Accompagner vers l'apiculture Bio en Occitanie 1

Accompagner vers l'apiculture Bio en Occitanie

Malgré la technicité requise pour arriver à mener son cheptel apicole en bio plutôt qu’en conventionnel, la part des apiculteurs d’Occitanie s’inscrivant dans la démarche est en constante évolution depuis les dix dernières années. En 2017, la France comptait 702 apiculteurs labellisés AB, dont 163 en Occitanie qui recèle un quart du cheptel apicole bio Français.

L’éthique principalement, mais aussi un accès facilité au marché du demi-gros, une meilleure valorisation de ses produits, une moindre pollution des cires, un crédit d’impôt… Les raisons sont multiples pour avoir envie de convertir son exploitation apicole en bio. Toutefois le cadre règlementaire freine encore la majeure partie des apiculteurs régionaux. Les principaux points de cadrage portent sur la localisation des ruches et les intrants, notamment les traitements contre les ravageurs de la ruche, le nourrissement et la cire. Au-delà d’une adaptation à un cahier des charges, la conversion en bio nécessite une technicité fine et de l’observation (traitements varroa plus contraignants, évaluation de l’infestation pour anticiper les pics d’infestation), de l’organisation pour pallier aux prix élevés des intrants (commandes groupées, circuit de cire fermé) et dans certains cas une modification de sa stratégie complète de gestion de cheptel. Même si les obstacles peuvent paraître nombreux, la filière se bat pour trouver des solutions, et trouve de nombreuses pistes afin de faciliter la transition.

Ce dossier propose tout d’abord de faire un zoom sur l’évolution de la filière dans la région ces dernières années, grâce aux chiffres de l’Observatoire Régional de l’Agriculture Bio d’Occitanie. Ensuite, parmi différents obstacles à la conversion, le choix a été fait d’aborder le traitement contre le principal ravageur de la ruche, V. destructor, pour lequel plusieurs méthodes de luttes sont présentées grâce au travail du réseau des Associations de Développement Apicole (ADA). Enfin, grâce à la synthèse réalisée par l’ITSAP-Institut de l’abeille, un focus est développé sur l’évolution de la réglementation qui sera appliquée en 2021.

L’APICULTURE BIO EN OCCITANIE UN ESSAIMAGE REUSSI !

Si l’Occitanie est la plus grande région apicole en terme de nombre de ruches et de miel produit, c’est aussi là où se concentre un quart du rucher bio français. Zoom sur l’évolution de cette filière prometteuse, qui n’a cessé de se développer depuis 2011.

 

EN FRANCE, LE NOMBRE D’APICULTEURS BIO A DOUBLÉ CES DIX DERNIÈRES ANNÉES

À l’instar d’autres élevages, la filière bio en apiculture a connu une forte croissance ces dernières années. En dix ans, le nombre d’apiculteurs bio a doublé pour arriver en 2017 à détenir 9% du cheptel apicole français. La tendance reste largement à la hausse puisque le nombre d’apiculteurs en bio ou conversion bio a progressé de 8% entre 2016 et 2017, date où 702 apiculteurs étaient dans la démarche.

«Près de 10% du volume de miel produit en 2017 était bio»

Le miel AB représente 9% du total du volume de miel produit en 2017, soit 1 816 tonnes. Ce type de miel est presque exclusivement produit par des apiculteurs professionnels. Le rendement moyen par ruche en AB était équivalent à celui des conventionnels en 2017, puisqu’il s’élevait à 23,4 kg de miel produit par ruche. Par ailleurs, près de 60% des volumes de gelée royale produits en France étaient certifiés AB cette année-là*

*Observatoire de la production de miel et de la gelée royale, FranceAgriMer 2018.

L’OCCITANIE, UN QUART DU RUCHER BIO FRANÇAIS

L’Occitanie est l’une des plus grande région apicole française. Elle se place au 1er rang en nombre de colonies (250443 soit 18% des colonies françaises) et au second en nombre d’apiculteurs avec presque 6 % de professionnels (346 sur 5 884 apiculteurs régionaux, soit 11% des apiculteurs français) .

La région Occitanie présente un potentiel apicole très intéressant (miellées variées, saison longue…) et le nombre de porteurs de projets augmente depuis quelques années. En 2017, c’est la principale région productrice de miel (4 132 tonnes, soit 21% de la production nationale*). C’est une des régions pionnière sur le bio : 25% du rucher bio français se trouvait en Occitanie en 2017. La majorité des apiculteurs bio se trouvent dans l’est de la région, plus particulièrement le Gard. L’Ariège abrite un véritable vivier d’apiculteurs bio puisque la majorité des apiculteurs y sont labellisés. Les zones de plaines (Tarn-et-Garonne, Tarn, Haute-Garonne), abritant des grandes cultures, sont historiquement moins attractives pour l’installation en bio.

* Observatoire de la production de miel et de la gelée royale, FranceAgriMer 2018

De la même manière qu’à l’échelle nationale, on constate une hausse importante et progressive du bio ces sept dernières années en Occitanie : + 36% de ruches et + 27% d’apiculteurs entre 2011 et 2017. La tendance en 2018 est à l’explosion du nombre de conversion : en effet, 53 exploitations spécialisées en apiculture se sont engagées en agriculture biologique en Occitanie entre le 1er Janvier et le 22 octobre 2018 contre 21 sur toute l’année 2017*.

* Observatoire régional de la bio – IBO – oct. 2018

MIEL BIOLOGIQUE : COMMERCIALISATION ET PERCEPTION

D’après une enquête en 2017 coordonnée au niveau national par la FNAB (Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique), la totalité des apiculteurs bio réalisent de la vente en pot, et 22% sont également présents sur le marché du vrac. La vente directe ou au détail représente en moyenne 60% des circuits de mise en marché d’une exploitation apicole bio. La vente au détail est dans la majorité des cas combinée à d’autres circuits de vente, seuls 28% des apiculteurs utilisent cet unique circuit de mise en marché. Une étude* FranceAgriMer de 2013 présentait l’avis des consommateurs sur la mention bio pour le miel : d’une part elle suscite des adhésions, la certification bio du miel étant perçue comme un plus par les consommateurs, un facteur rassurant et rendu crédible grâce au label. D’autre part la mention bio peut susciter des rejets : certains consommateurs l’estimaient inutile ou peu crédible pour le miel en général. Par ailleurs elle était jugée redondante pour un miel de petit producteur et «palliative» pour une marque de grande distribution. Des efforts ont été faits depuis pour communiquer sur la plus-value d’un miel bio par rapport à un produit conventionnel. Ils sont à maintenir pour assurer l’avenir du label sur les produits apicoles.

* La perception du marché du miel par les consommateurs, FranceAgriMer, octobre 2013

SOUTIEN A L’APICULTURE BIOLOGIQUE

L’apiculture étant une production « non surfacique », il n’existe pas d’aide à la conversion ou au maintien en agriculture biologique pour cette filière. Cependant, les apiculteurs biologiques ont la possibilité de solliciter un crédit d’impôt. Ce crédit d’impôt est d’un montant maximum de 3500€ par an (à partir de 2018, avant il était de 2500€), et est une aide de minimis. Son montant est déterminé par :
▶ le montant des aides issues de la PAC «bio» ;
▶ le montant des aides de minimis octroyées à l’exploitation sur les trois dernières années ;
▶ le statut juridique de l’exploitation.
Source : ADA France
http://www.adafrance.org/dvpt-apicole/aides-apiculture.php

ALLER PLUS LOIN

▶ Consulter les résultats de l’enquête de 2017 coordonnée au niveau national par le réseau FNAB : https://www.produire-bio.fr/articles-pratiques/recoltes-prix-miel-bio-enquete-2017/

▶ Lire l’interview de Franck Bardet, responsable filière au sein du réseau Biocoop, en charge de la structuration de la filière apiculture biologique «La structuration des filières apiculture bio par Biocoop», réalisée par Christophe Ringeisen de l’OPABA. https://www.produire-bio.fr/articles-pratiques/structuration-filieres-apiculture-bio-biocoop/

VARROA – EST- CE UN VERITABLE OBSTACLE POUR LA REUSSITE DE SA CONVERSION EN BIO

LA LUTTE CONTRE VARROA, UN CASSE-TÊTE CHINOIS

Originaire d’Asie, Varroa destructor est le principal ravageur de la ruche, causant de nombreuses pertes de cheptel tous les ans. En apiculture biologique, la lutte contre cet acarien est réalisée au moyen de certains acides organiques et de certaines huiles essentielles, ainsi que par des méthodes populationnelles (blocage de ponte de la reine, retrait de couvain). Ces méthodes demandent plus de technicité que les méthodes utilisées en conventionnel. La maîtrise de l’infestation varroa est donc fréquemment citée comme un frein à la conversion. Les méthodes existent cependant, un aperçu est détaillé ici.

MÉDICAMENTS HOMOLOGUÉS À BASE D’ACIDE OXALIQUE

L’acide oxalique est une substance non rémanente à action « flash ». Elle présente une très bonne efficacité contre varroa uniquement lorsqu’il n’y a pas de couvain dans la ruche. C’est pourquoi des interventions populationnelles (encagement des reines, retrait de couvain) sont couramment pratiquées par les apiculteurs en combinaison avec les médicaments à base d’acide oxalique pour réaliser leur traitement de fin de saison. L’encagement de reine, sans douleur pour la reine, consiste à la placer dans une cage type Scalvini® pour l’empêcher de pondre sur la durée d’un cycle de couvain de mâle (24 jours). Le format de la cage permet la circulation des abeilles qui viennent nourrir la reine et diffusent ses phéromones dans la ruche. La reine reste donc choyée et la colonie ne se sent pas orpheline. Pendant la période d’encagement, le cycle du couvain est stoppé jusqu’à absence totale de couvain dans la ruche. Tous les varroas se retrouvent phorétiques (c’est-à-dire non pas dans le couvain mais sur les abeilles adultes) et c’est à ce moment-là que l’acide oxalique est efficace.

L’absence de couvain est obtenue naturellement lors de la constitution d’essaims, et en hiver les reines stoppant naturellement leur ponte lorsque les températures chutent. Un traitement hivernal à l’acide oxalique est devenu quasi-systématique afin de compléter ou de rattraper le traitement de fin de saison et essayer d’atteindre l’objectif de 0 varroa en début de saison sur un maximum de colonies. Sous les latitudes de l’Occitanie, les interruptions de pontes hivernales se font de plus en plus courtes et rares, entrainant la présence d’un couvain d’hiver. Cette présence de couvain en hiver rend le traitement hivernal à l’acide oxalique inefficace, et constitue une réserve de varroa pour la saison suivante. Afin d’obtenir de façon certaine une rupture de ponte à l’hiver, un encagement hivernal peut être réalisé au moyen de cages plus grandes, permettant le déplacement de la reine avec la grappe.

OXYBEE®

Fabricant : Wirtschaftsgenossenschaft deutscher Tierärzte
Principe actif en solution : acide oxalique, acide citrique
Principe actif en poudre : acide oxalique, huile d’anis et huile d’eucalyptus
Limite : Pas de limite maximale de résidus dans le miel.
Application : par dégouttement entre les cadres. Une dose maximale de 5-6 ml doit être administrée une seule fois par espace inter-cadre occupé par des abeilles. Application hors couvain.

API-BIOXAL®

Fabricant : Chemicals Laif
Principe actif : Acide oxalique
Application : par dégouttement entre les cadres. Deux passages que ce soit en hiver et/ou en été après encagement : en été deux sublimations ou deux dégouttements ou un de chaque. En hiver deux sublimations ou un de chaque mais pas deux dégouttements. Attention en application par sublimation le sucre présent dans la formulation abîme le réceptacle du sublimateur. Application hors couvain.

L’ALUEN CAP

Médicament argentin pour une utilisation de l’acide oxalique en présence de couvain. L’Aluen Cap est une préparation commerciale développée par une coopérative apicole d’Argentine et disposant localement d’un agrément. Constitué de lanières contenant de l’acide oxalique, l’Aluen CAP® permet de traiter efficacement les colonies malgré la présence de couvain operculé. Des essais réalisés par le réseau des ADA dont fait partie l’ADA Occitanie ont permis de mesurer l’efficacité de ce traitement, et de montrer une efficacité améliorée en cas de renouvellement des lanières. Les apiculteurs sont donc dans l’attente d’une AMM (autorisation de mise sur le marché) pour ce médicament en France.

Photo 1 : Varroa en operculation dans une cellule.

Photo 2 : Larve parasitée par le Varroa.

Photo 3 :Cage Scalvini sur cadre crédit photo ADA Occitanie.

Photo 4 : Plaquette d’Apilifevar entourée de propolis sur une tête de cadre. Crédit photo Alexis Ballis

Photo 5 : Cage Menna positionnée dans une ruche. Crédit photo ADA Occitanie.

Photo 6 : Détail de la cage Menna. Crédit photo ADA Occitanie.

ZOOM

MÉTHODE DE PHILIPPE KINDTS
COMBINAISON DE TECHNIQUES POUR TRAITER, OPTIMISER LE RENOUVELLEMENT DES REINES ET DE LA CIRE, LA MAITRISE DE LA FIÈVRE D’ESSAIMAGE ET LA LIMITATION DU TAUX D’INFESTATION DE VARROA DESTRUCTOR.

En bio depuis 2001, Philippe Kindts est apiculteur à Pouydraguin dans le Gers. Il, nous explique comment il réduit son infestation en début de saison tout en renouvelant son cheptel.

« Les colonies sont hivernées sur 7 à 8 cadres partitionnés. Lors de la première visite au printemps, je marque mes reines, j’écarte la partition et j’ajoute 2-3 cadres de cire gaufrée à bâtir et ou des cadres à jambage pour faire des mâles. J’en profite pour équilibrer mes colonies en nombre de cadres de couvain. Dans le Sud-Ouest, la fièvre d’essaimage commence en avril. Je la bloque avec un retrait de reines des colonies. Je constitue un essaim par retrait de reine sans couvain ainsi qu’un cadre de miel, un cadre de pollen et un cadre bâti (J0).

” En 3 visites au printemps, je renouvelle mes reines, calme la fièvre d’essaimage, traite contre varroa et renouvelle mes cires.

Ces trois cadres et la reine sont placés dans une nouvelle caisse que je traite directement avec une pulvérisation d’acide oxalique et que je déplace
ensuite à plus de 3 km du rucher d’origine. Cette nouvelle colonie sera prête en juillet/août pour les miellées. Sur la ruche à qui j’ai pris la reine, je remplace les trois cadres par des cires gaufrées (autre avantage de cette méthode : il facilite un renouvellement des cires important). Avant le 12ème jour après le retrait de la reine, je repasse pour casser les cellules de remérage (sauf en cas de remérage naturel). 24 jours après le retrait de la reine, il n’y a plus de couvain dans la ruche. J’y introduis alors une nouvelle reine s’il n’y a pas eu de remérage naturel et je traite à deux reprises avec de l’acide oxalique à 4 jours d’intervalle.»

À SAVOIR SUR LA MÉTHODE

▶ Elle est utilisable jusqu’à début juillet, ou plus tard si l’on introduit une reine en ponte.
▶ Le retrait de reines 6 jours avant une miellée optimise la récolte souhaitée, puisque la colonie, voyant la ponte bloquée, économise l’énergie nécessaire au soin du couvain.
▶ La pose de grille à reines facilite le travail.
▶ Attention, Philippe réalise tout de même un traitement d’hiver même si ses colonies sont peu infestées via l’application de cette méthode.

MÉDICAMENTS À BASE D’ACIDE FORMIQUE

L’acide formique agit sur les varroas phorétiques et sur les varroas présents dans le couvain operculé. Utilisable en cours de saison, l’emploi d’acide formique présente des risques de résidus dans le miel. Il ne faut donc pas récolter le miel au cours de la période de traitement. Afin d’éviter les effets indésirables sur les reines et la colonies, il est conseillé de respecter les températures d‘application du médicament (maximum de 29,5 °C).

MAQS®

Fabricant : Véto pharma
Principe actif : Acide formique (68,2 g/bande)
Durée d’un traitement : 1 semaine
Limite : Pas de limite maximale de résidus dans le miel
Application : Nécessite 1 seul passage avec 2 bandes placées sur la tête des cadres. Possibilité de faire un 2ème passage mais à 1 mois d’intervalle.

Varromed®

Fabricant : Beevital
Principe actif : Acide formique et oxalique
Limite : Autorisation de mise sur le marché européenne obtenue en février 2017. Homologation d’utilisation en apiculture biologique obtenue courant 2018. Son efficacité réside dans la multiplication des applications à des moments précis dans la saison.

MÉDICAMENTS À BASE DE THYMOL

Le thymol est l’un des premiers moyens de traitements autorisés en bio efficace contre varroa. Un certain nombre de médicaments sont donc disponibles sur le marché. Il sont utilisables en présence de couvain, par température extérieure comprise entre 15 et 25 °C. Cependant, depuis quelques années son utilisation est remise en cause : perte d’efficacité, surconsommation des réserves, perturbation de la colonie… L’utilisation de ces médicaments avant et pendant la miellée est fortement déconseillée car l’odeur du thymol est persistante.

APILIFEVAR®

Fabricant : Chemicals Laif
Principe actif : Thymol (16,2g/tablette), camphre, menthol et eucalyptol
Durée d’un traitement : 4 semaines
Limite : Limite maximale de résidus dans le miel : Seuil de détection olfactif : 1,1 à 1,6 mg/kg
Application : La plaquette est déposée sur les cadres en périphérie du couvain (fractionnée en 3 ou 4 morceaux). Un espace de diffusion (nourrisseur retourné) est ménagé. Nécessite 4 passages (4X1 tablette à 7 jours d’intervalle chacune).

APIGUARD®

Fabricant : Vita Europe
Principe actif : Thymol (12,5g/barquette)
Durée d’un traitement : 6 semaines
Application : Placer la barquette de gel imprégnée de thymol sur la tête des cadres et ménager un espace d’accès pour les abeilles (nourrisseur retourné). Nécessite 2 passages : 1ère barquette pendant 2 semaines puis une 2ème barquette pendant 4 semaines.

THYMOVAR®

Fabricant : Andermatt Bio Vet
Principe actif : Thymol (15g/éponge)
Durée d’un traitement : 8 semaines
Application : Eponge cellulosique imprégnée à déposer après fractionnement sur le dessus des cadres en périphérie du couvain. Ménager un espace de diffusion (nourrisseur retourné). Nécessite 2 passages à 3-4 semaines d’intervalle.

POUR PLUS D’INFOS SUR LA LUTTE CONTRE LE VARROA

CONTACT
Loïc Caron, ADA Occitanie loic.caron@adaoccitanie.org
SOURCES
▶ Formation « lutte contre varroa en Bio », Vincent Girod, ADA Occitanie 2018
▶ Résultats d’expérimentations de l’ADA Occitanie 2016, 2017 et 2018
▶ Mémento de l’apiculteur – Un guide réglementaire et sanitaire, Chambre d’Agriculture d’Alsace, 2016.

POUR ALLER PLUS LOIN
▶ Lire la chronique de l’ADAPI sur la lutte populationnelle contre varroa : Article 2. Lutte populationnelle contre varroa, ADAPI Mars 2018 (http://adapi.adafrance.org/downloads/chroniqueadapi2018article2luttepopulationnelle.pdf)

▶ Voir les outils pour évaluer l’infestation varroa au rucher, ainsi que les résultats d’expérimentations sur le site de l’ADANA (http://adana.adafrance.org/infos/varroa.php)
▶ Consulter des stratégies performantes de lutte contre varroa étudiées dans le cadre du projet INNOVAR de l’ADA AURA (http://ada-aura.adafrance.org/sanitaire/innovar.php)
▶ Lire « Renforcer la lutte contre varroa : comment réguler l’infestation en cours de saison ? » par Julien Vallon de l’ITSAP-Institut de l’abeille. À lire sur le site internet de l’ITSAP : http://itsap.asso.fr/

Par Hélène Frey, ADA Occitanie

Crédit photo : Adobe Stock et Interbio Occitanie


Maîtriser la fertilité et le salissement de ses parcelles 2

Maîtriser la fertilité et le salissement de ses parcelles

La fertilité des parcelles et leur salissement sont les deux aspects essentiels à maîtriser pour réussir ses grandes cultures biologiques. Afin d’atteindre cet objectif, il est nécessaire de connaître les différents leviers agissant sur ces paramètres.

Avec un marché porteur et une demande en constante augmentation, la filière des grandes cultures biologiques est attirante pour les agriculteurs. Toutefois, la réussite économique de cet atelier passe d’abord par sa réussite technique. Tour d’horizon des pratiques pouvant être mises en place pour réussir ses grandes cultures biologiques.

LA GESTION DE LA FERTILITE DES SOLS ET LA FERTILISATION

En agriculture biologique, le cahier des charges européen prévoit de maintenir ou d’augmenter la fertilité des sols. En effet, la quasi-totalité des nutriments des plantes sont issus de la minéralisation de la matière organique du sol. Rendre un sol fertile en bio c’est donc stimuler son activité biologique.

