Les opérateurs de la filière bovine bio d’Occitanie se sont retrouvés le 7 avril 2022 dernier à Albi pour une matinée d’échanges consacrée aux problématiques de marchés, de contractualisation et pour présenter leur point de vue sur le contexte actuel de la filière. La nouveauté de la loi EGalim2, les questions de commercialisation des viandes bio et de répercussion des coûts de production de l’amont à l’aval ont animé les débats.
EGALIM2, UN CADRE RÈGLEMENTAIRE POUR REDONNER LA MAIN AUX PRODUCTEURS ?
M. CAZOTTES, directeur adjoint de la DRAAF Occitanie, a rappelé les principes de la loi EGalim2, entrée en vigueur au 1er janvier 2022 pour la filière bovine. Cette dernière vise à encadrer les relations commerciales entre les différents opérateurs de la filière, avec pour objectif d’infléchir le rapport de force en faveur des producteurs, à travers plusieurs modalités :
=> A l’amont, le cadre règlementaire impose l’établissement d’un contrat entre l’éleveur et son premier acheteur. Celui-ci est établis à l’initiative de l’éleveur qui choisit d’y faire figurer des indicateurs de formation du prix (coûts de production, prix de marché, qualité, origine, etc.), ainsi que des clauses de révision en cas d’évolution des indicateurs.
=> A l’aval, la loi implique une sacralisation du coût des matières premières dans les négociations.
Afin d’accompagner les producteurs dans la mise en application de ces exigences, les représentants d’Interbev Occitanie ont présenté les modèles de contrats élaborés par l’interprofession bovine nationale, et disponibles sur leur site internet : bit.ly/3Qt9EZJ. Concernant les indicateurs pour la filière biologique, un travail a été mené au niveau national pour définir des prix de revient des animaux bio (consultables sur le site de l’Institut de l’Elevage : bit.ly/3bFsRsu), et la parution de cotations Gros Bovins bio est attendue dans le courant de l’année 2022.
Interbev Occitanie a également présenté l’exemple de la filière Label Rouge, pour laquelle des modalités de contractualisation ont déjà été mises en place. Cette dernière exige en effet l’établissement d’un contrat annuel entre producteur et acheteur, incluant un engagement sur des volumes et l’établissement d’indicateurs pour la fixation du prix.
EVOLUTION DES REVENUS DES ÉLEVEURS BIO ALLAITANTS : QUELS LEVIERS TECHNICO-ÉCONOMIQUES POUR GAGNER EN PERFORMANCE ?
Christèle PINEAU a présenté l’analyse réalisée par l’IDELE et INOSYS sur l’établissement de références économiques en élevage bovin biologique, basé sur les données de 169 exploitations situées dans le Massif Central et en Lozère.
L’étude démontre que sur la période de référence étudiée, les éleveurs bio dégagent un revenu légèrement supérieur aux éleveurs conventionnels, grâce notamment à la mise en place de systèmes d’élevage plus autonomes et donc une meilleure maîtrise de leurs charges de production. 3 leviers se dégagent pour améliorer la rentabilité de l’atelier d’élevage sur les exploitations :
1. Rendre les charges plus efficaces : à travers la maîtrise des coûts et le développement de systèmes plus autonomes
2. Maîtriser la productivité du travail : productivité par animal d’abord et par unité de main d’oeuvre
3. Améliorer le produit de l’atelier : en diversifiant sa production et en allant sur des produits à forte valeur ajoutée.
Attention, concernant la vente directe l’étude confirme qu’elle peut être un levier intéressant à condition de bien maîtriser ses prix de vente en fonction de ses charges de transformation.


CE QU’EN PENSENT LES OPÉRATEURS DE LA FILIÈRE :
Une table ronde est venue clôturer la matinée, permettant de débattre du contexte de la filière bovine biologique avec différents opérateurs reconnus pour leur implication sur cette filière :
=> Thierry Saint-Saens, directeur de la coopérative SICABA (Auvergne-Rhône-Alpes) comme intervenant extra-régional :
M. Saint-Saens précise que sa structure, qui commercialise 90% d’animaux sous signes de qualité dont une majorité de Bio, a déjà mis en place des réunions trimestrielles pour débattre de la formation des prix en fonction du contexte offre-demande. Il pointe également plusieurs difficultés rencontrées dans l’application du cadre EGalim2, notamment liées à l’impossibilité de répercuter les hausses de prix demandées par l’amont sur des débouchés comme la restauration collective. Il évoque également les contraintes de respect de l’équilibre matière très présentes sur cette filière, ainsi que les variations rapides de prix sur les produits carnés, notamment liées à une demande très dépendante des conditions météo (demande plus axée sur des pièces à griller lorsqu’il fait beau, etc.).
