Valoriser ses produits en vendant à des intérimaires

La vente directe est très présente en Occitanie et les producteurs qui s’installent ou se convertissent pensent spontanément à ce débouché. Vendre à un intermédiaire est parfois perçu de manière négative alors qu’on peut aussi valoriser ses produits sans ce lien direct avec le consommateur. Vous découvrirez dans ce dossier les chiffres clés de la consommation bio, de la distribution et les dernières évolutions du secteur. Un des rôles des organismes bio est de mettre en lien l’amont et l’aval. La réalisation en avril d’une journée pour les magasins Biocoop avec producteurs et transformateurs en est une belle illustration.

Les Marchés de Gros (qu’on nomme aussi marchés gares) représentent aussi une opportunité à laquelle on ne pense pas spontanément : ils permettent pourtant de toucher une autre clientèle (primeur, épicerie, restaurant…). De belles dynamiques se mettent en place autour des produits bio sur les MIN, notamment de Montpellier et de Toulouse. Un projet de carreau bio et local a vu le jour et d’autres projets devraient se concrétiser prochainement… à suivre dans les prochains numéros !

Distribution, chiffres clés, évolution et contexte

Le chiffre d’affaires de la consommation des produits bio en France atteint 8,3 milliards d’euros (+ 17% vs 2016). La consommation des produits bio représente désormais 4.4 % de la consommation alimentaire. La demande des consommateurs pour les produits bio est en croissance depuis plus de 10 ans et cette croissance ne se dément pas. Entre 2012 et 2017, le marché a doublé. (cf. article observatoire). Les ménages Français réalisent leurs achats dans quatre circuits de distribution présentés ci-contre selon leurs parts de marché.

Cette diversité des circuits de distribution pour les produits biologiques est une spécificité française, notamment l’importance du circuit des magasins bio spécialisés, circuit qui n’existe pas chez tous nos voisins européens. Cette structuration du marché est un réel atout pour
les producteurs et transformateurs qui peuvent ainsi diversifier leurs circuits de commercialisation, mais aussi pour les consommateurs qui ont le choix entre différents modèles et lieux de vente.

Des équilibres qui évoluent

Pour la première fois, l’an passé, la grande distribution a progressé plus vite (+ 21%) que les enseignes spécialisées à + 15%. Depuis 2011, la croissance des ventes de produits biologiques dans les enseignes généralistes de la GMS, y compris leur e-commerce, était inférieure à celle des autres circuits de distribution. 2017 marque un tournant : les GMS ont développé leurs gammes bio, de façon générale et de façon plus spécifique dans leurs magasins de proximité et le drive, porteurs de croissance. La belle progression des ventes en GMS des produits d’épicerie (+27 %), des fruits et légumes frais (+22 %) et des boissons alcoolisées (+21 %) a contribué à remonter la part de marché des GMS à 46 % (+1,2 points vs 2016).

Même si le circuit spécialisé bio connaît toujours une belle dynamique illustrée par l’ouverture régulière de nouveaux magasins, il ne connait pas les records de croissance de 2016 : + 15% en 2017 vs + 25% en 2016. Sa part de marché recule légèrement (-1,1 point), dû notamment aux commerces indépendants dont la croissance est très faible.

Les équilibres du marché bio sont donc en train d’évoluer, la distribution des produits bio en France se trouve peut-être à un tournant de son histoire. En effet, différentes chaines de GMS ont annoncé dans les médias leurs ambitions de développement, et ils entendent avancer sur les deux tableaux : d’une part via la croissance de leur offre bio dans les hyper et supermarchés et de leur offre drive, mais aussi en créant de nouvelles chaines de magasins bio spécialisés.

Début 2018, Leclerc a annoncé vouloir devenir le premier distributeur de bio en France et vouloir créer 200 magasins bio. Carrefour souhaite doubler son chiffre d’affaire bio d’ici 2021, une ambition qui passe, entre autres, par un fort développement du réseau de magasins Carrefour Bio : objectif 150 magasins à l’horizon 2021. En juillet 2018, Carrefour a aussi racheté le réseau régional de magasins spécialisé SO.BIO, qui possède 8 magasins dans le Sud-Ouest.

Par ailleurs Intermarché s’est allié avec le réseau des « Comptoirs de la bio » (140 magasins) et ambitionne aussi d’augmenter le nombre de ces magasins. Toutes ces annonces montrent une réelle offensive des acteurs de la grande distribution, qui sont très intéressés par ce marché en croissance…

La distribution Bio en Occitanie

Fin 2017, on dénombrait en région Occitanie 935 commerces de détails certifiés bio (+107 par rapport à 2016), dont 505 Grandes et Moyennes Surfaces, 290 magasins spécialisés bio et 140 autres points de vente bio (Jardineries, épiceries, magasins de thés, primeurs, E-commerce).

