Le Mag - N°13 - Fév. 2019 - Spécial Productions animales
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Dossier Apiculture
Accompagner vers l'apiculture bio en Occitanie
Dossier Bovin Lait
Apports des études récentes sur les performances technico-économiques et la résilience
Dossier Caprin
Caractérisation d'élevages caprins biologiques avec transformation fromagère
Dossier Élevages
Débroussaillage des sous-bois et valorisation des matières ligneuses
Dossier Élevages
Méteils grains : un levier stratégique pour les éleveurs
Le Mag - N°12 - Fév. 2019 - Spécial Productions végétales
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Dossier Viticulture
La Flavescence dorée en Agriculture Biologique
La flavescence dorée est apparue dans les années 1980 en Occitanie. Aujourd’hui, tout le vignoble régional est touché. L’ensemble des viticulteurs sont concernés par cette problématique et ceux envisageant un passage en agriculture biologique doivent en tenir compte dans leur projet de conversion. Cette maladie est causée par un phytoplasme qui, après s’être multiplié dans la sève de la vigne, engendre le dépérissement du cep. Ce phytoplasme est véhiculé et transmis par un insecte : la cicadelle de la flavescence dorée.
Dossier Grandes Cultures
Maîtriser la fertilité et le salissement de ses parcelles
La fertilité des parcelles et leur salissement sont les deux aspects essentiels à maîtriser pour réussir ses grandes cultures biologiques. Afin d’atteindre cet objectif, il est nécessaire de connaître les différents leviers agissant sur ces paramètres.
Dossier Maraîchage
Lutter contre les bio-agresseurs en maraîchage biologique
Pour sa 3ème année, la journée régionale maraîchage Occitanie (JTMO) organisée par la Chambre départementale de l’Agriculture 31 et Interbio s’est déroulée le 20 novembre 2018 en Haute Garonne.
Comment intégrer des méthodes innovantes, quels systèmes de culture, quelles méthodes alternatives de lutte contre les bio – agresseurs ?
Les tous derniers résultats des expérimentations de protection des cultures légumières étaient présentés aux 70 participants, producteurs, conseillers techniques, formateurs, enseignants, porteurs de projets.
Dossier Fruits et Légumes
Fruits et Légumes en Occitanie - Une filière en pleine expansion
A l'Est, comme à l'Ouest de la région, tous les territoires contribuent au développement de cette filière et de production qui correspondent à une attente forte des consommateurs qu'ils résident ou non en Occitanie. Cette filière a toujours été marquée par la dualité circuits courts et circuits longs. Il s'agit pour le citoyen Occitan intéressé par la vente directe ou le client des magasins bio de proximité de "consommer bio et local parce que c'est l'idéal". Pour les transformateurs et les distributeurs d'Occitanie, comme dans toute la France, l'enjeu est d'être approvisionné au plus près de son lieu d'activité. Le Plan Alimentaire de la Région Occitanie qui se met en place prend en compte les attentes citoyennes, en prévoyant d'encourager le référencement des produits bio de la région, dans la restauration des lycées. Comme le montre les données de l'Observatoire Economique d'Interbio Occitanie, la production régionale a la capacité de fournir la restauration collective. La rencontre et les visites réalisées chez le transformateur Prosain ainsi que chez les grossistes distributeurs de la région Toulousaine, montrent s'il en était besoin que les possibilités de développement de la production en région sont importantes et doivent être accompagnées par un appui conséquent pour structurer les filières.
Le Mag - N°11 - Nov. 2018
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Dossier réglementation
Cahier des charges de l’AB – Le nouveau règlement européen se précise
Entamée en 2014, la révision du règlement européen régissant l’agriculture biologique sera bientôt achevée. Les objectifs avancés: continuer à développer la bio, garantir la qualité des produits aux consommateurs, harmoniser les pratiques entre producteurs européens et baisser le nombre de dérogations. L’entrée en vigueur est prévue pour le 1er janvier 2021. Quels sont les changements à attendre pour les producteurs ? Et pour les consommateurs ?
Dossier Arboriculture
Comment améliorer la gestion des risques en verger Bio ?
Le maintien d’un équilibre dans un verger bio, entre la pression exercée par les nuisibles et les maladies, et la qualité des produits, est l’équation à laquelle les arboriculteurs sont confrontés. Des recherches sont menées pour aider les arboriculteurs à anticiper et mettre en place des techniques limitant les risques, pour maintenir un agrosystème performant.
Deux thèmes à forts enjeux sont particulièrement étudiés et à ne pas sous-estimer dans la réflexion d’une reconversion ou d’une installation en arboriculture fruitière : la gestion du rang de plantation et la réduction et/ou la recherche d’alternatives au cuivre, dans un contexte d’évolution réglementaire de son usage.
Dossier Viticulture
L’utilisation du cuivre en viticulture biologique
En viticulture biologique, le cuivre est aujourd’hui la seule substance homologuée dans la lutte contre le mildiou et son utilisation est limitée à 6 kg/ha/an avec un lissage possible sur 5 ans. La période d’approbation du cuivre arrive à son terme fin 2018 et les conditions de sa ré-homologation ne sont pas encore validées.
Dossier Plantes à Parfum Aromatiques et Médicinales (PPAM)
Produire des plantes aromatiques et médicinales à destination des entreprises – des opportunités pour se lancer ou se diversifier.
Les PPAM ne constituent pas une grosse filière avec moins de 1 % de la SAU Française, pour 3 500 exploitations. 15 % des surfaces sont en Bio contre 5 % dans le reste de l’agriculture. La lavande, le lavandin et le pavot-œillette couvrent 70 % des surfaces. Les 30 % restantes assurent 60 % du chiffre d’affaires. Cela montre la forte hétérogénéité du chiffre d’affaires par production. Cette filière a un dynamisme particulier avec une augmentation des surfaces de 12% par an.
Le Mag - N°10 - Août 2018
Vous lisez le dixième numéro du Magazine de la Conversion, premier d'une nouvelle formule. Le réseau Bio Occitanie FRAB travaille désormais dans la nouvelle configuration régionale de la Bio en partenariat, au sein d'Interbio Occitanie, avec SudVinBio, le réseau des Chambres d'agriculture, Coop de France Occitanie et OCEBIO, l'association des entreprises et distributeurs.
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Dossier Observatoire de l'Agriculture Biologique
Les chiffres clés 2017 des filières Bio régionales
En partenariat avec l'Agence Bio, l'Observatoire Régional de l'Agriculture Biologique d'Interbio Occitanie collecte et traite des données relatives à l'évolution de la Bio dans notre région. Il permet ainsi d'améliorer le suivi des filières Bio et de leurs opérateurs. A travers différentes publications, nous communiquons sur les derniers indicateurs existants. Voici une synthèse des chiffres clés de l'Agriculture Biologique en Occitanie en 2017.
Dossier Réglementation
Nouveautés réglementaires sur les semences Bio
Dossier Viticulture
Protection du vignoble et s'affranchir d'une partie du sulfitage en vinification Bio
Le nombre de substances actives pour lutter contre les maladies cryptogamiques et les ravageurs est limité en AB par rapport à celui disponible en viticulture conventionnelle. Les caractéristiques des molécules bios nécessitent souvent de modifier les stratégies de traitement par rapport à ce qui est fait habituellement en viticulture conventionnelle. Cette phase de transition des pratiques représente souvent une sensibilité accrue aux maladies et ravageurs. Les travaux de l’UMR System de l’INRA de Montpellier, mis en place dans le cadre du projet de recherche VIBRATO, confirment la sensibilité accrue des parcelles en conversion vis-à-vis du mildiou (parcelle en 1ère et 2ème années de conversion (C1 et C2)) et de l’eudémis (parcelles en C1). Cette plus grande sensibilité aux maladies et ravageurs en période de conversion n’est pas une fatalité, mais doit être anticipée pour être bien gérée.
Dossier Maraîchage
Suivi des couverts végétaux sur des fermes maraîchères Bio
Regroupés en GIEE (Groupement d’Intérêt Economique et Environnemental), les maraîchers de sept fermes travaillent ensemble autour du thème « Tester des couverts végétaux en maraîchage biologique en piémonts pyrénéens : de l'engrais vert à la plantation dans un couvert ».
Dossier Bovin Lait
Etudier sa conversion en lait de vache Bio
La filière bovin lait bio connaît un fort développement en France et en Occitanie. En 2017, la région comptait 279 producteurs de lait de vache biologique (+47% par rapport à 2016). Les opérateurs de l’aval, la coopérative Sodiaal Union, Biolait, etc., sont toujours à la recherche de nouveaux producteurs.
Dossier Elevage
Expérimentation sur l'évaluation de mélanges de prairies à flore variée
Depuis fin 2016, Bio 46 le groupement des agriculteurs bios du Lot accompagne un groupe d’éleveurs dans la mise en place d’essais de mélanges prairiaux à flore variée (PFV) en partenariat avec l’INRA de Toulouse. Les suivis de ces prairies s’étendent sur 4 années (2016-2020). Entre l’automne 2016 et le printemps 2017, ce sont sept parcelles qui ont été implantées chez cinq éleveurs bios de différentes productions : ovin viande, bovin lait, caprin lait. La première saison de végétation de ces jeunes prairies a été suivie via des relevés botaniques et des analyses en laboratoire mais aussi via un suivi régulier par les éleveurs. Ce projet participe à l’élaboration de l’outil en ligne libre d’accès Capflor®, outil d’aide à la décision qui visera à préconiser des mélanges prairiaux aux éleveurs selon leurs besoins et conditions pédoclimatiques. En 2018, une dizaine de nouvelles parcelles seront semées et trois éleveurs ont rejoint les essais, permettant notamment d’élargir la palette de conditions pédoclimatiques et des productions avec les bovins viande.
Dossier Les Marchés
Valoriser ses produits en vendant à des intermédiaires
La vente directe est très présente en Occitanie et les producteurs qui s’installent ou se convertissent pensent spontanément à ce débouché. Vendre à un intermédiaire est parfois perçu de manière négative alors qu’on peut aussi valoriser ses produits sans ce lien direct avec le consommateur.
Vous découvrirez dans ce dossier les chiffres clés de la consommation bio, de la distribution et les dernières évolutions du secteur. Un des rôles des organismes bio est de mettre en lien l’amont et l’aval. La réalisation en avril d’une journée pour les magasins Biocoop avec producteurs et transformateurs en est une belle illustration.
Les Marchés de Gros (qu’on nomme aussi marchés gares) représentent aussi une opportunité à laquelle on ne pense pas spontanément : ils permettent pourtant de toucher une autre clientèle (primeur, épicerie, restaurant…). De belles dynamiques se mettent en place autour des produits bio sur les MIN, notamment de Montpellier et de Toulouse. Un projet de carreau bio et local a vu le jour et d’autres projets devraient se concrétiser prochainement… à suivre dans les prochains numéros !
Dossier #2 : L’ail bio français, situation du marché et organisation de la filière régionale
La production d’ail conventionnel diminue depuis une quinzaine d’années au niveau national. En Occitanie la tendance est à une stabilisation grâce aux SIQO, signes officiels de qualité et d’origine (IGP Blanc de Lomagne, IGP – Label Rouge Rose de Lautrec, AOP Ail Violet de Cadours).
La consommation française d’ail est évaluée entre 35 à 40000 tonnes par an (moins de 500g/ an et par ménage). En bio, elle se situe autour de 3 à 4000 tonnes par an. Une grande partie de l’ail bio consommé actuellement en France n’est pas d’origine française. En effet la production nationale d’ail bio est estimée à environ 600 à 700 tonnes par an. Elle est donc très déficitaire par rapport aux besoins du marché, ce qui génère des importations d’ail bio. Mais les consommateurs réclament de plus en plus une origine française pour les produits, et les distributeurs (spécialisés Bio ou non) souhaitent pouvoir répondre à cette demande.
“L’ail bio est très déficitaire.”
En Occitanie, les metteurs en marché de l’ail traditionnel, coopérative Top Alliance, Les Aulx du Sud-Ouest, Les Jardins du Midi, Les Produits du Soleil, Ligne Directe Production et Royal Saveurs ainsi que les négociants spécialisés en AB, s’accordent pour signaler qu’ils manquent de volumes en Ail Bio français pour répondre à leurs clients (magasins, grossistes, restauration ou exports). Toutefois ils mettent en avant des exigences qualité significatives pour accepter le produit: l’ail doit être trié, éraciné et brossé. Le prix de l’ail bio, qui se situait en 2018 entre 4 et 5€/kg selon le conditionnement, est payé au producteur autour de 5,30€/kg à condition d’avoir un produit de qualité.
La campagne de commercialisation de l’ail bio 2019 en cours va être très instructive. Les volumes et la qualité en nette progression seront – ils absorbés par le marché ?
TÉMOIGNAGE
FABRICE FURLAN EARL DE LA FERME DE STE AGATHE ENCAUSSE (32)
« Depuis que je suis installé en agriculture, c’est la culture de l’ail qui me tient la main. C’est la culture traditionnelle de l’exploitation. Aussi, lorsque j’ai converti l’exploitation en bio en 2015, j’ai également passé l’ail en bio. Le contexte des grandes cultures en agriculture conventionnelle, les aides allouées pour le passage en bio ont déclenché la conversion. II y avait également une part d’ennui dans les pratiques conventionnelles. Le passage en bio m’a obligé à repenser mes pratiques et à remettre l’agronomie sur le devant de la scène.
De plus, le marché de l’ail bio est plus dynamique. J’ai gardé les mêmes surfaces mais obtenu un rendement moindre qu’en conventionnel. Le rendement a été divisé par deux en 2018, et un peu meilleur en 2019.».
Quels sont les principaux changements dans l’itinéraire technique de la production d’ail bio ?*
«La première chose à faire a été de retarder la plantation d’un mois par rapport à la période traditionnelle de plantation en conventionnel, pour limiter les risques d’attaques de la mouche des semis. Lorsqu’un vol est en cours, la plante sort à peine de terre et il n’y a donc pas de ponte sur la culture et pas ou peu de dégâts.
Le deuxième point concerne le désherbage. J’ai investi dans une herse étrille, outil indispensable, que je passe en plein sur la culture jusqu’au stade 7-8 feuilles. Le désherbage nécessite aussi un ou deux passages manuels.
La baisse du rendement est liée aux attaques de rouille, champignon aérien qui se développe sur les feuilles qui ne sont plus fonctionnelles. En AB, il n’y a actuellement aucun moyen de lutte efficace.
Un champignon du sol, le sclérotinia, responsable de la pourriture blanche, est également préjudiciable au développement de la culture. La rotation ne suffit pas pour garantir un bon état sanitaire car ce champignon reste dans le sol plusieurs années et je suis obligé de maintenir une période de minimum 4 – 5 ans avant de faire revenir l’ail sur la même parcelle.
Pour le séchage et la conservation, je fais comme pour du conventionnel : séchage dynamique et conservation en palox.
En ce qui concerne la fertilisation, un essai est en cours pour tester deux stratégies de fertilisation car on manque de références en bio. Je fais également partie d’un groupe 30 000 avec des agriculteurs bio et conventionnels pour échanger sur nos pratiques.»
Et pour la commercialisation ?
«Le marché est porteur. Ce qui est nouveau, c’est la qualité demandée. Le calibre a moins d’importance qu’en conventionnel, on recherche un calibre supérieur à 45 mm. Il faut bien sûr, trier, éraciner et brosser l’ail. Les négociants historiques présents dans la zone de production recherchent de l’ail bio français et j’ai contractualisé avec l’un d’eux pour une partie de ma récolte. Je découvre également le négoce spécialisé en AB.»
Comment voyez-vous l’avenir?
«J’espère que le marché de l’ail bio français absorbera les volumes qui arrivent. Les agriculteurs de la région convertissent leurs surfaces en bio et aujourd’hui 30% des producteurs d’ail du Gers passent en bio.»
EARL Ferme de Ste Agathe, 32430 Encausse
Conversion AB en 2015
Ail bio : 10 ha
Grandes cultures bio : 113 ha
Prairies bio : 1 ha
Noisettes : 20 ha

