Apport des études récentes sur les performances technico-économiques et la résilience
L’année 2018 a été marquée par de multiples études sur la filière bovins lait bio en Occitanie. C’est ainsi l’occasion de faire le point sur l’accompagnement nécessaire à mener à destination des éleveurs pour soutenir la dynamique de conversion que l’on observe depuis quelques années suite au développement des projets des acteurs de l’aval de cette filière. Vous trouverez dans ce dossier : une caractérisation des élevages bovins lait bio en moyenne montagne (APABA), les facteurs de résilience de ces élevages (projet Résilait, INRA), l’évolution de la vulnérabilité lors de la conversion en bio (thèse de Maëlys Bouttes, INRA) et la description d’un outil de simulation de la robustesse des fermes face aux aléas climatiques (projet Optialibio).
ETUDE 2018
Caractérisation d’élevages bovins lait biologiques de moyenne montagne
Les résultats et données présentés dans cet article sont issus d’une étude réalisée en 2018 par l’Association pour la Promotion de l’Agriculture Biologique en Aveyron (APABA) auprès de 17 fermes bovines laitières de l’Aveyron et du Lot conduites en Agriculture Biologique.
Cette étude avait pour objectif d’évaluer les pratiques et performances des différents systèmes, de mettre en lumière les stratégies cohérentes permettant une rémunération maximale de la main d’œuvre et de réaliser des focus spécifiques sur les thématiques du travail et de l’évolution des systèmes après la phase de conversion. Seuls les résultats de l’étude concernant la caractérisation des systèmes et leurs performances sont présentés ici. Les autres thèmes seront développés dans le prochain magazine des Pratiques Techniques Innovantes de l’APABA. Ces données permettent aux éleveurs ayant un projet de conversion d’avoir des références technico-économiques sur des systèmes de moyenne montagne et de s’interroger sur la durabilité du système qu’ils désirent mettre en œuvre lors de leur passage en AB.
▷ LES SYSTÈMES IDENTIFIÉS
La production laitière (litres/Vache Laitière/an) et la part de maïs dans la Surface Fourragère Principale (SFP) des fermes ont été utilisés pour répartir les exploitations en quatre principaux systèmes et construire ainsi la caractérisation. Les principaux repères techniques de ces systèmes sont présentés dans le tableau ci-dessous.


▷ ANALYSES DES PERFORMANCES ÉCONOMIQUES
Afin de réaliser une analyse des performances de chaque système, trois indicateurs de performances économiques ont été calculés pour chaque système. Ces indicateurs ont été développés par les Réseaux d’Agriculture Durable et CIVAM afin d’analyser la durabilité des fermes et plus globalement des systèmes de production. La figure ci-dessous présente les résultats pour les différents groupes ainsi qu’une échelle de performances croissantes allant du rouge au vert.

▶ L’autonomie économique permet de mesurer le niveau de charges et par conséquent la dépendance des fermes vis-à-vis de l’extérieur pour ses besoins de production (alimentation et frais d’élevage). Cet indicateur est calculé à partir de la marge brute globale qui est égale au produit de l’activité auquel les charges opérationnelles sont soustraites.
▶ L’efficacité économique traduit la capacité des fermes à maximiser leurs produits tout en limitant leurs coûts. Cet indicateur est calculé à partir de la valeur ajoutée. Il correspond au produit de l’activité moins les charges liées à la production (total des charges hors main d’œuvre, amortissements, fermages et impôts).
▶ L’autonomie financière permet de mesurer la maîtrise des investissements. En effet, elle met en évidence la dépendance des fermes vis-à-vis des financements extérieurs (emprunts). Elle est calculée à partir de l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) consolidé (somme de l’EBE et de la rémunération des exploitants).

▷ DEUX SYSTÈMES MIS EN ÉVIDENCE
L’étude réalisée met en évidence deux systèmes. En effet, les indicateurs de performance technico-économique sont plus clairement favorables pour les exploitations du système «Herbager» et «Herbe/Maïs». Par rapport au système Herbager, les coûts de concentré du système Herbe/Maïs sont compensés par une augmentation de la production laitière. Cela permet également de générer un produit lait plus élevé. Le système «Maïs dominant» se positionne comme étant le système le plus à risques. Les coûts de production élevés engendrés par l’achat de correcteur azoté et de l’aliment de production ne sont pas accompagnés par une augmentation suffisante de la production laitière.
Cependant, le système n’est pas le seul facteur influençant les performances technico-économiques des élevages bovins biologiques. En effet, la maîtrise des investissements et des charges, indépendamment du système d’exploitation, influent directement sur la valeur ajoutée produite. À titre d’exemple, dans l’étude conduite par l’APABA, l’autonomie financière explique 30% de la valeur ajoutée. Pour dégager une bonne valeur ajoutée, il faut chercher à rester le plus sobre possible, dansun contexte où les exploitations ne peuvent pas répercuter les hausses de charges sur les prix de vente. Il est important de nuancer les résultats obtenus. En effet, l’effectif des échantillons par système est relativement faible. L’ambition de l’étude portée par l’APABA étant seulement de donner des éléments de réflexion sur les systèmes biologiques bovins laitiers. De plus, l’ensemble des systèmes n’est pas représenté par ce groupe de dix-sept fermes. En 2014, un système herbager économe et autonome avait été mis en lumière. Malheureusement, les fermes de ce système n’ont pu pas être enquêtées en 2018.

PROJET CASDAR RESILAIT
Facteurs de résilience des élevages bovins lait biologiques
Porté par l’institut de l’élevage (IDELE), l’institut technique de l’agriculture biologique (ITAB) et en partenariat avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), le projet CASDAR Résilait a notamment pour objectif la mise en évidence de facteurs de résilience pour les élevages laitiers bovins biologiques.
86 exploitations converties depuis plus de 5 ans à l’AB ont été enquêtées au cours de l’hiver 2017. Ces enquêtes visaient à identifier ces facteurs de résilience à dires d’éleveurs d’une part (1) et par analyse statistique de données quantitatives récoltées sur les exploitations d’autre part (2). Concernant les données quantitatives, les éleveurs ont renseigné au cours du temps les valeurs prises sur leurs exploitations pour un ensemble de variables de structure (main d’œuvre, SAU, taille du cheptel etc.) et un ensemble de variables de pratiques (gestion du troupeau, de l’assolement etc.). De plus, les éleveurs ont évalué au cours du temps leur satisfaction d’un point de vue agronomique, zootechnique, économique et social. C’est cette évaluation qui a permis de caractériser la résilience des exploitations. En effet dans le cadre de ce travail la résilience est définie comme étant le maintien au cours du temps de l’exploitation dans un état satisfaisant pour l’éleveur. Cet article présente une partie des résultats obtenus.

▷ LA RÉSILIENCE, UN CONCEPT NOUVEAU POUR LES ÉLEVEURS
Lors des enquêtes, les éleveurs ont été amenés à donner leur définition du terme ‘Résilience’ et à discuter de ce qui selon eux participe ou non à la résilience d’un élevage laitier biologique. La synthèse des enquêtes a permis de mettre en évidence, à dires d’éleveurs :
▶ Des indicateurs de la résilience : éléments qui selon les éleveurs mesurent la résilience d’une exploitation
▶ Des facteurs et des leviers : éléments qui selon les éleveurs permettent d’améliorer la résilience d’une exploitation.
Le degré d’autonomie, la viabilité économique, et la cohérence globale dans la gestion des exploitations (l’adaptation des objectifs aux moyens de production et la baisse du niveau d’intensification d’utilisation des ressources disponibles) sont retenus comme principaux indicateurs de la résilience. La durabilité importe également aux éleveurs particulièrement dans le sens de la transmissibilité de leurs exploitations. Ces indicateurs sont favorisés par différents facteurs internes ou externes aux exploitations tels que le prix du lait payé aux producteurs, l’équilibre sol-troupeau ou encore la place accordée à l’herbe (pâturage et fourrages) dans le système. La figure 1 ci-dessous schématise ces résultats.

▷ ACCORDER UNE PLACE PLUS IMPORTANTE À L’HERBE
Les résultats de l’analyse statistique montrent que les élevages herbagers économes et autonomes sont les plus résilients. Ainsi, avancer la date de mise à l’herbe et augmenter la durée de pâturage exclusif améliore la satisfaction économique et la satisfaction sociale des éleveurs. De plus diminuer la surface en maïs, augmenter la surface en prairies, augmenter la surface accessible au pâturage et augmenter la durée de pâturage exclusif permettent d’améliorer la satisfaction agronomique.
L’amélioration de la résilience de ces exploitations semble donc passer par une augmentation de la place accordée à l’herbe ce qui concorde avec les résultats de l’étude de la perception de la résilience. La bonne maîtrise du pâturage nécessite de l’expérience et des compétences spécifiques de la part de l’éleveur.
▷ Dans un contexte où les exploitations laitières biologiques sont soumises à un ensemble de risques (forte concurrence de la part de voisins européens, augmentation des charges etc.), penser la résilience de ces exploitations semble essentiel. Les exploitations en conversion, contraintes par le cahier des charges de l’AB à l’adoption de nouvelles pratiques, sont en ce sens-là particulièrement concernées : anticiper ces changements en actionnant les leviers de la résilience pour améliorer le fonctionnement des exploitations.
ENTRETIEN
La conversion à l’AB pour améliorer sa situation
Une étude de chercheurs de l’INRA de Toulouse auprès de 20 fermes bovines laitières en Aveyron montre que les agriculteurs s’étant engagés en bio en 2016 y voyaient une solution pour préparer l’avenir. Le suivi de leurs conversions montre des bons niveaux de satisfaction vis-à-vis de leur situation en fin de conversion, à condition d’opter pour un mode d’élevage franchement tourné vers l’herbe et le pâturage.

▷ PASSER EN BIO POUR VOIR PLUS LOIN
En 2016, les éleveurs laitiers vivaient une crise historique du secteur marquée par une chute drastique du prix du lait. Parallèlement, des laiteries cherchaient de nouveaux producteurs bio. Des entretiens auprès de 20 fermes bovines laitières aveyronnaises au début de leur conversion à l’AB (printemps 2016) ont montré qu’au-delà de préoccupations environnementales, économiques ou idéologiques souvent mises en avant, les motivations des éleveurs étaient de trouver des solutions pour se sortir d’une situation conventionnelle compliquée. L’AB leur apparaissait comme un mode de production offrant davantage de perspectives.
Ils percevaient la bio comme moins risquée que l’agriculture conventionnelle, notamment par la perspective de prix plus stables et le soutien de la consommation, permettant ainsi de retrouver la possibilité de se projeter vers l’avenir. Patrice* expliquait ainsi : « ce qui fait basculer, c’est que ce soit un système qui parait plus pérenne, où on peut essayer de faire des prévisions plus sur du court terme mais sur du moyen terme »,
De plus, ils voyaient la bio comme un moyen de développer leur connaissances grâce aux réseaux de pairs et de conseillers actifs en AB, leur permettant ainsi de pouvoir mieux s’adapter à l’avenir. Un éleveur expliquait la bienveillance et la liberté de parole sur les expériences de chacun : «Ça permet d’échanger … quand on se loupe, de dire “j’ai loupé ça, ne pas refaire”, ou “j’ai fait ça pour rattraper”, ou “j’ai fait ça, ça marche bien”, c’est bien.» Dans les entretiens, le poids émotionnel associé au sentiment d’être coincé dans le système conventionnel était souvent évoqué, et les agriculteurs espéraient que la bio contribuerait à améliorer leur satisfaction au travail pour se sentir plus fort face à des aléas futurs. Parmi les différents points évoqués sur ce thème, il ressortait des entretiens l’envie de retrouver un meilleur équilibre travail-vie personnelle en sortant de systèmes saturés en charge de travail qui n’apportent pas de résultats économiques. Les témoignages étaient marqués par les rencontres avec des éleveurs en bio depuis plusieurs années: « on les voit sereins au niveau moral, au niveau travail et au niveau trésorerie.»
Enfin, les éleveurs témoignaient d’un intérêt important à se convertir à l’AB pour leur permettre de transmettre leur ferme et de maintenir des structures laitières familiales sur le territoire aveyronnais.
*Noms transformés
▷ DES ATTENTES SUR LA SUITE DE LA CONVERSION
Certains éleveurs ont fait part de leurs questionnements quant à certains résultats jugés peu satisfaisants. Cela concerne par exemple les modes de gestion à mettre en œuvre pour garantir la qualité et la quantité de lait en ration hivernale, ou encore la qualité des méteils. Tournés vers l’avenir, les éleveurs ont fait part d’attentes pour la suite : par exemple sur la possibilité d’embaucher, l’amélioration de la santé animale et de la gestion pâturage-fourrage, ou encore le lancement d’un autre projet sur la ferme comme la transformation fromagère.
POUR EN SAVOIR PLUS SUR D’OÙ VIENNENT CES RÉSULTATS, ET SUR LES VALORISATIONS À VENIR
Ces résultats s’appuient sur des données d’entretiens en tête à tête avec des éleveurs sur les motivations à passer en bio, sur l’évolution des pratiques et sur la satisfaction des éleveurs en fin de conversion. Ces données ont été collectées par Maëlys Bouttes dans le cadre de sa thèse à l’INRA de Toulouse (2015-2018, manuscrit téléchargeable sur internet). L’analyse a été d’une part qualitative sur les questions de motivations, et d’autre part statistique pour caractériser les évolutions de pratiques et de satisfaction pendant et à l’issue de la conversion. Des vidéos sur le travail de thèse avec des témoignages d’éleveurs seront réalisées d’ici février 2019 et seront en ligne sur le site internet PSDR Occitanie pour les curieux d’en savoir plus !
CASDAR OPTIALIBIO
Un outil d’évaluation de la robustesse des élevages de bovins biologiques face aux aléas climatiques
C’est dans un contexte de développement important de l’agriculture biologique et de changement climatique qu’est né le projet CasDar OptiAliBio. Ce projet a pour but de créer des références et des outils à destination des éleveurs et des conseillers afin d’accompagner des agriculteurs dans leur conversion et la reconstruction de leur système pour le rendre plus robuste face aux aléas climatiques.
L’autonomie alimentaire est une des principales composantes de la robustesse d’une exploitation. Elle se décline sous plusieurs formes : l’autonomie alimentaire massique de la ration totale qui représente la quantité totale de matières sèches produite sur l’exploitation qui est distribuée au troupeau; l’autonomie alimentaire massique en fourrages conservés qui est la quantité totale de fourrages produits sur l’exploitation et distribuée au troupeau; l’autonomie alimentaire massique en concentrés qui représente la part de concentrés produits sur l’exploitation dans l’alimentation du troupeau. En élevage laitier biologique, l’autonomie alimentaire de la ration totale atteint 89% et l’autonomie alimentaire en concentrés 42%. L’autonomie alimentaire d’une exploitation dépend de la configuration du système (assolement, chargement etc.), mais aussi de son adaptation aux aléas climatiques. Dans le cadre du projet OptiAliBio, un simulateur de la robustesse des élevages de bovins biologiques face aux aléas climatiques a été créé. Cet outil va permettre aux éleveurs de repenser leur système lors du passage en agriculture biologique ou en prévision d’un changement dans l’exploitation, et ce, en mettant en évidence les points forts et les points faibles du système d’exploitation. L’outil devra permettre aux éleveurs de simuler des planifications stratégiques à plus ou moins long terme mais aussi des adaptations à effectuer en cas d’aléas climatiques par exemple. Les éleveurs vont pouvoir simuler à moyen terme la robustesse de leur exploitation en faisant varier l’assolement, le cheptel, l’alimentation du troupeau ou l’année climatique. Ces simulations vont permettre à l’exploitant de réfléchir à des solutions pour sécuriser son système fourrager et il pourra tester ces adaptations pour faire apparaître les changements sur différents indicateurs dont le niveau d’autonomie alimentaire, le chargement, le coût alimentaire du troupeau, etc.
L’éleveur va donc pouvoir construire et tester des modifications du système face aux aléas climatiques. Cela permettra ainsi d’aboutir à la conception d’un système robuste qui peut s’adapter à différentes situations.
Le logiciel permet de faire un diagnostic rapide de son niveau d’autonomie alimentaire avant de poursuivre sur l’adaptation de son système aux aléas climatiques et aux changements structuraux. Le logiciel AMIABLE sera disponible début 2019 suite à son lancement officiel et à une journée de formation sur son utilisation.
LE PROJET OPTIALIBIO S’APPUIE SUR DES PARTENAIRES IMPLIQUÉS DANS LE DOMAINE DE L’ÉLEVAGE ET DE L’ENVIRONNEMENT :
▶ Partenaires techniques et scientifiques : Institut de l’Élevage, ABioDoc, ITAB, Ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou (49), INRA UR ASTER- Mirecourt, INRA UMR Herbivores (Theix – 35), INRA UMR AGIR (Toulouse), VetAgro Sup Clermont-Ferrand, Ferme expérimentale de Trévarez (29), GAB 22, Chambre d’agriculture de Bretagne, de Normandie, du Cantal et de l’Aveyron, Pôle Agriculture Biologique Massif Central, Lycées agricole Théodore Monod (Le Rheu – 35) et Edgard Pisani (Tulle-Naves – 19), BIOLAIT SA
▶ Partenaires techniques (hors financements CASDAR) Stonyfield France (Marque commerciale «Les 2 vaches» – filiale de Danone et porteur du projet Reine Mathilde) Fédération Régionale d’Agriculture biologique de Bretagne (FRAB)
▶ Partenaires associés au comité de pilotage du projet DGER, RMT Prairies demain
▷ À travers ces études, nous avons pu observer que le passage en bio représente une réelle opportunité pour les éleveurs en terme de bien-être au travail, de défi technique et d’avantages économiques.
Mais ceci ne doit pas rester un objectif en soi car la conversion implique une réflexion intense sur son système d’exploitation, notamment sur la production fourragère. En effet, face aux aléas climatiques de plus en plus présents dans la vie des éleveurs, le développement du système herbager se présente comme une solution à étudier sérieusement. Fort heureusement, les différents acteurs de l’accompagnement des éleveurs bio sont présents sur cette évolution et pourront vous présenter au 1er trimestre 2019 l’ensemble de ces résultats (et même plus car la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron apportera en plus les résultats d’une étude sur les coûts de production en élevage bovins lait bio) lors d’une rencontre qui sera organisée en Aveyron (prochainement, plus d’informations sur la rencontre).

Par Alexandre BANCAREL et Delphine CUBIZOLLE de APABA, Maëlys BOUTTES et Guillaume MARTIN de l’INRA UMR AGIR), Ika DARNHOFER de University of Natural Resources and Life Sciences à Vienne en Autriche, Magali SAN CRISTOBAL de l’INRA UMR DYNAFOR, Stéphane DOUMAYZEL et Sandrine VIGUIE de la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron, coordonné par Alexandra BANCAREL.
