Proposer toute l’année de la pomme de terre Bio

Répondre aux besoins de la profession – Essais techniques et pratiques innovantes

Les maraîchers biologiques doivent posséder de nombreuses compétences pour gérer la complexité de leur ferme. Afin d’orienter au mieux leurs actions d’accompagnement, les animateurs et techniciens de la FRAB et des Chambres d’Agriculture d’Occitanie ont travaillé à la création d’une typologie des fermes maraîchères, dont les résultats constituent une partie dans ce dossier. Parmi les demandes qu’ont exprimées les maraîchers, certaines sont déjà en cours d’études dont voici quelques réponses : essai de la gestion d’une culture de laitue sous abris en non travail du sol, l’intégration de couverts végétaux en association dans des légumes ou encore l’allongement des périodes de production pour présenter une gamme de légumes conséquente sur l’année.

La pomme de terre est un aliment de base très demandé toute l’année. Traditionnellement cultivée dans notre région sur le créneau précoce et de saison, elle est souvent importée d’autres régions pour la consommation d’arrière-saison. La mise en place de productions tardives, si les conditions pédoclimatiques sont favorables, permettent d’approvisionner le créneau de janvier à avril. Comment s’y prendre pour proposer de la pomme de terre toute l’année ? Le calendrier de production ci-dessous permet de proposer de la pomme de terre tous les mois de l’année. Cependant, la conduite culturale diffère selon le créneau que l’on souhaite occuper.

▶ PRÉFÉRENCES CULTURALES

La culture de pomme de terre est préférable sur un sol sableux légèrement acide, sans cailloux. Cependant, si les variétés utilisées en primeur apprécient davantage les sols légers, la pomme de terre de conservation supporte des sols plus argileux à condition de faire des plantations dans des sols déjà réchauffés (pour diminuer les risques de rhizoctone). On évitera les précédents augmentant le risque de présence des taupins comme les friches et les prairies. Pour limiter les problèmes phytosanitaires, on privilégiera une rotation d’au moins cinq années et on évitera d’intercaler entre deux cultures de pomme de terre, des légumes de même famille (solanacées). En grandes cultures, la pomme de terre peut se positionner entre deux céréales.

▶ IRRIGATION

L’irrigation se pratique par aspersion, à raison de 400 mm répartie sur la durée de culture. La première irrigation se fait en fin de levée et doit cesser 20 jours avant récolte. On cesse donc mi-avril pour la pomme de terre primeur, vers la mi-juillet pour celle de saison et enfin début octobre pour la tardive, voire plus tôt suivant les conditions météorologiques.

▶ CHOIX VARIÉTAL

Depuis le 1er janvier 2020, le règlement bio impose l’utilisation de semences biologiques, les dérogations pour semences non traitées ne sont donc plus possibles. Les différentes variétés existantes et disponibles en bio permettent de répartir la production sur l’année. Celles utilisées en primeur sont par exemple Ostara, Emeraude, Rubis, Amandine, Sirtema. En saison on pourra employer Charlotte, Allians, Mona Lisa, Ditta, et les plus tardives Nicola, Désirée, Eden. Mais pour la pomme de terre de conservation plantée tardivement, la variété de référence est Agria. Pour la saison tardive, il est nécessaire de prévoir avec son fournisseur des plants qui ont été récoltés le plus tard possible. Ils doivent être gardés à 8°C puis mis progressivement à température pour lever la dormance.
Il est également possible de replanter des tubercules récoltés sur ses propres parcelles précoces pour les variétés du domaine public (semence fermière). Attention toutefois aux problèmes sanitaires notamment aux viroses.
Un stockage au froid sera nécessaire pour lever la dominance apicale et obtenir un nombre suffisant de germes.

▶ PRÉ-GERMINATION

Les pommes de terres seront pré-germées en caissette à la lumière avant plantation. En primeur, la technique de pré-germination est incontournable pour obtenir des germes courts, trapus et vigoureux pour un démarrage rapide de la culture. Les plants doivent être étalés sur des clayettes dans un local aéré, à l’abri du gel et avec une bonne lumière avec une température de 12-15 °C. Pour des plantations plus tardives, le stade « point blanc » est préconisé pour la plantation. Les plants sont sortis du frigo plusieurs jours avant de sorte que le plant soit à une température de 12 °C (éviter la plantation < 10°C et humide).

▶ PLANTATION

La plantation pour une production de saison se fait traditionnellement entre mars et mai. Pour la production précoce, elle doit être avancée à février/mars au plus tard, et il faudra prévoir une protection (P17 ou abri froid). Pour une récolte tardive, la plantation doit avoir lieu fin juillet-début août. Elle n’est donc possible que dans les zones à climat doux (plaines et zones méditerranéennes). Ce calendrier permet de réaliser une solarisation courte mise en place à partir du 10 juin (cf. encart).
Le coût de la solarisation sera compensé par la réduction très nette des adventices dans la culture, la disponibilité en éléments fertilisants et l’amélioration de la reprise de la culture par l’humidité du sol après solarisation.

