Débroussaillage des sous-bois et valorisation des matières ligneuses - Le projet du GIEE du Larzac pour l'agro-sylvo-pastoralisme 1

Débroussaillage des sous-bois et valorisation des matières ligneuses - Le projet du GIEE du Larzac pour l'agro-sylvo-pastoralisme

Comment agrandir sa surface fourragère et ses parcours quand on est éleveur sur le Larzac méridional, dans le respect de cet écosystème fragile? Que faire de cette broussaille, principalement constituée de buis, dont les propriétés avaient déjà été mises en évidence par Olivier de Serres, père de l’agronomie, dès le XVIème siècle ? C’est pour répondre à ces questions que le groupement Larzac pour l’Agro-sylvo pastoralisme, a été reconnu d’intérêt économique et environnemental (GIEE) en mai 2016 et poursuit, à ce titre, son projet intitulé «débroussaillage des sous-bois forestiers et valorisation des matières ligneuses ».

Photo ci-dessous : Cochons de la ferme des Terres Libres en semi-liberté dans un milieu ouvert, auparavant impénétrable. On aperçoit les nouvelles pousses de buis dès la 1ère année. Crédit photo Buxor.

ORIGINE ET HISTORIQUE DU PROJET

Nicolas Brahic est éleveur de cochons de plein air intégral bio sur le Larzac méridional depuis 2007. Son domaine de 250 ha comprend 215 ha de forêt steppique fermée par la broussaille envahissante et inaccessible par les animaux. C’est de cette nécessité d’ouvrir le milieu pour gagner de la surface fourragère et des parcours, mais également afin de diminuer l’achat de céréales bio devenues coûteuses, qu’est née la société Buxor qu’il crée en 2012. Le débroussaillage manuel étant inenvisageable, en particulier avec les essences présentes de bois dur, il s’agissait de trouver le moyen de débroussailler mécaniquement les sous-bois de son exploitation, dans le respect de l’éco-système.

Que faire de cette broussaille ? Ne serait-il pas possible de la valoriser ? Pour répondre à ces interrogations, Nicolas Brahic s’intéresse aux démarches qui ont exploré la question, comme la méthode de compostage Jean Pain ou la technique du bois raméal fragmenté (BRF). L’éleveur met au point une machine combinée de récolte qui permet, en un seul passage, de couper les arbustes et la broussaille, de les broyer et de récupérer le broyat.

Celui-ci est mis en tas et, au bout de quelques mois, forme un pré-compost qui prend le nom de Buxor compte-tenu de la prédominance du buis à environ 80%.

Convaincu de l’intérêt de ce produit, il fédère autour de lui un réseau d’agriculteurs et d’éleveurs utilisateurs qui devient le GIEE Larzac pour l’Agro-sylvo-pastoralisme

LES IMPACTS FAVORABLES DE L’OUVERTURE DU MILIEU

Les impacts sont très positifs pour l’agro-pastoralisme. Le troupeau peut revenir rapidement sur la parcelle débroussaillée car la végétation est coupée et non arrachée : pas de chicots dangereux pour les pattes des animaux. Les graminées repoussent de suite, sans pousse excessive de ronces ou églantiers car la broussaille est exportée et non laissée sur place. L’ombrage apporté par les arbres qui sont de nouveau accessibles aux animaux et les massifs de buis épargnés sur les parcelles, permet au troupeau une meilleure résistance à la chaleur et allonge la période d’herbe verte disponible pour les animaux.

L’ouverture du milieu favorise également la biodiversité. Les grands arbres dégagés servent d’abris à un grand nombre d’animaux. A
l’ombre de ces arbres, la strate herbacée reste fraîche et accessible à la faune sauvage plus longtemps que sur les pelouses. Les massifs de buis épargnés constituent également des espaces indispensables au maintien de la faune locale et à une faune importante qui migre sur le Larzac pour se reproduire. Les étendues de pelouses dégagées entre les massifs de buis et les arbres représentent une zone de nourrissage ou de chasse pour nombre d’animaux. Elles accueillent une grande diversité faunistique et floristique, souvent typique des Causses et protégée comme le Vautour fauve et l’Ophrys aymoninii.

En parallèle, ces espaces dégagés limitent fortement le développement des populations de sangliers.