LES MOYENS POUR ACTIVER LA VIE DES SOLS SONT MULTIPLES

01 Le travail du sol : Objectif fertilité physique

La majorité des sols, voient leur fertilité physique améliorée par des actions mécaniques amenant de la porosité et de l’aération. Cet état est favorable au développement racinaire et à l’activité de la macrofaune (vers, arthropodes, myriapodes) chargés de fragmenter et de décomposer la matière organique.

Les actions mécaniques en agriculture biologiques visent toujours 3 objectifs : contrôler le salissement tout en favorisant la minéralisation et le développement racinaire.

Les travaux peuvent être superficiels (déchaumage c’est-à-dire déstockage de graines, faux semis, désherbage mécanique) ou plus profonds (griffage, décompactage, labour), selon l’état structural du sol : meuble, tassé, compacté, pour la profondeur atteignable par les outils.

Le labour est retenu quand la pression du salissement est difficile à contenir: avec des charrues «déchaumeuses à faible profondeur (18 cm) de petite largeur de soc (12-13 pouces).

D’autres facteurs améliorant la fertilité physique du sol. Les chaulages permettent de relever le pH des sols acides ou s’acidifiant. Les amendements organiques, grâce à l’apport d’humus stable, jouent un rôle triple : ils luttent contre la battance, ils augmentent la capacité de rétention et ils améliorent la fertilité biologique et la fertilité chimique. Quant au drainage des parcelles engorgées et à l’irrigation, ils améliorent la fertilité des fermes bio.

02 La rotation longue et diversifiée : Objectif fertilité biologique

Le même cahier des charges européen prévoit d’usage des légumineuses dans les rotations. Ces légumineuses peuvent être cultivées en pur (fourragères ou semences comme la luzerne, le trèfle, en graines comme la lentille ou le pois chiche) ou en association avec une céréale : blé féverole, blé-lentille, triticale-pois fourrager, orge-pois protéagineux.

Au-delà de l’azote, le choix des cultures se fait aussi selon leur type d’enracinement :

Le système pivotant (betteraves, soja, tournesol, colza, etc.),
Le système fasciculé (céréales, maïs, etc.),
Le système traçant (trèfle violet par exemple).

L’alternance de ces divers types de cultures aux systèmes racinaires différents vaut aussi pour les couverts végétaux. Ainsi le stock organique, l’humus stable, serait «débobiné » en nutriments sous l’effet des bactéries nécessitant à la fois énergie et azote exogènes, provenant des cultures et des apports.

03 Les sources de matière organique : Objectif fertilité chimique

De façon plus classique, le rapport C/N utilisé dans le cadre de la Directive Nitrates sépare les intrants organiques en deux catégories :

Produits à C/N > 8 : Catégorie 1. Les composts et fumier compostés : plus lents à se minéraliser (10 à 15%) sont utilisés comme amendements humiques ou fertilisants de
fond.

Produits à C/N < 8 : Catégorie 2 Les effluents peu pailleux (fientes, lisiers), (fientes 30-50%) se minéralisent plus lentement que les résidus organiques industriels (soies-plumes 40-70%) sont utilisés comme engrais azotés.

Les 3 piliers de la fertilité du sol à prendre en compte sont présentés sur le schéma ci-dessous.

LA GESTION DE LA FERTILISATION EN AB

Le cahier des charges européen prévoit de compléter la fourniture des nutriments du sol aux plantes par des compléments exogènes – intrants – cités plus haut. La limite des apports azotés d’origine animale – effluents – est fixée à 170 uN / ha en moyenne sur la ferme. Les engrais industriels cités ci-dessous n’entrent pas dans le calcul. Les produits fertilisants organiques comprenant des effluents contribuent à l’entretien en P et K, ceux contenant de l’os fournissent eux de l’acide phosphorique, mais la fertilisation en P et K peut aussi faire appel à des produits minéraux, broyés ou compactés: les phosphates naturels (Afrique du Nord) en sols acides et les potasses et magnésies comme le Patenkali et la Kiesérite.

Plusieurs stratégies s’observent

▸ Fumure importante des cultures exigeantes avec des produits complets et équilibrés (fientes) puis impasse pour la fumure des légumineuses.
▸ Fumure azotée des plantes exigeantes (type céréales) puis apport de compost sur les légumineuses.
▸ Apport et de produits complets et de produits azotés.

Tab. 1. Les différents types de fertilisants azotés. Source CA 32.

TEMOIGNAGE – Guy ANDRIEU CÉRÉALIER BIO BIRAN (32)

Guy Andrieu est céréalier bio depuis 10 ans sur la commune de Biran dans le Gers. Il cultive sur 75 ha, dont 50 ha irrigués.

«J’ai simplifié mon travail de fertilisation en distribuant moi-même des fientes sèches bouchonnées provenant d’un département voisin, qu’il s’agisse du blé ou du mais pop-corn. Ces engrais, épandus à raison de 3 tonnes à l’hectare en 3 apports, sont toujours enfouis. Sur maïs ils réagissent bien à l’irrigation après binage et viennent compléter l’apport localisé de kérazote au semis, ainsi que l’effet du couvert de fève. Au final, j’ai stabilisé à 300 € par hectare et par an, le coût de la fertilisation de mes cultures.»

Au final, améliorer la fertilité d’une ferme en AB, commence par la levée des contraintes physiques (battance, compaction) puis par
la mise en place d’un système de culture basé sur une rotation appropriée (cf. cahier des charges). L’apport d’intrants, la fertilisation, reste d’actualité mais se raisonne sur le moyen terme et sous un angle économique (efficience de l’azote, type de sol, coût des engrais). L’adage bien connu en bio, nourrir le sol avant la plante, reste vrai, à condition qu’il s’agisse d’un sol fertile sous ses aspects physiques et biologiques.

LES BASES DU DESHERBAGE MECANIQUE EN GRANDES CULTURES BIOLOGIQUES

Le désherbage mécanique est un outil curatif parmi d’autres pour la gestion des adventices dans les parcelles agricoles. D’autres pratiques, comme la rotation, l’alternance de cultures d’hiver, de printemps et d’été afin de casser le cycle de développement des adventices, la mise en place de couverts végétaux couvrants et étouffants, ou encore l’implantation de cultures qui empêchent le développement des plantes concurrentes (effet allélopathique) jouent également des rôles importants dans la gestion et la maîtrise des adventices en grandes cultures biologiques. Par conséquent, une bonne maîtrise des adventices passe d’abord par la mise en place et le respect de ces principes agronomiques.

▷ LE FAUX SEMIS ET LE RETARD DE SEMIS

Principe faire lever les adventices avant mise en culture, puis les détruire pour diminuer le stock grainier.

Le faux-semis, visant à épuiser le stock de graines en capacité de germer, est à réaliser avec le même soin qu’un semis pour être efficace. Il ne peut donc être réussi que si toutes les conditions favorables à la levée sont réunies. L’époque doit être favorable à l’adventice (ce qui implique souvent de l’associer à un retard de semis) et le sol suffisamment humide. Les meilleurs outils pour faire lever sont ceux qui travaillent le plus superficiellement: 1 à 2 cm dans l’idéal. Un travail profond est non seulement inutile mais surtout insuffisamment efficace car généralement trop grossier. Il suffit de faire de la terre fine sur les quelques premiers centimètres. Le retard de semis permet de se débarrasser d’une partie significative des adventices ayant des levées groupées en début de cycle de la culture, comme les crucifères, la renouée liseron, etc.

▷ L’IMPLANTATION D’UNE CULTURE CONCURRENTIELLE

Principe une levée rapide et homogène de la culture, suivie d’un développement rapide.

Une culture qui se développe bien concurrence les adventices et limite leur développement. Pour y parvenir, il faut choisir des variétés au développement vigoureux, soigner le semis et semer lorsque les conditions sont favorables. C’est le meilleur moyen de maîtriser le développement d’adventices à levées très échelonnées. Ceci est d’autant plus important pour des cultures qui s’enracinent difficilement et n’admettent un passage d’herse étrille que tardivement. Exemple, le sorgho, la lentille, le lin ne supportent pas un passage d’herse étrille avant le stade 4-6 feuilles.

J’AI SEMÉ MA CULTURE, QUE DOIS-JE FAIRE À PRÉSENT ?

Même si les méthodes citées auparavant permettent de réduire la pression des adventices sur les cultures en place, elles ne règlent toutefois pas le problème intégralement. L’agriculteur est donc très souvent obligé d’intervenir pendant la culture en «curatif». Il intervient en réalité en post-semis pour détruire les levées des plantes indésirables. Pour cela, l’agriculteur utilise des outils de désherbage mécanique, dont les principaux sont présentés ici.

LA HERSE ÉTRILLE

La herse-étrille est un outil travaillant en plein (« à l’aveugle »), constitué d’ensemble de rangées de dents métalliques souples. La herse-étrille donne de bons résultats à condition d’être utilisée sur les stades très jeunes des adventices. Le sol doit être suffisamment friable pour permettre d’arracher les mauvaises herbes et le temps sec pour épuiser les adventices partiellement arrachées. Elle fonctionne très bien 2 ou 3 jours après semis et avant germination de la culture, le but étant d’arracher les adventices au stade « filament blanc ». Attention aux réglages pour ne pas perturber la germination de la culture, la herse étrille ne doit pas toucher aux graines semées. L’agressivité de la herses-étrille est déterminée par la vitesse d’avancement et l’inclinaison des dents: plus les dents sont droites, plus le travail est agressif. Plus tard dans la culture, son utilité se voit lorsqu’un décalage de stade a été créé entre la culture, qui doit être plus développée, et les adventices.

Lorsque toutes ces conditions sont réunies, l’efficacité peut atteindre 80% sur dicotylédones et 65% sur graminées. En revanche, elle n’a aucune efficacité sur les vivaces.

LA HOUE ROTATIVE

La houe rotative consiste en une ou plusieurs rangées de roues verticales dont les extrémités se terminent en cuillères. L’avancement de l’outil fait entrer les cuillères en rotation, déchaussant et projetant les plantules d’adventices. Ses optimums d’efficacité se situent un peu avant ceux de la herses-étrille : les adventices doivent être très peu développés, le sol ressuyé et le temps au sec pendant 2 à 3 jours après le passage de l’outil pour que les plantules arrachées se dessèchent et ne se repiquent pas. Malgré son apparence, la houe rotative est moins agressive que la herse étrille et peut être passée dans des cultures peu développées.

La herse-étrille et la houe rotative se passent « en plein». La houe est sélective des cultures dès le stade 3 feuilles, la herse étant à partir du stade 4 feuilles. Il faut donc être vigilant à ce que la culture implantée soit à un stade où le passage de ces outils ne va pas impacter son développement.

Concrètement, sur céréales d’hiver, ces outils peuvent être passés juste après le semis, tant que la culture n’a pas levé. Les passages aux stades 1 feuille jusqu’à 2 feuilles sont à proscrire pour ne pas endommager la culture. Sur cultures d’été, les passages fonctionnent bien tant que la culture n’est pas levée. Ils peuvent ensuite reprendre après le stade 2 feuilles.

LA BINEUSE

C’est l’outil le plus utilisé pour le désherbage des cultures d’été. Les lames coupent et recouvrent les adventices. Son efficacité est en effet très bonne sur tous les types d’adventices de l’inter-rang, y compris développées. La bineuse travaille uniquement sur les cultures semées avec un certain écartement, principalement les cultures d’été mais aussi dans certaines cas des céréales semées à 30cm d’écartement.

Avec une bineuse classique, le travail se fait principalement sur les adventices présents dans l’inter-rang. Pour pallier à ce problème, des outils de travail sur le rang peuvent être adaptés, comme des roto-étrilles, ou des doigts souples.

Aujourd’hui, pour un désherbage efficace et réussi, il existe de multiples solutions de guidage, indispensables pour les parcelles en dévers : par obus dans l’inter-rang, par guidage cellulaire associé à une interface, par guidage manuel arrière, agissant soit sur une interface, soit sur les vérins stabilisateurs, par guidage caméra associé à une interface ou à des vérins stabilisateurs, ou par guidage RTK associé à des doubles disques.

LE DÉSHERBAGE MANUEL

Même si c’est une pratique longue et onéreuse, le désherbage manuel ne doit pas êtr écarté. C’est même parfois la seule solution contre des adventices coriaces, et elle est très judicieuse en cas de salissement localisé : on évitera ainsi à peu de frais leur étalement pour les années à venir.

 

LES AUTRES SOLUTIONS MÉCANIQUES

Aujourd’hui des écimeuses et des faucheuses-andaineuses permettent à la fois de supprimer les organes reproducteurs, mais aussi de dessécher les adventices avant la récolte.

La lutte mécanique demeure, après la rotation, un des piliers de la maîtrise du salissement. Cette lutte passe par différentes stratégies associées à des équipements spécifiques. Malgré un coût d’investissement élevé, la gestion des adventices grâce aux technologies actuelles permet d’assurer la pérennité du système des grandes cultures biologiques.

▷ La fertilité et le salissement des parcelles restent les deux piliers les plus importants des systèmes en grandes cultures biologiques.
Or, ces deux paramètres sont étroitement reliés, et les différents leviers pouvant agir sur l’un influent notamment sur l’autre. Par exemple, un travail du sol influera la vitesse de minéralisation de l’azote apporté, tandis qu’un apport de fertilisant favorisera certaines adventices. La pratique et la connaissance du contexte parcellaire sont donc essentielles pour gérer à bon escient ces facteurs de production et construire des itinéraires techniques efficaces et performants.

Par Pierre-Yves LE NESTOUR de la Chambre d’Agriculture de la Haute-Garonne et Jean ARINO de la Chambre d’Agriculture du Gers

Crédit photo : Interbio Occitanie


La flavescence dorée en agriculture biologique 3

La flavescence dorée en agriculture biologique

La flavescence dorée est apparue dans les années 1980 en Occitanie. Aujourd’hui, tout le vignoble régional est touché. L’ensemble des viticulteurs sont concernés par cette problématique et ceux envisageant un passage en agriculture biologique doivent en tenir compte dans leur projet de conversion. Cette maladie est causée par un phytoplasme qui, après s’être multiplié dans la sève de la vigne, engendre le dépérissement du cep. Ce phytoplasme est véhiculé et transmis par un insecte : la cicadelle de la flavescence dorée.

L’IMPLANTATION D’UN MATÉRIEL VÉGÉTAL SAIN ET LA PROSPECTION DOIVENT ÊTRE MISES EN ŒUVRE SYSTÉMATIQUEMENT,

y compris avant que la flavescence dorée ne soit détectée sur un territoire. La prévention est le meilleur moyen pour éviter que la flavescence dorée ne s’implante dans un vignoble et donc pour limiter le recours aux insecticides. (cf témoignage de Baptiste Cartier)

1 Une maladie incurable au caractère épidémique

La flavescence dorée est une maladie fortement contagieuse : une souche contaminée non arrachée peut être à l’origine de dix souches contaminées l’année suivante. Cependant, il reste difficile d’évaluer la vitesse de propagation exacte puisqu’elle dépend à la fois de la plante hôte (cépages, clones…), du phytoplasme, du vecteur et de différents facteurs environnementaux… Une chose est sûre : une souche contaminée le restera et servira d’inoculum pour d’autres contaminations jusqu’à qu’elle soit arrachée.

légende 1 : Schéma de propagation de la flavescence dorée pour une parcelle sans prospection, sans traitement et sans arrachage (Chambre d’Agriculture Charente et Charente-Maritime, 2012).

2 Un impact économique non négligeable

La flavescence dorée peut être à l’origine d’un impact économique important pour les exploitations viticoles. Elle occasionne des pertes de récolte et peut également entraîner la mort des ceps et compromettre, à terme, la pérennité du vignoble. Une parcelle ayant plus de 20% de ceps contaminés doit obligatoirement être arrachée.

Légende 2 : Foyer de flavescence dorée sur Chenançon. Crédit FREDON OCCITANIE.

3 Un vecteur facilement identifiable

La cicadelle de la flavescence dorée : Scaphoideus titanus est observable dès le mois de mai. Elle se trouve principalement sur la face inférieure des feuilles situées sur les pampres et dans la partie basse du cœur de souche. Même si la cicadelle passe par différents stades larvaires, elle est facilement reconnaissable grâce aux deux points noirs toujours présents à l’extrémité de son abdomen.

Légende 3 : Photo de cicadelle de la flavescence dorée, larve stade L2. Crédit FREDON OCCITANIE.

4 Des symptômes auxquels il faut être attentifs

Dès le mois de juillet et jusqu’à la chute des feuilles, les symptômes de la flavescence dorée peuvent être observés sur vigne. Même si ces derniers peuvent varier d’un cépage à l’autre et être exprimés à différents degrés d’intensité, on retrouve en règle générale :
▸ un rougissement des cépages rouges et un jaunissement des cépages blancs.

▸ un port retombant, une absence d’aoûtement ou un aoûtement partiel.

▸ un enroulement des feuilles vers la face inférieure.

▸ un dessèchement des inflorescences et un flétrissement des grappes.

À noter: La maladie du bois noir cause des symptômes similaires à ceux de la flavescence dorée. Seule une analyse ADN permet de distinguer ces deux maladies. En cas de doute et par mesure de précaution, la souche suspecte doit être arrachée.

Légende 4 : Photo de souche de chardonnay contaminée par la flavescence dorée. Crédit FREDON OCCITANIE.

5 Une lutte obligatoire

La flavescence dorée est une maladie de quarantaine car incurable et très contagieuse. Elle est donc soumise à une lutte obligatoire et collective. Lorsque la maladie est avérée ou fortement suspectée sur une commune, celle-ci est classée en Périmètre de Lutte Obligatoire (PLO). Dans ce cadre, chaque viticulteur est dans l’obligation de :

Réaliser les traitements insecticides décrits dans l’arrêté préfectoral afin de maîtriser les populations de cicadelles vectrices.

Prospecter et déclarer auprès de la FREDON Occitanie l’ensemble des souches contaminées détectées, Les campagnes de prospection doivent impérativement être coordonnées par l’OVS local (Organisme à Vocation Sanitaire). La plupart du temps il s’agit de la FEDON (Fédération départementale de lutte contre les Organismes Nuisibles). Cette coordination permet de connaître l’ampleur de la maladie à l’échelle d’un territoire et d’évaluer le risque qu’elle représente. l’organisation des prospections est différente selon les départements. Les exemples du Tarn et du Gard sont présentés dans ce dossier.

Arracher rigoureusement les souches possédant les symptômes de la flavescence dorée.

La lutte contre la cicadelle en AB

Afin de limiter la propagation de la flavescence dorée, il est indispensable de maîtriser les populations de cicadelles vectrices. Pour cela, différents points sont à prendre en compte.

La vitesse de propagation de la maladie. Dans les zones contaminées, les études scientifiques ont clairement prouvé que la vitesse de propagation de la maladie est, entre autres facteurs, proportionnelle au niveau de populations de cicadelles : plus les cicadelles sont nombreuses, plus rapide est la progression de la maladie.

La faune auxiliaire.  L’impact de la faune auxiliaire (parasites ou prédateurs) n’a qu’un effet négligeable sur les dynamiques de populations de cicadelles.

Mesures prophylactiques. Parmi les mesures prophylactiques, l’épamprage est celle qui présente la meilleure efficacité sur la baisse des populations de cicadelles (de l’ordre de 30 à 50%). Un épamprage soigné (manuel ou mécanique) doit précéder une application d’insecticide.

Lors de la conversion au bio, le principal changement dans la lutte contre la FD réside dans les moyens disponibles pour lutter contre la cicadelle.

Attention

Les produits à base d’huile essentielle d’orange douce (Limocide, Essen’Ciel, Prev-AM Plus), bien qu’homologués pour cet usage, n’ont pas fait la preuve de leur efficacité contre la cicadelle de la FD. À ce jour, le ministère de l’agriculture ne les autorise pas dans le cadre des traitements obligatoires. S’ils sont utilisés pour lutter contre la cicadelle, ce ne peut être qu’en complément des traitements obligatoires au pyrèthre naturel.

Le pyrèthre naturel, seule substance autorisée en AB

C’est la seule substance active autorisée en bio, homologuée contre la cicadelle de la FD et autorisée par le Ministère de l’agriculture pour les traitements obligatoires (voir encart). Le pyrèthre naturel est un insecticide d’origine végétale, extrait de fleurs séchées de Chrysanthème. Il agit par contact et pénètre rapidement dans l’organisme des insectes cibles. Il possède une action choc et agit très rapidement par effet « neurotoxique ».

Actuellement, en France, il n’existe qu’une seule spécialité commerciale sur le marché : Pyrévert® (qui existe sous deux autres noms: Cicapyr® et Pyretretio®, mais il s’agit bien du même produit). La date, le nombre, la période d’application des traitements sont définis dans le cadre de l’arrêté préfectoral et des avis de traitement. Dans les situations soumises à 3 traitements obligatoires et compte tenu de la très faible persistance d’action du pyrèthre naturel, ces trois traitements devront être réalisés sur les stades larvaires. En bio, aucun traitement n’est réalisé sur les cicadelles adultes.

