Le comptage de Varroas phorétiques : un temps de perdu dix de trouvé !
Maîtriser Varroa dans ses ruchers constitue un levier majeur pour optimiser la production et diminuer les pertes de cheptel. Pour comprendre ces dynamiques parasitaires, évaluer les infestations devient une nécessité.
Parmi les méthodes d’évaluation, la mesure de varroas phorétiques pour 100 abeilles (Vp/100ab) est un outil d’aide à la décision (OAD) précieux permettant d’anticiper les risques de sur-infestations en adaptant ses itinéraires techniques et stratégies de traitement.
Elle présente l’avantage d’être relativement simple et rapide à mettre en oeuvre lorsqu’elle est intégrée à une visite de colonie. Le fait de rapporter cet indicateur à un nombre fixe de 100 abeilles, permet de normaliser la mesure, facilitant ensuite les comparaisons entre ruchers, parcours, apiculteurs, etc., indépendamment de la force des colonies.
Pour avoir une idée représentative du taux d’infestation d’un rucher de 20 colonies et plus, un minimum de 8 mesures est nécessaire. Ces comptages peuvent se faire tout au long de la saison. Des colonies sont « à la traîne », montent difficilement dans la première hausse alors que les voisines commencent à investir la deuxième ? Avant d’attribuer la faute à la qualité de la reine et initier un remérage, des comptages ponctuels peuvent s’avérer pertinent pour valider ou écarter l’hypothèse d’une infestation varroa problématique.
Néanmoins, quatre périodes clés de comptage ont été identifiées comme stratégiques dans la conduite des ruchers (Fig.1): en sortie d’hivernage, en début d’été, en fin d’été avant traitement, à l’automne après traitement.

QUATRE PÉRIODES CLÉ DE COMPTAGE POUR S’ADAPTER EN SORTIE D’HIVER : ÉTAT DES LIEUX DU CHEPTEL
Cette période clé est peut-être la plus importante pour démarrer la saison du bon pied. Il s’agit de s’assurer que les traitements d’hiver ont été efficaces et que les ruchers redémarrent la saison de production avec des niveaux de parasitisme indétectable.
L’objectif est donc de repartir à 0… Vp/100ab. Si l’objectif est atteint, un parcours de production jusqu’à la miellée d’été est envisageable.
En revanche, si les résultats indiquent des charges moyennes supérieures à 0.8-1 Vp/100ab, le rucher a de fortes chances de souffrir de varroa en saison et d’atteindre des niveaux d’infestations difficilement contrôlables d’ici la fin de l’été. Plusieurs options sont alors possibles comme un traitement de rattrapage avant la pose des premières hausses ou bien l’utilisation de ce rucher pour faire des essaims (avec un traitement).
Pour des niveaux intermédiaires d’infestation (0.3-0.8 Vp/100ab), le risque sera modéré sur les premières miellées mais un parcours de production court sera à privilégier.
Les résultats de cette campagne de comptage vous apporteront également des éléments objectifs pour évaluer vos stratégies de lutte hivernale, leur adéquation avec la localisation de vos ruchers d’hivernage (altitude, exposition, etc.) ou encore déceler d’éventuels effets à associer aux diverses génétiques peuplant votre cheptel. Sur cette base, vous pourrez adapter vos itinéraires pour le prochain hiver.
N.B : Il est préférable de réaliser ce comptage avant que les surfaces de couvain ne soient trop développées.

EN DÉBUT D’ÉTÉ : POINT D’ÉTAPE POUR ÉVALUER LE POTENTIEL DES TROUPES
Les ruchers en sont à leur deuxième ou troisième miellée, il est temps de faire un point sur leur situation parasitaire. Même si l’objectif 0 VP/100ab a été atteint en début de saison, les dynamiques varroas peuvent fortement varier selon les parcours de production (nombre de miellées et performances réalisées, transhumance / sédentarité, etc.). Des ruchers ayant démarré la saison sur des miellées précoces (ex : romarin ou bruyère blanche) présenteront généralement plus de risques d’infestations problématiques sur les miellées de fin d’été. L’enjeu est donc de contrôler les niveaux de parasitismes pour adapter si besoin les itinéraires techniques de production.
Cet état des lieux permet aussi d’évaluer le potentiel de production sur la fin de saison et sélectionner les ruchers candidats pour des miellées plus tardives. Sur la miellée de Lavande par exemple, les données accumulées au cours de douze années d’observatoire menées par l’ADAPI et l’INRA BioSP d’Avignon, ont clairement mis en évidence l’impact de varroa sur les performances de production, avec notamment une perte moyenne d’environ 5kg au-delà de 3 Vp/100ab en début de miellée (Kretzschmar et al. 2016 ; Fig.2).