C’est l’alternance de ces 3 zones mises en place lors de l’ouverture des parcelles qui permet de favoriser un écosystème sauvage équilibré, tout en permettant l’installation d’éleveurs pratiquant un agro-sylvo-pastoralisme respectueux du bien-être des animaux domestiques.

 

Photo 2 :Compost de broyat de buis. Crédit photo Buxor.

Photo 3 : Machine combinée de récolte forestière construite par Buxor en 2013 : sécateur hydraulique monté sur une pelle mécanique modifiée, Mecalac 14 MBX, montée sur pneus « big foot » et broyeur Jean Pain modèle 900 attelé. Crédit photo Buxor.

QUELLES UTILISATIONS POUR LA BROUSSAILLE ?

Maraîchage> En 2013, un maraîcher bio de l’Hérault séduit par la démarche de Buxor, teste le broyat de buis et constate sur les sols ayant reçu l’amendement que la structure s’était modifiée : le sol est devenu plus souple, aéré et favorise la présence de vers de terre. Il mène alors quelques essais de semis et plantation de légumes sur Buxor et sol témoin et les résultats obtenus sont encourageants : les salades et mâches repiquées se développent aussi bien, voire mieux que sur paillage plastique ou sol nu. Les semis directs sont même possibles: navets, radis, épinards se développent bien sur une épaisseur de 8 cm de Buxor sans ajout d’autres fertilisants. Enfin, les légumes sont plus savoureux selon leur producteur, qui estime que l’utilisation du broyat de buis lui permettra de moins arroser, moins désherber, moins labourer, et moins utiliser le paillage plastique.

Viticulture> En viticulture aussi, le Buxor présente de nombreux intérêts. Il a été testé en 2018 par un vigneron bio de Cahors et l’effet du produit est déjà visible en seulement quelques mois : la structure du sol a changé en surface, il est plus meuble, garde mieux sa fraîcheur que sur la partie témoin qui n’a pas reçu de produit. Ce sol plus souple est plus facile à désherber, ce qui est important en culture biologique.

Élevage> Le broyat de buis a également trouvé sa place sur la ferme d’élevage porcin de Nicolas Brahic. Comparé à la paille, le Buxor présente l’intérêt d’être plus durable : jusqu’à 6 mois dans la cabane, tout en conservant une litière propre et sans odeurs désagréables. De plus, le produit dégage de la chaleur en hiver dans les cabanes ce qui favorise le décollement des petits de la mère et limite fortement les risques d’écrasement. Enfin, les animaux semblent plus calmes, ce qui peut probablement s’expliquer par les propriétés cardio-régulatrices reconnues du buis.

Domaine équestre> Le broyat de buis présente également de nombreux intérêts pour le domaine équestre : utilisé comme litière pour les chevaux, il ne dégage pas de d’odeur d’ammoniaque, n’attire pas les mouches et la litière est plus homogène. Enfin, épandu sur sol équestre, il procure un grand confort de travail aux chevaux et permet au sol de se ressuyer rapidement et d’être utilisable par quasiment tous les temps.

Il conviendrait aujourd’hui de tester le process dans d’autres massifs forestiers, avec d’autres essences et un contexte pédoclimatique différent afin de vérifier si la démarche est transposable. Des contacts ont été pris en ce sens avec des organismes de recherches.

 

Photo 1 : Vignes de Cahors avec compost de buis épandu. Crédit photo Buxor.

Photo 2 :Comparaison salades sur plastique avec 150 unités d’azote et sur Buxor sans engrais. Crédit photo Buxor.

Photo 3 et 4 : Marcheur et piste de galop chez un éleveur héraultais. Crédit photo Buxor.

CONTACT

Si vous êtes intéressés par le projet et souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à contacter le GIEE Larzac > gieedularzac@mcom.fr

Par Elodie BERNARD, animatrice technique au CIVAM Bio 34

Crédit photo : Interbio Occitanie


Méteils grains - Un levier stratégique pour les éleveurs - Retour sur la journée INNOV'ACTION du 2 octobre 2018 à Valériès, TARN 2

Méteils grains - Un levier stratégique pour les éleveurs - Retour sur la journée INNOV'ACTION du 2 octobre 2018 à Valériès, TARN

Les méteils ou mélanges à base de céréales et protéagineux, récoltés en grains, représentent près de 7% des cultures menées en agriculture biologique en Occitanie (Agence bio 2017). Elles constituent une alternative intéressante aux céréales pures. Leurs atouts agronomiques et leur contribution à une meilleure autonomie protéique les rendent séduisantes pour les exploitations d’élevage.