En règle générale, les dates de traitement AB correspondent au programme présenté ci-contre. De nombreuses idées reçues circulent sur les conditions d’utilisation du pyrèthre naturel. En fait, elles sont moins contraignantes qu’annoncées. Les différents essais mis en place suggèrent les conditions ci-dessous.

Le pyrèthre naturel programme et condition :

Essai : L’impact du pyrèthre naturel sur la faune du vignoble

De nombreux viticulteurs biologiques s’interrogent sur les effets du pyrèthre naturel sur la faune de leur vignoble. Peu d’études au vignoble sont disponibles sur ce thème et celles qui le sont ne traitent que de l’impact du produit sur les phytoseiidae (acariens).

En 2017, afin d’apporter des éléments de réponse à ces interrogations, Sudvinbio, en collaboration avec le laboratoire CBGP (Centre de Biologie et Gestion des Populations) de l’INRA de Montpellier, a réalisé un essai visant à évaluer l’impact d’une seule application de pyrèthre naturel sur les différents arthropodes présents au moment de cette application.

PROTOCOLE

L’essai a été mis en place sur 2 parcelles: une dans l’Hérault où nous avons suivi l’évolution de l’ensemble de la faune présente au moment du traitement et l’autre dans l’Aude où nous avons centré l’étude sur la faune auxiliaire.

Nous avons comparé les effectifs d’arthropodes (insectes, araignées….) et d’acariens avant traitement et 24 heures après. Les effectifs de la partie traitée ont également été comparés à ceux d’un témoin non traité au pyrèthre naturel. Le piégeage des arthropodes s’est fait par aspiration du feuillage de la vigne et fauchage du couvert herbacé. Les acariens ont été quantifiés au laboratoire sur un échantillon de 10 feuilles prélevées par placette (soit 120 feuilles par modalité).

RESULTATS

Les résultats sont identiques sur les deux parcelles. Le traitement au pyrèthre naturel a eu un impact significatif sur les populations d’acariens (voir fig. 1). D’autres études ont montré que cet impact était peu durable dans le temps compte tenu de la faible persistance d’action du produit. Le traitement n’a pas eu d’impact sur les arthropodes auxiliaires (voir fig. 2) : la quantité d’arthropodes aspirés dans le feuillage des vignes traitées au pyrèthre est comparable à celle des vignes qui n’ont pas reçu le traitement au pyrèthre et comparable à la quantité présente avant le traitement (sur une même modalité, les aspirations avant et après traitement n’ont pas été faites sur les mêmes souches).

Figure n° 1 : moyenne du nombre d’acariens prédateurs présents sur 10 feuilles.
Figure n° 2 : moyenne du nombre d’arthropodes auxiliaires prélevés par aspiration dans la canopée de la vigne sur une placette.

 

Cette étude confirme l’impact du pyrèthre naturel sur les phytoseiidae, même si cet impact est peu durable dans le temps, mais indique qu’il n’entraîne pas de baisse des autres arthropodes présents dans les vignes au moment du traitement. Compte tenu de sa faible rémanence, dans les conditions du vignoble, le pyrèthre naturel est plus sélectif que les vignerons le craignaient.

Plus d’info

Le détail de cette étude est disponible sur le site internet de SudVinBio :
https://www.sudvinbio-conseil.com/fr/conseil-viticole/flavescence-doree

Synthèse

Flavescence dorée, un frein à une conduite en AB ?

La flavescence dorée est un des points à prendre en compte avant toute conversion vers l’agriculture biologique afin d’estimer le risque que peut représenter cette maladie sur la pérennité du vignoble. Deux paramètres sont à prendre en compte par les viticulteurs :

01/ la présence de souches contaminées sur l’exploitation ou sur les parcelles environnantes,

02/ le nombre moyen de cicadelles vectrices sur les parcelles.

Le schéma ci-dessous aidera les viticulteurs à se situer et à estimer ce risque.

Contact

Pour toute question ou information à faire remonter, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de la FREDON Occitanie www.fredonoccitanie.com ou à les contacter au 04 67 75 64 48.

Focus

De nouveaux outils d’information pour aider les viticulteurs

Dans un objectif d’accompagnement des viticulteurs face à cette maladie extrêmement contagieuse, plusieurs organismes se sont mobilisés afin d’élaborer des documents auxquels les viticulteurs pourront se référer. Ainsi, les Chambres d’agriculture d’Occitanie, Sudvinbio et la FREDON Occitanie vont éditer en mars 2019 des plaquettes à destination des viticulteurs que vous pourrez trouver dans les Points Info Bio et sur les sites internet de la Chambre régionale d’Occitanie : https://occitanie.chambre-agriculture.fr/ et Sudvinbio : https://www.sudvinbio-conseil.com/fr/ conseil-viticole/flavescence-doree.

À noter dans votre agenda : la Chambre régionale d’agriculture Occitanie organise au printemps 2019 à Montpellier une conférence autour de la flavescence dorée rassemblant différents experts de Sudvinbio, IFV, FREDON, DRAAF, Chambres d’agriculture et INRA. Au programme : un état des lieux de la maladie en 2018, des retours sur les travaux et expérimentations en cours, des témoignages de GDON, des exemples de gestion de la maladie dans différents départements.

Conférence «La flavescence dorée en viticulture biologique», le 11 avril 2019 à 14h00 à Montpellier SupAgro, 2 Place Pierre Viala, 34060 Montpellier.

L’organisation de la prospection dans le Tarn

DES MESURES NÉCESSAIRES
La flavescence dorée est une des maladies les plus impactantes en terme de pérennité du vignoble. Présente dans le Tarn depuis la fin des années 90, son expression fluctue au rythme de la mobilisation des vignerons et des instances de surveillance. Ainsi, dans les années 2000, cette maladie n’était quasiment plus visible. Malheureusement, elle restait latente et est réapparue de manière importante une dizaine d’années plus tard. Ce regain de symptômes a engendré une prise de conscience des professionnels et une nouvelle organisation s’est mise en place en 2014 afin de prospecter de manière efficace le vignoble tarnais.

LES BASES PRÉALABLES
Le coût évalué à 15€/ha est payé à part égale par les vignerons et la DRAAF. La prospection est réalisée par des personnes extérieures et le vignoble est assaini en même temps que prospecté c’est-à-dire qu’un pied atteint de jaunisse est aussitôt coupé (si l’autorisation a été donnée par le propriétaire) grâce à des recepeurs électriques prêtés par la société INFACO.

ENCADREMENT
Toute l’équipe est encadrée par un technicien de la Chambre d’agriculture qui organise en amont les tournées de prospection : choix des communes, des secteurs, des exploitations selon des critères de priorités. De plus, un point d’étape est réalisé de manière hebdomadaire afin de récupérer l’ensemble des données de la semaine, d’échanger et de réajuster les plans de charge pour la semaine suivante.

LES MOYENS MIS EN ŒUVRE
2 ou 3 personnes en quad sillonnent le vignoble sur des secteurs définis et cartographiés en amont. S’ils découvrent une parcelle très atteinte, ils transmettent l’information à la personne à pied pour qu’elle s’en occupe (prospection, comptage, prélèvement pour analyse si nécessaire…). Si une difficulté majeure est rencontrée : refus de prospection, refus d’arrachage…, la FREDON est contactée et intervient.

LE GÉORÉFÉRENCEMENT

Chaque parcelle prospectée est géo-référencée cela signifie qu’un point GPS est relevé auquel est associé le nombre de pieds atteints de jaunisse (flavescence dorée et/ou Bois noir). Cela permet de cartographier chaque année, le niveau de présence de la maladie.

Fig. 1 : Schéma de l’organisation de la prospection Flavescence dorée dans le Tarn (Chambre d’agriculture du Tarn)

L’ORGANISATION EN QUELQUES CHIFFRES

2700 À 3500 HECTARES prospectés sur un vignoble de 6800 ha, suivant les années
1 FOIS EN 3 ANS c’est la fréquence minimale à laquelle une parcelle est prospectée
95% D’AUTORISATION pour couper les pieds
1 À 2 JOURS d’intervention FREDON
10 À 20 analyses réalisées
100% DES FOYERS DÉTECTÉS (=parcelles à plus de 20% de flavescence dorée) ont été arrachés.

Témoignage
Acteur de la filière

BAPTISTE CARTIER,
PRÉSIDENT DU GDON DE L’UZÈGE (GARD)

« LA PROSPECTION C’EST LA BASE DE LA BASE ! »

Baptiste Cartier est le responsable technique du Domaine Deleuze-Rochetin à Arpaillargues (à côté d’Uzès) dans le Gard. Le domaine s’étend sur 22 ha, conduits en bio depuis 2009.

Depuis quand vous préoccupez-vous de la flavescence dorée ?

J’ai été sensibilisé à la question de la FD lors d’une formation à la reconnaissance des symptômes, organisée en 2015 par le conseiller viti bio à la Chambre d’agriculture du Gard. Je suis d’autant plus attentif à cette maladie qu’elle a été détectée à quelques kilomètres de chez nous.

Pourquoi avez-vous créé un GDON ?

Pour moi, dans la lutte contre la FD, la prospection c’est « la base de la base » ! En 2016, nous avons adhéré directement à la FEDON du Gard pour formaliser les prospections. Nous avons appris qu’en 2017, les territoires du Gard non couverts pas un GDON seraient soumis à un traitement insecticide obligatoire, par « principe de précaution » et comme nous n’envisagions pas de généraliser un traitement insecticide si cela n’était pas indispensable, l’idée de créer un GDON est partie de là. Sur le secteur, nous avions déjà l’habitude du travail collectif, dans le cadre d’un groupe de veille sanitaire, organisé par le Comité de Promotion agricole de l’Uzège et animé sur le terrain par un conseiller viticole de la Chambre d’agriculture du Gard. Par ailleurs, les caves coopératives de Bourdic et de Saint Maurice de Cazevieille se sont également fortement impliquées dans la création de cette association. Enfin, la FEDON nous a apporté un soutien très précieux tant dans la création que dans le fonctionnement de notre GDON.

Comment fonctionne le GDON ?

Grâce à l’accompagnement de la directrice de la FEDON du Gard, le GDON a été créé au printemps 2017 et s’étend sur 14 communes, qui représentent 2067 ha de vignes cotisant au GDON. Le suivi des populations de cicadelles au mois de juin est assuré par la Chambre d’agriculture. Le GDON organise les prospections pour détecter d’éventuels symptômes de la maladie en août – septembre. Chaque année, nous prospectons rang/rang environ 20% du vignoble adhérent au GDON. Lors des deux années de prospection, nous n’avons pas trouvé de symptôme de FD, ce qui nous permet de ne pas être soumis à traitement insecticide obligatoire.

La cotisation au GDON est de 5 €/ ha, incluant les frais de fonctionnement du GDON, de prospection, les frais d’une analyse en cas de doute de présence de FD…. Compte tenu des services rendus, ce montant est faible et très nettement inférieur au coup d’un traitement insecticide !

CONFÉRENCE

Fertilisation et Enherbement dans les vignobles en AB

La conférence a eu lieu le mardi 06 novembre 2018 à Dionysud (34).

Emma Carrot, conseillère viticulture bio de la Chambre d’agriculture de l’Hérault et Nicolas Constant, ingénieur conseil à Sudvinbio ont introduit cette conférence en présentant le contexte régional du marché et les particularités de la viticulture biologique. En effet, portée par un marché en demande, la viticulture bio se développe en Occitanie et il est indispensable d’accompagner les viticulteurs en conversion ou déjà certifiés bio sur les enjeux importants que sont la fertilisation et l’enherbement.

FERTILITÉ DES SOLS

Maintenir et augmenter la fertilité des sols est un principe fort de l’agriculture biologique, qui autorise seulement la fertilisation via des engrais organiques et des engrais minéraux d’origine naturelle. La fertilisation organique étant parfois plus difficile à gérer, il est donc nécessaire de former les viticulteurs à bien la comprendre et la maîtriser. Les enjeux et principes de la fertilisation organique en viticulture biologique ont été présentés par Aurélie METAY, enseignant-chercheur à Montpellier SupAgro suivis des 8 leçons pratiques de Cyril Cassarini, conseiller en viticulture bio de la Chambre d’agriculture du Gard : quelle stratégie suivre ? Que mettre en place pour raisonner sa fertilisation ? Vers quels types de produit s’orienter en fonction de leur efficacité et de leur prix?

ENHERBEMENT

L’autre enjeu que représente l’enherbement pour les viticulteurs répond lui aussi aux principes de l’agriculture biologique sur la fertilité des sols et la biodiversité animale et végétale. L’intervention de Léo Garcia, doctorant à Montpellier Supagro, sur l’intérêt des cultures de service dans les vignes et la nécessité de les piloter (de l’implantation à la destruction) a été complétée par 2 approches plus terrain. L’une présentée par Thierry Massol de la Chambre d’agriculture du Tarn était basée sur les 7 années d’expériences accumulées grâce à l’animation d’un groupe Ecophyto de 12 viticulteurs.L’autre était présentée par Nicolas Dubreil, animateur technique du civambio 66, sur les premiers impacts mesurés des couverts végétaux sur l’hygrométrie, le rendement, le statut azoté des feuilles constatés au sein d’un GIEE des Pyrénées-Orientales.

Plus d’info

Toutes les interventions sont téléchargeables à l’adresse suivante https://occitanie.chambre-agriculture.fr/productions-techniques/agriculture-biologique/les-rencontres-regionales/rencontres-viticulture-bio/rencontre-viticulture-bio-2018/

Par Nicolas CONSTANT de Sudvinbio, Emma CARROT de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault et coordonné par Marie LARGEAUD de la Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie

Crédit photo : Interbio Occitanie


Débroussaillage des sous-bois et valorisation des matières ligneuses - Le projet du GIEE du Larzac pour l'agro-sylvo-pastoralisme 4

Débroussaillage des sous-bois et valorisation des matières ligneuses - Le projet du GIEE du Larzac pour l'agro-sylvo-pastoralisme

Comment agrandir sa surface fourragère et ses parcours quand on est éleveur sur le Larzac méridional, dans le respect de cet écosystème fragile? Que faire de cette broussaille, principalement constituée de buis, dont les propriétés avaient déjà été mises en évidence par Olivier de Serres, père de l’agronomie, dès le XVIème siècle ? C’est pour répondre à ces questions que le groupement Larzac pour l’Agro-sylvo pastoralisme, a été reconnu d’intérêt économique et environnemental (GIEE) en mai 2016 et poursuit, à ce titre, son projet intitulé «débroussaillage des sous-bois forestiers et valorisation des matières ligneuses ».

Photo ci-dessous : Cochons de la ferme des Terres Libres en semi-liberté dans un milieu ouvert, auparavant impénétrable. On aperçoit les nouvelles pousses de buis dès la 1ère année. Crédit photo Buxor.

ORIGINE ET HISTORIQUE DU PROJET

Nicolas Brahic est éleveur de cochons de plein air intégral bio sur le Larzac méridional depuis 2007. Son domaine de 250 ha comprend 215 ha de forêt steppique fermée par la broussaille envahissante et inaccessible par les animaux. C’est de cette nécessité d’ouvrir le milieu pour gagner de la surface fourragère et des parcours, mais également afin de diminuer l’achat de céréales bio devenues coûteuses, qu’est née la société Buxor qu’il crée en 2012. Le débroussaillage manuel étant inenvisageable, en particulier avec les essences présentes de bois dur, il s’agissait de trouver le moyen de débroussailler mécaniquement les sous-bois de son exploitation, dans le respect de l’éco-système.

Que faire de cette broussaille ? Ne serait-il pas possible de la valoriser ? Pour répondre à ces interrogations, Nicolas Brahic s’intéresse aux démarches qui ont exploré la question, comme la méthode de compostage Jean Pain ou la technique du bois raméal fragmenté (BRF). L’éleveur met au point une machine combinée de récolte qui permet, en un seul passage, de couper les arbustes et la broussaille, de les broyer et de récupérer le broyat.

Celui-ci est mis en tas et, au bout de quelques mois, forme un pré-compost qui prend le nom de Buxor compte-tenu de la prédominance du buis à environ 80%.

Convaincu de l’intérêt de ce produit, il fédère autour de lui un réseau d’agriculteurs et d’éleveurs utilisateurs qui devient le GIEE Larzac pour l’Agro-sylvo-pastoralisme

LES IMPACTS FAVORABLES DE L’OUVERTURE DU MILIEU

Les impacts sont très positifs pour l’agro-pastoralisme. Le troupeau peut revenir rapidement sur la parcelle débroussaillée car la végétation est coupée et non arrachée : pas de chicots dangereux pour les pattes des animaux. Les graminées repoussent de suite, sans pousse excessive de ronces ou églantiers car la broussaille est exportée et non laissée sur place. L’ombrage apporté par les arbres qui sont de nouveau accessibles aux animaux et les massifs de buis épargnés sur les parcelles, permet au troupeau une meilleure résistance à la chaleur et allonge la période d’herbe verte disponible pour les animaux.

L’ouverture du milieu favorise également la biodiversité. Les grands arbres dégagés servent d’abris à un grand nombre d’animaux. A
l’ombre de ces arbres, la strate herbacée reste fraîche et accessible à la faune sauvage plus longtemps que sur les pelouses. Les massifs de buis épargnés constituent également des espaces indispensables au maintien de la faune locale et à une faune importante qui migre sur le Larzac pour se reproduire. Les étendues de pelouses dégagées entre les massifs de buis et les arbres représentent une zone de nourrissage ou de chasse pour nombre d’animaux. Elles accueillent une grande diversité faunistique et floristique, souvent typique des Causses et protégée comme le Vautour fauve et l’Ophrys aymoninii.

En parallèle, ces espaces dégagés limitent fortement le développement des populations de sangliers.

C’est l’alternance de ces 3 zones mises en place lors de l’ouverture des parcelles qui permet de favoriser un écosystème sauvage équilibré, tout en permettant l’installation d’éleveurs pratiquant un agro-sylvo-pastoralisme respectueux du bien-être des animaux domestiques.

 

Photo 2 :Compost de broyat de buis. Crédit photo Buxor.

Photo 3 : Machine combinée de récolte forestière construite par Buxor en 2013 : sécateur hydraulique monté sur une pelle mécanique modifiée, Mecalac 14 MBX, montée sur pneus « big foot » et broyeur Jean Pain modèle 900 attelé. Crédit photo Buxor.

QUELLES UTILISATIONS POUR LA BROUSSAILLE ?

Maraîchage> En 2013, un maraîcher bio de l’Hérault séduit par la démarche de Buxor, teste le broyat de buis et constate sur les sols ayant reçu l’amendement que la structure s’était modifiée : le sol est devenu plus souple, aéré et favorise la présence de vers de terre. Il mène alors quelques essais de semis et plantation de légumes sur Buxor et sol témoin et les résultats obtenus sont encourageants : les salades et mâches repiquées se développent aussi bien, voire mieux que sur paillage plastique ou sol nu. Les semis directs sont même possibles: navets, radis, épinards se développent bien sur une épaisseur de 8 cm de Buxor sans ajout d’autres fertilisants. Enfin, les légumes sont plus savoureux selon leur producteur, qui estime que l’utilisation du broyat de buis lui permettra de moins arroser, moins désherber, moins labourer, et moins utiliser le paillage plastique.

Viticulture> En viticulture aussi, le Buxor présente de nombreux intérêts. Il a été testé en 2018 par un vigneron bio de Cahors et l’effet du produit est déjà visible en seulement quelques mois : la structure du sol a changé en surface, il est plus meuble, garde mieux sa fraîcheur que sur la partie témoin qui n’a pas reçu de produit. Ce sol plus souple est plus facile à désherber, ce qui est important en culture biologique.

Élevage> Le broyat de buis a également trouvé sa place sur la ferme d’élevage porcin de Nicolas Brahic. Comparé à la paille, le Buxor présente l’intérêt d’être plus durable : jusqu’à 6 mois dans la cabane, tout en conservant une litière propre et sans odeurs désagréables. De plus, le produit dégage de la chaleur en hiver dans les cabanes ce qui favorise le décollement des petits de la mère et limite fortement les risques d’écrasement. Enfin, les animaux semblent plus calmes, ce qui peut probablement s’expliquer par les propriétés cardio-régulatrices reconnues du buis.

Domaine équestre> Le broyat de buis présente également de nombreux intérêts pour le domaine équestre : utilisé comme litière pour les chevaux, il ne dégage pas de d’odeur d’ammoniaque, n’attire pas les mouches et la litière est plus homogène. Enfin, épandu sur sol équestre, il procure un grand confort de travail aux chevaux et permet au sol de se ressuyer rapidement et d’être utilisable par quasiment tous les temps.

Il conviendrait aujourd’hui de tester le process dans d’autres massifs forestiers, avec d’autres essences et un contexte pédoclimatique différent afin de vérifier si la démarche est transposable. Des contacts ont été pris en ce sens avec des organismes de recherches.

 

Photo 1 : Vignes de Cahors avec compost de buis épandu. Crédit photo Buxor.

