Une forte progression de la cuscute est observée en Occitanie, principalement sur le Languedoc-Roussillon. Cette plante parasite s’attaque notamment aux légumineuses cultivées et contamine les sols avec ses graines pour de nombreuses années.
En agriculture bio, cela pose un vrai problème, car une parcelle fortement contaminée devient inutilisable pour des légumineuses pendant dix ans.
La cuscute a une graine très petite qui ne peut être éliminée dans la semence qu’à l’aide d’un trieur particulier. Les échanges de semences fermières sont des vecteurs importants de la graine de cuscute.
La présence de la cuscute avait été contenue ces dernières décennies, mais le grand retour des légumineuses dans nos prairies, les échanges de semences fermières et la mise en commun croissante des outils provoquent aujourd’hui sa réapparition de manière inquiétante dans les zones d’élevage. La cuscute impacte le rendement et elle est toxique pour les animaux si le fourrage est contaminé à plus de 50 %. Que faire pour éviter le développement de ce vampire des champs et comment la gérer lorsqu’elle est présente ?
BIOLOGIE DE LA CUSCUTE
Description
La cuscute est une herbe parasite lianescente, sans chlorophylle, qui s’enroule autour des tiges de sa plante hôte et se fixe régulièrement par des rangées de petits suçoirs. La tige est grêle, filiforme, de teinte jaunâtre à orangée. Les feuilles sont réduites à de petites écailles à l’extrémité des tiges. Les fleurs sont assemblées en groupes compacts, petites et blanchâtres. Le fruit est brun clair. Le développement rapide de la cuscute peut conduire à l’épuisement des plantes hôtes dont elle prélève la sève directement dans les vaisseaux conducteurs, grâce aux suçoirs qui pénètrent dans les tiges. La pénétration des suçoirs favorise aussi la transmission d’agents pathogènes et l’installation de maladies sur certaines plantes.
Multiplication et parasitisme
La cuscute se multiplie principalement par ses graines produites à la fin de l’été, mais des fragments de tige pourvus de suçoirs peuvent être disséminés par les outils. Les graines sont très petites (1 mm) et produites en très grand nombre (2 000 à 3 000 graines par tige), elles peuvent rester viables dans le sol pendant au moins 10 ans et germent jusqu’à une profondeur de 1,5 cm. La plantule doit se fixer à une plante hôte dans les 5 jours qui suivent sa germination, l’extrémité de la jeune tige s’allonge et, par des mouvements circulaires, cherche à atteindre une tige de plante hôte, elle l’entoure de 2 ou 3 spires et envoie plusieurs suçoirs dans les tissus conducteurs tandis que la partie inférieure de la plantule se dessèche. L’extrémité de la tige s’allonge alors jusqu’à entrer en contact avec une autre tige hôte autour de laquelle elle s’enroule. Sur cette portion de tige libre se développent des rameaux latéraux, eux aussi à la recherche de tiges hôtes. Un seul individu peut couvrir ainsi plusieurs mètres carrés.
Variétés et plantes hôtes
Il existe plus de 150 espèces de cuscutes que l’on retrouve dans toutes les régions tempérées à tropicales. En France la cuscute s’attaque principalement à la luzerne et au trèfle, mais on la retrouve sur d’autres dicotylédones cultivées comme la vesce, le sainfoin, le lin, la pomme de terre, la betterave, la carotte, l’aubergine, la tomate et la vigne ; ou sauvages, comme le lierre ou l’ortie et l’ambroisie. Elle parasite aussi certains arbres comme l’acacia ou l’olivier.
La cuscute figure sur la liste des organismes nuisibles aux végétaux (arrêté du 31 juillet 2000), sa lutte n’est pas obligatoire sur tout le territoire et de façon permanente, mais elle peut être rendue obligatoire par arrêté préfectoral.
