Comme pour les autres filières agricoles, le cahier des charges bio impose un certain nombre de contraintes qui complexifient la gestion de cheptel et la production. Afin d’accompagner les apiculteurs face à ces contraintes et aider dans le pilotage de l’exploitation apicole, l’usage du numérique peut dans une certaine mesure apporter des éléments de réponses.
UN PROJET MULTI-FILIÈRES
Le projet OccitANum (Le living Lab Agroécologie Numérique en Occitanie), lauréat de l’action « territoire d’innovations », a pour objectif de proposer de nouveaux modèles répondant concrètement aux enjeux des transitions écologique, énergétique, numérique, démographique et sociale. Comment ? En mobilisant des technologies numériques pour accélérer la mise en place de l’agriculture et de l’alimentation de demain en Occitanie.
Le projet n’est pas centré sur la bio mais les objectifs, notamment en termes de transition vers l’agroécologie, coïncident avec les objectifs de la bio. Ainsi, les technologies et services qui seront issues de ce projet pourront être utilisés par tout producteur souhaitant s’engager dans une démarche d’amélioration de ses pratiques.
Au coeur de ce projet de grande envergure, l’apiculture occupe une place importante en tant qu’activité agricole à part entière. En effet, l’activité apicole participe pleinement aux dynamiques territoriales et contribue, avec la pollinisation des cultures, au développement des autres filières agricoles. C’est pourquoi un volet apicole a été ouvert au coeur du projet OccitANum : « Api’connect et Biodiversité ». Comme son nom l’indique, il touche deux thématiques bien identifiées : l’apiculture et la biodiversité.
Un Living Lab, qu’est-ce c’est ?
Les Living Labs, ou laboratoires du vivant, sont définies par l’Union Européenne comme « des environnements ouverts d’innovation en grandeur réelle, où les utilisateurs participent à la création des nouveaux services, produits et infrastructures sociétales ».
LE VOLET ABEILLE DU PROJET
Le développement d’outils au service de la filière apicole
L’objectif de l’axe apiculture du projet est d’expérimenter et développer des outils numériques existants (balances, capteurs de températures, stations météo connectés, compteurs d’abeilles, etc.) afin d’identifier et de mesurer leur intérêt pour la filière apicole en concertation avec les acteurs de cette dernière. Il faudra donc au préalable cerner les attentes et problématiques rencontrées par les apiculteurs professionnels au quotidien pour développer de nouveaux outils et services y répondant. Un travail sera également fait afin d’accompagner les professionnels dans la prise en main de ces outils et services.
En définitive, le projet permettra d’encourager et développer une apiculture vertueuse et responsable, d’accélérer la transition « api-écologique » via de nouvelles innovations numériques.
Il a déjà été identifié plusieurs problématiques pour lesquelles les capteurs existants, combinés à d’autres leviers, pourraient apporter une réponse.
+ Diminuer les déplacements aux ruchers des apiculteurs grâce à une surveillance numérique à distance des ruches.
+ Diminuer les émissions de gaz à effet de serre et les coûts liés à ces déplacements (carburant, usure mécanique des véhicules, temps de travail, etc.)
+ Augmenter la production de miel grâce à des prises de décision a distance et des interventions au rucher programmées en fonction de l’état des colonies estimé grâce aux données issues des capteurs (prévention de l’essaimage, ajouts de hausses, etc.).
+ Réduire les mortalités de colonies en saison et en hiver grâce à l’amélioration de l’efficacité de traitement des colonies et à l’anticipation des besoins en nourrissement.
Le développement d’outils au service de la biodiversité
En complément de l’axe apiculture du projet qui s’intéresse à l’abeille en temps qu’animal de production, l’axe biodiversité s’intéresse à l’abeille en tant que sentinelle de son environnement. L’abeille collecte nectar, pollen, eau et résines dans un rayon de butinage de 3 km environ et rapporte à la ruche le fruit de sa collecte. Les contaminations issues des activités anthropiques ont un impact direct sur la santé des colonies et sur la contamination des matrices apicoles. Des capteurs placés dans la ruche pourraient donc permettre de qualifier la qualité d’un environnement donné et servir de détecteur
Un exemple concret de ce que le numérique peut apporter aux apiculteurs bio
L’un des dangers qui menace la survie des colonies d’abeilles mellifères est la présence de l’acarien parasite Varroa destructor. La principale méthode de lutte contre ce parasite en apiculture biologique est le traitement avec des médicaments à base d’acide oxalique. Or, les médicaments disponibles doivent être utilisés en absence de couvain fermé. Cela arrive généralement naturellement en période hivernale lorsqu’il fait suffisamment froid pour que la reine arrête de pondre. Cependant, dans le sud de la France et de manière générale quand l’hiver est doux, la fenêtre d’intervention est très courte et difficile à anticiper, d’autant plus que la période est peu propice à l’ouverture des ruches.
La présence de capteurs tels que des sondes température et hygrométrie, combinée à un algorithme adapté, pourrait permettre l’identification des périodes hors-couvain et donc garantir l’efficacité du traitement.
CONCLUSION
Ce projet n’en est qu’à sa phase de lancement et sera conduit jusqu’en 2027, si vous souhaitez en savoir plus et vous tenir informé.es des avancées, rendez-vous à l’adresse : bit.ly/30sX4oF
Les partenaires du projet :
Par Hélène Frey, ADA Occitanie