Le 26 novembre 2020 s’est tenue par visioconférence la 1ère rencontre régionale réunissant producteurs et utilisateurs de semences biologiques d’Occitanie.
Cette journée, organisée dans le cadre des travaux d’Interbio Occitanie et en partenariat avec le GNIS et la FNAMS, avait pour objectif de présenter le contexte et les besoins déjà identifiés de la filière semencière bio de notre région. Elle a permis d’initier des discussions entre les opérateurs présents (agriculteurs multiplicateurs, sélectionneurs, entreprises semencières, distributeurs et utilisateurs de semences bio), car cette filière est actuellement en pleine structuration en Occitanie. Les conclusions de ces échanges permettront de guider les travaux futurs des organisations professionnelles accompagnant le développement de l’agriculture biologique en région.
UNE RÉGION FORTEMENT UTILISATRICE DE SEMENCES BIO, MAIS INSUFFISAMMENT ENGAGÉE DANS LA MULTIPLICATION
L’Occitanie : 1ère région productrice de grandes cultures biologiques, en attente de semences bio adaptées au contexte régional
L’Occitanie conforte depuis plusieurs années sa place de première région productrice de grandes cultures biologiques en France, à la fois en surfaces et en nombre d’exploitations. En 20199, la région représente ainsi 44% des surfaces d’oléagineux bio cultivées en France, 42% des surfaces de légumes secs, 20% des surfaces de protéagineux et près de 18% des surfaces nationales de céréales bio.
Afin d’approvisionner ces filières en fort développement (+15% de surfaces en grandes cultures bio en 2019 par rapport à 2018), il est nécessaire de pouvoir proposer aux producteurs bio des semences biologiques en quantité suffisante, avec des variétés adaptées à leurs besoins et répondant aux attentes du marché. Les distributeurs de semences biologiques de la région, enquêtés en 2020, alertent sur le manque de disponibilité en semences de variétés adaptées aux conditions de production du Sud-Ouest. Cela concerne plusieurs espèces (notamment blé tendre, lentille, pois chiche et tournesol). Pour le soja, le tournesol et les légumes secs, l’offre quantitative en semences bio apparaissait en 2020 largement déficitaire par rapport aux besoins régionaux. Les producteurs utilisent donc majoritairement des semences non-traitées sur ces espèces. Or la règlementation bio évolue et l’utilisation de semences bio doit devenir la règle à court terme, notamment pour le soja et le tournesol.
Les freins identifiés à la multiplication en région
L’enquête 2020 a concerné ensuite les principaux établissements semenciers d’Occitanie, en ciblant quelques cultures phares régionales : le blé tendre, le soja, le maïs, la lentille et le pois chiche. Les résultats révèlent un certain nombre de freins au développement plus large de réseaux de multiplication : le manque de technicité des agriculteurs bio dans la production de semences, les variations significatives de productivité en culture bio, et de régularité dans la qualité des produits, mais aussi le coût de la multiplication en bio. Pour les agriculteurs les points sensibles concernent la charge de travail assez élevée, la gestion du désherbage et la nécessité d’un engagement incitatif des entreprises semencières.
Parmi les freins extérieurs sont cités également le taux d’utilisation de semences certifiées par rapport à la semence de ferme bio, la concurrence entre pays dans la production de semence bio et les évolutions réglementaires.
DES INCITATIONS ET UN CONTEXTE FAVORABLE AU DÉVELOPPEMENT DE LA MULTIPLICATION EN RÉGION OCCITANIE
Une règlementation bio incitative
Le cahier des charges bio précise que le matériel de reproduction végétale doit être issu de l’AB et non issu d’OGM. Pour cela, une base de données à jour, gérée par le GNIS, répertorie le matériel de reproduction des végétaux bio disponible en France : www.semences-biologiques.org. En cas de non disponibilité en AB, une dérogation pour utiliser des semences non traitées peut être obtenue sous certaines conditions avant le semis de la culture. L’objectif du nouveau règlement européen est d’arriver en 2035 à 100% de disponibilité des semences en bio. Aussi le marché des semences bio est en croissance dans la plupart des pays européens.
Un potentiel de multiplication identifié en Région
Le développement du marché des produits biologiques présente une opportunité considérable pour la production de semences bio, avec des transformateurs qui sont attachés à la traçabilité d’une production française et qui sont en attente de variétés spécifiques.
