Dossier #2 : L’ail bio français, situation du marché et organisation de la filière régionale

La production d’ail conventionnel diminue depuis une quinzaine d’années au niveau national. En Occitanie la tendance est à une stabilisation grâce aux SIQO, signes officiels de qualité et d’origine (IGP Blanc de Lomagne, IGP – Label Rouge Rose de Lautrec, AOP Ail Violet de Cadours).

La consommation française d’ail est évaluée entre 35 à 40000 tonnes par an (moins de 500g/ an et par ménage). En bio, elle se situe autour de 3 à 4000 tonnes par an. Une grande partie de l’ail bio consommé actuellement en France n’est pas d’origine française. En effet la production nationale d’ail bio est estimée à environ 600 à 700 tonnes par an. Elle est donc très déficitaire par rapport aux besoins du marché, ce qui génère des importations d’ail bio. Mais les consommateurs réclament de plus en plus une origine française pour les produits, et les distributeurs (spécialisés Bio ou non) souhaitent pouvoir répondre à cette demande.

“L’ail bio est très déficitaire.”

En Occitanie, les metteurs en marché de l’ail traditionnel, coopérative Top Alliance, Les Aulx du Sud-Ouest, Les Jardins du Midi, Les Produits du Soleil, Ligne Directe Production et Royal Saveurs ainsi que les négociants spécialisés en AB, s’accordent pour signaler qu’ils manquent de volumes en Ail Bio français pour répondre à leurs clients (magasins, grossistes, restauration ou exports). Toutefois ils mettent en avant des exigences qualité significatives pour accepter le produit: l’ail doit être trié, éraciné et brossé. Le prix de l’ail bio, qui se situait en 2018 entre 4 et 5€/kg selon le conditionnement, est payé au producteur autour de 5,30€/kg à condition d’avoir un produit de qualité.

La campagne de commercialisation de l’ail bio 2019 en cours va être très instructive. Les volumes et la qualité en nette progression seront – ils absorbés par le marché ?

TÉMOIGNAGE

FABRICE FURLAN EARL DE LA FERME DE STE AGATHE ENCAUSSE (32)

« Depuis que je suis installé en agriculture, c’est la culture de l’ail qui me tient la main. C’est la culture traditionnelle de l’exploitation. Aussi, lorsque j’ai converti l’exploitation en bio en 2015, j’ai également passé l’ail en bio. Le contexte des grandes cultures en agriculture conventionnelle, les aides allouées pour le passage en bio ont déclenché la conversion. II y avait également une part d’ennui dans les pratiques conventionnelles. Le passage en bio m’a obligé à repenser mes pratiques et à remettre l’agronomie sur le devant de la scène.

De plus, le marché de l’ail bio est plus dynamique. J’ai gardé les mêmes surfaces mais obtenu un rendement moindre qu’en conventionnel. Le rendement a été divisé par deux en 2018, et un peu meilleur en 2019.».

Quels sont les principaux changements dans l’itinéraire technique de la production d’ail bio ?*

«La première chose à faire a été de retarder la plantation d’un mois par rapport à la période traditionnelle de plantation en conventionnel, pour limiter les risques d’attaques de la mouche des semis. Lorsqu’un vol est en cours, la plante sort à peine de terre et il n’y a donc pas de ponte sur la culture et pas ou peu de dégâts.

Le deuxième point concerne le désherbage. J’ai investi dans une herse étrille, outil indispensable, que je passe en plein sur la culture jusqu’au stade 7-8 feuilles. Le désherbage nécessite aussi un ou deux passages manuels.

La baisse du rendement est liée aux attaques de rouille, champignon aérien qui se développe sur les feuilles qui ne sont plus fonctionnelles. En AB, il n’y a actuellement aucun moyen de lutte efficace.

Un champignon du sol, le sclérotinia, responsable de la pourriture blanche, est également préjudiciable au développement de la culture. La rotation ne suffit pas pour garantir un bon état sanitaire car ce champignon reste dans le sol plusieurs années et je suis obligé de maintenir une période de minimum 4 – 5 ans avant de faire revenir l’ail sur la même parcelle.

Pour le séchage et la conservation, je fais comme pour du conventionnel : séchage dynamique et conservation en palox.

En ce qui concerne la fertilisation, un essai est en cours pour tester deux stratégies de fertilisation car on manque de références en bio. Je fais également partie d’un groupe 30 000 avec des agriculteurs bio et conventionnels pour échanger sur nos pratiques.»

Et pour la commercialisation ?

«Le marché est porteur. Ce qui est nouveau, c’est la qualité demandée. Le calibre a moins d’importance qu’en conventionnel, on recherche un calibre supérieur à 45 mm. Il faut bien sûr, trier, éraciner et brosser l’ail. Les négociants historiques présents dans la zone de production recherchent de l’ail bio français et j’ai contractualisé avec l’un d’eux pour une partie de ma récolte. Je découvre également le négoce spécialisé en AB.»

Comment voyez-vous l’avenir?

«J’espère que le marché de l’ail bio français absorbera les volumes qui arrivent. Les agriculteurs de la région convertissent leurs surfaces en bio et aujourd’hui 30% des producteurs d’ail du Gers passent en bio.»

 

EARL Ferme de Ste Agathe, 32430 Encausse
Conversion AB en 2015
Ail bio : 10 ha
Grandes cultures bio : 113 ha
Prairies bio : 1 ha
Noisettes : 20 ha

DOSSIER N°3 : Le radis chinois Daïkon, un couvert végétal intéressant en inter-cultures d’hiver

Les maraîchers qui cultivent une large gamme de légumes et qui souhaitent introduire des couverts végétaux dans leurs rotations sont rapidement confrontés à la recherche d’une espèce ou d’un mélange qui réponde à leurs objectifs en un court laps de temps. En effet, la succession rapide et la diversité des légumes laissent peu de temps aux maraîchers pour implanter des couverts végétaux, notamment ceux qui couvriraient le sol en hiver et libèreraient les parcelles tôt au printemps.

Après un essai de féverole pure (2017) puis de fèverole associée au trèfle incarnat ou à la moutarde blanche (2018) et sur les conseils d’Antoine Bedel, chef produits à Caussade Semences, des maraîchers qui travaillent ensemble autour de la thématique des couverts végétaux et
constitués en GIEE1, ont semé des essais de radis chinois Daïkon CS.

PETIT RETOUR SUR LES ESSAIS PRÉCÉDENTS LA FÉVEROLE PURE ET ASSOCIÉE

À l’origine de ce choix était la volonté des maraîchers d’avoir un couvert qui couvre densément le sol en hiver, qui produise de la biomasse rapidement et qui soit facile à détruire en fin d’hiver. Ces objectifs recherchés n’avaient pas été atteints par les couverts d’hiver précédents. En effet, la féverole pure couvrait mal le sol, ce qui entrainait le salissement des parcelles. L’année suivante, son association avec le trèfle incarnat ou la moutarde blanche résolvait ce problème mais pour que les apports en Matière Sèche soient intéressants (au moins 4 tonnes par hectare), il fallait attendre le mois de mai pour détruire le mélange, ce qui était trop tardif, en ajoutant à cela le temps d’attente nécessaire avant l’implantation des légumes.

L’ESSAI DE CET HIVER : LE RADIS CHINOIS DAÏKON CS

En cherchant des semences, Antoine Bedel de Caussade Semences, a proposé du radis chinois Daïkon CS pour trois raisons principales :

▶ sa facilité de destruction : gélif à – 8 °C ou détruit par scalpage au niveau du collet,
▶ son cycle plus court que les graminées qui donc libère les parcelles tôt au printemps,
▶ et son intérêt CIPAN (Culture Intermédiaire Piège À Nitrates) en tant que crucifère. En effet, ses tissus ayant un rapport Carbone/ Azote très faible, sa décomposition est rapide et l’azote est disponible pour les légumes primeurs.

Les densités préconisées étaient de 6 à 10kg/ha. Cependant, certains maraîchers se sont basés sur l’expérience d’un maraîcher de Limoges qui réalise ensuite un sur-semis en octobre de seigle forestier, avoine noire, pois, vesce velue, lupin, phacélie… et qui pour compenser les pertes dues au piétinement, sème à 20 kg/ha.

Il s’est avéré que cette densité était trop élevée. En effet, le feuillage était en concurrence pour la lumière et s’est donc développé au dépend des racines. Cependant, une expérience faite par un des maraîchers du groupe a eu des résultats intéressants et a donné lieu à une suite d’essais.

▷ DU RADIS DANS DU SORGHO

Pour cet essai, l’expérience faite par Alban Reveille, La Ferme Intention, à Cazères s’est avérée satisfaisante et est reprise par d’autres maraîchers cette année. En effet, le radis chinois a été semé à une densité de 10kg/ ha, le 1er septembre 2018 à la volée sur 300 m2 dans deux variétés
de sorgho vivant, broyé à 40 cm. Un second broyage du sorgho à 20 cm a permis de recouvrir légèrement les graines. Le radis a été irrigué les trois jours suivants avec 50 mm d’eau.

Sur la partie de gauche était cultivé du sorgho population De Lozzo, l’essai a été réussi car le sorgho n’a pas poursuivi sa végétation après le 1er septembre, laissant la place au radis alors que sur la partie de droite, le sorgho Jumbo star F1 a continué sa croissance et a étouffé le radis chinois.

Deux mois après le semis, en novembre, dans le sorgho hybride, il restait peu de radis chinois et les pieds présents étaient petits, Alban a alors décidé de passer le rolofaca dès la première petite gelée pour détruire le sorgho hybride.

Les résultats de la partie de gauche ont été très satisfaisants, seuls 10 pieds de chénopodes, qui auraient grainés avant l’hiver, ont été arrachés. Pour détruire le radis, Alban a clôturé les brebis sur la parcelle, qu’il a ensuite bâchée fin février pour finaliser le travail et planter des courges et des patates douces entre le 15 mai et le 1er juin.

LA SUITE A DONNER

Au vu des résultats et de la volonté des maraîchers pour que le sol soit couvert correctement et rapidement, pour cette année, Antoine Bedel a préconisé un mélange de radis chinois Daïkon CS (2 kg/ha), phacélie (5 kg/ha) et lentille ou fenugrec (20 kg/ha) ou trèfle d’Alexandrie (7 à 10 kg/ha). Les densités proposées conviennent pour un semis au semoir à céréales, à augmenter donc pour un semis à la volée. Ce mélange lève très bien et est facile à détruire avec un seul broyage en mars.

Notons que la date limite de semis pour le fénugrec est tout début septembre et mi-septembre pour les autres légumineuses.

En plus de cette association avec le radis chinois CS, qui va être mise en culture par plusieurs maraîchers, les couverts végétaux vont être réfléchis avec leur intégration dans les plannings de culture (cf. planning d’Alban ci-dessous).

Cette vision plus globale de l’intégration du couvert dans les rotations des légumes permettra d’affiner le choix des espèces en fonction des créneaux de disponibilités des parcelles.

▶ EN SAVOIR PLUS

L’ensemble des résultats déjà obtenus sont disponibles sur le site Internet d’ERABLES 31 : http://www.erables31.org/forum/viewforum.php?f=115

Par Laurence Espagnacq et Marie Bollino, Chambres d’agricultures Haute-Garonne et Tarn et Garonne

Crédit photo : Adobestock et Interbio Occitanie