La filière brassicole en Occitanie, une filière en plein essor
L’état des lieux réalisé par la Fédération Régionale des CIVAM d’Occitanie (FR CIVAM Occitanie) en 2019 permet d’avoir une image assez précise du paysage brassicole en Occitanie. Comme partout en France, le nombre de brasseries artisanales a augmenté de façon spectaculaire ces dernières années dans la région. D’une cinquantaine de brasseries en 2010, on est passé à environ 200 brasseries artisanales en 2019, réparties sur tout le territoire. Parmi ces 200 brasseries, une cinquantaine ont une activité certifiée bio (production 100% bio ou une gamme bio). Le volume de bière artisanale produit en Occitanie est estimé à 120000 hectolitres / an, ce qui correspond à une production moyenne de 600 hL par brasserie artisanale.


LA VOLONTÉ DE RELOCALISER SES APPROVISIONNEMENTS : UNE TENDANCE DE FOND DANS LA BRASSERIE ARTISANALE
Sur un marché en croissance, les brasseries artisanales développent une approche qualitative et souvent « locavore ». Les brasseries artisanales indépendantes sont nombreuses à être intéressées par un approvisionnement local sur une partie de leurs matières premières : malt et houblon. Une douzaine de brasseurs sont eux-mêmes producteurs d’orge, de malt et/ou de houblon, mais ce sont des exceptions : des brasseurs-houblonniers, des fermes-brasseries. A ce jour, la plupart des brasseurs artisanaux se fournissent auprès de quelques fournisseurs spécialisés, distributeurs nationaux ou belges. Les principaux ingrédients recherchés sont les malts et les houblons.
Nombreux sont les brasseurs qui souhaiteraient s’approvisionner de manière plus locale et créer des partenariats avec des producteurs de malt ou de houblon de leur territoire. Mais ils sont pour l’instant bloqués par la trop faible disponibilité de matières premières de qualité en région.
Face à ce constat, divers organismes de développement et collectivités souhaitent accompagner le développement d’une filière brassicole régionale sur les deux produits principaux que sont le malt et le houblon.
UNE JOURNÉE D’ÉCHANGES POUR LANCER LA DYNAMIQUE RÉGIONALE
Pour échanger sur les besoins de la filière, les perspectives et les actions à mettre en œuvre, de nombreux partenaires ont organisé à Narbonne la première rencontre régionale sur la filière brassicole. Le 22 Novembre 2019, plus de 150 participants se sont réunis pour échanger autour des enjeux de la filière brassicole en Occitanie. Organisée par la FR CIVAM Occitanie, le GAL Est-Audois, la communauté d’agglomération du Grand Narbonne, l’INRA, le SNBI, Houblon de France, Ocebio, Coop de France, le BIOCIVAM de l’Aude et Erables 31, cette journée a réuni un public nombreux et diversifié : brasseurs, agriculteurs, producteurs d’orge ou de houblon, porteurs de projets, malteurs, coopératives, techniciens, chercheurs, pouvoirs publics… L’objectif de cette journée était de faire s’exprimer les acteurs de la filière, d’identifier les besoins, de prioriser les enjeux, et de construire collectivement un plan d’action pour favoriser le développement de cette filière en Occitanie. La forte participation et la richesse des échanges ont permis d’envisager la suite du travail et les actions concrètes à mettre en œuvre par les différents partenaires pour faire avancer les différents dossiers : orge/malt et houblon.
▶ Toutes les présentations ainsi que le compte-rendu de cette journée d’échanges sont disponibles sur Projets portés par l’AMCM – Groupe d’Action Locale (GAL) de l’Est-Audois (gal-estaudois.fr)

UN PLAN DE DÉVELOPPEMENT POUR LA FILIÈRE BRASSICOLE BIO EN RÉGION OCCITANIE
Suite à cette journée régionale, les réseaux d’accompagnement (FR CIVAM Occitanie, Bio Occitanie, Ocebio, Coop de France, GAL, Houblon de France…) ont formalisé un plan d’action pour développer la filière brassicole bio en région. Ce plan d’action concerne aussi bien le développement de la production de houblon bio, par l’accompagnement d’un GIEE « émergence » qui rassemble des producteurs de houblon et porteurs de projet (cf. focus ci-dessus), que l’organisation d’une filière orge/malt bio régionale, en partenariat avec les acteurs de la filière Grandes Cultures bio.
L’économie circulaire, la consigne, la mutualisation d’outils, l’auto-construction sont aussi des thématiques qui pourront être creusées localement. De même, une réflexion pourra être engagée autour de la valorisation des bières produites avec des matières premières locales : faut-il un cahier des charges, une marque, un logo pour mettre en valeur ces bières artisanales, bio et locales ?
Tous les partenaires partagent la volonté de continuer ce travail d’animation et d’échanges entre les acteurs de la filière. Il est prévu pour cela d’organiser des réunions territoriales et de mobiliser les collectifs de brasseurs existants.