La journée technique Innov’action sur les méteils grains est le fruit d’un travail collaboratif entre les Chambres d’agriculture du Tarn et de l’Aveyron. L’objectif était notamment de valoriser auprès des agriculteurs les résultats de deux années d’essais de méteils grains conduits en bio chez des éleveurs de trois départements d’Occitanie (Aveyron, Tarn et Hautes Pyrénées).

Ce dossier met en avant les éléments techniques et agronomiques de ces cultures, illustrés par les résultats d’essais et les témoignages d’éleveurs. Un focus fera état de la valorisation des méteils dans la ration des bovins, lait et viande. Une ouverture sur le triage et la commercialisation des méteils clôturera ce dossier.

LEVIERS AGRONOMIQUES – DES MELANGES CEREALES-PROTEAGINEUX (METEILS)

Les méteils présentent de nombreux intérêts en comparaison à des cultures pures : dans des contextes pédo-climatiques variés, les rendements sont plus stables grâce notamment à une meilleure exploitation des ressources du milieu et un bon contrôle des adventices et bio- agresseurs. Néanmoins on leur reproche souvent la variabilité entre les proportions des espèces au semis et à la récolte selon les années : “on sait ce que l’on sème, mais rarement ce que l’on récolte !”

▷ QUELLES ESPÈCES CHOISIR ?

Les différentes espèces utilisées dans les méteils sont présentées dans le tableau ci-dessous avec leurs atouts et inconvénients.

▷ SEMER À QUELLES PROPORTIONS ?

La période de semis sera légèrement plus précoce que celle des céréales en culture pure afin de favoriser le développement des protéagineux et éviter ainsi trop de décalage de végétation entre les deux espèces. Les quantités de semences pour chaque espèce seront fonction du poids des mille grains (PMG) des variétés utilisées et mentionnées sur l’étiquette du sac.

Dose de semis (kg/ha) =(Densité (nombre de grains/m2) x PMG (g)) /100

Par exemple, pour une céréale à PMG de 40g, il faudra prévoir dans le mélange : 80kg/ha pour une densité recherchée de 200 grains/2, 100kg/ha pour une densité de 250 g/m2 et 120kg/ha pour une densité de 300 g/m2. Attention pour l’avoine, ne pas prévoir plus de 10 kg/ha.

Pour les pois fourragers, il faut viser entre 15 et 30 g/m2, soit entre 26 et 53 kg/ha pour une variété à PMG de 175g (ex. Assas), ou entre 16 et 32 kg pour une variété à PMG de 105g (ex. Arkta).

Les doses sont plus élevée pour les pois protéagineux (entre 30 et 60g/m2), soit entre 50 et 120 kg/ha selon les espèces.

Enfin, pour la féverole les PMG peuvent être très variables (entre 450 et 600g), il est donc important d’en avoir connaissance. L’objectif est d’atteindre 15 à 25g/m2, il faudra donc entre 70 et 150kg/ha de semences dans le mélange.

Ces quantités sont bien sûr à ajuster en fonction du nombre d’espèces dans le mélange, et dans la limite de 300 graines/m2.

▷ EXEMPLES DE MÉLANGES

Plusieurs mélanges sont présentés à titre d’exemple dans le tableau ci-contre. Nous recommandons de prendre en compte les critères suivants: précocité à maturité, risque de verse, couverture du sol, teneur en protéines…

▷ QUELLE PLACE DES MÉTEILS DANS LES ROTATIONS EN POLYCULTURE-ÉLEVAGE ?

Les méteils sont des cultures couvrantes qui tendent à améliorer les systèmes agronomiques. Ils sont particulièrement adaptés aux contextes à bas niveau d’azote comme les parcelles en fin de rotation. Les méteils s’intègrent par exemple très bien derrière une culture gourmande type maïs ensilage, éloignés d’un retournement de prairie ou en 2ème voire 3ème paille. Un précédent prairie peut également convenir mais le potentiel azoté ne sera pas valorisé comme avec une céréale pure.