Crédit photo : Interbio Occitanie
Produire des plantes aromatiques et médicinales à destination des entreprises - Des opportunités pour se lancer ou se diversifier
Les PPAM ne constituent pas une grosse filière, avec moins de 1% de la SAU Française, pour 3500 exploitations. 15 % des surfaces sont en Bio contre 5% dans le reste de l’agriculture. La lavande, le lavandin et le pavot-œillette couvrent 70% des surfaces. Les 30% restants assurent 60% du chiffre d’affaires. Cela montre la forte hétérogénéité du chiffre d’affaires par production. Cette filière a un dynamisme particulier avec une augmentation des surfaces de 12% par an.
De nouveaux producteurs se lancent dans cette culture pour se diversifier et sécuriser leurs revenus. Un sondage FranceAgriMer montre que les trois-quart des exploitants ayant des surfaces en PPAM le font en diversification, avec du maraîchage, des grandes cultures ou de la viticulture. La DRAAF Occitanie constatait en 2017 une valeur ajoutée comparable entre la viticulture et les lavandes/lavandins. Le développement est facilité par le fait que la production ne nécessite pas de grandes surfaces pour démarrer et que le calendrier de travail varie d’une plante à l’autre.
Le territoire diversifié d’Occitanie permet la culture de multiples espèces (thym, romarin, lavande, lavandin, origan, sarriette, coriandre, fenugrec, sauge, et même la verveine) avec une demande en forte croissance pour approvisionner plusieurs marchés. Pour les productions « classiques», la demande est continue, avec de centaines d’hectares (thyms, romarins) voir des milliers (lavandes, lavandins) nécessaires rapidement. Pourtant les projets de plantations restent rares, alors que les débouchés sont assurés. Pour ces productions, les demandes sont généralement connues des Chambres d’Agricultures et groupements Bio départementaux peuvent vous aider à mieux les cerner.
C’EST QUOI LES PPAM ?
Les plantes à Parfums, pour la distillation, sont principalement les lavandes, le lavandin, la sauge sclarée et quelques dizaines de petites espèces cultivées dans le Sud Est, mais aussi en Occitanie, notamment dans le Lot où la filière redémarre. La forte demande
de lavandin bio est une opportunité importante pour répondre au besoin en aromathérapie et matières premières pour la parfumerie.
Les plantes Aromatiques n’occupent que 500 ha autour des herbes de Provence du basilic ou du persil. Les thyms, le romarin, l’origan et la sarriette. Elles sont cultivées dans Sud de la France et présents en Occitanie (150 ha), dans l’ancien Languedoc Roussillon, dans le cadre de programme avec des entreprises. Un triplement des surfaces serait nécessaire face aux marchés.
Les plantes Médicinales à propriétés thérapeutiques sont nombreuses. Du pavot, en production contrôlée, en passant par la verveine odorante et bientôt le cannabis! En Occitanie, elles sont cultivées, mais aussi cueillies, sur des petites exploitations. Plusieurs espèces sont règlementées et 148 plantes sont libres de vente. C’est une production qui progresse constamment en région via des installations en circuits courts. Plusieurs entreprises et la distribution spécialisée sont en demande pour étoffer leurs gammes notamment en tisanes.
RAISONNER SES CHOIX DE CULTURES SELON SES CAPACITES ET SELON LA DEMANDE
Avec une centaine de plantes possible, le choix ne manque pas. Il doit pourtant être mûrement réfléchi en fonction de critères simples et rationnels si l’on veut se professionnaliser et durer dans cette filière.
Quels produits sont demandés par les acheteurs ?
Les 2 principaux segments sont les cultures destinées à la distillation et aux plantes séchées. Facteur limitant : la disponibilité des plants en pépinière.
Espèces possibles : Lavandes, lavandins, thyms, sauge sclarée, origans et coriandre. Puis de nombreuses niches commerciales sur des petits volumes.
Qu’est-ce qui peut pousser sur mes parcelles et dans l’environnement ?
Facteurs limitants : Présence de vivaces en grandes quantités : rotations nettoyantes impératives avant plantation.
Espèces possibles : En priorité celles qui poussent spontanément dans son terroir.
Faut-il irriguer ?
De nombreuses PPAM n’ont pas besoin d’eau mais la reprise et les rendements sont meilleurs.
Espèces possibles : Seules les plantes de garrigues et les ombellifères sont envisageables sans eau.
Quelles sont les caractéristiques de sols de mes parcelles ?
▸ Terres sèches ou drainantes calcaires.
▸ Terres lourdes humides à fraiches.
▸ Terres lourdes sèches.
▸ Terres filtrantes
Espèces possibles Plantes de garrigues (thyms, lavandes, romarins…) ▸ Menthes ou mélisses ▸ Ombellifères (coriandre, fenouil) ▸ Toutes avec irrigation pour les plus fragiles (basilic, coriandre, camomille, calendula voire origan)
De quels équipements ai-je besoin?
À minima des outils tractés pour désherber. Espèces possibles Toutes, à condition d’avoir l’outil de transformation correspondante.
Derniers points à vérifier :
▸ Réduire le stock d’adventices, surtout lorsqu’on plante sur friches : 1 à 2 années de culture “nettoyantes” et /ou d’engrais verts peuvent être nécessaires.
▸ S’assurer que sa parcelle soit à l’abri de dérives de traitements chimiques car certaines PPAM peuvent concentrer ces molécules et les lots refuser.
▸ Réserver ses plants et semences très tôt : prévoir 6 à 12 mois selon la variété ou le chémotype.
Les modes de transformation des PPAM sont majoritairement le séchage pour l’herboristerie et compléments ali- mentaires et la distillation pour les huiles essentielles & hydrolats pour l’aromathérapie et la cosmétique. Toutefois le boom de des soins naturels et des nouveaux modes de consommation alimentaires fait que des types d’extraction ou de présentation novateurs voient le jour à partir de plantes fraîches ou sèches. Pour une même plante le produit fini peut donc varier selon le marché et la transformation préalable.
La valorisation du producteur sera d’autant plus grande qu’il pourra aller loin dans la transformation pour fournir un produit conforme à la demande : taille de lot minimum, qualité constante et régularité de l’approvisionnement. La capacité d’investissement et à la technicité sont des points clés.
CHEMOTYPE KESACO ?
Un chémotype se distingue par une teneur en composé chimique dominant différenciant de l’espèce de base.
Les thyms notamment sont classés en chémotypes.
▶ Thymol ou carvacrol : thyms forts piquants utilisés en aromates.
▶ Thyms linalol, thyms doux, ou Thujanols très doux plus utilisés en aromathérapie.
Le choix du chémotype est incontournable en production pour l’huile essentielle surtout. C’est un critère de contractualisation et de prix de vente.
ITINERAIRE TECHNIQUE – THYM & LAVANDE BIO
01 – La plantation
Idéalement elle se fait après un engrais vert, une prairie, une céréale, voir des cultures légumières. La vigne, les fruitiers et les défriches ligneuses augmentent le risque de pourridié. Le niveau de préparation est comparable à une culture maraichère, les plants en mini-mottes étant mis en place à l’aide d’une planteuse. L’usage de paillage même biodégradable n’est pas conseillé car il laisse des résidus dans les récoltes.
Le choix de la variété et du chémotype est déterminant vis-à-vis de l’objectif commercial. Pour la lavande on achètera des plants sains certifiés indemne de dépérissement. Il vaut mieux différer une plantation que de planter un plant qui n’a pas les garanties attendues! Les densités varient de 18000 plants/ha (thyms, sarriette, origan) à 10000-12000 plants/ ha (romarins et lavandes) et le prix du plant de 0,1 à 0,3€ selon qu’il provienne de semis ou de bouture. Avec les frais la plantation revient entre 3 400 à 5 900€/ha.
En l’absence de problèmes phytosanitaires majeurs, le travail principal est le désherbage mécanique des cultures. C’est un point crucial les PPAM étant d’autant moins compétitives vis-à-vis des mauvaises herbes qu’elles sont basses, le désherbage doit être très suivi. Le temps de désherbage peut passer de 20 h/ha à plus de 200 heures dégradant dans ce cas la marge brute si celui-ci n’est pas rigoureux.
Le premier passage a lieu quelques semaines après plantation avec une herse étrille en plein. Les suivants à rythmes réguliers avec des bineuses.
▸ La bineuse de type “à doigts Kress” est un outil adapté à presque tous les types sols selon la dureté du plastique qui constitue les doigts. Elle est souvent couplée avec différents socs.
▸ Les ailes de type “bathelier” fonctionnent comme une simple lame bineuse pouvant être aisément auto construite.
03 – La récolte
Pour les lavandes et lavandins, la récolte se fait de début juillet à mi-août. Plusieurs techniques sont disponibles, neuves, d’occasion ou en prestation.
« Technique traditionnelle » Avec une coupeuse à section (marques : Ponzo, Clier, Ray) ou à disque (Jeulin, Bonino), doublé d’un lieur ou d’un tapis et d’une caisse. Les hampes florales doivent être préfanées en gerbes pour le cas du lieur ou en bord de champs les tapis-caisses. Compter au moins 4000€ d’occasion. Ces deux techniques permettent d’obtenir une huile essentielle type «traditionnelle » de qualité supérieure pour la mise en marché en AB.
« Vert broyé » C’est une technique d’ensilage. Les hampes florales sont coupées puis broyées et envoyées dans un caisson qui servira à la distillation. (Compter au moins 10000 € d’occasion.) Cela offre un gain de temps de récolte mais peut poser des problèmes de qualité des huiles essentielles comme le noircissement de la récolte ou l’hydrolyse et consomme plus d’eau et d’énergie. Pour les plantes sèches ont utilise comme base une coupeuse auto-chargeuse à fourrage. Ce matériel existe d’occasion mais doit être modifié pour les PPAM.
Après récolte il s’agit de réaliser une première transformation en fonction des débouchés.
Séchage-battage pour le marché de l’herboristerie et des aromates, les plantes doivent êtres séchés puis battues. Le séchage doit avoir lieu maximum 2 heures après récolte. Un séchoir fixe ventilé ou à dessiccateur peut être utilisé (environ 20m2 minimum par ha à sécher, et 2000€ à 10 000€ / ha selon le niveau d’auto-construction). Les bennes à céréales ventilées (en location ou en achat) sont utilisables mais attention au nettoyage pour éviter les résidus de gluten, qui peuvent faire refuser du lot. Il faut ensuite séparer les feuilles des tiges par battage. Cette opération peut être réalisée par une moissonneuse batteuse en poste fixe (3000 € d’occasion). D’autres méthodes de séchage et des prestations de services se développent ponctuellement sur les territoires.
Distillation destinée au marché des huiles essentielles et hydrolats les plantes sont distillées. Il faut compter 40 000€ pour un alambic à poste fixe basse pression (alambics du centre, alambic sofac) et plus pour une unité de distillation mobile (UD9-Crouzier, Distillerie Bel Air). Le matériel d’occasion est rare et pas toujours de qualité. Un alambic mal conçu ou mal piloté fournira des huiles essentielles de mauvaise qualité et/ ou aura un mauvais rendement. Il faut choisir une énergie facile à doser (fioul, gaz ou bois déchiqueté), plutôt que le bois buche. Il est obligatoire d’utiliser l’eau du réseau pour distiller.
BON A SAVOIR
Une aide aux plantations !
Depuis 2012, à l’incitative de départements puis étendue à la région Occitanie cette aide permet de financer jusqu’à 40% HT du prix des plants (cultures pérennes), de la préparation du sol et de la plantation. Les conditions: commercialiser à des entreprises ou en commun via des circuits courts et être sous signe de qualité, bio inclue. L’Occitanie est la seule région française a ainsi soutenir la production des PPAM.
▶ https://www.laregion.fr/Dispositif-d-aide-a-la-plantation-de-Plantes-a-Parfum
TEMOIGNAGES – ACTEURS DE LA FILIERE PPAM
DISTILLERIE BEL AIR à St-Just-et-Vacquières (30)
“Les enjeux économiques de la distillation liée à plusieurs facteurs”
La gestion de trésorerie: Lorsque l’on se lance en PPAM il est tentant d’acquérir un alambic pour faire sa distillation. Pour le plaisir, pourquoi pas ? Cependant, pour la pérennité d’une exploitation, il vaut mieux envisager cet investissement après 6 ans minimum, lorsque les plantes sont en phase de croisière et que la technique est maitrisée et les débouchés sécurisés. Pendant cette période, le recours à la prestation de service est une solution efficace : vous ne payez que le temps de distillation. Par exemple, un vase de distillation de lavandin de 2,2m3 vous revient à 120€ HT et vous permet d’obtenir minimum 15 kg d’huiles essentielles, ensuite soit vous repartez avec vos huiles essentielles, soit, la distillerie les achète.
Le rendement de distillation: La distillerie Bel Air dispose d’une unité de distillation fixe double vase de 2 x 2 200 litres et d’une unité de distillation mobile de 2 x 900 litres en remorque sur véhicule léger pour les plantes fragiles ou les premières années de productions. Ces outils de grande qualité sont optimisés pour offrir la meilleure production d’huiles essentielles par quantité de plantes utilisées. Là-dessus vient se rajouter la maitrise du protocole de distillation pour chaque plante. Cela permet d’assurer des lots d’huiles essentielles de taille suffisante et de qualité homogène. Lors du choix d’un alambic il sera donc important de choisir un produit de qualité quelque-soit le volume des vases, sans quoi les rendements d’extraction risquent d’être décevants. Pour maitriser sa culture et son outil rien de tel que de suivre une formation.
Les contrats de production: En fonction de la qualité de la production et notamment du désherbage des cultures, de la maitrise de la date de récolte et de l’absence de contaminant il est peut-être envisagé de mettre en place un contrat de production d’une durée de 5 ans. À titre d’exemple, l’huile essentielle de lavandin grosso bio était achetée à 27€/kg en août 2018. Cela permet de se projeter.
Contact : contact@belair.bio – https://belair.bio/
Gérante SICA BIOTOPE DES MONTAGNES à Soudourgues (30)
Véronique, installée depuis 5 ans, cultive 10 espèces différentes (Verveine, menthe poivrée, mélisse, etc.) sur 2000 m2 de terrasses et cueille 7 espèces (thym, romarin, ortie, cynorhodon, etc.).
Je livre l’ensemble de ma production à la SICA Biotope, constituée il y a plus de 30 ans et qui regroupe 12 producteurs et cueilleurs installés en zone de montagne. Chacun produit selon une planification établie en fonction des ventes de l’année précédente. La coopérative écoule environ 1 tonne de plantes sèches par an, vendues sans intermédiaires aux magasins Bio spécialisés (Biocoop 30%, la Vie claire, So Bio, etc.), ce qui permet de garantir une bonne valorisation des produits.
Contact : http://www.biotopedesmontagnes.fr/
Président SOCIETE ARCADIE à Méjannes Les Alès (30)
Depuis 30 ans, la société Arcadie propose une gamme de plantes exclusivement issues de l’agriculture biologique, sous les marques Cook et Herbier de France.
75 % des tisanes, épices et aromates produites sont vendues directement à des les magasins bio comme Biocoop, Satoriz, et l’Eau vive. 25 % des produits sont vendus en vrac à des transformateurs et artisans. Depuis 2006, Arcadie cherche à relocaliser un maximum les plantes pouvant être produites en France (thym, origan, romarin, sarriette, marjolaine, basilic…). Face aux difficultés rencontrées avec les produits d’importation souvent contaminés avec des pesticides, Arcadie s’est investie pour relancer et dynamiser la production de plantes aromatiques bio en Languedoc Roussillon puis en région Occitanie. Aujourd’hui, cette filière a gagné sa reconnaissance en tant que secteur de production à part entière assorti d’aides spécifiques.
Pour atteindre ses objectifs, l’entreprise s’est engagée à porter le programme «Herbo Bio Méditerranée », avec l’aide financière de l’Agence bio, visant à développer les filières de plantes aromatiques et médicinales en régions PACA et Occitanie en collaboration avec les organismes agricoles (Chambre d’Agriculture Occitanie, CIVAM Bio Gard, Agribio 04 …). Ce programme permet notamment la réalisation de journées techniques chez les producteurs avec l’intervention de conseillers spécialisés. L’objectif à terme est d’atteindre l’intégralité de approvisionnement en plantes de garrigues provenant de France.
En 2011, l’association de producteurs BGM (Bio Garrigues Méditerranée), est fondée pour accompagner la structuration de cette filière. Cette association regroupe des producteurs des régions Occitanie et PACA qui cultivent des plantes de garrigues en agriculture biologique. Arcadie a signé avec elle un contrat de partenariat équitable (Biopartenaire®) pour son approvisionnement en plantes de garrigues, avec notamment des prix garantis et un engagement d’achat pluriannuel. Au niveau de chaque producteur, un contrat à la parcelle est ensuite signé pour 5 ans qui engage Arcadie à prendre l’intégralité de la récolte de cette parcelle.
Contact : http://www.arcadie.fr/
Lise CARBONNE
Présidente DISTILLERIE COOPERATIVE à Murviel-Lès-Béziers (34)
La coopérative produit historiquement de l’alcool vinique. Nous avons lancé le secteur PPAM en 2009 en parallèle pour
pallier à la réduction de ces activités. Nos terres sont pauvres et pas irrigables. Il y a aussi des problèmes de pollution des captages d’eau. Le choix de développer une activité de PPAM en Bio, pour la production d’huiles essentielles, s’est donc imposé. De 2010 à 2014 nous avons réalisé plusieurs investissements (alambic et planteuse), puis une CUMA s’est constituée (herse étrille et récolteuse) afin d’apporter des services aux adhérents. La première distillation remonte à 2013.
Aujourd’hui, 7 coopérateurs produisent, différentes chémotypes des thyms, sur 20 ha. Le thym est une culture compatible avec le calendrier de travail de la vigne. Le décalage entre la période de récolte des thyms et les traitements des vignes est aussi un atout car, malheureusement, il pourrait y avoir des dérives de traitements chimiques qui contamineraient nos cultures. De plus, notre production étant encore faible, et le marché des huiles essentielles étroit pour ces volumes, les thyms, trouvent plus facilement preneurs. Nous travaillons avec de entreprises régionales dont la société SIRIUS Bio (Tarn) et un peu avec la Suisse. Notre projet est de dépasser les 50 ha de cultures de thyms autours de Murviels. Nous allons aussi développer du lavandin mais sur d’autres territoires, les problèmes de maladie du bois noir, présent dans notre vignoble, présentant un risque avec ces cultures. Les nouveaux producteurs doivent savoir qu’une diversification en PPAM n’augmentera pas forcément leurs revenus. Elle permet d’être plus stable en cas de coup dur sur le reste. Enfin il faut qu’ils aient une expérience en gestion mécanique du désherbage. La coopérative propose également de la distillation à façon mais sur des volumes significatifs, notre alambic de 5000 litres, ayant un coût de fonctionnement trop élevé pour des faibles quantités de plantes.
