Mieux connaître les maraîchers pour mieux répondre à leurs attentes

Répondre aux besoins de la profession – Essais techniques et pratiques innovantes

Les maraîchers biologiques doivent posséder de nombreuses compétences pour gérer la complexité de leur ferme. Afin d’orienter au mieux leurs actions d’accompagnement, les animateurs et techniciens de la FRAB et des Chambres d’Agriculture d’Occitanie ont travaillé à la création d’une typologie des fermes maraîchères, dont les résultats constituent une partie dans ce dossier. Parmi les demandes qu’ont exprimées les maraîchers, certaines sont déjà en cours d’études dont voici quelques réponses : essai de la gestion d’une culture de laitue sous abris en non travail du sol, l’intégration de couverts végétaux en association dans des légumes ou encore l’allongement des périodes de production pour présenter une gamme de légumes conséquente sur l’année.

L’Occitanie comptait en 2019, environ 1200 producteurs de légumes bio. Leurs profils (ancienneté, surface en production, débouchés…) étant très variés, ils n’ont pas tous les mêmes besoins en terme de formation, accompagnement… Les réseaux des Chambres d’Agriculture et des GAB d’Occitanie ont donc lancé une enquête pour mieux connaître le profil des maraîchers bio afin de mettre en oeuvre des formations, des démonstrations, des clubs de progrès répondant précisément à leurs demandes.

Nous avons dans un premier temps élaboré un questionnaire en ligne que nous avons diffusé par mail à tous les maraîchers référencés par l’observatoire bio régional. Notre objectif était d’obtenir au minimum 10% de réponses pour l’ensemble des agriculteurs bio ayant comme activité principale la production de légumes : celui-ci a été atteint et même dépassé puis que nous avons reçu 191 réponses, soit 16 %. À partir de ces réponses, nous avons construit une typologie des maraîchers de la région, sur le même principe que celle élaborée par Bio de Provence en 2012, en nous basant sur les éléments constitutifs d’une exploitation agricole (fig. ci-dessous). En voici les premiers enseignements.

PROFIL DES RÉPONDANTS
Un tiers des répondants est installé depuis moins de 3 ans et 1 sur 5 seulement depuis plus de 15 ans (fig.2). Les nouveaux installés ont quasiment tous commencé directement en bio, tandis que les plus anciens se sont convertis au bio pour près des trois-quarts. La SAU médiane en légumes est de 1,14 ha (fig.3). Trois-quarts des répondants cultivent plus de 10 légumes, et la moitié, plus de 25. La production est diversifiée aussi bien sur 0,5 ha que sur 5 ha (fig.4).

TYPOLOGIE DES EXPLOITATIONS
La grande majorité des maraichers bio enquêtés sont orientés exclusivement vers les circuits courts, et moins d’un tiers commercialise tout ou parte de sa production en circuits longs. De ces données, on peut construire la typologie suivante (fig.6). Lors de cette enquête, nous avons aussi interrogé les participants sur leur niveau estimé de maitrise technique mais aussi sur leur maitrise des aspects environnementaux.

MAÎTRISE TECHNIQUE
Concernant la maitrise technique (fig.7), on constate des marges de progrès au niveau de la production de semences (faire ses semences, c’est un métier), de la lutte contre les maladies et ravageurs, de la mécanique et de la gestion des inter-cultures (ce qui conforte l’intérêt des essais sur les engrais verts du Civam Bio 09, Gab 65, APABA…).La planification des cultures, les rotations, la gestion du sol… semble a contrario plutôt bien maitrisées.

MAÎTRISE ENVIRONNEMENTALE
Concernant la maitrise environnementale (fig. 8 et 9), on constate un important manque de connaissances en fertilisation, ce qui peut devenir problématique avec l’augmentation des zones vulnérables nitrates. On relève aussi 30 % de producteurs qui indiquent ne pas maitriser la gestion de l’eau, compétence qui va devenir primordiale dans le contexte du réchauffement climatique.
Ces aspects de maitrise technique et environnementale ont été analysés au regard de la typologie des maraichers : il apparait que ce sont les producteurs en circuits longs qui estiment posséder la meilleure maitrise technique et environnementale.

DES MARGES D’AMÉLIORATION
Ces problèmes de maitrise technique et de maitrise environnementale font apparaitre un besoin en formation et en accompagnement. Pourtant, 62 % des répondants, quel que soit leur profil, ne suivent pas de formation par manque de temps… alors que cet investissement, plutôt minime en temps, peut faire gagner en efficacité et améliorer la performance de l’exploitation. Les maraichers interrogés ont cependant conscience qu’ils peuvent encore progresser : ils sont en effet deux tiers à vouloir bénéficier d’un accompagnement, qu’ils souhaiteraient majoritairement gratuit.
Cette typologie a été a finalisée fin 2019 et a permis de mettre en évidence la grande diversité des types d’exploitation mais également les stratégies développées en orientant un type de circuits de distribution, voire plusieurs, en lien avec les systèmes de production.
En 2020, nous prévoyons d’analyser et de détailler davantage les résultats obtenus en 2019, notamment au niveau départemental. Un plan d’actions identifiant les besoins spécifiques en terme de formation, appui technique, mise en lien auprès des circuits de commercialisation et de distribution au niveau local et régional, sera réalisé.

Par Élodie Bernard, CIVAM BIO 34 et Philippe Caillol, Chambre d’agriculture du Gard

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