Photo 2 :Comparaison salades sur plastique avec 150 unités d’azote et sur Buxor sans engrais. Crédit photo Buxor.

Photo 3 et 4 : Marcheur et piste de galop chez un éleveur héraultais. Crédit photo Buxor.

CONTACT

Si vous êtes intéressés par le projet et souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à contacter le GIEE Larzac > gieedularzac@mcom.fr

Par Elodie BERNARD, animatrice technique au CIVAM Bio 34

Crédit photo : Interbio Occitanie


Méteils grains - Un levier stratégique pour les éleveurs - Retour sur la journée INNOV'ACTION du 2 octobre 2018 à Valériès, TARN 5

Méteils grains - Un levier stratégique pour les éleveurs - Retour sur la journée INNOV'ACTION du 2 octobre 2018 à Valériès, TARN

Les méteils ou mélanges à base de céréales et protéagineux, récoltés en grains, représentent près de 7% des cultures menées en agriculture biologique en Occitanie (Agence bio 2017). Elles constituent une alternative intéressante aux céréales pures. Leurs atouts agronomiques et leur contribution à une meilleure autonomie protéique les rendent séduisantes pour les exploitations d’élevage.

La journée technique Innov’action sur les méteils grains est le fruit d’un travail collaboratif entre les Chambres d’agriculture du Tarn et de l’Aveyron. L’objectif était notamment de valoriser auprès des agriculteurs les résultats de deux années d’essais de méteils grains conduits en bio chez des éleveurs de trois départements d’Occitanie (Aveyron, Tarn et Hautes Pyrénées).

Ce dossier met en avant les éléments techniques et agronomiques de ces cultures, illustrés par les résultats d’essais et les témoignages d’éleveurs. Un focus fera état de la valorisation des méteils dans la ration des bovins, lait et viande. Une ouverture sur le triage et la commercialisation des méteils clôturera ce dossier.

LEVIERS AGRONOMIQUES – DES MELANGES CEREALES-PROTEAGINEUX (METEILS)

Les méteils présentent de nombreux intérêts en comparaison à des cultures pures : dans des contextes pédo-climatiques variés, les rendements sont plus stables grâce notamment à une meilleure exploitation des ressources du milieu et un bon contrôle des adventices et bio- agresseurs. Néanmoins on leur reproche souvent la variabilité entre les proportions des espèces au semis et à la récolte selon les années : “on sait ce que l’on sème, mais rarement ce que l’on récolte !”

▷ QUELLES ESPÈCES CHOISIR ?

Les différentes espèces utilisées dans les méteils sont présentées dans le tableau ci-dessous avec leurs atouts et inconvénients.

▷ SEMER À QUELLES PROPORTIONS ?

La période de semis sera légèrement plus précoce que celle des céréales en culture pure afin de favoriser le développement des protéagineux et éviter ainsi trop de décalage de végétation entre les deux espèces. Les quantités de semences pour chaque espèce seront fonction du poids des mille grains (PMG) des variétés utilisées et mentionnées sur l’étiquette du sac.

Dose de semis (kg/ha) =(Densité (nombre de grains/m2) x PMG (g)) /100

Par exemple, pour une céréale à PMG de 40g, il faudra prévoir dans le mélange : 80kg/ha pour une densité recherchée de 200 grains/2, 100kg/ha pour une densité de 250 g/m2 et 120kg/ha pour une densité de 300 g/m2. Attention pour l’avoine, ne pas prévoir plus de 10 kg/ha.

Pour les pois fourragers, il faut viser entre 15 et 30 g/m2, soit entre 26 et 53 kg/ha pour une variété à PMG de 175g (ex. Assas), ou entre 16 et 32 kg pour une variété à PMG de 105g (ex. Arkta).

Les doses sont plus élevée pour les pois protéagineux (entre 30 et 60g/m2), soit entre 50 et 120 kg/ha selon les espèces.

Enfin, pour la féverole les PMG peuvent être très variables (entre 450 et 600g), il est donc important d’en avoir connaissance. L’objectif est d’atteindre 15 à 25g/m2, il faudra donc entre 70 et 150kg/ha de semences dans le mélange.

Ces quantités sont bien sûr à ajuster en fonction du nombre d’espèces dans le mélange, et dans la limite de 300 graines/m2.

▷ EXEMPLES DE MÉLANGES

Plusieurs mélanges sont présentés à titre d’exemple dans le tableau ci-contre. Nous recommandons de prendre en compte les critères suivants: précocité à maturité, risque de verse, couverture du sol, teneur en protéines…

▷ QUELLE PLACE DES MÉTEILS DANS LES ROTATIONS EN POLYCULTURE-ÉLEVAGE ?

Les méteils sont des cultures couvrantes qui tendent à améliorer les systèmes agronomiques. Ils sont particulièrement adaptés aux contextes à bas niveau d’azote comme les parcelles en fin de rotation. Les méteils s’intègrent par exemple très bien derrière une culture gourmande type maïs ensilage, éloignés d’un retournement de prairie ou en 2ème voire 3ème paille. Un précédent prairie peut également convenir mais le potentiel azoté ne sera pas valorisé comme avec une céréale pure.

ESSAIS

METEILS GRAINS

Conduits en agriculture biologique en Occitanie

L’objectif des essais était de tester l’intérêt des mélanges complexes (à 3 espèces et plus) comparés à des mélanges binaires (1 céréale + 1 protéagineux) pour assurer un rendement et une valeur nutritive stables.

Pour ce faire, 2 ans d’expérimentations de différents mélanges de méteils grains ont été menés en AB sur 5 sites aux conditions pédo-climatiques variées (Aveyron, Tarn et Hautes-Pyrénées). L’indicateur retenu pour comparer les mélanges testés est la quantité de Matière Azotée Totale (MAT) en kg, produite par hectare. C’est le rendement (en q/ha) multiplié par le % de MAT du mélange.

Parmi les 3 meilleurs mélanges de chaque département, 6 sont des mélanges complexes à base de triticale (60-85 kg/ha), blé (35-55 kg/ha), avoine (10 kg/ha), pois fourrager (15-20 kg/ha) et féverole (55-75 kg/ha), et 3 des mélanges binaires à base de céréales (blé, triticale ou avoine) et de féverole [Proportions variables selon les sites dans la fourchette indiquée en kg/ha], cf. fig. 1.

Pour les mélanges binaires céréale-féverole, les rendements sont stables et les résultats sont également très intéressants (cf. fig. 2).

Une analyse plus poussée de la valeur alimentaire conforte les résultats des mélanges complexes qui répondent aux critères recherchés pour un aliment complet destiné plus particulièrement aux ruminants en AB :
▸ Taux de MAT > 15 %,
▸ Ratio PDIN/UFL (équilibre du mélange) autour de 100,
▸ Digestibilité d’au moins 80 %,
▸ PDIN de l’ordre de 100 g/kg.

BILAN

QUE FAUT-IL RETENIR POUR FAIRE UN MÉLANGE ADAPTÉ À CHAQUE SITUATION ?

> 1 Choisir des espèces et variétés adaptées à votre parcelle (résistance au froid, sol, précocité). À partir de 3 espèces, votre mélange gagnera en stabilité.
>2 Mesurer le reliquat azoté de votre parcelle afin d’adapter la fertilisation éventuelle et la proportion en protéagineux avant semis. En présence d’un reliquat important, la céréale s’exprime davantage, il faudra semer plus de protéagineux.
>3 Utiliser les tables INRA ou faire des analyses pour connaître les valeurs nutritives de votre méteil : vous pourrez ainsi réajuster la ration si besoin.

TEMOIGNAGES

REGARD CROISES – ELEVEURS AYANT REALISE DES ESSAIS

Patrick DELERIS

GAEC DE FOURNOULET, BOVIN LAIT AB, LESCURE JAOUL (12)

«Nous avons travaillé avec un méteil complexe composé de 20-25 kg / ha de pois fourrager associé à du triticale, du blé et de l’avoine. Nous estimons avoir utilisé une trop grande quantité de pois. Aujourd’hui, on l’utilise à 10 / 12 kg et avec de la féverole à 50 kg afin de limiter la verse. Nous avons également implanté deux mélanges binaires : le premier avec orge (50 kg / ha) et pois protéagineux (130 kg / ha), le second avec féverole (120 kg / ha) et pois fourrager (20 kg / ha). Chez nous, ces méteils binaires ont donné de bons résultats et permettent de sécuriser notre système. À l’avenir, nos mélanges sont susceptibles d’évoluer car le pois est de plus en plus difficile à utiliser du fait de la prolifération des sangliers.»

Jean-Baptiste KERUZEC

GAEC DE LA SIRGARIÉ, BOVIN LAIT AB, ST MARTIN LAGUÉPIE (81)

« Je suis en système très herbager, avec 15 ha de méteils semés tardivement, à base de blé / féverole auxquelles on ajoute soit de l’orge, soit du triticale (et un peu d’avoine). On cultive ces méteils complexes depuis plusieurs années, et ce qui nous intéressait dans ces essais, c’était de comparer la performance de nos mélanges complexes avec des associations plus simples. Nous avons donc travaillé avec notre mélange, comparé à 3 associations plus simples, blé/ féverole, triticale/pois fourrager et orge/pois. Les essais nous ont permis de valider le fait que certains associations binaires fonctionnent aussi très bien. Grâce aux analyses des méteils, on a une meilleure idée de la valeur alimentaire de nos mélanges.»

Alain GALOUYE

POLYCULTEUR-ÉLEVEUR, BOVIN VIANDE AB, MONTGAILLARD (65)

« Je produis 8 hectares de méteil tous les ans, derrière un maïs ou une prairie. J’utilise le méteil pour finir les veaux rosés et les vaches, et complémenter les jeunes vaches en production. Je suis généralement autonome pour l’engraissement de mes bêtes. Cette année, pour compenser le foin de mauvaise qualité du printemps, j’ai implanté plus de méteils dont une partie sera récoltée en enrubannage. Ces essais m’ont montré que les mélanges les plus compliqués n’étaient pas forcément les meilleurs. Chez moi, le mélange binaire était intéressant : j’ai donc simplifié mes mélanges ce qui a facilité la récolte (maturité et réglage de la machine). Il faudrait maintenant travailler sur la façon de récolter, c’est-à-dire faucher, sécher et andainer avant récolte.»

 

Fauche du méteil. Crédit GAEC du Terron

DEBOUCHES

VALORISATION DES METEILS DANS LES RATIONS DES BOVINS BIO

Produire un concentré plus riche en protéines que les céréales pures est une des motivations des éleveurs en Agriculture Biologique qui cultivent des méteils.

FOCUS BOVIN VIANDE

SYSTEME VEAUX D’AVEYRON ET DU SEGALA

Vincent SERIEYSSOL, CAUSSE-ET-DIEGE (12)

Sur cette exploitation en conventionnel, les méteils s’inscrivent pleinement dans les objectifs du producteur : gagner en autonomie protéique et diminuer l’usage de produits phytosanitaires. La culture de mélanges a débuté en 2007. D’abord utilisé dans la ration des vaches en lactation à 500 g/jour, le méteil remplace l’aliment complet pour l’engraissement des veaux depuis 2013 avec la mise en place de la fabrique à la ferme.

L’utilisation des méteils permet d’obtenir les mêmes performances économiques sur le troupeau, tout en diminuant les charges d’intrants.

Le seul bémol pour la culture de méteils, c’est l’aspect aléatoire des proportions de chaque espèce à la récolte. C’est pourquoi il est important d’analyser son mélange chaque année, en vue d’assurer le meilleur équilibre alimentaire et un bon potentiel de digestibilité.

 

Valeurs nutritives du méteil de Vincent SERIEYSSOL, son utilisation et l’impact économique (Source Chambre d’Agriculture de l’Aveyron).

FOCUS BOVIN LAIT

SYSTEME EN AGRICULTURE BIOLOGIQUE

Pour calculer l’économie de concentré acheté permise par le remplacement de céréales pures par des méteils, les Chambres d‘agriculture du Tarn et de l’Aveyron ont réalisé des rations à base de maïs et sans maïs, pour 3 niveaux de productivité : 4000 litres / vache laitière, 5500 et 7500 litres.

Les méteils en tant que concentré fermier plus riche en MAT qu’une céréale pure contribuent à l’économie d’achat des concentrés azotés. Cependant, pour des niveaux de production relativement élevés (au-delà de 5500 l/VL), leurs taux de MAT restent insuffisants pour couvrir le besoin des animaux et un complément azoté reste nécessaire. Toutefois, ils restent utilisables en concentré unique pour les génisses.

Les méteils font donc partie d’une stratégie globale d’autonomie alimentaire et protéique parmi laquelle le pâturage à base de prairies à flore variée et la réalisation de stocks fourragers riche en légumineuses constituent un socle incontournable.

DEBOUCHES

Qu’en est-il du triage et de la commercialisation des méteils ?

LE TRIAGE DES METEILS

Il permet de séparer les différentes espèces du mélange en vue d’un re-semis ou sélectionner les différentes espèces qui le composent et leur proportion afin de rééquilibrer une ration ou vendre à un organisme stockeur. Préalablement au triage, il est important de vérifier le réglage de la moissonneuse pour limiter le nombre de grains cassés et pour nettoyer et sécher la récolte avant stockage dans un lieu ventilé.

Différents types de trieurs et de réglages existent pour séparer les différentes espèces du mélange:

Nettoyeur-séparateur : triage uniquement sur la largeur, l’épaisseur et selon le comportement du flux de graines dans un courant d’air en aspirant les déchets légers.
Trieur alvéolaire : séparation des grains selon leur longueur.
Table densimétrique : séparation des grains selon leur densité.
Trieur optique : séparation des grains et des impuretés selon leur couleur et leur forme.

Ces 2 derniers trieurs sont généralement spécifiques aux stations de semences. Trier un méteil demande de vraies compétences. Adhérer à un outil collectif peut s’avérer intéressant pour bénéficier d’un triage de qualité et limiter le coût d’investissements.

LA COMMERCIALISATION DES METEILS

La collecte des méteils reste difficile à ce jour car leur traitement occasionne des surcoûts pour les organismes stockeurs liés au triage et aux cellules de stockage spécifiques pour les mélanges et les cultures issues du tri. L’idéal est donc de réserver ces cultures pour l’autoconsommation ou bien pour un débouché de proximité, auprès d’un éleveur tiers.

Il existe néanmoins la possibilité de vendre le surplus de méteils produits.

En 2017-2018, les collecteurs situés sur le Tarn et l’Aveyron* ont privilégié 2 types de mélanges binaires blé/féverole et orge/pois protéagineux. Certains acceptent également des mélanges plus complexes à condition qu’il existe une demande en face ; dans ce cas, les méteils transitent directement du vendeur à l’éleveur bio. Les collecteurs ont mis en avant 2 leviers pour faciliter la collecte des méteils : d’une part la contractualisation de ces mélanges en annonçant suffisamment à l’avance les surfaces et types de mélanges emblavés, et le stockage chez le producteur jusqu’à la fin de période de collecte.

* Agribio Union, Coopérative de Carmaux et RAGT.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Mélanges céréales – protéagineux grains en agriculture biologique, résultats d’essais conduits en Occitanie, Muriel SIX Chambre d’agriculture de l’Aveyron, Maëva COLOMBET Chambre d’agriculture du Tarn et Lise BILLY Chambre d’agriculture des des Hautes Pyrénées.
Conférence de Laurent Bedoussac Ingénieur de recherche INRA-ENSFEA Toulouse, “Les Cultures associées : intérêts agronomiques et place dans les filières” (le 2 octobre 2018 à Valdériès).
Posters produits par les Chambres d’agriculture Tarn / Aveyron, FDCUMA Tarn à l’occasion de la journée Innov’action du 2 octobre 2018 (envoi possible sur demande : francoise.solignac@aveyron.chambagri.fr / n.castel@tarn.chambagri.fr)
Fiche technique Méteil grains CA81.

Coordonné par Maëva COLOMBET et Stéphanie CAMAZON, de la Chambre d’Agriculture du Tarn, et Mathilde DURAND, de la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron

Crédit photo : Interbio Occitanie et Interbev


Caractérisation d'élevages caprins biologiques avec transformation fromagère 6

Caractérisation d'élevages caprins biologiques avec transformation fromagère

Les résultats et les données présentées dans ce document sont issus d’une étude réalisée par l’APABA en 2017 auprès de sept élevages caprins transformateurs en Aveyron. Cette étude avait pour objectif de mieux comprendre les freins rencontrés dans ce type de fermes. L’échantillon s’est composé d’exploitations représentatives de la moyenne montagne (de 300 à 800 mètres d’altitude).

DES FERMES DE PETITE TAILLE PLUTOT EXTENSIVES

Les fermes étudiées présentent des structures très diverses. La Surface Agricole Utile varie de 22 à 63 ha et le taux de chargement s’échelonne entre 0,24 et 0,73 UGB/ha SFP. Les fermes disposent essentiellement de prairies permanentes et de parcours boisés de qualité variable alloués au pâturage. Seules les meilleures terres sont destinées à la culture de méteils réservés à l’alimentation des chèvres. Ces derniers sont le plus souvent conduits en rotation avec des prairies temporaires riches en légumineuses destinées à la production de foin. Sur le plan des ressources humaines, les fermes se composent de 2 à 4 unités de main d’œuvre (associés et salariés) réparties entre les activités de production, de transformation et de mise en marché.

DES NIVEAUX DE PRODUCTION LAITIERE HOMOGENES MAIS DES EFFECTIFS TRES VARIABLES

Parmi les fermes étudiées, six transforment l’intégralité de leur production de lait avec une valorisation en vente directe. La septième livre près de 90% de la production en circuit long. Toutes les fermes sont conduites en Agriculture Biologique ou en début de conversion. Les cheptels sont essentiellement constitués de chèvres Alpine et/ou Saanen conduites de manière saisonnée. Les mises bas se déroulent de la mi-février jusqu’à la mi-mars et la durée de traite fluctue entre 230 et 305 jours. La taille des troupeaux est comprise entre 12 et 26 chèvres/UTH pour les fermes en circuit court contre 71 chèvres/UTH pour l’élevage en circuit long. Le niveau de production laitière des troupeaux est assez homogène dans les élevages (≈ 530 l vendu/chèvre). Rapporté aux surfaces fourragères, ce dernier varie fortement, de 290 à 1700 l/ha SFP.

DES FOURRAGES DE QUALITE INSUFFISANTE

Selon leur situation géographique, les fermes disposent de foncier de qualité très variable. Cela influe fortement sur le choix des ressources fourragères. Dans les zones maigres et superficielles, les éleveurs fauchent des prairies permanentes de qualité variable et valorisent des parcours via le pâturage. Les volumes de fourrages stockés étant les plus souvent insuffisants tant sur le plan quantitatif que qualitatif, les éleveurs font appel à des achats de foin de luzerne. Dans les zones plus favorables, les éleveurs cultivent des prairies riches en légumineuses (Luzerne/dactyle, prairies à flore variée…) pour obtenir des fourrages de meilleure qualité. Les repousses et les prairies permanentes sont réservées au pâturage. Selon la part de pâturage, les volumes de fourrages distribués varient de 2,8 à 5,8 TMS/UGB. Parmi les élevages étudiés, six produisent du foin au sol et une ferme dispose d’une unité de séchage en grange. Seules quatre fermes sur sept sont autonomes en fourrages. La qualité insuffisante des foins induit des charges d’alimentation élevées.

DES FERMES PEU AUTONOMES EN CONCENTRES

Sur le plan des concentrés, les fermes sont globalement peu autonomes. Les faibles surfaces allouées aux cultures ainsi que les faibles rendements ne permettent pas de couvrir les besoins du troupeau. Selon les fermes, la surface en céréales représente de 0 à 23 % de la SAU (10 % en moyenne) et les rendements fluctuent de 20 à 39 Qx/ha (26 Qx/ha en moyenne). Seules deux fermes au fonctionnement plutôt autarcique produisent l’intégralité de leurs besoins. Les autres fermes font appel à des achats extérieurs de céréales (maïs et orge essentiellement) et/ ou d’aliments complets (concentré de production de 18 à 24 % MAT).

DES PRATIQUES D’ALIMENTATION TRES DIFFERENTES

L’analyse des pratiques d’alimentation des élevages montre une forte dépendance aux stocks fourragers. Suivant les fermes, le volume de fourrages distribués varie de 2,9 à 5,8 TMS/UGB/an. Malgré des durées de pâturage importantes, la part de l’herbe pâturée dans l’alimentation reste limitée. Elle représente selon les cas de 10 à 40 % de la ration annuelle. Les éleveurs maîtrisant la conduite du pâturage des chèvres consomment globalement moins de stocks de fourrages (≤3,5 TMS/UGB) au cours de l’année.

