Produire des plantes aromatiques et médicinales à destination des entreprises – Des opportunités pour se lancer ou se diversifier

Les PPAM ne constituent pas une grosse filière, avec moins de 1% de la SAU Française, pour 3500 exploitations. 15 % des surfaces sont en Bio contre 5% dans le reste de l’agriculture. La lavande, le lavandin et le pavot-œillette couvrent 70% des surfaces. Les 30% restants assurent 60% du chiffre d’affaires. Cela montre la forte hétérogénéité du chiffre d’affaires par production. Cette filière a un dynamisme particulier avec une augmentation des surfaces de 12% par an.

De nouveaux producteurs se lancent dans cette culture pour se diversifier et sécuriser leurs revenus. Un sondage FranceAgriMer montre que les trois-quart des exploitants ayant des surfaces en PPAM le font en diversification, avec du maraîchage, des grandes cultures ou de la viticulture. La DRAAF Occitanie constatait en 2017 une valeur ajoutée comparable entre la viticulture et les lavandes/lavandins. Le développement est facilité par le fait que la production ne nécessite pas de grandes surfaces pour démarrer et que le calendrier de travail varie d’une plante à l’autre.

Le territoire diversifié d’Occitanie permet la culture de multiples espèces (thym, romarin, lavande, lavandin, origan, sarriette, coriandre, fenugrec, sauge, et même la verveine) avec une demande en forte croissance pour approvisionner plusieurs marchés. Pour les productions « classiques», la demande est continue, avec de centaines d’hectares (thyms, romarins) voir des milliers (lavandes, lavandins) nécessaires rapidement. Pourtant les projets de plantations restent rares, alors que les débouchés sont assurés. Pour ces productions, les demandes sont généralement connues des Chambres d’Agricultures et groupements Bio départementaux peuvent vous aider à mieux les cerner.

C’EST QUOI LES PPAM ?

Les plantes à Parfums, pour la distillation, sont principalement les lavandes, le lavandin, la sauge sclarée et quelques dizaines de petites espèces cultivées dans le Sud Est, mais aussi en Occitanie, notamment dans le Lot où la filière redémarre. La forte demande
de lavandin bio est une opportunité importante pour répondre au besoin en aromathérapie et matières premières pour la parfumerie.

 

Les plantes Aromatiques n’occupent que 500 ha autour des herbes de Provence du basilic ou du persil. Les thyms, le romarin, l’origan et la sarriette. Elles sont cultivées dans Sud de la France et présents en Occitanie (150 ha), dans l’ancien Languedoc Roussillon, dans le cadre de programme avec des entreprises. Un triplement des surfaces serait nécessaire face aux marchés.

 

 

Les plantes Médicinales à propriétés thérapeutiques sont nombreuses. Du pavot, en production contrôlée, en passant par la verveine odorante et bientôt le cannabis! En Occitanie, elles sont cultivées, mais aussi cueillies, sur des petites exploitations. Plusieurs espèces sont règlementées et 148 plantes sont libres de vente. C’est une production qui progresse constamment en région via des installations en circuits courts. Plusieurs entreprises et la distribution spécialisée sont en demande pour étoffer leurs gammes notamment en tisanes.

RAISONNER SES CHOIX DE CULTURES SELON SES CAPACITES ET SELON LA DEMANDE

Avec une centaine de plantes possible, le choix ne manque pas. Il doit pourtant être mûrement réfléchi en fonction de critères simples et rationnels si l’on veut se professionnaliser et durer dans cette filière.

Quels produits sont demandés par les acheteurs ?

Les 2 principaux segments sont les cultures destinées à la distillation et aux plantes séchées. Facteur limitant : la disponibilité des plants en pépinière.

Espèces possibles : Lavandes, lavandins, thyms, sauge sclarée, origans et coriandre. Puis de nombreuses niches commerciales sur des petits volumes.

Qu’est-ce qui peut pousser sur mes parcelles et dans l’environnement ?

