Les méteils ou mélanges à base de céréales et protéagineux, récoltés en grains, représentent près de 7% des cultures menées en agriculture biologique en Occitanie (Agence bio 2017). Elles constituent une alternative intéressante aux céréales pures. Leurs atouts agronomiques et leur contribution à une meilleure autonomie protéique les rendent séduisantes pour les exploitations d’élevage.
La journée technique Innov’action sur les méteils grains est le fruit d’un travail collaboratif entre les Chambres d’agriculture du Tarn et de l’Aveyron. L’objectif était notamment de valoriser auprès des agriculteurs les résultats de deux années d’essais de méteils grains conduits en bio chez des éleveurs de trois départements d’Occitanie (Aveyron, Tarn et Hautes Pyrénées).
Ce dossier met en avant les éléments techniques et agronomiques de ces cultures, illustrés par les résultats d’essais et les témoignages d’éleveurs. Un focus fera état de la valorisation des méteils dans la ration des bovins, lait et viande. Une ouverture sur le triage et la commercialisation des méteils clôturera ce dossier.
LEVIERS AGRONOMIQUES – DES MELANGES CEREALES-PROTEAGINEUX (METEILS)
Les méteils présentent de nombreux intérêts en comparaison à des cultures pures : dans des contextes pédo-climatiques variés, les rendements sont plus stables grâce notamment à une meilleure exploitation des ressources du milieu et un bon contrôle des adventices et bio- agresseurs. Néanmoins on leur reproche souvent la variabilité entre les proportions des espèces au semis et à la récolte selon les années : “on sait ce que l’on sème, mais rarement ce que l’on récolte !”
▷ QUELLES ESPÈCES CHOISIR ?
Les différentes espèces utilisées dans les méteils sont présentées dans le tableau ci-dessous avec leurs atouts et inconvénients.
▷ SEMER À QUELLES PROPORTIONS ?
La période de semis sera légèrement plus précoce que celle des céréales en culture pure afin de favoriser le développement des protéagineux et éviter ainsi trop de décalage de végétation entre les deux espèces. Les quantités de semences pour chaque espèce seront fonction du poids des mille grains (PMG) des variétés utilisées et mentionnées sur l’étiquette du sac.
Dose de semis (kg/ha) =(Densité (nombre de grains/m2) x PMG (g)) /100
Par exemple, pour une céréale à PMG de 40g, il faudra prévoir dans le mélange : 80kg/ha pour une densité recherchée de 200 grains/2, 100kg/ha pour une densité de 250 g/m2 et 120kg/ha pour une densité de 300 g/m2. Attention pour l’avoine, ne pas prévoir plus de 10 kg/ha.
Pour les pois fourragers, il faut viser entre 15 et 30 g/m2, soit entre 26 et 53 kg/ha pour une variété à PMG de 175g (ex. Assas), ou entre 16 et 32 kg pour une variété à PMG de 105g (ex. Arkta).
Les doses sont plus élevée pour les pois protéagineux (entre 30 et 60g/m2), soit entre 50 et 120 kg/ha selon les espèces.
Enfin, pour la féverole les PMG peuvent être très variables (entre 450 et 600g), il est donc important d’en avoir connaissance. L’objectif est d’atteindre 15 à 25g/m2, il faudra donc entre 70 et 150kg/ha de semences dans le mélange.
Ces quantités sont bien sûr à ajuster en fonction du nombre d’espèces dans le mélange, et dans la limite de 300 graines/m2.

