Comment améliorer la gestion des risques en verger BIO

Le maintien d’un équilibre dans un verger bio, entre la pression exercée par les nuisibles et les maladies, et la qualité des produits, est l’équation à laquelle les arboriculteurs sont confrontés. Des recherches sont menées pour aider les arboriculteurs à anticiper et mettre en place des techniques limitant les risques, pour maintenir un agrosystème performant. Deux thèmes à forts enjeux sont particulièrement étudiés et à ne pas sous-estimer dans la réflexion d’une reconversion ou d’une installation en arboriculture fruitière : la gestion du rang de plantation et la réduction et/ou la recherche d’alternatives au cuivre, dans un contexte d’évolution réglementaire de son usage.

Quelles alternatives  au cuivre ?

Le cuivre est la matière active symbolique de l’agriculture biologique depuis ses débuts. Ses propriétés sont connues depuis plus de 100 ans. La bouillie bordelaise, à base de sulfate de cuivre et de chaux, est toujours utilisée contre le Mildiou de la vigne et d’autres maladies. L’évolution réglementaire européenne remet pourtant en cause, à plus ou moins court terme, son utilisation. Le cahier des charges de l’AB offre de nombreuses alternatives. Mais peuvent-elles réellement le remplacer ?

Depuis le 1er janvier 2006, le cahier des charges en Agriculture Biologique autorise une quantité totale de cuivre métal maximale de 6 kg par hectare et par an, moyenne lissée sur 5 ans. Quelle que soit la formulation, la matière active est l’ion cuivreux Cu++ libéré dans l’eau. Le mode d’action est multi-sites: inhibition de la germination des spores, blocage des processus respiratoires, diminution de l’activité membranaire. Le cuivre possède une activité fongicide et, tout aussi indispensable, une activité antimicrobienne inégalée sur un grand nombre de bactéries. C’est un préventif pur, les traitements sont à réaliser avant contamination, que ce soit pour les maladies cryptogamiques ou bactériennes. Il n’a aucune action curative une fois que la maladie a pénétré dans la plante. C’est un contact : renouvellement en fonction du lessivage et de la croissance de la plante. Le cuivre étant un minéral, tant qu’il n’est pas lessivé, il n’est pas détruit par la lumière, ni volatilisé par des températures élevées.

ll y a 4 formes chimiques de cuivre utilisables dans le cahier des charges européen AB : Sulfate de cuivre (Bouillie Bordelaise) et sulfate de cuivre tribasique, Hydroxyde de cuivre, Oxychlorure de cuivre et Oxyde de cuivre.

La Bouillie Bordelaise est la plus ancienne. C’est la plus connue des quatre. Elle contient de la chaux éteinte qui est un inconvénient pour les feuilles des arbres fruitiers, mais pas sur la vigne. C’est la forme qui va libérer le plus lentement les ions cuivreux.

 

L’Oxychlorure de cuivre est utilisé pour les traitements d’hiver. Cette forme de cuivre est adaptée pour limiter les chancres. Il est efficace en prévention hivernale mais peut brûler les feuillages si on l’utilise en été, même s’il est moins phytotoxique que la bouillie bordelaise sur arbres fruitiers.

 

L’Hydroxyde de cuivre est la forme de cuivre la mieux supportée par les feuillages, c’est aussi une forme à libération rapide de cuivre métal. L’hydroxyde est supporté par les jeunes feuilles des Abricotiers et Pêchers jusqu’à courant avril, on peut même aller jusqu’à fin avril en appliquant un demi-dosage (s’il ne fait pas trop chaud). Alors que la Bouille Bordelaise, à pleine dose, avec lait de chaux brûlerait ces espèces sensibles. L’hydroxyde a même la propriété de se re-diluer un peu à chaque pluie ce qui prolonge son efficacité. Du fait de l’absence de chaux, l’hydroxyde ne laisse pas de trace en séchant (noter que la couleur laissée par la Bouillie Bordelaise sur les fruits, légumes et fleurs est essentiellement dûe au colorant bleu ajouté par le fabricant à la chaux éteinte et non pas au cuivre lui-même. Il existe des formes incolores).

L’oxyde cuivreux est gris. Il a à peu près les mêmes propriétés que l’hydroxyde, mais les risques de phytotoxicité en saison en arboriculture sont importants.