La région Occitanie est la troisième région de France en nombre de magasins bio, après l’İle de France et Auvergne-Rhône-Alpes. La vente directe est particulièrement bien développée en Occitanie, les producteurs bio sont près présents sur les marchés et boutiques de producteurs, de plus les vignerons bio qui représentent une part importante des producteurs bio vendent beaucoup au caveau.

La distribution bio face à de nouveaux challenges !

Ce nouveau contexte amène les acteurs de la filière bio à s’interroger. L’approvisionnement de ces nouveaux points de vente sera un réel défi: l’offre en produits bio française sera-t-elle suffisante pour que cela ne soit pas une porte ouverte à l’importation ? Les producteurs, coopératives et transformateurs s’interrogent aussi sur les relations commerciales qui pourront se construire avec ces acteurs: face à ces groupes de la grande distribution, comment maintenir des prix rémunérateurs et la valeur ajoutée de la bio ?

Les distributeurs bio, réseaux de magasins spécialisés, eux, devront s’adapter à ce nouveau contexte. Ils réfléchissent à leurs atouts, à comment se différencier: comment construire des filières d’approvisionnement durables, comment continuer à innover, comment mettre en valeur le conseil, le lien au consommateur ? Tous ces débats ont eu lieu au sein de nos associations ainsi qu’en commission distribution au sein d’INTERBIO Occitanie et ne manqueront pas de se poursuivre dans les mois à venir sur ces sujets majeurs pour l’évolution de nos filières bio régionales.

Magasin Biocoop Les myrtilles à Pamiers (09).

VENDRE EN MAGASIN BIO, FACILITER LA RENCONTRE MAGASINS ET PRODUCTEURS / TRANSFORMATEURS

L’exemple de la journée Biocoop

Comme mentionné dans l’article précédent, l’évolution rapide de la distribution bio, le positionnement de nouveaux acteurs et la demande crois- sante des consommateurs pour le local sont des éléments importants dont doivent tenir compte les magasins spécialisés. Cela pose la question de la sécurisation des approvisionnements et de la mise en avant les produits locaux auprès des consommateurs.

En ex-région Languedoc-Roussillon, une action a été menée sur un peu plus de 2 ans pour améliorer et valoriser le référencement des produits bio régionaux en magasins. Chaque magasin spécialisé a ainsi été visité au moins une fois. Il en était ressorti un besoin de créer du lien entre les différents acteurs de la filière.

Biocoop, le local et l’organisation de la journée

L’Occitanie comptait, fin 2017, 290 magasins spécialisés bio dont 80 font partie du réseau Biocoop. Biocoop, leader du réseau des magasins bio en France, est un modèle coopératif qui repose sur la valeur fondamentale que les sociétaires Biocoop donnent la priorité à l’approvisionnement en produits locaux. Est considéré comme local par Biocoop un produit brut ou transformé situé à 150 kilomètres routiers maximum du magasin.

Rattachés aux 4 plateformes logistiques réparties sur le territoire national, des chargés de développement local accompagnent les magasins dans leurs achats locaux et harmonisent le référencement local. Ils établissent aussi des liens entre les magasins et la filière locale, qui peuvent prendre la forme de journées de rencontre entre magasins et producteurs/transformateurs. La réussite des journées réalisées en Provence et Rhône Alpes, a débouché sur une prise de contact entre la chargée de développement local de la plateforme Sud-Est et Sud & Bio, l’association interprofessionnelle qui œuvrait en Languedoc-Roussillon. OCEBIO et Bio Occitanie ont travaillé avec les deux chargées de développement local Sud-Est et Sud-Ouest-dont dépendent les magasins d’Occitanie – notamment pour définir les produits recherchés par les magasins et les fournisseurs à inviter.

Un beau panel de produits était ainsi représentés lors de la journée : légumes, fruits, miels, produits à base de châtaignes, plantes aromatiques, glaces, biscuits, plats préparés, confitures, sirops, bières, kombucha…

Déroulement de la journée Biocoop

La rencontre Biocoop et producteurs/transformateurs a eu lieu le 11 avril 2018 chez Stéphane Guesdon, installé en arboriculture à Thézan les Béziers depuis 1987. En bio depuis 1998, il a créé le GAEC des saveurs bio avec sa fille Johanna début 2016. Ils exploitent désormais 12 hectares de vergers diversifiés et deux hectares de maraîchage, dont 400m2 de serre froide.

La journée a réuni une soixantaine de personnes dont :

8 producteurs
▶ 14 transformateurs
▶ 16 magasins Biocoop (27 personnes), 3 porteurs de projet magasins, et les 2 chargées de développement local SO et SE.