▷ EXEMPLES DE MÉLANGES
Plusieurs mélanges sont présentés à titre d’exemple dans le tableau ci-contre. Nous recommandons de prendre en compte les critères suivants: précocité à maturité, risque de verse, couverture du sol, teneur en protéines…

▷ QUELLE PLACE DES MÉTEILS DANS LES ROTATIONS EN POLYCULTURE-ÉLEVAGE ?
Les méteils sont des cultures couvrantes qui tendent à améliorer les systèmes agronomiques. Ils sont particulièrement adaptés aux contextes à bas niveau d’azote comme les parcelles en fin de rotation. Les méteils s’intègrent par exemple très bien derrière une culture gourmande type maïs ensilage, éloignés d’un retournement de prairie ou en 2ème voire 3ème paille. Un précédent prairie peut également convenir mais le potentiel azoté ne sera pas valorisé comme avec une céréale pure.
ESSAIS
METEILS GRAINS
Conduits en agriculture biologique en Occitanie
L’objectif des essais était de tester l’intérêt des mélanges complexes (à 3 espèces et plus) comparés à des mélanges binaires (1 céréale + 1 protéagineux) pour assurer un rendement et une valeur nutritive stables.
Pour ce faire, 2 ans d’expérimentations de différents mélanges de méteils grains ont été menés en AB sur 5 sites aux conditions pédo-climatiques variées (Aveyron, Tarn et Hautes-Pyrénées). L’indicateur retenu pour comparer les mélanges testés est la quantité de Matière Azotée Totale (MAT) en kg, produite par hectare. C’est le rendement (en q/ha) multiplié par le % de MAT du mélange.
Parmi les 3 meilleurs mélanges de chaque département, 6 sont des mélanges complexes à base de triticale (60-85 kg/ha), blé (35-55 kg/ha), avoine (10 kg/ha), pois fourrager (15-20 kg/ha) et féverole (55-75 kg/ha), et 3 des mélanges binaires à base de céréales (blé, triticale ou avoine) et de féverole [Proportions variables selon les sites dans la fourchette indiquée en kg/ha], cf. fig. 1.
Pour les mélanges binaires céréale-féverole, les rendements sont stables et les résultats sont également très intéressants (cf. fig. 2).
Une analyse plus poussée de la valeur alimentaire conforte les résultats des mélanges complexes qui répondent aux critères recherchés pour un aliment complet destiné plus particulièrement aux ruminants en AB :
▸ Taux de MAT > 15 %,
▸ Ratio PDIN/UFL (équilibre du mélange) autour de 100,
▸ Digestibilité d’au moins 80 %,
▸ PDIN de l’ordre de 100 g/kg.

BILAN
QUE FAUT-IL RETENIR POUR FAIRE UN MÉLANGE ADAPTÉ À CHAQUE SITUATION ?
> 1 Choisir des espèces et variétés adaptées à votre parcelle (résistance au froid, sol, précocité). À partir de 3 espèces, votre mélange gagnera en stabilité.
>2 Mesurer le reliquat azoté de votre parcelle afin d’adapter la fertilisation éventuelle et la proportion en protéagineux avant semis. En présence d’un reliquat important, la céréale s’exprime davantage, il faudra semer plus de protéagineux.
>3 Utiliser les tables INRA ou faire des analyses pour connaître les valeurs nutritives de votre méteil : vous pourrez ainsi réajuster la ration si besoin.
TEMOIGNAGES
REGARD CROISES – ELEVEURS AYANT REALISE DES ESSAIS

Patrick DELERIS
GAEC DE FOURNOULET, BOVIN LAIT AB, LESCURE JAOUL (12)
«Nous avons travaillé avec un méteil complexe composé de 20-25 kg / ha de pois fourrager associé à du triticale, du blé et de l’avoine. Nous estimons avoir utilisé une trop grande quantité de pois. Aujourd’hui, on l’utilise à 10 / 12 kg et avec de la féverole à 50 kg afin de limiter la verse. Nous avons également implanté deux mélanges binaires : le premier avec orge (50 kg / ha) et pois protéagineux (130 kg / ha), le second avec féverole (120 kg / ha) et pois fourrager (20 kg / ha). Chez nous, ces méteils binaires ont donné de bons résultats et permettent de sécuriser notre système. À l’avenir, nos mélanges sont susceptibles d’évoluer car le pois est de plus en plus difficile à utiliser du fait de la prolifération des sangliers.»