Sur le plan des aliments complémentaires, les élevages étudiés montrent une grande diversité de pratiques. La quantité de concentrés distribués varie de 0,6 à 2,6 TMS/UGB/an. Rapporté au niveau de production laitière, la complémentation en concentrés fluctue de 227 à 777g/l (Moyenne : 680 g/l contre 1157 g/l en circuit long). A niveau de productivité laitière équivalent (530 l/chèvre), la quantité de concentrés distribués d’une ferme à l’autre varie selon un facteur quatre. Il existe donc de grande marge de manœuvre sur le plan de l’efficience des pratiques d’alimentation. La qualité des fourrages apparait comme un élément clé de la maîtrise des coûts d’alimentation.

DES COUTS DE PRODUCTION TRES HETEROGENES

L’analyse du coût de production des élevages étudiés montre une grande variabilité. Selon les exploitations, le résultat fluctue de 1 200 à 6 750 €/1000 l. Une part importante de ces écarts s’explique par la différence de niveau de production laitière des fermes (de 3 300 à 13 641 l/UMO) qui fait office de diviseur.

Le poste de dépenses qui apparaît en moyenne le plus élevé dans le coût de production concerne les charges de mécanisation (11,6% du CP en moyenne). Ce dernier se compose essentiellement des prestations de travaux par tiers, des charges de carburants et des frais d’entretien du matériel. La délégation fréquente des travaux agricoles (semis, moissons) et les nombreux déplacements liés à la vente directe sont mis en cause. D’une ferme à l’autre, le montant des charges de mécanisation fluctue de 170 à près de 900 €/1000 l. Il existe donc de grandes marges de manœuvre dans la maîtrise de ce poste.

Le second poste le plus coûteux concerne les charges de bâtiments (10,1% du CP en moyenne). Il se compose essentiellement des amortissements et des frais d’électricité et de gaz liés à l’activité de transformation fromagère. D’une ferme à l’autre, le montant des charges de bâtiments fluctue de 90 à près de 530 €/1000 l. On note différentes échelles d’investissements dans les ateliers de transformation. Certains ateliers semblent avoir été surdimensionnés vis-à-vis des volumes de lait transformés et valorisés.

Le troisième poste le plus important dans la composition du coût de production concerne les charges d’alimentation (7,1% du CP en moyenne). Ces dernières sont principalement constituées par des achats de céréales (orge ou maïs), d’aliments complets ou de fourrages pour répondre aux besoins des animaux. D’une ferme à l’autre, le montant des charges d’alimentation fluctue de 22€/1000l à près de 380 €/1000l.

UN NIVEAU DE VALORISATION DU LAIT TRES HETEROGENE

Parmi les fermes étudiées, le niveau de valorisation du lait transformé varie très fortement. Selon les fermes, le prix du lait fluctue de 1 550 à 2 650 €/1000l (2 000€/1000l en moyenne contre 876€/1000l en circuit long). Les fermes commercialisant les fromages sous l’appellation Rocamadour montre un niveau de valorisation supérieur. Le choix du type de fromages, le rendement fromager et le prix de vente semblent les principaux éléments mis en cause.

UN TEMPS DE VALORISATION DES PRODUITS TRES VARIABLE

L’activité de transformation fromagère nécessite une implication forte des agriculteurs et génère un volume de travail important. L’équilibre entre les activités d’élevage, de transformation et de commercialisation est difficile à trouver mais se révèle indispensable. Parmi les sept fermes étudiées, le temps de valorisation du lait estimé (transformation + mise en marché) a fluctué entre 4 et 16 h/100 l. Le type de débouchés (marché de plein vent, magasins de producteurs…), la capacité de l’outil de transformation (volume journalier…), la disponibilité en main d’œuvre et le choix du type de produits (yaourts, lactiques, tommettes…) semblent mis en cause.

BILAN

▷ Les données analysées offrent seulement une image des systèmes rencontrés en zone de moyenne montagne. Les fortes disparités révélées dans cette étude démontrent un nécessaire accompagnement technique des fermes caprines en production fromagère sur différents thèmes :

Qualité des fourrages ▪ Efficience des pratiques d’alimentation du troupeau ▪ Maîtrise des coûts de production (notamment en charges de mécanisation et de bâtiments) ▪ Stratégie commerciale : efficience de la production selon les débouchés choisis

Coordonné par Maxime VIAL, animateur élevage de l’APABA

Crédit photo : Interbio Occitanie


Apport des études récentes sur les performances technico-économiques et la résilience 7

Apport des études récentes sur les performances technico-économiques et la résilience

L’année 2018 a été marquée par de multiples études sur la filière bovins lait bio en Occitanie. C’est ainsi l’occasion de faire le point sur l’accompagnement nécessaire à mener à destination des éleveurs pour soutenir la dynamique de conversion que l’on observe depuis quelques années suite au développement des projets des acteurs de l’aval de cette filière. Vous trouverez dans ce dossier : une caractérisation des élevages bovins lait bio en moyenne montagne (APABA), les facteurs de résilience de ces élevages (projet Résilait, INRA), l’évolution de la vulnérabilité lors de la conversion en bio (thèse de Maëlys Bouttes, INRA) et la description d’un outil de simulation de la robustesse des fermes face aux aléas climatiques (projet Optialibio).

ETUDE 2018

Caractérisation d’élevages bovins lait biologiques de moyenne montagne

Les résultats et données présentés dans cet article sont issus d’une étude réalisée en 2018 par l’Association pour la Promotion de l’Agriculture Biologique en Aveyron (APABA) auprès de 17 fermes bovines laitières de l’Aveyron et du Lot conduites en Agriculture Biologique.

Cette étude avait pour objectif d’évaluer les pratiques et performances des différents systèmes, de mettre en lumière les stratégies cohérentes permettant une rémunération maximale de la main d’œuvre et de réaliser des focus spécifiques sur les thématiques du travail et de l’évolution des systèmes après la phase de conversion. Seuls les résultats de l’étude concernant la caractérisation des systèmes et leurs performances sont présentés ici. Les autres thèmes seront développés dans le prochain magazine des Pratiques Techniques Innovantes de l’APABA. Ces données permettent aux éleveurs ayant un projet de conversion d’avoir des références technico-économiques sur des systèmes de moyenne montagne et de s’interroger sur la durabilité du système qu’ils désirent mettre en œuvre lors de leur passage en AB.

▷ LES SYSTÈMES IDENTIFIÉS

La production laitière (litres/Vache Laitière/an) et la part de maïs dans la Surface Fourragère Principale (SFP) des fermes ont été utilisés pour répartir les exploitations en quatre principaux systèmes et construire ainsi la caractérisation. Les principaux repères techniques de ces systèmes sont présentés dans le tableau ci-dessous.

▷ ANALYSES DES PERFORMANCES ÉCONOMIQUES

Afin de réaliser une analyse des performances de chaque système, trois indicateurs de performances économiques ont été calculés pour chaque système. Ces indicateurs ont été développés par les Réseaux d’Agriculture Durable et CIVAM afin d’analyser la durabilité des fermes et plus globalement des systèmes de production. La figure ci-dessous présente les résultats pour les différents groupes ainsi qu’une échelle de performances croissantes allant du rouge au vert.

L’autonomie économique permet de mesurer le niveau de charges et par conséquent la dépendance des fermes vis-à-vis de l’extérieur pour ses besoins de production (alimentation et frais d’élevage). Cet indicateur est calculé à partir de la marge brute globale qui est égale au produit de l’activité auquel les charges opérationnelles sont soustraites.

L’efficacité économique traduit la capacité des fermes à maximiser leurs produits tout en limitant leurs coûts. Cet indicateur est calculé à partir de la valeur ajoutée. Il correspond au produit de l’activité moins les charges liées à la production (total des charges hors main d’œuvre, amortissements, fermages et impôts).

▶ L’autonomie financière permet de mesurer la maîtrise des investissements. En effet, elle met en évidence la dépendance des fermes vis-à-vis des financements extérieurs (emprunts). Elle est calculée à partir de l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) consolidé (somme de l’EBE et de la rémunération des exploitants).

▷ DEUX SYSTÈMES MIS EN ÉVIDENCE

L’étude réalisée met en évidence deux systèmes. En effet, les indicateurs de performance technico-économique sont plus clairement favorables pour les exploitations du système «Herbager» et «Herbe/Maïs». Par rapport au système Herbager, les coûts de concentré du système Herbe/Maïs sont compensés par une augmentation de la production laitière. Cela permet également de générer un produit lait plus élevé. Le système «Maïs dominant» se positionne comme étant le système le plus à risques. Les coûts de production élevés engendrés par l’achat de correcteur azoté et de l’aliment de production ne sont pas accompagnés par une augmentation suffisante de la production laitière.

Cependant, le système n’est pas le seul facteur influençant les performances technico-économiques des élevages bovins biologiques. En effet, la maîtrise des investissements et des charges, indépendamment du système d’exploitation, influent directement sur la valeur ajoutée produite. À titre d’exemple, dans l’étude conduite par l’APABA, l’autonomie financière explique 30% de la valeur ajoutée. Pour dégager une bonne valeur ajoutée, il faut chercher à rester le plus sobre possible, dansun contexte où les exploitations ne peuvent pas répercuter les hausses de charges sur les prix de vente. Il est important de nuancer les résultats obtenus. En effet, l’effectif des échantillons par système est relativement faible. L’ambition de l’étude portée par l’APABA étant seulement de donner des éléments de réflexion sur les systèmes biologiques bovins laitiers. De plus, l’ensemble des systèmes n’est pas représenté par ce groupe de dix-sept fermes. En 2014, un système herbager économe et autonome avait été mis en lumière. Malheureusement, les fermes de ce système n’ont pu pas être enquêtées en 2018.

PROJET CASDAR RESILAIT

Facteurs de résilience des élevages bovins lait biologiques

Porté par l’institut de l’élevage (IDELE), l’institut technique de l’agriculture biologique (ITAB) et en partenariat avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), le projet CASDAR Résilait a notamment pour objectif la mise en évidence de facteurs de résilience pour les élevages laitiers bovins biologiques.

86 exploitations converties depuis plus de 5 ans à l’AB ont été enquêtées au cours de l’hiver 2017. Ces enquêtes visaient à identifier ces facteurs de résilience à dires d’éleveurs d’une part (1) et par analyse statistique de données quantitatives récoltées sur les exploitations d’autre part (2). Concernant les données quantitatives, les éleveurs ont renseigné au cours du temps les valeurs prises sur leurs exploitations pour un ensemble de variables de structure (main d’œuvre, SAU, taille du cheptel etc.) et un ensemble de variables de pratiques (gestion du troupeau, de l’assolement etc.). De plus, les éleveurs ont évalué au cours du temps leur satisfaction d’un point de vue agronomique, zootechnique, économique et social. C’est cette évaluation qui a permis de caractériser la résilience des exploitations. En effet dans le cadre de ce travail la résilience est définie comme étant le maintien au cours du temps de l’exploitation dans un état satisfaisant pour l’éleveur. Cet article présente une partie des résultats obtenus.

LA RÉSILIENCE, UN CONCEPT NOUVEAU POUR LES ÉLEVEURS

Lors des enquêtes, les éleveurs ont été amenés à donner leur définition du terme ‘Résilience’ et à discuter de ce qui selon eux participe ou non à la résilience d’un élevage laitier biologique. La synthèse des enquêtes a permis de mettre en évidence, à dires d’éleveurs :
Des indicateurs de la résilience : éléments qui selon les éleveurs mesurent la résilience d’une exploitation
Des facteurs et des leviers : éléments qui selon les éleveurs permettent d’améliorer la résilience d’une exploitation.

Le degré d’autonomie, la viabilité économique, et la cohérence globale dans la gestion des exploitations (l’adaptation des objectifs aux moyens de production et la baisse du niveau d’intensification d’utilisation des ressources disponibles) sont retenus comme principaux indicateurs de la résilience. La durabilité importe également aux éleveurs particulièrement dans le sens de la transmissibilité de leurs exploitations. Ces indicateurs sont favorisés par différents facteurs internes ou externes aux exploitations tels que le prix du lait payé aux producteurs, l’équilibre sol-troupeau ou encore la place accordée à l’herbe (pâturage et fourrages) dans le système. La figure 1 ci-dessous schématise ces résultats.

▷ ACCORDER UNE PLACE PLUS IMPORTANTE À L’HERBE

Les résultats de l’analyse statistique montrent que les élevages herbagers économes et autonomes sont les plus résilients. Ainsi, avancer la date de mise à l’herbe et augmenter la durée de pâturage exclusif améliore la satisfaction économique et la satisfaction sociale des éleveurs. De plus diminuer la surface en maïs, augmenter la surface en prairies, augmenter la surface accessible au pâturage et augmenter la durée de pâturage exclusif permettent d’améliorer la satisfaction agronomique.

L’amélioration de la résilience de ces exploitations semble donc passer par une augmentation de la place accordée à l’herbe ce qui concorde avec les résultats de l’étude de la perception de la résilience. La bonne maîtrise du pâturage nécessite de l’expérience et des compétences spécifiques de la part de l’éleveur.

▷ Dans un contexte où les exploitations laitières biologiques sont soumises à un ensemble de risques (forte concurrence de la part de voisins européens, augmentation des charges etc.), penser la résilience de ces exploitations semble essentiel. Les exploitations en conversion, contraintes par le cahier des charges de l’AB à l’adoption de nouvelles pratiques, sont en ce sens-là particulièrement concernées : anticiper ces changements en actionnant les leviers de la résilience pour améliorer le fonctionnement des exploitations.

ENTRETIEN

La conversion à l’AB pour améliorer sa situation

Une étude de chercheurs de l’INRA de Toulouse auprès de 20 fermes bovines laitières en Aveyron montre que les agriculteurs s’étant engagés en bio en 2016 y voyaient une solution pour préparer l’avenir. Le suivi de leurs conversions montre des bons niveaux de satisfaction vis-à-vis de leur situation en fin de conversion, à condition d’opter pour un mode d’élevage franchement tourné vers l’herbe et le pâturage.

▷ PASSER EN BIO POUR VOIR PLUS LOIN

En 2016, les éleveurs laitiers vivaient une crise historique du secteur marquée par une chute drastique du prix du lait. Parallèlement, des laiteries cherchaient de nouveaux producteurs bio. Des entretiens auprès de 20 fermes bovines laitières aveyronnaises au début de leur conversion à l’AB (printemps 2016) ont montré qu’au-delà de préoccupations environnementales, économiques ou idéologiques souvent mises en avant, les motivations des éleveurs étaient de trouver des solutions pour se sortir d’une situation conventionnelle compliquée. L’AB leur apparaissait comme un mode de production offrant davantage de perspectives.

Ils percevaient la bio comme moins risquée que l’agriculture conventionnelle, notamment par la perspective de prix plus stables et le soutien de la consommation, permettant ainsi de retrouver la possibilité de se projeter vers l’avenir. Patrice* expliquait ainsi : « ce qui fait basculer, c’est que ce soit un système qui parait plus pérenne, où on peut essayer de faire des prévisions plus sur du court terme mais sur du moyen terme »,

De plus, ils voyaient la bio comme un moyen de développer leur connaissances grâce aux réseaux de pairs et de conseillers actifs en AB, leur permettant ainsi de pouvoir mieux s’adapter à l’avenir. Un éleveur expliquait la bienveillance et la liberté de parole sur les expériences de chacun : «Ça permet d’échanger … quand on se loupe, de dire “j’ai loupé ça, ne pas refaire”, ou “j’ai fait ça pour rattraper”, ou “j’ai fait ça, ça marche bien”, c’est bien.» Dans les entretiens, le poids émotionnel associé au sentiment d’être coincé dans le système conventionnel était souvent évoqué, et les agriculteurs espéraient que la bio contribuerait à améliorer leur satisfaction au travail pour se sentir plus fort face à des aléas futurs. Parmi les différents points évoqués sur ce thème, il ressortait des entretiens l’envie de retrouver un meilleur équilibre travail-vie personnelle en sortant de systèmes saturés en charge de travail qui n’apportent pas de résultats économiques. Les témoignages étaient marqués par les rencontres avec des éleveurs en bio depuis plusieurs années: « on les voit sereins au niveau moral, au niveau travail et au niveau trésorerie.»

Enfin, les éleveurs témoignaient d’un intérêt important à se convertir à l’AB pour leur permettre de transmettre leur ferme et de maintenir des structures laitières familiales sur le territoire aveyronnais.

*Noms transformés

▷ DES ATTENTES SUR LA SUITE DE LA CONVERSION

Certains éleveurs ont fait part de leurs questionnements quant à certains résultats jugés peu satisfaisants. Cela concerne par exemple les modes de gestion à mettre en œuvre pour garantir la qualité et la quantité de lait en ration hivernale, ou encore la qualité des méteils. Tournés vers l’avenir, les éleveurs ont fait part d’attentes pour la suite : par exemple sur la possibilité d’embaucher, l’amélioration de la santé animale et de la gestion pâturage-fourrage, ou encore le lancement d’un autre projet sur la ferme comme la transformation fromagère.

POUR EN SAVOIR PLUS SUR D’OÙ VIENNENT CES RÉSULTATS, ET SUR LES VALORISATIONS À VENIR
Ces résultats s’appuient sur des données d’entretiens en tête à tête avec des éleveurs sur les motivations à passer en bio, sur l’évolution des pratiques et sur la satisfaction des éleveurs en fin de conversion. Ces données ont été collectées par Maëlys Bouttes dans le cadre de sa thèse à l’INRA de Toulouse (2015-2018, manuscrit téléchargeable sur internet). L’analyse a été d’une part qualitative sur les questions de motivations, et d’autre part statistique pour caractériser les évolutions de pratiques et de satisfaction pendant et à l’issue de la conversion. Des vidéos sur le travail de thèse avec des témoignages d’éleveurs seront réalisées d’ici février 2019 et seront en ligne sur le site internet PSDR Occitanie pour les curieux d’en savoir plus !

CASDAR OPTIALIBIO

Un outil d’évaluation de la robustesse des élevages de bovins biologiques face aux aléas climatiques

C’est dans un contexte de développement important de l’agriculture biologique et de changement climatique qu’est né le projet CasDar OptiAliBio. Ce projet a pour but de créer des références et des outils à destination des éleveurs et des conseillers afin d’accompagner des agriculteurs dans leur conversion et la reconstruction de leur système pour le rendre plus robuste face aux aléas climatiques.

L’autonomie alimentaire est une des principales composantes de la robustesse d’une exploitation. Elle se décline sous plusieurs formes : l’autonomie alimentaire massique de la ration totale qui représente la quantité totale de matières sèches produite sur l’exploitation qui est distribuée au troupeau; l’autonomie alimentaire massique en fourrages conservés qui est la quantité totale de fourrages produits sur l’exploitation et distribuée au troupeau; l’autonomie alimentaire massique en concentrés qui représente la part de concentrés produits sur l’exploitation dans l’alimentation du troupeau. En élevage laitier biologique, l’autonomie alimentaire de la ration totale atteint 89% et l’autonomie alimentaire en concentrés 42%. L’autonomie alimentaire d’une exploitation dépend de la configuration du système (assolement, chargement etc.), mais aussi de son adaptation aux aléas climatiques. Dans le cadre du projet OptiAliBio, un simulateur de la robustesse des élevages de bovins biologiques face aux aléas climatiques a été créé. Cet outil va permettre aux éleveurs de repenser leur système lors du passage en agriculture biologique ou en prévision d’un changement dans l’exploitation, et ce, en mettant en évidence les points forts et les points faibles du système d’exploitation. L’outil devra permettre aux éleveurs de simuler des planifications stratégiques à plus ou moins long terme mais aussi des adaptations à effectuer en cas d’aléas climatiques par exemple. Les éleveurs vont pouvoir simuler à moyen terme la robustesse de leur exploitation en faisant varier l’assolement, le cheptel, l’alimentation du troupeau ou l’année climatique. Ces simulations vont permettre à l’exploitant de réfléchir à des solutions pour sécuriser son système fourrager et il pourra tester ces adaptations pour faire apparaître les changements sur différents indicateurs dont le niveau d’autonomie alimentaire, le chargement, le coût alimentaire du troupeau, etc.

L’éleveur va donc pouvoir construire et tester des modifications du système face aux aléas climatiques. Cela permettra ainsi d’aboutir à la conception d’un système robuste qui peut s’adapter à différentes situations.

Le logiciel permet de faire un diagnostic rapide de son niveau d’autonomie alimentaire avant de poursuivre sur l’adaptation de son système aux aléas climatiques et aux changements structuraux. Le logiciel AMIABLE sera disponible début 2019 suite à son lancement officiel et à une journée de formation sur son utilisation.

LE PROJET OPTIALIBIO S’APPUIE SUR DES PARTENAIRES IMPLIQUÉS DANS LE DOMAINE DE L’ÉLEVAGE ET DE L’ENVIRONNEMENT :
▶ Partenaires techniques et scientifiques : Institut de l’Élevage, ABioDoc, ITAB, Ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou (49), INRA UR ASTER- Mirecourt, INRA UMR Herbivores (Theix – 35), INRA UMR AGIR (Toulouse), VetAgro Sup Clermont-Ferrand, Ferme expérimentale de Trévarez (29), GAB 22, Chambre d’agriculture de Bretagne, de Normandie, du Cantal et de l’Aveyron, Pôle Agriculture Biologique Massif Central, Lycées agricole Théodore Monod (Le Rheu – 35) et Edgard Pisani (Tulle-Naves – 19), BIOLAIT SA
▶ Partenaires techniques (hors financements CASDAR) Stonyfield France (Marque commerciale «Les 2 vaches» – filiale de Danone et porteur du projet Reine Mathilde) Fédération Régionale d’Agriculture biologique de Bretagne (FRAB)
▶ Partenaires associés au comité de pilotage du projet DGER, RMT Prairies demain

▷ À travers ces études, nous avons pu observer que le passage en bio représente une réelle opportunité pour les éleveurs en terme de bien-être au travail, de défi technique et d’avantages économiques.

