Le lycée agricole de Carcassonne a accueilli le 21 octobre 2020 une convention d’affaires pour répondre aux besoins de sourcing en Plantes à Parfums, Aromatiques et Médicinales et consolider des filières durables d’approvisionnement. Cette convention a été organisée par l’association interprofessionnelle INTERBIO OCCITANIE et AD’OCC, L’Agence Régionale de Développement Economique, en partenariat avec COSMED et OCEBIO, et le soutien d’Agri Sud-Ouest Innovation, d’Innov’Alliance et de l’AREA Occitanie.
L’objectif de cette journée était d’apporter des données sur la filière PPAM et les tendances des marchés, puis de mettre en relation les acteurs de la filière, dans le but de construire des projets d’innovation et d’approvisionnement (nouveaux produits, nouvelles filières, nouveaux procédés).
Lors de l’assemblée plénière du matin, la filière PPAM Bio d’Occitanie a été présentée et des entreprises ont témoigné de leur expérience de sourcing local. Ensuite se sont tenus de nombreux rendez-vous entre des producteurs-porteurs de projets et/ou des experts-prestataires et/ou des entreprises et industriels de la Cosmétique, du bien-être, de la santé humaine ou animale et de l’agro-alimentaire.
Une centaine de personnes étaient présentes à cette convention dont : 48 producteurs-porteurs de projets, 20 entreprises utilisatrices et 18 experts-prestataires. Ce sont 250 rendez-vous qui ont pu être réalisés dans la journée afin de faire se rencontrer de futurs partenaires et de booster leur activité !
LA RÉGION OCCITANIE, 1ÈRE RÉGION DE FRANCE EN SURFACES PPAM CULTIVÉES EN AGRICULTURE BIOLOGIQUE.
La filière PPAM Bio occitane dispose de nombreux atouts pour répondre aux besoins des industriels en matière de volumes et de qualité, avec une large diversité de terroirs.
629 producteurs pour 1300 ha (2018) – 0,2% terres agricoles – dont 559 en agriculture Biologique font de l’Occitanie LA région des PPAM Bio !
L’activité de cueillette tient une place particulière et importante dans la filière avec 1/3 des producteurs. Plus de la moitié de ces producteurs de PPAM se sont spécialisés et vivent de cette production principale. Une spécialisation qui progresse (diversification et installations) avec une surface moyenne cultivée de 2,10 ha/producteur. 46% des producteurs déclarent avoir besoin de matériel. Un pack d’aides existe en Occitanie dont le PASS Agri plantation, qui accompagne la plantation des parcelles de PPAM bio.
Avec une dynamique de progression de plus 16 % en 2019, soit 80 producteurs de PPAM bio supplémentaires, le seuil de 1000 producteurs pourrait être franchi sous 5 ans ! *
La structuration de la filière régionale est progressive et « en construction ». Elle bénéficie d’une stratégie de développement adossée à des territoires et/ou à des partenariats économiques.
(*) Chiffres de l’Agence Bio 2018 & 2019
TÉMOIGNAGES D’ENTREPRISES PARTENAIRES :
Les différents témoignages ont montré une forte volonté des entreprises de transformation et des industriels de relocaliser leur approvisionnement en proposant aux producteurs des contrats pluriannuels. Les entreprises de l’aval souhaitent mettre en place des partenariats solides et constructifs qui favoriseront la structuration de la filière PPAM d’Occitanie. Il a aussi été vivement recommandé aux producteurs de ne pas s’installer en PPAM sans avoir au préalable bien étudié les débouchés possibles. Si la demande augmente, la filière PPAM bio reste très exigeante qualitativement. Le développement de la filière est progressif et la concurrence étrangère importante.
ARCADIE
Les 800 tonnes annuelles de matière première traitées permettent l’élaboration de 250 produits 100 % bio : Gamme Cook, pour les épices, Herbiers de France, pour les tisanes et du vrac : pour les ingrédients des artisans et IAA bio.
Depuis 10 ans Arcadie améliore la reloca-lisation de ses matières premières et met en oeuvre une démarche de commerce équitable via le label « Bio partenaire » qui allie le mode de production biologique et des engagements de commerce équitable.
La production locale fait partie intégrante de leur démarche. Bien qu’une majorité de leurs épices ne poussent pas en France, Arcadie s’emploie néanmoins à réduire les distances de transport. Et pour les plantes de nos climats, leur volonté est de relocaliser leurs approvisionnements, avec l’espoir d’un 100% local !