Jean-Baptiste KERUZEC
GAEC DE LA SIRGARIÉ, BOVIN LAIT AB, ST MARTIN LAGUÉPIE (81)
« Je suis en système très herbager, avec 15 ha de méteils semés tardivement, à base de blé / féverole auxquelles on ajoute soit de l’orge, soit du triticale (et un peu d’avoine). On cultive ces méteils complexes depuis plusieurs années, et ce qui nous intéressait dans ces essais, c’était de comparer la performance de nos mélanges complexes avec des associations plus simples. Nous avons donc travaillé avec notre mélange, comparé à 3 associations plus simples, blé/ féverole, triticale/pois fourrager et orge/pois. Les essais nous ont permis de valider le fait que certains associations binaires fonctionnent aussi très bien. Grâce aux analyses des méteils, on a une meilleure idée de la valeur alimentaire de nos mélanges.»

Alain GALOUYE
POLYCULTEUR-ÉLEVEUR, BOVIN VIANDE AB, MONTGAILLARD (65)
« Je produis 8 hectares de méteil tous les ans, derrière un maïs ou une prairie. J’utilise le méteil pour finir les veaux rosés et les vaches, et complémenter les jeunes vaches en production. Je suis généralement autonome pour l’engraissement de mes bêtes. Cette année, pour compenser le foin de mauvaise qualité du printemps, j’ai implanté plus de méteils dont une partie sera récoltée en enrubannage. Ces essais m’ont montré que les mélanges les plus compliqués n’étaient pas forcément les meilleurs. Chez moi, le mélange binaire était intéressant : j’ai donc simplifié mes mélanges ce qui a facilité la récolte (maturité et réglage de la machine). Il faudrait maintenant travailler sur la façon de récolter, c’est-à-dire faucher, sécher et andainer avant récolte.»
Fauche du méteil. Crédit GAEC du Terron

DEBOUCHES
VALORISATION DES METEILS DANS LES RATIONS DES BOVINS BIO
Produire un concentré plus riche en protéines que les céréales pures est une des motivations des éleveurs en Agriculture Biologique qui cultivent des méteils.
FOCUS BOVIN VIANDE
SYSTEME VEAUX D’AVEYRON ET DU SEGALA
Vincent SERIEYSSOL, CAUSSE-ET-DIEGE (12)
Sur cette exploitation en conventionnel, les méteils s’inscrivent pleinement dans les objectifs du producteur : gagner en autonomie protéique et diminuer l’usage de produits phytosanitaires. La culture de mélanges a débuté en 2007. D’abord utilisé dans la ration des vaches en lactation à 500 g/jour, le méteil remplace l’aliment complet pour l’engraissement des veaux depuis 2013 avec la mise en place de la fabrique à la ferme.
L’utilisation des méteils permet d’obtenir les mêmes performances économiques sur le troupeau, tout en diminuant les charges d’intrants.
Le seul bémol pour la culture de méteils, c’est l’aspect aléatoire des proportions de chaque espèce à la récolte. C’est pourquoi il est important d’analyser son mélange chaque année, en vue d’assurer le meilleur équilibre alimentaire et un bon potentiel de digestibilité.
Valeurs nutritives du méteil de Vincent SERIEYSSOL, son utilisation et l’impact économique (Source Chambre d’Agriculture de l’Aveyron).

FOCUS BOVIN LAIT
SYSTEME EN AGRICULTURE BIOLOGIQUE
Pour calculer l’économie de concentré acheté permise par le remplacement de céréales pures par des méteils, les Chambres d‘agriculture du Tarn et de l’Aveyron ont réalisé des rations à base de maïs et sans maïs, pour 3 niveaux de productivité : 4000 litres / vache laitière, 5500 et 7500 litres.
Les méteils en tant que concentré fermier plus riche en MAT qu’une céréale pure contribuent à l’économie d’achat des concentrés azotés. Cependant, pour des niveaux de production relativement élevés (au-delà de 5500 l/VL), leurs taux de MAT restent insuffisants pour couvrir le besoin des animaux et un complément azoté reste nécessaire. Toutefois, ils restent utilisables en concentré unique pour les génisses.
Les méteils font donc partie d’une stratégie globale d’autonomie alimentaire et protéique parmi laquelle le pâturage à base de prairies à flore variée et la réalisation de stocks fourragers riche en légumineuses constituent un socle incontournable.