DOSSIER N°3 : Le radis chinois Daïkon, un couvert végétal intéressant en inter-cultures d’hiver
Les maraîchers qui cultivent une large gamme de légumes et qui souhaitent introduire des couverts végétaux dans leurs rotations sont rapidement confrontés à la recherche d’une espèce ou d’un mélange qui réponde à leurs objectifs en un court laps de temps. En effet, la succession rapide et la diversité des légumes laissent peu de temps aux maraîchers pour implanter des couverts végétaux, notamment ceux qui couvriraient le sol en hiver et libèreraient les parcelles tôt au printemps.
Après un essai de féverole pure (2017) puis de fèverole associée au trèfle incarnat ou à la moutarde blanche (2018) et sur les conseils d’Antoine Bedel, chef produits à Caussade Semences, des maraîchers qui travaillent ensemble autour de la thématique des couverts végétaux et
constitués en GIEE1, ont semé des essais de radis chinois Daïkon CS.

PETIT RETOUR SUR LES ESSAIS PRÉCÉDENTS LA FÉVEROLE PURE ET ASSOCIÉE
À l’origine de ce choix était la volonté des maraîchers d’avoir un couvert qui couvre densément le sol en hiver, qui produise de la biomasse rapidement et qui soit facile à détruire en fin d’hiver. Ces objectifs recherchés n’avaient pas été atteints par les couverts d’hiver précédents. En effet, la féverole pure couvrait mal le sol, ce qui entrainait le salissement des parcelles. L’année suivante, son association avec le trèfle incarnat ou la moutarde blanche résolvait ce problème mais pour que les apports en Matière Sèche soient intéressants (au moins 4 tonnes par hectare), il fallait attendre le mois de mai pour détruire le mélange, ce qui était trop tardif, en ajoutant à cela le temps d’attente nécessaire avant l’implantation des légumes.
L’ESSAI DE CET HIVER : LE RADIS CHINOIS DAÏKON CS
En cherchant des semences, Antoine Bedel de Caussade Semences, a proposé du radis chinois Daïkon CS pour trois raisons principales :
▶ sa facilité de destruction : gélif à – 8 °C ou détruit par scalpage au niveau du collet,
▶ son cycle plus court que les graminées qui donc libère les parcelles tôt au printemps,
▶ et son intérêt CIPAN (Culture Intermédiaire Piège À Nitrates) en tant que crucifère. En effet, ses tissus ayant un rapport Carbone/ Azote très faible, sa décomposition est rapide et l’azote est disponible pour les légumes primeurs.
Les densités préconisées étaient de 6 à 10kg/ha. Cependant, certains maraîchers se sont basés sur l’expérience d’un maraîcher de Limoges qui réalise ensuite un sur-semis en octobre de seigle forestier, avoine noire, pois, vesce velue, lupin, phacélie… et qui pour compenser les pertes dues au piétinement, sème à 20 kg/ha.
Il s’est avéré que cette densité était trop élevée. En effet, le feuillage était en concurrence pour la lumière et s’est donc développé au dépend des racines. Cependant, une expérience faite par un des maraîchers du groupe a eu des résultats intéressants et a donné lieu à une suite d’essais.
▷ DU RADIS DANS DU SORGHO
Pour cet essai, l’expérience faite par Alban Reveille, La Ferme Intention, à Cazères s’est avérée satisfaisante et est reprise par d’autres maraîchers cette année. En effet, le radis chinois a été semé à une densité de 10kg/ ha, le 1er septembre 2018 à la volée sur 300 m2 dans deux variétés
de sorgho vivant, broyé à 40 cm. Un second broyage du sorgho à 20 cm a permis de recouvrir légèrement les graines. Le radis a été irrigué les trois jours suivants avec 50 mm d’eau.
Sur la partie de gauche était cultivé du sorgho population De Lozzo, l’essai a été réussi car le sorgho n’a pas poursuivi sa végétation après le 1er septembre, laissant la place au radis alors que sur la partie de droite, le sorgho Jumbo star F1 a continué sa croissance et a étouffé le radis chinois.
Deux mois après le semis, en novembre, dans le sorgho hybride, il restait peu de radis chinois et les pieds présents étaient petits, Alban a alors décidé de passer le rolofaca dès la première petite gelée pour détruire le sorgho hybride.
Les résultats de la partie de gauche ont été très satisfaisants, seuls 10 pieds de chénopodes, qui auraient grainés avant l’hiver, ont été arrachés. Pour détruire le radis, Alban a clôturé les brebis sur la parcelle, qu’il a ensuite bâchée fin février pour finaliser le travail et planter des courges et des patates douces entre le 15 mai et le 1er juin.

LA SUITE A DONNER
Au vu des résultats et de la volonté des maraîchers pour que le sol soit couvert correctement et rapidement, pour cette année, Antoine Bedel a préconisé un mélange de radis chinois Daïkon CS (2 kg/ha), phacélie (5 kg/ha) et lentille ou fenugrec (20 kg/ha) ou trèfle d’Alexandrie (7 à 10 kg/ha). Les densités proposées conviennent pour un semis au semoir à céréales, à augmenter donc pour un semis à la volée. Ce mélange lève très bien et est facile à détruire avec un seul broyage en mars.
Notons que la date limite de semis pour le fénugrec est tout début septembre et mi-septembre pour les autres légumineuses.
En plus de cette association avec le radis chinois CS, qui va être mise en culture par plusieurs maraîchers, les couverts végétaux vont être réfléchis avec leur intégration dans les plannings de culture (cf. planning d’Alban ci-dessous).
Cette vision plus globale de l’intégration du couvert dans les rotations des légumes permettra d’affiner le choix des espèces en fonction des créneaux de disponibilités des parcelles.

▶ EN SAVOIR PLUS
L’ensemble des résultats déjà obtenus sont disponibles sur le site Internet d’ERABLES 31 : http://www.erables31.org/forum/viewforum.php?f=115
Par Laurence Espagnacq et Marie Bollino, Chambres d’agricultures Haute-Garonne et Tarn et Garonne
Crédit photo : Adobestock et Interbio Occitanie
Dossier #1 - Protection de la culture du melon en AB -Derniers résultats des essais menés par Suxpé et Centrex
EXPERIMENTATION N°1 : Évaluation de moyens de lutte contre taupins en cultures de melon et de patate douce
Le taupin (Agriotes sordidus) est un ravageur majeur des cultures de patates douces en agriculture biologique. Les larves de ce coléoptère, qui vivent 3 à 6 ans dans le sol, s’attaquent aux tubercules. Les dégâts peuvent dépasser 40% de la production. Aucune solution satisfaisante n’est actuellement disponible en AB, ni même en conventionnel.
La Centrex, Sudexpé, le Civam Bio 66 et la SICA conduisent durant plusieurs années des essais sur patate douce et sur melons, afin de développer des solutions de bio-contrôle ou des itinéraires techniques permettant de lutter contre ce ravageur.
LES RÉSULTATS 2017-2018 DE LA CENTREX
L’objectif des essais Centrex 2017 et 2018, était d’identifier des moyens de protection utilisable en AB pour diminuer les pertes dues à Agriotes sordidus. Trois types d’essais ont été menés :
▶ Avancement des dates de plantation et de récolte pour retirer les tubercules du champ avant la période favorable aux attaques de taupin supposées (oct. /nov.)
▶ Essais produits biologiques par application goutte à goutte
▶ Essais inondation de la parcelle pour diminuer les populations avant plantation
Les essais date de plantation ont été échelonnés du 1er mai au 10 juillet afin de récolter les tubercules entre fin août et début novembre. Aucun résultat n’a permis d’établir de relation entre la date de récolte et les attaques de taupin. Un suivi des populations par piégeage des larves dans le sol devrait permettre d’affiner les périodes de présence du taupin en 2019.
La figure 1 regroupe les résultats des essais inondations et produits biologiques réalisés en 2018 sur le nombre de trous de taupin retrouvés sur tubercule. Concernant les produits testés (purin de fougère, purin d’ortie [1], Neemazal [2], Naturalis [3], Success granulé [4], Success 4) aucune différence statistique n’a été observée avec le témoin non traité. À l’exception du purin de fougère, les mo- dalités testées présentent des attaques de taupin supérieures au témoin pouvant s’expliquer par un maintien de l’humidité du sol plus important sur ces parcelles (traitement au goutte à goutte) qui aurait pu favoriser le taupin. Le purin de fougère a montré néanmoins une tendance à des attaques plus faibles, confirmant les observations qui avaient déjà été faites en 2017. Cette modalité a été retestée sur la saison 2019.
L’essai Inondation du sol a été fait 1 mois et demi avant plantation par apport régulier d’eau entre le 25 et le 30 avril. Des digues ont été formées autour de la parcelle afin que l’eau s’accumule et s’infiltre progressivement dans le sol. Le sol a ensuite été travaillé avant plantation le 25 mai.
Figure 1 : Boite à moustache Nombre de trous dus au taupin par tubercule récolté

La modalité «inondation» est celle qui est le mieux ressorti statistiquement avec :
▶ un poids moyen et un nombre de tubercules / plant supérieur ou égal aux autres modalités,
▶ un rendement de 1 t/ha, supérieur de 200 kg en comparaison du témoin non traité
▶ une fréquence et intensité d’attaque plus faibles que le témoin et les autres modalités.
L’observation de la boite à moustache (Figure 1) montre un écart type sur cette modalité très inférieur aux autres modalités. Les essais ont été reconduits en 2019 en conservant les modalités ayant eu les meilleurs résultats (inondation, purin de fougère). Les résultats sont en cours de traitement.
LES RÉSULTATS 2019 DE SUDEXPÉ
Le taupin ravageur de la culture du melon du Sud-Est est le même que celui de la patate douce, Agriotes sordidus. Son cycle, plus court que celui d’ A. lineatus (18 mois au lieu de 48 mois), entraîne une augmentation rapide de la population. En bio ou en conventionnel, il n’existe pas de produit satisfaisant pour lutter contre ce ravageur en période de récolte. L’objectif des essais 2019 de Sudexpé en culture de melons est d’expérimenter des moyens de lutte physique contre ce ravageur. L’essai a été planté dans le créneau “Chenille saison”, le 21 mars 2019. Trois types de barrières physiques biodégradables ont été placés sous chaque fruit après nouaison: des assiettes en son de blé, des disques en fibres de coco et des planchettes en bois.
Malgré une pression taupin peu élevée cette année, les résultats permettent tout de même d’affirmer que les trois types de protection ont été efficaces, puisque la proportion de fruits piqués pour les trois modalités diffère significativement de celle du témoin non protégé (voir Graphique ci-dessous). De même en termes d’intensité d’attaque, 4,5% des fruits de la modalité non protégée ont eu 3 trous ou plus ; tandis que ce chiffre est de 0,6% pour les fruits sur planchette en bois et de 0 pour les assiettes en son de blé. Les analyses statistiques n’ont en revanche pas révélé de différences entre les trois protections, même si les disques en fibre de coco ont présenté un taux de réussite de 100% : aucun des fruits reposant sur ces disques n’a été attaqué. Si ces résultats ne sont pas facilement re- productibles à l’échelle des producteurs, on peut affirmer que les protections physiques sont une alternative intéressante pour lutter contre le taupin en culture de melon. Des travaux de recherche devront continuer afin de proposer une solution transposable aux conditions du terrain.


EXPERIMENTATION N°2 : Évaluation du comportement variétal face à la pression de fusariose en culture de melon de plein champ
La fusariose est provoquée par le champignon Fusarium Oxysporum f. sp. melonis. Cette maladie sévit dans de nombreux bassins de production du melon, dû à la prépondérance de la race 1.2 de ce champignon et à l’augmentation de l’agressivité des souches. Le Fusarium est ainsi responsable de sévères dépérissements racinaires sur les melonnières, et seule la coûteuse solution du greffage, apporte aujourd’hui une solution.
Sudexpé, pôle de recherche appliquée en Fruits & Légumes du Midi Méditerranéen, évalue pendant 3 années le comportement à la Fusariose de plusieurs variétés de melon. L’objectif de l’étude est d’identifier une échelle de sensibilité des variétés à la Fusariose, afin de permettre aux producteurs d’employer le levier variétal pour répondre à leurs risques sanitaires, tout en répondant aux autres exigences de sélection.
Les résultats de la première année d’essai sont présentés ici. Cinq variétés (Arkade, Bakara, Etika, Funchal, Khorum) ont été plantées, à raison de 8 répétitions de 5 plantes. Le créneau choisi, le plus à risque, est celui des “Chenilles précoces”, planté le 5 mars 2019 et récolté du 4 au 24 juin. Le comportement des variétés a été comparé à celui de 3 variétés: Hugo témoin très sensible, Lunasol référence résistante de base et Manta référence résistante haute (qui ne s’est cependant pas comportée comme attendu). Chaque semaine, de l’apparition des symptômes à la fin de l’évolution de la maladie, le stade “sain”, “atteint” ou “mort” de chaque plant a été relevé.