ESSAIS

METEILS GRAINS

Conduits en agriculture biologique en Occitanie

L’objectif des essais était de tester l’intérêt des mélanges complexes (à 3 espèces et plus) comparés à des mélanges binaires (1 céréale + 1 protéagineux) pour assurer un rendement et une valeur nutritive stables.

Pour ce faire, 2 ans d’expérimentations de différents mélanges de méteils grains ont été menés en AB sur 5 sites aux conditions pédo-climatiques variées (Aveyron, Tarn et Hautes-Pyrénées). L’indicateur retenu pour comparer les mélanges testés est la quantité de Matière Azotée Totale (MAT) en kg, produite par hectare. C’est le rendement (en q/ha) multiplié par le % de MAT du mélange.

Parmi les 3 meilleurs mélanges de chaque département, 6 sont des mélanges complexes à base de triticale (60-85 kg/ha), blé (35-55 kg/ha), avoine (10 kg/ha), pois fourrager (15-20 kg/ha) et féverole (55-75 kg/ha), et 3 des mélanges binaires à base de céréales (blé, triticale ou avoine) et de féverole [Proportions variables selon les sites dans la fourchette indiquée en kg/ha], cf. fig. 1.

Pour les mélanges binaires céréale-féverole, les rendements sont stables et les résultats sont également très intéressants (cf. fig. 2).

Une analyse plus poussée de la valeur alimentaire conforte les résultats des mélanges complexes qui répondent aux critères recherchés pour un aliment complet destiné plus particulièrement aux ruminants en AB :
▸ Taux de MAT > 15 %,
▸ Ratio PDIN/UFL (équilibre du mélange) autour de 100,
▸ Digestibilité d’au moins 80 %,
▸ PDIN de l’ordre de 100 g/kg.

BILAN

QUE FAUT-IL RETENIR POUR FAIRE UN MÉLANGE ADAPTÉ À CHAQUE SITUATION ?

> 1 Choisir des espèces et variétés adaptées à votre parcelle (résistance au froid, sol, précocité). À partir de 3 espèces, votre mélange gagnera en stabilité.
>2 Mesurer le reliquat azoté de votre parcelle afin d’adapter la fertilisation éventuelle et la proportion en protéagineux avant semis. En présence d’un reliquat important, la céréale s’exprime davantage, il faudra semer plus de protéagineux.
>3 Utiliser les tables INRA ou faire des analyses pour connaître les valeurs nutritives de votre méteil : vous pourrez ainsi réajuster la ration si besoin.

TEMOIGNAGES

REGARD CROISES – ELEVEURS AYANT REALISE DES ESSAIS

Patrick DELERIS

GAEC DE FOURNOULET, BOVIN LAIT AB, LESCURE JAOUL (12)

«Nous avons travaillé avec un méteil complexe composé de 20-25 kg / ha de pois fourrager associé à du triticale, du blé et de l’avoine. Nous estimons avoir utilisé une trop grande quantité de pois. Aujourd’hui, on l’utilise à 10 / 12 kg et avec de la féverole à 50 kg afin de limiter la verse. Nous avons également implanté deux mélanges binaires : le premier avec orge (50 kg / ha) et pois protéagineux (130 kg / ha), le second avec féverole (120 kg / ha) et pois fourrager (20 kg / ha). Chez nous, ces méteils binaires ont donné de bons résultats et permettent de sécuriser notre système. À l’avenir, nos mélanges sont susceptibles d’évoluer car le pois est de plus en plus difficile à utiliser du fait de la prolifération des sangliers.»

Jean-Baptiste KERUZEC

GAEC DE LA SIRGARIÉ, BOVIN LAIT AB, ST MARTIN LAGUÉPIE (81)

« Je suis en système très herbager, avec 15 ha de méteils semés tardivement, à base de blé / féverole auxquelles on ajoute soit de l’orge, soit du triticale (et un peu d’avoine). On cultive ces méteils complexes depuis plusieurs années, et ce qui nous intéressait dans ces essais, c’était de comparer la performance de nos mélanges complexes avec des associations plus simples. Nous avons donc travaillé avec notre mélange, comparé à 3 associations plus simples, blé/ féverole, triticale/pois fourrager et orge/pois. Les essais nous ont permis de valider le fait que certains associations binaires fonctionnent aussi très bien. Grâce aux analyses des méteils, on a une meilleure idée de la valeur alimentaire de nos mélanges.»