POINT SUR – L’évolution réglementaire du cuivre

Les produits à base de cuivre ont connu de très grands progrès. Grâce à de meilleures formulations et tout en conservant la même efficacité, ces produits sont homologués à des doses de plus en plus réduites (voir tableau 1). Pourtant, dans le cadre de la réévaluation des matières actives, ils pourraient pourtant disparaitre, ce qui aurait de très graves conséquences pour les plantes pérennes en agriculture biologique. Il y a plusieurs raisons à cela. Le cuivre est un métal lourd qui s’accumule dans le sol. Il n’est pas biodégradable. Or toutes les substances actives qui seront réhomologuées en Europe doivent être 100 % biodégradables. En s’accumulant, le cuivre peut devenir toxique pour la micro et la macrofaune et flore du sol (vers de terre, champignons et bactéries). Il est toxique en milieu aquatique et il est classé substance indésirable à la consommation humaine et dans les eaux souterraines. De plus, il existe un risque utilisateur lié aux pénétrations cutanées lors de l’utilisation de cuivre très dilué (cas de la majorité des applications en bio). Enfin une étude est en cours sur la toxicité vis à vis des oiseaux.

Pour toutes ces raisons, le cuivre a été classé par l’EFSA dans la liste des substances actives soumises à substitution. Ce qui signifie que, dès que des solutions couvriront les usages actuels, il sera supprimé de la liste positive des matières actives utilisables en Europe.

En cours depuis 2015, le processus de réévaluation a été confié aux experts de deux agences sanitaires européennes, l’Anses pour la France et l’UBA en Allemagne. Il a finalement donné lieu à une synthèse, publiée le 16 janvier 2018. L’approbation des composés à base de cuivre ayant expiré le 31 janvier 2018, la Commission a prolongé son usage d’un an, en raison du retard pris par l’expertise européenne. Une proposition a été remise aux Etats- membres en juin 2018. Le vote pour le renouvellement du cuivre, initialement prévu le 23 et 24 octobre 2018, a été reporté à une date ultérieure. La proposition de la commission européenne d’avoir une limite de 28 kg/ha sur 7 ans, avec lissage (possibilité de dépasser le seuil de 4 kg/ha/an) a été jugée trop laxiste par plusieurs états membres qui forment une minorité de blocage. La commission est amenée à revoir sa copie pour un vote en décembre. Elle pourrait proposer de ré-homologuer le cuivre pour une durée maximale de 5 ans à la dose de 4 kg/ha/an non lissé, comme c’était prévu initialement en juin.

Les alternatives d’origine végétale ou animale

Cette limitation à 4 kg/ha/an est déjà celle qui est en cours en France pour la ré-homologation des produits commerciaux à base de cuivre. Face à cette évolution, réglementaire, quelles sont les solutions offertes par le cahier des charges ? Toutes les substances utilisables en agriculture biologique pour la protection des plantes sont listées dans l’annexe II du règlement européen (CE) n°889/2008.

Ce règlement comprend trois listes: substances d’origine animale ou végétale, micro-organismes ou substances produites par des micro organismes et substances autres que celles mentionnées au point 1 et 2 où on retrouve une majorité de substances d’origine minérale. Toutes ces substances n’ont pas une activité fongicide ou bactéricide. Dans la première liste trois catégories de matières actives sont des candidats à la substitution du cuivre. Il s’agit des substances de base, de la Laminarine et des huiles végétales. Intéressons-nous à la première catégorie, les substances de base. Grâce à une nouvelle procédure d’approbation européenne, certains produits non-phytopharmaceutiques peuvent être utilisés à des fins phytosanitaires. Ces « substances de base » figurent sur une liste positive reprenant leurs dosages et leurs applications spécifiques. L’ITAB est très actif dans ce processus et a déjà réussi à faire inscrire 15 substances de base au niveau européen. La plupart sont utilisables en AB ou en cours de demande d’inscription à l’annexe II du règlement (CE) n°889/2008 Les usages accordés couvrant ceux du cuivre, ces inscriptions pourraient conduire la commission européenne à considérer qu’il existe des solutions de substitution et à retirer définitivement son homologation au cuivre.