PRÉCOCITÉ D’APPARITION DES SYMPTÔMES
La variété témoin sensible Hugo se démarque dès le début de l’étude, avec la majorité de ses plants déjà atteints par la maladie lors de la première notation. Hormis ce témoin, c’est la variété Bakara qui déclare des symptômes de Fusariose en premier. Elle est suivie une douzaine de jours plus tard par la variété témoin “tolérante” Manta, qui ne s’est pas com- portée comme attendue. Viennent ensuite le tour de Funchal, Arkade et Lunasol le 5 juin (deuxième jour de récolte), puis Etika le 13 juin et enfin Khorum le 20 juin. Notons que la variété Funchal, si elle n’a “craqué” que le 5 juin, est celle dont la vitesse de contamination des plantes a été la plus rapide, avec 10% de ses plants affectés en 1 semaine.
Figure 1 : Évolution du nombre de plantes saines pour chaque variété

ÉVOLUTION DES SYMPTÔMES & MORTALITÉ DES PLANTS
Une différence statistique apparait à l’analyse des notations du 20 juin (fin de récolte) : hormis un effet bloc est-ouest, elle révèle que la variété Funchal (58% de plats sains) est significativement plus affectée que les variétés Khorum (98%) et Etika (88%).
Concernant les autres critères étudiés, des tendances peuvent être dégagées. Ainsi, pendant la période de récolte, seules les variétés Funchal et Manta ont eu un taux de mortalité supérieur à zéro, avec les premiers plants morts notés le 20 juin. Les variétés Arkade, Bakara et Etika n’ont subi aucune mortalité pendant l’essai et la mortalité de la variété Khorum n’a commencé que le 9 juillet.
Figure 2 : État sanitaire des plantes au 02 juillet


CONCLUSIONS
Si les analyses statistiques ont seulement permis d’affirmer que la variété Funchal était moins satisfaisante que les variétés Etika et Khorum, on peut cependant dégager des tendances comportementales et proposer une classification.
De manière générale et au travers des critères étudiés, les variétés Etika et Khorum se sont fait remarquer grâce à leurs bons résultats :
▶ premiers symptômes de Fusariose tardifs ;
▶ mortalité tardive ;
▶ plus faibles proportions de plants atteints et morts en fin de récolte ;
Le comportement de la variété Funchal a été globalement similaire ou inférieur à la variété Lunasol, dans les conditions de l’essai. La variété Bakara s’est révélée précoce concernant l’apparition de la maladie mais tardive en terme de mortalité. La variété Arkade a été atteinte de façon aussi précoce que Lunasol mais s’est révélée plus satisfaisante pour les autres critères. L’étude se poursuivra les deux prochaines années avec d’autres variétés.
EXPERIMENTATION N°3 : Évaluation du comportement variétal face à la pression de mildiou en culture de melon de plein champ
Le mildiou des cucurbitacées est dû au champignon Pseudoperonospora cubensis. Il est favorisé par des températures chaudes et la présence d’eau sur les feuilles. Les feuilles se couvrent d’abord de tâches jaunes, qui grandissent et se nécrosent; en quelques jours les feuilles se dessèchent et se recroquevillent vers le haut. La progression de la maladie est fulgurante et si elle n’est pas gérée à temps, peut causer d’importants dégâts dans les parcelles de melon.
Sudexpé, pôle de recherche appliquée en Fruits & Légumes du Midi Méditerranéen, évalue pendant 3 années le comportement au mildiou de plusieurs variétés de melon. L’objectif de l’étude est d’identifier des différences de sensibilité et de progression de la maladie entre plusieurs variétés de melon. Les résultats de la première année d’essai sont présentés ici.

PROTOCOLE
Huit variétés (Arkade, Arkaïa, Artorius, Etika, Funchal, Khorum, NUN 14525 et RZ 34-416) ont été plantées, à raison de 5 répétitions de 5 plantes. L’essai a été planté tardivement le 19 juillet 2019, afin d’éviter les risques de contamination. Le comportement des variétés étudiées a été comparé à celui de la variété Esteban (témoin sensible) et de la variété Fortal (référence peu sensible), qui ne se sont cependant pas comportées comme attendu. Trois notations, espacées de 3 et 5 jours, ont permis de juger de la fréquence et de l’intensité de l’attaque de mildiou pour chaque parcelle élémentaire de melon.
Les notations suivantes sont réalisées 3 fois, à partir de l’apparition des premiers symptômes :
▶ la fréquence d’apparition de la maladie qui correspond au pourcentage de surface foliaire présentant des symptômes
▶ l’intensité de l’attaque de mildiou qui correspond aux 3 stades d’évolution ses symptômes :
– Stade 1: tâches jaunes/décolorées sur le feuillage
– Stade 2 : tâches nécrosées
– Stade 3 “torche”: les feuilles sont nécrosées et recroquevillées.
RÉSULTATS
La fréquence d’apparition de la maladie est assez homogène entre les variétés lors des deux premières notations: moins de 10% du feuillage affecté à la 1ère notation puis 30-50% lors de la seconde. L’analyse statistique révèle une différence lors de la dernière notation : RZ 34-416 et Artorius sont significativement plus affectés que Khorum et Esteban (70% contre 50% en moyenne du feuillage atteint). Les analyses statistiques montrent des différences significatives pour les deux dernières dates de notation. À la seconde notation, Esteban est la variété présentant les symptômes les plus avancés tandis que NUN 14525 demeure au stade 1 “tâches huileuses”. À la dernière notation, c’est la variété Fortal qui présente les symptômes les plus avancés (stade “feuilles en torche”), à l’inverse de Arkade.
Figure 1 Évolution de la fréquence du mildiou.
Figure 2 Évolution de l’intensité de mildiou.
Figure 3 Intensité de l’attaque de mildiou par variété au 21 août 2019.


CONCLUSIONS DE L’ESSAI
L’essai a révélé des différences de fréquence et d’intensité de mildiou entre les variétés. Ces deux variables ne semblent pas ailleurs pas
être corrélées. Cependant, en peu de temps, toutes les variétés sont fortement affectées et sans l’application rapide d’un traitement adapté, la culture est vouée à péricliter, toute variété confondue.
L’utilisation du levier variétal pour lutter contre cette maladie semble donc plutôt se situer au niveau de la vitesse d’évolution des symptômes. Les variétés demeurant plus longtemps aux premiers symptômes de la maladie peuvent ainsi permettre au producteur de disposer de quelques jours supplémentaires pour réagir et stopper le développement de la maladie. Ainsi, la variété NUN 14525 se distingue, en montrant la plus lente apparition et progression des premiers symptômes de mildiou.
À la première date de notation, c’est la variété la moins intensément atteinte de l’échantillon. Le passage du stade 1 “tâches huileuses” au stade 2 “tâches nécrosées” se fait également plus tardivement que pour les autres variétés. Puis, ce sont les variétés Funchal et Arkade qui se différencient, avec une évolution plus lente des premiers symptômes, qui n’évoluent pas entre les deux premières dates de notation et demeurent au stade 1 “tâches huileuses” quelques jours supplémentaires. À l’inverse, le mildiou progresse de façon fulgurante chez la variété Esteban, passant du stade “tâches huileuses” au stade “tâches nécrosées/feuilles en torche” en l’espace de 3 jours. L’étude se poursuivra les deux prochaines années avec d’autres variétés.

La pratique de l'agriculture biologique - Pourquoi c'est compliqué, comment aborder les questionnements ?
RETOUR D’EXPERIENCE
CHARLES RAZONGLES,
TECHNICIEN BIO DEPUIS 1980, VICE-PRÉSIDENT DU CREABIO, ADMINISTRATEUR D’ERABLES 31, VOUS FAIT PART DE SON EXPÉRIENCE DE TERRAIN
«Il n’existe pas de recette miracle, mais diverses stratégies qu’il faut savoir combiner. Cela requiert une plus grande maîtrise technique que la chimie».
Cette citation de M. Huygue, directeur scientifique agriculture de L’INRA, à propos des techniques culturales alternatives au glyphosate1, s’applique parfaitement à l’Agriculture Biologique.
Les grandes cultures présentent la caractéristique de s’exercer… sur de grands espaces fortement mécanisées. En bio, cette évidence les distinguent fondamentalement des cultures maraîchères ou fruitières auxquelles la forte valeur ajoutée par unité de surface autorise des moyens de maîtrise technique conséquents, en fertilisation ou désherbage par exemple. Il n’y a que peu de main-d’oeuvre en céréaliculture et les coûts prohibitifs des amendements organiques ne permettent pas de rattraper des situations compromises. Il découle de ces observations que le principal critère de la performance des systèmes céréaliers bio réside dans leur pérennité. De bons résultats après dix ans de pratique n’ont qu’une valeur toute relative si, à partir d’une situation saine en conventionnel, l’état de salissement ou la fertilité des parcelles s’est fortement dégradé. C’est un peu comme si en comptabilité on ne tenait pas compte des amortissements.
Il est donc essentiel d’adopter dès la reconversion de bonnes pratiques, bien adaptées à votre situation, et de les maintenir ensuite. C’est ce que 30 ans d’expérience de terrain en bio m’ont appris.
Les producteurs qui se reconvertissent se sont forcément posé beaucoup de questions, ont lu quelques articles, ont écouté attentivement des voisins déjà en bio, ont participé à des sessions de formation. Ils ont découvert un foisonnement de techniques nouvelles pour eux. C’est logique : on ne peut pas cultiver en bio avec les mêmes techniques qu’en conventionnel. Il va falloir qu’ils s’imprègnent de ces nouvelles techniques, qu’ils apprennent à observer leur terrain, leur flore adventice et à tirer de ces observations les bonnes conclusions. Et c’est bien là le nœud du problème : la pertinence des techniques mises en œuvre ne peut se juger qu’à terme, les meilleurs résultats les premières années ne valent rien si l’on aboutit à des impasses.
Les erreurs en bio se payent souvent cash, parfois en différé, mais elles se payent toujours. Il y a peu de solutions de rattrapage. La bio, c’est une agriculture du risque : la question à se poser est toujours «quelle est la moins mauvaise solution? », parce qu’il n’y a pas de solution idéale, parce que toute solution comporte des conséquences secondaires qui sont propres à chaque situation. Les choix techniques sont toujours des compromis entre l’objectif que l’on s’est défini et d’autres facteurs tels l’humidité du sol au moment de l’intervention, la flore adventice de la parcelle ou la disponibilité des reliquats d’azote par exemple. Oublier ou minorer l’importance de l’un des facteurs peut s’avérer catastrophique… mais aussi parfois sans conséquence si l’évènement pénalisant ne survient pas. Car il y a toujours des contre-exemples, mais comme on ne les maîtrise pas, mieux vaut ne pas tenter le diable ! Dès lors comment aborder le changement de pratiques, comment choisir les techniques adaptées au cas particulier de chaque ferme et comment s’adapter au fil des ans à l’évolution du système ? Parce qu’il n’existe aucune «recette », parce qu’il n’y a rien de figé, je vous propose ici des éléments de raisonnement pour vos prises de décisions.
Quelques définitions abordées sous l’angle «bio»
LE TRAVAIL DU SOL
À part les décompactages profonds, tout le travail en bio tends à « nettoyer» le sol, c’est-à-dire détruire les plantes en place et «faire germer» de manière répétée. En fin de cycle, le sol est généralement prêt à être semé.
LA PRESSION DES ADVENTICES
Il n’existe pas, sauf à de très rares exceptions, de culture bio sans adventices. Le seul objectif c’est de maintenir cette pression à un niveau acceptable par la mise en œuvre systématique d’actions de diminution du stock semencier du sol, par les changements de cycles végétatifs et bien-sûr grâce aux matériels de désherbage.
DÉSHERBAGE MANUEL
Il existe des plantes hors normes, parfois toxiques, contre lesquelles les matériels de désherbage utilisables en bio atteignent rapidement leurs limites : ce sont en premier lieu le datura et le xantium puis l’ambroisie, le sorgho d’alep ou le rumex. Ces plantes sont à éradiquer avant qu’elles ne se multiplient compte tenu des pertes économiques qu’elles engendrent et du coût des techniques à mettre en œuvre pour nettoyer les parcelles atteintes. Le désherbage manuel s’applique à ces plantes «interdites» lorsqu’elles sont présentes en très faible quantité, puisque au-delà de quelques dizaines de plantes par hectare ce travail devient rédhibitoire.
LA FERTILITÉ DU SOL
Toutes les études montrent que la fertilité des sols s’est effondrée depuis un demi-siècle, notamment suite à l’abandon du système polyculture-élevage, en bio comme en conventionnel. Or en bio, c’est exclusivement le sol qui nourrit les cultures! Un sol fertile, c’est un sol qui dispose d’un certain taux de matière organique en surface et en profondeur et dont la structure est suffisamment aérée, c’est à dire un sol « vivant» dans lequel circulent l’oxygène et l’eau, dans lequel les micro-organismes peuvent jouer leur rôle et dont les réserves minérales sont bien explorées par les racines. Les pertes de rendements observées sur les céréales bio les années d’excès d’eau ou de sècheresse, qui peuvent atteindre plus de 50%, sont de bons indicateurs du déficit de fertilité des sols (sauf si on considère que le sol n’est pas adapté à la culture en place).
LES REPOUSSES
En bio, toutes les graines qui tombent au sol sont susceptibles de germer. Ainsi les graines de cultures deviennent des “mauvaises herbe” pour les cultures suivantes.
Photo : Parcelle de méteil orge / pois