Notre région est adaptée à cette production. Il nous manque encore du savoir-faire mais les PPAM constituent une importante filière de diversification à terme. La consommation des huiles essentielles a le vent en poupe et d’autres usages s’ouvrent comme le bio-contrôle.
Contact : distillerie.murviel@orange.fr
Président BIO GUARRIGUES MEDITERANEE à Nîmes (30)
Vincent Champenois s’est installé en DJA en PPAM en 2012. Il exploite 9 ha de PPAM en zone de plaine (SAU 13 ha) et ne commercialise qu’à des intermédiaires. Sa production est diversifiée, autour de 6 espèces principales axées sur les plantes sèches. Ses principaux clients sont ARCADIE (40% CA) et l’Herbier du Diois (40% CA) plus 3 autres entreprises.
Bio Garrigues Méditerranée (BGM) compte 15 adhérents principalement sur le Gard mais aussi l’Hérault, le Tarn et la région PACA. Nous produisons sur 60 ha des plantes qui sont à 90% destinées à l’herboristerie avec les thyms comme production phare. L’association sert d’intermédiaire entre producteurs et la société ARCADIE, partenaire privilégié mais pas exclusif, pour la mise en place des cultures et pour les négociations autours du contrat Bio Partenaire. BGM a également un rôle majeur de partage d’expériences, de mise ne commun et d’entraide entre les adhérents. Les producteurs les plus anciens ont un rôle de « parrain ». Nous organisons aussi des rencontres bords de champs chez chacun d’entre nous avec un appui extérieur en renfort technique afin de progresser ensemble. Il est important de partager nos réussites et nos échecs car en PPAM il existe encore peu de références accessibles. On apprend tout le temps, même quand comme moi on vient d’une famille de
producteurs de PPAM, car le climat est changeant d’un secteur à l’autre.
Sur les coûts de production nous avons beaucoup à mettre en commun car il est difficile de mesurer tous les coûts périphériques, comme le temps de maintenance des matériels nécessaires à notre activité (récolteuse, séchoir, nettoyeur etc.). Les aléas climatiques induisent
aussi des variations de rendements. En moyenne 1 ha donnera 300 kg de feuilles sèches pour un thym linalol et 600 kg pour un thym type thymol avec un prix très différent de l’un à l’autre. Nous avons donc besoin de cette connaissance pour ajuster nos prix de vente. L’association BGM va continuer à être un lieu d’échanges, de proximité, et de progrès social mais n’a pas vocation à devenir un groupement économique en soi.
Contact : biogarmed@gmail.com
Par Pierre BOCCON-GIBOD de CIVAM BIO GARD et Gérard DELEUSE de la PPAM REGIONAL
Crédit photo : Interbio Occitanie
L'utilisation du cuivre en viticulture biologique - Résultats de l'enquête 2018 menée en Occitanie
En viticulture biologique, le cuivre est aujourd’hui la seule substance homologuée dans la lutte contre le mildiou. Son utilisation est limitée à 6kg/ha/an avec un lissage possible sur 5 ans. La période d’approbation du cuivre arrive à son terme fin 2018 et les conditions de sa ré-homologation ne sont pas encore validées.
C’est pourquoi, les Chambres d’agriculture d’Occitanie et SudVinBio ont lancé une en- quête en ligne sur l’utilisation du cuivre en viticulture biologique sur les millésimes 2017 et 2018 dont voici les principaux résultats.
Une enquête représentative des viticulteurs bio d’Occitanie
L’ensemble de la région Occitanie a été mobilisée pour répondre à cette enquête, ainsi 139 viticulteurs se sont exprimés sur la problématique du cuivre en viticulture biologique. Ces derniers proviennent de différents départements viticoles avec en tête l’Hérault (36%), l’Aude (20%) et le Gard (20%). Non loin derrière, se trouvent le Tarn (10%), les Pyrénées Orientales (9%), le Tarn-et-Garonne (3%) et l’Aveyron (2%). La Surface Agricole Utile (SAU) des exploitations ayant répondu à l’enquête varie de 1 à 170 hectares (ha) et la SAU moyenne est de 25 ha. En effet, 11% des exploitations ont une SAU inférieure à 5 ha, 65% ont une SAU comprise entre 5 et 30 ha et enfin 24% ont une SAU supérieure à 30ha.
L’année de conversion des exploitations varie également. En effet, alors que 20% des exploitations sont encore en phase de conversion vers l’agriculture biologique, 51% se sont engagées durant le pic de conversion entre les années 2008 et 2012 et 21% sont certifiées AB depuis plus de 10 ans.
▷ Une quantité de cuivre métal utilisée en 2018 nettement supérieure à 2017
En 2018, parmi les exploitations ayant répondu à l’enquête, 50% déclarent avoir utilisé plus de 4 kg/ha de cuivre métal et 16% ont dépassé les 6kg/ha. En comparaison en 2017, 12% de ces mêmes exploitations avaient utilisé une quantité de cuivre supérieure à 4 kg/ha et seulement 2% avait dépassé les 6kg/ha.
Fig. 1 : Quantité moyenne de cuivre métal utilisé durant le millésime 2018.
▷ Une très forte pression mildiou qui a rendu difficile le millésime 2018
Les pertes de récoltes liées au mildiou ont particulièrement marqué le millésime 2018. En effet, 17% des exploitations estiment une perte moyenne de récolte supérieure à 50%. À contrario 44% déclarent cette perte comme inférieure à 20%. Concernant la perte de récolte moyenne liée au mildiou en 2018 en Occitanie, elle est estimée à 25%.
Pour comparaison, en 2017, seulement 2% des exploitations ont subi une perte de récolte supérieure à 50% et 96% des exploitations déclarent une perte inférieure à 20%. Quant à la perte de récolte moyenne liée au mildiou en Occitanie, elle était inférieure à 4%.
Fig. 2 : Pertes de récolte moyennes (PMR) pour les millésimes 2017 et 2018. Part des exploitations en fonction des PMR 2017 et 2018.
▷ Un positionnement tranché des viticulteurs sur la ré-homologation du cuivre
À la question «Est-ce qu’une conduite des vignes sans cuivre vous semble réalisable?», 94% des viticulteurs répondent que cette solution n’est pas envisageable et compatible avec la conduite de la vigne en AB. De même, 55% des viticulteurs estiment qu’une conduite avec une dose maximale fixée à 4kg/ha/an sans lissage n’est pas envisageable. Ainsi, avec une diminution de la dose cuivre métal annuelle autorisée à 4kg/ha fixe, plus de 50% des viticulteurs se sentiraient contraints d’arrêter l’agriculture biologique.
Fig. 3 : Part des agriculteurs interrogés qui considèrent envisageable la conduite sans cuivre (fig. de gauche) et avec une dose maximale de 4kg/ha/an non lissable (fig. de droite).
▷ Une nette préférence des viticulteurs bio pour le maintien du lissage
Alors que seulement 17% des viticulteurs optent pour le maintien à 6kg/ha/an sans lissage, 45% des viticulteurs considèrent comme envisageable un passage à 4kg/ha/an avec maintien de la possibilité de lissage. Ce dernier point semble donc primordial pour une majorité de viticulteurs.
Fig. 4 : Solutions dites «envisageables» par les viticulteurs.
▷ Qu’espérer de l’avenir ?
Alors que la filière viticole bio française rencontre des difficultés pour répondre à la demande en vin bio toujours croissante et qu’il n’existe aucune alternative au cuivre dans la lutte contre le mildiou, nous espérons du nouveau Ministre de l’Agriculture une oreille attentive sur cet enjeu très important pour l’avenir de la filière viticole bio française…
Par Emma CARROT de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault et Marie LARGEAUD de la Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie.
Crédit photo : Interbio Occitanie
Comment améliorer la gestion des risques en verger BIO
Le maintien d’un équilibre dans un verger bio, entre la pression exercée par les nuisibles et les maladies, et la qualité des produits, est l’équation à laquelle les arboriculteurs sont confrontés. Des recherches sont menées pour aider les arboriculteurs à anticiper et mettre en place des techniques limitant les risques, pour maintenir un agrosystème performant. Deux thèmes à forts enjeux sont particulièrement étudiés et à ne pas sous-estimer dans la réflexion d’une reconversion ou d’une installation en arboriculture fruitière : la gestion du rang de plantation et la réduction et/ou la recherche d’alternatives au cuivre, dans un contexte d’évolution réglementaire de son usage.
Quelles alternatives au cuivre ?
Le cuivre est la matière active symbolique de l’agriculture biologique depuis ses débuts. Ses propriétés sont connues depuis plus de 100 ans. La bouillie bordelaise, à base de sulfate de cuivre et de chaux, est toujours utilisée contre le Mildiou de la vigne et d’autres maladies. L’évolution réglementaire européenne remet pourtant en cause, à plus ou moins court terme, son utilisation. Le cahier des charges de l’AB offre de nombreuses alternatives. Mais peuvent-elles réellement le remplacer ?
Depuis le 1er janvier 2006, le cahier des charges en Agriculture Biologique autorise une quantité totale de cuivre métal maximale de 6 kg par hectare et par an, moyenne lissée sur 5 ans. Quelle que soit la formulation, la matière active est l’ion cuivreux Cu++ libéré dans l’eau. Le mode d’action est multi-sites: inhibition de la germination des spores, blocage des processus respiratoires, diminution de l’activité membranaire. Le cuivre possède une activité fongicide et, tout aussi indispensable, une activité antimicrobienne inégalée sur un grand nombre de bactéries. C’est un préventif pur, les traitements sont à réaliser avant contamination, que ce soit pour les maladies cryptogamiques ou bactériennes. Il n’a aucune action curative une fois que la maladie a pénétré dans la plante. C’est un contact : renouvellement en fonction du lessivage et de la croissance de la plante. Le cuivre étant un minéral, tant qu’il n’est pas lessivé, il n’est pas détruit par la lumière, ni volatilisé par des températures élevées.
ll y a 4 formes chimiques de cuivre utilisables dans le cahier des charges européen AB : Sulfate de cuivre (Bouillie Bordelaise) et sulfate de cuivre tribasique, Hydroxyde de cuivre, Oxychlorure de cuivre et Oxyde de cuivre.
La Bouillie Bordelaise est la plus ancienne. C’est la plus connue des quatre. Elle contient de la chaux éteinte qui est un inconvénient pour les feuilles des arbres fruitiers, mais pas sur la vigne. C’est la forme qui va libérer le plus lentement les ions cuivreux.
POINT SUR – L’évolution réglementaire du cuivre
Les produits à base de cuivre ont connu de très grands progrès. Grâce à de meilleures formulations et tout en conservant la même efficacité, ces produits sont homologués à des doses de plus en plus réduites (voir tableau 1). Pourtant, dans le cadre de la réévaluation des matières actives, ils pourraient pourtant disparaitre, ce qui aurait de très graves conséquences pour les plantes pérennes en agriculture biologique. Il y a plusieurs raisons à cela. Le cuivre est un métal lourd qui s’accumule dans le sol. Il n’est pas biodégradable. Or toutes les substances actives qui seront réhomologuées en Europe doivent être 100 % biodégradables. En s’accumulant, le cuivre peut devenir toxique pour la micro et la macrofaune et flore du sol (vers de terre, champignons et bactéries). Il est toxique en milieu aquatique et il est classé substance indésirable à la consommation humaine et dans les eaux souterraines. De plus, il existe un risque utilisateur lié aux pénétrations cutanées lors de l’utilisation de cuivre très dilué (cas de la majorité des applications en bio). Enfin une étude est en cours sur la toxicité vis à vis des oiseaux.
Pour toutes ces raisons, le cuivre a été classé par l’EFSA dans la liste des substances actives soumises à substitution. Ce qui signifie que, dès que des solutions couvriront les usages actuels, il sera supprimé de la liste positive des matières actives utilisables en Europe.
En cours depuis 2015, le processus de réévaluation a été confié aux experts de deux agences sanitaires européennes, l’Anses pour la France et l’UBA en Allemagne. Il a finalement donné lieu à une synthèse, publiée le 16 janvier 2018. L’approbation des composés à base de cuivre ayant expiré le 31 janvier 2018, la Commission a prolongé son usage d’un an, en raison du retard pris par l’expertise européenne. Une proposition a été remise aux Etats- membres en juin 2018. Le vote pour le renouvellement du cuivre, initialement prévu le 23 et 24 octobre 2018, a été reporté à une date ultérieure. La proposition de la commission européenne d’avoir une limite de 28 kg/ha sur 7 ans, avec lissage (possibilité de dépasser le seuil de 4 kg/ha/an) a été jugée trop laxiste par plusieurs états membres qui forment une minorité de blocage. La commission est amenée à revoir sa copie pour un vote en décembre. Elle pourrait proposer de ré-homologuer le cuivre pour une durée maximale de 5 ans à la dose de 4 kg/ha/an non lissé, comme c’était prévu initialement en juin.
Les alternatives d’origine végétale ou animale
Cette limitation à 4 kg/ha/an est déjà celle qui est en cours en France pour la ré-homologation des produits commerciaux à base de cuivre. Face à cette évolution, réglementaire, quelles sont les solutions offertes par le cahier des charges ? Toutes les substances utilisables en agriculture biologique pour la protection des plantes sont listées dans l’annexe II du règlement européen (CE) n°889/2008.
Ce règlement comprend trois listes: substances d’origine animale ou végétale, micro-organismes ou substances produites par des micro organismes et substances autres que celles mentionnées au point 1 et 2 où on retrouve une majorité de substances d’origine minérale. Toutes ces substances n’ont pas une activité fongicide ou bactéricide. Dans la première liste trois catégories de matières actives sont des candidats à la substitution du cuivre. Il s’agit des substances de base, de la Laminarine et des huiles végétales. Intéressons-nous à la première catégorie, les substances de base. Grâce à une nouvelle procédure d’approbation européenne, certains produits non-phytopharmaceutiques peuvent être utilisés à des fins phytosanitaires. Ces « substances de base » figurent sur une liste positive reprenant leurs dosages et leurs applications spécifiques. L’ITAB est très actif dans ce processus et a déjà réussi à faire inscrire 15 substances de base au niveau européen. La plupart sont utilisables en AB ou en cours de demande d’inscription à l’annexe II du règlement (CE) n°889/2008 Les usages accordés couvrant ceux du cuivre, ces inscriptions pourraient conduire la commission européenne à considérer qu’il existe des solutions de substitution et à retirer définitivement son homologation au cuivre.
L’ITAB a conduit de nombreux projets CASDAR ou européens sur l’évaluation de ces substances. Les conclusions des différents essais qui ont été réalisés sur les substances de base d’origine végétale en arboriculture ou viticulture sont toutes concordantes. Pour chacun des végétaux étudiés on trouve in vitro des efficacités prouvées sur les différents pathogènes étudiés et qui sont reprises dans le tableau 2 ci dessous. Par contre, au champ, on ne retrouve pas forcément cette efficacité. En cas de pression, forte ou faible, il n’y a pas de différence significative entre les modalités traitées uniquement avec une substance de base et le témoin. Cela a conduit à expérimenter ces substances associées à des doses réduites de cuivre. Dans ce cas on trouve des efficacités de la dose réduite améliorées entre 0% et 20% grâce à l’ajout d’une des substances de base actuellement autorisées. De nouvelles substances de base d’origine végétales, riches en tanins, sont en cours de demande d’inscription. Ces décoctions d’écorces ou de pépins de raisins montrent un niveau d’efficacité, sur différentes maladies, supérieur à celles actuellement autorisées. […]
Tab.2 : Les substances de base d’origine végétales utilisables en arboriculture et en viticulture. Source : Fiches substances de base ITAB.
D’autres substances de base d’origine animale revendiquent aussi des usages fongicide et/ ou bactéricide. Il s’agit du chlorhydrate de chitosan et du petit lait.
Le petit lait est utilisé depuis très longtemps avec succès par les viticulteurs en biodynamie pour lutte contre l’oïdium. Des essais récents au Canada et en France montrent aussi l’intérêt du petit lait associé à des doses très réduites de cuivre pour lutter contre la tavelure.
La laminarine est un éliciteur, comme le chitosan, avec des effets de stimulation des défenses de la plante sur certaines maladies cryptogamiques et bactériennes.
Ces deux substances présentent une efficacité intermédiaire entre le témoin et la modalité cuivre sur des pressions faibles des maladies dans les témoins. Quand la pression est forte on ne retrouve pas de différence significative par rapport aux témoins non traités.
Les huiles végétales, et en particulier les huiles essentielles, sont des biocides beaucoup plus efficaces que les autres substances d’origine végétale ou animale. In vitro certaines huiles essentielles ont même des efficacités supérieures au cuivre à dose réduite (voir fig. 2).
Fig. 2 : Concentrations Inhibitrices à 50% (CI50 ) pour les 7 HE, le CuSO4 , le Soufre et le metconazole, comparativement sur les 2 souches de tavelure (sensible ou résistante aux IBS). Source : Projet Casdar ITAB.
Malheureusement ces efficacités ne se retrouvent pas, là non plus, dans les essais plein champ. À cela plusieurs raisons. Pour une même plante il existe plusieurs chemotypes différents, et donc plusieurs compositions possibles en terpènes. Or l’efficacité, sur une maladie donnée, dépend du terpène spécifique caractéristique de l’espèce végétale dont il est extrait. Ensuite ces terpènes sont extrêmement volatils. Cela nécessite un positionnement agronomique qui n’est pas compatible avec les protocoles des essais BPE utilisés pour l’expérimentation en plein champ des produits de protection des plantes. Il faut aussi mettre en émulsion ces huiles essentielles, et le choix des adjuvants est fondamental pour garantir une bonne pulvérisation. Enfin si l’efficacité sur les maladies n’a pu être retrouvée, des effets non intentionnels sur la faune auxiliaire ont été observés. Certains terpènes sont très toxiques sur hyménoptère. C’est en partie pour cette raison que l’inscription, comme substance de base, des huiles essentielles d’Origan et de Sarriette, qui possèdent une bonne efficacité tavelure in vitro, a été refusée par les experts de la commission européenne.
Pour toutes ces substances d’origine animale ou végétale, on ne peut pas parler de substitution.
Aucune ne présente le même niveau d’efficacité en plein champ que le cuivre, même lorsque celui-ci est employé à faible dose. Par contre, elles ont toutes un intérêt pour améliorer l’efficacité de ces doses réduites en cuivre.