Facteurs limitants : Présence de vivaces en grandes quantités : rotations nettoyantes impératives avant plantation.

Espèces possibles : En priorité celles qui poussent spontanément dans son terroir.

Faut-il irriguer ?

De nombreuses PPAM n’ont pas besoin d’eau mais la reprise et les rendements sont meilleurs.
Espèces possibles : Seules les plantes de garrigues et les ombellifères sont envisageables sans eau.

Quelles sont les caractéristiques de sols de mes parcelles ?

▸ Terres sèches ou drainantes calcaires.
▸ Terres lourdes humides à fraiches.
▸ Terres lourdes sèches.
▸ Terres filtrantes
Espèces possibles Plantes de garrigues (thyms, lavandes, romarins…) ▸ Menthes ou mélisses ▸ Ombellifères (coriandre, fenouil) ▸ Toutes avec irrigation pour les plus fragiles (basilic, coriandre, camomille, calendula voire origan)

De quels équipements ai-je besoin?

À minima des outils tractés pour désherber. Espèces possibles Toutes, à condition d’avoir l’outil de transformation correspondante.

Derniers points à vérifier :

Réduire le stock d’adventices, surtout lorsqu’on plante sur friches : 1 à 2 années de culture “nettoyantes” et /ou d’engrais verts peuvent être nécessaires.
S’assurer que sa parcelle soit à l’abri de dérives de traitements chimiques car certaines PPAM peuvent concentrer ces molécules et les lots refuser.
Réserver ses plants et semences très tôt : prévoir 6 à 12 mois selon la variété ou le chémotype.

Les modes de transformation des PPAM sont majoritairement le séchage pour l’herboristerie et compléments ali- mentaires et la distillation pour les huiles essentielles & hydrolats pour l’aromathérapie et la cosmétique. Toutefois le boom de des soins naturels et des nouveaux modes de consommation alimentaires fait que des types d’extraction ou de présentation novateurs voient le jour à partir de plantes fraîches ou sèches. Pour une même plante le produit fini peut donc varier selon le marché et la transformation préalable.

La valorisation du producteur sera d’autant plus grande qu’il pourra aller loin dans la transformation pour fournir un produit conforme à la demande : taille de lot minimum, qualité constante et régularité de l’approvisionnement. La capacité d’investissement et à la technicité sont des points clés.

CHEMOTYPE KESACO ?

Un chémotype se distingue par une teneur en composé chimique dominant différenciant de l’espèce de base.

Les thyms notamment sont classés en chémotypes.
Thymol ou carvacrol : thyms forts piquants utilisés en aromates.
Thyms linalol, thyms doux, ou Thujanols très doux plus utilisés en aromathérapie.

Le choix du chémotype est incontournable en production pour l’huile essentielle surtout. C’est un critère de contractualisation et de prix de vente.

ITINERAIRE TECHNIQUE – THYM & LAVANDE BIO

01 – La plantation

Idéalement elle se fait après un engrais vert, une prairie, une céréale, voir des cultures légumières. La vigne, les fruitiers et les défriches ligneuses augmentent le risque de pourridié. Le niveau de préparation est comparable à une culture maraichère, les plants en mini-mottes étant mis en place à l’aide d’une planteuse. L’usage de paillage même biodégradable n’est pas conseillé car il laisse des résidus dans les récoltes.

Le choix de la variété et du chémotype est déterminant vis-à-vis de l’objectif commercial. Pour la lavande on achètera des plants sains certifiés indemne de dépérissement. Il vaut mieux différer une plantation que de planter un plant qui n’a pas les garanties attendues! Les densités varient de 18000 plants/ha (thyms, sarriette, origan) à 10000-12000 plants/ ha (romarins et lavandes) et le prix du plant de 0,1 à 0,3€ selon qu’il provienne de semis ou de bouture. Avec les frais la plantation revient entre 3 400 à 5 900€/ha.