La matinée a pris la forme d’un marché où chaque producteur/transformateur disposait d’un stand pour faire découvrir et déguster ses produits aux gérants et chefs de rayon des magasins Biocoop, en toute convivialité. Les échanges se sont poursuivis lors du buffet bio et local proposé par un traiteur du secteur.

L’après-midi était consacrée à un débat par sur le thème “Place du local dans les magasins Biocoop, quelles problématiques ? Quels leviers d’actions ? “. Producteurs, transformateurs et magasins ont pu s’exprimer librement. La planification, la mutualisation, notamment logistique, la création du lien de la production à la fourchette et comment valoriser l’histoire des produits auprès des consommateurs, une meilleure connaissance des métiers de chacun… sont les thématiques ressorties et qui pourront alimenter la réalisation d’autres journées d’échanges.

Suite au succès de cette journée, d’autres rencontres sont prévues à l’automne pour valoriser l’offre bio régionale auprès des magasins spécialisés, au-delà du seul réseau Biocoop, à Toulouse et à Montpellier. Si vous êtes intéressés pour y participer afin de présenter vos produits et accéder ainsi à de nouveaux débouchés, nous vous tiendrons informés dans un prochain numéro.

EVENEMENT

“Manger bio et local c’est l’idéal” campagne d’information soutenue par Biocoop en Occitanie !

La Campagne «Manger Bio et Local c’est l’idéal » vise à sensibiliser les citoyens et interpeller les élus sur les enjeux de l’agriculture biologique et des circuits courts. Elle se manifeste par un programme d’animations diversifiées: fermes ouvertes, conférences, animations sur les marchés et dans les magasins bio, ciné-débats, colloques, repas bio en restauration collective et commerciale…

C’est une opportunité de valoriser l’approvisionnement local des magasins Biocoop et les actions menées entre les groupements d’agriculteurs biologiques, et le réseau de magasins Biocoop. Depuis 2016, le soutien financier de Biocoop aux régions est décentralisé. Ainsi pour 2018, Bio Occitanie bénéficie du soutien de Biocoop pour communiquer sur les évènements (environ 35 prévus à ce jour) et a notamment lancé la page Facebook @BioOccitanie.

LES OBJECTIFS DE LA CAMPAGNE
▶Mieux faire connaître les contributions positives de l’agriculture bio locale (emplois, protection de l’environnement et de la santé…) aux élus et aux citoyens
▶Aider à découvrir pourquoi et comment consommer des produits bio en circuits courts
▶Aider à éviter l’amalgame avec les produits locaux et non bio “manger bio et local c’est l’idéal” campagne d’information soutenue par Biocoop en Occitanie !

PLUS D’INFOS
▶page Facebook @BioOccitanie
▶site internet national : www.bioetlocal.org

COMMERCIALISATION SUR LES MARCHES DE GROS

Les Marchés de Gros de France, qu’ils soient classés Marchés d’Intérêt National ou non, «sont des plateformes agroalimentaires importantes au service du commerce de gros» (INSEE, 2011). Les produits sont achetés en grande quantité, entreposés et vendus à différents types de clientèles sous forme de détail. Créés par le décret n°53-959, le 30 septembre 1953 à la suite de la seconde Guerre Mondiale, les MIN sont des lieux de négoce de gros, qui regroupent sur un même lieu l’offre (des producteurs, des grossistes, des prestataires de service…) et la demande (différents acheteurs) essentiellement des secteurs de l’alimentaire et de l’horticulture. Ils sont dotés d’infrastructures logistiques importantes et reliées au rail et à la route.

TEMOIGNAGE

Marie Hélène Santarelli,
Présidente du Conseil d’Administration de Mercadis-SOMIMON.

Valoriser la qualité des productions locales tout en développant des emplois pérennes sur le territoire, telle est la principale vocation du Min de Montpellier. Pour les producteurs, vendre au carreau est l’occasion rêvée de rencontrer des professionnels en un minimum de temps dans un même lieu.

Le marché gare de Montpellier a souhaité ouvrir cette opportunité aux producteurs sous SIQO AB par le Lancement d’un «Carreau Bio». Depuis octobre 2017, ce carreau Bio se déroule en même temps que le carreau conventionnel. Nous travaillons avec la Chambre d’Agriculture et le CIVAM Bio34 pour répondre à la demande de ce marché en pleine expansion.

Nous valorisons cette offre AB sur notre catalogue produits et sur notre future plateforme numérique destinés aux acheteurs professionnels. Aujourd’hui nous avons plusieurs actions en cours dont celle de développer une offre commerciale mutualisée des producteurs locaux autant de nouveaux services propices à développer les relations acheteurs/fournisseurs.

Marie Hélène SANTARELLI,
Présidente du Conseil d’Administration de Mercadis-SOMIMON.
Conseillère de Montpellier Méditerranée Métropole.
Adjointe à la ville de Montpellier déléguée à l’alimentation durable.