LEVIER N°1 : Assolement et rotations
FAITS REMARQUABLES
Quand j’étais technicien de coopérative, j’ai investi l’Aveyron dans le but d’y développer des cultures spéciales, notamment le colza et les lentilles. Pourquoi l’Aveyron ? Parce qu’il s’y trouve beaucoup de fermes d’élevage qui cultivent 15 ou 20% des surfaces en grandes cultures, tout le reste étant semé en prairies, dont une grande partie de prairies assolées. Or ce système est le meilleur garant de la fertilité des sols et de leur propreté. Les résultats ont dépassé mes espérances, avec des rendements courants de 4 à 5t/ ha en céréales, de 3 à 4 t/ ha en colza (soit à peu près le maximum de la culture) et jusqu’à 2 t/ ha en lentilles.
Au début des années 2000, avec la surproduction et la baisse des cours mondiaux, l’Europe avait imposé aux fermes céréalières 10% des surfaces en jachère. Sur les fermes bio, ces surfaces étaient bien-sûr semées en légumineuses fourragères qui permettaient de restructurer le sol, remonter le niveau des reliquats azotés et baisser la pression adventice des parcelles.
SEMER DES PRAIRIES TEMPORAIRES
Ces deux exemples illustrent tout l’intérêt de semer des prairies temporaires, partiellement ou totalement broyées sur place, dans les systèmes céréaliers. Pendant la période de reconversion, c’est une évidence : la récolte ne sera pas valorisée au prix bio, donc l’intérêt économique de la culture sera tout relatif, parfois même nul. Dans ce cas, il vaut mieux diminuer sa charge de travail, minimiser les charges opérationnelles ou «remonter» une parcelle dégradée dans le but de bénéficier pleinement de «l’effet prairie » en première année de bio, avec un bon niveau de rendement et un prix élevé.
LES JACHÈRES
Par la suite aussi, il importe de conserver au moins 10% de jachère. Les producteurs qui se sont empressés de supprimer les jachères ont certes bénéficié d’une augmentation immédiate de rendement, mais aucun avantage ensuite. Une certaine surface de jachère de 1 à 2 ans dans la rotation, c’est l’assurance de conserver un niveau de fertilité sur la durée, c’est une souplesse introduite dans la rotation pour des parcelles qui ont subi un accident de culture ou sur lesquelles certaines adventices posent problème.
En fait, en bio, la rentabilité dépend du niveau de rendement puisque les charges variables sont généralement modérées et les prix de vente élevés. Il ne sert à rien de mettre en culture des parcelles dont on sait qu’elles présentent un problème (sol compacté ou envahissement probable d’adventices par exemple), parce l’on n’a pas l’engrais soluble ou le désherbant permettant de corriger ces défauts. Les jachères, à condition d’en réduire le coût d’installation, permettent de contourner ces problèmes.
À long terme même, on peut dire que la céréaliculture sans jachère n’est pas tenable en bio, sauf quelques rares cas particuliers. Et se souvenir d’une chose : si dans la rotation on prévoit d’effectuer un décompactage, c’est toujours dans les 2 ou 3 ans avant la jachère qu’il faut le placer. La légumineuse prairiale que l’on installera alors s’implantera profondément et son effet bénéfique sur la structure du sol sera plus durable. Par contre, il ne faut jamais décompacter après la prairie parce que l’apport d’oxygène dans la zone profonde accélère la destruction des racines sensées stabiliser la structure du sol.
Photo 2 : Culture de pois. Les rotations bio sans apport exogène de fumier doivent obligatoirement comporter 45 à 60% de légumineuses

UNE ROTATION LONGUE
La rotation, quant à elle, devra être longue – 5 à 8 ans constituant un bon repère – et diversifiée. Des observations montrent que plus la rotation est longue, moins les problèmes sanitaires et d’adventices se posent avec acuité. C’est l’inverse de la monoculture ou des rotations simplifiées du conventionnel. En général, on respecte une alternance cultures d’été/cultures d’hiver, mais il ne faut pas hésiter à bousculer cet ordonnancement en introduisant deux cultures d’été successives où bien une culture d’hiver suivie d’une culture de printemps. Deux cultures de même cycle successives peuvent apporter une solution vis à vis d’une catégorie d’adventices en expansion dans le cycle opposé. Il n’y a pas de règle, seulement une adaptation permanente à l’évolution de la flore.
PROBLÈME DES REPOUSSES
Certaines cultures peuvent poser des problèmes de repousses dans la culture suivante. C’est le cas du tournesol, vis à vis de cultures semées en sortie d’hiver (lentilles, pois-chiches, lin…). Il n’y a pas des repousses chaque année, et le climat de l’hiver ne permet pas de les prévoir, mais lorsqu’elles surviennent, la culture en place peut être compromise !
Ces cultures sont donc à proscrire après tournesol. Le soja lui ne sera pas vraiment handicapé en culture par les repousses mais il faut savoir que quelques centaines de pieds de tournesol génèrent de fortes impuretés, tout comme les repousses de blé dans les lentilles.
Les autres cultures posant des problèmes de repousses sont les espèces à petites graines dures et persistantes dans le temps (colza, quinoa…). Seuls des déchaumages soignés peuvent circonscrire les problèmes. Il faut au minimum déchaumer 1 fois à très faible profondeur, 3 à 4 cm si possible, avec passage d’un cultipacker, puis une seconde fois à peine plus profond, après une première levée.
GESTION DE L’AZOTE
Enfin les rotations bio sans apport exogène de fumier doivent obligatoirement comporter 45 à 60% de légumineuses, seul apport réellement efficace d’azote. Bien-sûr, on peut apporter des engrais granulés ou en poudre du commerce, titrant une dizaine d’unités d’azote, notamment sur les cultures exigeantes. Mais on sait aussi que leur coefficient d’utilisation est très faible sur les céréales en sortie d’hiver, de 25 à 50% seulement avec les produits actuellement disponibles selon les conditions climatiques.
Même s’il est difficile de s’en passer pour assurer un certain niveau de rendement et de qualité boulangère sur blé, il paraît économiquement impossible de baser la nutrition azotée des cultures sur ce seul apport. Donc il est essentiel de bâtir les rotations avec une alternance de légumineuses, en plus des couverts végétaux et de la jachère assolée. La palette des espèces, répartie entre les protéagineux, légumes secs et soja, permet de répondre aux différentes situations, même si les rendements ne sont pas toujours réguliers. À noter qu’en protéagineux j’ai tendance à privilégier dans les sols favorables le pois de printemps, semé en décembre dans notre région, parce qu’il permet un petit décalage de cycle par rapport à la fèverole et au blé, donc par rapport aux adventices d’automne, et parce qu’il donne des résultats un peu plus réguliers que la féverole.
Photo 3 : Repousses de tournesol dans un champ de blé.

LEVIER N°2 : Travail du sol
S’il est un sujet qui enflamme les passions, c’est bien celui-là ! Pourtant, ici comme ailleurs il n’existe pas de vérité démontrée et il faut surtout rester modeste parce que l’expérience montre que la meilleure stratégie systématisée pendant 8 ou 10 ans peut se révéler tout à coup catastrophique, par exemple à la suite de plusieurs années atypiques successives ou parce qu’elle aura favorisé un type d’adventice. Souvenez-vous, nous travaillons sans filet.

LABOUR OU PAS LABOUR ?
Lorsque l’on parle du labour, il faut savoir de quoi on parle. L’antique labour effectué à 12cm avec les bœufs n’a rien à voir avec les labours des années 80 où de gros tracteurs équipés de pneumatiques classiques creusaient des sillons de 30cm de profondeur ni avec celui des charrues néo-déchaumeuses actuelles tirées par des tracteurs à pneus basse pression qui roulent sur le guéret. Il convient d’abord de se demander quelles sont les fonctions du labour: travailler et ameublir une couche de sol, bien-sûr, mais aussi, en bio, nettoyer le sol en un seul passage. Le labour peut enfouir les matières organiques présentes en surface et qui pourraient gêner des opérations ultérieures (semis, herse-étrille, binage…), enfouir les graines formées dans la culture précédente et détruire les plantes présentes ou les repousses, à condition qu’elles ne soient pas trop développées, que leurs feuilles ne dépassent pas des mottes. Voilà des fonctions importantes en bio !
Bien-sûr le labour est accusé de diluer la matière organique et de sensibiliser les sols de coteaux à l’érosion. Mais au regard de ce qui précède, est-ce que l’on peut définitivement s’en passer ? Pour ma part, je n’éliminerais qu’une seule forme de labour, celui à plus de 25 cm et systématisé chaque année, même si certains anciens l’on pratiqué plusieurs décennies. Mais le risque que la fertilité du sol s’effondre à un moment est trop patent. À l’opposé, les systèmes sans labour associés aux cultures intermédiaires sont parfaits sur le plan agronomique (sauf dans des sols lourds et humides).
Mais certaines adventices qui lèvent en toutes saisons et aiment les sols fermes, tel le raygrass, peuvent envahir progressivement une rotation sans labour. Dans ce cas, le problème peut être résolu par un seul labour entre 20 et 25 cm tous les 8 à 10 ans, à condition que les travaux ultérieurs soient circonscrits à moins de 20cm pour ne pas remonter de graines.
“Je n’éliminerais que le labour à + de 25 cm”
Ce n’est peut-être pas la seule voie de recours, mais celle-ci est efficace et immédiate. Globalement quand même, la limitation du nombre des labours et de leur profondeur est une bonne chose parce qu’elle préserve le capital sol.
Photo 1 : Le labour n’est pas la seule voie de recours mais il peut s’avérer efficace et immédiat.

LES FAÇONS SUPERFICIELLES
Quels sont les objectifs du travail du sol en bio ? D’abord nettoyer le sol des plantes en place, adventices ou repousses, et fragmenter les matières organiques présentes en surface qui pourraient gêner les passages ultérieurs d’outils de précision (bineuse, herse-étrille). Ensuite assurer plusieurs mises en germination des graines d’adventices, c’est à dire diminuer leur stock présent dans la couche superficielle du sol. Enfin ameublir suffisamment le sol pour favoriser l’implantation de la culture et aboutir à un lit de semence correctement nivelé et de granulométrie homogène. Ce sont bien des façons culturales successives et espacées, c’est à dire plus nombreuses mais plus rapides par rapport au labour, qui répondent le mieux à ces exigences.
La palette des outils qui correspondent à ces objectifs dans différentes natures de sol est large, mais il convient d’observer certains réglages : la présence de roues de terrage qui assurent une profondeur de travail homogène, le fait de croiser en biais les passages d’outils à dents et de les équiper de cœurs, le fait de rechercher un sol billonné qui permet un meilleur ressuyage et une meilleure efficacité d’arrachement/recouvremen… L’essentiel dans cet itinéraire technique est d’obtenir chaque fois un nettoyage parfait, sinon les plantes qui survivent seront plus difficile à détruire la fois suivante, et de ne pas compacter le sol, d’où l’importance des dispositifs anti-tassement (pneus jumelés, basses pressions, roues- cages…).
C’est pendant ces phases successives de la préparation des parcelles que se situent une grande partie des compromis à faire : combien de passages à faire pour parvenir aux objectifs ? Quelle durée observer après les pluies pour ne pas trop compacter le sol ? Combien de jours faut-il compter avant de nouvelles précipitations pour que les plantes arrachées ne reprennent pas racine. Or ces arbitrages sont particulièrement délicats à faire selon la nature du sol, selon le développement des plantes en place, dès que l’on s’approche de l’hiver ou que l’on en sort.
“Concilier des objectifs contradictoires : l’expérience”
Là se situe le tendon d’Achille de l’agriculture biologique : concilier les objectifs contradictoires entre la préservation du sol, la nécessité de son parfait nettoyage et la préparation du lit de semence. L’expérience et la performance des outils font alors souvent la différence.
LEVIER N°3 : Les couverts végétaux
Disons-le tout net, sauf dans les terres lourdes et humides, une agriculture bio sans apports extérieurs ou presque ne peut pas se passer de couverts végétaux, en plus des + ou – 10% de jachères.
En bio, c’est bien le sol qui nourrit la plante, le rôle des engrais étant tout à fait marginal.
Or les couverts végétaux viennent rajouter, grâce à l’action de leur système racinaire sur les réserves minérales du sol, grâce à l’apport de matière organique verte qui dynamise l’activité biologique, grâce à la restitution d’azote et de minéraux, un volant de fertilité ponctuel au cours de la rotation. Ils ne mobilisent pas de parcelle mais exigent d’acquérir une technicité spécifique, et il est particulièrement compliqué de faire le tri des préconisations à ce niveau. Pourtant quelques règles simples et de bon sens permettent de les mettre en pratique.
Photo 2 : Couvert végétal en floraison.

1/DÉMARRAGE
D’abord commencer dès la reconversion, mais sur des surfaces réduites, cela afin d’acquérir l’expérience propre à ses conditions pédo-climatiques, ce qui est essentiel.
2/ COÛTS
Minimiser les coûts par l’auto-production de semences ou les échanges entre producteurs.
3/INSTALLATION
Toujours installer des légumineuses en pur ou en association. Les couverts végétaux ont d’abord besoin de reliquats pour produire de la matière, d’autant plus qu’ils sont en place sur des cycles végétatifs courts (3 à 4 mois en automne, à peine plus sur des cycles longs mais qui incluent la période hivernale). Or le sol n’est capable de fournir suffisamment d’azote sur de courtes périodes que s’il existe une masse de reliquats mobilisables, par exemple après un trèfle de 2 ans en anté-précédent. Dans tous les autres cas, les légumineuses sont indispensables dans les couverts.
4/ GRAINES
Dans les associations, choisir de préférence des graines de tailles homogènes, sinon il faut semer en deux fois et à des profondeurs différentes, ce qui augmente le coût. À noter quand même qu’en cas de faible pluie pour la levée et de sècheresse prolongée ensuite, les toutes petites graines peuvent ne pas survivre.
5/ ADVENTICES
La montée à graine des adventices constitue une limite naturelle à la durée des couverts végétaux. Les trèfles sous couvert de céréales peuvent apparaître comme une solution sécurisante d’installation des couverts, mais il faut savoir qu’ils interdisent tout déchaumage après récolte et qu’il faudra les faucher en été avant toute maturation des graines d’adventices, même si leur masse végétative n’est pas significative. De même, on ne peut plus installer en août des couverts d’automne du fait du réchauffement climatique : seuls les semis de septembre garantissent généralement que les adventices d’été ne produiront pas de graines viables avant l’hiver.
6/ DESTRUCTION
La destruction des couverts s’apparente à un compte à rebours. Il faut d’abord compter que le processus de décomposition de la matière végétale soit bien entamé pour que la vie microbienne du sol soit capable de l’absorber sans provoquer un « effet dépressif» (consommation de l’azote du sol). Il faudra ensuite s’assurer que la végétation soit bien détruite, ce qui est particulièrement difficile pour les graminées présentes dans la composition du couvert ou les adventices qui ont poussé en même temps, puis préparer le sol pour la culture suivante. Pour fixer les idées, disons qu’il faut compter environ 1 mois entre le broyage ou le passage d’un rouleau hacheur sur le couvert et le semis suivant, un peu moins si la masse végétative est faible (environ 50 cm de haut, soit 1 à 2 t/ha de MS), un peu plus si elle est importante (+ de 1 mètre de haut, soit plus de 3 t/ha de MS). La pré-décomposition de la matière végétale en surface doit durer au minimum 10 à 15 jours. On peut ensuite commencer à incorporer progressivement la matière organique, généralement à l’aide d’outils à disques qui ne «bourrent» pas et arrachent les plantes, puis approfondir par un ou deux passages d’outils à dents. De cette manière, la matière organique reste mélangée à la terre dans la zone du sol riche en oxygène, ce qui optimise sa décomposition. Eventuellement, un petit labour à la charrue déchaumeuse permet ensuite de nettoyer la surface et d’achever les repousses.