L’ITAB a conduit de nombreux projets CASDAR ou européens sur l’évaluation de ces substances. Les conclusions des différents essais qui ont été réalisés sur les substances de base d’origine végétale en arboriculture ou viticulture sont toutes concordantes. Pour chacun des végétaux étudiés on trouve in vitro des efficacités prouvées sur les différents pathogènes étudiés et qui sont reprises dans le tableau 2 ci dessous. Par contre, au champ, on ne retrouve pas forcément cette efficacité. En cas de pression, forte ou faible, il n’y a pas de différence significative entre les modalités traitées uniquement avec une substance de base et le témoin. Cela a conduit à expérimenter ces substances associées à des doses réduites de cuivre. Dans ce cas on trouve des efficacités de la dose réduite améliorées entre 0% et 20% grâce à l’ajout d’une des substances de base actuellement autorisées. De nouvelles substances de base d’origine végétales, riches en tanins, sont en cours de demande d’inscription. Ces décoctions d’écorces ou de pépins de raisins montrent un niveau d’efficacité, sur différentes maladies, supérieur à celles actuellement autorisées. […]

Tab.2 : Les substances de base d’origine végétales utilisables en arboriculture et en viticulture. Source : Fiches substances de base ITAB.

D’autres substances de base d’origine animale revendiquent aussi des usages fongicide et/ ou bactéricide. Il s’agit du chlorhydrate de chitosan et du petit lait.

Le petit lait est utilisé depuis très longtemps avec succès par les viticulteurs en biodynamie pour lutte contre l’oïdium. Des essais récents au Canada et en France montrent aussi l’intérêt du petit lait associé à des doses très réduites de cuivre pour lutter contre la tavelure.

La laminarine est un éliciteur, comme le chitosan, avec des effets de stimulation des défenses de la plante sur certaines maladies cryptogamiques et bactériennes.
Ces deux substances présentent une efficacité intermédiaire entre le témoin et la modalité cuivre sur des pressions faibles des maladies dans les témoins. Quand la pression est forte on ne retrouve pas de différence significative par rapport aux témoins non traités.

Les huiles végétales, et en particulier les huiles essentielles, sont des biocides beaucoup plus efficaces que les autres substances d’origine végétale ou animale. In vitro certaines huiles essentielles ont même des efficacités supérieures au cuivre à dose réduite (voir fig. 2).

Fig. 2 : Concentrations Inhibitrices à 50% (CI50 ) pour les 7 HE, le CuSO4 , le Soufre et le metconazole, comparativement sur les 2 souches de tavelure (sensible ou résistante aux IBS). Source : Projet Casdar ITAB.

Malheureusement ces efficacités ne se retrouvent pas, là non plus, dans les essais plein champ. À cela plusieurs raisons. Pour une même plante il existe plusieurs chemotypes différents, et donc plusieurs compositions possibles en terpènes. Or l’efficacité, sur une maladie donnée, dépend du terpène spécifique caractéristique de l’espèce végétale dont il est extrait. Ensuite ces terpènes sont extrêmement volatils. Cela nécessite un positionnement agronomique qui n’est pas compatible avec les protocoles des essais BPE utilisés pour l’expérimentation en plein champ des produits de protection des plantes. Il faut aussi mettre en émulsion ces huiles essentielles, et le choix des adjuvants est fondamental pour garantir une bonne pulvérisation. Enfin si l’efficacité sur les maladies n’a pu être retrouvée, des effets non intentionnels sur la faune auxiliaire ont été observés. Certains terpènes sont très toxiques sur hyménoptère. C’est en partie pour cette raison que l’inscription, comme substance de base, des huiles essentielles d’Origan et de Sarriette, qui possèdent une bonne efficacité tavelure in vitro, a été refusée par les experts de la commission européenne.

Pour toutes ces substances d’origine animale ou végétale, on ne peut pas parler de substitution.

Aucune ne présente le même niveau d’efficacité en plein champ que le cuivre, même lorsque celui-ci est employé à faible dose. Par contre, elles ont toutes un intérêt pour améliorer l’efficacité de ces doses réduites en cuivre.