Alain GALOUYE

POLYCULTEUR-ÉLEVEUR, BOVIN VIANDE AB, MONTGAILLARD (65)

« Je produis 8 hectares de méteil tous les ans, derrière un maïs ou une prairie. J’utilise le méteil pour finir les veaux rosés et les vaches, et complémenter les jeunes vaches en production. Je suis généralement autonome pour l’engraissement de mes bêtes. Cette année, pour compenser le foin de mauvaise qualité du printemps, j’ai implanté plus de méteils dont une partie sera récoltée en enrubannage. Ces essais m’ont montré que les mélanges les plus compliqués n’étaient pas forcément les meilleurs. Chez moi, le mélange binaire était intéressant : j’ai donc simplifié mes mélanges ce qui a facilité la récolte (maturité et réglage de la machine). Il faudrait maintenant travailler sur la façon de récolter, c’est-à-dire faucher, sécher et andainer avant récolte.»

 

Fauche du méteil. Crédit GAEC du Terron

DEBOUCHES

VALORISATION DES METEILS DANS LES RATIONS DES BOVINS BIO

Produire un concentré plus riche en protéines que les céréales pures est une des motivations des éleveurs en Agriculture Biologique qui cultivent des méteils.

FOCUS BOVIN VIANDE

SYSTEME VEAUX D’AVEYRON ET DU SEGALA

Vincent SERIEYSSOL, CAUSSE-ET-DIEGE (12)

Sur cette exploitation en conventionnel, les méteils s’inscrivent pleinement dans les objectifs du producteur : gagner en autonomie protéique et diminuer l’usage de produits phytosanitaires. La culture de mélanges a débuté en 2007. D’abord utilisé dans la ration des vaches en lactation à 500 g/jour, le méteil remplace l’aliment complet pour l’engraissement des veaux depuis 2013 avec la mise en place de la fabrique à la ferme.

L’utilisation des méteils permet d’obtenir les mêmes performances économiques sur le troupeau, tout en diminuant les charges d’intrants.

Le seul bémol pour la culture de méteils, c’est l’aspect aléatoire des proportions de chaque espèce à la récolte. C’est pourquoi il est important d’analyser son mélange chaque année, en vue d’assurer le meilleur équilibre alimentaire et un bon potentiel de digestibilité.

 

Valeurs nutritives du méteil de Vincent SERIEYSSOL, son utilisation et l’impact économique (Source Chambre d’Agriculture de l’Aveyron).

FOCUS BOVIN LAIT

SYSTEME EN AGRICULTURE BIOLOGIQUE

Pour calculer l’économie de concentré acheté permise par le remplacement de céréales pures par des méteils, les Chambres d‘agriculture du Tarn et de l’Aveyron ont réalisé des rations à base de maïs et sans maïs, pour 3 niveaux de productivité : 4000 litres / vache laitière, 5500 et 7500 litres.

Les méteils en tant que concentré fermier plus riche en MAT qu’une céréale pure contribuent à l’économie d’achat des concentrés azotés. Cependant, pour des niveaux de production relativement élevés (au-delà de 5500 l/VL), leurs taux de MAT restent insuffisants pour couvrir le besoin des animaux et un complément azoté reste nécessaire. Toutefois, ils restent utilisables en concentré unique pour les génisses.

Les méteils font donc partie d’une stratégie globale d’autonomie alimentaire et protéique parmi laquelle le pâturage à base de prairies à flore variée et la réalisation de stocks fourragers riche en légumineuses constituent un socle incontournable.

DEBOUCHES

Qu’en est-il du triage et de la commercialisation des méteils ?

