Dossier #1 – Protection de la culture du melon en AB -Derniers résultats des essais menés par Suxpé et Centrex
EXPERIMENTATION N°1 : Évaluation de moyens de lutte contre taupins en cultures de melon et de patate douce
Le taupin (Agriotes sordidus) est un ravageur majeur des cultures de patates douces en agriculture biologique. Les larves de ce coléoptère, qui vivent 3 à 6 ans dans le sol, s’attaquent aux tubercules. Les dégâts peuvent dépasser 40% de la production. Aucune solution satisfaisante n’est actuellement disponible en AB, ni même en conventionnel.
La Centrex, Sudexpé, le Civam Bio 66 et la SICA conduisent durant plusieurs années des essais sur patate douce et sur melons, afin de développer des solutions de bio-contrôle ou des itinéraires techniques permettant de lutter contre ce ravageur.
LES RÉSULTATS 2017-2018 DE LA CENTREX
L’objectif des essais Centrex 2017 et 2018, était d’identifier des moyens de protection utilisable en AB pour diminuer les pertes dues à Agriotes sordidus. Trois types d’essais ont été menés :
▶ Avancement des dates de plantation et de récolte pour retirer les tubercules du champ avant la période favorable aux attaques de taupin supposées (oct. /nov.)
▶ Essais produits biologiques par application goutte à goutte
▶ Essais inondation de la parcelle pour diminuer les populations avant plantation
Les essais date de plantation ont été échelonnés du 1er mai au 10 juillet afin de récolter les tubercules entre fin août et début novembre. Aucun résultat n’a permis d’établir de relation entre la date de récolte et les attaques de taupin. Un suivi des populations par piégeage des larves dans le sol devrait permettre d’affiner les périodes de présence du taupin en 2019.
La figure 1 regroupe les résultats des essais inondations et produits biologiques réalisés en 2018 sur le nombre de trous de taupin retrouvés sur tubercule. Concernant les produits testés (purin de fougère, purin d’ortie [1], Neemazal [2], Naturalis [3], Success granulé [4], Success 4) aucune différence statistique n’a été observée avec le témoin non traité. À l’exception du purin de fougère, les mo- dalités testées présentent des attaques de taupin supérieures au témoin pouvant s’expliquer par un maintien de l’humidité du sol plus important sur ces parcelles (traitement au goutte à goutte) qui aurait pu favoriser le taupin. Le purin de fougère a montré néanmoins une tendance à des attaques plus faibles, confirmant les observations qui avaient déjà été faites en 2017. Cette modalité a été retestée sur la saison 2019.
L’essai Inondation du sol a été fait 1 mois et demi avant plantation par apport régulier d’eau entre le 25 et le 30 avril. Des digues ont été formées autour de la parcelle afin que l’eau s’accumule et s’infiltre progressivement dans le sol. Le sol a ensuite été travaillé avant plantation le 25 mai.
Figure 1 : Boite à moustache Nombre de trous dus au taupin par tubercule récolté

La modalité «inondation» est celle qui est le mieux ressorti statistiquement avec :
▶ un poids moyen et un nombre de tubercules / plant supérieur ou égal aux autres modalités,
▶ un rendement de 1 t/ha, supérieur de 200 kg en comparaison du témoin non traité
▶ une fréquence et intensité d’attaque plus faibles que le témoin et les autres modalités.
L’observation de la boite à moustache (Figure 1) montre un écart type sur cette modalité très inférieur aux autres modalités. Les essais ont été reconduits en 2019 en conservant les modalités ayant eu les meilleurs résultats (inondation, purin de fougère). Les résultats sont en cours de traitement.
LES RÉSULTATS 2019 DE SUDEXPÉ
Le taupin ravageur de la culture du melon du Sud-Est est le même que celui de la patate douce, Agriotes sordidus. Son cycle, plus court que celui d’ A. lineatus (18 mois au lieu de 48 mois), entraîne une augmentation rapide de la population. En bio ou en conventionnel, il n’existe pas de produit satisfaisant pour lutter contre ce ravageur en période de récolte. L’objectif des essais 2019 de Sudexpé en culture de melons est d’expérimenter des moyens de lutte physique contre ce ravageur. L’essai a été planté dans le créneau “Chenille saison”, le 21 mars 2019. Trois types de barrières physiques biodégradables ont été placés sous chaque fruit après nouaison: des assiettes en son de blé, des disques en fibres de coco et des planchettes en bois.
Malgré une pression taupin peu élevée cette année, les résultats permettent tout de même d’affirmer que les trois types de protection ont été efficaces, puisque la proportion de fruits piqués pour les trois modalités diffère significativement de celle du témoin non protégé (voir Graphique ci-dessous). De même en termes d’intensité d’attaque, 4,5% des fruits de la modalité non protégée ont eu 3 trous ou plus ; tandis que ce chiffre est de 0,6% pour les fruits sur planchette en bois et de 0 pour les assiettes en son de blé. Les analyses statistiques n’ont en revanche pas révélé de différences entre les trois protections, même si les disques en fibre de coco ont présenté un taux de réussite de 100% : aucun des fruits reposant sur ces disques n’a été attaqué. Si ces résultats ne sont pas facilement re- productibles à l’échelle des producteurs, on peut affirmer que les protections physiques sont une alternative intéressante pour lutter contre le taupin en culture de melon. Des travaux de recherche devront continuer afin de proposer une solution transposable aux conditions du terrain.