 

02 – L’entretien

En l’absence de problèmes phytosanitaires majeurs, le travail principal est le désherbage mécanique des cultures. C’est un point crucial les PPAM étant d’autant moins compétitives vis-à-vis des mauvaises herbes qu’elles sont basses, le désherbage doit être très suivi. Le temps de désherbage peut passer de 20 h/ha à plus de 200 heures dégradant dans ce cas la marge brute si celui-ci n’est pas rigoureux.

Le premier passage a lieu quelques semaines après plantation avec une herse étrille en plein. Les suivants à rythmes réguliers avec des bineuses.
La bineuse de type “à doigts Kress” est un outil adapté à presque tous les types sols selon la dureté du plastique qui constitue les doigts. Elle est souvent couplée avec différents socs.
Les ailes de type “bathelier” fonctionnent comme une simple lame bineuse pouvant être aisément auto construite.

 

03 – La récolte

Pour les lavandes et lavandins, la récolte se fait de début juillet à mi-août. Plusieurs techniques sont disponibles, neuves, d’occasion ou en prestation.

« Technique traditionnelle » Avec une coupeuse à section (marques : Ponzo, Clier, Ray) ou à disque (Jeulin, Bonino), doublé d’un lieur ou d’un tapis et d’une caisse. Les hampes florales doivent être préfanées en gerbes pour le cas du lieur ou en bord de champs les tapis-caisses. Compter au moins 4000€ d’occasion. Ces deux techniques permettent d’obtenir une huile essentielle type «traditionnelle » de qualité supérieure pour la mise en marché en AB.
« Vert broyé » C’est une technique d’ensilage. Les hampes florales sont coupées puis broyées et envoyées dans un caisson qui servira à la distillation. (Compter au moins 10000 € d’occasion.) Cela offre un gain de temps de récolte mais peut poser des problèmes de qualité des huiles essentielles comme le noircissement de la récolte ou l’hydrolyse et consomme plus d’eau et d’énergie. Pour les plantes sèches ont utilise comme base une coupeuse auto-chargeuse à fourrage. Ce matériel existe d’occasion mais doit être modifié pour les PPAM.

04 – La transformation

Après récolte il s’agit de réaliser une première transformation en fonction des débouchés.

Séchage-battage pour le marché de l’herboristerie et des aromates, les plantes doivent êtres séchés puis battues. Le séchage doit avoir lieu maximum 2 heures après récolte. Un séchoir fixe ventilé ou à dessiccateur peut être utilisé (environ 20m2 minimum par ha à sécher, et 2000€ à 10 000€ / ha selon le niveau d’auto-construction). Les bennes à céréales ventilées (en location ou en achat) sont utilisables mais attention au nettoyage pour éviter les résidus de gluten, qui peuvent faire refuser du lot. Il faut ensuite séparer les feuilles des tiges par battage. Cette opération peut être réalisée par une moissonneuse batteuse en poste fixe (3000 € d’occasion). D’autres méthodes de séchage et des prestations de services se développent ponctuellement sur les territoires.

Distillation destinée au marché des huiles essentielles et hydrolats les plantes sont distillées. Il faut compter 40 000€ pour un alambic à poste fixe basse pression (alambics du centre, alambic sofac) et plus pour une unité de distillation mobile (UD9-Crouzier, Distillerie Bel Air). Le matériel d’occasion est rare et pas toujours de qualité. Un alambic mal conçu ou mal piloté fournira des huiles essentielles de mauvaise qualité et/ ou aura un mauvais rendement. Il faut choisir une énergie facile à doser (fioul, gaz ou bois déchiqueté), plutôt que le bois buche. Il est obligatoire d’utiliser l’eau du réseau pour distiller.

BON A SAVOIR

Une aide aux plantations !