Les alternatives issues des micro-organismes
Dans cette catégorie, on va retrouver une liste de champignons ou de bactéries du sol qui, naturellement, régulent les maladies cryptogamiques ou bactériennes dans le sol. En pulvérisation, ces micro-organismes apportent un niveau d’efficacité intéressant sur des pressions faibles. Ce niveau est par contre insuffisant dès que la pression est forte. Ils agissent par plusieurs procédés: compétition spatiale, alimentaire, effet SDP, biocide. Ils ont un spectre d’action sur maladies cryptogamiques et bactériennes proche de celui du cuivre, sans en avoir la même efficacité.
Étant des organismes vivants, ils ne sont pas compatibles avec l’utilisation du cuivre et ne permettent donc pas de baisser les doses de cuivre. Ils ont tout leur intérêt avant récolte, quand les délais d’utilisation ne permettent plus d’utiliser le cuivre.
En cas de disparition du cuivre c’est la famille la plus intéressante sur maladies bactériennes actuellement.
Tab. 3 : Les micro-organismes utilisables en fruits à pépins en agriculture biologique. Source : Projet Casdar ITAB.
Autres substances du cahier des charges
Dans cette catégorie, on retrouve des matières actives qui ne sont ni d’origine animale ou végétale, ni issue de micro-organismes. Souvent il s’agit de substances d’origine minérale, utilisées sous leur forme naturelle ou après une réaction chimique simple. On retrouve ici le cuivre qui est traditionnellement utilisé en agriculture biologique. Dans les années 1920, les viticulteurs et arboriculteurs réalisaient eux-mêmes leur bouillie bordelaise à l’exploitation, en achetant les matières premières chez le droguiste. Depuis l’adoption du cahier des charges européen en 1991, cette liste s’est étoffée. En particulier on va y retrouver des substances de base d’origine minérale qui sont utilisables en AB ou en cours d’inscription à l’annexe II.
S’agissant de matière d’origine minérale, elles sont beaucoup moins photodégradables que les matières actives d’origine animale ou végétale. Leur efficacité est souvent bonne si elles sont bien positionnées. Là aussi leur mode d’action est complémentaire de l’action du cuivre sur des maladies spécifiques, sans en avoir la polyvalence. Par exemple le bicarbonate de sodium possède une activité comparable au bicarbonate de potassium, autre substance utilisable en AB sur tavelure. Par contre la présence de sodium entraîne des phytotoxicités sur le feuillage lorsque celui-ci s’accumule.
On retrouve aussi dans cette liste le soufre, autre matière active symbolique de la bio. En raison des effets négatifs du cuivre (blocage du développement du végétal, nécrose sur jeunes pousses non aoutées, russeting en fruits à pépins) il a été testé de remplacer tous les traitements cuivre par du soufre en arboriculture. La sanction est en général rapide. On assiste à une prolifération des maladies bactériennes en arboriculture. Bien sûr en viticulture le soufre ne peut remplacer le cuivre sur mildiou.
Enfin, véritable couteau suisse de l’agriculture biologique, le polysulfure de calcium – ou bouillie nantaise – combine les avantages du soufre et des substances actives à base de bicarbonate. Après dix ans d’attente, son AMM en arboriculture fruitière est imminente. Par contre, comme le soufre ou les bicarbonates, il est inefficace sur les bactéries et ne peut donc remplacer le cuivre.
Tab. 4 : Les substances de base d’origine minérales utilisables en arboriculture et en viticulture. Source : Fiches substances de base ITAB.
Les solutions alternatives sont donc nombreuses
L’agriculture biologique repose sur une approche globale. Il est possible de favoriser la création de vignoble ou de verger où elles trouveront leur place en combinant choix de matériel résistant ou tolérant, choix de nouveaux systèmes de conduite, respect de la biodiversité et de la vie du sol. Le renouvellement complet du verger prend au minimum 20 ans, en viticulture ce délai est encore plus long. Les systèmes actuels ont été conçus avec l’utilisation du cuivre. Sa suppression entrainerait de nombreuses déconversions. Les solutions alternatives actuelles, en les combinant avec le cuivre, permettent de baisser les doses de ce dernier, mais pas de le substituer.
ENTRETIEN DU RANG DE PLANTATION EN JEUNE VERGER – UN CHOIX DELICAT
En jeune verger l’entretien mécanique du rang semble s’imposer, mais d’autres techniques sont envisageables. Le but final étant que la méthode mise en œuvre ne pénalise pas la croissance du verger et satisfasse les attentes du producteur.
En 2012, un verger Bio a été implanté au Cefel avec deux variétés résistantes à la tavelure (Opal et Dalinette) pour tenter de répondre à différentes problématiques inhérentes au verger Bio, dont l’entretien du rang. Différentes méthodes de gestion de l’enherbement sous le rang de plantation ont été comparées dès la plantation du verger afin de déterminer les points forts et les points faibles de chacune d’entre elles.
▸L’enherbement total risque campagnols
Pour l’enherbement total, notre choix s’est porté sur du trèfle blanc nain afin de couvrir rapidement le sol sans laisser la place aux adventices. Le point positif de cette méthode est le faible entretien qu’elle demande (un fauchage par an). Il faut cependant, si le semis se fait par temps sec, être en capacité d’irriguer pour s’assurer de la bonne levée du couvert végétal. Il y a toutefois des contraintes, comme la concurrence en eau ou encore la pérennité du trèfle. Il faut également souligner l’appétence du trèfle lorsqu’on a une problématique campagnol à gérer, qui rend cette méthode risquée notamment en jeune verger.
▸La bâche agro-textile efficace mais onéreuse et pas facile à entretenir
La bâche testée au Cefel, qui couvre 40cm de part et d’autre du rang de plantation, permet à l’eau et aux engrais de pénètre dans le sol. Son comportement a été jugé satisfaisant l’année de plantation puisqu’aucun entretien n’est nécessaire une fois le dispositif mis en place. Deux points sont à prendre en compte malgré tout, le risque campagnol pas toujours visible et aussi la gestion difficile de la limite entre la bâche et l’inter-rang.
▸La méthode sandwich efficacité et travail du sol facilité
La méthode sandwich expérimentée au Cefel se compose de trèfle blanc nain sur 20cm sous le rang et 30 à 40cm de sol travaillé de part et d’autre de la bande de trèfle. Plusieurs points positifs peuvent être attribués à cette technique, comme le risque faible à nul de casser des arbres, le travail du sol grandement facilité, et le fait de perturber les campagnols si la pression reste faible à modérée. Il faut cependant penser à la gestion de la bande enherbée sous le rang, notamment lorsque le trèfle aura disparu aux profits d’une flore parfois difficile à gérer, comme du liseron ou du lierre qui peuvent avoir tendance à coloniser la canopée.
▸Le travail du sol un bon résultat mais qui nécessite de nombreux passages en jeune verger
Dans cette expérimentation, l’entretien mécanique du rang de plantation est composé de trois actions: disque à l’automne (porte-outils Arbocep) pour ramener de la terre sur le rang et ameublir le sol, fraise rotative en sortie d’hiver (porte-outils Arbocep) puis brosse (Naturagriff) en saison. Au total, en jeune verger le nombre de passages par an varie entre 5 et 10 pour limiter au maximum la présence d’adventices.
Il faut ajouter à ce nombre important de passage des vitesses d’avancement faibles (2 à 3km/h), ce qui explique en grande partie la faible utilisation de ce genre de pratique en dehors de l’agriculture biologique.
Par contre, l’avantage de l’entretien mécanique est la limitation de la concurrence en eau et en éléments minéraux, ainsi qu’une gestion régulière des adventices durant toute la vie du verger, ou encore la perturbation des campagnols.
Il ne ressort pas forcément de bonne ou mauvaise technique.
Chaque méthode de gestion du rang de plantation a des points positifs et négatifs, et le choix est déterminé par de multiples facteurs, comme la présence de campagnols, l’accès à l’eau, la main d’œuvre disponible… Le but final étant que la méthode mise en œuvre ne pénalise pas la croissance du verger et satisfasse les attentes du producteur.
BICARBONATE DE POTASSIUM OU INFRADOSE DE CUIVRE POUR GÉRER AU MIEUX LES MALADIES D’ÉTÉ
▸ Le bicarbonate de potassium approche les 100% d’efficacité. Dans les vergers conventionnels, les traitements pour lutter contre la tavelure et les maladies de conservation permettent, dans la plupart des cas, de réguler la suie et les crottes de mouche. Le problème se pose plus régulièrement en agriculture biologique et notamment sur les variétés résistantes à la tavelure sur lesquelles l’utilisation de fongicides est moins fréquente.
▸ Retour sur les expérimentations menées au CEFEL. En 2015, la stratégie débutant en juin en renouvelant les traitements tous les 50mm de pluie cumulés avait donné de bons résultats, notamment avec les produits à base de bicarbonate de potassium (Vitisan et Armicarb). Pour autant, en 2016, avec un été moins pluvieux et en suivant le même protocole les résultats ont été plus décevant. Dans nos conditions d’expérimentation 2016, avec de faibles précipitations nous ne sommes intervenus que 3 fois de juin à septembre sur l’ensemble des modalités moda-lité, ce qui a conduit à des pourcentages d’attaques relativement décevant. En 2015, les modalités à base de bicarbonate de potassium avoisinaient les 100% d’efficacité et 80% pour la faible dose de cuivre (100g de Cu métal).
CUIVRE – REDUCTION DE DOSE ET ALTERNATIVES POUR LUTTER CONTRE LA TAVELURE ET LES MALADIES D’ETE
La tavelure et les maladies d’été (suie et crottes de mouche) sont les maladies fongiques les plus préjudiciables au verger de pommier BIO, dans un contexte réglementaire en pleine évolution, le Cefel a fait émerger de ses expérimentations des solutions pour limiter le recours au cuivre tout en sécurisant la récolte.
DE FAIBLES DOSES DE CUIVRE POUR CONTRÔLER LA TAVELURE
La tavelure est le bio-agresseur n°1 du verger de pommiers. Mal régulée, elle peut fortement pénaliser la production et donc l’équilibre financier du verger. Plusieurs leviers peuvent être actionnés par les producteurs pour lutter contre la tavelure.
▸ La lutte directe: des solutions existent. En agriculture biologique, peu de produits sont à la disposition des producteurs (cuivre, soufre, bicarbonate de potassium, polysulfure de calcium). Malgré ce faible nombre de molécules, il apparait dans les expérimentations menées par le CEFEL que de faibles doses de cuivre (200g de cuivre métal maximum) offrent une protection intéressante, et que l’efficacité est améliorée lorsqu’on associe du soufre à ces infra-doses de cuivre. Pour compléter la stratégie de lutte lors d’épisodes de fortes précipitations, des traitements après pluie à base de bicarbonate de potassium ou de polysulfure de calcium peuvent être mis en œuvre.
Dans un contexte règlementaire en pleine évolution, notamment au sujet des quantités maximales de cuivre autorisées en agriculture biologique, des solutions apportent satisfaction, le choix variétal est le levier essentiel, et les infra-doses de cuivre ainsi que certains produits en alternative au cuivre viennent compléter les solutions pour permettre aux producteurs bio de sécuriser leur récolte, et d’offrir au consommateur des pommes bio de qualité.
Intervenir tous les 50 mm de pluie cumulés, et à minima toutes les 3 semaines, semble être actuellement la solution pour réguler les maladies d’été.
Le verger de pommier Bio d’Occitanie est en pleine croissance, et l’expérimentation accompagne se développement, pour per- mettre aux producteurs Bio de sécuriser leur récolte et par cela de répondre à la demande grandissante des consommateurs. Que ce soit contre la tavelure ou contre les maladies d’été, utiliser de très faibles doses de cuivre, ou des alternatives au cuivre, donnent satisfaction, et l’expérimentation se poursuit pour répondre aux attentes des professionnels de la filière bio.
SYNTHESE – 3 ANNEES D’ESSAIS SUR LA DIMINUTION DES DOSES DE CUIVRE EN RAISIN DE TABLE BIO
Ils sont 11 producteurs du Tarn-et-Garonne, membres d’Agribio82, à s’être lancés dans un groupe DEPHY Ferme depuis 2016, afin de diminuer les apports en produits phytopharmaceutiques (PPP), notamment le cuivre, en arboriculture biologique.
Les groupes DEPHY ont été mis en place par le programme européen Ecophyto dans le but de promouvoir une agriculture économe en PPP. Il y a aujourd’hui Plus de 3000 exploitations agricoles sont impliquées dans ce projet, réparties sur 257 groupes toutes filières confondues. La volonté première de ces arboriculteurs est de développer de nouveaux itinéraires culturaux pour diminuer l’usage des « pesticides » autorisés en bio (fongicides à base de cuivre, insecticides à large spectre). Les autres thématiques travaillées par le groupe sont la mise en place de couverts végétaux et d’aménagements agro-écologiques. Ces aspirations portées par le groupement sont à l’image des enjeux majeurs de l’arboriculture biologique actuelle. L’objectif de ces essais est de déterminer quel système de culture est le plus efficace en terme d’économie d’intrants (PPP) et de lutte contre le mildiou. Le terme de cuivre métal désigne la teneur réelle en cuivre d’un produit phytopharmaceutique. Les protocoles de ces essais ont été mis en place par les producteurs et eux-mêmes sont acteurs du bon déroulement des essais et de l’interprétation des résultats. Cela implique certaines limites quant à la précision et l’exactitude des conclusions qui peuvent être tirées. De plus, le protocole a évolué au cours de ces 3 années (2016 à 2018) pour optimiser l’interprétation des résultats.
PRESENTATION PARCELLES ET MATERIEL DE PULVERISATION
– PRODUCTEUR 1 – parcelle bambou
MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Atomiseur porté avec turbine. Début de saison 45L/HA de bouillieavec 2 jets jusqu’à 130L/ha en fin de saison avec 6 jets ouverts. Tous les rangs sont traités avec passage à 6 km/h à 10 bars de pression.
VARIÉTÉ Chasselas de Moissac, plantée en 2001 avec un porte-greffe Fercal. La densité de plantation est de 3.5 mètres entre rang et 1.2 mètres sur le rang. La forme de conduite est la lyre et avec un filet paragrêle mono rang. La parcelle est orientée Nord/Sud et est irrigable.
– PRODUCTEUR 2 – parcelle verdier
MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulseur Thomas. En début de saison les buses sont à moitié ouvertes pour sortir 90 L/ha de bouillie pour finir à 180 L/ha toutes buses ouvertes 15 jours avant la floraison. Passage pour le traitement 1 rang sur 2 sauf pour 2018 tous les rangs lors de grosses contaminations.
VARIÉTÉ Chasselas de Moissac plantée en 1988 avec les porte-greffes SO4 et 41B. La densité de plantation est de 3.40 mètres entre rang et de 1 mètre sur le rang. La forme de conduite est la lyre et sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord et est non irrigable.
– PRODUCTEUR 2 – parcelle ribol
MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulseur Thomas. En début de saison les buses sont à moitié ouvertes pour sortir 90 L/ha de bouillie pour finir à 180 L/ha toutes buses ouvertes 15 jours avant la floraison. Passage pour le traitement 1 rang sur 2 sauf pour 2018 tous les rangs lors de grosses contaminations.
VARIÉTÉ Ribol plantée en 1995 et 2014 avec le porte greffe Fercal. La densité de plantation est de 3.4 mètres entre rang et de 1.2 mètre sur le rang. La forme de conduite est la lyre et sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord/Ouest et est non irrigable.
MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulvérisateur porté. Jusqu’au 15 mai 140 L/Ha avec 2 buses ouvertes puis 200 L/Ha et 3 buses ouvertes jusqu’à la fin. Utilisation d’une poudreuse.
VARIÉTÉ Chasselas de Moissac, un rang sur deux a été planté en 1968 et l’autre en 1980 (vignes vieillissantes) avec comme porte greffe SO4. La densité de plantation est 3 mètres entre rang et 1.20 mètres sur le rang. La forme de conduite est droite sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord/Sud et non irrigable.
PROTOCOLE RESULTATS ET INTERPRETATION
Conclusion des 3 années d’essai
Le développement du mildiou ne dépend pas seulement des traitements au cuivre, mais aussi de l’historique de la parcelle et son exposition, des précipitations, de l’hygrométrie du sol avec la présence potentielle de mouillères… Ces facteurs de variation propres au milieu dans lequel sont cultivées les vignes ne sont pas pris en compte dans l’analyse des résultats, bien qu’ils puissent influencer grandement sur la pression du mildiou dans ces parcelles. De plus, la météo qui varie chaque année impacte directement l’apparition du mildiou et donc la nécessité de traiter plus ou moins les vignes.
Comparer différentes années entre elles n’est donc pas représentatif, il faut se concentrer sur la comparaison des résultats d’une même année. Néanmoins, la pluviométrie diffère aussi selon les sites d’essais. Par exemple en 2018, il est tombé 96mm sur la parcelle Carles durant le mois de juillet, contre 59 mm sur les parcelles Verdier/Ribol le même mois. Ces écarts impactent l’évolution des contaminations mildiou.
▷ Dans tous les cas nous pouvons remarquer que le positionnement des traitements est véritablement important pour lutter contre ce champignon. Un suivi de la pluviométrie est donc indispensable.
▷ De plus, le produit alternatif serait peut-être un moyen de diminuer les doses de cuivre métal par hectare.
▷ Concernant le talc, les résultats de 2017 et 2018 amènent un espoir supplémentaire pour lutter contre le mildiou. Attention, ce produit peut tâcher le raisin de table. Aussi il est nécessaire d’arrêter les traitements au stade petit pois.
▷ Enfin, il est possible, au vu de ces 3 années, de contrôler le mildiou avec une dose totale de cuivre métal moyenne de 3 kg/ha (tous essais confondus). La parcelle Bambou où il n’a été utilisé que des formes de cuivre différentes à dose réduite (3,92 kg/ha de cuivre métal total en moyenne sur les 3 ans) permet aussi de contrôler le mildiou.
A SAVOIR
La dose homologuée pour la bouillie bordelaise RSR dispers en raisin de table est de 3.75 kg/ha de produit commercial, soit 750 gr/ha de cuivre métal par traitement.
PLUS D’INFO
Pour plus d’information sur ce sujet , contactez Marc Miette (Bio Occitanie) : fruitslegumesbio82@gmail.com
06 22 78 17 09
TEMOIGNAGES – Producteurs du groupe DEPHY
Jean-Baptiste Gibert
Earl de Metou Sainte-Juliette (82)
Nous avons donc décidé de chercher des solutions pour améliorer notre façon de faire. Ce faisant, nous avons constaté qu’en diminuant les doses de cuivre, nous arrivions à gérer le mildiou qui est le principal ennemi en raisin de table. Nous sommes passé de +/- 6kg de cuivre métal à +/- 2,5 kg par an. “
Thierry Serres
Arboriculteur Moissac (82)
Aujourd’hui j’ai décidé de continuer sur la voie des produits de substitution au cuivre, avec de nouveaux essais prévus en plein champs. Le cadre qu’apporte le groupe Déphy et son technicien me donnent de l’assurance, et l’espoir d’avancer vers de nouvelles solutions alternatives au cuivre.”