RESSOURCES TECHNIQUES :
Pour aller plus loin sur la culture du houblon en bio :
▶Auvergne-Rhône-Alpes Gourmand (auvergne-rhone-alpes-gourmand.fr)
LA FRANCE EN TÊTE
En juin 2019, le SNBI (Syndicat National des Brasseurs Indépendants) comptabilisait 1600 brasseries indépendantes en France, ce qui fait de la France le 1er pays européen en nombre de brasseries indépendantes. Selon l’enquête du SNBI, 30% des brasseries artisanales produisent des bières bio.
COLLECTIFS ET DYNAMIQUES RÉGIONALES
▶ Aude à la bière (AUDE)
▶ Union des Brasseurs Cévenois (GARD – LOZÈRE)
▶ BRIO (Occitanie)
▶ Les forces du malt (Haute-Garonne)
▶ Collectif brassicole en projet (Pyrénées Orientales)
▶ GIEE houblon en émergence
▶ Projet de coopération brassicole entre GAL
▶ Réseaux nationaux : SNBI / BdF / HdF
RELOCALISER ET DÉVELOPPER LA PRODUCTION DE HOUBLON EN OCCITANIE ACCOMPAGNEMENT DE LA DYNAMIQUE COLLECTIVE NAISSANTE EN RÉGION
À l’image de cette filière brassicole émergente en Occitanie, de plus en plus d’agriculteurs et porteurs de projets envisagent de se lancer dans la production de houblon dans la région.
L’identification de problématiques communes à plusieurs houblonniers, et futurs producteurs, a encouragé la FR CIVAM Occitanie à consolider la dynamique collective naissante autour de la production de houblon en Région, sous la forme d’un Groupement d’Intérêt Économique
et Environnemental (GIEE) en voie d’émergence. L’objectif est de créer des moments de rencontres et d’échanges pour favoriser le partage d’expériences (réunions, visites de terrain, mise en relation avec différents acteurs de la filière à partir de l’identification d’initiatives portant sur la production de houblon en région et hors région…).
“Créer des moments de rencontres et d’échanges pour favoriser le partage d’expérience”
La FR CIVAM Occitanie est chargée de l’animation de ce GIEE « émergence » et est accompagnée par le Biocivam de l’Aude pour la réalisation de diagnostics de durabilité des houblonnières et la réflexion portant sur l’expérimentation variétale. À ce jour, une dizaine de producteurs et porteurs de projet ont manifesté leur intérêt pour ce projet collectif. Actuellement, l’objectif est de travailler à la construction collective d’un plan d’actions structuré répondant à des enjeux d’ores et déjà bien identifiés.
Premièrement, les coûts d’investissement pour la mise en place d’une houblonnière sont très importants. Selon Houblons de France, «il faut 70 à 100 k€ pour monter un projet de 1 ha » (https://houblonsdefrance.fr/ plan-daction-2018/), ce qui constitue actuellement un frein majeur au développement de la production. Le déblocage d’aides à la plantation de houblon semble donc essentiel. La capitalisation et l’acquisition de références technico-économiques devront permettre d’appuyer la mise en place de financements pour cette culture.
De plus, des problématiques matérielles peuvent vite apparaître. La mécanisation est rapidement considérée comme indispensable pour les houblonniers qui souhaiteraient développer leur production sur des surfaces plus importantes. Pour limiter les coûts et accéder plus facilement à ce matériel spécifique, les possibilités offertes par la mutualisation devront être creusées (investissement via les CUMA, mutualisation avec d’autres filières – viticulture, PPAM…).
Des formations doivent être proposées aux producteurs et futurs houblonniers pour développer la production de houblon en région (conduite/maîtrise de l’itinéraire technique de la culture et des processus de récolte/ séchage/stockage/conditionnement, connaissances des spécificités des différentes variétés de houblon, gestion des maladies et des ravageurs…).
L’aspect variétal est aussi un enjeu de taille puisque tous les houblons cultivés ne conviennent pas aux conditions pédoclimatiques occitanes. Un travail de recherche de variétés adaptées prendrait toute sa place dans cette démarche (résistance aux maladies/ravageurs et à la sécheresse, variétés naines pour le vent, variétés anciennes et sauvages…). En parallèle, l’accès à des plants bio et locaux, répondants aux critères précédemment évoqués, constituera également un axe majeur de réflexion. Pour ce faire, il apparaît essentiel que les houblonniers puissent se fournir, en région, auprès de multiplicateurs garantissant des plants respectant les normes sanitaires en vigueur. Considérant les enjeux de qualité et de traçabilité recherchés par les brasseurs, les recherches de solutions concernant la certification du houblon sera également un axe de travail important.
La co-construction par les producteurs et futurs houblonniers d’un plan d’actions, ainsi que leur désir d’être accompagnés dans une démarche collective, permettront d’appuyer et faire reconnaître le projet collectif sous la forme d’un GIEE en 2020.

PRODUIRE DU MALT BIO RÉGIONAL C’EST POSSIBLE !
Produire de l’orge brassicole bio en Occitanie ne devrait pas être un challenge compliqué à atteindre. En effet, notre région compte 3600 producteurs de céréales bio qui cultivent près de 127000 ha de grandes cultures bio (céréales, oléagineux, protéagineux et légumineuses). De plus, la filière est bien structurée en région, avec la présence de plusieurs coopératives et d’organismes stockeurs privés qui collectent, trient et stockent ces productions biologiques en Occitanie. Enfin, il existe deux malteurs en Occitanie, la malterie artisanale «le Vieux silo » et la Malterie Occitane qui finalise son outil de production (cf. focus ci-dessous), cette étape clé de transformation de l’orge en malt sera donc possible en région (y compris en travail à façon).
Le travail qui reste à faire pour construire une filière orge/malt bio en Occitanie est donc de mettre en relation les opérateurs de l’amont à l’aval : des céréaliers, aux brasseurs, en passant par les coopératives et les malteurs. Les enjeux seront donc désormais de mettre en place des partenariats durables : se mettre d’accord sur les volumes, la qualité et les prix de l’orge bio locale pour produire un malt de qualité qui réponde aux besoins des brasseurs et rémunère le travail des agriculteurs. Un travail sera engagé sur ces sujets pour aller vers une contractualisation durable et équitable entre les acteurs.
QUELS ENJEUX POUR LA SÉLECTION VARIÉTALE DE L’ORGE BRASSICOLE EN OCCITANIE ?
Outre tous les enjeux liés à la contractualisation et aux marchés, les producteurs d’orge brassicole ne disposent pas d’un grand éventail de variétés utilisables. Sont principalement utilisées les variétés Calypso et Maltesse, cette dernière étant préférée des organismes de collecte.
Un atelier dédié aux problématiques qui gravitent autour des variétés d’orge brassicole et des besoins futurs du monde de la bière a été mené lors de la journée d’échange du 22 Novembre 2019. Il a permis d’identifier différents enjeux parfois contradictoires à prendre en compte pour trouver de nouvelles variétés qui satisferont toute la chaîne de production. En effet, les variétés d’orge de printemps souffrent généralement de la sécheresse printanière et nécessitent, de fait, l’utilisation de l’irrigation ce qui augmente les charges sur cette culture. Cependant les malteurs les apprécient pour leur rapidité de germination, il est donc d’usage de semer des variétés de printemps en hiver.
Du coté des malteurs, une bonne orge à malter est une orge fortement chargée en amidon et peu en protéines (entre 9,5 % et 11,5%). Cela se traduit au plan agronomique par l’évitement des conditions favorables à de forts taux de protéine (pas d’orge en tête de rotation, ni d’association avec des légumineuses) ou par le choix de variétés qui ne valoriseraient pas bien l’azote.
Enfin, s’est posée la question de l’utilisation de variétés anciennes ou de populations qui permettraient d’introduire une typicité de terroir dans le malt. Malheureusement, la germination non homogène de ces variétés rend leur maltage difficile.
Les acteurs de la filière ont toutefois manifesté leur volonté de mener des évaluations variétales, sur un modèle de recherche participative afin que les agriculteurs, malteurs et brasseurs qui se connaissent encore assez mal, puissent travailler ensemble dans une méthodologie d’expérimentation dans laquelle tous les acteurs seraient intégrés. Ainsi, en 2020, le Biocivam de l’Aude travaillera à collecter du matériel variétal et à identifier des partenaires (notamment pour la réalisation et l’analyse de micro-brassins) afin de mettre en place des essais d’évaluation variétale d’orge brassicole en bio pour les semis 2020/2021.