Depuis 2012, à l’incitative de départements puis étendue à la région Occitanie cette aide permet de financer jusqu’à 40% HT du prix des plants (cultures pérennes), de la préparation du sol et de la plantation. Les conditions: commercialiser à des entreprises ou en commun via des circuits courts et être sous signe de qualité, bio inclue. L’Occitanie est la seule région française a ainsi soutenir la production des PPAM.
▶ https://www.laregion.fr/Dispositif-d-aide-a-la-plantation-de-Plantes-a-Parfum

TEMOIGNAGES – ACTEURS DE LA FILIERE PPAM

 

Pierre BOCCON-GIBOD

DISTILLERIE BEL AIR à St-Just-et-Vacquières (30)

“Les enjeux économiques de la distillation liée à plusieurs facteurs”

La gestion de trésorerie: Lorsque l’on se lance en PPAM il est tentant d’acquérir un alambic pour faire sa distillation. Pour le plaisir, pourquoi pas ? Cependant, pour la pérennité d’une exploitation, il vaut mieux envisager cet investissement après 6 ans minimum, lorsque les plantes sont en phase de croisière et que la technique est maitrisée et les débouchés sécurisés. Pendant cette période, le recours à la prestation de service est une solution efficace : vous ne payez que le temps de distillation. Par exemple, un vase de distillation de lavandin de 2,2m3 vous revient à 120€ HT et vous permet d’obtenir minimum 15 kg d’huiles essentielles, ensuite soit vous repartez avec vos huiles essentielles, soit, la distillerie les achète.

Le rendement de distillation: La distillerie Bel Air dispose d’une unité de distillation fixe double vase de 2 x 2 200 litres et d’une unité de distillation mobile de 2 x 900 litres en remorque sur véhicule léger pour les plantes fragiles ou les premières années de productions. Ces outils de grande qualité sont optimisés pour offrir la meilleure production d’huiles essentielles par quantité de plantes utilisées. Là-dessus vient se rajouter la maitrise du protocole de distillation pour chaque plante. Cela permet d’assurer des lots d’huiles essentielles de taille suffisante et de qualité homogène. Lors du choix d’un alambic il sera donc important de choisir un produit de qualité quelque-soit le volume des vases, sans quoi les rendements d’extraction risquent d’être décevants. Pour maitriser sa culture et son outil rien de tel que de suivre une formation.

Les contrats de production: En fonction de la qualité de la production et notamment du désherbage des cultures, de la maitrise de la date de récolte et de l’absence de contaminant il est peut-être envisagé de mettre en place un contrat de production d’une durée de 5 ans. À titre d’exemple, l’huile essentielle de lavandin grosso bio était achetée à 27€/kg en août 2018. Cela permet de se projeter.

Contact : contact@belair.bio – https://belair.bio/

 

Véronique MAS

Gérante SICA BIOTOPE DES MONTAGNES à Soudourgues (30)

Véronique, installée depuis 5 ans, cultive 10 espèces différentes (Verveine, menthe poivrée, mélisse, etc.) sur 2000 m2 de terrasses et cueille 7 espèces (thym, romarin, ortie, cynorhodon, etc.).

Je livre l’ensemble de ma production à la SICA Biotope, constituée il y a plus de 30 ans et qui regroupe 12 producteurs et cueilleurs installés en zone de montagne. Chacun produit selon une planification établie en fonction des ventes de l’année précédente. La coopérative écoule environ 1 tonne de plantes sèches par an, vendues sans intermédiaires aux magasins Bio spécialisés (Biocoop 30%, la Vie claire, So Bio, etc.), ce qui permet de garantir une bonne valorisation des produits.