Les alternatives issues des micro-organismes

Dans cette catégorie, on va retrouver une liste de champignons ou de bactéries du sol qui, naturellement, régulent les maladies cryptogamiques ou bactériennes dans le sol. En pulvérisation, ces micro-organismes apportent un niveau d’efficacité intéressant sur des pressions faibles. Ce niveau est par contre insuffisant dès que la pression est forte. Ils agissent par plusieurs procédés: compétition spatiale, alimentaire, effet SDP, biocide. Ils ont un spectre d’action sur maladies cryptogamiques et bactériennes proche de celui du cuivre, sans en avoir la même efficacité.

Étant des organismes vivants, ils ne sont pas compatibles avec l’utilisation du cuivre et ne permettent donc pas de baisser les doses de cuivre. Ils ont tout leur intérêt avant récolte, quand les délais d’utilisation ne permettent plus d’utiliser le cuivre.

En cas de disparition du cuivre c’est la famille la plus intéressante sur maladies bactériennes actuellement.

Tab. 3 : Les micro-organismes utilisables en fruits à pépins en agriculture biologique. Source : Projet Casdar ITAB.

Autres substances du cahier des charges

Dans cette catégorie, on retrouve des matières actives qui ne sont ni d’origine animale ou végétale, ni issue de micro-organismes. Souvent il s’agit de substances d’origine minérale, utilisées sous leur forme naturelle ou après une réaction chimique simple. On retrouve ici le cuivre qui est traditionnellement utilisé en agriculture biologique. Dans les années 1920, les viticulteurs et arboriculteurs réalisaient eux-mêmes leur bouillie bordelaise à l’exploitation, en achetant les matières premières chez le droguiste. Depuis l’adoption du cahier des charges européen en 1991, cette liste s’est étoffée. En particulier on va y retrouver des substances de base d’origine minérale qui sont utilisables en AB ou en cours d’inscription à l’annexe II.

S’agissant de matière d’origine minérale, elles sont beaucoup moins photodégradables que les matières actives d’origine animale ou végétale. Leur efficacité est souvent bonne si elles sont bien positionnées. Là aussi leur mode d’action est complémentaire de l’action du cuivre sur des maladies spécifiques, sans en avoir la polyvalence. Par exemple le bicarbonate de sodium possède une activité comparable au bicarbonate de potassium, autre substance utilisable en AB sur tavelure. Par contre la présence de sodium entraîne des phytotoxicités sur le feuillage lorsque celui-ci s’accumule.

On retrouve aussi dans cette liste le soufre, autre matière active symbolique de la bio. En raison des effets négatifs du cuivre (blocage du développement du végétal, nécrose sur jeunes pousses non aoutées, russeting en fruits à pépins) il a été testé de remplacer tous les traitements cuivre par du soufre en arboriculture. La sanction est en général rapide. On assiste à une prolifération des maladies bactériennes en arboriculture. Bien sûr en viticulture le soufre ne peut remplacer le cuivre sur mildiou.

Enfin, véritable couteau suisse de l’agriculture biologique, le polysulfure de calcium – ou bouillie nantaise – combine les avantages du soufre et des substances actives à base de bicarbonate. Après dix ans d’attente, son AMM en arboriculture fruitière est imminente. Par contre, comme le soufre ou les bicarbonates, il est inefficace sur les bactéries et ne peut donc remplacer le cuivre.

Tab. 4 : Les substances de base d’origine minérales utilisables en arboriculture et en viticulture. Source : Fiches substances de base ITAB.

Les solutions alternatives sont donc nombreuses

L’agriculture biologique repose sur une approche globale. Il est possible de favoriser la création de vignoble ou de verger où elles trouveront leur place en combinant choix de matériel résistant ou tolérant, choix de nouveaux systèmes de conduite, respect de la biodiversité et de la vie du sol. Le renouvellement complet du verger prend au minimum 20 ans, en viticulture ce délai est encore plus long. Les systèmes actuels ont été conçus avec l’utilisation du cuivre. Sa suppression entrainerait de nombreuses déconversions. Les solutions alternatives actuelles, en les combinant avec le cuivre, permettent de baisser les doses de ce dernier, mais pas de le substituer.

ENTRETIEN DU RANG DE PLANTATION EN JEUNE VERGER – UN CHOIX DELICAT

En jeune verger l’entretien mécanique du rang semble s’imposer, mais d’autres techniques sont envisageables. Le but final étant que la méthode mise en œuvre ne pénalise pas la croissance du verger et satisfasse les attentes du producteur.