Par Jean-François LARRIEU de la Chambre d’Agriculture de Tarn et Garonne, Sébastien BALLION de CEFEL , Marc MIETTE de BIO OCCITANIE et coordonné par Jean Michel THEVIER de la Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie
Crédit photo : Interbio Occitanie
Pour une filière en plein développement - Comment étudier mon projet de conversion en lait de vache biologique
La filière bovin lait bio connaît un fort développement en France et en Occitanie. En 2017, la région comptait 279 producteurs de lait de vache biologique (+ 47% par rapport à 2016). Les opérateurs de l’aval, tels que la coopérative Sodiaal Union, ou Biolait, sont toujours à la recherche de nouveaux producteurs.
La coopérative Sodiaal Union, sur sa zone sud-ouest, à l’échéance 2020, avec les engagements pris à ce jour, devrait atteindre 46 millions de litres collectés auprès de 180 producteurs. Elle vise un objectif de collecte de 120 millions de litres de lait bio pour approvisionner les outils de transformation de Montauban (82) (poudre de lait infantile) et de Toulouse (31) (produits frais). Biolait compte aujourd’hui 53 fermes engagées en AB sur la région (certifiées et en conversion bio) et accueille de nouveaux porteurs de projets. Pour les exploitations laitières, une conversion en agriculture biologique est un vrai challenge. Ce dossier propose une approche de la question sous différents angles. Une présentation est d’abord faite sur le marché du lait de vache bio et les perspectives pour les années à venir. Réalisé par la mission Références de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron et du Tarn, quelques repères de simulation des conséquences d’une conversion en lait bio permet d’alimenter la réflexion de tout porteur de projet. Passer en bio peut être un moyen de trouver ou de retrouver des équilibres sur son exploitation (travail, main d’œuvre, revenu, transmissibilité, marché, etc.). C’est aussi une remise à plat, parfois mineure mais souvent importante, des itinéraires techniques et du fonctionnement global de l’exploitation.
LAIT DE VACHE BIO
UNE FILIERE DE QUALITÉ EN PLEIN DÉVELOPPEMENT SUR L’OCCITANIE
À l’instar du marché des produits alimentaires bio dans son ensemble, le marché du lait bio suit actuellement une pente ascendante. En Occitanie, les conversions d’exploitations en bio vont bon train, laissant augurer une augmentation de la production de lait certifié bio dans les années à venir.
En 2016, le marché mondial des produits alimentaires bio était estimé à plus de 80 milliards d’euros (18% de plus qu’en 2014). En Europe, sur cette même année, ce marché représente 32,6 milliards d’euros. Le marché allemand a plus que quadruplé en quinze ans.
En France, la croissance du marché des produits bio a été de 17% en 2017 par rapport à 2016. En 2017, la valeur des achats des produits alimentaires issus de l’agriculture biologique est estimée à 8,373 milliards d’euros. Dans ce marché, les produits laitiers occupent une place conséquente : 11% du lait et des produits laitiers consommés par les ménages à domicile sont bio.
Dans la continuité de 2016, le nombre de vaches laitières élevées en bio a progressé fortement en 2017, près de 194 000 vaches conduites en bio soit +27 % versus 2016.
La mauvaise pousse de fourrages en 2016 avait induit une baisse de la production de lait bio en 2016 et début 2017 (-0,1 % en 2016 versus 2015 selon la synthèse de l’enquête mensuelle laitière). Elle a été compensée en 2017 par l’entrée en production bio des cheptels convertis en 2015 ainsi qu’un climat plus favorable : la collecte de lait bio a progressé de +13,6 % en 2017 versus 2016.
Un article de la revue “Réussir lait” de janvier 2018 précisait qu’en 2017, la filière laitière bio française a manqué de lait pour répondre à la hausse de la demande en produits laitiers bio et le prix du lait a augmenté de 20 € / 1 000 litres sur 12 mois entre le 1er semestre 2016 et le 1er semestre 2017, selon le CNIEL.
En 2018, le marché devrait rester encore tendu mais la vague de conversions de 2016 sera visible en 2019 avec la production de près d’un milliard de litres. Toutefois, le risque d’une baisse des niveaux d’aides au bio pourrait entraîner une hausse du prix des produits bio aux consommateurs mais selon Christophe Baron, ancien président de Biolait, le marché peut sans doute compenser la perte d’aides.
Pour Gérard Maréchal, de Lactalis, pour que le marché rémunère mieux, il faut que la matière reste rare face à la demande et pour Sodiaal Union, pour aller chercher de la valeur ajoutée, il faut poursuivre la diversification de l’offre en bio. Enfin, une autre forme d’aide pourrait venir du projet d’incorporer 50% de produits bio et locaux dans la restauration collective en 2022. Mais selon Gérard Maréchal, le marché de la restauration hors foyer n’est pas le plus valorisant.
Des conversions en bio seront encore accompagnées en 2018, de nouveaux opérateurs vont se lancer sur le bio et les groupes historiques vont lancer de nouveaux pro- duits pour répondre à la demande qui continue de progresser et qui se diversifie.
En 2017, la filière laitière bio française a manqué de lait.
- En 2018, le marché devrait rester encore tendu.
- Les groupes historiques vont lancer de nouveaux produits.
- De nouveaux opérateurs vont se lancer sur le bio.
Quand l’industrie laitière s’y met…
BEL va se lancer sur le marché des fromages bio.
De son côté, SODIAAL UNION prévoit de collecter 280 millions de litres en 2021 contre 62 millions en 2017 et de transformer 330 millions de litres en lait de consommation, en emmental et en lait infantile.
Enfin, BIOLAIT table sur une poursuite de la diversification de l’offre et constate qu’en trois ans, la part du lait et la crème bio est passée de plus de 45% à moins d’un tiers. Pour continuer à se démarquer des filières conventionnelles qui cherchent à relever leur standard avec des produits sans OGM ou du lait de pâturage, le groupe veut garder un coup d’avance, aller vers des fermes 100% bio d’ici 2022 et travailler la qualité nutritionnelle de son lait grâce à ses systèmes très herbagers.
ZOOM SUR LES ACTEURS MAJEURS IMPLANTES EN OCCTIANIE
Sodiaal Union
Une dynamique porteuse pour le lait de vache bio en Occitanie
DAMIEN LACOMBE,
Président de Sodiaal Union
Monsieur Lacombe, vous présidez Sodiaal Union depuis 2014. À quand remonte la collecte de lait de vache bio à Sodiaal Union ?
Elle a démarré juste avant 2000, puis a évolué en suivant les phases de conversion des exploitations.
Quel est aujourd’hui le volume de lait collecté en bio et quels sont les objectifs d’évolution ?
En 2020, sur la région Sud-Ouest, avec les engagements pris à ce jour, la collecte organisée sur 180 exploitations devrait atteindre 46 millions de litres. L’objectif pour la région est d’atteindre 120 millions de litres pour alimenter les sites industriels du sud-ouest.
Sur quelle valorisation basez-vous le développement de la collecte du lait bio à Sodiaal ?
Nous avons, en ce moment, une belle opportunité avec la montée en puissance du marché de la poudre de lait infantile bio. Notre usine Nutribio à Montauban, spécialisée sur ce produit, a développé un process breveté à partir de lait entier. L’objectif est d’y traiter rapidement 100 millions de litres de lait bio. Les deux autres produits qui nous permettent de valoriser du lait en bio sont le lait de consommation et les yaourts en quantités moindres.
Concernant le lait infantile bio, on entend beaucoup parler de l’importance de la demande chinoise : qu’en est-il ?
En fait, le marché est bien plus ouvert qu’on ne le croit, il est européen et international au sens large. La Chine n’y est pas majoritaire. Le marché international est actuellement très porteur sur les produits élaborés, alors qu’il est plus volatil sur les produits basiques.
Depuis 2015, la coopérative Sodiaal Union a communiqué en Occitanie sur un fort développement du lait bio. Votre sentiment à aujourd’hui ?
La progression de la collecte est très rapide, notamment grâce à l’implication des différentes OPA de la région. Les producteurs se sentent soutenus et c’est important !
Dernière question : quels sont les écueils à éviter pour ne pas déstabiliser le marché du lait bio ?
Il faut que la « promesse » du bio soit tenue, en particulier sur la qualité des intrants. Les éleveurs de Sodiaal Union s’approvisionnent déjà beaucoup auprès des coopératives régionales (filières céréalière – grandes cultures), c’est une tendance qu’il faut renforcer, complémentairement à l’autonomie des exploitations. Pour garder la valorisation du lait biologique, il faut conserver la cohérence entre les volumes vendus et la collecte. En tant que coopérative de transformation, nous sommes certains de maitriser cet équilibre.
Biolait
Acteur historique du développement du lait de vache bio en France
Partout en France, la filière lait de vache bio continue sa croissance et les structures de collecte de lait recherchent de nouveaux producteurs. Acteur historique de la bio au plan national, Biolait développe actuellement sa collecte sur la région Occitanie.
NATHALIE DELAGNES
Administratrice à biolait
À l’occasion d’une interview parue dans la Volonté Paysanne début 2018, Nathalie Delagnes, administratrice à Biolait, présentait la structure. Nathalie et son mari Franck sont éleveurs de vaches laitières en agriculture bio à Grand Vabre dans l’Aveyron. Ils livrent leur lait à Biolait, structure dans laquelle Nathalie a décidé de s’investir en tant qu’administratrice en 2017.
Pouvez-vous présenter Biolait ?
Biolait est un groupement de producteurs national créé en 1994 par six éleveurs de Loire Atlantique et du Morbihan. La présidence est assurée par Ludovic Billard, producteur dans les Côtes d’Armor. Biolait réalise 30% de la collecte nationale de lait de vache bio, soit 250 millions de litres attendus pour 2018. À ce jour, le groupement réunit 1 200 fermes et son slogan historique, « La Bio partout et pour tous», est toujours d’actualité. La ligne de conduite de Biolait est d’avoir un fonctionnement démocratique et transparent. Trois réunions locales sont organisées chaque année pour présenter l’activité du groupement et échanger sur les choix à insuffler pour l’avenir. En tant qu’administratrice, j’anime ces rencontres et je fais remonter au conseil d’administration toutes les idées qui ont vu le jour. C’est bien les éleveurs qui pilotent le groupement, qui réfléchissent et qui décident, épaulés par l’équipe des 70 salariés de Biolait qui nous accompagne au quotidien. À partir des idées issues des réunions locales, le conseil d’administration construit des propositions soumises au vote lors de l’assemblée générale annuelle. C’est un moment fort de la vie démocratique de Biolait, tous les éleveurs y sont invités.
Un nouveau président à la tête de Biolait
Ludovic Billard, nouveau président de Biolait, succède à Christophe Baron. À l’issue de l’assemblée générale de Biolait, les 5 et 6 avril 2018, dans le Loir et Cher, qui a réuni 600 producteurs, il déclarait: « 40%, c’est l’augmentation des quantités de lait collectés par Biolait en 2017-2018.» Un niveau de croissance qui ferait rêver plus d’une entreprise. Mais Ludovic Billard garde les pieds sur terre : «Nous bénéficions d’une filière bio attractive et des retombées de la crise de 2016 en conventionnel. Nous devons continuer de nous développer pour pouvoir collecter tous les producteurs, n’importe où en France ». En plus du respect du cahier des charges de la bio, l’adhésion à Biolait exige une traçabilité 100% française, un passage en bio de la totalité de l’exploitation en cinq ans au maximum et un travail sur l’autonomie de l’exploitation.
Avec votre mari Franck, vous vous êtes lancés dans l’aventure du bio depuis 7 ans, quel bilan faites-vous aujourd’hui ?
Un bilan très positif ! Nous produisons selon un mode de production qui m’a toujours motivée et Franck, qui avait fait le tour du modèle conventionnel, a trouvé un nouveau challenge sur l’exploitation. Nous sommes sereins. Les filières de qualité sont un atout incontestable pour nos zones. Être en accord avec la demande des consommateurs, quelle satisfaction! De plus, gagner en autonomie sur nos exploitations est un enjeu d’avenir: j’entends l’autonomie alimentaire bien-sûr, mais aussi décisionnelle, financière, etc. Nos aspirations personnelles sont plutôt satisfaites, avec un bon équilibre entre travail, économie, équipements, marché et image de notre métier.
AGNIECHKA MARIETTAZ
Administratrice à biolait
Productrice de lait de vache biologique – Caumont (82)
Agniechka Mariettaz, productrice de lait de vache biologique, à Caumont dans le Tarn et Garonne, administratrice à Biolait, représente la structure dans le sud de la région. Nous lui avions posé la question, à l’occasion d’une interview pour la revue GTI de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron, sur la pérennité du marché bio.
Que pensez-vous de la pérennité du marché du lait bio ? La filière bio pourrait- elle demain connaître une crise ?
Il est difficile de dire si la filière bio connaîtra ou non une crise. C’est possible et il faut l’envisager dans le fonctionnement de nos exploitations. Mais à ce jour nous n’avons pas d’inquiétudes, car en France et en Europe la demande augmente plus vite que la production. Par ailleurs, le marché du lait bio se caractérise par une plus grande linéarité, une plus grande stabilité de prix que le marché du lait conventionnel (cela explique d’ailleurs que le différentiel entre les deux puisse fortement varier d’une année à l’autre !). Pour sécuriser le marché, il est déterminant de ne pas tromper le consommateur, d’où l’importance que nous accordons, à Biolait, à la traçabilité de notre filière. Ainsi, depuis 2017, tous les aliments distribués aux animaux doivent être produits en France. Sachant que nous encourageons, en premier lieu, l’autonomie des exploitations.
Un autre élément sécurisant, ce sont les contrats à long terme que nous signons avec nos transformateurs, sur 3 ans au moins, voire sur 5 à 8 ans. De plus, Biolait s’est engagé, pour 10 à 20% de son lait, dans des filières tripartites ” éleveurs-adhérents/ transformateurs/distributeurs”. Cela permet de faire jouer des synergies et des complémentarités et facilite une juste répartition de la valeur ajoutée entre tous les acteurs de la filière bio.
Enfin, en cas de surproduction de lait, nous privilégions une politique de réduction des volumes (en faisant appel à l’esprit de responsabilité des producteurs) plutôt qu’une baisse des prix.
DE LA METHODE POUR MESURER LES ENJEUX DU PASSAGE EN BIO EN BOVIN LAIT
Un marché conventionnel fluctuant, une demande de la filière en lait biologique croissante, des envies de changements, etc. ont fait naître chez certains éleveurs une réflexion sur la production de lait bio. Rapidement sollicités sur cette question, les réseaux Références de l’Aveyron et du Tarn et la Mission AB de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron ont conduit une étude pour donner à ces agriculteurs les moyens de savoir quelles seraient pour eux les conséquences d’une conversion en AB, aussi bien techniquement qu’économiquement. Quelques éléments majeurs à retenir, issus d’un article GTI de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron de Jean Christophe Vidal CA12 et Jean Bernard Mis CA81.
L’équilibre sol-troupeau, clef de voûte du projet
Le sol comme point de départ de la réflexion
Réfléchir à l’utilisation optimale des parcelles de l’exploitation est une nécessité pour bien appréhender le projet de conversion. Des grilles de repères permettent de vérifier l’évolution du chargement potentiel entre le système fourrager en place et le futur système en AB, en prenant en compte les potentialités des sols de l’exploitation.
Exemple de grille de chargements potentiels en AB en zone Ségala (Aveyron/Tarn).
Parallèlement, une réflexion doit avoir lieu sur les rotations par bloc de parcelles, en fonction des contraintes de sol, de l’accessibilité des animaux au pâturage, des choix d’espèces fourragères, sans oublier la chaîne de récolte et le mode de distribution. Cela permet de poser les bases d’un nouveau système fourrager qui pourrait être mis en place afin de privilégier l’autonomie alimentaire des animaux et la cohérence avec les objectifs de l’éleveur.
Le schéma ci-dessous résume les étapes qui conduisent à déterminer la quantité de MS produite par la SFP et donc le potentiel de chargement en AB (UGB/ha SFP).
Évolution sur les surfaces : pour quelle production du troupeau et quelle autonomie alimentaire ?
Le potentiel de chargement étant généralement plus faible lors du passage en bio, du fait de la baisse de production des surfaces (arrêt de fertilisation minérale, ajustement des rotations…), l’éleveur recherchera un nouvel équilibre entre son troupeau et ses surfaces fourragères en ajustant le nombre d’UGB et ses rotations. Ce sera aussi le moment de réfléchir à l’ajustement du système fourrager en fonction de ses finalités et de ses objectifs.
C’est alors un nouveau puzzle qui va être assemblé et permettra de déterminer le volume de lait qui pourra être produit en fonction de la stratégie souhaitée (voir graphique et tableaux ci-dessous). Le niveau de production par vache laitière sera fonction :
▶ des types de fourrages (quantité et qualité) qui déterminent la ration de base équilibrée,
▶ du potentiel génétique du troupeau (capacité d’ingestion, niveau de production laitière…),
▶ des quantités de concentré distribuées.
En fonction du niveau d’étable de départ, la production par vache sera très influencée par le mode d’alimentation choisi et en particulier par la qualité de la ration de base et du taux de pâturage, dans un objectif d’autonomie la plus complète possible. Du fait du prix très élevé des concentrés bio, les apports sont limités, mais il est possible de maintenir un volume de production intéressant puisque le potentiel du troupeau ne changera pas. L’éleveur aura à raisonner son choix en fonction du rapport entre le prix du lait et celui du concentré de production. La construction du nouveau système de production sol – troupeau se fera pas à pas jusqu’à trouver une certaine cohérence. Des allers-retours seront certainement nécessaires pour ajuster les choix techniques.
Le pâturage : une logique en agriculture biologique
MARC ANDRIEU
Éleveur bovin lait – Aveyron (12)
Une des clés de réussite en lait de vache biologique est la maitrise du pâturage. L’optimisation du pâturage passe souvent par une formation : témoignage de Marc Andrieu, éleveur bovin lait en Aveyron, qui répond à la question : « Comment s’est passée la conversion en AB ? ».
