Peut-on se passer du cuivre en production de raisin de table biologique ?

En 2016, un groupe de onze arboriculteurs d’Agribio82 du Tarn-et-Garonne ont débuté un projet au sein du Réseau DEPHY Ferme. Il s’insère dans le plan ECOPHYTO, visant à diminuer l’ Indice de Fréquence de Traitements (IFT) de 50% en 2025 par rapport à 2018. L’objectif principal du groupe DEPHY Ferme est de diminuer l’usage de produits phytopharmaceutiques (PPP), notamment le cuivre pour le raisin. L’utilisation de fongicides et insecticides doit être fortement réduite tout en limitant les pertes de récolte. Afin de répondre à cela, plusieurs essais ont été réalisés sur les parcelles de raisin de table, pour substituer et/ou réduire les doses de cuivre grâce à l’usage de produits alternatifs, de minidoses de cuivre, ainsi que le développement d’autres pratiques culturales.

LE TRAITEMENT AU CUIVRE, UNE PRATIQUE TOXIQUE ?

La matière active cuivre est réputée s’accumuler dans les sols, inhiber l’activité microbienne, et rendre le sol toxique pour les cultures. Métal lourd, le cuivre est également suspecté d’être nuisible à la santé humaine et faunistique. Il reste malgré tout, à ce jour, indispensable à la gestion de maladies cryptogamiques en vigne telles que le mildiou. Dans un contexte réglementaire qui tend à se durcir, peut-on sinon exclure, au moins diminuer son utilisation ?

ORIGINE DES ESSAIS

Les analyses présentées ici sont le fruit du travail de ce groupe Dephy Ferme – Ecophyto, de l’association Agribio82, accompagné par le réseau Bio Occitanie. Pour anticiper la réglementation et trouver des solutions de remplacement du cuivre, le groupe a décidé de formaliser ces travaux débutés en 2016 sur la diminution des doses de cuivre en production de raisin de table bio, avec des stratégies différenciées, ainsi que des objectifs de production contrastés. Les exploitations suivies se situent à 20 km aux alentours de Moissac.

DESCRIPTION DES ITINÉRAIRES ET SUIVI DES INTERVENTIONS

Trois programmes d’intervention ont été mis en place :
-> Le programme usuel est basé uniquement sur des apports optimisés de cuivre.
-> Le programme biostimulant associe un engrais foliaire avec de faibles doses de cuivre. 2 types d’engrais foliaires ont été testés.
-> Le programme dit de substitution est composé de faibles doses de cuivre avec du talc et du vinaigre.

=>  L’année 2016 à très forte pression Mildiou sert de référence.

Le producteur “Usuel” a été très prudent en 2017 et 2018 car il reprenait l’exploitation. Entre 2019 et 2021 il est parvenu à maîtriser le mildiou en diminuant le cuivre de 60% en 2019 (pression faible) ; de 45% en 2020 (forte pression) et de 55 % en 2021 (très forte pression).

Le producteur “Complexe” a maîtrisé le développement de la maladie avec une diminution du cuivre métal de près de 45% en 2019 (pression faible) ; et d’environ 60 % en 2020, malgré la pression forte.

Le producteur en “Substitution” à maîtrisé l’impact du Mildiou avec des doses encore plus faibles, proche d’1kg de cuivre métal par ha , mais cette année 2021, l’impact sur les feuilles fût grande et on a comptabilisé une perte de 8 % sur les grappes.

CONCLUSIONS DES TRAVAUX

Le travail de ces arboriculteurs montre que la réduction de cuivre en vigne fonctionne , que la pression du mildiou soit très faible ou très forte.

Les minidoses de cuivre permettent la maîtrise du mildiou tout en gardant un rendement selon les objectifs du producteur. Les résultats des essais de 2016 à 2021 montrent que cette méthode est efficace pour le programme usuel producteur. En revanche, le programme de substitution et le programme complexe de plantes sur Ribol n’a pas fonctionné en 2021. Les feuilles sont largement contaminées sur l’ensemble des parcelles, mais sans incidence sur les grappes au niveau du rendement.

Il ne faut pas négliger les pratiques culturales complémentaires des 3 agriculteurs qui permettent en effet de réduire les risques du développement du mildiou.

De même, le positionnement des traitements influe grandement sur l’apparition de la maladie. Le nombre de passages de traitements au cuivre peut avoir une influence sur la dynamique du mildiou. Il est important de traiter à des périodes propices (à différents stades de la vigne) avec des traitements précis (cuivre sous différentes formes). Ces expériences permettent d’alimenter les réflexions et analyses sur la gestion du mildiou en fonction de nombreux facteurs et d’une météo variant chaque année, et en fonction de chaque producteur.

Le positionnement et l’ajustement de la dose à la pression ont montré une réduction possible de cuivre métal de 400g/ha/passage en 2016 à 110 g/ha/passage en moyenne en 2021. Ces résultats mériteraient d’être précisés dans un cadre expérimental qui permettrait notamment la répétition des modalités et l’observation de rang témoin non traité, pour appuyer leur significativité.

En année de très forte pression (2021), il a été possible de réduire le cuivre métal :
->  à 3,78 kg /ha dans le cadre du programme usuel
->  à 2.87 kg/ha dans le cadre du complexe plantes
->  à 0,91 kg/ha dans le cadre du programme de substitution

Pour plus de détail sur les protocoles et l’historique de ces essais veuillez vous référez à l’article du Mag N°17 d’avril 2021 bit.ly/34iXjEH
Le rapport complet de ces essais sera consultable sur bio-occinatine.org

Par Marc Miette, technicien fruits et légumes, Bio Occitanie, référent Agribio 82 et Ingénieur Réseau Dephy Ferme