FOCUS Les malteries en Occitanie
LA MALTERIE ARTISANALE ET BIO « LE VIEUX SILO »
Créée en 2013, la malterie du «Vieux Silo » est basée dans le Tarn, près de Salvagnac. Malterie artisanale et 100 % bio, elle transforme des orges bio locales qui proviennent de la coopérative voisine Agribio Union. La malterie du Vieux Silo fabrique environ 300 tonnes de malt bio par an et fournit un certain nombre de brasseurs artisanaux en région. À ce jour, deux personnes travaillent à la malterie, le fondateur et un salarié. Le procédé artisanal de cette malterie exige un savoir-faire important pour adapter la production aux conditions climatiques ainsi qu’à la qualité de l’orge.
▶ Plus d’informations sur http://www.micro-malterie.fr/

LA MALTERIE OCCITANE
La malterie occitane est un nouvel opérateur en Occitanie, qui devrait commencer à produire du malt courant 2020. À l’origine de ce projet, deux brasseurs toulousains qui souhaitaient s’investir dans la filière en créant une importante malterie aux portes de Toulouse. Partant de leur constat sur les difficultés à s’approvisionner en malt régional, ils souhaitent répondre aux besoins des brasseurs artisanaux en maltant des orges et autres céréales produites en région. Leur volonté est d’être un acteur pivot qui structure la filière régionale, en reliant les producteurs et les brasseurs. Leur collaboration avec la coopérative Arterris qui assurera la collecte et le stockage, leur permettra d’avoir un approvisionnement régional en orge et autres céréales à malter. Leur capacité de production devrait être de 1 500 tonnes de malt par an, dont environ 50% de l’activité sera en bio.
▶ Plus d’informations sur https://www.malterieoccitane.fr/
Article coordonné par Amélie BERGER d’Océbio
Crédit photo : Interbio Occitanie
FOCUS Technique Vergers : maîtriser l’irrigation et l’enherbement sur le rang par l’installation d’un mulch
Assurer la bonne gestion en eau de son verger et maîtriser l’enherbement sur le rang font partie des principaux enjeux techniques des arboriculteurs. Face à ce double défi, le CIVAM BIO 66 et plusieurs arboriculteurs ont opté pour le mulch végétal sur le rang. Après deux années d’essais, il semble être une alternative intéressante.
Plusieurs arboriculteurs des Pyrénées-Orientales ont utilisé ponctuellement la ressource en déchets verts locale dans un objectif d’entretien de la fertilité de leurs vergers. Il s’est avéré que ce mulch pouvait améliorer la capacité de rétention en eau des sols.
2017, UNE PREMIERE ANNEE PROMETTEUSE
En 2017, suite à ce constat, le CIVAM BIO 66 a lancé plusieurs essais auprès de différents producteurs adhérents visant à évaluer ce mulch. Plus précisément, les objectifs étaient de (i) mesurer l’impact du BVC sur la capacité de rétention de l’eau du sol et in fine sur la réduction de la consommation en eau dans les vergers et (ii) observer sa capacité à maîtriser l’enherbement sur le rang. Le mulch en question est du Broyat Vert Criblé (BVC). Il a été fourni par le SYDETOM 66 (Syndicat Départemental de Transport, de Traitement et de Valorisation des Ordures Ménagères et déchets). Le BVC n’est autre que des déchets verts collectés auprès de collectivités locales et des espaces verts qui sont ensuite broyés puis criblés.
En 2017, les premiers essais sont lancés sur différentes cultures à savoir grenadiers, plaqueminiers, abricotiers, pêchers et oliviers en haute densité. Deux rangs sont mobilisés pour les essais : un rang sur lequel est épandue une couche de BVC de environ 20 cm d’épaisseur sur une largeur de 1 mètre et un rang nu, sans BVC qui constitue le rang témoin. Sur chaque rang étudié étaient positionnées deux paires de sondes tensiométriques.
L’irrigation est celle raisonnée par les producteurs qui sont équipés soit de goutte-à-gouttes ou de micro-asperseurs. L’objectif de ce dispositif était de comparer les teneurs en eau du sol données par les sondes entre les deux modalités.
Ci dessous : Broyat Vert Criblé (BVC) au SYDETOM 66

2018 – OBJECTIF : FAIRE DES ÉCONOMIES D’EAU
En 2018, seulement 2 parcelles d’abricotiers sont mobilisées. Le dispositif est le même qu’en 2017 avec la spécificité d’avoir installé un compteur volumétrique sur les gaines d’irrigation afin d’apprécier plus précisément les volumes d’eau apportés aux arbres.
Dans l’objectif de voir s’il est possible de réaliser une économie d’eau avec le BVC par rapport au sol nu, les périodes les plus humides ont été recherchées à travers la lecture des sondes tensiométriques. Lors de ces périodes, l’irrigation a été coupée à l’aide de la vanne positionnée en bout de gaine. Dès que les valeurs de tension en eau du sol réaugmentent, la vanne était réouverte et l’irrigation reprenait. Les données suivantes ont ainsi été récoltées : tensiométrie, pluviométrie et dose d’irrigation.
Tableau 1 : Descriptifs des parcelles

