS SONT TOUJOURS INTERESSES POUR VISITER LES PARCELLES D’ESSAIS :
Une journée Portes Ouvertes sur deux fermes a été organisée le 17 août.
Cette rencontre a été l’occasion de faire des démonstrations de relevés de terrain et d’impliquer les participants.
Ensuite une tournée de 3 fermes, organisée le 8 novembre a permis de voir les cultures qui ont suivis les couverts végétaux d’été.
Couverts végétaux d’automne qui ont suivis les couverts végétaux d’été sur la ferme du GAEC du Matet à Martres-Tolosane (31).
Trèfle incarnat dans les poireaux sur la ferme de Théo LE DANTEC à Terrebasse (31).
LES INDICATEURS DE SUIVIS DES COUVERTS
Afin d’acquérir des références locales, plusieurs indicateurs sont étudiés et permettent d’échanger sur la réussite ou pas d’un couvert.
Les tests bêches sont réalisés avant la mise en place du couvert et au moment de sa destruction. Ils permettent au maraîcher de voir l’effet des racines du couvert sur la structure du sol. Par exemple ci-dessous, on voit sur la photo de gauche que les dix premiers centimètres de terre sont de couleur plus foncée. Sur la photo de droite, l’exploration racinaire a favorisé la circulation dans le sol et le couvert augmente le taux de matière organique vers la profondeur.
Les références du logiciel MERCI, qui permettent de connaître le taux de matière sèche des couverts végétaux et leur restitution potentielle en N, P et K pour la culture suivante, ne sont valables que pour les relevés du 1er octobre au 30 avril. Alors, pour pouvoir tout de même comparer les cou-
verts entre eux, Anna ROCHWERGER, stagiaire en 2ème année à l’ENSAT a créé des graphiques rendant visibles l’évolution de l’azote dans le sol et les différentes hauteurs et poids relevés lors des prélèvements de trois fois un mètre carré par culture.
Test bêche initial et final de la culture de sorgho sous serre au bureau de Poucharramet (31)
Réalisation des tests azote avant le semis du couvert, en fin de culture et un mois après : avant la mise en place de la culture suivante.
Ces relevés permettent de voir la dynamique de l’azote dans le sol et de décider d’en apporter un complément ou pas pour la culture de légumes suivantes.



Première coupe :
On peut noter qu’au moment de la première coupe, le mélange sorgho / lablab était en moyenne de la même hauteur le sorgho seul et avait le même poids en biomasse fraîche. Le millet était un peu plus petit mais plus lourd.
La culture la plus propre était le sorgho seul, suivi du millet. Le mélange sorgho / lablab était plus sale, ce qui était du à la plus faible densité de sorgho et au fait que le lablab n’a pas bien couvert le sol.
Destruction :
Les résultats du sarrasin sont notés dans la partie destruction puisqu’il ne repousse pas après avoir été broyé.
Le lablab repousse à partir des bourgeons situés en dessous de l’endroit où il a été broyé.
Hauteur :
Lors de la destruction du sorgho, les parcelles étaient très propres. La coupe a permis de broyer les adventices et le sorgho a ensuite pris le dessus.
Le salissement de la culture était équivalent pour les trois autres essais comparatifs.
Le sarrasin était aussi haut que le sorgho, le mélange sorgho/ lablab était un peu plus petit et le millet reste le bas.
Poids :
Le sarrasin était trois fois plus lourd que la repousse des trois autres couverts.
Bien que des adventices soient encore présentes dans le mélange sorgho / lablab, leur poids est négligeable. La coupe du couvert a donc bien permis de concurrencer les adventices, qui étaient présentes au départ.
CERTAINS INDICATEURS A REVOIR
L’augmentation du nombre de fermes maraîchères qui intègrent le groupe de travail ne permet plus aux animateurs de recueillir les nombreux indicateurs initialement prévus.
D’autre part, les relevés de certains indicateurs, par exemple la qualification des mottes du bloc des tests bêches, s’avère trop précise pour les fermes maraîchères étudiées qui portent une attention particulière au sol et dont les résultats à ce test sont en général très corrects.
Les maraîchers se sont bien approprié ce test d’observation et d’aide à la décision et pourront y recourir au besoin lors de questionnements sur le tassement du sol par exemple ou le niveau d’incorporation de la matière organique.
LA SUITE A DONNER
De manière générale, les maraîchers qui ont testé les différentes modalités cet été n’en écartent aucune. Ils souhaitent affiner les résultats obtenus par une nouvelle saison d’essais avec ces mêmes couverts.
Par Delphine DA COSTA, chargée de mission maraîchage chez Bio Ariège-Garonne (BAG)
Crédit photo : Shutterstock et Interbio Occitanie