Le travail du sol en viticulture biologique en Occitanie
Le travail du sol est une pratique indispensable à maîtriser pour les viticulteurs s’engageant en Agriculture Biologique puisque le règlement bio européen interdit notamment l’utilisation des herbicides, en cohérence avec les attentes sociétales actuelles. Qu’il soit réalisé sous le rang ou sur la totalité de la parcelle, le travail du sol reste une étape délicate associant performance technique et enjeu économique.
Et pour les herbicides d’origine naturelle ?
L’utilisation des herbicides est strictement interdite en Agriculture Biologique, même s’ils portent les mentions « Produit d’origine naturelle » ou « Biocontrôle ».
LES OBJECTIFS DU TRAVAIL DU SOL
L’entretien mécanique du sol répond à diverses problématiques fréquemment rencontrées sur les vignobles d’Occitanie :
-> Désherber mécaniquement afin de limiter les concurrences hydrique et azotée pouvant être causées par les adventices ou les couverts végétaux semés.
-> Ameublir le sol afin d’en améliorer l’aération et la vie microbienne.
-> Enfouir superficiellement les apports d’amendements et d’engrais pour optimiser leur disponibilité et leur efficacité (réduire le risque de lessivage, favoriser la dégradation de la matière organique…).
-> Décompacter les sols sensibles au tassement grâce à un travail plus profond (environ 20 cm).
-> Maintenir un sol plat dans les inter-rangs.
Une pratique qui n’est pas sans conséquence.
Malgré tout l’intérêt du travail du sol comme alternative aux herbicides, il peut engendrer différents inconvénients comme la baisse de la portance, le risque accru d’érosion par rapport à un sol enherbé, la destruction des racines superficielles de la vigne, l’augmentation de la consommation en gazole agricole, une accélération du processus de minéralisation (perte de carbone)…
LES OUTILS DE TRAVAIL DU SOL
Pour un travail du sol satisfaisant, le choix d’outils adaptés est primordial. Différents paramètres sont à prendre en compte : l’objectif recherché, la configuration de la vigne, la nature et la pente du sol, les adventices présentes sur la parcelle, l’organisation du travail, les caractéristiques du tracteur, l’expérience du chauffeur et la facilité de réglage de l’outil.
-> Pour pouvoir faire face aux multiples situations, différents outils sont souvent nécessaires sur une même exploitation.
Comment choisir le modèle adapté à ses besoins ?
-> Echanger avec des viticulteurs aux terroirs et problématiques similaires.
-> Participer à une journée de démonstration pour observer l’ensemble des outils en fonctionnement.
-> Demander aux constructeurs de venir tester l’outil sur ses propres parcelles.
DANS L’INTER-RANG
SOUS LE RANG
Les disques crénelés font également un travail satisfaisant s’ils sont bien réglés, avec une faible profondeur, dans des sols non sensibles au lissage.
Et pour maintenir et entretenir un couvert herbacé ?
Désormais de nombreux viticulteurs optent pour des stratégies combinant travail du sol et maintien d’un couvert herbacé temporaire entretenu. Les outils fréquemment utilisés dans l’inter-rang sont les gyrobroyeurs, les broyeurs à marteaux et les rouleaux écraseurs de végétaux. Concernant l’entretien sous le rang, les tondeuses interceps et les interceps rotatifs à axe horizontal à fils (type épampreuse) sont de plus en plus répandus.
LES COÛTS DE PRODUCTION
Les coûts peuvent être très variables d’une exploitation à une autre en fonction des conditions agropédoclimatiques, des outils, de l’expérience des tractoristes, du développement des adventices… Le tableau de la page suivante présente quatre cas de figure, sur une exploitation de 30 ha dont les parcelles possèdent une largeur de plantation de 2,50 mètres et configuration 100m/100m. Avec une largeur de plantation de 2,20 m, les coûts de production sont de 2 à 8 % plus élevés.
-> Pour comparaison, un itinéraire technique intégrant 3 passages de cadre dans l’inter-rang et un passage d’herbicide chimique sous le rang
possède un coût moyen de 214 €/ha avec un temps de travail moyen de 3,71 h/ha/an.
Source : Matériel agricole Coûts des opérations culturales, APCA, 2020
RÉDUIRE SA CONSOMMATION EN GAZOLE AGRICOLE LORS DU TRAVAIL DU SOL
La transition vers le travail du sol est souvent caractérisée par une augmentation de la consommation en carburant et donc des coûts de production. Pour maîtriser cette augmentation, plusieurs pistes de réflexion existent :
-> Le choix de l’outil. Certains outils sont nettement plus consommateurs en gazole. La houe rotative à axe horizontale consomme par exemple deux fois plus de carburant qu’un cadre, du fait de son animation via la prise de force et d’une vitesse de passage plus faible. De la même manière, une décavaillonneuse hydraulique sera plus consommatrice en carburant qu’un outil passif.
-> Le moment de reprise des sols. Le travail dans un sol aéré et sec est moins consommateur en carburant que dans un sol compacté ou ressuyé mais frais.
-> La profondeur de travail. Le travail du sol à une profondeur inférieure à 10 cm, avec un objectif de destruction des adventices par exemple, est moins consommateur en gazole qu’un travail du sol à une profondeur supérieure à 10 cm réalisé dans le cadre d’un décompactage.
Un régime moteur adapté et l’optimisation des manoeuvres permettent également de réduire sa consommation en carburant.
Source : L’entretien du sol, SudVinBio, novembre 2019
Bilan carbone : pour consommer toujours moins de gazole agricole, raisonnez votre nombre de passages.
Par Emma CARROT et Christophe AUVERGNE, Chambre d’agriculture de l’Hérault, Nicolas CONSTANT, SudVinBio, Nicolas DUBREIL, CivamBio66, Emmanuel COLIN, FD CUMA 30-34, Marie LARGEAUD, Chambre régionale d’agriculture Occitanie