« La conversion du sol s’est faite sans aucun problème. Le désherbage mécanique du maïs se passe bien, la baisse attendue des rendements en céréales est dans la moyenne estimée. Côté prairies, j’avais commencé à travailler en mélange depuis une paire d’années, je suis dans la continuité. J’ai amélioré la conduite du pâturage en pratiquant le pâturage tournant dynamique avec l’appui de formations organisées par la Chambre d’agriculture. Je cherche beaucoup plus à produire du lait avec des fourrages et à améliorer la ration de base afin d’utiliser moins de concentrés : c’est un challenge, mais aussi une source de motivation. »
Par Stéphane DOUMAYZEL, conseiller AB de la chambre d’agriculture de l’Aveyron
Crédit photo : Ec-Organic, Adobe Stock
Suivi des couverts végétaux sur des fermes maraîchères biologiques
Regroupés en GIEE* , les maraîchers de sept fermes travaillent ensemble autour du thème « Tester des couverts végétaux en maraîchage biologique en piémonts pyrénéens : de l’engrais vert à la plantation dans un couvert”.
* GIEE : Groupement d’Intérêt Économique et Environnemental
Les essais sont menés directement sur les fermes, situées au Sud de la Haute-Garonne et au Nord de l’Ariège, par les maraîchers eux-mêmes et accompagnés par ERABLES 31** et le CIVAM Bio 09**.
Cette étude s’étend sur la période 2017-2022 de manière à vérifier les résultats sur plusieurs années.
L’objectif qui unit les agriculteurs est l’intégration de couverts végétaux dans leurs rotations ou en association avec les légumes, pour maîtriser l’enherbement, améliorer la fertilité du sol (physique, biologique et chimique) et limiter le temps de travail à la reprise des parcelles.
Les essais mènent à l’acquisition de références locales qui sont largement diffusées sur le territoire et déjà reproduites par des maraîchers récemment installés sur la zone d’étude. Afin de profiter des expériences de spécialistes qui travaillent déjà sur cette question, le groupe de maraîchers s’est entouré de plusieurs partenaires experts (voir encadré «Nos Partenaires » en page 20).
** Associations des agriculteurs biologiques de la Haute-Garonne et de l’Ariège
Par la pratique de tests simples, Karim RIMAN forme les maraîchers à appréhender leur sol : réalisation d’un profil, test bêche, observation de l’enracinement, vérification des nodosités, mesure du pH,…
Pour qu’un groupe ait envie de travailler ensemble, il est nécessaire qu’une dynamique soit impulsée et ensuite maintenue tout au long du projet. Ainsi, pour réaliser ce travail initial et suivre le premier couvert commun mis en culture par les maraîchers du GIEE, un accompagnement a été mené par Maël MESUROLLE, stagiaire en Licence ABCD à l’Inéopôle de Brens, d’octobre 2016 à avril 2017. L’essentiel de cet accompagnement est compilé dans son mémoire de fin d’études (voir encadré «Nos Parutions»).
Au cours du dernier mois de cette première phase d’étude, Karim RIMAN, agro-écologue et expert de la gestion de la fertilité des sols, est intervenu durant trois jours consécutifs sur les fermes pour réaliser les diagnostics initiaux et aider les maraîchers à choisir le prochain couvert commun à mettre en place durant l’été.
Ainsi, à l’aide de différents tests facilement utilisables, les maraîchers ont appris à noter les caractéristiques de leur sol en vue de choisir les couverts végétaux à cultiver et les pratiques culturales adaptées.
Cette première formation a également permis de noter sur chaque ferme, les résultats obtenus avec le couvert de fèverole pure par rapport aux zones témoins et de décider de semer en commun un sorgho pur aux alentours du 1er juin 2017.
AUTOMNE-HIVER 2016/2017
Premier couvert commun de féverole pure
L’intérêt du groupe est de semer sur au moins deux fermes le même couvert à la même période, pour étudier les caractéristiques communes qui en ressortent.
Nous portons une attention particulière à bien noter les objectifs attendus par chaque maraîcher pour les couverts mis en place, car la gestion de l’itinéraire technique cultural choisi ensuite en dépend.
Pour le premier essai de fèverole pure, trois fermes ont été intéressées pour suivre ce couvert.
Les détails des itinéraires techniques culturaux mis en place sur chaque ferme, comprenant les calendriers des actions et les photos prises régulièrement, sont compilés sur le forum maraîchage (voir l’adresse dans l’encadré «Nos Parutions» p.20).
CONCLUSION
D’après ces trois premiers résultats obtenus sur les fermes, il apparait que le couvert de fèverole pure est peu satisfaisant par rapport aux objectifs de maîtrise de l’enherbement, notamment pour les cultures suivantes qui sont semées. Il convient alors de trouver une espèce plus couvrante, qui pourrait être associée à la fèverole, ce sera l’objet d’une prochaine rencontre technique.
TEMOIGNAGES
Grégoire TALBOT, de Champ Boule à Barjac et du GIEE « Couverts agriculteur membre du GAEC végétaux en maraîchage »
“L’utilité potentielle des couverts végétaux n’est plus à démontrer, et leur mise en œuvre commence à être bien documentée dans les systèmes de grandes cultures. Leur intégration dans nos systèmes maraîchers diversifiés pose de nombreuses questions: choix des espèces, itinéraires techniques, calendrier de culture…… Le GIEE, en mutualisant les expériences de plusieurs maraîchers du territoire, nous permet de réfléchir collectivement à ces questions en fonction des contraintes et des objectifs de chacun. La participation au GIEE me stimule pour la réalisation de nouveaux essais, facilités par l’expérience des collègues et par des achats groupés de semences, et m’incite à plus de rigueur dans le suivi de mes pratiques.”
ÉTÉ 2017
Sorgho pur
Lors de la venue de l’expert Karim RIMAN en avril 2017, la dernière demi-journée de bilan des diagnostics initiaux a aussi été l’occasion de choisir le couvert végétal suivant, à implanter en commun. Deux maraîchers se sont dits intéressés pour semer en plein champ un couvert de sorgho pur, variété Piper, aux alentours du 1er juin.
En novembre 2017, Hélène VEDIE du GRAB d’Avignon, chargée de la supervision du programme européen SOILVEG , est intervenue au cours de deux nouvelles journées de formation pour accompagner les maraîchers, entre autre à réaliser le bilan du couvert commun de sorgho pur et les orienter dans leurs choix futurs.
Remarques
Remarques et préconisations issues de l’observation du couvert de sorgho pur :
▪ Au stade cotylédons, il résiste à une période de temps sec.
▪ Il est sensible à la verse. Il faut donc éviter de l’arroser quand il est haut.
▪ Il est sensible à la rouille (puccinia purpurea) en fin d’été. S’il est cultivé chaque année, il y a donc un risque de maintien de la pression de la rouille (≠ de la rouille de l’ail puccinia alli).
Conclusion
Les deux maraîchers ayant implanté ce couvert sont satisfaits par les résultats et vont reconduire cet essai en été 2018. D’autres maraîchers référents du GIEE et des maraîchers récemment installés sur le territoire vont également mettre en place ce même couvert.
AUTOMNE 2017 / HIVER 2018
Féverole associée à la moutarde blanche ou au trèfle incarnat
Lors de la synthèse des résultats du premier couvert végétal de fèverole pure, mis en culture durant l’hiver 2016/2017 par les maraîchers du GIEE, il s’est avéré qu’elle n’était pas satisfaisante en précédent de semis, par manque de concurrence envers les adventices. Pour la saison suivante, les membres du groupe ont alors décidé de l’associer à deux autres cultures : la moutarde blanche ou le trèfle incarnat. Les essais ont alors été menés sur cinq fermes.
Mi-juin 2018, sur la ferme de Marc et Corinne BONNEFOUS, le mélange fèverole et trèfle incarnat dépasse les 1,40 m.
Les conclusions
De manière globale sur les fermes :
▪ les essais 2017/2018 confirment ceux de 2016/2017 : la féverole pure est peu intéressante en inter-culture l’hiver car peu couvrante, elle laisse la place aux adventices qu’il faut ensuite gérer dans la culture suivante.
▪ l’association de la fèverole avec la moutarde blanche ou le trèfle incarnat est satisfaisante par rapport à ce que nous recherchions suite au premier essai de fèverole pure : une espèce venant prendre la place des adventices.
▪ les effets sur la structure du sol sont bénéfiques : augmentation de la part de terre grumeleuse et de la présence de vie (vers de terre, racines…).
▪ prévoir un semis plus tôt, entre mi-septembre et mi-octobre pour obtenir un résultat encore plus satisfaisant.
Les couverts suivants :
▪ Actuellement, les couverts communs en place, semés en juin sont le sorgho PIPER pur et le sorgho population pur sur 3 fermes du GIEE + 2 fermes du territoire ; le sorgho hybride F1 Jumbo star pur sur 2 fermes du GIEE et 1 ferme du territoire et le sorgho hybride F1 + crotalaire (légumineuse tropicale) sur 2 fermes du GIEE.
▪ Le prochain couvert à mettre en place est le radis chinois Structurator à semer entre mi-août et mi-septembre, après les oignons. Pour préciser le protocole, échanger sur les fournisseurs et organiser la commande groupée des semences, les maraîchers du GIEE et du territoire se sont réunis le lundi 9 juillet 2018 sur la ferme de Laurent WELSCH à Latoue.
Test de la bêche
En savoir +
L’ensemble des documents de cette étude sur les couverts végétaux menés dans le cadre du GIEE sont à retrouver sur le forum maraîchage à l’adresse suivante : http://forum.biomidipyre-nees.org/phpbb/viewforum.php?f=115
▷ Mémoire de Maël Mesurolle
▷ 7 Fiches fermes référentes + synthèse
▷ 3 Fermoscopies
▷ 5 Fiches de profils initiaux et observations du sol par Maël Mesurolle
▷ 6 Fiches de diagnostics initiaux par Karim Riman
▷ Présentation chez Pierre Besse pour Solagro
▷ Suivis détaillés du couvert de fèverole
▷ Compte-rendu du Comité de pilotage du GIEE du 15 février 2018
▷ Résultats des associations fèverole + moutarde blanche ou trèfle incarnat
Nos partenaires : des partenaires experts appuient cette étude
La force de ce projet réside dans la capacité qu’a le groupe de maraîchers à s’entourer de partenaires spécialisés, qui sont sollicités au fur et à mesure qu’apparaissent les questionnements. C’est ainsi que d’autres groupements d’agriculteurs avec les mêmes objectifs d’amélioration de leurs performances sont régulièrement informés et interrogés et que des experts dans le domaine des couverts végétaux et des thématiques associées, sont impliqués.
Il s’agit de :
▷ Karim RIMAN, agro-écologue, expert de la gestion de la fertilité des sols.
▷ Hélène VEDIE du GRAB d’Avignon (Groupe de Recherche en Agriculture Biologique), chargée de la supervision française du programme européen Soilveg créé en 2015 (vise à améliorer la préservation des sols et l’utilisation d’énergie dans les systèmes de production de légumes biologique par l’utilisation et la gestion de plantes de services agro-écologiques).
▷ Caroline BOUVIER-d’YVOIRE d’AGRIBIO 13-84 et Guillaume DUHA du GABB 32 : Groupements des agriculteurs biologiques qui travaillent sur des programmes DEPHY avec pour thème central les couverts végétaux.
▷ Célia DAYRAUD du CIVAM Bio 66 et Florian DENARD de l’APABA: Groupements des agriculteurs biologiques qui animent des GIEE de maraîchers.
▷ Maraîchage Sol Vivant (MSV) : association de maraîchers qui étudient les impacts du non travail sur sol sur la fertilité des parcelles.
Par Delphine DA COSTA – animatrice technique maraîchage
pour le CIVAM Bio 09 et ERABLES 31, avec l’appui des maraîchers du GIEE
Crédit photo : Interbio Occitanie
Protection du vignoble - l'anticipation avant tout !
Le nombre de substances actives pour lutter contre les maladies cryptogamiques et les ravageurs est limité en AB par rapport à celui disponible en viticulture conventionnelle. Les caractéristiques des molécules bios nécessitent souvent de modifier les stratégies de traitement par rapport à ce qui est fait habituellement en viticulture conventionnelle. Cette phase de transition des pratiques représente souvent une sensibilité accrue aux maladies et ravageurs. Les travaux de l’UMR System de l’INRA de Montpellier, mis en place dans le cadre du projet de recherche VIBRATO, confirment la sensibilité accrue des parcelles en conversion vis-à-vis du mildiou (parcelle en 1ère et 2ème années de conversion (C1 et C2) et de l’eudémis (parcelles en C1). Cette plus grande sensibilité aux maladies et ravageurs en période de conversion n’est pas une fatalité, mais doit être anticipée pour être bien gérée.
AN-TI-CI-PA-TION
La spécificité de la protection phytosanitaire en viticulture biologique repose sur les caractéristiques des produits utilisés. Les produits de protection des plantes utilisables en AB présentent des caractéristiques communes :
▪ produits d’origine naturelle,
▪ produits de contact, qui restent à la surface du végétal. Cette caractéristique évite de perturber la physiologie de la plante, mais les rend partiellement sensibles au lessivage, ce qui a un impact fort sur les stratégies phytosanitaires. De plus, seuls les organes touchés par le produit sont protégés. La qualité de pulvérisation doit être irréprochable pour couvrir l’ensemble du feuillage et des grappes.
▪ La plupart des fongicides utilisés ont un mode d’action strictement préventif = ils doivent être positionnés avant l’événement contaminateur (généralement une pluie) pour être efficaces. Certains possèdent un effet partiellement curatif (par exemple : le soufre sur l’oïdium), mais cet effet est toujours partiel et limité. Même pour ces substances actives, il est recommandé de positionner le produit en préventif = avant l’événement contaminateur.
LES BONNES QUESTIONS A SE POSER
▷ Toutes les maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium, black rot, botrytis…) sont favorisées par une atmosphère chaude et humide. Toutes les techniques qui permettent de favoriser l’aération de la zone des grappes limitent la sensibilité aux maladies (limitation de la vigueur, éviter la surfertilisation, effeuillage…).
En bio, la principale technique pour limiter le développement des adventices est le travail du sol. Attention, le passage d’un outil de travail du sol favorise la remontée de l’humidité du sol et peut augmenter la sensibilité de la parcelle aux maladies. De même, un couvert végétal trop développé peut entretenir une certaine humidité de l’atmosphère du cep. Il est donc conseillé d’éviter de travailler le sol en période de forte sensibilité de maladie, mais de ne pas laisser monter les herbes trop haut = tondre ou faucher les herbes, y compris entre les souches…
“Quels produits puis-je utiliser en bio ?”
▷ Un produit phytosanitaire est utilisable en bio :
▪ s’il bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché pour l’usage que le viticulteur souhaite en faire (exemples d’usage : oïdium, tordeuses de la grappe…);
▪ si la substance active du produit est listée dans l’annexe II du règlement RCE 889/2008 (exemples de substance active : soufre, Bacillus thuringiensis…).
De nombreux engrais foliaires sont autorisés en bio. Certains sont annoncés comme ayant des effets secondaires sur tel maladie ou ravageur. Attention, la norme engrais foliaire garantit uniquement la composition du produit mais en aucun cas son efficacité, notamment contre les maladies et ravageurs. Il convient donc d’utiliser ces produits avec une extrême prudence. La base de la protection doit impérativement être effectuée avec des produits phytosanitaires. Ces engrais foliaires ne peuvent être envisagés qu’en complément des produits phytosanitaires.
“Quand dois-je traiter ?”
▷ Le premier traitement : Il ne faut pas commencer à se préoccuper des maladies lorsqu’on les voit dans ses parcelles! Il est généralement trop tard. Il faut se tenir informé régulièrement de la pression parasitaire locale en consultant le Bulletin de santé du Végétal (BSV, disponible sur le site internet de la DRAAF : http://draaf.occitanie.agriculture.gouv.fr/Bulletins-de-sante-du-vegetal), les bulletins phytosanitaires départementaux qui donnent en plus du contexte parasitaire des recommandations sur les stratégies de protection. Concernant la lutte contre les ravageurs (principalement les tordeuses de la grappe, la cicadelle de la flavescence dorée et la cicadelle verte), l’efficacité des traitements dépend avant tout du positionnement du produit par rapport au cycle de développement de l’insecte. L’observation des pontes (tordeuses) ou du développement des larves (cicadelles) est nécessaire pour optimiser le positionnement des insecticides.
“Quand dois-je renouveler mon traitement ?”
▷ Le renouvellement est lié à la nature des produits utilisés, qui sont des produits de contact. Comme il ne migre pas du tout dans la plante, ils protègent uniquement les organes présents au moment du traitement. En période de pousse active de la vigne, il convient de renouveler régulièrement les traitements (environ tous les 10 à 12 jours), au moins pour protéger les organes apparus depuis le dernier traitement. Cette cadence peut être modulée en fonction de la pression parasitaire, du lessivage… Lors des printemps très pluvieux, il est nécessaire de resserrer les cadences. Il arrive de devoir réaliser un traitement par semaine en période de forte sensibilité. Inversement, lorsque la pression parasitaire est faible et les conditions météos sèches, il est possible d’espacer les traitements au-delà de 12 jours.
Bon à savoir
▷ Régulièrement, l’ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique) publie un guide de l’ensemble des spécialités commerciales phytosanitaires utilisables en agriculture biologique. La dernière version de ce guide est disponible sur le site : http://www.itab.asso.fr/activites/guide-intrants.php.
▷ Il est conseillé de faire valider la liste des intrants (phytosanitaires, engrais…) par votre organisme certificateur avant utilisation.
“Traiter avant ou après la pluie ?”
▷ Bien que les produits bio soient des produits de contact, donc partiellement lessivables, il est IMPERATIF DE TRAITER AVANT LES PLUIES, à cause de leur mode d’action principalement, ou exclusivement, préventif. Plusieurs autres questions viennent ensuite.
“Est-ce que j’aurais le temps de traiter toutes mes vignes avant la pluie ?”
▷ Il convient de consulter régulièrement les prévisions météorologiques pour anticiper au maximum l’arrivée d’une pluie.
▷ Il faut que le matériel de traitement soit toujours disponible, idéalement avec un tracteur dédié au pulvérisateur, pour limiter au maximum le temps passer à l’attelage / dételage du tracteur avec les autres outils (notamment ceux d’entretien du sol).
▷ Quelle que soit la taille du domaine, il est conseillé d’être en mesure de traiter l’ensemble des vignes en moins de 48h.
▷En cas d’année à pression exceptionnelle (exemple : 2018 pour le mildiou), il peut être nécessaire de faire appel à un prestataire de service pour compenser les contraintes d’organisation de travail sur le domaine.
“Est-ce que je pourrais rentrer dans mes parcelles après une pluie ?”
▷ Il est nécessaire de renouveler les traitements après un épisode lessivant (pluie ou forte rosée). Pour cela, il faut pouvoir rentrer rapidement dans les vignes après une pluie. Si les sols ne sont pas très filtrants et qu’ils ne ressuient pas rapidement après une pluie, il est conseillé de maintenir un enherbement un interrang sur deux ou trois pour assurer une portance des sols suffisante pour pouvoir renouveler le traitement.