QUELQUES RÈGLES
Dans les terres légères, disons, en dessous de 18-20% d’argile, la pratique des couverts végétaux devrait être quasiment systématique. Pour conserver une structure stable et aérée ces sols ne devraient jamais rester sans végétation. Il en est différemment dans les sols argileux, de structure généralement plus stable et qui retiennent beaucoup d’eau. Dans les sols les plus argileux ou dans les versants nord des coteaux, la pratique des couverts doit être remplacée par un pourcentage plus important de jachère. Sur les versants sud et les terres n’excédant pas 30-35% d’argile, les couverts restent intéressants mais ne doivent pas être poussés trop loin: il y a un compromis à rechercher entre le développement végétatif du couvert et la concurrence en eau qu’il va exercer sur la culture. Les couverts évaporent forcément de l’eau quand on s’approche de la date de semis, ce qui permet de travailler dans un sol plus assaini. Mais une année précoce au printemps (déficit hydrique en hiver, températures élevées et faible pluviométrie ensuite), les couverts doivent être détruits assez tôt, même s’ils ne sont pas suffisamment développés, sous peine de pénaliser la culture vis à vis de la disponibilité en eau.
Si l’on fait la synthèse de ce qui précède – nature de sol, délai de destruction et pluviométrie de l’année – les dates de destructions des couverts s’établissent donc approximativement ainsi :
▸ pour les céréales d’automne : vers la mi-octobre
▸ pour les cultures de printemps (lin, lentilles, pois-chiches) : mi-novembre à fin décembre en sols argileux, décembre à février en sol limoneux. C’est évidemment le cas le plus délicat à maîtriser, les travaux se situant en période hivernale.
▸ pour les cultures d’été : de fin mars à début mai.
Il serait hasardeux de trop se décaler de ces préconisations, sauf à acquérir une solide expérience dans ses propres conditions de culture. Mais alors, la pratique des couverts végétaux devient un vrai atout en agriculture bio.
Photo 3 : La mi-octobre est la période idéale pour détruire les couverts végétaux en céréales d’hiver

LEVIER N°4 : La lutte contre les adventices
Les adventices, c’est ce qui fait peur en céréaliculture bio parce qu’on ne maîtrise en réalité pas grand-chose. En effet, si par manque de chance on subit une pluie après chaque passage des outils de désherbage, ceux-ci se révèlent quasiment inefficaces ! D’autre part on ne sait jamais ce qui va lever ni à quel moment.
L’exemple le plus frappant que j’ai connu concerne une parcelle de lentilles, cette culture étant particulièrement sensible à l’enherbement car peu concurrentielle et sur laquelle la herse étrille, seul équipement du producteur concerné, n’est pratiquement pas efficace. Nous avions convenu d’installer cette culture sur les 5 hectares d’une prairie vieille de 30 ans, ce précédent étant considéré comme nettoyant vis à vis des plantes annuelles. La culture fut effectivement magnifique… jusqu’en mai où il se mit à pleuvoir beaucoup pendant deux mois et demi. C’est alors que des vagues successives de chénopodes envahirent la parcelle jusqu’à rendre impossible la moisson sur les trois quarts de la surface ! Cela voulait dire que les conditions de l’année ont révélé un problème sur cette parcelle dont nous ne pouvions pas avoir conscience, donc que nous n’avions pas traité (évitement possible : modification d’assolement avec une céréale en première culture et faux-semis en fin d’été). Mais aussi que si le printemps avait été plutôt sec, nous ne nous serions rendu compte de rien.
Cependant les producteurs bio qui ont actuellement 40 ans de pratique sont les témoins que la maîtrise globale des adventices est parfaitement possible. En fait, il existe dans tous les sols un ensemble de graines et tout l’art de l’agriculteur sera de faire en sorte de minimiser leurs nuisances. C’est par un ensemble de techniques que l’on y parvient.
1/ Par la mise en œuvre de rotations pertinentes.
Le décalage des cycles végétatifs des cultures lorsque l’on observe des levées importantes, les rotations longues et diversifiées, le semis de jachères prairiales de courte ou moyenne durée sur les parcelles à problèmes.
Photo 1 : Folle avoine (l’une des adventices les plus nuisibles en grandes cultures) dans une parcelle de blé population (Tarn-et-Garonne).

2/ Par la mise en œuvre de façons culturales successives et judicieusement espacées : d’abord les déchaumages systématiques associés à un bon rappuyage des sols pour faire germer les petites graines dures qui lèvent en toutes saisons, les approfondissements progressifs qui conservent une granulométrie favorable aux levées et les faux-semis superficiels en fin de préparation. Mais aussi parfois un labour destiné à enfouir les graines.
Photo 2 : La luzerne , tête de rotation, a une action nettoyante.
3/ Par le choix de dates de semis raisonnablement tardives: éviter généralement les semis trop précoces qui augmentent considérablement les risques de salissement (début novembre pour les céréales ou début avril pour les cultures d’été, sauf si le printemps est très précoce). Cela implique que l’on ne privilégie pas forcément la productivité variétale parce que le rendement final dépend plus de la propreté et de la rusticité de la culture que du potentiel de la variété, puisque l’on ne l’atteint jamais.
4/ Par la qualité du lit de semence: une granulométrie homogène et une surface de sol bien nivelée améliorent d’abord la régularité de la levée, ce qui est primordial pour la possibilité d’interventions mécaniques précoces et l’effet concurrentiel de la culture. D’autre part les outils de désherbage travaillent beaucoup mieux sur un sol bien nivelé.
5/ Par la combinaison d’outils de désherbage à actions différentes (houe rotative, herse étrille, bineuse à dents semi- rigides ou rigides), passés précocement parce queleur efficacité est lié au stade des adventices. Quant au fameux «passage à l’aveugle » de la houe ou de la herse, il est souhaitable sur les cultures d’été semées au monograine assez profond, mais reste très aléatoire sur les céréales semées superficiellement parce qu’on ne peut pas déranger une graine en cours de germination. Son efficacité en céréales dépend essentiellement de la météo : si l’on dispose d’une fenêtre météo assez sûre de 4 à 6 jours, on peut préparer, attendre 2 ou 3 jours pour semer en solo puis réaliser le passage à l’aveugle 1 ou 2 jours après, les adventices ayant déjà commencé à germer.
6/ Par une prophylaxie à la récolte.
Le nettoyage de la moissonneuse-batteuse devrait être réalisé avant toute récolte. Ensuite il s’agit de démarrer par les parcelles les plus propres et toujours finir par les plus sales pour concentrer les problèmes au lieu de les diluer parce qu’une parcelle sale pourra toujours être traitée à part (jachère ou assolement particulier).
EN CONCLUSION
On l’a vu, en bio l’équation “un problème / une solution”, n’existe pas! D’abord parce qu’il y a toujours plusieurs problèmes en même temps, ensuite parce que les différentes solutions résident en une combinaison de plusieurs techniques. Toutes les techniques sont imbriquées pour parvenir aux objectifs, et pour que les bons résultats soient susceptibles de se reproduire année après année, parce chacune individuellement n’a pas une efficacité suffisante. C’est pourquoi il est important de commencer les bonnes pratiques dès la conversion, de les continuer et de les adapter en permanence ensuite. Également d’être suivi par un technicien expérimenté et indépendant du commercial.
Crédit photo : Interbio Occitanie
Gestion du Bio dans les Chais Mixtes
Au vignoble, la conversion progressive vers l’agriculture biologique entraine des situations de mixité en cave, notamment en coopérative. On se retrouve à gérer plusieurs qualités de produits (bio, conversion, conventionnel), y compris sur une même couleur ou une même appellation.

1. LA MIXITE EN CAVE
LES RISQUES A GERER ET LA RSPONSABILITE DES OPERATEURS
La mixité en cave demande réflexion quant à la mise en place de mesures de prévention des risques de mélange et de contamination des lots des différentes qualités, bio, conversion avec le conventionnel.
Le nouveau règlement Bio du Conseil (UE) 2018/848 du 30 mai 2018 entrera en application à partir du 1er janvier 2021. Il précise la responsabilité des opérateurs et la procédure à suivre en cas de contamination des produits bio ou en conversion.
ARTICLE 28 DU RGT (UE) N° 2018/848, applicable au 1er Janvier 2021
▶ Identifier et éviter les risques de contamination des produits bio
▶ Ré-éxaminer régulièrement les mesures de préventions
▶ Assurer la séparation des produits bio, conversion et conventionnel
▶ En cas de soupçon sur la conformité d’un produit :
• Identifier le produit concerné
• Vérifier sa conformité
• Ne pas mettre sur le marché en tant que produit bio ou en conversion si soupçon maintenu
• Avertir dans ce cas l’autorité compétente (Organisme de certification, OC)
• Coopérer avec l’OC dans son enquête officielle pour établir l’origine et la cause de la contamination.
À NOTER : La réglementation bio européenne est donc une obligation de moyens! C’est au vigneron d’établir un plan d’analyse des risques au sein de son chai et de définir les mesures de prévention et de contrôle à la garantie de la qualité de ses produits (article 4 du rgt (UE) 2018/848).
2. L’ORGANISATION DE LA MIXITE EN CAVE
La figure 1 ci-dessous résume les mesures à prendre afin de répondre aux exigences règlementaires.
Figure 1 Plan de mesure pour la gestion des risques de contamination du bio en cave

3. LES MESURES DE PRECAUTION ET DE SEPARATION
Quels sont les risques majeurs traditionnellement identifiés dans les chais mixtes ?
▶ Le mélange de qualités bio (ou en conversion) avec du conventionnel lors des transferts de moût ou de vin
▶ La contamination d’un lot bio (ou en conversion) par des résidus de pesticides contenus dans un lot conventionnel lors de passage dans un même matériel d’un lot bio après le conventionnel.
▶ L’utilisation d’intrants œnologiques interdits dans les lots bio ou en conversion (par erreur!).
LES CONSEILS
▶ Afin d’identifier au mieux les points à risque, décrire un schéma de vinification précis, présentant, les étapes de vinification, le matériel (notamment le matériel mixte utilisé en bio et en conventionnel) les types d’intrants utilisés (conformes au règlement bio !), les personnes responsables et référentes par poste.
▶ Séparer au maximum les flux des différentes qualités:
• Dans l’espace : Réserver pour le bio (ou conversion) un conquet d’apport, une partie de la cuverie, du matériel. Eviter certaines technologies de vinification inadaptées (thermo, pressoir continu, filtre rotatif…)
• Dans le temps : toujours travailler les apports et les lots dans le sens suivant : produits AB → produit en conversion (C2 et/ou C3) → produit C1 ou conventionnel. Si ce n’est pas possible, une procédure de lavage « pour éliminer les résidus dematière de qualité inférieure» sera obligatoire (cf § 2.b). Réservez si possible des matinées d’apport vendanges pour les bio.
▶ Optimiser l’organisation du travail en cave:
• Identifier en cave les lots bio / en conversion : sur les ardoises des cuves ou sur des pancartes plastifiées
• Rédiger le planning de travail en cave en commençant par les lots bio (remontage, décuvage, pressurage), puis la conversion et le conventionnel (adopter un code couleur)
4. LE PLAN D’HYGIENE
À partir du schéma de vinification (cf. §1), seront identifiées les matériels et les étapes pour lesquelles un lavage* avant l’utilisation pour un produit bio ou en conversion (figure 2).
* DÉFINITION « LAVAGE » : dans le cadre des exigences règlementaires pour la gestion des risques de contamination en bio, le lavage consiste à éliminer les «résidus de matière potentiellement contaminant» (reste de raisins, jus conventionnel dans le conquet, tartre…). La qualité du lavage sera définie en fonction de la persistance de ces résidus sur les matériaux.
Il n’existe donc pas de procédure d’hygiène définie dans le cadre du règlement bio européen: l’opérateur doit apprécier le niveau d’hygiène nécessaire (détartrage, nettoyage, désinfection) par type de matériel sans négliger bien sûr les autres risques (microbiens notamment !).
Fig. 2 Obligations de lavage selon les flux de produit

LES CONSEILS
▶ Définir un plan d’hygiène (tableau 1), selon les risques de contamination identifiés au chai
▶ Chaque action (prélavage, rinçage, nettoyage, désinfection, contrôle) pourra être détaillée dans une procédure spécifique indiquant les produits, la dose, le temps de contact, le protocole de mise en œuvre, les spécificités des matériels, la validation de l’efficacité du lavage par matériel…
▶ Un bref rappel du niveau d’hygiène requis pourra être affiché en cave à chaque poste ou sur le matériel concerné.
▶ La formation du personnel de cave à ces habitudes de lavage est fondamentale pour la réussite de la mise en œuvre du plan hygiène!
Tab. 1 Ex. de présentation d’un plan d’hygiène en cave

5. LE CONTROLE INTERNE
Le contrôle permettra de vérifier l’efficacité des mesures de prévention. Il pourra s’organiser grâce à :
▶ la traçabilité des opérations de vinification et du plan hygiène
▶ la signature des fiches de traçabilité par les responsables de poste
▶ la mise en œuvre d’un plan d’analyse de résidus de pesticides sur les produits en fonction des niveaux de risque.
À NOTER Ce plan de contrôle interne sera considéré par votre OC comme une garantie de la qualité de votre activité bio et de vos produits bio.
Attention ! Les analyses de résidus faites sur le produit fini ne sont pas suffisantes pour garantir la qualité bio des produits. Elles sont un maillon du plan de contrôle interne.
Les contrôle des prestataires :
▶ Les prestataires mobiles (chaine de mise, prestation de filtration…) intervenant sur place sont sous la responsabilité de la cave : ils n’ont pas l’obligation d’être certifiés bio et sont contrôlés dans le cadre de l’audit de la cave. Vous devez donc intégrer leur travail dans votre « audit interne» et votre plan de gestion de la mixité en cave.
▶ Les prestataires fixes (site de conditionnement, site de stockage…) ont l’obligation d’être certifiés bio à partir de deux clients bio. Dans ce cas, le respect des exigences relatives au règlement bio et la gestion de la mixité sont contrôlés dans le cadre de leur certification. N’hésitez pas à leur demander leur certificat « Façonnier» bio !