Mais ceci ne doit pas rester un objectif en soi car la conversion implique une réflexion intense sur son système d’exploitation, notamment sur la production fourragère. En effet, face aux aléas climatiques de plus en plus présents dans la vie des éleveurs, le développement du système herbager se présente comme une solution à étudier sérieusement. Fort heureusement, les différents acteurs de l’accompagnement des éleveurs bio sont présents sur cette évolution et pourront vous présenter au 1er trimestre 2019 l’ensemble de ces résultats (et même plus car la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron apportera en plus les résultats d’une étude sur les coûts de production en élevage bovins lait bio) lors d’une rencontre qui sera organisée en Aveyron (prochainement, plus d’informations sur la rencontre).

Par Alexandre BANCAREL et Delphine CUBIZOLLE de APABA, Maëlys BOUTTES et Guillaume MARTIN de l’INRA UMR AGIR), Ika DARNHOFER de University of Natural Resources and Life Sciences à Vienne en Autriche, Magali SAN CRISTOBAL de l’INRA UMR DYNAFOR, Stéphane DOUMAYZEL et Sandrine VIGUIE de la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron, coordonné par Alexandra BANCAREL.

Crédit photo : Interbio Occitanie


Produire des plantes aromatiques et médicinales à destination des entreprises - Des opportunités pour se lancer ou se diversifier 8

Produire des plantes aromatiques et médicinales à destination des entreprises - Des opportunités pour se lancer ou se diversifier

Les PPAM ne constituent pas une grosse filière, avec moins de 1% de la SAU Française, pour 3500 exploitations. 15 % des surfaces sont en Bio contre 5% dans le reste de l’agriculture. La lavande, le lavandin et le pavot-œillette couvrent 70% des surfaces. Les 30% restants assurent 60% du chiffre d’affaires. Cela montre la forte hétérogénéité du chiffre d’affaires par production. Cette filière a un dynamisme particulier avec une augmentation des surfaces de 12% par an.

De nouveaux producteurs se lancent dans cette culture pour se diversifier et sécuriser leurs revenus. Un sondage FranceAgriMer montre que les trois-quart des exploitants ayant des surfaces en PPAM le font en diversification, avec du maraîchage, des grandes cultures ou de la viticulture. La DRAAF Occitanie constatait en 2017 une valeur ajoutée comparable entre la viticulture et les lavandes/lavandins. Le développement est facilité par le fait que la production ne nécessite pas de grandes surfaces pour démarrer et que le calendrier de travail varie d’une plante à l’autre.

Le territoire diversifié d’Occitanie permet la culture de multiples espèces (thym, romarin, lavande, lavandin, origan, sarriette, coriandre, fenugrec, sauge, et même la verveine) avec une demande en forte croissance pour approvisionner plusieurs marchés. Pour les productions « classiques», la demande est continue, avec de centaines d’hectares (thyms, romarins) voir des milliers (lavandes, lavandins) nécessaires rapidement. Pourtant les projets de plantations restent rares, alors que les débouchés sont assurés. Pour ces productions, les demandes sont généralement connues des Chambres d’Agricultures et groupements Bio départementaux peuvent vous aider à mieux les cerner.

C’EST QUOI LES PPAM ?

Les plantes à Parfums, pour la distillation, sont principalement les lavandes, le lavandin, la sauge sclarée et quelques dizaines de petites espèces cultivées dans le Sud Est, mais aussi en Occitanie, notamment dans le Lot où la filière redémarre. La forte demande
de lavandin bio est une opportunité importante pour répondre au besoin en aromathérapie et matières premières pour la parfumerie.

 

Les plantes Aromatiques n’occupent que 500 ha autour des herbes de Provence du basilic ou du persil. Les thyms, le romarin, l’origan et la sarriette. Elles sont cultivées dans Sud de la France et présents en Occitanie (150 ha), dans l’ancien Languedoc Roussillon, dans le cadre de programme avec des entreprises. Un triplement des surfaces serait nécessaire face aux marchés.

 

 

Les plantes Médicinales à propriétés thérapeutiques sont nombreuses. Du pavot, en production contrôlée, en passant par la verveine odorante et bientôt le cannabis! En Occitanie, elles sont cultivées, mais aussi cueillies, sur des petites exploitations. Plusieurs espèces sont règlementées et 148 plantes sont libres de vente. C’est une production qui progresse constamment en région via des installations en circuits courts. Plusieurs entreprises et la distribution spécialisée sont en demande pour étoffer leurs gammes notamment en tisanes.

RAISONNER SES CHOIX DE CULTURES SELON SES CAPACITES ET SELON LA DEMANDE

Avec une centaine de plantes possible, le choix ne manque pas. Il doit pourtant être mûrement réfléchi en fonction de critères simples et rationnels si l’on veut se professionnaliser et durer dans cette filière.

Quels produits sont demandés par les acheteurs ?

Les 2 principaux segments sont les cultures destinées à la distillation et aux plantes séchées. Facteur limitant : la disponibilité des plants en pépinière.

Espèces possibles : Lavandes, lavandins, thyms, sauge sclarée, origans et coriandre. Puis de nombreuses niches commerciales sur des petits volumes.

Qu’est-ce qui peut pousser sur mes parcelles et dans l’environnement ?

Facteurs limitants : Présence de vivaces en grandes quantités : rotations nettoyantes impératives avant plantation.

Espèces possibles : En priorité celles qui poussent spontanément dans son terroir.

Faut-il irriguer ?

De nombreuses PPAM n’ont pas besoin d’eau mais la reprise et les rendements sont meilleurs.
Espèces possibles : Seules les plantes de garrigues et les ombellifères sont envisageables sans eau.

Quelles sont les caractéristiques de sols de mes parcelles ?

▸ Terres sèches ou drainantes calcaires.
▸ Terres lourdes humides à fraiches.
▸ Terres lourdes sèches.
▸ Terres filtrantes
Espèces possibles Plantes de garrigues (thyms, lavandes, romarins…) ▸ Menthes ou mélisses ▸ Ombellifères (coriandre, fenouil) ▸ Toutes avec irrigation pour les plus fragiles (basilic, coriandre, camomille, calendula voire origan)

De quels équipements ai-je besoin?

À minima des outils tractés pour désherber. Espèces possibles Toutes, à condition d’avoir l’outil de transformation correspondante.

Derniers points à vérifier :

Réduire le stock d’adventices, surtout lorsqu’on plante sur friches : 1 à 2 années de culture “nettoyantes” et /ou d’engrais verts peuvent être nécessaires.
S’assurer que sa parcelle soit à l’abri de dérives de traitements chimiques car certaines PPAM peuvent concentrer ces molécules et les lots refuser.
Réserver ses plants et semences très tôt : prévoir 6 à 12 mois selon la variété ou le chémotype.

Les modes de transformation des PPAM sont majoritairement le séchage pour l’herboristerie et compléments ali- mentaires et la distillation pour les huiles essentielles & hydrolats pour l’aromathérapie et la cosmétique. Toutefois le boom de des soins naturels et des nouveaux modes de consommation alimentaires fait que des types d’extraction ou de présentation novateurs voient le jour à partir de plantes fraîches ou sèches. Pour une même plante le produit fini peut donc varier selon le marché et la transformation préalable.

La valorisation du producteur sera d’autant plus grande qu’il pourra aller loin dans la transformation pour fournir un produit conforme à la demande : taille de lot minimum, qualité constante et régularité de l’approvisionnement. La capacité d’investissement et à la technicité sont des points clés.

CHEMOTYPE KESACO ?

Un chémotype se distingue par une teneur en composé chimique dominant différenciant de l’espèce de base.

Les thyms notamment sont classés en chémotypes.
Thymol ou carvacrol : thyms forts piquants utilisés en aromates.
Thyms linalol, thyms doux, ou Thujanols très doux plus utilisés en aromathérapie.

Le choix du chémotype est incontournable en production pour l’huile essentielle surtout. C’est un critère de contractualisation et de prix de vente.

ITINERAIRE TECHNIQUE – THYM & LAVANDE BIO

01 – La plantation

Idéalement elle se fait après un engrais vert, une prairie, une céréale, voir des cultures légumières. La vigne, les fruitiers et les défriches ligneuses augmentent le risque de pourridié. Le niveau de préparation est comparable à une culture maraichère, les plants en mini-mottes étant mis en place à l’aide d’une planteuse. L’usage de paillage même biodégradable n’est pas conseillé car il laisse des résidus dans les récoltes.

Le choix de la variété et du chémotype est déterminant vis-à-vis de l’objectif commercial. Pour la lavande on achètera des plants sains certifiés indemne de dépérissement. Il vaut mieux différer une plantation que de planter un plant qui n’a pas les garanties attendues! Les densités varient de 18000 plants/ha (thyms, sarriette, origan) à 10000-12000 plants/ ha (romarins et lavandes) et le prix du plant de 0,1 à 0,3€ selon qu’il provienne de semis ou de bouture. Avec les frais la plantation revient entre 3 400 à 5 900€/ha.

 

02 – L’entretien

En l’absence de problèmes phytosanitaires majeurs, le travail principal est le désherbage mécanique des cultures. C’est un point crucial les PPAM étant d’autant moins compétitives vis-à-vis des mauvaises herbes qu’elles sont basses, le désherbage doit être très suivi. Le temps de désherbage peut passer de 20 h/ha à plus de 200 heures dégradant dans ce cas la marge brute si celui-ci n’est pas rigoureux.

Le premier passage a lieu quelques semaines après plantation avec une herse étrille en plein. Les suivants à rythmes réguliers avec des bineuses.
La bineuse de type “à doigts Kress” est un outil adapté à presque tous les types sols selon la dureté du plastique qui constitue les doigts. Elle est souvent couplée avec différents socs.
Les ailes de type “bathelier” fonctionnent comme une simple lame bineuse pouvant être aisément auto construite.

 

03 – La récolte

Pour les lavandes et lavandins, la récolte se fait de début juillet à mi-août. Plusieurs techniques sont disponibles, neuves, d’occasion ou en prestation.

« Technique traditionnelle » Avec une coupeuse à section (marques : Ponzo, Clier, Ray) ou à disque (Jeulin, Bonino), doublé d’un lieur ou d’un tapis et d’une caisse. Les hampes florales doivent être préfanées en gerbes pour le cas du lieur ou en bord de champs les tapis-caisses. Compter au moins 4000€ d’occasion. Ces deux techniques permettent d’obtenir une huile essentielle type «traditionnelle » de qualité supérieure pour la mise en marché en AB.
« Vert broyé » C’est une technique d’ensilage. Les hampes florales sont coupées puis broyées et envoyées dans un caisson qui servira à la distillation. (Compter au moins 10000 € d’occasion.) Cela offre un gain de temps de récolte mais peut poser des problèmes de qualité des huiles essentielles comme le noircissement de la récolte ou l’hydrolyse et consomme plus d’eau et d’énergie. Pour les plantes sèches ont utilise comme base une coupeuse auto-chargeuse à fourrage. Ce matériel existe d’occasion mais doit être modifié pour les PPAM.

04 – La transformation

Après récolte il s’agit de réaliser une première transformation en fonction des débouchés.

Séchage-battage pour le marché de l’herboristerie et des aromates, les plantes doivent êtres séchés puis battues. Le séchage doit avoir lieu maximum 2 heures après récolte. Un séchoir fixe ventilé ou à dessiccateur peut être utilisé (environ 20m2 minimum par ha à sécher, et 2000€ à 10 000€ / ha selon le niveau d’auto-construction). Les bennes à céréales ventilées (en location ou en achat) sont utilisables mais attention au nettoyage pour éviter les résidus de gluten, qui peuvent faire refuser du lot. Il faut ensuite séparer les feuilles des tiges par battage. Cette opération peut être réalisée par une moissonneuse batteuse en poste fixe (3000 € d’occasion). D’autres méthodes de séchage et des prestations de services se développent ponctuellement sur les territoires.

Distillation destinée au marché des huiles essentielles et hydrolats les plantes sont distillées. Il faut compter 40 000€ pour un alambic à poste fixe basse pression (alambics du centre, alambic sofac) et plus pour une unité de distillation mobile (UD9-Crouzier, Distillerie Bel Air). Le matériel d’occasion est rare et pas toujours de qualité. Un alambic mal conçu ou mal piloté fournira des huiles essentielles de mauvaise qualité et/ ou aura un mauvais rendement. Il faut choisir une énergie facile à doser (fioul, gaz ou bois déchiqueté), plutôt que le bois buche. Il est obligatoire d’utiliser l’eau du réseau pour distiller.

BON A SAVOIR

Une aide aux plantations !

Depuis 2012, à l’incitative de départements puis étendue à la région Occitanie cette aide permet de financer jusqu’à 40% HT du prix des plants (cultures pérennes), de la préparation du sol et de la plantation. Les conditions: commercialiser à des entreprises ou en commun via des circuits courts et être sous signe de qualité, bio inclue. L’Occitanie est la seule région française a ainsi soutenir la production des PPAM.
▶ https://www.laregion.fr/Dispositif-d-aide-a-la-plantation-de-Plantes-a-Parfum

TEMOIGNAGES – ACTEURS DE LA FILIERE PPAM

 

Pierre BOCCON-GIBOD

DISTILLERIE BEL AIR à St-Just-et-Vacquières (30)

“Les enjeux économiques de la distillation liée à plusieurs facteurs”

La gestion de trésorerie: Lorsque l’on se lance en PPAM il est tentant d’acquérir un alambic pour faire sa distillation. Pour le plaisir, pourquoi pas ? Cependant, pour la pérennité d’une exploitation, il vaut mieux envisager cet investissement après 6 ans minimum, lorsque les plantes sont en phase de croisière et que la technique est maitrisée et les débouchés sécurisés. Pendant cette période, le recours à la prestation de service est une solution efficace : vous ne payez que le temps de distillation. Par exemple, un vase de distillation de lavandin de 2,2m3 vous revient à 120€ HT et vous permet d’obtenir minimum 15 kg d’huiles essentielles, ensuite soit vous repartez avec vos huiles essentielles, soit, la distillerie les achète.

Le rendement de distillation: La distillerie Bel Air dispose d’une unité de distillation fixe double vase de 2 x 2 200 litres et d’une unité de distillation mobile de 2 x 900 litres en remorque sur véhicule léger pour les plantes fragiles ou les premières années de productions. Ces outils de grande qualité sont optimisés pour offrir la meilleure production d’huiles essentielles par quantité de plantes utilisées. Là-dessus vient se rajouter la maitrise du protocole de distillation pour chaque plante. Cela permet d’assurer des lots d’huiles essentielles de taille suffisante et de qualité homogène. Lors du choix d’un alambic il sera donc important de choisir un produit de qualité quelque-soit le volume des vases, sans quoi les rendements d’extraction risquent d’être décevants. Pour maitriser sa culture et son outil rien de tel que de suivre une formation.

Les contrats de production: En fonction de la qualité de la production et notamment du désherbage des cultures, de la maitrise de la date de récolte et de l’absence de contaminant il est peut-être envisagé de mettre en place un contrat de production d’une durée de 5 ans. À titre d’exemple, l’huile essentielle de lavandin grosso bio était achetée à 27€/kg en août 2018. Cela permet de se projeter.

Contact : contact@belair.bio – https://belair.bio/

 

Véronique MAS

Gérante SICA BIOTOPE DES MONTAGNES à Soudourgues (30)

Véronique, installée depuis 5 ans, cultive 10 espèces différentes (Verveine, menthe poivrée, mélisse, etc.) sur 2000 m2 de terrasses et cueille 7 espèces (thym, romarin, ortie, cynorhodon, etc.).

Je livre l’ensemble de ma production à la SICA Biotope, constituée il y a plus de 30 ans et qui regroupe 12 producteurs et cueilleurs installés en zone de montagne. Chacun produit selon une planification établie en fonction des ventes de l’année précédente. La coopérative écoule environ 1 tonne de plantes sèches par an, vendues sans intermédiaires aux magasins Bio spécialisés (Biocoop 30%, la Vie claire, So Bio, etc.), ce qui permet de garantir une bonne valorisation des produits.

Nos fermes et nos terres de cueillette sont certifiées AB et SIMPLES (http://www.syndicat-simples.org/fr/). Notre objectif est d’obtenir des plantes, non pas sélectionnées sur leur rendement ou la facilité de récolte mais sur leur vitalité. Cette démarche nous permet de proposer des produits différenciés et de qualité à des niveaux de prix qui garantissent un revenu viable aux producteurs. Par exemple le prix d’apport du thym est de 37€/kg en 2018, ce qui peut paraître élevé mais directement lié à la qualité du produit et à la ressource naturelle dans le cas des cueillettes sauvages. Pour ma part je dégage environ un SMIC sur l’équivalent d’un mi-temps de travail. Nous recherchons régulièrement des plantes de qualité car la demande est plus importante que l’offre. Les nouveaux producteurs que nous accueillons fréquemment ont souvent une image négative du demi-gros, tant sur le plan économique que sur la valorisation de leur production. Ils souhaitent faire de la vente directe en circuit court ; mais cette démarche a ses limites et les producteurs se retrouvent vite en concurrence sur le marché local saturé. La transmission des savoir-faire et les bons outils sont indispensables pour optimiser la rentabilité économique de nos petites entreprises agricoles. Une structure collective, comme la SICA Biotope, qui offre un ensemble d’outils et de services aux producteurs, c’est un plus pour démarrer !

Contact : http://www.biotopedesmontagnes.fr/

 

Bernard KIMMEL

Président SOCIETE ARCADIE à Méjannes Les Alès (30)

Depuis 30 ans, la société Arcadie propose une gamme de plantes exclusivement issues de l’agriculture biologique, sous les marques Cook et Herbier de France.
75 % des tisanes, épices et aromates produites sont vendues directement à des les magasins bio comme Biocoop, Satoriz, et l’Eau vive. 25 % des produits sont vendus en vrac à des transformateurs et artisans. Depuis 2006, Arcadie cherche à relocaliser un maximum les plantes pouvant être produites en France (thym, origan, romarin, sarriette, marjolaine, basilic…). Face aux difficultés rencontrées avec les produits d’importation souvent contaminés avec des pesticides, Arcadie s’est investie pour relancer et dynamiser la production de plantes aromatiques bio en Languedoc Roussillon puis en région Occitanie. Aujourd’hui, cette filière a gagné sa reconnaissance en tant que secteur de production à part entière assorti d’aides spécifiques.

Pour atteindre ses objectifs, l’entreprise s’est engagée à porter le programme «Herbo Bio Méditerranée », avec l’aide financière de l’Agence bio, visant à développer les filières de plantes aromatiques et médicinales en régions PACA et Occitanie en collaboration avec les organismes agricoles (Chambre d’Agriculture Occitanie, CIVAM Bio Gard, Agribio 04 …). Ce programme permet notamment la réalisation de journées techniques chez les producteurs avec l’intervention de conseillers spécialisés. L’objectif à terme est d’atteindre l’intégralité de approvisionnement en plantes de garrigues provenant de France.

En 2011, l’association de producteurs BGM (Bio Garrigues Méditerranée), est fondée pour accompagner la structuration de cette filière. Cette association regroupe des producteurs des régions Occitanie et PACA qui cultivent des plantes de garrigues en agriculture biologique. Arcadie a signé avec elle un contrat de partenariat équitable (Biopartenaire®) pour son approvisionnement en plantes de garrigues, avec notamment des prix garantis et un engagement d’achat pluriannuel. Au niveau de chaque producteur, un contrat à la parcelle est ensuite signé pour 5 ans qui engage Arcadie à prendre l’intégralité de la récolte de cette parcelle.

Contact : http://www.arcadie.fr/

 

Lise CARBONNE

Présidente DISTILLERIE COOPERATIVE à Murviel-Lès-Béziers (34)

La coopérative produit historiquement de l’alcool vinique. Nous avons lancé le secteur PPAM en 2009 en parallèle pour
pallier à la réduction de ces activités. Nos terres sont pauvres et pas irrigables. Il y a aussi des problèmes de pollution des captages d’eau. Le choix de développer une activité de PPAM en Bio, pour la production d’huiles essentielles, s’est donc imposé. De 2010 à 2014 nous avons réalisé plusieurs investissements (alambic et planteuse), puis une CUMA s’est constituée (herse étrille et récolteuse) afin d’apporter des services aux adhérents. La première distillation remonte à 2013.