LE TRIAGE DES METEILS

Il permet de séparer les différentes espèces du mélange en vue d’un re-semis ou sélectionner les différentes espèces qui le composent et leur proportion afin de rééquilibrer une ration ou vendre à un organisme stockeur. Préalablement au triage, il est important de vérifier le réglage de la moissonneuse pour limiter le nombre de grains cassés et pour nettoyer et sécher la récolte avant stockage dans un lieu ventilé.

Différents types de trieurs et de réglages existent pour séparer les différentes espèces du mélange:

Nettoyeur-séparateur : triage uniquement sur la largeur, l’épaisseur et selon le comportement du flux de graines dans un courant d’air en aspirant les déchets légers.
Trieur alvéolaire : séparation des grains selon leur longueur.
Table densimétrique : séparation des grains selon leur densité.
Trieur optique : séparation des grains et des impuretés selon leur couleur et leur forme.

Ces 2 derniers trieurs sont généralement spécifiques aux stations de semences. Trier un méteil demande de vraies compétences. Adhérer à un outil collectif peut s’avérer intéressant pour bénéficier d’un triage de qualité et limiter le coût d’investissements.

LA COMMERCIALISATION DES METEILS

La collecte des méteils reste difficile à ce jour car leur traitement occasionne des surcoûts pour les organismes stockeurs liés au triage et aux cellules de stockage spécifiques pour les mélanges et les cultures issues du tri. L’idéal est donc de réserver ces cultures pour l’autoconsommation ou bien pour un débouché de proximité, auprès d’un éleveur tiers.

Il existe néanmoins la possibilité de vendre le surplus de méteils produits.

En 2017-2018, les collecteurs situés sur le Tarn et l’Aveyron* ont privilégié 2 types de mélanges binaires blé/féverole et orge/pois protéagineux. Certains acceptent également des mélanges plus complexes à condition qu’il existe une demande en face ; dans ce cas, les méteils transitent directement du vendeur à l’éleveur bio. Les collecteurs ont mis en avant 2 leviers pour faciliter la collecte des méteils : d’une part la contractualisation de ces mélanges en annonçant suffisamment à l’avance les surfaces et types de mélanges emblavés, et le stockage chez le producteur jusqu’à la fin de période de collecte.

* Agribio Union, Coopérative de Carmaux et RAGT.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Mélanges céréales – protéagineux grains en agriculture biologique, résultats d’essais conduits en Occitanie, Muriel SIX Chambre d’agriculture de l’Aveyron, Maëva COLOMBET Chambre d’agriculture du Tarn et Lise BILLY Chambre d’agriculture des des Hautes Pyrénées.
Conférence de Laurent Bedoussac Ingénieur de recherche INRA-ENSFEA Toulouse, “Les Cultures associées : intérêts agronomiques et place dans les filières” (le 2 octobre 2018 à Valdériès).
Posters produits par les Chambres d’agriculture Tarn / Aveyron, FDCUMA Tarn à l’occasion de la journée Innov’action du 2 octobre 2018 (envoi possible sur demande : francoise.solignac@aveyron.chambagri.fr / n.castel@tarn.chambagri.fr)
Fiche technique Méteil grains CA81.

Coordonné par Maëva COLOMBET et Stéphanie CAMAZON, de la Chambre d’Agriculture du Tarn, et Mathilde DURAND, de la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron

Crédit photo : Interbio Occitanie et Interbev


Caractérisation d'élevages caprins biologiques avec transformation fromagère 3

Caractérisation d'élevages caprins biologiques avec transformation fromagère

Les résultats et les données présentées dans ce document sont issus d’une étude réalisée par l’APABA en 2017 auprès de sept élevages caprins transformateurs en Aveyron. Cette étude avait pour objectif de mieux comprendre les freins rencontrés dans ce type de fermes. L’échantillon s’est composé d’exploitations représentatives de la moyenne montagne (de 300 à 800 mètres d’altitude).

DES FERMES DE PETITE TAILLE PLUTOT EXTENSIVES

Les fermes étudiées présentent des structures très diverses. La Surface Agricole Utile varie de 22 à 63 ha et le taux de chargement s’échelonne entre 0,24 et 0,73 UGB/ha SFP. Les fermes disposent essentiellement de prairies permanentes et de parcours boisés de qualité variable alloués au pâturage. Seules les meilleures terres sont destinées à la culture de méteils réservés à l’alimentation des chèvres. Ces derniers sont le plus souvent conduits en rotation avec des prairies temporaires riches en légumineuses destinées à la production de foin. Sur le plan des ressources humaines, les fermes se composent de 2 à 4 unités de main d’œuvre (associés et salariés) réparties entre les activités de production, de transformation et de mise en marché.

