Les résultats et les données présentées dans ce document sont issus d’une étude réalisée par l’APABA en 2017 auprès de sept élevages caprins transformateurs en Aveyron. Cette étude avait pour objectif de mieux comprendre les freins rencontrés dans ce type de fermes. L’échantillon s’est composé d’exploitations représentatives de la moyenne montagne (de 300 à 800 mètres d’altitude).
DES FERMES DE PETITE TAILLE PLUTOT EXTENSIVES
Les fermes étudiées présentent des structures très diverses. La Surface Agricole Utile varie de 22 à 63 ha et le taux de chargement s’échelonne entre 0,24 et 0,73 UGB/ha SFP. Les fermes disposent essentiellement de prairies permanentes et de parcours boisés de qualité variable alloués au pâturage. Seules les meilleures terres sont destinées à la culture de méteils réservés à l’alimentation des chèvres. Ces derniers sont le plus souvent conduits en rotation avec des prairies temporaires riches en légumineuses destinées à la production de foin. Sur le plan des ressources humaines, les fermes se composent de 2 à 4 unités de main d’œuvre (associés et salariés) réparties entre les activités de production, de transformation et de mise en marché.

DES NIVEAUX DE PRODUCTION LAITIERE HOMOGENES MAIS DES EFFECTIFS TRES VARIABLES
Parmi les fermes étudiées, six transforment l’intégralité de leur production de lait avec une valorisation en vente directe. La septième livre près de 90% de la production en circuit long. Toutes les fermes sont conduites en Agriculture Biologique ou en début de conversion. Les cheptels sont essentiellement constitués de chèvres Alpine et/ou Saanen conduites de manière saisonnée. Les mises bas se déroulent de la mi-février jusqu’à la mi-mars et la durée de traite fluctue entre 230 et 305 jours. La taille des troupeaux est comprise entre 12 et 26 chèvres/UTH pour les fermes en circuit court contre 71 chèvres/UTH pour l’élevage en circuit long. Le niveau de production laitière des troupeaux est assez homogène dans les élevages (≈ 530 l vendu/chèvre). Rapporté aux surfaces fourragères, ce dernier varie fortement, de 290 à 1700 l/ha SFP.

DES FOURRAGES DE QUALITE INSUFFISANTE
Selon leur situation géographique, les fermes disposent de foncier de qualité très variable. Cela influe fortement sur le choix des ressources fourragères. Dans les zones maigres et superficielles, les éleveurs fauchent des prairies permanentes de qualité variable et valorisent des parcours via le pâturage. Les volumes de fourrages stockés étant les plus souvent insuffisants tant sur le plan quantitatif que qualitatif, les éleveurs font appel à des achats de foin de luzerne. Dans les zones plus favorables, les éleveurs cultivent des prairies riches en légumineuses (Luzerne/dactyle, prairies à flore variée…) pour obtenir des fourrages de meilleure qualité. Les repousses et les prairies permanentes sont réservées au pâturage. Selon la part de pâturage, les volumes de fourrages distribués varient de 2,8 à 5,8 TMS/UGB. Parmi les élevages étudiés, six produisent du foin au sol et une ferme dispose d’une unité de séchage en grange. Seules quatre fermes sur sept sont autonomes en fourrages. La qualité insuffisante des foins induit des charges d’alimentation élevées.
DES FERMES PEU AUTONOMES EN CONCENTRES
Sur le plan des concentrés, les fermes sont globalement peu autonomes. Les faibles surfaces allouées aux cultures ainsi que les faibles rendements ne permettent pas de couvrir les besoins du troupeau. Selon les fermes, la surface en céréales représente de 0 à 23 % de la SAU (10 % en moyenne) et les rendements fluctuent de 20 à 39 Qx/ha (26 Qx/ha en moyenne). Seules deux fermes au fonctionnement plutôt autarcique produisent l’intégralité de leurs besoins. Les autres fermes font appel à des achats extérieurs de céréales (maïs et orge essentiellement) et/ ou d’aliments complets (concentré de production de 18 à 24 % MAT).