Pour répondre à ces besoins, le secteur des entreprises semencières se restructure en région, avec notamment la fusion de Caussade et Euralis Semences en 2020, qui a donné naissance à LIDEA. Cette entreprise se positionne aujourd’hui comme leader du développement de la semence biologique en Occitanie. Elle souhaite donc augmenter son réseau de producteurs bio, notamment en favorisant le passage en bio d’agriculteurs multiplicateurs conventionnels, lesquels bénéficient déjà d’une bonne maîtrise des exigences de la production de semences.
Afin d’encourager le développement d’une multiplication bio en région, LIDEA indique qu’il sera nécessaire de sécuriser les revenus des producteurs en stabilisant les rendements qui sont encore très fluctuants en bio. Pour cela, l’entreprise envisage notamment d’investir dans du matériel spécifique aidant à maîtriser l’enherbement, mais également dans du matériel d’irrigation.
LES GRANDS ENJEUX À RELEVER :
Afin de relever les grands défis qui permettront de développer la production de semences biologiques en région Occitanie, plusieurs actions seront conduites sur l’année à venir :
1 – Accompagner les producteurs multiplicateurs :
Parmi les difficultés énoncées au manque de production de semences bio, les freins techniques reviennent systématiquement. En effet la gestion du désherbage reste la principale contrainte en semence bio, suivie par l’hétérogénéité des rendements. L’accompagnement des producteurs multiplicateurs va être encouragé pour améliorer la technicité au champ. Des collectifs de producteurs dans les départements peuvent faciliter les échanges, en s’appuyant sur le savoir-faire d’agriculteurs multiplicateurs qui connaissent bien ce métier de la semence.
2 – Développer des références technico-économiques :
L’acquisition de références technico-économiques va s’avérer nécessaire pour sécuriser des itinéraires techniques adaptés suivant les productions (implantation, fertilisation, maîtrise de l’enherbement, gestion de la récolte).
3 – Mieux connaître la demande régionale :
Afin d’aider les entreprises semencières à mieux cibler les espèces sur lesquelles l’offre est actuellement insuffisante, des enquêtes seront régulièrement réalisées auprès des distributeurs de semences bio régionaux.
4 – Soutenir les investissements :
Il est important de permettre aux producteurs de s’équiper en matériel adapté pour la production de semences : en effet, la production au champ nécessite un isolement de l’îlot de semences, du matériel spécifique pour gérer l’enherbement et des outils de triage pour proposer une bonne qualité des lots de semences. Le pilotage de l’irrigation est également indispensable pour garantir une régularité de production.
5 – Développer une valorisation pour les filières semences bio régionales :
Afin d’offrir aux agriculteurs multiplicateurs des revenus incitatifs, il sera nécessaire de construire des filières de grandes cultures bio valorisant la traçabilité et l’origine régionale des semences utilisées.
6 – Inciter à l’utilisation de semences certifiées :
Le développement de l’utilisation de semences certifiées est nécessaire si l’on souhaite développer en parallèle la multiplication de semences biologiques en région. Il sera donc important d’encourager le développement de filières rémunératrices permettant aux producteurs d’utiliser des semences certifiées, garantes de la qualité et de l’homogénéité des productions.
7 – Développer des outils de gestion du risque au sein de la filière :
Pour pallier les aléas de rendements observés sur la production semencière, et en complément de l’amélioration des techniques de production, plusieurs opérateurs développent actuellement des dispositifs de mutualisation du risque, permettant de garantir un revenu minimum aux producteurs.
D’autres pistes de travail ont également été évoquées, notamment le besoin de renforcer le dialogue entre les utilisateurs, les multiplicateurs et les sélectionneurs de cultures bio afin de garantir le développement de semences répondant en quantité et qualité aux attentes des utilisateurs, ou encore la nécessité de travailler sur le développement de variétés adaptées au mode de production bio.
CONCLUSION
Les agriculteurs multiplicateurs de la région enquêtés en 2020 soulignent leur satisfaction de produire de la semence bio. Malgré tout, cela reste un défi technique que les établissements semenciers doivent prendre en compte, en proposant des contrats incitatifs pour favoriser l’augmentation des surfaces. L’appui des structures d’accompagnement en 2021 auprès des agriculteurs devrait faciliter la réponse aux besoins régionaux de semence certifiée.
Par Anne GLANDIERES, CRA Occitanie et Marianne SANLAVILLE, LCA Occitanie