6. LA TRACABILITE
C’est la finalité : ce qui permettra de justifier et vérifier la bonne gestion de la mixité au chai et la maitrise parfaite des risques ! On liste principalement :
▶ La traçabilité des lots et des mouvements en cave : identifier chaque qualité du ticket d’apport au conditionnement.
▶ La traçabilité des vinifications: pratiques, intrants (nom spécialité commerciale et dose) par lot.
▶ La traçabilité des procédures de lavage : preuve du nettoyage si c’est nécessaire en plus des procédures décrite, du plan d’hygiène et du contrôle par le référent.
LES CONSEILS
▶ Pour une bonne traçabilité, trouver des codes simples et efficaces : utiliser la couleur, les sigles chaque qualité de produit.
▶ Identifier des lots en cave de manière claire et visible!
Fruits & Légumes BIO en Occitanie - Une filière en pleine expansion
A l’est comme à l’ouest de la région, tous les territoires contribuent au développement de cette filière et de productions qui correspondent à une attente forte des consommateurs qu’ils résident ou non en Occitanie. Cette filière a toujours été marquée par la dualité circuits courts et circuits longs. Il s’agit pour le citoyen occitan intéressé par la vente directe ou le client des magasins bio de proximité de « consommer bio et local parce que c’est idéal ». Pour les transformateurs et les distributeurs d’Occitanie, comme dans toute la France, l’enjeu est d’être approvisionné au plus près de son lieu d’activité. Le Plan Alimentaire de la Région Occitanie qui se met en place prend en compte les attentes citoyennes, en prévoyant d’encourager le référencement des produits bio de la région, dans la restauration des lycées. Comme le montre les données de l’Observatoire Economique d’Interbio Occitanie, la production régionale a la capacité de fournir la restauration collective. La rencontre et les visites réalisées dernièrement chez le transformateur Prosain ainsi que chez les grossistes distributeurs de la région Toulousaine, montrent s’il en était besoin que les possibilités de développement de la production en région sont importantes et doivent être accompagnées par un appui conséquent pour structurer les filières.
PYRENEES ORIENTALES
PRO SAIN
Un transformateur engagé pour un développement le plus local possible
Prosain fêtait le 5 octobre dernier son cinquantenaire. C’est en effet en 1968 que Maurice Lescastreyres, fondateur de Pro Sain, a démarré une unité de transformation de fruits et légumes à Bages dans les Pyrénées Orientales. Sa démarche était dès le début fondée sur la qualité des produits qu’il voulait naturels, sur le goût, et sur l’origine locale des productions.
En quelques années, l’approvisionnement de l’usine de transformation était ainsi assuré, entre autres, par des fruits et légumes provenant d’une centaine d’hectares situé sur la commune de Bages qu’il avait mis en culture. M. Lescastreyres a été par ailleurs fondateur du premier mouvement interprofessionnel bio ABF, et a ainsi participé à la création du logo AB dans le début des années 1980. L’entreprise familiale rachetée successivement par Agro-cinq puis le groupe La Vie, tout en restant exclusivement dédiée au bio, s’est éloignée de ses principes fondateurs qui étaient basés sur un approvisionnement local et une stratégie commerciale initiale qui priorisait les circuits de distribution spécialisés bio et des distributeurs de produits haut de gamme comme Fauchon.
INNOVATION ET RESPECT DES TRADITIONS CULINAIRES
Brooks Wallin, d’origine américaine, a repris l’entreprise en mai 2004. Il a relancé l’activité de l’entreprise, en revenant aux valeurs initiales de son fondateur dont la conviction était que «l’avenir de la planète dépend d’une alimentation saine et respectueuse de l’environnement». La nouvelle stratégie repose sur l’innovation au service de la santé des consommateurs, la préservation de la culture et du savoir-faire culinaire français, un paradoxe au regard de ses origines américaines ! À l’appui de cette stratégie, M. Wallin entreprend en profondeur la modernisation des équipements de transformation entre 2012 et 2014, avec des investissements conséquents dans le cadre du fonds Avenir Bio avec l’appui de la Région, qui se traduisent par une très forte progression du chiffre d’affaires qui atteindra 19 milllion d’€ en 2018.
RELOCALISATION DES APPROVISIONNEMENTS
Le développement de l’activité se réalise par la recherche de producteurs locaux grâce à l’appui du CIVAMBIO 66. En quelques années, la relocalisation du sourcing en Région Occitanie permet de couvrir environ 50% des besoins de l’entreprise notamment pour la production d’abricots, de tomates, de courgettes et d’aubergines mais aussi de viande de bœuf bio des Pyrénées Orientales.
Pro Sain transforme ainsi annuellement 2 500 tonnes de fruits et légumes bio pour la fabrication de conserves sucrées et salées (plats et légumes cuisinés, sauces tomates, confitures, purées de pommes…). La marque «Pro Sain» est commercialisée exclusivement dans les magasins spécialisés bio.
Les élus locaux invités à ce cinquantenaire, fêté le 5 octobre dernier sous un soleil radieux, ont souligné l’importance du développement de l’entreprise et de la filière bio locale pour le développement économique, notamment M. Soubielle, maire de la commune de Bages et lui-même arboriculteur en biodynamie. Le président de la Communauté de Communes Albères Côte Vermeille Vallespir, M. Aylagas, quant à lui, rappelait son attachement à la création d’emplois non délocalisables et sa volonté de mobiliser le foncier agricole de son territoire. La présidente du Conseil Départemental, Mme Malherbe, s’est félicitée de la réussite de l’entreprise et de l’importance prise par la bio dans le département avec 26% de sa SAU conduite en AB, grâce à l’action du CIVAMBIO. Elle a également rappelé sa volonté de reconquérir les friches notamment pour accompagner le développement des entreprises de la filière bio, en participant activement à la mobilisation du foncier sur le périmètre irrigable à l’aval du lac de Villeneuve de la Raho, en partenariat avec les Communautés de Communes concernées.
LES BESOINS EN PRODUCTIONS DES PO ET D’OCCITANIE
La visite des installations a été l’occasion pour M. Wallin de montrer le savoir-faire de transformation de son entreprise, et de rappeler sa politique d’approvisionnement la plus locale possible donc dans les Pyrénées Orientales et en Région Occitanie, puisque c’est déjà le cas pour 50 à 60% des produits frais : fruits, légumes, viandes. Ainsi la viande de bœuf bio est à 100% origine Pyrénées et pour celle du veau bio à 100% IGP Rosée des Pyrénées! L’entreprise recherche pour compléter son sourcing local en Occitanie l’équivalent 150 tonnes d’aubergines rondes et longues, 100 tonnes d’oignons pelés, 150 tonnes de légumes secs (lentilles vertes, pois chiches, haricots rouges et blancs, flageolets verts et 200 tonnes de pommes.

BIOLEG ROUSSILLON
Entreprendre le maraîchage bio en Roussillon
Le constat est partagé, les principaux metteurs en marché de fruits et légumes bio dans les Pyrénées Orientales veulent conforter leur approvisionnement en légumes bio locaux car la production n’est pas suffisante pour satisfaire leurs marchés.

En effet la consommation de fruits et légumes bio progresse chaque année plus vite que la production avec une croissance de 5-10%? et représente désormais 10% du marché français des fruits et légumes frais. Ces entreprises ont ainsi vu leur chiffre d’affaires progresser de 15 à 20% par an, et parfois doubler au cours des 5 dernières années. Par ailleurs quel que soit le circuit de distribution, magasins spécialisés bio ou grande distribution, la demande se porte clairement sur une production d’origine nationale voire locale.
Le Projet Bioleg, animé par le CIVAM bio 66 et la Chambre d’Agriculture 66, vise à répondre à la demande des entreprises notamment la société Alterbio sur la zone Saint-Charles, la coopérative Teraneo à Saint-Hippolyte, et le transformateur bio Prosain à Bages, qui souhaitent augmenter leurs approvisionnements en légumes bio dans le département.
150 hectares de production maraichère bio supplémentaires seraient nécessaires pour répondre à leurs besoins commerciaux à court terme, dont 40 à 50 ha sous abri et 80 à 100 ha en plein champ. Cela signifie augmenter de 50% dans les trois prochaines années, la production maraichère bio du département qui atteint 365 ha actuellement.
DES TERRES EN FRICHES RAPIDEMENT CERTIFIABLES SUR UN TERRITOIRE DE TRADITION MARAICHÈRE
Pour répondre à ce besoin à court terme, la solution serait de remettre en culture des terres maraichères actuellement incultes, ou sous exploitées car la production serait certifiable en AB dès la première remise en culture, au lieu d’attendre une période de conversion qui dure habituellement 2 ans. Par ailleurs l’étude foncière réalisée à la demande du Conseil Départemental par la Chambre d’Agriculture sur le périmètre à l’aval du las de Villeneuve la Raho confirme l’existence d’un potentiel foncier irrigable pour une remise en culture maraichère.
Partant de ce constat, et de la volonté des entreprises d’ inscrire leur développement d’activité sur leur territoire les élus des Communautés de Communes concernées par la zone de tradition maraichère située entre Argelès, La Tour Bas Elne et Elne, se sont engagées dans une démarche de mobilisation foncière avec l’ appui du Conseil Départemental, pour permettre l’installation de nouvelles exploitations maraichères bio, voire l’agrandissement ou la conversion en bio d’ exploitations existantes
FACILITER L’ACCÈS AU FONCIER ET GARANTIR DES DÉBOUCHÉS COMMERCIAUX
Les entreprises conscientes du problème d’accès au foncier, veulent s’engager à développer la production maraichère bio et sont prêtes à aider les futurs repreneurs par des outils de portage du foncier, pour alléger les charges d’acquisition foncière, tout en leur garantissant des débouchés commerciaux sur les circuits longs d’expédition et de transformation.
TROUVER DES CANDIDATS POUR LE MARAÎCHAGE BIO !
En parallèle de la démarche de mobilisation foncière, il s’agit désormais d’identifier des maraichers ou futurs maraichers intéressés par la production de légumes bio en circuit long . Il peut s’agir de projets d’installation bio, de conversion bio ou d’agrandissement d’exploitations bio. L’action de recrutement va débuter, la Chambre d’Agriculture 66 et le Civam bio 66 ont ainsi réalisé une plaquette d’information du projetBioleg à destination des producteurs et futurs installés, qui sera diffusée dans les établissements agricoles des Po et de la région Occitanie, ainsi que dans les tous les points infos Installation de France.
APPUI TECHNIQUE À LA PRODUCTION MARAICHÈRE BIO
Le Civambio 66, grâce aux références acquises depuis plus de 25 ans sur sa station expérimentale Biophyto située au Lycée Agricole de Théza, et aux essais réalisés en partenariat avec la Chambre d’ Agriculture à la Centrex de Torreilles, conjugueront leurs moyens humains pour accompagner les futurs installés et les exploitants en reconversion bio afin d’apporter l’appui technique et réaliser des diagnostics de faisabilité technique et économique de la conversion avec le Pass expertise bio financé par la Région Occitanie.
CONTACT
Les producteurs interessés et les candidats à la conversion en maraichage bio, peuvent prendre contact dès à présent avec :
Patrick MARCOTTE, Civambio 66
Tel. 04 68 35 34 12 ou 06 14 10 65 87
patrick.marcotte@bio66.com
Myriam CODINI Chambre d’ Agriculture
Tel. 04 68 35 74 00 ou 06 80 98 75 30
mcodini@pyrenees-orientales.chambagri.fr
HERAULT
BIOCASH
Un grossiste historique en Occitanie
Le grossiste en épicerie bio de Montpellier a créé une antenne essentiellement dédiée aux fruits et légumes bio depuis 4 ans sur le MIN de Toulouse, avec un entrepôt de 300 m2 et un chiffre d’affaires de 2,5 M€ réalisé avec 4 salariés.
Fabrice Salas qui dirige l’équipe est en recherche de producteurs fournisseurs locaux, car c’est une demande de sa clientèle composée pour moitié de magasins de la région toulousaine et des départements du Tarn, Aveyron, Ariège … ainsi que de restaurants et traiteurs de l’agglomération. La vente en restauration collective scolaire est également en progression, de même que la restauration d’entreprise comme Airbus livrée par l’intermédiaire de grossistes locaux. Biocash a aussi une clientèle de revendeurs, parfois producteurs sur les marchés locaux de plein air très actifs. Au démarrage, les fruits et légumes étaient transférés de Biocash Saint-Jean-de-Vedas à Toulouse, désormais cela ne représente guère que 20% des volumes. Fabrice assure son propre sourcing avec une dizaine d’apporteurs locaux qui ont entre 5 et 10 hectares; sur une quarantaine de fournisseurs situés dans les Pyrénées Orientales et dans l’Hérault, complétés par les apports d’agrumes et autres produits importés.
TOUTE LA GAMME DE FRUITS & LÉGUMES CONCERNÉE
Les besoins en approvisionnement local concernent toute la gamme des fruits et légumes locaux en particulier tomates et légumes ratatouille en été, ainsi que salades fraiches, pommes de terre choux et carottes en hiver. En hiver la majeure partie de l’activité se fait avec les pommes et les agrumes. À contrario de la clientèle de Biocash sur Montpellier, ce n’est pas le bas prix qui est recherché mais la fraicheur du produit qui justifie la recherche de producteurs locaux en particulier pour tous les légumes feuille.
LES ATTENTES DE BIOCASH VIS-À-VIS DE LA PRODUCTION LOCALE
C’est avant tout une régularité d’apports, même pour des quantités faibles de 50 kg, l’important c’est de ne pas avoir de rupture. La planification des produits qui lui sont destinés est primordiale car il est difficile de gérer des arrivages excédentaires même en pommes de terre ou des ruptures d’apport comme la courgette en pleine saison. Biocash est en attente d’une planification et d’un calendrier proposé par des groupes de producteurs qui s’organisent pour assurer une continuité d’apport et une largeur de gamme.
La fixation du prix se fait avec le producteur avant l’apport, en fonction de l’état du marché qui en frais reste fluctuant, un prix lissé sur la campagne n’est pas une solution. Le 20 novembre, jour de la visite réalisée dans le cadre de la Journée Technique Régionale Maraichage Bio, les prix d’achats pratiqués étaient de 0,80 à 0,90€ en pommes de terre, de 1,40 en carotte, et 1,30€ en oignon. Pendant la saison estivale les tomates anciennes étaient achetées en moyenne à 3,50€ le kilo.
Fabrice tient à entretenir une relation de confiance avec ses producteurs fournisseurs qu’ il va rencontrer sur le terrain, et invite à venir voir comment il travaille dans son entrepôt du MIN. Pour lui, l’origine régionale est importante … comme l’est aussi un conditionnement valorisant avec une marque ou une identification produit sur l’étal. Il est donc intéressé par l’idée d’une marque régionale «produit bio d’Occitanie ».