Conclusion
L’année 2018 rappelle que dès la première année de conversion, il est important de pouvoir faire face à un millésime avec une pression forte parasitaire. Les questions d’organisation de travail (disponibilité du matériel, de la main d’œuvre….) font partie à part entière de la réflexion lors du projet de conversion et ne doivent pas être improvisées en cours de campagne….
L’anticipation et la réactivité, au moment de la réflexion du projet de conversion et en cours de saison, sont les deux principales clés de réussite de la protection phytosanitaire en viticulture biologique.
En savoir +
Conversion à la viticulture biologique et maîtrise des bioagresseurs, A. Merot et N. Smiths, INRA – UMR System. Cahier technique – Spécial 9ème journée scientifique de la vigne. pp 6-8.
Liste des substances actives autorisées en agriculture Biologique annexe II du RCE 889/2008 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32008R0889&from=EN
FRANCIS MARRE, vigneron du domaine Rotier
“En BIO il faut abandonner l’idée de cadence fixe. C’est la météo qui commande !”
Le domaine Rotier est un domaine familial situé à Cadalen (81). Nos 35 ha de vignes sont plantés avec des cépages locaux (Duras, Braucol, Syrah, Prunelart, Loin de l’œil), consacrés exclusivement à la production de Gaillac AOC. Après quelques années « d’apprentissage », nous avons commencé la conversion de tout le vignoble en Agriculture Biologique à partir de 2009.
Pendant cette phase de conversion, nous avons été accompagné par un conseiller privé, ce qui nous a permis d’intégrer les spécificités de la gestion des vignes en bio avec plus de sérénité. 2012 a été la première année certifiée AB. En ce qui concerne la protection phytosanitaire, la principale maladie est le mildiou. Dès que nous avons commencé la conversion, nous avons compris qu’en bio, il faut abandonner l’idée de cadence fixe, c’est la météo qui commande ! Nous renouvelons les traitements après un cumul de pluie de 20 mm. Le nombre de traitements est donc très variable d’une année à l’autre : de 6 à 12. Il nous est déjà arrivé de devoir faire un traitement en début de semaine et de devoir le renouveler en fin de semaine.
Le principal changement quand on passe en bio est d’ordre psychologique: être plus réactif, plus anticiper les traitements qu’en conventionnel, certaines années accepter d’avoir quelques taches sur les feuilles. Il faut se donner les moyens de positionner un traitement avant chaque pluie, en intervenant le plus près possible de celle-ci. Il faut donc surveiller très régulièrement les prévisions météo, qui restent le principal problème car elles ne sont pas toujours suffisamment précises.
Depuis que nous sommes en bio, nous avons fait évoluer notre matériel de pulvérisation: nous avions un pneumatique 4 faces en conventionnel. En 2012, nous avons changé pour un pneumatique 6 faces utilisant la technique des jets projetés avec assistance d’air (rampe Technoma Précijet). En 2015, nous en avons acheté un second pour être plus réactifs : maintenant, il nous faut 12 h à 2 pulvérisateurs pour traiter tout le domaine, ce qui nous permet de traiter tout le vignoble la veille d’une pluie annoncée. Nous avons la chance d’avoir des sols de graviers de terres alluviales, assez filtrants. Malgré tout, nous maintenons un enherbement 1 interrang sur 2 ou 3 pour améliorer la portance et pouvoir renouveler le traitement le plus tôt possible après une pluie.
Les autres maladies (oïdium et blackrot) sont bien gérées et ne posent pas de problème. Pour l’eudémis, nous travaillons avec la confusion sexuelle qui donne de très bons résultats. Les deux premières années, nous faisions en plus des traitements insecticides au spinosad. Depuis 3 ans, la confusion est suffisamment efficace. Concernant la flavescence dorée, nous sommes très vigilants. Nous avons dû arracher une souche l’année dernière. Nous sommes en zone à deux traitements obligatoires. Nous réalisons les deux traitements au pyrèthre naturel chaque année.
Œnologie - Comment s'affranchir d’une partie du sulfitage en vinification bio
CE QUE DIT LA REGLEMENTATION BIO
La réglementation bio UE sur la vinification autorise l’apport de sulfites en vinification sous toutes les formes autorisées en œnologie (SO2 gaz, mèche, solution d’anhydride sulfureux, solutions alcalines (bisulfite de potassium et méta bisulfite de potassium). La restriction porte sur les niveaux de SO2 total des vins à la commercialisation.
Tableau des teneurs en sulfites selon les standards
Aujourd’hui, la demande commerciale poussent les vignerons à réduire voir supprimer totalement l’usage des sulfites en vinification.
La mention «vin sans sulfites ajoutés» pourra apparaitre sur l’étiquette de tout vin (bio ou conventionnel) dès lors que l’opérateur peut prouver qu’aucun sulfite n’a été utilisé dans l’élaboration du produit. Toutefois si les teneurs sont supérieures à 10 mg/l de SO2 T, la mention «contient de sulfites » est obligatoire sur l’étiquette.
Rôle du SO2 et facteurs de variabilité
La maitrise de la réduction des sulfites en vinification nécessite une bonne connaissance de ces rôles et de son métabolisme.
La réduction des sulfites en vinification nécessite principalement de trouver des alternatives pour la gestion de l’oxydation des moûts notamment en blanc et rosé (gestion du brunissement) et pour la gestion des risques microbiens.
VINIFIER SANS SULFITES AJOUTES EN PRE-FA-BIO
Maitrise des risques d’oxydation
Plusieurs partenaires (IFV, Inter Rhône, ICV, la Chambre d’Agriculture 66 et Sud- vinbio) se sont réunis autour d’un projet régional (CPER financé par la région Languedoc-Roussillon et France Agrimer) visant à chercher des alternatives à la PVPP (interdite en bio) afin de gérer les risques de brunissement des moûts.
Les recherches ont montré l’intérêt de la protéine de pois pour le traitement des moûts blancs et rosés. La caséine reste également une bonne solution! Les effets des différentes colles testées surmoût sont synthétisés dans le tableau ci-dessous.
Tableau récapitulatif des solutions existantes pour traiter l’oxydation des moûts en blanc et rosé, testées en conditions expérimentales (Projet CPER LR 2012-2014).
La protéine de pomme de terre (PDT) et le chitosane à des doses élevées montrent également une bonne efficacité, mais restent, pour le moment, interdits en bio. Cependant ils ont obtenus un avis positif d’EGTOP* et pourraient intégrer prochainement la réglementation bio européenne.
Maitrise des risques microbiens
RAPPEL RÉGLEMENTAIRE
Un rappel réglementaire concernant les solutions de maitrise des risques microbiens autorisés ou interdits en bio est présenté dans le tableau ci-dessous.
Tableau des solutions de maitrise des risques microbiens
FERMENTATION ALCOOLIQUE (FA) SANS SULFITES : ATTENTION AUX RISQUES DE DÉVELOPPEMENT MICROBIENS
Sans sulfites, on s’expose à une multitude de populations microbiennes dès le raisin et sur le moût à l’entrée en cave : population surtout non saccharomyces (levures apiculées, levures oxydatives) plus ou moins productrices d’acétate d’éthyl, d’acidité volatile et plus ou moins résis- tantes à l’éthanol.
Au cours de la FA, les levures Saccharomyces prendront progressivement le dessus, mais en fin de FA les microorganismes d’altération pourront se redévelopper, notamment les Brettanomyces et les bactéries d’altération.
UN SEUL MOT D’ORDRE : LA PRÉVENTION
Il n’existe pas de solution alternative totale à la maîtrise des risques microbiens en bio en condition de non sulfitage notamment en pré-FA! Il faut mettre en place une série de mesures préventives.
L’important en absence de sulfites est « d’occuper rapidement et intensément la place par une ou des populations microbiennes connues favorables ou neutres ». Plusieurs solutions pour cela sont décrites ci-dessous.
Solution 1
LA BIOPROTECTION AVEC UNE LSA SACCHAROMYCES OU NON SACCHAROMYCES
La bioprotection en oenologie est considérée comme une solution alternative au sulfitage pré fermentaire et consiste à ensemencer précocement sur raisin ou sur moût des espèces de levures connues et maitrisées qui s’implantent au détriment d’une flore indigène potentiellement d’altération. Un projet régional (financement Région Occitanie) réunissant différents partenaires (IFV, ICV, Inter Rhône, Chambre d’Agriculture 66 et Sudvinbio) a testé différentes solutions de bioprotection pour la gestion de populations microbiennes en vinification bio.
EXEMPLES D’ITINÉRAIRES DE BIOPROTECTION TESTÉS
Pour les rouges en vinification traditionnelle: positionner précocement une LSA Saccharomyces sur vendange (au vignoble si possible). L’utilisation de la levure en non réhydratée est envisageable à condition d’augmenter la dose et d’avoir évalué le comporte- ment de la levure en condition de non réhydratation (demander conseil au four- nisseur). Dans ce cas, le relevurage n’est pas indispensable: on évite ainsi des risques de «concurrence» entre les souches.
En blanc et rosé, il est déconseillé d’utiliser sur vendanges ou sur moût des levures Saccharomyces et non Saccharomyces ayant un potentiel fermentaire, car le risque de démarrage de la FA en phase de débourbage est trop important. Préférer une levure non Saccharomyces non fermentaire réhydratée, sur vendange ou sur moût. Dans ce cas le relevurage avec une levure Saccharomyces pour réaliser la FA sera nécessaire.
LES POINTS DE VIGILANCE
▷ S’assurer de la compatibilité entre la levure servant à la bioprotection et celle éventuellement ajoutée ensuite pour la FA.
▷ S’assurer d’une quantité d’azote suffisante en début de FA: la levure de bioprotection utilisant une partie de l’azote, il faudra, en cas de carence, prévoir de compenser par des ajouts.
Solution 2
LA VINIFICATION EN LEVURES INDIGÈNES MAIS MAITRISÉE ET OPTIMISÉE
Le choix d’utiliser les micro-organismes indigènes pour réaliser la FA est de plus en plus répandu. Des essais de pied de cuve indigène (PDC) ont été menés afin d’améliorer la maitrise de cette pratique et de fournir aux professionnels des outils pour sécuriser le process.. Le PDC de levures indigènes permet une présélection et favorise l’implantation de levures Saccharomyces cerevisiae pour la FA.
QUELQUES CLÉS DE RÉUSSITE D’UN PDC
▷ Sulfitage léger sur mout : 2 g/hl
▷ Réaliser le PDC sur un mout non débourbé
▷ Lancer la fermentation du PDC entre 20 et 25°C
▷ Faire des apports d’azote si le mout est carencé
GESTION D’UTILISATION
▷ S’assurer qu’il a une bonne dynamique de fermentation (perte d’au moins 30 points dans les 3 premiers jours)
▷Réaliser une analyse micro- biologique sur le PDC avant utilisation (Brett et population minimum de Saccharomyces: 106 UFC/ml).
▷Incorporation idéale jusqu’à 1020 de densité entre 1 et 3% du volume de la cuve à ensemencer avec un delta de température non supérieur à 5°C
▷Possibilité de recharger au moins une fois le PDC (1 vol de PDC pour 6 vol de moût).
▷ Faire des apports d’azote si le mout ensemencé est carencé.
Par Valérie PLADEAU de Sudvinbio
Crédit photo : Adobe Stock
Valoriser ses produits en vendant à des intérimaires
La vente directe est très présente en Occitanie et les producteurs qui s’installent ou se convertissent pensent spontanément à ce débouché. Vendre à un intermédiaire est parfois perçu de manière négative alors qu’on peut aussi valoriser ses produits sans ce lien direct avec le consommateur. Vous découvrirez dans ce dossier les chiffres clés de la consommation bio, de la distribution et les dernières évolutions du secteur. Un des rôles des organismes bio est de mettre en lien l’amont et l’aval. La réalisation en avril d’une journée pour les magasins Biocoop avec producteurs et transformateurs en est une belle illustration.
Les Marchés de Gros (qu’on nomme aussi marchés gares) représentent aussi une opportunité à laquelle on ne pense pas spontanément : ils permettent pourtant de toucher une autre clientèle (primeur, épicerie, restaurant…). De belles dynamiques se mettent en place autour des produits bio sur les MIN, notamment de Montpellier et de Toulouse. Un projet de carreau bio et local a vu le jour et d’autres projets devraient se concrétiser prochainement… à suivre dans les prochains numéros !
Distribution, chiffres clés, évolution et contexte
Le chiffre d’affaires de la consommation des produits bio en France atteint 8,3 milliards d’euros (+ 17% vs 2016). La consommation des produits bio représente désormais 4.4 % de la consommation alimentaire. La demande des consommateurs pour les produits bio est en croissance depuis plus de 10 ans et cette croissance ne se dément pas. Entre 2012 et 2017, le marché a doublé. (cf. article observatoire). Les ménages Français réalisent leurs achats dans quatre circuits de distribution présentés ci-contre selon leurs parts de marché.
Cette diversité des circuits de distribution pour les produits biologiques est une spécificité française, notamment l’importance du circuit des magasins bio spécialisés, circuit qui n’existe pas chez tous nos voisins européens. Cette structuration du marché est un réel atout pour
les producteurs et transformateurs qui peuvent ainsi diversifier leurs circuits de commercialisation, mais aussi pour les consommateurs qui ont le choix entre différents modèles et lieux de vente.
Des équilibres qui évoluent
Pour la première fois, l’an passé, la grande distribution a progressé plus vite (+ 21%) que les enseignes spécialisées à + 15%. Depuis 2011, la croissance des ventes de produits biologiques dans les enseignes généralistes de la GMS, y compris leur e-commerce, était inférieure à celle des autres circuits de distribution. 2017 marque un tournant : les GMS ont développé leurs gammes bio, de façon générale et de façon plus spécifique dans leurs magasins de proximité et le drive, porteurs de croissance. La belle progression des ventes en GMS des produits d’épicerie (+27 %), des fruits et légumes frais (+22 %) et des boissons alcoolisées (+21 %) a contribué à remonter la part de marché des GMS à 46 % (+1,2 points vs 2016).
Même si le circuit spécialisé bio connaît toujours une belle dynamique illustrée par l’ouverture régulière de nouveaux magasins, il ne connait pas les records de croissance de 2016 : + 15% en 2017 vs + 25% en 2016. Sa part de marché recule légèrement (-1,1 point), dû notamment aux commerces indépendants dont la croissance est très faible.
Les équilibres du marché bio sont donc en train d’évoluer, la distribution des produits bio en France se trouve peut-être à un tournant de son histoire. En effet, différentes chaines de GMS ont annoncé dans les médias leurs ambitions de développement, et ils entendent avancer sur les deux tableaux : d’une part via la croissance de leur offre bio dans les hyper et supermarchés et de leur offre drive, mais aussi en créant de nouvelles chaines de magasins bio spécialisés.
Début 2018, Leclerc a annoncé vouloir devenir le premier distributeur de bio en France et vouloir créer 200 magasins bio. Carrefour souhaite doubler son chiffre d’affaire bio d’ici 2021, une ambition qui passe, entre autres, par un fort développement du réseau de magasins Carrefour Bio : objectif 150 magasins à l’horizon 2021. En juillet 2018, Carrefour a aussi racheté le réseau régional de magasins spécialisé SO.BIO, qui possède 8 magasins dans le Sud-Ouest.
Par ailleurs Intermarché s’est allié avec le réseau des « Comptoirs de la bio » (140 magasins) et ambitionne aussi d’augmenter le nombre de ces magasins. Toutes ces annonces montrent une réelle offensive des acteurs de la grande distribution, qui sont très intéressés par ce marché en croissance…
La distribution Bio en Occitanie
Fin 2017, on dénombrait en région Occitanie 935 commerces de détails certifiés bio (+107 par rapport à 2016), dont 505 Grandes et Moyennes Surfaces, 290 magasins spécialisés bio et 140 autres points de vente bio (Jardineries, épiceries, magasins de thés, primeurs, E-commerce).
La région Occitanie est la troisième région de France en nombre de magasins bio, après l’İle de France et Auvergne-Rhône-Alpes. La vente directe est particulièrement bien développée en Occitanie, les producteurs bio sont près présents sur les marchés et boutiques de producteurs, de plus les vignerons bio qui représentent une part importante des producteurs bio vendent beaucoup au caveau.
La distribution bio face à de nouveaux challenges !
Ce nouveau contexte amène les acteurs de la filière bio à s’interroger. L’approvisionnement de ces nouveaux points de vente sera un réel défi: l’offre en produits bio française sera-t-elle suffisante pour que cela ne soit pas une porte ouverte à l’importation ? Les producteurs, coopératives et transformateurs s’interrogent aussi sur les relations commerciales qui pourront se construire avec ces acteurs: face à ces groupes de la grande distribution, comment maintenir des prix rémunérateurs et la valeur ajoutée de la bio ?
Les distributeurs bio, réseaux de magasins spécialisés, eux, devront s’adapter à ce nouveau contexte. Ils réfléchissent à leurs atouts, à comment se différencier: comment construire des filières d’approvisionnement durables, comment continuer à innover, comment mettre en valeur le conseil, le lien au consommateur ? Tous ces débats ont eu lieu au sein de nos associations ainsi qu’en commission distribution au sein d’INTERBIO Occitanie et ne manqueront pas de se poursuivre dans les mois à venir sur ces sujets majeurs pour l’évolution de nos filières bio régionales.
Magasin Biocoop Les myrtilles à Pamiers (09).
VENDRE EN MAGASIN BIO, FACILITER LA RENCONTRE MAGASINS ET PRODUCTEURS / TRANSFORMATEURS
L’exemple de la journée Biocoop
Comme mentionné dans l’article précédent, l’évolution rapide de la distribution bio, le positionnement de nouveaux acteurs et la demande crois- sante des consommateurs pour le local sont des éléments importants dont doivent tenir compte les magasins spécialisés. Cela pose la question de la sécurisation des approvisionnements et de la mise en avant les produits locaux auprès des consommateurs.
En ex-région Languedoc-Roussillon, une action a été menée sur un peu plus de 2 ans pour améliorer et valoriser le référencement des produits bio régionaux en magasins. Chaque magasin spécialisé a ainsi été visité au moins une fois. Il en était ressorti un besoin de créer du lien entre les différents acteurs de la filière.
Biocoop, le local et l’organisation de la journée
L’Occitanie comptait, fin 2017, 290 magasins spécialisés bio dont 80 font partie du réseau Biocoop. Biocoop, leader du réseau des magasins bio en France, est un modèle coopératif qui repose sur la valeur fondamentale que les sociétaires Biocoop donnent la priorité à l’approvisionnement en produits locaux. Est considéré comme local par Biocoop un produit brut ou transformé situé à 150 kilomètres routiers maximum du magasin.