Si les résultats indiquent des niveaux d’infestations conséquents sur certains ruchers, leur sortie du circuit de production peut s’avérer stratégique. Des méthodes comme le retrait total de couvain associées à l’application de traitements flash de médicaments à base d’acide oxalique, ont l’avantage d’associer traitement et renouvellement de cheptel à partir du couvain retiré (voir le cahier technique Innov’Api du projet sur notre site). Réalisées par exemple à l’issue d’une miellée de châtaignier, colonies mères comme essaims pourront ensuite se redévelopper sur une miellée d’été dynamisante.
EN DÉBUT D’AUTOMNE APRÈS TRAITEMENT
Opter pour une seule et même stratégie de lutte systématique en fin de saison sur l’ensemble de l’exploitation montre des limites depuis quelques années. En effet, l’application des traitements préconisés n’est malheureusement plus un gage de conditions optimales pour la préparation du cheptel à l’entrée en hivernage. Des couvains mosaïques, des ailes déformées, des larves cannibalisées, etc. visibles à l’oeil nu sont des constats de plus en plus fréquents à l’issue des traitements longue durée.
Plusieurs causes peuvent expliquer des niveaux d’infestations problématiques subsistants pendant et après traitement :
=> Conditions d’applications défavorables (quantité de couvain, T°C trop basses/élevées, etc.),
=> Cinétique d’efficacité du traitement trop lente (élevage de la population d’abeilles d’hiver en présence d’une trop forte pression parasitaire)
=> Présence de populations de varroas résistantes à la molécule acaricide du traitement utilisé,
=> Niveaux de sur-infestations qui même avec des traitements atteignant les standards d’efficacité requis (90% pour les traitements utilisables en bio), laissent des populations de varroas résiduels trop importantes.
Comparés aux comptages réalisés avant traitement, ils permettent de vérifier la bonne efficacité des traitements appliqués et / ou comparer différentes stratégies. De plus, réalisés suffisamment tôt, ces comptages permettent de réagir à temps en cas d’échec de traitement, pour appliquer des stratégies de rattrapage.

Les pertes hivernales interviennent souvent dès la fin de l’automne. Celles constatées fin novembre sur un rucher ariégeois impliqué dans l’expérimentation Winvar21-22 en est un bel exemple (Fig. 3). Sur les 45 colonies issues de différents parcours mais toutes traitées avec de l’acide oxalique après encagement de reine (sur tournesol, rhododendron ou bruyère), un tiers présentait des taux d’infestation inquiétants lors de l’évaluation réalisée le 20 octobre. Fin novembre, au moment de traiter, la plupart de ces colonies étaient déjà mortes. L’identification dès fin septembre de ces échecs de traitement et/ou de ces fortes réinfestations, aurait pu aider à « limiter la casse » en appliquant à temps un traitement de rattrapage.
Le seuil communément admis en début d’automne pour assurer un bon hivernage est de 1 Vp/100ab mais il est souvent dépassé. Ce seuil reste néanmoins à affiner et à contextualiser selon les stratégies de traitements appliquées. Un dépassement mi-octobre à hauteur de 2-3VP/100ab n’aura pas la même incidence sur des colonies traitées avec un médicament « longue durée » ou sur des colonies ayant reçu un traitement flash de PMAO (Préparation Médicinale à base d’Acide Oxalique) après un encagement ou un retrait de couvain en fin d’été. Dans le premier cas, l’élevage des abeilles d’hiver se sera déroulé dans des conditions de dynamiques parasitaires décroissantes mais relativement élevées, tandis que dans le second cas, les dynamiques parasitaires auront été croissantes à l’automne mais à des niveaux acceptables grâce au vide sanitaire résultant de l’action mécanique sur le couvain associé à l’action flash de l’acide oxalique.
Dans les deux cas, il y a aura nécessité d’un traitement d’hiver efficace pour réduire au maximum ces foyers résiduels et repartir la saison suivante sur des bases saines.

POUR RÉSUMER
Compter varroa est un outil essentiel pour gérer au mieux son cheptel. Certes, la réalisation de comptages implique d’y consacrer du temps mais mis au regard du temps passé à gratter les caisses n’ayant pas passé l’hiver ou à déplacer des ruchers trop parasités pour être performants sur une miellée visée, cet investissement peut s’avérer rentable sur le long terme.
Ainsi, compter varroa dans vos ruchers vous permettra :
=> De limiter les risques de dépasser les seuils de nuisibilité,
=> D’optimiser les performances de production,
=> D’adapter les stratégies de lutte à l’échelle des ruchers et de les améliorer,
=> De vérifier à temps l’efficacité des traitements réalisés,
=> Et de mieux comprendre les éventuels dysfonctionnements de ruchers.
Récemment, l’ITSAP a mis en ligne l’application web « varroappli » dont l’objectif est double : suivre plus facilement l’infestation de ses ruchers tout en alimentant la base de données nationale pour faciliter à terme l’interprétation des comptages et l’identification des valeurs seuils.
=> bit.ly/3p7gxEa
L’ADA Occitanie propose un service de comptage de varroa phorétiques afin d’accompagner les apiculteurs dans la gestion et la compréhension des dynamiques parasitaires de leurs ruchers et de sensibiliser sur l’intérêt de surveiller ces dynamiques au cours de la saison.
=> bit.ly/3qohEQL
Par Anthony Bouétard, ADA Occitanie
Crédits photos : Shutterstock