DES NIVEAUX DE PRODUCTION LAITIERE HOMOGENES MAIS DES EFFECTIFS TRES VARIABLES

Parmi les fermes étudiées, six transforment l’intégralité de leur production de lait avec une valorisation en vente directe. La septième livre près de 90% de la production en circuit long. Toutes les fermes sont conduites en Agriculture Biologique ou en début de conversion. Les cheptels sont essentiellement constitués de chèvres Alpine et/ou Saanen conduites de manière saisonnée. Les mises bas se déroulent de la mi-février jusqu’à la mi-mars et la durée de traite fluctue entre 230 et 305 jours. La taille des troupeaux est comprise entre 12 et 26 chèvres/UTH pour les fermes en circuit court contre 71 chèvres/UTH pour l’élevage en circuit long. Le niveau de production laitière des troupeaux est assez homogène dans les élevages (≈ 530 l vendu/chèvre). Rapporté aux surfaces fourragères, ce dernier varie fortement, de 290 à 1700 l/ha SFP.

DES FOURRAGES DE QUALITE INSUFFISANTE

Selon leur situation géographique, les fermes disposent de foncier de qualité très variable. Cela influe fortement sur le choix des ressources fourragères. Dans les zones maigres et superficielles, les éleveurs fauchent des prairies permanentes de qualité variable et valorisent des parcours via le pâturage. Les volumes de fourrages stockés étant les plus souvent insuffisants tant sur le plan quantitatif que qualitatif, les éleveurs font appel à des achats de foin de luzerne. Dans les zones plus favorables, les éleveurs cultivent des prairies riches en légumineuses (Luzerne/dactyle, prairies à flore variée…) pour obtenir des fourrages de meilleure qualité. Les repousses et les prairies permanentes sont réservées au pâturage. Selon la part de pâturage, les volumes de fourrages distribués varient de 2,8 à 5,8 TMS/UGB. Parmi les élevages étudiés, six produisent du foin au sol et une ferme dispose d’une unité de séchage en grange. Seules quatre fermes sur sept sont autonomes en fourrages. La qualité insuffisante des foins induit des charges d’alimentation élevées.

DES FERMES PEU AUTONOMES EN CONCENTRES

Sur le plan des concentrés, les fermes sont globalement peu autonomes. Les faibles surfaces allouées aux cultures ainsi que les faibles rendements ne permettent pas de couvrir les besoins du troupeau. Selon les fermes, la surface en céréales représente de 0 à 23 % de la SAU (10 % en moyenne) et les rendements fluctuent de 20 à 39 Qx/ha (26 Qx/ha en moyenne). Seules deux fermes au fonctionnement plutôt autarcique produisent l’intégralité de leurs besoins. Les autres fermes font appel à des achats extérieurs de céréales (maïs et orge essentiellement) et/ ou d’aliments complets (concentré de production de 18 à 24 % MAT).

DES PRATIQUES D’ALIMENTATION TRES DIFFERENTES

L’analyse des pratiques d’alimentation des élevages montre une forte dépendance aux stocks fourragers. Suivant les fermes, le volume de fourrages distribués varie de 2,9 à 5,8 TMS/UGB/an. Malgré des durées de pâturage importantes, la part de l’herbe pâturée dans l’alimentation reste limitée. Elle représente selon les cas de 10 à 40 % de la ration annuelle. Les éleveurs maîtrisant la conduite du pâturage des chèvres consomment globalement moins de stocks de fourrages (≤3,5 TMS/UGB) au cours de l’année.

Sur le plan des aliments complémentaires, les élevages étudiés montrent une grande diversité de pratiques. La quantité de concentrés distribués varie de 0,6 à 2,6 TMS/UGB/an. Rapporté au niveau de production laitière, la complémentation en concentrés fluctue de 227 à 777g/l (Moyenne : 680 g/l contre 1157 g/l en circuit long). A niveau de productivité laitière équivalent (530 l/chèvre), la quantité de concentrés distribués d’une ferme à l’autre varie selon un facteur quatre. Il existe donc de grande marge de manœuvre sur le plan de l’efficience des pratiques d’alimentation. La qualité des fourrages apparait comme un élément clé de la maîtrise des coûts d’alimentation.