En 2012, un verger Bio a été implanté au Cefel avec deux variétés résistantes à la tavelure (Opal et Dalinette) pour tenter de répondre à différentes problématiques inhérentes au verger Bio, dont l’entretien du rang. Différentes méthodes de gestion de l’enherbement sous le rang de plantation ont été comparées dès la plantation du verger afin de déterminer les points forts et les points faibles de chacune d’entre elles.

▸L’enherbement total risque campagnols

Pour l’enherbement total, notre choix s’est porté sur du trèfle blanc nain afin de couvrir rapidement le sol sans laisser la place aux adventices. Le point positif de cette méthode est le faible entretien qu’elle demande (un fauchage par an). Il faut cependant, si le semis se fait par temps sec, être en capacité d’irriguer pour s’assurer de la bonne levée du couvert végétal. Il y a toutefois des contraintes, comme la concurrence en eau ou encore la pérennité du trèfle. Il faut également souligner l’appétence du trèfle lorsqu’on a une problématique campagnol à gérer, qui rend cette méthode risquée notamment en jeune verger.

▸La bâche agro-textile efficace mais onéreuse et pas facile à entretenir

La bâche testée au Cefel, qui couvre 40cm de part et d’autre du rang de plantation, permet à l’eau et aux engrais de pénètre dans le sol. Son comportement a été jugé satisfaisant l’année de plantation puisqu’aucun entretien n’est nécessaire une fois le dispositif mis en place. Deux points sont à prendre en compte malgré tout, le risque campagnol pas toujours visible et aussi la gestion difficile de la limite entre la bâche et l’inter-rang.

▸La méthode sandwich efficacité et travail du sol facilité

La méthode sandwich expérimentée au Cefel se compose de trèfle blanc nain sur 20cm sous le rang et 30 à 40cm de sol travaillé de part et d’autre de la bande de trèfle. Plusieurs points positifs peuvent être attribués à cette technique, comme le risque faible à nul de casser des arbres, le travail du sol grandement facilité, et le fait de perturber les campagnols si la pression reste faible à modérée. Il faut cependant penser à la gestion de la bande enherbée sous le rang, notamment lorsque le trèfle aura disparu aux profits d’une flore parfois difficile à gérer, comme du liseron ou du lierre qui peuvent avoir tendance à coloniser la canopée.

▸Le travail du sol un bon résultat mais qui nécessite de nombreux passages en jeune verger

Dans cette expérimentation, l’entretien mécanique du rang de plantation est composé de trois actions: disque à l’automne (porte-outils Arbocep) pour ramener de la terre sur le rang et ameublir le sol, fraise rotative en sortie d’hiver (porte-outils Arbocep) puis brosse (Naturagriff) en saison. Au total, en jeune verger le nombre de passages par an varie entre 5 et 10 pour limiter au maximum la présence d’adventices.

Il faut ajouter à ce nombre important de passage des vitesses d’avancement faibles (2 à 3km/h), ce qui explique en grande partie la faible utilisation de ce genre de pratique en dehors de l’agriculture biologique.

Par contre, l’avantage de l’entretien mécanique est la limitation de la concurrence en eau et en éléments minéraux, ainsi qu’une gestion régulière des adventices durant toute la vie du verger, ou encore la perturbation des campagnols.

Il ne ressort pas forcément de bonne ou mauvaise technique.

Chaque méthode de gestion du rang de plantation a des points positifs et négatifs, et le choix est déterminé par de multiples facteurs, comme la présence de campagnols, l’accès à l’eau, la main d’œuvre disponible… Le but final étant que la méthode mise en œuvre ne pénalise pas la croissance du verger et satisfasse les attentes du producteur.

BICARBONATE DE POTASSIUM OU INFRADOSE DE CUIVRE POUR GÉRER AU MIEUX LES MALADIES D’ÉTÉ

Le bicarbonate de potassium approche les 100% d’efficacité. Dans les vergers conventionnels, les traitements pour lutter contre la tavelure et les maladies de conservation permettent, dans la plupart des cas, de réguler la suie et les crottes de mouche. Le problème se pose plus régulièrement en agriculture biologique et notamment sur les variétés résistantes à la tavelure sur lesquelles l’utilisation de fongicides est moins fréquente.