Rattachés aux 4 plateformes logistiques réparties sur le territoire national, des chargés de développement local accompagnent les magasins dans leurs achats locaux et harmonisent le référencement local. Ils établissent aussi des liens entre les magasins et la filière locale, qui peuvent prendre la forme de journées de rencontre entre magasins et producteurs/transformateurs. La réussite des journées réalisées en Provence et Rhône Alpes, a débouché sur une prise de contact entre la chargée de développement local de la plateforme Sud-Est et Sud & Bio, l’association interprofessionnelle qui œuvrait en Languedoc-Roussillon. OCEBIO et Bio Occitanie ont travaillé avec les deux chargées de développement local Sud-Est et Sud-Ouest-dont dépendent les magasins d’Occitanie – notamment pour définir les produits recherchés par les magasins et les fournisseurs à inviter.
Un beau panel de produits était ainsi représentés lors de la journée : légumes, fruits, miels, produits à base de châtaignes, plantes aromatiques, glaces, biscuits, plats préparés, confitures, sirops, bières, kombucha…
Déroulement de la journée Biocoop
La rencontre Biocoop et producteurs/transformateurs a eu lieu le 11 avril 2018 chez Stéphane Guesdon, installé en arboriculture à Thézan les Béziers depuis 1987. En bio depuis 1998, il a créé le GAEC des saveurs bio avec sa fille Johanna début 2016. Ils exploitent désormais 12 hectares de vergers diversifiés et deux hectares de maraîchage, dont 400m2 de serre froide.
La journée a réuni une soixantaine de personnes dont :
▶ 8 producteurs
▶ 14 transformateurs
▶ 16 magasins Biocoop (27 personnes), 3 porteurs de projet magasins, et les 2 chargées de développement local SO et SE.
La matinée a pris la forme d’un marché où chaque producteur/transformateur disposait d’un stand pour faire découvrir et déguster ses produits aux gérants et chefs de rayon des magasins Biocoop, en toute convivialité. Les échanges se sont poursuivis lors du buffet bio et local proposé par un traiteur du secteur.
L’après-midi était consacrée à un débat par sur le thème “Place du local dans les magasins Biocoop, quelles problématiques ? Quels leviers d’actions ? “. Producteurs, transformateurs et magasins ont pu s’exprimer librement. La planification, la mutualisation, notamment logistique, la création du lien de la production à la fourchette et comment valoriser l’histoire des produits auprès des consommateurs, une meilleure connaissance des métiers de chacun… sont les thématiques ressorties et qui pourront alimenter la réalisation d’autres journées d’échanges.
Suite au succès de cette journée, d’autres rencontres sont prévues à l’automne pour valoriser l’offre bio régionale auprès des magasins spécialisés, au-delà du seul réseau Biocoop, à Toulouse et à Montpellier. Si vous êtes intéressés pour y participer afin de présenter vos produits et accéder ainsi à de nouveaux débouchés, nous vous tiendrons informés dans un prochain numéro.
EVENEMENT
“Manger bio et local c’est l’idéal” campagne d’information soutenue par Biocoop en Occitanie !
La Campagne «Manger Bio et Local c’est l’idéal » vise à sensibiliser les citoyens et interpeller les élus sur les enjeux de l’agriculture biologique et des circuits courts. Elle se manifeste par un programme d’animations diversifiées: fermes ouvertes, conférences, animations sur les marchés et dans les magasins bio, ciné-débats, colloques, repas bio en restauration collective et commerciale…
C’est une opportunité de valoriser l’approvisionnement local des magasins Biocoop et les actions menées entre les groupements d’agriculteurs biologiques, et le réseau de magasins Biocoop. Depuis 2016, le soutien financier de Biocoop aux régions est décentralisé. Ainsi pour 2018, Bio Occitanie bénéficie du soutien de Biocoop pour communiquer sur les évènements (environ 35 prévus à ce jour) et a notamment lancé la page Facebook @BioOccitanie.
LES OBJECTIFS DE LA CAMPAGNE
▶Mieux faire connaître les contributions positives de l’agriculture bio locale (emplois, protection de l’environnement et de la santé…) aux élus et aux citoyens
▶Aider à découvrir pourquoi et comment consommer des produits bio en circuits courts
▶Aider à éviter l’amalgame avec les produits locaux et non bio “manger bio et local c’est l’idéal” campagne d’information soutenue par Biocoop en Occitanie !
PLUS D’INFOS
▶page Facebook @BioOccitanie
▶site internet national : www.bioetlocal.org
COMMERCIALISATION SUR LES MARCHES DE GROS
Les Marchés de Gros de France, qu’ils soient classés Marchés d’Intérêt National ou non, «sont des plateformes agroalimentaires importantes au service du commerce de gros» (INSEE, 2011). Les produits sont achetés en grande quantité, entreposés et vendus à différents types de clientèles sous forme de détail. Créés par le décret n°53-959, le 30 septembre 1953 à la suite de la seconde Guerre Mondiale, les MIN sont des lieux de négoce de gros, qui regroupent sur un même lieu l’offre (des producteurs, des grossistes, des prestataires de service…) et la demande (différents acheteurs) essentiellement des secteurs de l’alimentaire et de l’horticulture. Ils sont dotés d’infrastructures logistiques importantes et reliées au rail et à la route.
TEMOIGNAGE
Marie Hélène Santarelli,
Présidente du Conseil d’Administration de Mercadis-SOMIMON.
Valoriser la qualité des productions locales tout en développant des emplois pérennes sur le territoire, telle est la principale vocation du Min de Montpellier. Pour les producteurs, vendre au carreau est l’occasion rêvée de rencontrer des professionnels en un minimum de temps dans un même lieu.
Le marché gare de Montpellier a souhaité ouvrir cette opportunité aux producteurs sous SIQO AB par le Lancement d’un «Carreau Bio». Depuis octobre 2017, ce carreau Bio se déroule en même temps que le carreau conventionnel. Nous travaillons avec la Chambre d’Agriculture et le CIVAM Bio34 pour répondre à la demande de ce marché en pleine expansion.
Nous valorisons cette offre AB sur notre catalogue produits et sur notre future plateforme numérique destinés aux acheteurs professionnels. Aujourd’hui nous avons plusieurs actions en cours dont celle de développer une offre commerciale mutualisée des producteurs locaux autant de nouveaux services propices à développer les relations acheteurs/fournisseurs.
Marie Hélène SANTARELLI,
Présidente du Conseil d’Administration de Mercadis-SOMIMON.
Conseillère de Montpellier Méditerranée Métropole.
Adjointe à la ville de Montpellier déléguée à l’alimentation durable.
Montpellier, le carreau bio et local
Le MIN de Montpellier Méditerranée Métropole – Mercadis propose un carreau de producteurs 3 après-midis par semaine. Ce marché leur permet de vendre leur production en direct aux épiceries, primeurs, restaurants et autres distributeurs de proximité.
Dans le cadre du projet agro-écologique de la Métropole, le MIN a souhaité créer un carreau de producteurs spécifiquement bio afin de mettre en avant la production bio locale. Le CIVAM Bio 34 et la Chambre d’Agriculture de l’Hérault ont été sollicités début 2016 par le directeur du MIN pour participer au montage de ce projet de création d’un « carreau bio ». Un producteur bio qui fréquentait le carreau de Montpellier a joué un rôle moteur dans l’émergence de cette initiative.
L’année 2016 a été consacrée à l’étude les débouchés de ce carreau bio, rechercher des producteurs intéressés et les fédérer autour de ce projet, et participer à la mise en œuvre concrète du projet.
Le carreau a été lancé officiellement le 4 octobre 2017 et a connu un succès prometteur, en regroupant 7 producteurs et environ une centaine d’acheteurs.
L’inauguration a eu lieu le 8 novembre, en même temps qu’un show-room des produits labellisés (voir encart ci-dessous).
Cette action a permis de redynamiser les carreaux du MIN et est une des actions à l’origine de la dynamique collective qui existe aujourd’hui sur le MIN: les producteurs habitués du carreau traditionnel et les nouveaux venus bio se sont retrouvés lors de réunions pour discuter de leurs préoccupations et faire émerger de nouveaux projets, comme la mutualisation commerciale qui est en bonne voie pour fin 2018.
LE CARREAU BIO DES PRODUITS TRANSFORMES
Le show-room des produits labellisés a réuni des producteurs bio de légumes, des producteurs-transformateurs bio ainsi que des entreprises de transformation bio. Cet événement a été l’occasion de présenter aux acheteurs habituels du MIN et à d’autres acheteurs conviés exceptionnellement pour cet événement, une large gamme de produits transformés issus d’exploitations ou d’entreprises locales.
Les produits transformés sont maintenant présents un vendredi tous les 15 jours, de 15h à 17h en même temps que le carreau de producteurs. De nombreux produits bio sont proposés : bières, vins, biscuits, macarons, miel, confitures, plats préparés…
Le MIN de Toulouse devient Le Grand Marché
Le MIN de Toulouse connaît depuis un an une évolution forte avec sa reprise par Lumin Toulouse, société composée de la société gestionnaire du Marché International de Rungis, la Semmaris et La Poste.
Pour Stéphane Layani, Président de Lumin Toulouse «L’ambition de ces investissements majeurs est clair : je souhaite faire du MIN de Toulouse et de sa plateforme logistique le 2ème plus grand marché de France après Rungis et l’incontournable plaque tournante de l’agroalimentaire du sud hexagonal ». Pour sa directrice, Maguelone Pontier, cette ambition est atteignable puisque « non seulement l’Occitanie est la première région agroalimentaire de France, mais elle présente aussi la plus forte croissance démographique».
Les projets de la nouvelle équipe dirigeante sont nombreux. Parmi ceux-ci plusieurs concernent le bio. Tout d’abord, le MIN souhaite enrayer l’érosion du nombre de producteurs venant sur le carreau des producteurs et développer l’offre bio. La demande est très importante et n’est pas satisfaite, que ce soit en produits pour les grossistes (dont Pronatura installé sur le MIN), les commerces de proximités ou les restaurateurs. Le fait que La Poste soit associée dans la reprise du MIN va aussi permettre de travailler sur l’enjeu du «dernier kilomètre » à partir de son expertise. Cet enjeu est important dans un souci de coût de cette logistique mais aussi pour réduire son impact sur l’environnement.
Autre projet, l’accompagnement au développement de la zone maraichère de Blagnac avec l’objectif de permettre l’installation de maraichers qui pourraient bénéficier de contrats avec les entreprises présentes sur le MIN. Là aussi la demande en produits bio et locaux est forte.
Enfin comme sur Montpellier, Interbio Occitanie va organiser en fin d’année avec ses membres une journée de ren- contres et d’échanges entre les commerces de proximité et les producteurs et entreprises de transformation bio. Et le MIN, de par ses objectifs de mise en avant du local et de la proximité est bien le lieu le plus adapté à cet évènement.
Par Amélie BERGER d’OCEBIO, Laure TEZENAS DU MONTCEL de la chambre d’Agriculture de l’Hérault, Elodie BERNARD de CIVAM BIO 34, Nancy FAURE d’Interbio Occitanie et coordonné par Bénédicte FIRMIN de CIVAM BIO 34
Crédit photo : Interbio Occitanie
Autonomie des élevages - Expérimentation sur l’évaluation de mélanges de prairies à flore variée en élevages biologiques
Depuis fin 2016, Bio 46 le groupement des agriculteurs bio du Lot accompagne un groupe d’éleveurs dans la mise en place d’essais de mélanges prairiaux à flore variée (PFV) en partenariat avec l’INRA de Toulouse. Les suivis de ces prairies s’étendent sur 4 années (2016-2020). Entre l’automne 2016 et le printemps 2017, ce sont sept parcelles qui ont été implantées chez cinq éleveurs bios de différentes productions :ovin viande, bovin lait, caprin lait. La première saison de végétation de ces jeunes prairies a été suivie via des relevés botaniques et des analyses en laboratoire mais aussi via un suivi régulier par les éleveurs. Ce projet participe à l’élaboration de l’outil en ligne libred’accès Capflor®, outil d’aide à la décision qui visera à préconiser des mélanges prairiauxaux éleveurs selon leurs besoins et conditions pédoclimatiques. En 2018, une dizaine denouvelles parcelles seront semées et trois éleveurs ont rejoint les essais, permettantnotamment d’élargir la palette de conditions pédoclimatiques et des productions avec les bovins viande.
La prairie à flore variée de quoi parle-t-on ?
La définition de la prairie à flore vairée est établie par Vladimir Goutiers, chercheur à l’INRA, à l’initiative de la mise en place d’essais dans différentes régions de France. « Une prairie à flore variée est un mélange semé, complexe, de pérennité variable mais supérieur à trois ans, contenant plus de six espèces, avec plusieurs variétés par espèce (ex. luzerne flamande et luzerne méditerranéenne), avec au minimum trois familles botaniques pour les mélanges dits de pâture et deux familles pour les mélanges de fauche. La prairie à flore variée fournit plusieurs services comme la couverture du sol (limite les adventices), la fourniture en azote avec des légumineuses de longue durée, la production de biomasse, l’action antiparasitaire, et ce, en s’appuyant sur des principes écologiques. »
Eleveur caprin sur le Causse du Lot
« Je suis éleveur caprin sur le Causse du Lot. Sur mes prairies temporaires, j’ai toujours implanté un mélange à base de luzerne (luzerne/dactyle le plus souvent). Naturellement, j’avais de plus en plus de mal à réimplanter la luzerne. J’ai cherché une alternative et Bio 46 m’y a aidé. Après plusieurs formations avec le GAB sur l’autonomie alimentaire, il y en a une qui m’a particulièrement convaincue, celle avec Vladimir GOUTIER (INRA / CAPFLOR). Il parlait des prairies à flores variées. »
Petite histoire des mélanges prairiaux
Les prairies à flore variée représentent une voie « nouvelle » par rapport à l’approche française classique des prairies, basée notamment sur des associations binaires de type ray-grass anglais / trèfle blanc, dactyle / luzerne jusque dans les années 2000. Aujourd’hui, les entreprises de semences proposent des mélanges comprenant deux Légumineuses, deux Graminées et quelques autres références. Ces mélanges durent de deux à quatre ans maximum.
Par ailleurs, l’approche française de la sélection semencière s’est appuyée sur le développement de nombreuses variétés (selon leur précocité, leurs aptitudes au pâturage ou à la fauche…) au détriment d’une diversité d’espèces. La sélection s’effectue en général sur une durée de trois
ans avant la mise sur le marché. Les performances des espèces sur le plus long terme (plus de cinq ans) ne sont que peu étudiées, tout comme leurs performances en mélange, ce dernier rendant plus difficile l’évaluation de la performance de chaque espèce.
D’un point de vue réglementaire, le contrôle de la qualité des semences commercialisées est confié en France au Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis) et est assuré par un service technique dédié, le Service Officiel de Contrôle et de Certification (SOC). Le contrôle permettant d’apposer « l’étiquette SOC » sur les mélanges prairiaux du commerce repose sur des critères qui ne permettent pas de certifier les mélanges de prairie à flore variée.
▶ Par exemple, la dose semée à l’hectare ne doit pas dépasser 30 kilos, tandis que les mélanges à flore variée sont souvent autour de 40 kilos, du fait du nombre d’espèces et de la longévité du mélange. Ainsi, la mise en place de ces essais est nécessaire face au manque de mélanges de ce type sur le marché.
Améliorer l’autonomie et la résilience des élevages bio
Face aux aléas notamment climatiques de plus en plus fréquents, les agriculteurs sont contraints d’adapter leurs systèmes d’exploitation afin de maintenir une activité viable. En Agriculture Biologique, cela se traduit le plus souvent par des modifications de l’assolement avec des cultures plus résistantes. Parmi celles-ci, les prairies à flore variée montrent un réel intérêt en termes d’autonomie et de souplesse. Cependant, le manque d’expériences et de connaissances concernant la dynamique et les performances de ces mélanges ainsi que leurs adaptations aux conditions d’exploitations en Agriculture Biologique constitue un frein au développement de cette pratique.
Produire des références locales
Ainsi, la mise en place des essais directement en élevage dans diverses conditions pédoclimatiques a pour objectif l’établissement de références
locales sur la performance des mélanges prairiaux à flore variée. Les compositions de mélanges sont définies en fonction des conditions climatiques locales, des caractéristiques physiques et chimiques de la parcelle (texture, pH, réserve en eau, fertilisation), des besoins de l’éleveur (parure, fauche, mixte, utilisation précoce, tardive). Ces mélanges associent en général une dizaine d’espèces dont des graminées (ray-grass, fétuques, festuloliums, pâturin, brome etc.), des légumineuses (trèfles annuels, trèfles violet et blanc, luzernes, lotier, sainfoin) mais aussi d’autres espèces comme le plantain et la chicorée, voire des espèces mellifères par exemple. La place de chaque « famille » d’espèces au sein de la prairie va évoluer au cours du temps : espèces d’implantation rapide, espèces de production (2 à 5 ans), espèces de fond prairial. L’étalement de la production est assuré avec des espèces précoces à tardives.
Des résultats encourageants
Dans le Lot, les résultats de la première année de végétation des prairies sont encourageants. L’analyse des relevés botaniques effectués par Bio 46, le suivi régulier par les éleveurs (calendrier de pâturage, récolte de foin, observations etc.) et les analyses de valeur alimentaire en laboratoire
permettent de dresser un premier bilan à l’automne 2017 : les graminées semées représentaient entre 20 et 50% des espèces relevées, les légumineuses semées entre 20 et 40%, et les diverses (plantain, chicorée notamment) entre 14 et 26%.
Globalement, peu de sol nu, sauf pour les parcelles où le semis n’a pas été suivi de conditions climatiques favorables à la levée (5-10% de sol nu estimé). La digestibilité des prairies était également bonne avec une moyenne de 73%, ainsi que les matières azotées totales avec une moyenne de 17.6% (jusqu’à 23% pour certaines parcelles).
Globalement, les éleveurs soulignent l’importance du semis : une bonne préparation du sol, un semis à la volée à favoriser en bio (couvre le sol de manière plus homogène), le mélange des graines.
▶ Petit à petit, une dynamique collective se met en place autour de ces essais prairiaux : une commande groupée des semences a été menée par les éleveurs en partenariat avec Bio 46 au début d’année, le nombre d’éleveurs impliqués augmente et facilite ainsi les échanges entre éleveurs d’une même zone ou d’une même production, les surfaces implantées passent d’une dizaine d’hectares en 2017 à une trentaine en 2018. Plusieurs éleveurs ont déjà témoigné de leur intérêt pour ces essais. Des actions ponctuelles sont mises en place (ex. démonstration de semis). Bio 46 projète également de réaliser des études plus complètes de l’impact des prairies à flore variée dans les systèmes d’élevage.
Rédigé par Lauriane Vollet de BIO 46
Crédit photo : ec_organic