MOYENS DE LUTTE CONTRE LA CUSCUTE
Pour prévenir le problème
Les graines de cuscute sont très petites et velues, elles s’accrochent aux tiges, aux feuilles, aux semences, aux outils, aux vêtements, aux animaux (y compris les animaux sauvages), aux oiseaux, etc, ce qui rend leur dissémination redoutable. La semence certifiée, le suivi rigoureux des parcelles portegraines et le développement du tri magnétique ont permis de contenir son expansion ces dernières décennies.
Semence certifiée
La principale recommandation est d’utiliser de la semence certifiée ; elle doit être indemne de cuscute (Arrêté du 2 décembre 2013 portant homologation du règlement technique annexe des semences certifiées de plantes fourragères).
Semence fermière
Attention à ne pas échanger de la semence fermière pour la luzerne ou le trèfle. Sinon privilégier sa propre semence, récoltée avec sa propre moissonneuse si on est sûr que le champ est indemne de cuscute. Observer régulièrement ses parcelles, de petits ronds de cuscute peuvent ne pas être très visibles.
Propreté des machines
Redoubler d’attention quand on utilise des outils de récolte de fourrage en commun, en CUMA ou si la récolte est faite en prestation. Tous ces outils peuvent transporter des graines ou des morceaux de tiges de cuscute. Veiller à la propreté des machines.
Pour gérer au mieux la cuscute présente
▶ Repérer et détruire tôt les zones envahies par brûlage thermique avant fructification de la cuscute. Élargir la destruction sur une zone tampon de 1 mètre minimum autour de la zone contaminée pour s’assurer de la destruction de tous les filaments (si besoin d’autorisation pour un brûlage thermique, se renseigner auprès de la mairie ou de la DDT).
▶ Ne pas récolter ni faire pâturer les zones contaminées pour ne pas disperser les graines sur toute l’exploitation et en dehors (par les outils, le fumier, les animaux, etc.)
▶ Les faux semis permettent de réduire le stock de graines dans le sol. La cuscute germe facilement, le travail du sol permet donc de faire sortir la cuscute qui pourra être détruite par la suite. Il faut être vigilent à ne pas laisser la cuscute monter en graine
▶ Enfouir les graines par un labour plus profond que le labour habituel aux endroits contaminés, pour ne pas les remonter lors d’un prochain labour. Les graines ont une durée de vie dans le sol de plus de 10 ans, la recommandation est donc d’éviter de réimplanter de la luzerne, du trèfle, de la vesce ou autres plantes hôtes sensibles pendant au moins 10 ans. Attention, elle peut se maintenir dans une parcelle en parasitant des plantes sauvages.
▶ La cuscute peut également être présente aux abords des champs, des chemins et des routes, il faut la détruire aussi sur ces zones pour éviter la dispersion des graines.
La présence de cuscute repérée dans les zones d’élevage du Gard, de la Lozère, du Lot, incite à une vigilance accrue des agriculteurs bio pour limiter la prolifération de cette indésirable qui parasite les cultures de légumineuses, pourtant essentielles dans les rotations bio.
LE TRI MAGNÉTIQUE DES SEMENCES : GARANTIR UNE SEMENCE INDEMNE DE CUSCUTE
Les graines de cuscute sont très petites et très difficiles à trier, les semenciers utilisent des trieurs magnétiques. Ce procédé est assez onéreux mais très fiable pour garantir une semence certifiée indemne de cuscute.
La semence à trier est mélangée avec de la limaille de fer fine qui s’accroche aux graines velues de la cuscute et forme un enrobage. Les graines de luzerne ou de trèfle étant lisses, la limaille ne s’y accroche pas. La semence passe ensuite au contact d’un électro-aimant qui extrait les graines de cuscute enrobées de limaille de fer et laisse passer les graines lisses de luzerne ou de trèfle.
Par Fabien Bouchet-Lannat, chargé de mission développement et innovation, Chambre d’agriculture du Lot
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