Retour sur les expérimentations menées au CEFEL. En 2015, la stratégie débutant en juin en renouvelant les traitements tous les 50mm de pluie cumulés avait donné de bons résultats, notamment avec les produits à base de bicarbonate de potassium (Vitisan et Armicarb). Pour autant, en 2016, avec un été moins pluvieux et en suivant le même protocole les résultats ont été plus décevant. Dans nos conditions d’expérimentation 2016, avec de faibles précipitations nous ne sommes intervenus que 3 fois de juin à septembre sur l’ensemble des modalités moda-lité, ce qui a conduit à des pourcentages d’attaques relativement décevant. En 2015, les modalités à base de bicarbonate de potassium avoisinaient les 100% d’efficacité et 80% pour la faible dose de cuivre (100g de Cu métal).

CUIVRE – REDUCTION DE DOSE ET ALTERNATIVES POUR LUTTER CONTRE LA TAVELURE ET LES MALADIES D’ETE

La tavelure et les maladies d’été (suie et crottes de mouche) sont les maladies fongiques les plus préjudiciables au verger de pommier BIO, dans un contexte réglementaire en pleine évolution, le Cefel a fait émerger de ses expérimentations des solutions pour limiter le recours au cuivre tout en sécurisant la récolte.

DE FAIBLES DOSES DE CUIVRE POUR CONTRÔLER LA TAVELURE

La tavelure est le bio-agresseur n°1 du verger de pommiers. Mal régulée, elle peut fortement pénaliser la production et donc l’équilibre financier du verger. Plusieurs leviers peuvent être actionnés par les producteurs pour lutter contre la tavelure.

La génétique, le levier le plus efficace : utiliser des variétés de pommes tolérantes ou résistantes à la tavelure reste le levier le plus efficace pour gérer ce champignon pathogène tout en réduisant drastiquement le nombre d’interventions pour protéger notre verger. La partie commerciale est à prendre en compte dans cette démarche car faire connaître et intégrer une nouvelle variété sur un marché de la pomme très concurrentiel n’est pas chose aisée, même si en agriculture biologique le consommateur est plus réceptif.

La réduction de l’inoculum. Être rigoureux est la clé : la prophylaxie par broyage de la litière de feuilles, si elle est réalisée soigneusement, permet de réduire significativement l’inoculum de tavelure pour la campagne à venir. C’est une étape incontournable pour une bonne gestion de la tavelure.

La lutte directe: des solutions existent. En agriculture biologique, peu de produits sont à la disposition des producteurs (cuivre, soufre, bicarbonate de potassium, polysulfure de calcium). Malgré ce faible nombre de molécules, il apparait dans les expérimentations menées par le CEFEL que de faibles doses de cuivre (200g de cuivre métal maximum) offrent une protection intéressante, et que l’efficacité est améliorée lorsqu’on associe du soufre à ces infra-doses de cuivre. Pour compléter la stratégie de lutte lors d’épisodes de fortes précipitations, des traitements après pluie à base de bicarbonate de potassium ou de polysulfure de calcium peuvent être mis en œuvre.

Dans un contexte règlementaire en pleine évolution, notamment au sujet des quantités maximales de cuivre autorisées en agriculture biologique, des solutions apportent satisfaction, le choix variétal est le levier essentiel, et les infra-doses de cuivre ainsi que certains produits en alternative au cuivre viennent compléter les solutions pour permettre aux producteurs bio de sécuriser leur récolte, et d’offrir au consommateur des pommes bio de qualité.

Intervenir tous les 50 mm de pluie cumulés, et à minima toutes les 3 semaines, semble être actuellement la solution pour réguler les maladies d’été.

Le verger de pommier Bio d’Occitanie est en pleine croissance, et l’expérimentation accompagne se développement, pour per- mettre aux producteurs Bio de sécuriser leur récolte et par cela de répondre à la demande grandissante des consommateurs. Que ce soit contre la tavelure ou contre les maladies d’été, utiliser de très faibles doses de cuivre, ou des alternatives au cuivre, donnent satisfaction, et l’expérimentation se poursuit pour répondre aux attentes des professionnels de la filière bio.

SYNTHESE – 3 ANNEES D’ESSAIS SUR LA DIMINUTION DES DOSES DE CUIVRE EN RAISIN DE TABLE BIO

Ils sont 11 producteurs du Tarn-et-Garonne, membres d’Agribio82, à s’être lancés dans un groupe DEPHY Ferme depuis 2016, afin de diminuer les apports en produits phytopharmaceutiques (PPP), notamment le cuivre, en arboriculture biologique.