1/ Visite des participants de la Journée technique Maraichage Bio chez Biocash Min de Toulouse.
2/ Biocash recherche avant tout la régularité des apports.
3/ La fixation du prix se fait avec le producteur avant l’apport, en fonction de l’état du marché
HAUTE GARONNE
PRONATURA TOULOUSE
Acheter local pour vendre local
Pronatura est un grossiste spécialisé fruits et légumes bio national, qui dispose désormais de 7 plateformes en régions avec en plus de celle du siège basé à Cavaillon, celle de Perpignan dédiée aux apports locaux et à ceux d’Espagne, de Nantes, Bretagne, Rungis, Strasbourg et celle de Toulouse installée en 2017 .
La clientèle du groupe Pronatura est majoritairement celle des magasins spécialisés bio qui représente 60% du chiffre d’affaires, 10% en GMS, 10% export, 10% en RHD et le reste pour la destination industrie de transformation. L’entrepôt toulousain entièrement réfrigéré à 7 °C a une surface de 1 200 m2 où sont stockés de manière bien visible les palettes des produits, pour faciliter les achats de la clientèle locale de magasins bio et revendeurs sur marché. Pronatura Ouest distribue ainsi 2000 tonnes de fruits et légumes par an dont 90% de produits d’origine France.
Chaque plateforme du groupe a sa spécialité régionale, comme le chou fleur et le poireau en Bretagne ou les pommes en Pays de Loire, et s’intègre dans un calendrier de production national destiné à assurer la continuité d’une gamme en tout lieu. Ainsi dès qu’un produit local arrive en production il doit prendre le relais d’une autre origine plus précoce. L’objectif prioritaire est bien d’acheter localement pour vendre localement. Sur Toulouse le tonnage vendu est d’environ une cinquantaine de tonnes, avec un ralentissement d’activité classiquement en périodes de vacances scolaires, une quarantaine de clients étaient déjà fidélisés par Pronatura avant son arrivée sur Toulouse. Pour Patrick Ophèle, responsable de la relation avec les producteurs en région Sud qui nous recevait pour la visite, un metteur en marché c’est un véritable « animateur filière » qui doit jouer un rôle pour accueillir de nouveaux producteurs, voire même l’accompagner dans sa démarche de conversion pour faire les bons choix en matière de produits cultivés.
LES ATTENTES EN PRODUCTIONS LOCALES
En région toulousaine, la recherche de Pronatura est prioritairement axée sur la gamme salades, la mâche, les radis et les fraises, ainsi que tous les produits à durée de conservation limitée car la fraicheur c’est l’attente prioritaire de la clientèle. En deuxième lieu, la présentation du produit doit être optimale, avec un produit lavé et calibré … Il est donc souhaitable que les producteurs se regroupent pour l’achat en commun de matériel de conditionnement et pour constituer une gamme large. En Provence Pronatura s’appuie ainsi sur un groupe partenaire Mediterrabio dont l’identité se retrouve sur les complexes d’emballage visibles dans l’entrepôt .
Outre les légumes régionaux déjà évoqués, Pronatura s’inscrivant dans une démarche de défense de produits et de l’identité d’un terroir, est intéressé par des apports de prunes et de raisin de Moissac par exemple, et d’une manière générale par la qualité gustative des produits, car un produit bio doit être avant tout bon. Pour travailler avec Pronatura, le producteur doit être référencé, ce qui suppose une visite d’audit préalable sur l’exploitation, puis une planification de la production apportée. Il n’y a généralement pas de problème si les volumes planifiés ne sont pas respectés à cause de problèmes climatiques ou autres, de même l’entreprise ne s’engage que sur des quantités qu’elle est sûre de mettre en marché en ne planifiant que 80% de ses besoins en gardant une marge de sécurité.
Patrick Ophèle est prêt à se rendre disponible pour la visite de tout nouveau producteur intéressé, pour visiter son exploitation et préparer son référencement.

TRANSFORMATION DES FRUITS ET LEGUMES
Intérêts et stratégies à envisager

La vente en circuits courts des fruits et légumes biologiques en région est majoritairement réalisée en frais, mais de plus en plus de producteurs souhaitent valoriser, en partie au moins, leurs produits en les transformant.
De nombreuses fabrications peuvent être réalisées, allant des plus simples comme les jus de fruits ou les confitures jusqu’à des recettes plus élaborées incluant divers ingrédients (pâtés végétaux, chutneys…). La transformation suit de nombreuses règles, en particulier sur l’hygiène, les locaux et le matériel. Ceux-ci représentant un investissement important pour une petite exploitation, il peut être plus intéressant d’intégrer un atelier collectif (CUMA ou autre…) ou de faire appel à un prestataire. Il est donc essentiel de bien étudier ces différentes possibilités avant de
prendre une décision.
POURQUOI TRANSFORMER ?
La transformation donne de la valeur ajoutée à un produit brut mais cette valorisation n’est pas assurée à coup sûr : elle dépend beaucoup du type de produit, de la demande et du prix du marché. Elle permet de vendre toute l’année des produits très saisonniers, et d’offrir au client un prolongement de la durée de consommation des fruits et légumes. Elle peut être une solution pour toucher de nouveaux clients, ou pour fidéliser sa clientèle en évitant une interruption des ventes en hiver. Enfin, elle permet de valoriser les surplus et limiter le gaspillage.
La transformation correspond souvent à une activité de diversification dont l’objectif peut être de consolider l’exploitation, par exemple quand la surface cultivable est insuffisante pour en tirer un revenu satisfaisant , ou de permettre l’installation d’un tiers (conjoint, enfant, associé …).
AVANTAGES ET INCONVENIENTS DES DIFFERENTES OPTIONS DE TRANSFORMATION
▷ À la ferme
La transformation à la ferme permet au producteur de réaliser lui-même cette activité. Il travaille dans son local, utilise le matériel qu’il a choisi et fixe ses horaires. «Avoir son propre atelier permet d’avoir une maîtrise de A à Z de son produit», explique une productrice des Pyrénées Orientales. C’est une option prise généralement par des producteurs ayant une gamme étendue de produits et pour qui la transformation est la base du revenu. Cependant, l’importance des investissements nécessite une étude prévisionnelle précise car ceux-ci peuvent être consé- quents. Il faut prendre en compte le prix de construction du local respectant la réglementation, de l’ordre de 1000€ le m2 (pour une surface minimale de 15-20 m2). « Lorsqu’on fait de l’auto-construction, cela permet de réduire le coût du bâtiment mais il reste tout de même élevé » indique un arboriculteur héraultais. Le matériel est également coûteux, surtout si un autoclave est nécessaire. On comptera alors 50000€ minimum pour un local équipé. Il faut également prendre en compte les frais d’électricité et d’eau, les coûts d’entretien et d’analyses … Et prévoir du temps, la charge de travail étant très lourde.
▷ En collectif (CUMA, SCOP…)
L’atelier collectif permet au producteur d’avoir à disposition un équipement qu’il n’aurait pas eu dans un atelier individuel. L’organisation d’un groupe crée une dynamique, favorise les échanges et facilite la mobilisation des partenaires institutionnels et l’accès aux subventions. Mais il est souvent difficile de trouver d’autres producteurs qui souhaitent s’engager. Un esprit collectif entre les adhérents et une implication forte sont indispensables. Chaque adhérent doit s’adapter au fonctionnement du groupe, et respecter un planning. Enfin, il est souvent nécessaire d’embaucher un salarié, au minimum pour le contrôle et l’entretien des matériels.
▷ Par un prestataire
Le prestataire transforme les produits selon ses recettes ou en concertation avec le producteur, et s’occupe de tout le processus de transformation. Le travail à façon permet au producteur de ne pas avoir à réaliser les investissements en locaux et matériel. Il lui assure également une bonne traçabilité et de bonnes conditions d’hygiène. Enfin, la prestation permet un gain de temps pour le producteur, et c’est une bonne solution pour de petites quantités, notamment pour tester des débouchés. Cependant, à long terme et pour des quantités importantes, la prestation peut s’avérer plus chère que de transformer à la ferme ou en collectif. Enfin, la prestation mobilise de la trésorerie, ce qui n’est pas toujours simple pour les producteurs.

INTERVIEW
SYLVAIN GOINEAU
Conserverie artisanale LABEL D’OC Montpellier (34)
« LABEL D’OC est une entreprise créée pour les producteurs. Depuis 3 ans nous récupérons les matières premières de l’agriculture et en faisons des conserves : légumes, fruits, poissons et viandes que nous transformons en tout un panel de plus de 500 recettes. La condition étant que les denrées apportées se doivent d’être fraîches et de qualité. Il est bon de savoir que rien que dans l’Hérault, 10% de légumes finissent à la poubelle ou, au mieux, au compost. Pour exemple, un producteur de tomates n’a pas pu écouler une partie de sa production comme il le prévoyait (car surproduction, hors-calibres ou invendus). Il confie ses tomates à LABEL D’OC et nous nous chargeons alors de les transformer en prestation de service (ketchup, plats cuisinés, sauce tomate basilic…).
Label d’Oc travaille petites et grosses quantités, notre ADN c’est de permettre à tous les Agriculteurs de pouvoir valoriser leurs écarts. »

Myriam CONDINI de la Chambre d’Agriculture 66 et Elodie BERNARD de CIVAMBIO 34, coordonné par Patrick MARCOTTE d’Interbio Occitanie
Crédit photo : Adobe Stock et Interbio Occitanie
Lutter contre les bio-agresseurs en maraîchage biologique
Pour sa 3ème année, la journée régionale maraîchage Occitanie (JTMO), organisée par la Chambre départementale de l’Agriculture 31 et Interbio, s’est déroulée le 20 novembre 2018 en Haute Garonne. Comment intégrer des méthodes innovantes, quels systèmes de culture, quelles méthodes alternatives de lutte contre les bio–agresseurs ? Les tous derniers résultats des expérimentations de protection des cultures légumières étaient présentés aux 70 participants, producteurs, conseillers techniques, formateurs, enseignants, porteurs de projets.
EXPERIMENTATION N°1
Développement et intégration de méthodes innovantes pour la maîtrise des punaises phytophages en cultures de tomate et d’aubergine sous abris (IMPULSE, 2017-2020)
Les dégâts occasionnés par les punaises phytophages en cultures légumières sous abri et plein champ sont en augmentation depuis plusieurs années et peuvent conduire jusqu’à 90 % de pertes à la récolte. Ces ravageurs apparaissent comme un réel verrou et il convient de développer de nouvelles solutions de contrôle biologique et de proposer des stratégies de protection innovantes, fiables, rentables et pouvant répondre aux objectifs du plan Ecophyto II.
Le projet IMPULsE, porté par le Ctifl, cible trois cultures légumières modèles (tomate, aubergine et chou). La réalisation du projet s’appuie sur un travail en synergie entre les partenaires de la recherche (INRA, CBGP), de l’expérimentation (Ctifl, stations régionales GRAB, APREL, INVENIO), du développement (Chambres d’Agriculture 13 et 47), de l’enseignement agricole (lycée agricole 47) ainsi que d’un partenaire privé, spécialisé dans la production de produits de biocontrôle (Koppert). Les études réalisées s’appuient sur l’expérience et l’expertise des partenaires: amélioration des connaissances sur la biologie des punaises phytophages ciblées et caractérisation de l’importance des dégâts qu’elles occasionnent, mise au point de programmes de protection biologique et de stratégies de protection intégrée à la fois sur sites d’expérimentation et sur sites de production en conduite AB et en protection intégrée.
Des travaux engagés dans le cadre de ce projet ainsi que des premiers éléments de résultats concernant les cultures d’aubergine et de tomate sous abris seront présentés à l’occasion de cette journée régionale maraichage bio.
EXPERIMENTATION n°2
Lutte contre la teigne de la tomate par la confusion sexuelle en tomates sous abris bio avec ISONET T
▷ LA TUTA ABSOLUTA ET LES MOYENS DE LUTTE ACTUELS
La Tuta absoluta, teigne de la tomate, est un ravageur très problématique du Sud de la France. Arrivée dans le Roussillon en 2009, elle cause des dégâts importants sur tomate notamment en abri, entrainant un arrachage prématuré des cultures pour plusieurs producteurs. Les dégâts se caractérisent par des galeries larges et arrondies au niveau des feuilles provoquées par les larves (voir photo 1). Ces dernières peuvent aussi perforées les tiges et les fruits au niveau du calice. La tuta absoluta peut se maintenir sur plusieurs solanacées cultivées notamment sur aubergine (observations de dégâts sur feuilles uniquement) ou encore sur solanacées sauvages type morelle noire. Son expansion est importante car des dégâts ont été observés en Charente Maritime mais aussi en ex-Midi Pyrénées depuis 2016. Les moyens de lutte existants sont nombreux :
▸ Élimination des résidus de cultures et des solanacées sauvages pour éviter le maintien du ravageur.
▸ Arrachage des folioles touchés.
▸ Piégeage massif (25 pièges/ha).
▸ Introduction d’insectes auxiliaires : Macrolophus pygmaeus (3 individus/m2) ou encore Trichogramma achaeae (100 diffuseurs par ha avec 2500 individus par diffuseur).
▸ Application de Bt tous les 15 jours environ
▸ Homologation du Spinosad sur chenilles phytophages en tomate à 0.015L/hl avec 2 applications maximum (attention, risque de toxicité pour les insectes auxiliaires).
> 1 Dégâts de Tuta absoluta sur feuilles de tomate sous abris – Photo CIVAM Bio 66. Larve de Tuta absoluta – Photo CIVAM Bio 66.