Montpellier, le carreau bio et local

Le MIN de Montpellier Méditerranée Métropole – Mercadis propose un carreau de producteurs 3 après-midis par semaine. Ce marché leur permet de vendre leur production en direct aux épiceries, primeurs, restaurants et autres distributeurs de proximité.

Dans le cadre du projet agro-écologique de la Métropole, le MIN a souhaité créer un carreau de producteurs spécifiquement bio afin de mettre en avant la production bio locale. Le CIVAM Bio 34 et la Chambre d’Agriculture de l’Hérault ont été sollicités début 2016 par le directeur du MIN pour participer au montage de ce projet de création d’un « carreau bio ». Un producteur bio qui fréquentait le carreau de Montpellier a joué un rôle moteur dans l’émergence de cette initiative.

L’année 2016 a été consacrée à l’étude les débouchés de ce carreau bio, rechercher des producteurs intéressés et les fédérer autour de ce projet, et participer à la mise en œuvre concrète du projet.

Le carreau a été lancé officiellement le 4 octobre 2017 et a connu un succès prometteur, en regroupant 7 producteurs et environ une centaine d’acheteurs.

 

L’inauguration a eu lieu le 8 novembre, en même temps qu’un show-room des produits labellisés (voir encart ci-dessous).

Cette action a permis de redynamiser les carreaux du MIN et est une des actions à l’origine de la dynamique collective qui existe aujourd’hui sur le MIN: les producteurs habitués du carreau traditionnel et les nouveaux venus bio se sont retrouvés lors de réunions pour discuter de leurs préoccupations et faire émerger de nouveaux projets, comme la mutualisation commerciale qui est en bonne voie pour fin 2018.

LE CARREAU BIO DES PRODUITS TRANSFORMES

Le show-room des produits labellisés a réuni des producteurs bio de légumes, des producteurs-transformateurs bio ainsi que des entreprises de transformation bio. Cet événement a été l’occasion de présenter aux acheteurs habituels du MIN et à d’autres acheteurs conviés exceptionnellement pour cet événement, une large gamme de produits transformés issus d’exploitations ou d’entreprises locales.

Les produits transformés sont maintenant présents un vendredi tous les 15 jours, de 15h à 17h en même temps que le carreau de producteurs. De nombreux produits bio sont proposés : bières, vins, biscuits, macarons, miel, confitures, plats préparés…

Le MIN de Toulouse devient Le Grand Marché

Le MIN de Toulouse connaît depuis un an une évolution forte avec sa reprise par Lumin Toulouse, société composée de la société gestionnaire du Marché International de Rungis, la Semmaris et La Poste.

Pour Stéphane Layani, Président de Lumin Toulouse «L’ambition de ces investissements majeurs est clair : je souhaite faire du MIN de Toulouse et de sa plateforme logistique le 2ème plus grand marché de France après Rungis et l’incontournable plaque tournante de l’agroalimentaire du sud hexagonal ». Pour sa directrice, Maguelone Pontier, cette ambition est atteignable puisque « non seulement l’Occitanie est la première région agroalimentaire de France, mais elle présente aussi la plus forte croissance démographique».

Les projets de la nouvelle équipe dirigeante sont nombreux. Parmi ceux-ci plusieurs concernent le bio. Tout d’abord, le MIN souhaite enrayer l’érosion du nombre de producteurs venant sur le carreau des producteurs et développer l’offre bio. La demande est très importante et n’est pas satisfaite, que ce soit en produits pour les grossistes (dont Pronatura installé sur le MIN), les commerces de proximités ou les restaurateurs. Le fait que La Poste soit associée dans la reprise du MIN va aussi permettre de travailler sur l’enjeu du «dernier kilomètre » à partir de son expertise. Cet enjeu est important dans un souci de coût de cette logistique mais aussi pour réduire son impact sur l’environnement.

Autre projet, l’accompagnement au développement de la zone maraichère de Blagnac avec l’objectif de permettre l’installation de maraichers qui pourraient bénéficier de contrats avec les entreprises présentes sur le MIN. Là aussi la demande en produits bio et locaux est forte.

Enfin comme sur Montpellier, Interbio Occitanie va organiser en fin d’année avec ses membres une journée de ren- contres et d’échanges entre les commerces de proximité et les producteurs et entreprises de transformation bio. Et le MIN, de par ses objectifs de mise en avant du local et de la proximité est bien le lieu le plus adapté à cet évènement.

Par Amélie BERGER d’OCEBIO, Laure TEZENAS DU MONTCEL de la chambre d’Agriculture de l’Hérault, Elodie BERNARD de CIVAM BIO 34, Nancy FAURE d’Interbio Occitanie et coordonné par Bénédicte FIRMIN de CIVAM BIO 34

Crédit photo : Interbio Occitanie