Les groupes DEPHY ont été mis en place par le programme européen Ecophyto dans le but de promouvoir une agriculture économe en PPP. Il y a aujourd’hui Plus de 3000 exploitations agricoles sont impliquées dans ce projet, réparties sur 257 groupes toutes filières confondues. La volonté première de ces arboriculteurs est de développer de nouveaux itinéraires culturaux pour diminuer l’usage des « pesticides » autorisés en bio (fongicides à base de cuivre, insecticides à large spectre). Les autres thématiques travaillées par le groupe sont la mise en place de couverts végétaux et d’aménagements agro-écologiques. Ces aspirations portées par le groupement sont à l’image des enjeux majeurs de l’arboriculture biologique actuelle. L’objectif de ces essais est de déterminer quel système de culture est le plus efficace en terme d’économie d’intrants (PPP) et de lutte contre le mildiou. Le terme de cuivre métal désigne la teneur réelle en cuivre d’un produit phytopharmaceutique. Les protocoles de ces essais ont été mis en place par les producteurs et eux-mêmes sont acteurs du bon déroulement des essais et de l’interprétation des résultats. Cela implique certaines limites quant à la précision et l’exactitude des conclusions qui peuvent être tirées. De plus, le protocole a évolué au cours de ces 3 années (2016 à 2018) pour optimiser l’interprétation des résultats.

PRESENTATION PARCELLES ET MATERIEL DE PULVERISATION

– PRODUCTEUR 1 – parcelle bambou

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Atomiseur porté avec turbine. Début de saison 45L/HA de bouillieavec 2 jets jusqu’à 130L/ha en fin de saison avec 6 jets ouverts. Tous les rangs sont traités avec passage à 6 km/h à 10 bars de pression.

VARIÉTÉ Chasselas de Moissac, plantée en 2001 avec un porte-greffe Fercal. La densité de plantation est de 3.5 mètres entre rang et 1.2 mètres sur le rang. La forme de conduite est la lyre et avec un filet paragrêle mono rang. La parcelle est orientée Nord/Sud et est irrigable.

– PRODUCTEUR 2 – parcelle verdier

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulseur Thomas. En début de saison les buses sont à moitié ouvertes pour sortir 90 L/ha de bouillie pour finir à 180 L/ha toutes buses ouvertes 15 jours avant la floraison. Passage pour le traitement 1 rang sur 2 sauf pour 2018 tous les rangs lors de grosses contaminations.

VARIÉTÉ Chasselas de Moissac plantée en 1988 avec les porte-greffes SO4 et 41B. La densité de plantation est de 3.40 mètres entre rang et de 1 mètre sur le rang. La forme de conduite est la lyre et sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord et est non irrigable.

– PRODUCTEUR 2 – parcelle ribol

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulseur Thomas. En début de saison les buses sont à moitié ouvertes pour sortir 90 L/ha de bouillie pour finir à 180 L/ha toutes buses ouvertes 15 jours avant la floraison. Passage pour le traitement 1 rang sur 2 sauf pour 2018 tous les rangs lors de grosses contaminations.

VARIÉTÉ Ribol plantée en 1995 et 2014 avec le porte greffe Fercal. La densité de plantation est de 3.4 mètres entre rang et de 1.2 mètre sur le rang. La forme de conduite est la lyre et sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord/Ouest et est non irrigable.

– PRODUCTEUR 3 – parcelle Carles

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulvérisateur porté. Jusqu’au 15 mai 140 L/Ha avec 2 buses ouvertes puis 200 L/Ha et 3 buses ouvertes jusqu’à la fin. Utilisation d’une poudreuse.

VARIÉTÉ Chasselas de Moissac, un rang sur deux a été planté en 1968 et l’autre en 1980 (vignes vieillissantes) avec comme porte greffe SO4. La densité de plantation est 3 mètres entre rang et 1.20 mètres sur le rang. La forme de conduite est droite sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord/Sud et non irrigable.