Nos fermes et nos terres de cueillette sont certifiées AB et SIMPLES (http://www.syndicat-simples.org/fr/). Notre objectif est d’obtenir des plantes, non pas sélectionnées sur leur rendement ou la facilité de récolte mais sur leur vitalité. Cette démarche nous permet de proposer des produits différenciés et de qualité à des niveaux de prix qui garantissent un revenu viable aux producteurs. Par exemple le prix d’apport du thym est de 37€/kg en 2018, ce qui peut paraître élevé mais directement lié à la qualité du produit et à la ressource naturelle dans le cas des cueillettes sauvages. Pour ma part je dégage environ un SMIC sur l’équivalent d’un mi-temps de travail. Nous recherchons régulièrement des plantes de qualité car la demande est plus importante que l’offre. Les nouveaux producteurs que nous accueillons fréquemment ont souvent une image négative du demi-gros, tant sur le plan économique que sur la valorisation de leur production. Ils souhaitent faire de la vente directe en circuit court ; mais cette démarche a ses limites et les producteurs se retrouvent vite en concurrence sur le marché local saturé. La transmission des savoir-faire et les bons outils sont indispensables pour optimiser la rentabilité économique de nos petites entreprises agricoles. Une structure collective, comme la SICA Biotope, qui offre un ensemble d’outils et de services aux producteurs, c’est un plus pour démarrer !

Contact : http://www.biotopedesmontagnes.fr/

 

Bernard KIMMEL

Président SOCIETE ARCADIE à Méjannes Les Alès (30)

Depuis 30 ans, la société Arcadie propose une gamme de plantes exclusivement issues de l’agriculture biologique, sous les marques Cook et Herbier de France.
75 % des tisanes, épices et aromates produites sont vendues directement à des les magasins bio comme Biocoop, Satoriz, et l’Eau vive. 25 % des produits sont vendus en vrac à des transformateurs et artisans. Depuis 2006, Arcadie cherche à relocaliser un maximum les plantes pouvant être produites en France (thym, origan, romarin, sarriette, marjolaine, basilic…). Face aux difficultés rencontrées avec les produits d’importation souvent contaminés avec des pesticides, Arcadie s’est investie pour relancer et dynamiser la production de plantes aromatiques bio en Languedoc Roussillon puis en région Occitanie. Aujourd’hui, cette filière a gagné sa reconnaissance en tant que secteur de production à part entière assorti d’aides spécifiques.

Pour atteindre ses objectifs, l’entreprise s’est engagée à porter le programme «Herbo Bio Méditerranée », avec l’aide financière de l’Agence bio, visant à développer les filières de plantes aromatiques et médicinales en régions PACA et Occitanie en collaboration avec les organismes agricoles (Chambre d’Agriculture Occitanie, CIVAM Bio Gard, Agribio 04 …). Ce programme permet notamment la réalisation de journées techniques chez les producteurs avec l’intervention de conseillers spécialisés. L’objectif à terme est d’atteindre l’intégralité de approvisionnement en plantes de garrigues provenant de France.

En 2011, l’association de producteurs BGM (Bio Garrigues Méditerranée), est fondée pour accompagner la structuration de cette filière. Cette association regroupe des producteurs des régions Occitanie et PACA qui cultivent des plantes de garrigues en agriculture biologique. Arcadie a signé avec elle un contrat de partenariat équitable (Biopartenaire®) pour son approvisionnement en plantes de garrigues, avec notamment des prix garantis et un engagement d’achat pluriannuel. Au niveau de chaque producteur, un contrat à la parcelle est ensuite signé pour 5 ans qui engage Arcadie à prendre l’intégralité de la récolte de cette parcelle.

Contact : http://www.arcadie.fr/

 

Lise CARBONNE

Présidente DISTILLERIE COOPERATIVE à Murviel-Lès-Béziers (34)

La coopérative produit historiquement de l’alcool vinique. Nous avons lancé le secteur PPAM en 2009 en parallèle pour
pallier à la réduction de ces activités. Nos terres sont pauvres et pas irrigables. Il y a aussi des problèmes de pollution des captages d’eau. Le choix de développer une activité de PPAM en Bio, pour la production d’huiles essentielles, s’est donc imposé. De 2010 à 2014 nous avons réalisé plusieurs investissements (alambic et planteuse), puis une CUMA s’est constituée (herse étrille et récolteuse) afin d’apporter des services aux adhérents. La première distillation remonte à 2013.