UNE ÉCONOMIE D’EAU INTÉRESSANTE MALGRÉ LES LIMITES DU DISPOSITIF
Un meilleur maintien sous BVC. D’abord l’installation de compteurs volumétriques a permis de se rendre compte de l’inégalité des apports entre les rangs. Ensuite, comme en 2017, un meilleur maintien en humidité sous le BVC est confirmé. En effet, chez le producteur n°1, l’écart entre les deux rangs est significatif lorsque l’on observe les valeurs des sondes en profondeur (50 cm). Ce résultat est à interpréter avec précaution, car une anomalie a été soulevée en fin de suivi sur les sondes positionnées sur le rang nu.
Reprise d’humidité plus rapide. Nous avons néanmoins pu observer qu’après un arrêt général de l’irrigation dans le verger, conduisant pour chaque modalité à un fort assèchement du sol, la reprise en humidité du sol est plus rapide pour le rang mulché que pour le rang nu. Toutefois, le BVC ne permet pas de se passer de l’irrigation, mais des économies d’eau intéressantes ont pu être faites après plusieurs coupures sur cette parcelle mise en évaluation. Le tableau montre en effet, que 315 m3 d’eau (parcelle n°1) ont pu être économisés. L’économie aurait pu être plus importante car le rang avec mulch BVC a été anormalement trop alimenté en eau dès le début.
Reprise d’humidité plus rapide. Avec une épaisseur plus importante chez le producteur n°2, le résultat s’oppose. Sous le BVC, le sol est plus sec. Cela s’explique par le fait que l’eau qui est contenue par le BVC s’évapore avant d’atteindre le sol. Cette situation peut engendrer un autre problème sur jeune verger où les racines s’installent plus facilement en surface qu’en profondeur. L’observation de l’impact du mulch sur l’enherbement est identique à 2017 : celui-ci ne permet pas de contenir totalement la repousse des adventices et nécessite une intervention manuelle. C’est l’une des limites de cette pratique.
Mise en place chronophage. L’autre facteur limitant est dans la mise en place du BVC, possible pour les arboriculteurs équipés d’un épandeur. Sinon, l’application faite manuellement avec une pelle devient très chronophage.
Tableau 2 : Volumes d’eau apportés pour 5 arbres en parcelle n°1.

UNE MEILLEURE RÉTENTION EN EAU DANS LE SOL
Sur cette première année d’essai, les résultats sont plutôt concluants. En effet, à travers la lecture des sondes on constate une meilleure rétention en eau dans le sol grâce à ce mulch, surtout en période estivale ou la gestion de l’eau est déterminante pour la culture.
UNE GESTION DE L’HERBE MITIGÉE
Dans certains vergers, le mulch a permis de contenir le développement d’adventices, mais dans d’autres initialement très “salies” par celles-ci, la gestion a été plus compliquée. La repousse est devenue importante et a nécessité d’intervenir manuellement.

DE NOMBREUX AVANTAGES
Ces deux années d’essais ont révélé l’intérêt du BVC pour garder une certaine humidité au sol et ainsi permettre des économies d’eau. Le BVC a également pour avantage d’augmenter la fertilité des sols par l’enrichissement de la surface en matière organique et la stimulation de l’activité biologique des sols. Quelques mois après l’installation, on pouvait notamment constater que la terre sous le BVC devenait grumeleuse. Une riche macrofaune était présente.
Bien que les résultats soient assez prometteurs, l’essai n’a pas été poursuivi en 2019. Il serait toutefois intéressant de confirmer les résultats obtenus et de répondre à d’autres questions soulevées telles que l’application de l’engrais, le positionnement et le choix du matériel d’irrigation, la faim d’azote générée par le mulch ou encore vis-à-vis des campagnols. De plus, l’intérêt de poursuivre cet essai serait de voir dans quelles mesures peut-on faire des économies d’eau et obtenir (ou garder) un potentiel de production optimal ?
FOCUS TECHNIQUE #2 : COHABITER AVEC LA MOUCHE NOIRE DU FIGUIER, PAR QUELS MOYENS ?
Dans un contexte de diversification des productions fruitières suite à la problématique Sharka, des vergers de figuiers ont progressivement vu le jour dans les Pyrénées-Orientales. En agriculture biologique, c’est une filière en développement mais la conduite des figuiers en bio se heurte à un problème technique important : la gestion d’un parasite. En effet, la mouche noire du figuier, Silba adipata McAlpine, peut être responsable de 20 % à 80 % des pertes en verger.
Silba adipata est une petite mouche noire de la famille des Lonchaeidae. Elle mesure 4,5mm et est reconnaissable grâce à son thorax brillant au soleil. Elle parasite les figues en déposant ses œufs au niveau de l’ostiole. Les œufs donnent ensuite naissance à la larve qui va ensuite se nourrir de l’inflorescence puis s’attaquer au parenchyme de la figue. Celle-ci finit par sortir de la figue pour poursuivre son cycle au sol où elle entamera sa nymphose et donnera lieu à la génération suivante. Il y a environ 6 générations par an.
Une impasse technique en bio. Aujourd’hui, il n’existe aucun produit bio homologué contre cette mouche. Seule la prophylaxie, qui consiste à récupérer les figues touchées puis les brûler, est possible. C’est une tâche très chronophage dont l’efficacité est controversée.
Trouver un piège de contrôle du ravageur efficace. Face à cette véritable impasse technique le CIVAMBIO 66 a mené dès 2015 des essais dans l’objectif de trouver un piège de contrôle du ravageur efficace. Cette première expérimentation a permis d’identifier une bonne attractivité du Phosphate diammonique (PDA) dilué à 4%. Il constitue aujourd’hui la base des pièges mis en essais.
Plusieurs combinaisons de pièges et d’attractifs à l’essai. En 2017, les essais ont été poursuivis avec la société AB7 Innovation qui a proposé plusieurs combinaisons de pièges et d’attractifs. Ils sont conduits chez différents producteurs. D’avril jusqu’à septembre, chaque semaine, les mouches capturées sont comptées dans chacun des pièges. Ceux qui capturent le plus de S. adipata et qui sont les plus sélectifs sont sélectionnés. En 2017 le choix s’est porté sur un piège à guêpe transparent et de trois attractifs.
Photo 1 : Figues attaquées par la mouche de la figue.

