Les sols peuvent être caractérisés de nombreuses façons. La première clé d’entrée est souvent la texture du sol, définie par les teneurs en argiles, limons et sables, composantes stables dans le temps. Puis vient la structure, en d’autres termes l’agencement de ces éléments les uns par rapport aux autres, valable à l’instant T et évolutif en fonction d’éléments extérieurs (météo, pratiques agricoles, etc.). En agronomie, d’autres éléments sont également regardés comme le pH ou la matière organique. Cette dernière est très instructive sur un sol car elle retranscrit son niveau de fertilité et d’activité biologique.
De plus en plus, le taux de matière organique s’invite au coeur des débats agronomiques. Au fil des années on a vu les sols s’appauvrir en matière organique, s’éroder, se tasser, etc. En France, le taux de matière organique est aujourd’hui en moyenne de 2% sur l’horizon 0-30 cm, soit 60 à 70% de moins qu’il y a deux siècles. On a compris qu’augmenter la quantité de matière organique dans les sols améliorait leur portance, leur fertilité, leur réserve utile, leur structure et bien d’autres paramètres utiles. Alors, comment savoir quel taux de matière organique viser pour atteindre une qualité de sol satisfaisante ?
Pascal BOIVIN, enseignant-chercheur en pédologie à la HES-SO à Genève, et son équipe, se sont penchés sur la question. Un sol de qualité est un sol qui est capable de remplir ses fonctions. Elles sont nombreuses. En agriculture, celle qui intéresse le plus est la capacité à produire de la biomasse. Or, il a été montré que plus un sol contient de matière organique, plus il est apte à remplir la plupart de ses fonctions : porosité, rétention d’eau, aération, infiltration d’eau, portance, stabilité, activité biologique, réserve de nutriments, épuration, etc. La matière organique est l’élément principal qui va jouer dans la qualité des sols car contrairement à la texture du sol, elle va évoluer dans le temps en fonction des pratiques agricoles.
Les chercheurs ont donc comparé des centaines de sols différents pour déterminer à partir de quel taux de matière organique ils disposaient d’une bonne qualité structurelle. Les sols analysés ont été classés sur une échelle de 1 à 5, du meilleur état structurel au moins bon. Ils se sont alors aperçus que pour atteindre une bonne qualité de sol, il fallait avoir au minimum un ratio :
Les parcelles pour lesquelles on observe les meilleures structures de sol sont celles qui obtiennent un ratio supérieur ou égal à 24%. Avec ce score, on retrouve le plus souvent des prairies ou des parcelles en agriculture de conservation depuis de nombreuses années. A l’inverse, la limite inférieure en dessous de laquelle on va observer les moins bonnes structures de sol est un ratio inférieur ou égal à 12%. On va retrouver davantage de parcelles avec labour.
La qualité du sol étant proportionnelle au ratio : MO/Argile, plus il y a d’argile dans le sol et plus il faudra de matière organique pour observer une bonne qualité de sol satisfaisante.
Ces résultats constituent un objectif agronomique et une nouvelle manière d’estimer le potentiel de séquestration du carbone dans les sols. Ils présentent l’avantage d’être très faciles à calculer.
L’utilisation de ce ratio a été validé sur tous les types de sol jusqu’à 60% d’argile, à l’exception des tourbes et des sables.
Corriger le déficit en carbone des sols (matière organique) est une urgence environnementale car toutes les fonctions du sol sont impactées. Cet outil peut donc servir de boussole à tout paysan souhaitant préserver son sol et améliorer durablement son outil de travail.
Alexia Garrido, Conseillère GC bio et conventionnel, Ingénieur Régional DEPHY, Chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne