L’ail Bio : situation de la production en Occitanie et débouchés commerciaux

En 2018, la région Occitanie présentait plus de 1 750 ha d’ail, soit 65% des surfaces nationales. Cette culture est principalement présente sur quatre départements : le Tarn est leader avec 820 ha, suivi du Gers avec 541 ha, du Tarn-et-Garonne avec 305 ha et de la Haute-Garonne avec 77 ha. La production s’est distinguée avec les Signes Officiels de Qualité (Ail rose de Lautrec Label Rouge, Ail violet de Cadours AOP, Ail blanc de Lomagne IGP) pour garantir une plus-value aux producteurs et résister aux produits importés. La production en Agriculture Biologique n’est pas en reste puisqu’elle représente près de 10% des surfaces implantées (150 ha certifiés et 21 ha en conversion, soit 171 ha au total).

LA FILIÈRE DE L’AIL BIO EN OCCITANIE

En 2020, InterBio Occitanie a réalisé une enquête auprès de 11 metteurs en marché du Sud-Ouest (Alinéa -Top Alliance, Biogaronne, CABSO, Condifrance, Les Aulx du Sud-Ouest, Les Jardins du Midi, Les Produits du Soleil, Ligne Directe Production, Royal Saveurs, SicaBio Pays Landais, Vialail).

L’objectif de cette enquête était de mieux connaitre les opérateurs de la filière et leurs attentes, en vue d’améliorer la structuration et le développement d’une filière biologique cohérente.

Les résultats ont été présentés lors de 2 évènements organisés par les Chambres d’agriculture du Gers, Haute-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne : un webinaire le 3 décembre 2020 et une journée filière bio le 26 mars 2021. Les points marquants de l’enquête sont présentés ci-dessous avec les réactions ressorties des discussions.

ORIGINE ET CIRCUIT DE DISTRIBUTION

Le Tarn est le premier département d’Occitanie producteur d’ail sous SIQO en terme de surface, alors que ce sont le Gers et le Tarn-et-Garonne qui sont les principaux producteurs d’ail certifié BIO. Viennent ensuite la Haute-Garonne, le Tarn et le Lot-et-Garonne.

L’ail bio français n’est présent sur les marchés que d’août à mars. C’est pourquoi la moitié des metteurs en marchés déclarent commercialiser de l’ail bio d’importation produit en Bretagne, Espagne et Argentine.

Les raisons essentielles pouvant expliquer l’import d’ail bio sont le manque de volume produit, et le manque d’infrastructures du type chambres froides pour conserver l’ail plus longtemps. La jonction de mars à août est souvent réalisée avec de l’ail argentin (hémisphère sud).

Les principaux circuits de distributions de l’ail certifié BIO sont les magasins spécialisés et la GMS (Grandes et Moyennes Surfaces). La grande distribution porte un intérêt de plus en plus fort pour la production française.

L’industrie est un débouché mineur pour l’ail BIO. Si quelques transformateurs s’intéressent désormais à la production française et sont prêts à s’adapter pour pouvoir la réceptionner et la travailler, cela reste actuellement un marché de niche. De plus, le prix d’achat est toujours beaucoup plus faible (entre 2,50 et 3,00 €/kg).

L’ail en conversion reste difficile à commercialiser car la mention « En conversion à l’agriculture biologique » n’a pas d’impact sur l’acte d’achat des consommateurs. Il n’y a donc aucune demande des distributeurs pour ce produit. Seuls certains circuits de magasins spécialisés permettent d’absorber un peu de volume en C2 (le réseau Biocoop notamment).

LES GAMMES ET VOLUMES COMMERCIALISÉS EN BIO EN OCCITANIE

Sur les 11 metteurs en marchés enquêtés, 10 ont une gamme d’Ail Blanc BIO (soit 730 tonnes commercialisées en 2019) et 6 ont une gamme d’Ail Violet BIO (représentant 105 tonnes commercialisées en 2019). Ils expliquent cette différence par le fait que la majorité des clients n’acceptent pas d’avoir deux couleurs d’ail dans leur gamme de bio. L’ail blanc est privilégié par les producteurs car moins impacté par la rouille que l’ail violet.

Parmi les entreprises enquêtées, une seule propose une gamme d’Ail Rose BIO (soit 10 tonnes commercialisées en 2019). L’Ail Rose est peu représenté car il est déjà bien valorisé en conventionnel sous Label Rouge et qu’il est plus complexe à produire en Agriculture Biologique (coût de production plus élevé, cycle plus long qui l’expose fortement à la pression Rouille de fin de cycle).

L’ail est le plus souvent vendu sec, même s’il est intéressant de noter que des gammes d’ail Blanc et d’Ail Violet existent en frais.

CALIBRES, PRIX DE L’AIL EN BIO ET BESOINS

Alors qu’en conventionnel, la fourchette de calibre de l’ail est principalement comprise entre 60 et 90 (on entend par calibre le diamètre de la tête d’ail), elle est plus étendue en BIO. En effet, d’après l’étude menée par InterBio Occitanie, les calibres les plus commercialisés sont compris entre 40 et 70. En GMS, le calibre standard pour de l’ail bio se situe entre 45 et 60. En dessous, la valorisation reste difficile. Un réel travail de communication auprès des acheteurs doit être fait pour une meilleure compréhension des contraintes liées à la production et une meilleure acceptabilité des petits calibres. La problématique du conditionnement pour disposer d’emballages adaptés à du petit calibre a notamment été abordée en 2020, suite aux faibles rendements de l’année (sur certains lots, jusqu’à 60% de calibre 40). Au sein de la CABSO, certains acheteurs à la recherche d’ail et devant les faibles volumes disponibles, ont accepté de valoriser le calibre 30 pour soutenir la filière française.

D’après les résultats de l’enquête d’Interbio Occitanie, pour la campagne de commercialisation 2019-2020, le prix moyen payé au producteur pour de l’ail blanc brossé bio était de 5.73 € HT/kg. En moyenne, ce prix varie de 4.30 € à 5.70 € HT/kg.

Sur les 11 metteurs en marchés interrogés, 75% déclarent souhaiter développer leurs volumes d’ail bio. Selon leurs estimations, ces besoins supplémentaires représenteraient environ 370 tonnes en Ail Blanc BIO et environ 70 tonnes en Ail Violet BIO. L’origine Sud-Ouest est privilégiée.

CONDITIONNEMENT ET LOGISTIQUE ATTENDUS PAR LES METTEURS EN MARCHÉ D’OCCITANIE

Les metteurs en marché réceptionnent dans la plupart des cas les aulx bio sur leur plateforme, mais certains lots sont apportés par transporteur. Ils sont essentiellement conditionnés en vrac (dans 90% des cas), mais également sous forme de plateau (8%) et quelque uns sous forme de tresse (2%). Les tresses sont généralement commercialisées par les producteurs et les productrices en vente directe.

TÉMOIGNAGE DE FABRICE FURLAN
PRODUCTEUR D’AIL BIO DANS LE GERS, RECUEILLI LORS DU WEBINAIRE SUR LA FILIÈRE AIL BIO DU 3 DÉCEMBRE 2020

Quand et pourquoi s’être engagé en agriculture biologique ?
« Je me suis engagé en 2015. Ca me trottait dans la tête depuis quelques années, j’étais à la recherche d’un « nouveau souffle » techniquement, j’étais lassé de ne valoriser que le calibre 70-90, et je trouvais le marché aléatoire et morose. Les soutiens financiers régionaux et le fait qu’un ami se lance m’ont encouragé à passer le cap ».

Quelle est la production actuelle ?
« A ce jour, je cultive 10 ha d’ail en bio, en coteaux argilo-calcaires irrigables, sur une SAU totale de 150 ha en majorité grandes cultures. L’ail représente la moitié de mon chiffre d’affaires. Je cultive plus de 80% d’ail blanc, car je trouve la variété Messidrome plus adaptée à la conduite en AB et le marché est là. Je cultive aussi du violet mais j’ai réduit ma surface au profit du blanc car je le trouvais plus sensible à la rouille. Je commercialise en vrac car pour les autres types de conditionnements (plateaux, etc), la valorisation en plus n’est pas significative et ne permet pas de rentabiliser le besoin en main d’oeuvre pour réaliser ces étapes manuelles ».

Quelles sont, d’après toi, les principales problématiques ?
« La gestion de la rouille est une véritable problématique car la maladie peut entrainer de très grosses pertes de rendement. Cette maladie rend les rendements très fluctuants d’une année à l’autre, et nous n’avons pas de méthode de lutte efficace.
La semence est aussi une problématique, surtout avec l’évolution de la réglementation à venir qui obligera le recours à de la semence AB et n’autorisera plus les dérogations. Cela va entrainer un coût plus important et va doubler ma mise de fond, la prise de risque sera donc plus grande. Il va falloir que les cours se maintiennent pour garder de la plus-value.
La valorisation du C2 est également un problème. A ce jour, l’ail en conversion est valorisé au prix du conventionnel, donc ça ne passe pas, on ne rentre pas dans nos frais. J’ai donc décidé de ne pas faire d’ail pendant les 2 ans de conversion. Si c’était à refaire, j’aurais passé l’exploitation en bio et loué des terres en conventionnel ou des terres déjà certifiées pour y mettre l’ail le temps que l’exploitation soit certifiée ».

Qu’est-ce qui te plait dans cette démarche ?
« Le marché est dynamique et les prix sont assez stables, c’est un atout. Il y a davantage de sécurité économique et les relations avec les acheteurs sont aussi plus saines.
Les rendements étant plus faibles (mais la valorisation bien meilleure), je travaille aussi moins de volume ce qui est plutôt bien. J’ai même revendu des palox. Par contre, il faut penser à changer les grilles des machines, pour ne pas laisser partir le petit calibre »!

VISITE DE L’EXPLOITATION DE M. ROUET À MONFORT LE 26 MARS 2021

L’après-midi du 26 mars 2021 consacrée à la filière de l’Ail BIO organisée par les Chambres d’agriculture du Gers et du Tarn-et-Garonne, s’est terminée par la visite de l’exploitation de M. Rouet à Monfort, avec une démonstration de binage de l’ail.

La parcelle avait un précédent de blé et avait déjà été désherbée 2 fois (2 passages de herse étrille à l’aveugle, à mi pression, en décembre). En moyenne, 3 passages de bineuse sont ensuite nécessaires (en plus du désherbage manuel).

La bineuse présentée était une bineuse à soja que M. Bonnet, salarié de M. Rouet, a astucieusement adaptée pour servir de bineuse à ail. En moyenne, l’entreprise a des rendements en ail de 3,5 tonnes/ha.

Selon M. Bonnet, l’irrigation n’est pas obligatoire en ail. M. Bonnet expliquait par exemple qu’en 6 ans, il n’avait arrosé que 2 fois.

Cette action d’animation est cofinancée par la Région Occitanie via les crédits « Animation Bio » et par l’Etat au travers du CasDar.

Lise Laporte-Riou, Chambre d’agriculture du Gers
Marie Bollino, Chambre d’Agriculture du Tarn-et-Garonne
Anne-Laure Fuscien, Chambre d’Agriculture du Tarn
Stéphanie Camazon, Chambre d’Agriculture du Tarn
Marie Largeaud, Chambre régionale d’agriculture Occitanie

©Crédit photo : InterBio Occitanie et Chambres d’agriculture d’Occitanie