Aujourd’hui, 7 coopérateurs produisent, différentes chémotypes des thyms, sur 20 ha. Le thym est une culture compatible avec le calendrier de travail de la vigne. Le décalage entre la période de récolte des thyms et les traitements des vignes est aussi un atout car, malheureusement, il pourrait y avoir des dérives de traitements chimiques qui contamineraient nos cultures. De plus, notre production étant encore faible, et le marché des huiles essentielles étroit pour ces volumes, les thyms, trouvent plus facilement preneurs. Nous travaillons avec de entreprises régionales dont la société SIRIUS Bio (Tarn) et un peu avec la Suisse. Notre projet est de dépasser les 50 ha de cultures de thyms autours de Murviels. Nous allons aussi développer du lavandin mais sur d’autres territoires, les problèmes de maladie du bois noir, présent dans notre vignoble, présentant un risque avec ces cultures. Les nouveaux producteurs doivent savoir qu’une diversification en PPAM n’augmentera pas forcément leurs revenus. Elle permet d’être plus stable en cas de coup dur sur le reste. Enfin il faut qu’ils aient une expérience en gestion mécanique du désherbage. La coopérative propose également de la distillation à façon mais sur des volumes significatifs, notre alambic de 5000 litres, ayant un coût de fonctionnement trop élevé pour des faibles quantités de plantes.

Notre région est adaptée à cette production. Il nous manque encore du savoir-faire mais les PPAM constituent une importante filière de diversification à terme. La consommation des huiles essentielles a le vent en poupe et d’autres usages s’ouvrent comme le bio-contrôle.

Contact : distillerie.murviel@orange.fr

 

Vincent CHAMPENOIS

Président BIO GUARRIGUES MEDITERANEE  à Nîmes (30)

Vincent Champenois s’est installé en DJA en PPAM en 2012. Il exploite 9 ha de PPAM en zone de plaine (SAU 13 ha) et ne commercialise qu’à des intermédiaires. Sa production est diversifiée, autour de 6 espèces principales axées sur les plantes sèches. Ses principaux clients sont ARCADIE (40% CA) et l’Herbier du Diois (40% CA) plus 3 autres entreprises.

Bio Garrigues Méditerranée (BGM) compte 15 adhérents principalement sur le Gard mais aussi l’Hérault, le Tarn et la région PACA. Nous produisons sur 60 ha des plantes qui sont à 90% destinées à l’herboristerie avec les thyms comme production phare. L’association sert d’intermédiaire entre producteurs et la société ARCADIE, partenaire privilégié mais pas exclusif, pour la mise en place des cultures et pour les négociations autours du contrat Bio Partenaire. BGM a également un rôle majeur de partage d’expériences, de mise ne commun et d’entraide entre les adhérents. Les producteurs les plus anciens ont un rôle de « parrain ». Nous organisons aussi des rencontres bords de champs chez chacun d’entre nous avec un appui extérieur en renfort technique afin de progresser ensemble. Il est important de partager nos réussites et nos échecs car en PPAM il existe encore peu de références accessibles. On apprend tout le temps, même quand comme moi on vient d’une famille de
producteurs de PPAM, car le climat est changeant d’un secteur à l’autre.

Sur les coûts de production nous avons beaucoup à mettre en commun car il est difficile de mesurer tous les coûts périphériques, comme le temps de maintenance des matériels nécessaires à notre activité (récolteuse, séchoir, nettoyeur etc.). Les aléas climatiques induisent
aussi des variations de rendements. En moyenne 1 ha donnera 300 kg de feuilles sèches pour un thym linalol et 600 kg pour un thym type thymol avec un prix très différent de l’un à l’autre. Nous avons donc besoin de cette connaissance pour ajuster nos prix de vente. L’association BGM va continuer à être un lieu d’échanges, de proximité, et de progrès social mais n’a pas vocation à devenir un groupement économique en soi.

Contact : biogarmed@gmail.com

Par Pierre BOCCON-GIBOD  de CIVAM BIO GARD et Gérard DELEUSE de la PPAM REGIONAL

Crédit photo : Interbio Occitanie