LANCEMENT DU PROJET FIGUECOSA
Avec l’objectif commun de lutter contre ce ravageur, en 2018, le projet FIGUECOSA est lancé entre plusieurs partenaires. Le but est de développer une méthode de lutte par piégeage. Les 3 attractifs de 2017 sont réévalués et de nouvelles formulations d’actifs de la société partenaire AB7 sont également testées. Les essais sont mis en place dans plusieurs parcelles de figuiculteurs de la coopérative Teranéo, partenaire du projet. Chaque attractif est répété trois fois dans la parcelle. Chaque semaine, après avoir été comptés, vidés et rechargés de la solution PDA 4%, les pièges sont déplacés pour prendre la place du suivant. L’objectif est de lisser les variations internes à la parcelle. Les pièges les plus efficaces sont ceux possédant la meilleure attractivité et sélectivité. Deux attractifs codés 14 et 203 sont notamment sélectionnés sur la base de ces critères pour l’année 2019.

UNE VARIABILITÉ DES RÉSULTATS
Les essais d’évaluation des pièges sont poursuivis pour les attractifs efficaces en 2018 (codés 14 et 203) et de nouvelles formulations sont également proposées (301 à 305). Les actifs présents dans la formulation 14 sont également incorporés dans un nouveau polymère confectionné par AB7. Le dispositif d’évaluation ainsi que le protocole de suivi sont toujours les mêmes.
Sur les 4 parcelles mobilisées pour cet essai, les efficacités sont d’une grande variabilité, mettant en évidence l’influence des facteurs externes et incontrôlables de la parcelle. En effet, même si l’attractif 14 est une nouvelle fois confirmé en termes d’attirance, dans certains cas c’est le piège témoin (PDA à 4%) qui est le plus efficace.
AMÉLIORER LA SÉLECTIVITÉ
Si les formulations testées semblent très prometteuses en terme d’attractivité, ce n’est pas le cas pour la sélectivité qui est toujours limitée. La proportion d’insectes non-cibles est relativement importante par rapport au nombre de S. adipata capturées. On retrouve notamment beaucoup d’individus du sous-ordre des Brachycères.
Les captures enregistrées tout le long de la campagne ont également permis de suivre le vol des populations. Le démarrage des captures se situe au début du mois de juillet. Puis au fil du temps, le suivi révèle différents pics de vol.

UN RAVAGEUR QUE L’ON CONNAIT PEU…
Aujourd’hui la principale difficulté réside dans la méconnaissance sur ce ravageur qui fait beaucoup de dégâts. Bien qu’un travail avec une entomologiste ait été entamé en 2019, il reste encore beaucoup à explorer pour comprendre la dynamique de population de cette mouche, sa bio écologie et ses facteurs d’influence. Tout cela nous permettrait d’optimiser le piégeage.
Photo 2 : Mouche noire du figuier, S. adipata.
Photo 3 : Œufs de S. adipata.
Photo 4 : Piège à guêpe transparent avec PDA à 4%.
2020, LA DERNIÈRE ANNÉE DU PROJET
Ces deux années de projet ont permis de conclure positivement sur l’avenir de la lutte contre Silba adipata. Mais des questions restent tout de même en suspens. Un travail sur la sélectivité est encore à faire, et des observations plus poussées sur la mouche sont également à poursuivre. Les essais d’évaluation d’attractifs, sur la base des résultats obtenus, seront poursuivis en 2020. Il s’agit de la dernière année de projet, l’enjeu est donc d’autant plus important.
Par Margaux Allix, CIVAM BIO des Pyrénées-Orientales, BIO OCCTANIE
Crédit photo : Interbio Occitanie
FOCUS Technique : Entretien du sol comment limiter la consommation de gazole non routier ? Être efficace pour être économe !
L’ entretien du sol est souvent un changement majeur lors de la conversion à la viticulture biologique. Le règlement CE 834/2007 interdit le recours aux herbicides, qu’ils soient issus de la chimie de synthèse ou d’origine naturelle. Dès lors, la gestion des adventices repose sur l’entretien du couvert herbacé (couverts végétaux, enherbement….) et sur le travail mécanique du sol.
Si l’arrêt de l’utilisation d’herbicide répond à un des principaux enjeux environnementaux de l’agriculture (pollution de la ressource en eau), il a souvent pour conséquence une augmentation du nombre d’interventions et de la consommation de Gazole Non Routier (GNR). Or, l’utilisation raisonnée de ressources non renouvelables est une préoccupation des agriculteurs biologiques. L’optimisation du raisonnement des stratégies d’entretien du sol permet de concilier performance agronomique et économie de carburant.
LA STRATÉGIE TRAVAILLER MOINS POUR CONSOMMER MOINS !
Les interventions d’entretien du couvert herbacé (roulage, fauchage…) consomment moins de GNR que les opérations de travail du sol. Les stratégies qui limitent les interventions de travail du sol sont donc à privilégier pour réduire la consommation de GNR.
La figure 1 compare les consommations de deux domaines aux stratégies opposées: le domaine A travaille les sols toute l’année pour limiter au maximum la concurrence des adventices, alors que le domaine B gère un couvert d’engrais verts, semé à l’automne et roulé au printemps et en été. Attention : les stratégies qui maintiennent un couvert herbacé toute l’année ont souvent un fort impact sur la vigueur et le rendement de la vigne. Ces stratégies particulièrement économes en GNR ne sont pas adaptées à toutes les situations.
Cependant, entre ces deux cas extrêmes, de nombreuses stratégies permettent de limiter les interventions de travail du sol.
Par ailleurs, la conversion à la viticulture biologique entraîne de nombreux changements à l’échelle de l’exploitation viticole: investissement en matériel, changement des pratiques de protection de la vigne (voir Mag’ Conversion n°10, août 2018), voire parfois, changement des itinéraires techniques de vinification et des circuits de commercialisation… Il convient donc de limiter au maximum les changements secondaires non indispensables au passage en bio.
Même si les méthodes disponibles ne sont pas les mêmes (herbicide par exemple), la stratégie d’entretien du sol pendant la période de conversion peut être la même qu’avant. Les changements de stratégies pourront venir dans un second temps.