EXPERIMENTATION N°2 : Évaluation du comportement variétal face à la pression de fusariose en culture de melon de plein champ
La fusariose est provoquée par le champignon Fusarium Oxysporum f. sp. melonis. Cette maladie sévit dans de nombreux bassins de production du melon, dû à la prépondérance de la race 1.2 de ce champignon et à l’augmentation de l’agressivité des souches. Le Fusarium est ainsi responsable de sévères dépérissements racinaires sur les melonnières, et seule la coûteuse solution du greffage, apporte aujourd’hui une solution.
Sudexpé, pôle de recherche appliquée en Fruits & Légumes du Midi Méditerranéen, évalue pendant 3 années le comportement à la Fusariose de plusieurs variétés de melon. L’objectif de l’étude est d’identifier une échelle de sensibilité des variétés à la Fusariose, afin de permettre aux producteurs d’employer le levier variétal pour répondre à leurs risques sanitaires, tout en répondant aux autres exigences de sélection.
Les résultats de la première année d’essai sont présentés ici. Cinq variétés (Arkade, Bakara, Etika, Funchal, Khorum) ont été plantées, à raison de 8 répétitions de 5 plantes. Le créneau choisi, le plus à risque, est celui des “Chenilles précoces”, planté le 5 mars 2019 et récolté du 4 au 24 juin. Le comportement des variétés a été comparé à celui de 3 variétés: Hugo témoin très sensible, Lunasol référence résistante de base et Manta référence résistante haute (qui ne s’est cependant pas comportée comme attendu). Chaque semaine, de l’apparition des symptômes à la fin de l’évolution de la maladie, le stade “sain”, “atteint” ou “mort” de chaque plant a été relevé.

PRÉCOCITÉ D’APPARITION DES SYMPTÔMES
La variété témoin sensible Hugo se démarque dès le début de l’étude, avec la majorité de ses plants déjà atteints par la maladie lors de la première notation. Hormis ce témoin, c’est la variété Bakara qui déclare des symptômes de Fusariose en premier. Elle est suivie une douzaine de jours plus tard par la variété témoin “tolérante” Manta, qui ne s’est pas com- portée comme attendue. Viennent ensuite le tour de Funchal, Arkade et Lunasol le 5 juin (deuxième jour de récolte), puis Etika le 13 juin et enfin Khorum le 20 juin. Notons que la variété Funchal, si elle n’a “craqué” que le 5 juin, est celle dont la vitesse de contamination des plantes a été la plus rapide, avec 10% de ses plants affectés en 1 semaine.
Figure 1 : Évolution du nombre de plantes saines pour chaque variété

ÉVOLUTION DES SYMPTÔMES & MORTALITÉ DES PLANTS
Une différence statistique apparait à l’analyse des notations du 20 juin (fin de récolte) : hormis un effet bloc est-ouest, elle révèle que la variété Funchal (58% de plats sains) est significativement plus affectée que les variétés Khorum (98%) et Etika (88%).
Concernant les autres critères étudiés, des tendances peuvent être dégagées. Ainsi, pendant la période de récolte, seules les variétés Funchal et Manta ont eu un taux de mortalité supérieur à zéro, avec les premiers plants morts notés le 20 juin. Les variétés Arkade, Bakara et Etika n’ont subi aucune mortalité pendant l’essai et la mortalité de la variété Khorum n’a commencé que le 9 juillet.
Figure 2 : État sanitaire des plantes au 02 juillet