Aujourd’hui, 7 coopérateurs produisent, différentes chémotypes des thyms, sur 20 ha. Le thym est une culture compatible avec le calendrier de travail de la vigne. Le décalage entre la période de récolte des thyms et les traitements des vignes est aussi un atout car, malheureusement, il pourrait y avoir des dérives de traitements chimiques qui contamineraient nos cultures. De plus, notre production étant encore faible, et le marché des huiles essentielles étroit pour ces volumes, les thyms, trouvent plus facilement preneurs. Nous travaillons avec de entreprises régionales dont la société SIRIUS Bio (Tarn) et un peu avec la Suisse. Notre projet est de dépasser les 50 ha de cultures de thyms autours de Murviels. Nous allons aussi développer du lavandin mais sur d’autres territoires, les problèmes de maladie du bois noir, présent dans notre vignoble, présentant un risque avec ces cultures. Les nouveaux producteurs doivent savoir qu’une diversification en PPAM n’augmentera pas forcément leurs revenus. Elle permet d’être plus stable en cas de coup dur sur le reste. Enfin il faut qu’ils aient une expérience en gestion mécanique du désherbage. La coopérative propose également de la distillation à façon mais sur des volumes significatifs, notre alambic de 5000 litres, ayant un coût de fonctionnement trop élevé pour des faibles quantités de plantes.

Notre région est adaptée à cette production. Il nous manque encore du savoir-faire mais les PPAM constituent une importante filière de diversification à terme. La consommation des huiles essentielles a le vent en poupe et d’autres usages s’ouvrent comme le bio-contrôle.

Contact : distillerie.murviel@orange.fr

 

Vincent CHAMPENOIS

Président BIO GUARRIGUES MEDITERANEE  à Nîmes (30)

Vincent Champenois s’est installé en DJA en PPAM en 2012. Il exploite 9 ha de PPAM en zone de plaine (SAU 13 ha) et ne commercialise qu’à des intermédiaires. Sa production est diversifiée, autour de 6 espèces principales axées sur les plantes sèches. Ses principaux clients sont ARCADIE (40% CA) et l’Herbier du Diois (40% CA) plus 3 autres entreprises.

Bio Garrigues Méditerranée (BGM) compte 15 adhérents principalement sur le Gard mais aussi l’Hérault, le Tarn et la région PACA. Nous produisons sur 60 ha des plantes qui sont à 90% destinées à l’herboristerie avec les thyms comme production phare. L’association sert d’intermédiaire entre producteurs et la société ARCADIE, partenaire privilégié mais pas exclusif, pour la mise en place des cultures et pour les négociations autours du contrat Bio Partenaire. BGM a également un rôle majeur de partage d’expériences, de mise ne commun et d’entraide entre les adhérents. Les producteurs les plus anciens ont un rôle de « parrain ». Nous organisons aussi des rencontres bords de champs chez chacun d’entre nous avec un appui extérieur en renfort technique afin de progresser ensemble. Il est important de partager nos réussites et nos échecs car en PPAM il existe encore peu de références accessibles. On apprend tout le temps, même quand comme moi on vient d’une famille de
producteurs de PPAM, car le climat est changeant d’un secteur à l’autre.

Sur les coûts de production nous avons beaucoup à mettre en commun car il est difficile de mesurer tous les coûts périphériques, comme le temps de maintenance des matériels nécessaires à notre activité (récolteuse, séchoir, nettoyeur etc.). Les aléas climatiques induisent
aussi des variations de rendements. En moyenne 1 ha donnera 300 kg de feuilles sèches pour un thym linalol et 600 kg pour un thym type thymol avec un prix très différent de l’un à l’autre. Nous avons donc besoin de cette connaissance pour ajuster nos prix de vente. L’association BGM va continuer à être un lieu d’échanges, de proximité, et de progrès social mais n’a pas vocation à devenir un groupement économique en soi.

Contact : biogarmed@gmail.com

Par Pierre BOCCON-GIBOD  de CIVAM BIO GARD et Gérard DELEUSE de la PPAM REGIONAL

Crédit photo : Interbio Occitanie


L'utilisation du cuivre en viticulture biologique - Résultats de l'enquête 2018 menée en Occitanie 9

L'utilisation du cuivre en viticulture biologique - Résultats de l'enquête 2018 menée en Occitanie

En viticulture biologique, le cuivre est aujourd’hui la seule substance homologuée dans la lutte contre le mildiou. Son utilisation est limitée à 6kg/ha/an avec un lissage possible sur 5 ans. La période d’approbation du cuivre arrive à son terme fin 2018 et les conditions de sa ré-homologation ne sont pas encore validées.

C’est pourquoi, les Chambres d’agriculture d’Occitanie et SudVinBio ont lancé une en- quête en ligne sur l’utilisation du cuivre en viticulture biologique sur les millésimes 2017 et 2018 dont voici les principaux résultats.

Une enquête représentative des viticulteurs bio d’Occitanie

L’ensemble de la région Occitanie a été mobilisée pour répondre à cette enquête, ainsi 139 viticulteurs se sont exprimés sur la problématique du cuivre en viticulture biologique. Ces derniers proviennent de différents départements viticoles avec en tête l’Hérault (36%), l’Aude (20%) et le Gard (20%). Non loin derrière, se trouvent le Tarn (10%), les Pyrénées Orientales (9%), le Tarn-et-Garonne (3%) et l’Aveyron (2%). La Surface Agricole Utile (SAU) des exploitations ayant répondu à l’enquête varie de 1 à 170 hectares (ha) et la SAU moyenne est de 25 ha. En effet, 11% des exploitations ont une SAU inférieure à 5 ha, 65% ont une SAU comprise entre 5 et 30 ha et enfin 24% ont une SAU supérieure à 30ha.

L’année de conversion des exploitations varie également. En effet, alors que 20% des exploitations sont encore en phase de conversion vers l’agriculture biologique, 51% se sont engagées durant le pic de conversion entre les années 2008 et 2012 et 21% sont certifiées AB depuis plus de 10 ans.

▷ Une quantité de cuivre métal utilisée en 2018 nettement supérieure à 2017

En 2018, parmi les exploitations ayant répondu à l’enquête, 50% déclarent avoir utilisé plus de 4 kg/ha de cuivre métal et 16% ont dépassé les 6kg/ha. En comparaison en 2017, 12% de ces mêmes exploitations avaient utilisé une quantité de cuivre supérieure à 4 kg/ha et seulement 2% avait dépassé les 6kg/ha.

Fig. 1 : Quantité moyenne de cuivre métal utilisé durant le millésime 2018.

▷ Une très forte pression mildiou qui a rendu difficile le millésime 2018

Les pertes de récoltes liées au mildiou ont particulièrement marqué le millésime 2018. En effet, 17% des exploitations estiment une perte moyenne de récolte supérieure à 50%. À contrario 44% déclarent cette perte comme inférieure à 20%. Concernant la perte de récolte moyenne liée au mildiou en 2018 en Occitanie, elle est estimée à 25%.

Pour comparaison, en 2017, seulement 2% des exploitations ont subi une perte de récolte supérieure à 50% et 96% des exploitations déclarent une perte inférieure à 20%. Quant à la perte de récolte moyenne liée au mildiou en Occitanie, elle était inférieure à 4%.

Fig. 2 : Pertes de récolte moyennes (PMR) pour les millésimes 2017 et 2018. Part des exploitations en fonction des PMR 2017 et 2018.

▷ Un positionnement tranché des viticulteurs sur la ré-homologation du cuivre

À la question «Est-ce qu’une conduite des vignes sans cuivre vous semble réalisable?», 94% des viticulteurs répondent que cette solution n’est pas envisageable et compatible avec la conduite de la vigne en AB. De même, 55% des viticulteurs estiment qu’une conduite avec une dose maximale fixée à 4kg/ha/an sans lissage n’est pas envisageable. Ainsi, avec une diminution de la dose cuivre métal annuelle autorisée à 4kg/ha fixe, plus de 50% des viticulteurs se sentiraient contraints d’arrêter l’agriculture biologique.

Fig. 3 : Part des agriculteurs interrogés qui considèrent envisageable la conduite sans cuivre (fig. de gauche) et avec une dose maximale de 4kg/ha/an non lissable (fig. de droite).

▷ Une nette préférence des viticulteurs bio pour le maintien du lissage

Alors que seulement 17% des viticulteurs optent pour le maintien à 6kg/ha/an sans lissage, 45% des viticulteurs considèrent comme envisageable un passage à 4kg/ha/an avec maintien de la possibilité de lissage. Ce dernier point semble donc primordial pour une majorité de viticulteurs.

Fig. 4 : Solutions dites «envisageables» par les viticulteurs.

▷ Qu’espérer de l’avenir ?

Alors que la filière viticole bio française rencontre des difficultés pour répondre à la demande en vin bio toujours croissante et qu’il n’existe aucune alternative au cuivre dans la lutte contre le mildiou, nous espérons du nouveau Ministre de l’Agriculture une oreille attentive sur cet enjeu très important pour l’avenir de la filière viticole bio française…


Comment améliorer la gestion des risques en verger BIO 10

Comment améliorer la gestion des risques en verger BIO

Le maintien d’un équilibre dans un verger bio, entre la pression exercée par les nuisibles et les maladies, et la qualité des produits, est l’équation à laquelle les arboriculteurs sont confrontés. Des recherches sont menées pour aider les arboriculteurs à anticiper et mettre en place des techniques limitant les risques, pour maintenir un agrosystème performant. Deux thèmes à forts enjeux sont particulièrement étudiés et à ne pas sous-estimer dans la réflexion d’une reconversion ou d’une installation en arboriculture fruitière : la gestion du rang de plantation et la réduction et/ou la recherche d’alternatives au cuivre, dans un contexte d’évolution réglementaire de son usage.

Quelles alternatives  au cuivre ?

Le cuivre est la matière active symbolique de l’agriculture biologique depuis ses débuts. Ses propriétés sont connues depuis plus de 100 ans. La bouillie bordelaise, à base de sulfate de cuivre et de chaux, est toujours utilisée contre le Mildiou de la vigne et d’autres maladies. L’évolution réglementaire européenne remet pourtant en cause, à plus ou moins court terme, son utilisation. Le cahier des charges de l’AB offre de nombreuses alternatives. Mais peuvent-elles réellement le remplacer ?

Depuis le 1er janvier 2006, le cahier des charges en Agriculture Biologique autorise une quantité totale de cuivre métal maximale de 6 kg par hectare et par an, moyenne lissée sur 5 ans. Quelle que soit la formulation, la matière active est l’ion cuivreux Cu++ libéré dans l’eau. Le mode d’action est multi-sites: inhibition de la germination des spores, blocage des processus respiratoires, diminution de l’activité membranaire. Le cuivre possède une activité fongicide et, tout aussi indispensable, une activité antimicrobienne inégalée sur un grand nombre de bactéries. C’est un préventif pur, les traitements sont à réaliser avant contamination, que ce soit pour les maladies cryptogamiques ou bactériennes. Il n’a aucune action curative une fois que la maladie a pénétré dans la plante. C’est un contact : renouvellement en fonction du lessivage et de la croissance de la plante. Le cuivre étant un minéral, tant qu’il n’est pas lessivé, il n’est pas détruit par la lumière, ni volatilisé par des températures élevées.

ll y a 4 formes chimiques de cuivre utilisables dans le cahier des charges européen AB : Sulfate de cuivre (Bouillie Bordelaise) et sulfate de cuivre tribasique, Hydroxyde de cuivre, Oxychlorure de cuivre et Oxyde de cuivre.

La Bouillie Bordelaise est la plus ancienne. C’est la plus connue des quatre. Elle contient de la chaux éteinte qui est un inconvénient pour les feuilles des arbres fruitiers, mais pas sur la vigne. C’est la forme qui va libérer le plus lentement les ions cuivreux.

 

L’Oxychlorure de cuivre est utilisé pour les traitements d’hiver. Cette forme de cuivre est adaptée pour limiter les chancres. Il est efficace en prévention hivernale mais peut brûler les feuillages si on l’utilise en été, même s’il est moins phytotoxique que la bouillie bordelaise sur arbres fruitiers.

 

L’Hydroxyde de cuivre est la forme de cuivre la mieux supportée par les feuillages, c’est aussi une forme à libération rapide de cuivre métal. L’hydroxyde est supporté par les jeunes feuilles des Abricotiers et Pêchers jusqu’à courant avril, on peut même aller jusqu’à fin avril en appliquant un demi-dosage (s’il ne fait pas trop chaud). Alors que la Bouille Bordelaise, à pleine dose, avec lait de chaux brûlerait ces espèces sensibles. L’hydroxyde a même la propriété de se re-diluer un peu à chaque pluie ce qui prolonge son efficacité. Du fait de l’absence de chaux, l’hydroxyde ne laisse pas de trace en séchant (noter que la couleur laissée par la Bouillie Bordelaise sur les fruits, légumes et fleurs est essentiellement dûe au colorant bleu ajouté par le fabricant à la chaux éteinte et non pas au cuivre lui-même. Il existe des formes incolores).

L’oxyde cuivreux est gris. Il a à peu près les mêmes propriétés que l’hydroxyde, mais les risques de phytotoxicité en saison en arboriculture sont importants.

POINT SUR – L’évolution réglementaire du cuivre

Les produits à base de cuivre ont connu de très grands progrès. Grâce à de meilleures formulations et tout en conservant la même efficacité, ces produits sont homologués à des doses de plus en plus réduites (voir tableau 1). Pourtant, dans le cadre de la réévaluation des matières actives, ils pourraient pourtant disparaitre, ce qui aurait de très graves conséquences pour les plantes pérennes en agriculture biologique. Il y a plusieurs raisons à cela. Le cuivre est un métal lourd qui s’accumule dans le sol. Il n’est pas biodégradable. Or toutes les substances actives qui seront réhomologuées en Europe doivent être 100 % biodégradables. En s’accumulant, le cuivre peut devenir toxique pour la micro et la macrofaune et flore du sol (vers de terre, champignons et bactéries). Il est toxique en milieu aquatique et il est classé substance indésirable à la consommation humaine et dans les eaux souterraines. De plus, il existe un risque utilisateur lié aux pénétrations cutanées lors de l’utilisation de cuivre très dilué (cas de la majorité des applications en bio). Enfin une étude est en cours sur la toxicité vis à vis des oiseaux.

Pour toutes ces raisons, le cuivre a été classé par l’EFSA dans la liste des substances actives soumises à substitution. Ce qui signifie que, dès que des solutions couvriront les usages actuels, il sera supprimé de la liste positive des matières actives utilisables en Europe.

En cours depuis 2015, le processus de réévaluation a été confié aux experts de deux agences sanitaires européennes, l’Anses pour la France et l’UBA en Allemagne. Il a finalement donné lieu à une synthèse, publiée le 16 janvier 2018. L’approbation des composés à base de cuivre ayant expiré le 31 janvier 2018, la Commission a prolongé son usage d’un an, en raison du retard pris par l’expertise européenne. Une proposition a été remise aux Etats- membres en juin 2018. Le vote pour le renouvellement du cuivre, initialement prévu le 23 et 24 octobre 2018, a été reporté à une date ultérieure. La proposition de la commission européenne d’avoir une limite de 28 kg/ha sur 7 ans, avec lissage (possibilité de dépasser le seuil de 4 kg/ha/an) a été jugée trop laxiste par plusieurs états membres qui forment une minorité de blocage. La commission est amenée à revoir sa copie pour un vote en décembre. Elle pourrait proposer de ré-homologuer le cuivre pour une durée maximale de 5 ans à la dose de 4 kg/ha/an non lissé, comme c’était prévu initialement en juin.

Les alternatives d’origine végétale ou animale

Cette limitation à 4 kg/ha/an est déjà celle qui est en cours en France pour la ré-homologation des produits commerciaux à base de cuivre. Face à cette évolution, réglementaire, quelles sont les solutions offertes par le cahier des charges ? Toutes les substances utilisables en agriculture biologique pour la protection des plantes sont listées dans l’annexe II du règlement européen (CE) n°889/2008.

Ce règlement comprend trois listes: substances d’origine animale ou végétale, micro-organismes ou substances produites par des micro organismes et substances autres que celles mentionnées au point 1 et 2 où on retrouve une majorité de substances d’origine minérale. Toutes ces substances n’ont pas une activité fongicide ou bactéricide. Dans la première liste trois catégories de matières actives sont des candidats à la substitution du cuivre. Il s’agit des substances de base, de la Laminarine et des huiles végétales. Intéressons-nous à la première catégorie, les substances de base. Grâce à une nouvelle procédure d’approbation européenne, certains produits non-phytopharmaceutiques peuvent être utilisés à des fins phytosanitaires. Ces « substances de base » figurent sur une liste positive reprenant leurs dosages et leurs applications spécifiques. L’ITAB est très actif dans ce processus et a déjà réussi à faire inscrire 15 substances de base au niveau européen. La plupart sont utilisables en AB ou en cours de demande d’inscription à l’annexe II du règlement (CE) n°889/2008 Les usages accordés couvrant ceux du cuivre, ces inscriptions pourraient conduire la commission européenne à considérer qu’il existe des solutions de substitution et à retirer définitivement son homologation au cuivre.

L’ITAB a conduit de nombreux projets CASDAR ou européens sur l’évaluation de ces substances. Les conclusions des différents essais qui ont été réalisés sur les substances de base d’origine végétale en arboriculture ou viticulture sont toutes concordantes. Pour chacun des végétaux étudiés on trouve in vitro des efficacités prouvées sur les différents pathogènes étudiés et qui sont reprises dans le tableau 2 ci dessous. Par contre, au champ, on ne retrouve pas forcément cette efficacité. En cas de pression, forte ou faible, il n’y a pas de différence significative entre les modalités traitées uniquement avec une substance de base et le témoin. Cela a conduit à expérimenter ces substances associées à des doses réduites de cuivre. Dans ce cas on trouve des efficacités de la dose réduite améliorées entre 0% et 20% grâce à l’ajout d’une des substances de base actuellement autorisées. De nouvelles substances de base d’origine végétales, riches en tanins, sont en cours de demande d’inscription. Ces décoctions d’écorces ou de pépins de raisins montrent un niveau d’efficacité, sur différentes maladies, supérieur à celles actuellement autorisées. […]

Tab.2 : Les substances de base d’origine végétales utilisables en arboriculture et en viticulture. Source : Fiches substances de base ITAB.

D’autres substances de base d’origine animale revendiquent aussi des usages fongicide et/ ou bactéricide. Il s’agit du chlorhydrate de chitosan et du petit lait.

Le petit lait est utilisé depuis très longtemps avec succès par les viticulteurs en biodynamie pour lutte contre l’oïdium. Des essais récents au Canada et en France montrent aussi l’intérêt du petit lait associé à des doses très réduites de cuivre pour lutter contre la tavelure.

La laminarine est un éliciteur, comme le chitosan, avec des effets de stimulation des défenses de la plante sur certaines maladies cryptogamiques et bactériennes.
Ces deux substances présentent une efficacité intermédiaire entre le témoin et la modalité cuivre sur des pressions faibles des maladies dans les témoins. Quand la pression est forte on ne retrouve pas de différence significative par rapport aux témoins non traités.

Les huiles végétales, et en particulier les huiles essentielles, sont des biocides beaucoup plus efficaces que les autres substances d’origine végétale ou animale. In vitro certaines huiles essentielles ont même des efficacités supérieures au cuivre à dose réduite (voir fig. 2).

Fig. 2 : Concentrations Inhibitrices à 50% (CI50 ) pour les 7 HE, le CuSO4 , le Soufre et le metconazole, comparativement sur les 2 souches de tavelure (sensible ou résistante aux IBS). Source : Projet Casdar ITAB.

Malheureusement ces efficacités ne se retrouvent pas, là non plus, dans les essais plein champ. À cela plusieurs raisons. Pour une même plante il existe plusieurs chemotypes différents, et donc plusieurs compositions possibles en terpènes. Or l’efficacité, sur une maladie donnée, dépend du terpène spécifique caractéristique de l’espèce végétale dont il est extrait. Ensuite ces terpènes sont extrêmement volatils. Cela nécessite un positionnement agronomique qui n’est pas compatible avec les protocoles des essais BPE utilisés pour l’expérimentation en plein champ des produits de protection des plantes. Il faut aussi mettre en émulsion ces huiles essentielles, et le choix des adjuvants est fondamental pour garantir une bonne pulvérisation. Enfin si l’efficacité sur les maladies n’a pu être retrouvée, des effets non intentionnels sur la faune auxiliaire ont été observés. Certains terpènes sont très toxiques sur hyménoptère. C’est en partie pour cette raison que l’inscription, comme substance de base, des huiles essentielles d’Origan et de Sarriette, qui possèdent une bonne efficacité tavelure in vitro, a été refusée par les experts de la commission européenne.

Pour toutes ces substances d’origine animale ou végétale, on ne peut pas parler de substitution.

Aucune ne présente le même niveau d’efficacité en plein champ que le cuivre, même lorsque celui-ci est employé à faible dose. Par contre, elles ont toutes un intérêt pour améliorer l’efficacité de ces doses réduites en cuivre.

