Rencontres Proléobio Sud-Ouest 2022
C’est au coeur du principal département de grandes cultures bio du sud-ouest que se sont déroulées le 21 mars à Auch les traditionnelles rencontres Proléobio. Organisées par Terres Inovia en partenariat avec les Chambres d’agriculture et l’ITAB, ces journées sont l’occasion d’échanger ensemble sur les actions en cours et la conjoncture des filières oléagineux et protéagineux bio. La matinée en salle a permis d’aborder des questions économiques, de filières et plusieurs actions techniques. L’après-midi s’est poursuivie sur le terrain dans une parcelle de colza bio semé en association.


Charlotte CANALE de Terres Univia a ouvert la journée par un panorama des surfaces en oléagineux et protéagineux bio, positionnant ainsi le sud-ouest comme principale zone de production nationale : 69% du soja bio, 46% du tournesol, 56% du pois chiche et 32% des lentilles bio. Sans surprise, le soja reste la première culture de l’assolement bio régional à plus de 21% en 2020, suivi par le tournesol et le blé tendre à 15% chacun. La progression des surfaces pour ces cultures a été continue depuis 5 ans (cf graphique) comme pour les légumes secs (lentille, pois chiche), tandis que les protéagineux (féverole et pois) marquent le pas.
DES SURFACES D’OLÉAGINEUX QUI POURSUIVENT LEURS PROGRESSIONS
Le maillage territorial du sud-ouest en unités de trituration et huileries permet une valorisation en alimentation animale et humaine. L’adéquation offre/demande est assez cohérente et vise à être maintenue pour ces filières, qui sont toutefois dépendantes de l’import pour les graines de colza mais aussi de tournesol. L’impact de la guerre Russie-Ukraine va se ressentir sur les marchés physiques et sur les prix par une augmentation des coûts de production en alimentation animale.
Anne GLANDIERES de la Chambre d’agriculture Occitanie a présenté les principales évolutions réglementaires depuis le 1er janvier 2022, mettant l’accent sur l’intégration de légumineuses obligatoire dans les rotations des cultures, et l’importance de tenir à jour les enregistrements du cahier de culture.
Depuis le 01/01/2022, le tournesol et le soja sont passés en espèces hors dérogation pour l’achat de semences. Cela ne va pas sans poser des problèmes aux agriculteurs car il manque des volumes de semence certifiée bio en soja mais aussi en tournesol linoléique. Les dérogations sont à demander sur le site semences-biologiques.org avant tout semis.
Jean ARINO et Laura DUPUY des chambres d’agriculture du Gers et de Dordogne ont présenté leurs analyses de données technico-économiques en fermes conduites depuis plusieurs années. Avec 2 exemples pertinents, ils rappellent que la rotation est la clef de voûte des systèmes de grandes cultures bio et que les marges se réfléchissent à cette échelle et non à l’année. En effet, dans le cas d’une rotation de 4 cultures sur 7 ans, la marge brute moyenne est e 373€ ha/an, alors que dans le cas d’une rotation de 8 cultures sur 10 ans, la marge brute moyenne est de 620€/ha/an.
ÉVOLUTION DES MARGES BRUTES DE SOJA IRRIGUÉ ET TOURNESOL

Les résultats de marges brutes des principales cultures d’oléo-protéagineux et légumineuses sont présentés avec des moyennes pluriannuelles. Ainsi dans le sud-ouest le rendement moyen du tournesol est de 15 qtx/ha et de 27 qtx/ha pour le soja irrigué. Les intentions de semis 2022 pour ces cultures sont à la hausse.
Le pois chiche avec 10 qtx/ha de moyenne et la lentille avec 8 qtx/ha sont des productions importantes pour rallonger la rotation. Le lin présente un rendement plus stable à 9 qtx/ha. La marge brute de ces 3 cultures est généralement le reflet de l’année climatique.
Philippe MOUQUOT de la Chambre d’agriculture de Gironde détaille ensuite la création d’une filière Chanvre bio en Nouvelle Aquitaine. Soutenu par la Région jusqu’en 2023, le projet fédère tous les acteurs autour d’une charte régionale d’engagement. 6 départements sont engagés, avec
l’idée d’autonomie territoriale pour les matériaux d’isolation, etc. Le constat est dressé de l’absence d’intérêt de développer la production sans maîtriser la transformation, l’essentiel de la valeur ajoutée se portant sur l’aval. La démonstration est assurée par l’exemple des Chanvriers mellois, où les agriculteurs gèrent un outil commun pour valoriser leur production. L’exploration de tous les marchés possibles (laine de chanvre pour isolant, chanvre bien-être, huile, chènevotte, tofu, etc) pour valoriser l’ensemble de la plante est en cours avec de nombreux appuis de fondations et de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne. Avec un semis début mai, le chanvre est une plante intéressante pour gérer les débordements d’ambroisie dans certaines parcelles colonisées.
Arnaud MICHENEAU de Terres INOVIA a présenté les résultats des essais variétés soja Bio des groupes I et II conduits en Occitanie, en mettant l’accent sur les 2 critères principaux que sont la sensibilité au sclérotinia et la sensibilité à la verse. De même les essais variétés Tournesol bio ont orienté le choix de variétés sélectionnées par rapport aux maladies (verticillium) qui est plus déterminant que le rendement. Les résultats sont disponibles sur myvar.fr
Cécile BURTIN du CREABIO a mis en évidence l’intérêt des couverts pour la levée du soja en coteau sec. La luzerne permet d’assurer une meilleure production de gousses par plante. Différents couverts sont en cours de test dans le cadre d’un projet national visant à mieux comprendre la disponibilité de phosphore dans le sol.
Les rencontres annuelles PROLEOBIO sont aussi l’occasion de faire le point sur l’avancée de projets de R&D en cours impliquant des acteurs régionaux. Ainsi Jean-Baptiste FEVRIER d’Agro-Transfert Picardie et Enguerrand BUREL de l’ITAB-CREABIO ont détaillé des premiers résultats du projet CAPABLE focalisé sur la gestion du chardon et du rumex en grandes cultures sans herbicide. Le terme du projet étant prévu pour juin 2022, nous détaillerons les résultats dans un prochain article.
Par Anne GLANDIERES de la Chambre de l’Agriculture Occitanie
Crédit photo : Shutterstock et Interbio Occitanie