CONCLUSIONS
Si les analyses statistiques ont seulement permis d’affirmer que la variété Funchal était moins satisfaisante que les variétés Etika et Khorum, on peut cependant dégager des tendances comportementales et proposer une classification.
De manière générale et au travers des critères étudiés, les variétés Etika et Khorum se sont fait remarquer grâce à leurs bons résultats :
▶ premiers symptômes de Fusariose tardifs ;
▶ mortalité tardive ;
▶ plus faibles proportions de plants atteints et morts en fin de récolte ;
Le comportement de la variété Funchal a été globalement similaire ou inférieur à la variété Lunasol, dans les conditions de l’essai. La variété Bakara s’est révélée précoce concernant l’apparition de la maladie mais tardive en terme de mortalité. La variété Arkade a été atteinte de façon aussi précoce que Lunasol mais s’est révélée plus satisfaisante pour les autres critères. L’étude se poursuivra les deux prochaines années avec d’autres variétés.
EXPERIMENTATION N°3 : Évaluation du comportement variétal face à la pression de mildiou en culture de melon de plein champ
Le mildiou des cucurbitacées est dû au champignon Pseudoperonospora cubensis. Il est favorisé par des températures chaudes et la présence d’eau sur les feuilles. Les feuilles se couvrent d’abord de tâches jaunes, qui grandissent et se nécrosent; en quelques jours les feuilles se dessèchent et se recroquevillent vers le haut. La progression de la maladie est fulgurante et si elle n’est pas gérée à temps, peut causer d’importants dégâts dans les parcelles de melon.
Sudexpé, pôle de recherche appliquée en Fruits & Légumes du Midi Méditerranéen, évalue pendant 3 années le comportement au mildiou de plusieurs variétés de melon. L’objectif de l’étude est d’identifier des différences de sensibilité et de progression de la maladie entre plusieurs variétés de melon. Les résultats de la première année d’essai sont présentés ici.

PROTOCOLE
Huit variétés (Arkade, Arkaïa, Artorius, Etika, Funchal, Khorum, NUN 14525 et RZ 34-416) ont été plantées, à raison de 5 répétitions de 5 plantes. L’essai a été planté tardivement le 19 juillet 2019, afin d’éviter les risques de contamination. Le comportement des variétés étudiées a été comparé à celui de la variété Esteban (témoin sensible) et de la variété Fortal (référence peu sensible), qui ne se sont cependant pas comportées comme attendu. Trois notations, espacées de 3 et 5 jours, ont permis de juger de la fréquence et de l’intensité de l’attaque de mildiou pour chaque parcelle élémentaire de melon.
Les notations suivantes sont réalisées 3 fois, à partir de l’apparition des premiers symptômes :
▶ la fréquence d’apparition de la maladie qui correspond au pourcentage de surface foliaire présentant des symptômes
▶ l’intensité de l’attaque de mildiou qui correspond aux 3 stades d’évolution ses symptômes :
– Stade 1: tâches jaunes/décolorées sur le feuillage
– Stade 2 : tâches nécrosées
– Stade 3 “torche”: les feuilles sont nécrosées et recroquevillées.
RÉSULTATS
La fréquence d’apparition de la maladie est assez homogène entre les variétés lors des deux premières notations: moins de 10% du feuillage affecté à la 1ère notation puis 30-50% lors de la seconde. L’analyse statistique révèle une différence lors de la dernière notation : RZ 34-416 et Artorius sont significativement plus affectés que Khorum et Esteban (70% contre 50% en moyenne du feuillage atteint). Les analyses statistiques montrent des différences significatives pour les deux dernières dates de notation. À la seconde notation, Esteban est la variété présentant les symptômes les plus avancés tandis que NUN 14525 demeure au stade 1 “tâches huileuses”. À la dernière notation, c’est la variété Fortal qui présente les symptômes les plus avancés (stade “feuilles en torche”), à l’inverse de Arkade.
Figure 1 Évolution de la fréquence du mildiou.
Figure 2 Évolution de l’intensité de mildiou.
Figure 3 Intensité de l’attaque de mildiou par variété au 21 août 2019.


CONCLUSIONS DE L’ESSAI
L’essai a révélé des différences de fréquence et d’intensité de mildiou entre les variétés. Ces deux variables ne semblent pas ailleurs pas
être corrélées. Cependant, en peu de temps, toutes les variétés sont fortement affectées et sans l’application rapide d’un traitement adapté, la culture est vouée à péricliter, toute variété confondue.
L’utilisation du levier variétal pour lutter contre cette maladie semble donc plutôt se situer au niveau de la vitesse d’évolution des symptômes. Les variétés demeurant plus longtemps aux premiers symptômes de la maladie peuvent ainsi permettre au producteur de disposer de quelques jours supplémentaires pour réagir et stopper le développement de la maladie. Ainsi, la variété NUN 14525 se distingue, en montrant la plus lente apparition et progression des premiers symptômes de mildiou.
À la première date de notation, c’est la variété la moins intensément atteinte de l’échantillon. Le passage du stade 1 “tâches huileuses” au stade 2 “tâches nécrosées” se fait également plus tardivement que pour les autres variétés. Puis, ce sont les variétés Funchal et Arkade qui se différencient, avec une évolution plus lente des premiers symptômes, qui n’évoluent pas entre les deux premières dates de notation et demeurent au stade 1 “tâches huileuses” quelques jours supplémentaires. À l’inverse, le mildiou progresse de façon fulgurante chez la variété Esteban, passant du stade “tâches huileuses” au stade “tâches nécrosées/feuilles en torche” en l’espace de 3 jours. L’étude se poursuivra les deux prochaines années avec d’autres variétés.