▶ DENSITÉ

La densité de plantation dépend du calibre choisi ainsi que du nombre de germes obtenus par plant. De manière générale, le calibre utilisé est de 35-45 mm et des distanciations de 25 cm sur le rang avec un inter-rang de 75 cm. Plus le calibre de la pomme de terre est petit, plus les tubercules seront gros à la récolte mais en moins grande quantité. Cependant on gagne en précocité mais également en sensibilité aux conditions climatiques. On plantera les tubercules à une profondeur de 4-5 cm, légèrement moins pour les pommes de terre primeurs. Environ 200 kg de semences sont nécessaires pour planter 1000 m².

▶ PRÉPARATION DU SOL

En pré-levée de la pomme de terre, un passage de herse étrille peut être réalisé. Le buttage se fait lorsque les tiges commencent juste à sortir sur un sol bien ressuyé, a une fréquence de 2-3 passages. Le buttage permet de lutter contre les adventices et il est d’autant plus efficace que les adventices sont jeunes. Il peut être accompagné de hersages), afin de maîtriser l’enherbement sur la butte avant la fermeture des rangs de pommes de terre.

▶ FERTILISATION

De manière générale, les besoins de la pomme de terre en azote, phosphore et potassium sont respectivement de 120-160 kg/ha, 50- 100 kg/ha et 180-300 kg/ha. L’analyse de sol est indispensable pour ajuster au mieux les besoins pour la culture et de limiter les dommages au sol. Le test nitrate permet de limiter la fertilisation azotée pour les cultures tardives (fin juillet), surtout en cas de solarisation. Dans le cas où un complément azoté serait apporté, il est nécessaire de proscrire tout apport après le stade tubérisation. L’apport de Patenkali permet de combler les besoins en phosphate à hauteur de 0,5t/ha. L’apport de tourteau de ricin (5-3-1.5) à hauteur de 2t/ha permet de couvrir l’ensemble des besoins en azote et phosphore de la culture. En plus de cela, il aurait un effet sur les éclosions des taupins et ralentirait le développement larvaire. La mise en place d’un engrais vert en précédent (mélange seigle-vesce) peut aussi être profitable.

▶ RÉCOLTE

La récolte de saison a lieu habituellement de juin à septembre. L’appellation « pomme de terre primeur » s’applique aux tubercules récoltés avant le 15 août. La récolte du créneau tardif est réalisée d’octobre à novembre. Il est préconisé de ne pas arracher lorsque les températures sont élevées et de ne pas exposer les tubercules longtemps au soleil, notamment pour les cultures de saison récoltées en période estivale. S’il s’agit de pommes de terre de conservation, il est nécessaire de prévoir un temps de séchage. La conservation est optimale en frigo à une température située entre 5 à 8°C, avec une bonne ventilation. L’amidon se transforme partiellement en sucre en dessous de 6°C, phénomène irréversible en dessous de 4°C donnant un goût déprécié à la pomme de terre. Le rendement moyen de la pomme de terre en bio est de 20-25 t/ha.

LA TECHNIQUE DE LA SOLARISATION

La solarisation est une technique visant à couvrir durant 60 jours un sol d’une bâche de manière à détruire adventices et maladies causées par les pathogènes comme Sclérotinia, Rhizoctonia, Corky Root… grâce à la chaleur (40°C à 25 cm). L’augmentation de la quantité d’éléments en solution dans le sol permet une augmentation des rendements. Toutefois cette technique est à réserver aux sols problématiques ou devant accueillir une culture difficile à désherber car elle induit une perturbation de la faune du sol. La mise en place s’étale du 10 juin au 12 juillet en plein champ et du 10 juin au 31 juillet sous abri et doit être suivie de 3 jours ensoleillés pour éviter la levée sous paillage.

COMMENT PROCÉDER ?
01. Préparation du sol comme pour une mise en culture.
02. Arrosage abondant (l’eau transmet la chaleur au sol).
03. Pose du paillage avec film spécial solarisation.
04. Débâchage avant la culture suivante.

BIBLIOGRAPHIE
▪ Série légumes d’hiver : les pommes de terre de conservation (4/4), 2013, Sud & Bio, A. Arrufat (CIVAM Bio 66), E. Bernard (CIVAM Bio 34), J. Perrin (CIVAM Bio 30) https://www.sud-et-bio.com/sites/default/files/Fiche_Cultures_Pomme%2
▪ Fiche technico-économique Pommes de terre bio en plein champ en Occitanie Ouest en cultures légumières, Janvier 2019, L. Espagnacq (Chambre d’agriculture de Haute-Garonne), C. Lacz (Chambre d’agriculture du Tarn), T. Massias (Chambre d’agriculture des Hautes-Pyrénnées) https://occitanie.chambre-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/National/FAL_commun/publications/Occitanie/Productions_techniques/fiche-pommede-terre-ca31-2019.pdf
▪ Effets de 2 techniques de désherbage (Solarisation et désherbage à la vapeur) sur la biodiversité des sols en contexte de maraichage en Agriculture Biologique, Août 2018, Y. CAPOWIEZ (INRA Avignon), D. Da Costa (Erables 31) http://www.erables31.org/forum/viewtopic.php?f=62&t=362
▪ La solarisation, Juin 2010, A. ARRUFAT (CIVAM Bio 66) https://www.sud-et-bio.com/sites/default/files/Fiche_Technique_Solarisation_2010.pdf

Par Élodie Bernard et Andréa Dehullessen, animatrices au CIVAMBIO34 (BIO OCCITANIE)

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