DEBOUCHES
Qu’en est-il du triage et de la commercialisation des méteils ?
LE TRIAGE DES METEILS
Il permet de séparer les différentes espèces du mélange en vue d’un re-semis ou sélectionner les différentes espèces qui le composent et leur proportion afin de rééquilibrer une ration ou vendre à un organisme stockeur. Préalablement au triage, il est important de vérifier le réglage de la moissonneuse pour limiter le nombre de grains cassés et pour nettoyer et sécher la récolte avant stockage dans un lieu ventilé.
Différents types de trieurs et de réglages existent pour séparer les différentes espèces du mélange:
▶ Nettoyeur-séparateur : triage uniquement sur la largeur, l’épaisseur et selon le comportement du flux de graines dans un courant d’air en aspirant les déchets légers.
▶ Trieur alvéolaire : séparation des grains selon leur longueur.
▶ Table densimétrique : séparation des grains selon leur densité.
▶ Trieur optique : séparation des grains et des impuretés selon leur couleur et leur forme.
Ces 2 derniers trieurs sont généralement spécifiques aux stations de semences. Trier un méteil demande de vraies compétences. Adhérer à un outil collectif peut s’avérer intéressant pour bénéficier d’un triage de qualité et limiter le coût d’investissements.
LA COMMERCIALISATION DES METEILS
La collecte des méteils reste difficile à ce jour car leur traitement occasionne des surcoûts pour les organismes stockeurs liés au triage et aux cellules de stockage spécifiques pour les mélanges et les cultures issues du tri. L’idéal est donc de réserver ces cultures pour l’autoconsommation ou bien pour un débouché de proximité, auprès d’un éleveur tiers.
Il existe néanmoins la possibilité de vendre le surplus de méteils produits.
En 2017-2018, les collecteurs situés sur le Tarn et l’Aveyron* ont privilégié 2 types de mélanges binaires blé/féverole et orge/pois protéagineux. Certains acceptent également des mélanges plus complexes à condition qu’il existe une demande en face ; dans ce cas, les méteils transitent directement du vendeur à l’éleveur bio. Les collecteurs ont mis en avant 2 leviers pour faciliter la collecte des méteils : d’une part la contractualisation de ces mélanges en annonçant suffisamment à l’avance les surfaces et types de mélanges emblavés, et le stockage chez le producteur jusqu’à la fin de période de collecte.
* Agribio Union, Coopérative de Carmaux et RAGT.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
▶Mélanges céréales – protéagineux grains en agriculture biologique, résultats d’essais conduits en Occitanie, Muriel SIX Chambre d’agriculture de l’Aveyron, Maëva COLOMBET Chambre d’agriculture du Tarn et Lise BILLY Chambre d’agriculture des des Hautes Pyrénées.
▶ Conférence de Laurent Bedoussac Ingénieur de recherche INRA-ENSFEA Toulouse, “Les Cultures associées : intérêts agronomiques et place dans les filières” (le 2 octobre 2018 à Valdériès).
▶ Posters produits par les Chambres d’agriculture Tarn / Aveyron, FDCUMA Tarn à l’occasion de la journée Innov’action du 2 octobre 2018 (envoi possible sur demande : francoise.solignac@aveyron.chambagri.fr / n.castel@tarn.chambagri.fr)
▶ Fiche technique Méteil grains CA81.
Coordonné par Maëva COLOMBET et Stéphanie CAMAZON, de la Chambre d’Agriculture du Tarn, et Mathilde DURAND, de la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron
Crédit photo : Interbio Occitanie et Interbev