BON A SAVOIR
La FR CUMA Occitanie (en collaboration avec la CUMA Méditerranée, la CUMA Gers-Pyrénées, la CUMA Gironde, les chambres d’agriculture de l’Hérault et de la Gironde et l’IFV) ont publié en septembre 2018 un guide technique «Désherbage mécanique de la vigne : choisir ses outils interceps ».
En plus de présenter les caractéristiques techniques des principaux outils du marché, ce guide rappelle les bonnes pratiques de réglages des outils interceps. Un outil précieux dans le choix et l’utilisation de ce type de matériel.

LE CHOIX DES OUTILS L’OUTIL MIRACLE N’EXISTE PAS !
Le choix des outils d’entretien du sol est un élément central lors de la phase de conversion. D’une part, il s’agit souvent du principal investissement en matériel, d’autre part, ce choix conditionne souvent la réussite de la gestion de l’enherbement.
L’outil adapté à tous les terroirs, toutes les parcelles, toutes les conditions d’intervention n’existe pas ! Même si l’investissement au moment de la conversion est limité à un seul outil, il faut d’emblée réfléchir à la polyvalence du porte outil et envisager de compléter la gamme quelques années plus tard.
Quel que soit l’outil, la consommation en GNR / ha diminue lorsque la vitesse de travail augmente. En règle générale, les outils de binage, en particulier les outils à effacement «passif », permettent une vitesse d’intervention supérieure aux outils rotatifs ou aux décavaillonneuses à soc.
L’augmentation de la vitesse de travail réduit la consommation / ha. Elle augmente aussi le débit de chantier, ce qui réduit les coûts de production et le temps consacré à l’entretien des sols. Elle simplifie donc l’organisation du travail.

RÉUSSIR SON INTERVENTION L’INTERVENTION QUI CONSOMME LE PLUS, C’EST CELLE QUI NE SERT À RIEN!
Chaque passage d’outil doit permettre d’atteindre l’objectif prévu (par exemple : destruction des adventices, ameublissement du sol, tonte du couvert…). Si au début d’une intervention, le viticulteur s’aperçoit que l’outil n’atteint pas l’objectif souhaité (par exemple, l’outil ne rentre pas suffisamment dans le sol), il faut identifier le problème : soit modifier les réglages du tracteur et de l’outil, soit arrêter le travail et le reporter quand les conditions de sol seront mieux adaptées.
Dans l’exemple 1 ci-dessous, le sol est trop sec et trop dur au moment du passage du cadre. Les dents ne s’enfoncent pas et le sol est lissé au niveau du passage des dents. Cette intervention n’atteint pas du tout son objectif d’ameublissement du sol ! Sur l’exemple 3, l’objectif est que l’effet d’une intervention soit le plus durable possible pour éviter d’avoir à la renouveler rapidement : l’intervention qui consomme le moins, c’est celle que l’on ne fait pas !

LE SAVIEZ-VOUS ?
L’application d’un herbicide sous le rang consomme, en moyenne, 4 litres de GNR/ha (à la vitesse de 4 – 4,5 km/h).
Ce niveau de consommation est comparable à celui d’un outil intercep à effacement passif.
PASSAGE COMBINÉ OU SÉPARÉ ?
ATTENTION À LA VITESSE DE TRAVAIL
Le passage combiné d’outils est intéressant car il permet de réduire le nombre d’interventions sur la parcelle. Il peut également s’agir d’associer deux outils de travail du sol (un outil interrang et un intercep) ou un outil d’entretien du sol avec un autre type d’outil (écimeuse, pulvérisateur…). Par contre, pour être pertinent, il doit associer deux outils dont la vitesse de travail est compatible.
Dans cet exemple, le passage combiné d’outils permet de réduire la consommation de 30% par rapport aux deux interventions effectuées séparément.

POUR CONCLURE
L’entretien du sol est un poste important de consommation de GNR en viticulture biologique. De nombreux facteurs doivent être intégrés pour réduire la consommation d’une intervention donnée et plus largement de l’ensemble de l’itinéraire technique.
Cependant, l’économie de carburant n’est qu’un objectif parmi de nombreux autres à l’échelle de l’exploitation : la priorité reste de maintenir les objectifs de production (rendement et qualité) adaptés aux marchés développés par le vigneron.
Les coûts de production, l’impact des pratiques sur l’environnement (sol, aspects paysagers, biodiversité…), l’adaptation aux contraintes de main d’œuvre sont également à intégrer dans les stratégies d’entretien du sol.

POUR ALLER PLUS LOIN
▶Viticulture biologique : l’entretien du sol : Réduire les coûts de production et la consommation en énergies fossiles. N. Constant (Sudvinbio), C. Auvergne et N. Fortin (Chambre d’agriculture de l’Hérault), E. Colin (FR CUMA Occitanie), C. Gaviglio (IFV). Novembre 2019, 24 p.
▶Désherbage mécanique de la vigne : choisir ses outils interceps. Cuma Occitanie. Dossier technique. Septembre 2018. 22 fiches, accessible sur le site internet www.occitanie.cuma.fr.
Cet article a été rédigé à partir des résultats du projet « Optimisation des itinéraires techniques d’entretien du sol en viticulture biologique en vue de réduire les coûts de production et la consommation en énergies fossiles», financé par :

FOCUS TECHNIQUE #2 : GESTION DES RISQUES DE CONTAMINATION CROISEE AU VIGNOBLE
Le Règlement Européen de l’agriculture biologique limite le recours aux pesticides, et en restreint la liste. Tout producteur revendiquant le label bio doit se prémunir des entrées fortuites, non intentionnelles, de pesticides non autorisés sur ses cultures. Ce sont ces entrées qui prennent le nom de « contaminations croisées », croisées implicitement entre conventionnel et bio.