Les alternatives issues des micro-organismes

Dans cette catégorie, on va retrouver une liste de champignons ou de bactéries du sol qui, naturellement, régulent les maladies cryptogamiques ou bactériennes dans le sol. En pulvérisation, ces micro-organismes apportent un niveau d’efficacité intéressant sur des pressions faibles. Ce niveau est par contre insuffisant dès que la pression est forte. Ils agissent par plusieurs procédés: compétition spatiale, alimentaire, effet SDP, biocide. Ils ont un spectre d’action sur maladies cryptogamiques et bactériennes proche de celui du cuivre, sans en avoir la même efficacité.

Étant des organismes vivants, ils ne sont pas compatibles avec l’utilisation du cuivre et ne permettent donc pas de baisser les doses de cuivre. Ils ont tout leur intérêt avant récolte, quand les délais d’utilisation ne permettent plus d’utiliser le cuivre.

En cas de disparition du cuivre c’est la famille la plus intéressante sur maladies bactériennes actuellement.

Tab. 3 : Les micro-organismes utilisables en fruits à pépins en agriculture biologique. Source : Projet Casdar ITAB.

Autres substances du cahier des charges

Dans cette catégorie, on retrouve des matières actives qui ne sont ni d’origine animale ou végétale, ni issue de micro-organismes. Souvent il s’agit de substances d’origine minérale, utilisées sous leur forme naturelle ou après une réaction chimique simple. On retrouve ici le cuivre qui est traditionnellement utilisé en agriculture biologique. Dans les années 1920, les viticulteurs et arboriculteurs réalisaient eux-mêmes leur bouillie bordelaise à l’exploitation, en achetant les matières premières chez le droguiste. Depuis l’adoption du cahier des charges européen en 1991, cette liste s’est étoffée. En particulier on va y retrouver des substances de base d’origine minérale qui sont utilisables en AB ou en cours d’inscription à l’annexe II.

S’agissant de matière d’origine minérale, elles sont beaucoup moins photodégradables que les matières actives d’origine animale ou végétale. Leur efficacité est souvent bonne si elles sont bien positionnées. Là aussi leur mode d’action est complémentaire de l’action du cuivre sur des maladies spécifiques, sans en avoir la polyvalence. Par exemple le bicarbonate de sodium possède une activité comparable au bicarbonate de potassium, autre substance utilisable en AB sur tavelure. Par contre la présence de sodium entraîne des phytotoxicités sur le feuillage lorsque celui-ci s’accumule.

On retrouve aussi dans cette liste le soufre, autre matière active symbolique de la bio. En raison des effets négatifs du cuivre (blocage du développement du végétal, nécrose sur jeunes pousses non aoutées, russeting en fruits à pépins) il a été testé de remplacer tous les traitements cuivre par du soufre en arboriculture. La sanction est en général rapide. On assiste à une prolifération des maladies bactériennes en arboriculture. Bien sûr en viticulture le soufre ne peut remplacer le cuivre sur mildiou.

Enfin, véritable couteau suisse de l’agriculture biologique, le polysulfure de calcium – ou bouillie nantaise – combine les avantages du soufre et des substances actives à base de bicarbonate. Après dix ans d’attente, son AMM en arboriculture fruitière est imminente. Par contre, comme le soufre ou les bicarbonates, il est inefficace sur les bactéries et ne peut donc remplacer le cuivre.

Tab. 4 : Les substances de base d’origine minérales utilisables en arboriculture et en viticulture. Source : Fiches substances de base ITAB.

Les solutions alternatives sont donc nombreuses

L’agriculture biologique repose sur une approche globale. Il est possible de favoriser la création de vignoble ou de verger où elles trouveront leur place en combinant choix de matériel résistant ou tolérant, choix de nouveaux systèmes de conduite, respect de la biodiversité et de la vie du sol. Le renouvellement complet du verger prend au minimum 20 ans, en viticulture ce délai est encore plus long. Les systèmes actuels ont été conçus avec l’utilisation du cuivre. Sa suppression entrainerait de nombreuses déconversions. Les solutions alternatives actuelles, en les combinant avec le cuivre, permettent de baisser les doses de ce dernier, mais pas de le substituer.

ENTRETIEN DU RANG DE PLANTATION EN JEUNE VERGER – UN CHOIX DELICAT

En jeune verger l’entretien mécanique du rang semble s’imposer, mais d’autres techniques sont envisageables. Le but final étant que la méthode mise en œuvre ne pénalise pas la croissance du verger et satisfasse les attentes du producteur.

En 2012, un verger Bio a été implanté au Cefel avec deux variétés résistantes à la tavelure (Opal et Dalinette) pour tenter de répondre à différentes problématiques inhérentes au verger Bio, dont l’entretien du rang. Différentes méthodes de gestion de l’enherbement sous le rang de plantation ont été comparées dès la plantation du verger afin de déterminer les points forts et les points faibles de chacune d’entre elles.

▸L’enherbement total risque campagnols

Pour l’enherbement total, notre choix s’est porté sur du trèfle blanc nain afin de couvrir rapidement le sol sans laisser la place aux adventices. Le point positif de cette méthode est le faible entretien qu’elle demande (un fauchage par an). Il faut cependant, si le semis se fait par temps sec, être en capacité d’irriguer pour s’assurer de la bonne levée du couvert végétal. Il y a toutefois des contraintes, comme la concurrence en eau ou encore la pérennité du trèfle. Il faut également souligner l’appétence du trèfle lorsqu’on a une problématique campagnol à gérer, qui rend cette méthode risquée notamment en jeune verger.

▸La bâche agro-textile efficace mais onéreuse et pas facile à entretenir

La bâche testée au Cefel, qui couvre 40cm de part et d’autre du rang de plantation, permet à l’eau et aux engrais de pénètre dans le sol. Son comportement a été jugé satisfaisant l’année de plantation puisqu’aucun entretien n’est nécessaire une fois le dispositif mis en place. Deux points sont à prendre en compte malgré tout, le risque campagnol pas toujours visible et aussi la gestion difficile de la limite entre la bâche et l’inter-rang.

▸La méthode sandwich efficacité et travail du sol facilité

La méthode sandwich expérimentée au Cefel se compose de trèfle blanc nain sur 20cm sous le rang et 30 à 40cm de sol travaillé de part et d’autre de la bande de trèfle. Plusieurs points positifs peuvent être attribués à cette technique, comme le risque faible à nul de casser des arbres, le travail du sol grandement facilité, et le fait de perturber les campagnols si la pression reste faible à modérée. Il faut cependant penser à la gestion de la bande enherbée sous le rang, notamment lorsque le trèfle aura disparu aux profits d’une flore parfois difficile à gérer, comme du liseron ou du lierre qui peuvent avoir tendance à coloniser la canopée.

▸Le travail du sol un bon résultat mais qui nécessite de nombreux passages en jeune verger

Dans cette expérimentation, l’entretien mécanique du rang de plantation est composé de trois actions: disque à l’automne (porte-outils Arbocep) pour ramener de la terre sur le rang et ameublir le sol, fraise rotative en sortie d’hiver (porte-outils Arbocep) puis brosse (Naturagriff) en saison. Au total, en jeune verger le nombre de passages par an varie entre 5 et 10 pour limiter au maximum la présence d’adventices.

Il faut ajouter à ce nombre important de passage des vitesses d’avancement faibles (2 à 3km/h), ce qui explique en grande partie la faible utilisation de ce genre de pratique en dehors de l’agriculture biologique.

Par contre, l’avantage de l’entretien mécanique est la limitation de la concurrence en eau et en éléments minéraux, ainsi qu’une gestion régulière des adventices durant toute la vie du verger, ou encore la perturbation des campagnols.

Il ne ressort pas forcément de bonne ou mauvaise technique.

Chaque méthode de gestion du rang de plantation a des points positifs et négatifs, et le choix est déterminé par de multiples facteurs, comme la présence de campagnols, l’accès à l’eau, la main d’œuvre disponible… Le but final étant que la méthode mise en œuvre ne pénalise pas la croissance du verger et satisfasse les attentes du producteur.

BICARBONATE DE POTASSIUM OU INFRADOSE DE CUIVRE POUR GÉRER AU MIEUX LES MALADIES D’ÉTÉ

Le bicarbonate de potassium approche les 100% d’efficacité. Dans les vergers conventionnels, les traitements pour lutter contre la tavelure et les maladies de conservation permettent, dans la plupart des cas, de réguler la suie et les crottes de mouche. Le problème se pose plus régulièrement en agriculture biologique et notamment sur les variétés résistantes à la tavelure sur lesquelles l’utilisation de fongicides est moins fréquente.

Retour sur les expérimentations menées au CEFEL. En 2015, la stratégie débutant en juin en renouvelant les traitements tous les 50mm de pluie cumulés avait donné de bons résultats, notamment avec les produits à base de bicarbonate de potassium (Vitisan et Armicarb). Pour autant, en 2016, avec un été moins pluvieux et en suivant le même protocole les résultats ont été plus décevant. Dans nos conditions d’expérimentation 2016, avec de faibles précipitations nous ne sommes intervenus que 3 fois de juin à septembre sur l’ensemble des modalités moda-lité, ce qui a conduit à des pourcentages d’attaques relativement décevant. En 2015, les modalités à base de bicarbonate de potassium avoisinaient les 100% d’efficacité et 80% pour la faible dose de cuivre (100g de Cu métal).

CUIVRE – REDUCTION DE DOSE ET ALTERNATIVES POUR LUTTER CONTRE LA TAVELURE ET LES MALADIES D’ETE

La tavelure et les maladies d’été (suie et crottes de mouche) sont les maladies fongiques les plus préjudiciables au verger de pommier BIO, dans un contexte réglementaire en pleine évolution, le Cefel a fait émerger de ses expérimentations des solutions pour limiter le recours au cuivre tout en sécurisant la récolte.

DE FAIBLES DOSES DE CUIVRE POUR CONTRÔLER LA TAVELURE

La tavelure est le bio-agresseur n°1 du verger de pommiers. Mal régulée, elle peut fortement pénaliser la production et donc l’équilibre financier du verger. Plusieurs leviers peuvent être actionnés par les producteurs pour lutter contre la tavelure.

La génétique, le levier le plus efficace : utiliser des variétés de pommes tolérantes ou résistantes à la tavelure reste le levier le plus efficace pour gérer ce champignon pathogène tout en réduisant drastiquement le nombre d’interventions pour protéger notre verger. La partie commerciale est à prendre en compte dans cette démarche car faire connaître et intégrer une nouvelle variété sur un marché de la pomme très concurrentiel n’est pas chose aisée, même si en agriculture biologique le consommateur est plus réceptif.

La réduction de l’inoculum. Être rigoureux est la clé : la prophylaxie par broyage de la litière de feuilles, si elle est réalisée soigneusement, permet de réduire significativement l’inoculum de tavelure pour la campagne à venir. C’est une étape incontournable pour une bonne gestion de la tavelure.

La lutte directe: des solutions existent. En agriculture biologique, peu de produits sont à la disposition des producteurs (cuivre, soufre, bicarbonate de potassium, polysulfure de calcium). Malgré ce faible nombre de molécules, il apparait dans les expérimentations menées par le CEFEL que de faibles doses de cuivre (200g de cuivre métal maximum) offrent une protection intéressante, et que l’efficacité est améliorée lorsqu’on associe du soufre à ces infra-doses de cuivre. Pour compléter la stratégie de lutte lors d’épisodes de fortes précipitations, des traitements après pluie à base de bicarbonate de potassium ou de polysulfure de calcium peuvent être mis en œuvre.

Dans un contexte règlementaire en pleine évolution, notamment au sujet des quantités maximales de cuivre autorisées en agriculture biologique, des solutions apportent satisfaction, le choix variétal est le levier essentiel, et les infra-doses de cuivre ainsi que certains produits en alternative au cuivre viennent compléter les solutions pour permettre aux producteurs bio de sécuriser leur récolte, et d’offrir au consommateur des pommes bio de qualité.

Intervenir tous les 50 mm de pluie cumulés, et à minima toutes les 3 semaines, semble être actuellement la solution pour réguler les maladies d’été.

Le verger de pommier Bio d’Occitanie est en pleine croissance, et l’expérimentation accompagne se développement, pour per- mettre aux producteurs Bio de sécuriser leur récolte et par cela de répondre à la demande grandissante des consommateurs. Que ce soit contre la tavelure ou contre les maladies d’été, utiliser de très faibles doses de cuivre, ou des alternatives au cuivre, donnent satisfaction, et l’expérimentation se poursuit pour répondre aux attentes des professionnels de la filière bio.

SYNTHESE – 3 ANNEES D’ESSAIS SUR LA DIMINUTION DES DOSES DE CUIVRE EN RAISIN DE TABLE BIO

Ils sont 11 producteurs du Tarn-et-Garonne, membres d’Agribio82, à s’être lancés dans un groupe DEPHY Ferme depuis 2016, afin de diminuer les apports en produits phytopharmaceutiques (PPP), notamment le cuivre, en arboriculture biologique.

Les groupes DEPHY ont été mis en place par le programme européen Ecophyto dans le but de promouvoir une agriculture économe en PPP. Il y a aujourd’hui Plus de 3000 exploitations agricoles sont impliquées dans ce projet, réparties sur 257 groupes toutes filières confondues. La volonté première de ces arboriculteurs est de développer de nouveaux itinéraires culturaux pour diminuer l’usage des « pesticides » autorisés en bio (fongicides à base de cuivre, insecticides à large spectre). Les autres thématiques travaillées par le groupe sont la mise en place de couverts végétaux et d’aménagements agro-écologiques. Ces aspirations portées par le groupement sont à l’image des enjeux majeurs de l’arboriculture biologique actuelle. L’objectif de ces essais est de déterminer quel système de culture est le plus efficace en terme d’économie d’intrants (PPP) et de lutte contre le mildiou. Le terme de cuivre métal désigne la teneur réelle en cuivre d’un produit phytopharmaceutique. Les protocoles de ces essais ont été mis en place par les producteurs et eux-mêmes sont acteurs du bon déroulement des essais et de l’interprétation des résultats. Cela implique certaines limites quant à la précision et l’exactitude des conclusions qui peuvent être tirées. De plus, le protocole a évolué au cours de ces 3 années (2016 à 2018) pour optimiser l’interprétation des résultats.

PRESENTATION PARCELLES ET MATERIEL DE PULVERISATION

– PRODUCTEUR 1 – parcelle bambou

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Atomiseur porté avec turbine. Début de saison 45L/HA de bouillieavec 2 jets jusqu’à 130L/ha en fin de saison avec 6 jets ouverts. Tous les rangs sont traités avec passage à 6 km/h à 10 bars de pression.

VARIÉTÉ Chasselas de Moissac, plantée en 2001 avec un porte-greffe Fercal. La densité de plantation est de 3.5 mètres entre rang et 1.2 mètres sur le rang. La forme de conduite est la lyre et avec un filet paragrêle mono rang. La parcelle est orientée Nord/Sud et est irrigable.

– PRODUCTEUR 2 – parcelle verdier

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulseur Thomas. En début de saison les buses sont à moitié ouvertes pour sortir 90 L/ha de bouillie pour finir à 180 L/ha toutes buses ouvertes 15 jours avant la floraison. Passage pour le traitement 1 rang sur 2 sauf pour 2018 tous les rangs lors de grosses contaminations.

VARIÉTÉ Chasselas de Moissac plantée en 1988 avec les porte-greffes SO4 et 41B. La densité de plantation est de 3.40 mètres entre rang et de 1 mètre sur le rang. La forme de conduite est la lyre et sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord et est non irrigable.

– PRODUCTEUR 2 – parcelle ribol

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulseur Thomas. En début de saison les buses sont à moitié ouvertes pour sortir 90 L/ha de bouillie pour finir à 180 L/ha toutes buses ouvertes 15 jours avant la floraison. Passage pour le traitement 1 rang sur 2 sauf pour 2018 tous les rangs lors de grosses contaminations.

VARIÉTÉ Ribol plantée en 1995 et 2014 avec le porte greffe Fercal. La densité de plantation est de 3.4 mètres entre rang et de 1.2 mètre sur le rang. La forme de conduite est la lyre et sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord/Ouest et est non irrigable.

– PRODUCTEUR 3 – parcelle Carles

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulvérisateur porté. Jusqu’au 15 mai 140 L/Ha avec 2 buses ouvertes puis 200 L/Ha et 3 buses ouvertes jusqu’à la fin. Utilisation d’une poudreuse.

VARIÉTÉ Chasselas de Moissac, un rang sur deux a été planté en 1968 et l’autre en 1980 (vignes vieillissantes) avec comme porte greffe SO4. La densité de plantation est 3 mètres entre rang et 1.20 mètres sur le rang. La forme de conduite est droite sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord/Sud et non irrigable.

PROTOCOLE RESULTATS ET INTERPRETATION

Conclusion des 3 années d’essai

Le développement du mildiou ne dépend pas seulement des traitements au cuivre, mais aussi de l’historique de la parcelle et son exposition, des précipitations, de l’hygrométrie du sol avec la présence potentielle de mouillères… Ces facteurs de variation propres au milieu dans lequel sont cultivées les vignes ne sont pas pris en compte dans l’analyse des résultats, bien qu’ils puissent influencer grandement sur la pression du mildiou dans ces parcelles. De plus, la météo qui varie chaque année impacte directement l’apparition du mildiou et donc la nécessité de traiter plus ou moins les vignes.

Comparer différentes années entre elles n’est donc pas représentatif, il faut se concentrer sur la comparaison des résultats d’une même année. Néanmoins, la pluviométrie diffère aussi selon les sites d’essais. Par exemple en 2018, il est tombé 96mm sur la parcelle Carles durant le mois de juillet, contre 59 mm sur les parcelles Verdier/Ribol le même mois. Ces écarts impactent l’évolution des contaminations mildiou.

▷ Dans tous les cas nous pouvons remarquer que le positionnement des traitements est véritablement important pour lutter contre ce champignon. Un suivi de la pluviométrie est donc indispensable.

▷ De plus, le produit alternatif serait peut-être un moyen de diminuer les doses de cuivre métal par hectare.

Concernant le talc, les résultats de 2017 et 2018 amènent un espoir supplémentaire pour lutter contre le mildiou. Attention, ce produit peut tâcher le raisin de table. Aussi il est nécessaire d’arrêter les traitements au stade petit pois.

▷ Enfin, il est possible, au vu de ces 3 années, de contrôler le mildiou avec une dose totale de cuivre métal moyenne de 3 kg/ha (tous essais confondus). La parcelle Bambou où il n’a été utilisé que des formes de cuivre différentes à dose réduite (3,92 kg/ha de cuivre métal total en moyenne sur les 3 ans) permet aussi de contrôler le mildiou.

A SAVOIR

La dose homologuée pour la bouillie bordelaise RSR dispers en raisin de table est de 3.75 kg/ha de produit commercial, soit 750 gr/ha de cuivre métal par traitement.

PLUS D’INFO

Pour plus d’information sur ce sujet , contactez Marc Miette (Bio Occitanie) :  fruitslegumesbio82@gmail.com
06 22 78 17 09

TEMOIGNAGES – Producteurs du groupe DEPHY

Jean-Baptiste Gibert

Earl de Metou Sainte-Juliette (82)

“Nous avons pu constater, après 3 ans d’essais sur la vigne, que nos doses de cuivre avaient été réduites au minimum de moitié. La conjugaison de plusieurs facteurs et de bonnes pratiques sont à l’origine de ce changement. Nos vignes en bio depuis 2006 nous faisaient voir quelque signes de faiblesse.

Nous avons donc décidé de chercher des solutions pour améliorer notre façon de faire. Ce faisant, nous avons constaté qu’en diminuant les doses de cuivre, nous arrivions à gérer le mildiou qui est le principal ennemi en raisin de table. Nous sommes passé de +/- 6kg de cuivre métal à +/- 2,5 kg par an. “

Thierry Serres

Arboriculteur Moissac (82)

” La question de l’utilisation du cuivre m’a toujours interpellé en Agriculture Bio : c’est à la fois un produit incontournable en vigne et controversé pour les dégâts qu’il peut causer dans le sol. Je me suis longtemps posé des questions sur les quantités préconisées et sur l’existence de produits de remplacement. La création du groupe Dephy m’a permis de mettre en pratique différentes solutions pour réduire le cuivre, et le résultat est là : une dose hectare réduite par quatre et une qualité de récolte toujours satisfaisante !

Aujourd’hui j’ai décidé de continuer sur la voie des produits de substitution au cuivre, avec de nouveaux essais prévus en plein champs. Le cadre qu’apporte le groupe Déphy et son technicien me donnent de l’assurance, et l’espoir d’avancer vers de nouvelles solutions alternatives au cuivre.”

Par Jean-François LARRIEU de la Chambre d’Agriculture de Tarn et Garonne, Sébastien BALLION de CEFEL , Marc MIETTE de BIO OCCITANIE et coordonné par Jean Michel THEVIER de la Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie 

Crédit photo : Interbio Occitanie