PROTOCOLE RESULTATS ET INTERPRETATION

Conclusion des 3 années d’essai

Le développement du mildiou ne dépend pas seulement des traitements au cuivre, mais aussi de l’historique de la parcelle et son exposition, des précipitations, de l’hygrométrie du sol avec la présence potentielle de mouillères… Ces facteurs de variation propres au milieu dans lequel sont cultivées les vignes ne sont pas pris en compte dans l’analyse des résultats, bien qu’ils puissent influencer grandement sur la pression du mildiou dans ces parcelles. De plus, la météo qui varie chaque année impacte directement l’apparition du mildiou et donc la nécessité de traiter plus ou moins les vignes.

Comparer différentes années entre elles n’est donc pas représentatif, il faut se concentrer sur la comparaison des résultats d’une même année. Néanmoins, la pluviométrie diffère aussi selon les sites d’essais. Par exemple en 2018, il est tombé 96mm sur la parcelle Carles durant le mois de juillet, contre 59 mm sur les parcelles Verdier/Ribol le même mois. Ces écarts impactent l’évolution des contaminations mildiou.

▷ Dans tous les cas nous pouvons remarquer que le positionnement des traitements est véritablement important pour lutter contre ce champignon. Un suivi de la pluviométrie est donc indispensable.

▷ De plus, le produit alternatif serait peut-être un moyen de diminuer les doses de cuivre métal par hectare.

Concernant le talc, les résultats de 2017 et 2018 amènent un espoir supplémentaire pour lutter contre le mildiou. Attention, ce produit peut tâcher le raisin de table. Aussi il est nécessaire d’arrêter les traitements au stade petit pois.

▷ Enfin, il est possible, au vu de ces 3 années, de contrôler le mildiou avec une dose totale de cuivre métal moyenne de 3 kg/ha (tous essais confondus). La parcelle Bambou où il n’a été utilisé que des formes de cuivre différentes à dose réduite (3,92 kg/ha de cuivre métal total en moyenne sur les 3 ans) permet aussi de contrôler le mildiou.

A SAVOIR

La dose homologuée pour la bouillie bordelaise RSR dispers en raisin de table est de 3.75 kg/ha de produit commercial, soit 750 gr/ha de cuivre métal par traitement.

PLUS D’INFO

Pour plus d’information sur ce sujet , contactez Marc Miette (Bio Occitanie) :  fruitslegumesbio82@gmail.com
06 22 78 17 09

TEMOIGNAGES – Producteurs du groupe DEPHY

Jean-Baptiste Gibert

Earl de Metou Sainte-Juliette (82)

“Nous avons pu constater, après 3 ans d’essais sur la vigne, que nos doses de cuivre avaient été réduites au minimum de moitié. La conjugaison de plusieurs facteurs et de bonnes pratiques sont à l’origine de ce changement. Nos vignes en bio depuis 2006 nous faisaient voir quelque signes de faiblesse.

Nous avons donc décidé de chercher des solutions pour améliorer notre façon de faire. Ce faisant, nous avons constaté qu’en diminuant les doses de cuivre, nous arrivions à gérer le mildiou qui est le principal ennemi en raisin de table. Nous sommes passé de +/- 6kg de cuivre métal à +/- 2,5 kg par an. ”

Thierry Serres

Arboriculteur Moissac (82)

” La question de l’utilisation du cuivre m’a toujours interpellé en Agriculture Bio : c’est à la fois un produit incontournable en vigne et controversé pour les dégâts qu’il peut causer dans le sol. Je me suis longtemps posé des questions sur les quantités préconisées et sur l’existence de produits de remplacement. La création du groupe Dephy m’a permis de mettre en pratique différentes solutions pour réduire le cuivre, et le résultat est là : une dose hectare réduite par quatre et une qualité de récolte toujours satisfaisante !

Aujourd’hui j’ai décidé de continuer sur la voie des produits de substitution au cuivre, avec de nouveaux essais prévus en plein champs. Le cadre qu’apporte le groupe Déphy et son technicien me donnent de l’assurance, et l’espoir d’avancer vers de nouvelles solutions alternatives au cuivre.”

Par Jean-François LARRIEU de la Chambre d’Agriculture de Tarn et Garonne, Sébastien BALLION de CEFEL , Marc MIETTE de BIO OCCITANIE et coordonné par Jean Michel THEVIER de la Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie 

Crédit photo : Interbio Occitanie