CONNAISSANCES SUR LA CONTAMINATION DES VINS (DONT BIO) PAR LES RÉSIDUS DE PESTICIDES
En conventionnel, les molécules que l’on retrouve le plus fréquemment dans les vins sont principalement les fongicides et plus particulièrement les anti-botrytis (ex : boscalid, pyrimethalil, fenhexamide, fludioxonil ou cyprodinil…) mais aussi des anti-mildiou, comme par exemple ametoctradine, acide phosphonique (métabolite issu de la dégradation du fosétyl d’aluminium ou du phosphonate de potassium ou du disodium phosphonate), dimethomorphe, fluopicolide, iprovalicarbe ou phtalimide (métabolite issu de la dégradation du folpel…) et anti-oïdium (ex : boscalid, fluxapyroxade, tebuconazole, fluopyram…).
Ces molécules sont dites traçantes, c’est- à-dire qu’elles ont la capacité de «passer» du raisin au vin sans être éliminées par les procédés de vinification.
Le programme de recherche SECURBIO, coordonné par le SVBNA et l’INAO de 2009 à 2014, a révélé la présence de traces de résidus dans 37% de 272 vins bio ou en conversion analysés dans le cadre du projet : plus d’un tiers des vins contaminés contenait des résidus supérieurs 1 μg/L, 7% des vins entre 10 et 20 μg/L et 14% des vins supérieurs à 20 μg/L.
Une grande partie de la contamination observée concerne quelques molécules spécifiques comme le phtalimide, (produit de dégradation du folpel) et l’acide phosphonique (produit de dégradation des phosphonates).
Les résultats de l’étude SECURBIO montrent que les cas de contamination les plus fréquents concernaient des parcellaires très morcelés, avec des vignes bio mitoyennes de vignes conventionnelles. Les exploitations mixtes (bio/conventionnelles) avec l’usage d’un même matériel de pulvérisation présentant un nettoyage insuffisant après le traitement conventionnel sont aussi concernées.
Enfin les chais mixtes vinifiant des vins bio et conventionnels font partie des situations à risque. De manière générale, les vins en conversion, contenaient plus de résidus que les vins certifiés AB.

QUELS SONT LES CONTRÔLES RÉALISÉS PAR LES ORGANISMES DE CERTIFICATION (OC) ?
En audit, le contrôle des pratiques de prévention des risques de contamination (= l’obligation de moyen) est prioritaire à l’analyse de résidus (= l’obligation de résultat).
En effet, la certification bio européenne ne dépend pas seulement d’un résultat d’analyse de résidus sur le produit fini. Les mesures de prévention prises par les opérateurs pour éviter ces risques de contamination restent prioritairement évaluées dans le processus de certification.
L’INAO a publié en juillet 2019, des «dispositions de contrôle communes» à l’ensemble des OC (INAO DEC CONT AB 1) relatives à la stratégie analytique à mettre en oeuvre dans le cadre du contrôle des producteurs bio. Elles ont été mises en application au 1er janvier 2020. En voici les grandes lignes.
▷ QUAND L’OC DOIT-IL ENVISAGER UN PRÉLÈVEMENT ?
L’OC prélève dans le cadre d’un plan d’analyse de risques un nombre d’échantillons équivalent à 5% de ses opérateurs contrôlés annuellement. Les exploitations mixtes sont plus particulièrement ciblées. Par contre l’existence d’un plan de contrôle interne sera considéré comme un élément de sécurisation du process permettant de garantir la qualité des produits (raisin, ou vin).
▷ QUE PRÉLÈVE L’OC ?
Le choix de la matrice (sol, feuille, raisin ou vin) se fait en fonction des périodes à risque vis à vis des contaminations : sur feuille, sol ou raisin pendant la campagne de traitement lors d’un audit en cave particulière par exemple, sur vin lors d’un audit en cave coopérative ou chez un négociant par exemple.
▷ QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES ?
Important: En bio, il n’existe aucun seuil de déclassement officiel défini par les autorités françaises (INAO). Autrement dit, en cas de résultat supérieur ou égal à la valeur de référence*, les lots sont bloqués pour permettre une procédure d’investigation mais ils ne sont pas nécessairement déclassés. Cette décisions dépendra du résultat d’enquête qui doit déterminer l’origine de la contamination et conclure sur la qualité (bio ou non) du produit ou de la parcelle. L’opérateur doit fournir tout justificatif nécessaire à l’enquête.