Le souhait de construire des partenariats forts avec les producteurs a engendré la création d’une association « Bio Garrigue Méditerranée » pour le thym, le romarin, l’origan, et la sarriette. 20 tonnes ont ainsi pu être livrées en 2019 avec 80 hectares engagés.
Arcadie s’engage par contrat cadre pluri-annuel (5 ans) avec cette association, sur des prix, définis suite à un travail sur les couts de production réalisé avec les producteurs. Cette organisation collective favorise aussi les échanges avec les producteurs sur les engagements qui structurent le partenariat et les bilans de campagne.
LABORATOIRE PHYT’S
Depuis l’origine, Phyt’s utilise uniquement des ingrédients bio pour fabriquer ses produits : huiles végétales, huiles essentielles, teintures mères, hydrolats, et plantes fraîches.
Depuis quelques années, leur objectif a été de développer un sourcing local ainsi que leurs propres cultures, avec la volonté stratégique de maitriser l’origine et la qualité de leurs matières premières. Pour cela, ils ont recherché des producteurs locaux, en s’appuyant sur des relais tels que les chambres d’agriculture et les associations bio locales. Ils ont aussi créé des outils en interne pour gérer ses nouveaux partenariats (contrats, cahiers des charges…).
Afin d’établir de solides partenariats avec les producteurs, ils réalisent des visites d’exploitation (personnel, matériel, parcelles), puis des tests sur la qualité de la matière première afin de valider la qualité, enfin ils travaillent sur la négociation sur les contrats (mise en place de contrats de culture).
Pour le laboratoire Phyt’s, s’approvisionner localement et en direct auprès des pro-ducteurs est un réel investissement : l’industriel doit vraiment bien définir sa stratégie, car cela génère de nombreux changements en interne et être à l’écoute du monde agricole. De son côté, les agriculteurs doivent aussi être pro-actifs, faire du démarchage commercial, s’améliorer sur la partie réglementaire et être à l’écoute des problématiques de l’industriel. C’est une démarche longue, mais un cercle vertueux pour l’entreprise. Cela a redynamisé l’innovation dans l’entreprise. (RSE, bilan carbone, …) Leur politique évolue désormais vers la RSE et la biodiversité.
L’OCCITANE
L’Occitane diversifie ses matières premières, avec un service dédié au sourcing en France et au Burkina Faso (filière karité. Privilégiant une agriculture familiale pour la traçabilité à la parcelle, la durabilité sur le territoire et la transmission de la terre, l’Occitane a pour objectifs d’ici 2025 que toutes ses filières soient équitables. Ils mettent donc en oeuvre un nouveau programme de Commerce Equitable Nord Nord, ainsi que la sécurisation de tous leurs approvisionnements : quantité, qualité et planification.
L’Occitane mise sur l’équité économique de ses partenariats sur 3 à 7 ans : anticipation des besoins, facilités de trésorerie pour pré-financer des plants, mise en réseau pour achat semences et plants…
JARDINS D’OCCITANIE
Jardin d’Occitane témoigne d’une très forte demande de produits « origine France » de la part des consommateurs, ce qui entraine les entreprises du secteur à chercher des approvisionnements français.
Ils ont choisi de répondre à cette demande en travaillant sur la qualité et en apportant des garanties vérifiables. Leur produit est distribué en pharmacie, ce qui permet un accompagnement optimal du produit et un conseil au moment de la vente.
POINT TENDANCES MARCHÉ
Les consommateurs demandent du « naturel » et de « l’origine France » que ce soit pour la cosmétique, l’aromathérapie, ou les compléments alimentaires, segments en nette progression (+ 30% depuis la Covid-19). La part du bio sur ces différents segments de marché est en croissance.
Plus de la moitié (66%) des PPAM utilisées en France sont importées et la concurrence étrangère s’intensifie : Bulgarie, Balkans, Turquie… La Chine et les Etats Unis se mettent aussi à produire des PPAM ce qui laisse craindre plus d’importations.
Le marché des PPAM est compliqué et très spécifique, aussi est-il recommandé de contractualiser et de travailler avec des groupements de producteurs.
CONCLUSION
Cette journée, qui s’est déroulée dans le strict respect des gestes barrières en raison du Coronavirus, a connu un vif succès. Aussi, une nouvelle convention « plantes et ingrédients naturels » se tiendra en 2021 dans les Pyrénées Orientales !
Par Arielle Bourgeon, Interbio Occitanie et Amélie Berger, OCEBIO