Créer un atelier de diversification quand on est viticulteur ? Un projet qui se construit pas à pas

Ces dernières années, la diversification a le vent en poupe dans les exploitations viticoles. En adéquation avec les principes de l’Agriculture Biologique qui prône la diversité végétale, elle est surtout une manière de s’adapter aux difficultés actuelles de la filière viticole.

Créer un atelier de diversification équivaut à réorienter une partie de sa surface agricole utile, ce qui engendre une prise de risque notamment sur l’équilibre économique de l’exploitation. Il est donc indispensable de murir son projet afin d’en assurer la réussite.

Plusieurs paramètres sont à prendre en compte dans le cadre d’un projet de diversification en production végétale :

LA COMMERCIALISATION DES PRODUITS

La première approche doit être celle des débouchés et de la commercialisation. Les filières en productions végétales sont plus ou moins structurées, la valorisation peut alors se faire en circuit long ou court. En parallèle, la transformation et le stockage des produits peuvent être opportuns voire indispensables pour allonger la période de vente et valoriser au mieux les volumes… Tous ces éléments doivent orienter le choix de l’atelier de diversification et être réfléchis avant la mise en place de ce dernier, tout en restant vigilant à l’effet « mirage » que peuvent provoquer certaines filières de niche rapidement saturées.

LE FONCIER

La production doit être adaptée à la parcelle agricole choisie, à son climat local (historique de gel, sécheresse…), à son sol (profondeur, pH, texture, taux de matière organique…), à sa topographie… La réglementation phytosanitaire en vigueur est également à prendre en compte (distance avec les riverains, avec les cours d’eau…), ainsi que la réglementation sur l’épandage des matières organiques en zone vulnérable.

L’IRRIGATION

La diversification est souvent vue comme une réponse au changement climatique. Il faut cependant garder à l’esprit que la vigne est l’une des cultures les plus résilientes face à la sécheresse. En climat méditerranéen, l’absence d’irrigation limitera fortement les possibilités de diversification, notamment si l’on recherche la régularité de production et la rentabilité du nouvel atelier, c’est particulièrement le cas pour les pommiers, les pêchers, les agrumes ou le maraîchage d’été.

L’ÉQUILIBRE ENTRE COÛTS ET REVENUS

Un chiffrage prévisionnel est essentiel pour s’assurer de la rentabilité de l’atelier de diversification. Ce dernier doit prendre en compte les coûts d’implantation, de production, les rendements moyens et les prix de vente. Il faut également prendre en compte le délai d’entrée en production ; les céréales sont valorisées quelques mois après leur semis, alors que des pistachiers pourront mettre jusqu’à 7 ans avant de pouvoir être récoltés. S’investir dans un nouvel atelier, c’est aussi s’assurer de disposer de la trésorerie pour sa mise en place.

TECHNICITÉ LIÉE À LA CULTURE / MODE DE PRODUCTION

La création d’un atelier de diversification emmène à l’apprentissage d’un second métier. Chaque culture nécessite des connaissances techniques et spécifiques (maîtrise phytosanitaire, récoltes, planification des rotations…). Il est primordial de s’assurer d’une montée en compétences agronomiques, de la présence du matériel adéquat sur l’exploitation ou d’identifier des prestataires de services pour effectuer les tâches à déléguer.

LA COMPATIBILITÉ ENTRE LA CONDUITE DE LA VIGNE ET L’ATELIER DE DIVERSIFICATION

Se diversifier, c’est devoir jongler entre plusieurs productions qui ont chacune leur calendrier, leurs périodes de charge de travail, leur besoin en main d’oeuvre… Il est indispensable de vérifier la compatibilité entre l’atelier de diversification et la conduite de la vigne. Les amandes et les premières grenades sont, par exemples, à récolter durant les vendanges.

AFIN DE VOUS AIDER À MURIR VOTRE PROJET DE DIVERSIFICATION, NOUS VOUS INVITONS À :

  • Rencontrer et échanger avec des exploitants ayant déjà passé le cap.
  • Participer à des journées techniques sur la thématique de la diversification.
  • Contacter les conseillers techniques spécialisés.
  • Se former auprès d’organismes compétents comme les Chambres d’agriculture.
  • Se renseigner sur les dispositifs d’aide en cours.

D’Emma CARROT, chargée de mission Bio et Cyril SEVELY, chargé de mission Fruits et légumes, Chambre d’agriculture de l’Hérault

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