COMMENT SE PROTÉGER DES RISQUES DE CONTAMINATIONS CROISÉES LORS DE LA CONVERSION DE SON VIGNOBLE EN BIO?
En viticulture, comme dans d’autres cultures, c’est la situation respective des parcelles qui détermine le risque (qui pourra être confirmé par des analyses).
Les paramètres relatifs au voisinage conventionnel sont les suivants :
▶ Distance (pas de valeur réglementée, à évaluer).
▶ Sens du vent dominant.
▶ Topographie (niveau surplombant ou pas).
▶ Présence de haie.
▶ Orientation des rangées (parallélisme, perpendicularité…).
▶ Pratiques techniques du voisin (respect des conditions aérologiques, coupure de la pulvérisation en bout de rang…).
En situation de risque de contamination, quelles sont les solutions de protection ?
▶ Les éléments sur lesquels on ne peut absolument pas agir sont le sens du vent dominant et la topographie.
▶ L’orientation respective des rangées est modifiable en cas de replantation et en fonction de l’orientation des vignes voisines.
▶ Dans une faible mesure (impact économique), la distance entre parcelle bio et conventionnelle peut être augmentée par l’arrachage des souches de bordure (encore plus coûteux dans le cas d’une vigne bio palissée jouxtant le conventionnel par ses bouts de rangée).
▶ La plantation d’une haie (mais le risque reste inchangé durant toute la période de développement de ladite haie).
▶ Le climat relationnel conditionne l’influence sur les pratiques du voisin. L’apport coopératif à une même structure doit être un facteur facilitant. Des accords de type entraide sont possibles: l’exploitant bio traite (en bio, évidemment) les rangées de bordure de son voisin conventionnel, qui joueront donc le rôle d’écran vis-à-vis des dérives.
Dans le cas où aucune de ces solutions n’est praticable, les raisins touchés ne devront en aucun cas entrer dans la vinification de cuvées bio : le risque est le déclassement de l’ensemble. La récolte doit être sélective :
▶ Évidente en cas de vendanges manuelles.
▶ Passage manuel préalable des bouts de rangée contaminés, lorsque c’est le cas, lors de vendanges mécaniques.
▶ Vendange en dernier des rangées entières concernées, lorsque c’est le cas, lors de vendanges mécaniques.
Les raisins récoltés pourront suivre différents itinéraires, tous dans le circuit conventionnel :
▶ Vente en vendange fraîche ou apport distinct en coopérative.
▶ Vinification séparée sur place (selon quantité) en cas de mixité de production.
▶ destruction dans les cas extrêmes.
*Valeur de référence : définie, selon l’INAO (dans le document « dispositions de contrôle communes ») par la présence d’une seule substance interdite en AB à une concentration supérieure ou égale à 0,02 mg/kg (sans prise en compte de l’incertitude de la mesure). Cette valeur de référence peut être ramenée à la limite de quantification (sans prise en compte de l’incertitude de mesure) dans certains cas (suspicion de contamination croisée, situation à risque, présence d’herbicide…).
BIBLIOGRAPHIE
▶M. Grinbaum, M. Dubernet, V. Bouazza, E. Debez, V. Lempereur, Novembre 2018. Résidus phytosanitaires dans les vins : état des lieux, analyses et expertise. 41ème congrès de l’OIV BIO Web of Conferences 12, 04010 (2019).
▶M. Dubernet, V. Bouazza, P. Duprat, M. Toussaint, E. Debez, Novembre 2015. Résidus phytosanitaire dans les vins: un état des lieux. Rhône en V.O. N°9, pages 90-100. Téléchargeable sur : http://www.institut-rhodanien.com/vin/fr/rhone-en-v-o
▶INAO, 3 juillet 2019. Dispositions de contrôle communes relatives à la stratégie analytique à mettre en œuvre dans le cadre du contrôle des opérateurs de la production biologie. Dispositions de contrôle communes, INAO -DEC-C–NT-AB-1.
Téléchargeable sur : https://www.inao.gouv.fr/Espace-professionnel-et-outils/Controles-des-signes-d-identification-de-l-origine-et-de-la-qualiteSIQO/Dispositions-de-controle-communes
▶Becquet S., (2014) Guide sur les résidus de pesticides dans les vins bio. Séminaire de clôture du programme Casdar Securbio.
https://www.securbio.fr/doc/
Par N. Constant et V. Pladeau de SUDVINBIO , M. Grinbaum de l‘IFV et E. Le Ho de la Chambre d’agriculture de l’Aude
Crédit photo : Interbio Occitanie
Découvrez les 3 nouvelles structures de notre guide des entreprises Bio régionales !
Nous avons le plaisir de compter 3 nouvelles structures dans notre guide des entreprises Bio régionales consultable en ligne !
Cliquez sur les logos pour en savoir +
Crédit photo : L’Etuverie – Ail Noir
Date à noter dans vos agendas : 10 juin 2020 - 2e Colloque de la restauration collective Bio et Régionale !
Le 2e Colloque de la restauration collective Bio et Régionale se déroulera le 10 juin prochain au collège Françoise Héritier à l’Isle Jourdain (Gers).
Objectif : démontrer qu’atteindre les 20 % de bio et local dans la restauration collective, c’est possible !
Programme :
– Table-ronde et retours d’expérience de restaurants collectifs sur leur démarche alimentaire bio et locale.
– 3 ateliers pratiques
Les inscriptions seront bientôt ouvertes !
Inscrivez-vous à la 2ème édition du Forum des Investisseurs !
La 2ème édition du Forum des investisseurs se déroulera le 9 avril prochain à Agropolis International à Montpellier !
Organisé par Interbio Occitanie, ce forum a pour objectif de :
– Permettre une optimisation des financements des projets BIO régionaux
– Donner aux porteurs de projet la possibilité de rencontrer, sur une journée différents investisseurs pour mettre en place leurs projets
QUELS PORTEURS DE PROJET ?
Cette journée s’adresse aux entreprises en création, en développement ou en reprise.
Elles peuvent être de toutes tailles : TPE, PME ou ETI. Les investisseurs présents peuvent intervenir sur tous les types de projets.
QUELS FINANCEURS ?
Les financeurs présents peuvent vous accompagner quelle que soit la taille de votre projet : de petits investissements ou besoin en trésorerie de quelques milliers d’euros jusqu’à de très grands besoins en investissements, développement ou encore innovation.
Suivez en direct la conférence de presse de l'Agence Bio !
La conférence de presse de l’Agence Bio « Le bio sera-t-il le moteur de la tendance sociétale du “consommer moins mais mieux”? » aura lieu demain, soit le jeudi 20 février à 9h30 à Paris. Y seront présentés les résultats du baromètre 2020 de consommation et de perception des produits biologiques en France (Étude Spirit Insight pour l’Agence BIO).
J-5 avant l'ouverture du salon international Biofach !
“WORLD’S LEADING TRADE FAIR FOR ORGANIC FOOD”
Le salon professionnel Biofach, entièrement dédié à l’alimentation biologique se déroulera du 12 au 15 février prochain à Nuremberg en Allemagne.
L’objectif ? Faire rencontrer les transformateurs et industriels agro-alimentaires de produits biologiques aux distributeurs, associations et instances politiques.
Millésime Bio, le plus grand salon du vin Bio ouvre ses portes le 27/01 prochain !
Organisé et créé par l’association interprofessionnelle SudVinBio depuis 1993, le mondial du vin biologique, Millésime Bio se déroulera du 27 au 29 janvier dans 5 halls du Parc des Expositions à Montpellier. 1300 exposants seront présents dans un climat d’affaire repensé, alors que le marché des vins bios ne cesse de progresser.
Millésime Bio s’est imposé au fil des années comme le seul rendez-vous international réunissant autant d’exposants de la filière viticole, brassicole et spiritueux bio. Les acheteurs du monde entier, qui viennent chaque année plus nombreux, l’ont bien compris : le business se joue au mondial du vin biologique.




