▷ LUTTE CONTRE LA TUTA AVEC LA CONFUSION SEXUELLE
Les moyens de lutte existants contre la tuta absoluta n’étant pas suffisants pour une réelle efficacité, le CIVAMBIO66, en partenariat avec CBC Biogard et Shin-Etsu, a testé la confusion sexuelle en moyen de lutte contre cet insecte avec le produit Isonet T (photos 4 et 5). La confusion sexuelle permet de reproduire la synthétique analogue à la phéromone femelle du ravageur, perturbant ainsi le système olfactif des mâles dans l’objectif de perturber la reproduction et de baisser les populations existantes. Le produit ISONET T est homologué depuis le 12 juillet 2018 en France à raison de 1000 diffuseurs/ha + 10% pour les bordures pour une seule application. CBC Biogard a envoyé une demande à l’ANSES dès la fin 2018 pour une nouvelle homologation permettant 3 applications par an en 2019.
La persistance d’action d’un diffuseur est de 120 jours avec une température moyenne de 25°C et de 150 jours avec une température moyenne de 18 °C. Deux applications sont donc préconisées pour des cycles de cultures de mars à septembre.
L’expérimentation s’est déroulée dans deux tunnels (tunnel témoin sans confusion et tunnel avec confusion) séparés de 150 mètres environ à Biophyto, la station expérimentale du CIVAM BIO 66. Les diffuseurs Isonet T ont été positionnés dès la plantation des tomates au 15 mars.
Une stratégie de lutte commune a été mise en place dans les 2 tunnels : Traitement biologique sur les plants avant plantation, introduction de macrolophus pygmaeus (3.75 individus/m2) à la plantation, filets anti-insecte au niveau des ouvrants et application de Bt (Bacillus thuringiensis) régulièrement.
Des pièges extérieurs et intérieurs ont été installés à Biophyto mais aussi chez les producteurs du Roussillon afin d’évaluer la pression dans le département.
Les résultats montrent que la pression augmente à partir de fin mai, dévoilant une différence significative du pourcentage de plants touchés entre le tunnel témoin : 60% au 20 juillet par rapport au tunnel avec confusion avec moins de 10% au 19 juillet (figure 3). Les dégâts sur fruits sont également plus élevés dans le tunnel témoin mais reste peu préoccupant (5% de dégâts).
L’augmentation du nombre de mines par plants a été exponentielle dans le tunnel témoin comme le montre la carte en
figure 2.
La confusion sexuelle semble être un bon moyen de lutte à combiner avec les moyens de lutte connus pour ce ravageur. Il reste primordial d’installer la confusion AVANT ou PENDANT la plantation des tomates pour avoir une efficacité notable.
Description des photos
> 2 Carte représentative du nombre de mines comptées par plant en cours de culture.
> 3 Pourcentage de feuilles affectées : comparaison entre le tunnel témoin (TT) et le témoin avec confusion (TC).
> 4 ISONET T sur plantes de tomate – Photo CIVAM Bio 66.
> 5 ISONET T – Photo : CBC Biogard.
EXPERIMENTATION n°3
Essai de lutte biologique contre pucerons en laitues sous abris biologiques
La laitue sous abri est une production phare autant en circuit court qu’en circuit long avec une production de 12 millions de pieds en bio en ex Languedoc Roussillon en 2013. Plusieurs espèces de pucerons peuvent provoquer des pertes importantes depuis plusieurs campagnes, notamment Macrosiphum euphorbiae, le puceron vert et rose de la pomme de terre qui peut avoir plusieurs cultures hôtes dont les astéracées.
Des risques de dégâts sont plus importants sur les créneaux d’automne et de printemps car les conditions pédoclimatiques peuvent être encore favorables aux pucerons et défavorables aux insectes auxiliaires parasitoïdes. En effet, les parasitoïdes de pucerons spécifiques type Aphidius spp. sont peu efficaces dans des conditions climatiques froides (inférieures à 14° C).
L’objectif de cet essai est de tester deux insectes auxiliaires généralistes: la chrysope, Chrysopa carnea, et une espèce de syrphe, Sphaerophoria ruepellii, pour lutter contre les pucerons en laitues sous abris. Ces insectes sont adaptés à des conditions plus froides (efficacité à partir de 10 à 12°C). Cet essai est mis en place dans le cadre du programme Ravageurs avec plusieurs partenaires comme la Chambre d’agriculture Occitanie, Sud Expé et la SICA CENTREX.
L’essai sera réalisé lors des deux créneaux durant lesquels les pucerons présentent un risque important : le début de saison (récolte d’automne) et la fin de saison (récolte de printemps) sous abris froid en agriculture biologique. L’essai est réalisé dans des tunnels de 400 m2 (8*50m) à Biophyto, station expérimentale du CIVAM BIO 66, sur une variété de type laitue batavia qui ne possède pas de gène de résistance pucerons.
Dix foyers artificiels de pucerons ont été créés dans les 2 tunnels à partir de pucerons retrouvés sur des laitues biologiques de producteurs du Roussillon. Les insectes auxiliaires ont été lâchés environ 15 jours après infestation par les pucerons sur 5 foyers chacun (200 m2). Les chrysopes ont été lâchées sous forme de larves donc directement disponibles pour la prédation des pucerons en raison de 5 individus/m2, ce qui correspond à la dose « curatif léger » indiquée par Biobest.
Les syrphes ont été lâchées sous forme de pupe dans des tentes à émergence afin de maintenir les adultes émergents et les larves issues des accouplements des adultes. Un plant d’alysson maritime (lobularia maritima) a été planté dans chaque tente permettant de nourrir les adultes syrphes pollinisateurs.
Les résultats sur les 2 créneaux montrent que les foyers de pucerons ont été mieux régulés lorsqu’une diversité d’insectes auxiliaires sont présents (contamination extérieure de larves de syrphes, champignons pathogènes de pucerons, parasitoïdes…). En effet, les conditions pédoclimatiques de l’automne ont été particulièrement favorables aux insectes auxiliaires, entraînant une bonne régulation des foyers de pucerons. Les conditions du printemps ont été surtout favorables aux entomophthorales, champignons parasites de pucerons qui ont pu réguler quasiment tous les foyers.
Les chrysopes semblent avoir un effet plus rapide que les syrphes mais il convient de refaire l’essai avec une introduction plus précoce des syrphes afin qu’elles puissent se reproduire et être efficace sur les foyers.
L’essai sera remis en place en 2018-2019.

EXPERIMENTATION n°4
Évaluations de moyens de lutte contre le taupin en culture de melon, patate douce et asperge
Les problématiques de ravageurs du sol sont en recrudescence depuis l’arrêt des traitements de sol insecticides. Le taupin est l’un de ces ravageurs du sol pour lequel on note, depuis une dizaine d’années, une augmentation des dégâts sur de nombreuses cultures. Dans le Sud-Est de la France, Agriotes sordidus est l’espèce de taupin la plus courante. Son cycle de développement court (24 à 36 mois) entraîne une augmentation rapide de la population. Il se développe en particulier dans les parcelles restées en friche, ou non cultivées pendant plusieurs années. Ces terres représentent pourtant un atout pour les maraîchers qui souhaitent démarrer une production en agriculture biologique certifiable dès la première année. Dans cette configuration la maîtrise du taupin à la reprise de culture est un facteur majeur de la réussite de la démarche.
Ainsi plusieurs essais ont été mis en place à Sudexpé (34) en culture de melon, patate douce et asperge afin de tester différentes techniques alternatives à base de produits répulsifs et champignons ento-mo-pathogènes. L’intervention fait la synthèse des travaux menés depuis 2015 sur ces trois espèces. Aucune solution testée (dont tourteau de ricin, son de moutarde, Metarhizium anisopliae var. anisopliae F52) n’a montré une efficacité satisfaisante.

EXPERIMENTATION n°5
Essai Trisoil dans la lutte contre le Sclérotinia sur salade
Objectif de l’essai : tester l’efficacité de Trisoil (Trichoderma atroviride souche I-1237) dans la lutte contre le Sclerotinia et le Rhizoctonia sur salade. L’essai a été conduit à l’automne 2017 sur salade batavia sous abri. Le Trisoil a été appliqué sur sol frais avant plantation à 5 kg/ha et comparé à une modalité de référence et un témoin non traité. Les résultats de cet essai, montrent une efficacité de Trisoil dans la lutte contre Sclérotinia et Rhizoctonia.

EXPERIMENTATION n°6
Alternatives de désherbage dans la lutte contre Cyperus Rotundus bilans 2016 et 2017
Le souchet, Cyperus rotundus, est une plante envahissante, difficile à maîtriser en culture. Elle se multiplie par bulbilles. Les essais de désherbage alternatif menés par la SICA Centrex ont visé à comparer l’efficacité de différentes méthodes sur la diminution du nombre de bulbilles du sol : l’occultation des parcelles par paillage d’épaisseurs variées, la solarisation, l’inondation et enfin l’élevage de poules sur la parcelle infestée. Les résultats montrent une efficacité supérieure à 80 % de l’occultation et de l’inondation, bien supérieure à la solarisation (efficacité < 23 %). Les poules ont aussi montré un intérêt dans le ralentissement du développement du Cyperus (voir photo ci-dessous).

EXPERIMENTATION n°7
Des systèmes de culture pour maîtriser les populations de nématodes à galles : résultats du GRAB dans le projet
Le projet GEDUBAT (Gestion Durable des BioAgresseurs Telluriques), coordonné par le Ctifl et financé par Ecophyto, visait à tester, sur 6 ans (2012-2017), des techniques alternatives permettant la réduction des pathogènes telluriques sur les cultures sous abri. La lutte contre les nématodes est une des priorités du projet compte tenu de l’importance de ce problème en maraîchage. Dans le cadre de GEDUBAT, le GRAB a mis en place un essai «système» sur un site producteur pour comparer différentes stratégies de combinaisons de leviers visant à maîtriser les problèmes telluriques.
Les 2 systèmes expérimentés visaient principalement à réguler les populations de nématodes à galles (Meloidogyne spp.) en combinant le choix du matériel végétal (plus ou moins grande sensibilité), le calendrier cultural (périodes chaudes plus à risque), la stimulation de l’activité biologique (par apports de matière organique et engrais verts) et la solarisation (régulation par désinfection thermique).
Le système n°1, le plus proche du système de l’exploitation, alterne des cultures d’été plutôt sensibles, avec des cultures peu sensibles sur le créneau d’automne. Pour réguler les populations de nématodes, la solarisation est privilégiée comme traitement d’été.
Le second système vise à diminuer la prise de risque nématodes liée aux successions culturales en adoptant une stratégie d’évitement avec des plantes peu hôtes, à diversifier la rotation et à stimuler l’activité biologique du sol par des engrais verts d’été et des apports de matière organique (MO).
Dans le système n° 2, l’indice de galles racinaires (IG) moyen est resté inférieur à 1 pendant la quasi-totalité de l’essai, confirmant l’efficacité de la stratégie d’évitement.
Le dénombrement des nématodes à galles dans le sol confirme cette évolution, avec des populations quasi nulles entre 2013 et 2015. La coupure réalisée pendant 4 ans n’est cependant pas suffisante pour réguler durablement les populations, qui augmentent rapidement à partir de l’été 2016, avec la réintroduction de cultures sensibles. Dans le système n°1, le niveau d’infestation moyen est plus élevé pendant la durée de l’essai, notamment sur les cultures sensibles de printemps-été (persil, courgette) malgré des solarisations annuelles les trois premières années. L’évolution des populations de nématodes à galles montre une nette diminution dans les 2 systèmes sur la durée de l’essai, mais une ré-augmentation sur la culture sensible finale de courgette en 2017.
Par ailleurs, on a observé que la solarisation limite l’ensemble des nématodes phytophages, qui réapparaissent après l’arrêt de cette pratique. L’effet dépressif de la solarisation est moins net (ou de courte durée) sur les indicateurs d’activité biologique : nématodes libres (non phytophages) et biomasse microbienne du sol, qui sont également favorisés par les engrais verts et les apports de matière organique. Enfin, la reconception des systèmes a eu peu d’incidence sur les performances économiques, les résultats sur les 5 années étant assez proches pour les 2 systèmes, avec en moyenne environ 12 €/m2/an de marge brute.
EXPERIMENTATION n°8
La rouille de l’ail : y a-t-il des solutions ?
La rouille de l’ail est la maladie foliaire la plus répandue et la plus préjudiciable pour cette culture. Les premiers symptômes débutent sur les feuilles de la base et prennent ensuite de l’extension en fonction des conditions climatiques. Pour la seconde année, le CEFEL conduit un essai visant à limiter l’impact de cette maladie fongique qui représente un frein important au développement des surfaces du fait de l’importance des pertes qu’elle peut occasionner. Le manque de solutions amène la station d’expérimentation à tester différentes modalités (produits seuls ou en association), dont certaines sont utilisées à titre expérimental (produits non autorisés pour l’usage rouille). Les résultats obtenus cette année confirment les observations de l’année dernière mais doivent cependant être validés en cas de forte attaque (pression faible sur témoin non traité). D’autre part, avec l’évolution des produits de lutte contre les maladies, de nouvelles solutions sont à étudier (biocontrôle…).

EXPERIMENTATION n°9
Impact des filets anti-insectes en navet, céleri branche et oignons de printemps
Dans le cadre des réseaux DEPHY-FERME, la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne a évalué l’impact des filets anti-insectes sur l’IFT 1, la pénibilité, les coûts de production et la marge dégagée. Sur navet, plusieurs stratégies sont possibles suivant les objectifs de rendement commerciaux et les circuits de commercialisation.
Pour notre région, ces chiffres révèlent que :
▸ sur navet, le recours au filet est incontournable du fait des fortes pertes liées aux différents vols de mouches ;
▸ le circuit de gros, sur lequel la concurrence européenne est très présente, ne valorise pas la baisse des insecticides et donc le coût d’un filet « haut de gamme » ;
▸ économiquement, le filet contre mouches et altises présente un intérêt dans le cadre de la vente directe qui autorise un prix de vente plus fort (> 1,50€/kg) et une prise de risque plus élevée (petite surface) permettant de rechercher un IFT chimique2 égal à 0 ainsi que l’acceptation d’un niveau qualitatif moindre (lié à l’IFT=0). Sur oignon de printemps les filets sont utilisés, sur arceaux, sur petites surfaces paillées avec du plastique biodégradable. Sur parcelle de grande taille, les essais ont été stoppés faute de pouvoir contrôler efficacement le mildiou et les adventices. Sur céleri branche, le filet n’est rentable que sur une forte attaque de mouches et sous réserve de planter et de commercialiser aussi les bouts de planche qui ne sont pas protégés par les filets.
1IFT = Indice de Fréquence de Traitement, il est exprimé en nombre de doses homologuées par hectare, appliquées pendant une campagne culturale.
2 IFT chimique = IFT hors produits de la liste de biocontrôle
3 Marge brute : De cette marge, il faut encore déduire le temps de commercialisation et les charges de structure non comptabilisées.


CONCLUSION
▷ La diversité des sujets abordés lors de cette rencontre technique de qualité témoigne des terrains d’investigation qu’il reste encore à poursuivre. Pour autant, les intervenants sont unanimes pour affirmer que ces projets sont complémentaires et que c’est la combinaison de ces leviers qui offrira la meilleure réponse à la lutte contre les bio-agresseurs… dès lors que chaque levier aura été optimisé. Renseignés de toutes ces informations techniques, les participants se sont rendus au Grand Marché, MIN Toulouse Occitanie où ils ont rencontré des grossistes Pronatura Toulouse et Biocash. Ils ont pu échanger autour de la question de l’approvisionnement en légumes bio.
PLUS D’INFO
Le détail de ces interventions est disponible sur https://hautegaronne.chambre-agriculture.fr/actualites/detail-de-lactualite/actualites/3eme-journee-technique-maraichage-bio-occitanie/

Par Prisca PIERRE de CTIFL Balandran, Célia DAYRAUD de CIVAM BIO 31, Lucille GUIGAL-MERLE de Sudexpé/CA34, Aude LUSETTI de Sica Centrex, Hélène VEDIE de GRAB, F. HENRY-LEIX du CEFEL et Valérie GINOUX du Réseau Dephy fermes, coordonné par Laurence ESPAGNACQ de la Chambre d’Agriculture 31.
Crédit photo : Interbio Occitanie et Adobe stock