=>Rémi Fenouillet, responsable du Secteur Sud-Ouest pour UNEBIO, entreprise de mise en marché des viandes biologiques de rayonnement national :
Chez UNEBIO, qui fédère 2800 producteurs au niveau national, les éleveurs contractualisent sur une grille de prix validée par le réseau. Un budget a également été mis en place pour mutualiser les risques sur la filière, ce qui a permis de rémunérer des éleveurs au prix Bio alors que leurs animaux devaient être déclassés dans la filière conventionnelle.
=>Charlotte Vernet, en charge du suivi des éleveurs Bio au service technique de la Coopérative CELIA basée en Aveyron :
La coopérative compte 145 éleveurs de bovins bio, dont 70 éleveurs qui livrent des volumes conséquents (les autres étant prioritairement tournés vers la vente directe), sur des races locales Aubrac et Salers. Une commission Bio a été mise en place au sein de la coop pour que les adhérents puissent échanger sur les problématiques marchés avec la filiale Languedoc Lozère Viandes. Un système de grille de prix basée sur le type racial, la conformation et l’engraissement, et actualisée tous les mois en fonction des coûts de production et du prix de marché a été mis en place. Cette grille s’inspire du modèle mis en place sur la Filière Label Rouge, avec un objectif de rémunération supérieure des éleveurs Bio.
=>Jessie Bonaldo, chargée de structuration filière amont et aval pour l’entreprise GERSBOEUF :
L’entreprise met en marché les animaux de 33 éleveurs de bovins, porcs et agneaux, situés essentiellement sur le département du Gers, et à 95% en Bio. Historiquement, l’élaboration d’une grille de prix était réalisée avec l’appui de la Chambre d’agriculture du Gers. Depuis 2021, la contractualisation a été mise en place au sein de la structure, sur un modèle de contrat triennal avec des engagements demandés sur des volumes, et une proposition de tunnel de prix qui évolue en fonction du contexte.
=> Thomas Ramade, gérant de la boucherie bio PIC BOEUF dans les Hautes Pyrénées :
M. Ramade alerte sur la faible acceptabilité d’une augmentation des tarifs de la viande bio par les consommateurs. La demande est aujourd’hui très orientée sur le steak haché, un vrai travail reste à mener sur la sensibilisation des consommateurs au vrai prix des produits en bio.
=>Benoit Hournon, gérant de deux magasins BIOCOOP sur la commune de Toulouse, et élu de la commission Produits Frais du réseau BIOCOOP national :
Les magasins BIOCOOP ont la volonté de promouvoir les démarches d’engagement équitable telles que la certification Bio Equitable en France, ces dernières impliquant une contractualisation qui rejoint les exigences d’EGalim2. Cependant, après des années de marché bio en recherche de production, M. Hournon avertit que la dynamique est aujourd’hui en train de s’inverser.
QUELS BESOINS DE LA FILIÈRE AUJOURD’HUI ?
Les producteurs présents lors de cette rencontre ont souligné la difficulté qu’ils avaient de proposer des modèles de contrats à leur premier acheteur, notamment en l’absence de références technico-économiques précises pour leurs exploitations, et de visibilité sur les sorties de leurs animaux.
Il apparaît donc nécessaire d’aider le monde agricole à s’emparer des références technico-économiques existantes, de l’accompagner pour mieux planifier la production des élevages et pour aller vers des systèmes toujours plus autonomes.
Concernant les relations commerciales à l’aval de la filière, celles-ci sont aujourd’hui contraintes par une demande du marché bio stable voire en légère régression depuis 2021. Il est donc plus que jamais nécessaire de relancer la demande en rappelant les atouts de la production biologique auprès des consommateurs.
La campagne de communication nationale portée par l’Agence Bio lancée au printemps 2022, « Ayons le Bio Réflexe », poursuit cet objectif. Tous les supports de présentation de la journée sont disponibles en ligne sur le site d’Interbio Occitanie : interbio-occitanie.com
Par Marianne Sanlaville, La Coopération Agricole Occitanie et Anne Glandières, Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie
Crédit Photo : Interbio Occitanie et Shutterstock