DES PRATIQUES D’ALIMENTATION TRES DIFFERENTES
L’analyse des pratiques d’alimentation des élevages montre une forte dépendance aux stocks fourragers. Suivant les fermes, le volume de fourrages distribués varie de 2,9 à 5,8 TMS/UGB/an. Malgré des durées de pâturage importantes, la part de l’herbe pâturée dans l’alimentation reste limitée. Elle représente selon les cas de 10 à 40 % de la ration annuelle. Les éleveurs maîtrisant la conduite du pâturage des chèvres consomment globalement moins de stocks de fourrages (≤3,5 TMS/UGB) au cours de l’année.
Sur le plan des aliments complémentaires, les élevages étudiés montrent une grande diversité de pratiques. La quantité de concentrés distribués varie de 0,6 à 2,6 TMS/UGB/an. Rapporté au niveau de production laitière, la complémentation en concentrés fluctue de 227 à 777g/l (Moyenne : 680 g/l contre 1157 g/l en circuit long). A niveau de productivité laitière équivalent (530 l/chèvre), la quantité de concentrés distribués d’une ferme à l’autre varie selon un facteur quatre. Il existe donc de grande marge de manœuvre sur le plan de l’efficience des pratiques d’alimentation. La qualité des fourrages apparait comme un élément clé de la maîtrise des coûts d’alimentation.
DES COUTS DE PRODUCTION TRES HETEROGENES
L’analyse du coût de production des élevages étudiés montre une grande variabilité. Selon les exploitations, le résultat fluctue de 1 200 à 6 750 €/1000 l. Une part importante de ces écarts s’explique par la différence de niveau de production laitière des fermes (de 3 300 à 13 641 l/UMO) qui fait office de diviseur.
Le poste de dépenses qui apparaît en moyenne le plus élevé dans le coût de production concerne les charges de mécanisation (11,6% du CP en moyenne). Ce dernier se compose essentiellement des prestations de travaux par tiers, des charges de carburants et des frais d’entretien du matériel. La délégation fréquente des travaux agricoles (semis, moissons) et les nombreux déplacements liés à la vente directe sont mis en cause. D’une ferme à l’autre, le montant des charges de mécanisation fluctue de 170 à près de 900 €/1000 l. Il existe donc de grandes marges de manœuvre dans la maîtrise de ce poste.
Le second poste le plus coûteux concerne les charges de bâtiments (10,1% du CP en moyenne). Il se compose essentiellement des amortissements et des frais d’électricité et de gaz liés à l’activité de transformation fromagère. D’une ferme à l’autre, le montant des charges de bâtiments fluctue de 90 à près de 530 €/1000 l. On note différentes échelles d’investissements dans les ateliers de transformation. Certains ateliers semblent avoir été surdimensionnés vis-à-vis des volumes de lait transformés et valorisés.
Le troisième poste le plus important dans la composition du coût de production concerne les charges d’alimentation (7,1% du CP en moyenne). Ces dernières sont principalement constituées par des achats de céréales (orge ou maïs), d’aliments complets ou de fourrages pour répondre aux besoins des animaux. D’une ferme à l’autre, le montant des charges d’alimentation fluctue de 22€/1000l à près de 380 €/1000l.
UN NIVEAU DE VALORISATION DU LAIT TRES HETEROGENE
Parmi les fermes étudiées, le niveau de valorisation du lait transformé varie très fortement. Selon les fermes, le prix du lait fluctue de 1 550 à 2 650 €/1000l (2 000€/1000l en moyenne contre 876€/1000l en circuit long). Les fermes commercialisant les fromages sous l’appellation Rocamadour montre un niveau de valorisation supérieur. Le choix du type de fromages, le rendement fromager et le prix de vente semblent les principaux éléments mis en cause.

UN TEMPS DE VALORISATION DES PRODUITS TRES VARIABLE
L’activité de transformation fromagère nécessite une implication forte des agriculteurs et génère un volume de travail important. L’équilibre entre les activités d’élevage, de transformation et de commercialisation est difficile à trouver mais se révèle indispensable. Parmi les sept fermes étudiées, le temps de valorisation du lait estimé (transformation + mise en marché) a fluctué entre 4 et 16 h/100 l. Le type de débouchés (marché de plein vent, magasins de producteurs…), la capacité de l’outil de transformation (volume journalier…), la disponibilité en main d’œuvre et le choix du type de produits (yaourts, lactiques, tommettes…) semblent mis en cause.

BILAN
▷ Les données analysées offrent seulement une image des systèmes rencontrés en zone de moyenne montagne. Les fortes disparités révélées dans cette étude démontrent un nécessaire accompagnement technique des fermes caprines en production fromagère sur différents thèmes :
Qualité des fourrages ▪ Efficience des pratiques d’alimentation du troupeau ▪ Maîtrise des coûts de production (notamment en charges de mécanisation et de bâtiments) ▪ Stratégie commerciale : efficience de la production selon les débouchés choisis
Coordonné par Maxime VIAL, animateur élevage de l’APABA
Crédit photo : Interbio Occitanie