DES COUTS DE PRODUCTION TRES HETEROGENES

L’analyse du coût de production des élevages étudiés montre une grande variabilité. Selon les exploitations, le résultat fluctue de 1 200 à 6 750 €/1000 l. Une part importante de ces écarts s’explique par la différence de niveau de production laitière des fermes (de 3 300 à 13 641 l/UMO) qui fait office de diviseur.

Le poste de dépenses qui apparaît en moyenne le plus élevé dans le coût de production concerne les charges de mécanisation (11,6% du CP en moyenne). Ce dernier se compose essentiellement des prestations de travaux par tiers, des charges de carburants et des frais d’entretien du matériel. La délégation fréquente des travaux agricoles (semis, moissons) et les nombreux déplacements liés à la vente directe sont mis en cause. D’une ferme à l’autre, le montant des charges de mécanisation fluctue de 170 à près de 900 €/1000 l. Il existe donc de grandes marges de manœuvre dans la maîtrise de ce poste.

Le second poste le plus coûteux concerne les charges de bâtiments (10,1% du CP en moyenne). Il se compose essentiellement des amortissements et des frais d’électricité et de gaz liés à l’activité de transformation fromagère. D’une ferme à l’autre, le montant des charges de bâtiments fluctue de 90 à près de 530 €/1000 l. On note différentes échelles d’investissements dans les ateliers de transformation. Certains ateliers semblent avoir été surdimensionnés vis-à-vis des volumes de lait transformés et valorisés.

Le troisième poste le plus important dans la composition du coût de production concerne les charges d’alimentation (7,1% du CP en moyenne). Ces dernières sont principalement constituées par des achats de céréales (orge ou maïs), d’aliments complets ou de fourrages pour répondre aux besoins des animaux. D’une ferme à l’autre, le montant des charges d’alimentation fluctue de 22€/1000l à près de 380 €/1000l.

UN NIVEAU DE VALORISATION DU LAIT TRES HETEROGENE

Parmi les fermes étudiées, le niveau de valorisation du lait transformé varie très fortement. Selon les fermes, le prix du lait fluctue de 1 550 à 2 650 €/1000l (2 000€/1000l en moyenne contre 876€/1000l en circuit long). Les fermes commercialisant les fromages sous l’appellation Rocamadour montre un niveau de valorisation supérieur. Le choix du type de fromages, le rendement fromager et le prix de vente semblent les principaux éléments mis en cause.

UN TEMPS DE VALORISATION DES PRODUITS TRES VARIABLE

L’activité de transformation fromagère nécessite une implication forte des agriculteurs et génère un volume de travail important. L’équilibre entre les activités d’élevage, de transformation et de commercialisation est difficile à trouver mais se révèle indispensable. Parmi les sept fermes étudiées, le temps de valorisation du lait estimé (transformation + mise en marché) a fluctué entre 4 et 16 h/100 l. Le type de débouchés (marché de plein vent, magasins de producteurs…), la capacité de l’outil de transformation (volume journalier…), la disponibilité en main d’œuvre et le choix du type de produits (yaourts, lactiques, tommettes…) semblent mis en cause.

BILAN

▷ Les données analysées offrent seulement une image des systèmes rencontrés en zone de moyenne montagne. Les fortes disparités révélées dans cette étude démontrent un nécessaire accompagnement technique des fermes caprines en production fromagère sur différents thèmes :

Qualité des fourrages ▪ Efficience des pratiques d’alimentation du troupeau ▪ Maîtrise des coûts de production (notamment en charges de mécanisation et de bâtiments) ▪ Stratégie commerciale : efficience de la production selon les débouchés choisis

Coordonné par Maxime VIAL, animateur élevage de l’APABA

Crédit photo : Interbio Occitanie


Apport des études récentes sur les performances technico-économiques et la résilience 4

Apport des études récentes sur les performances technico-économiques et la résilience

L’année 2018 a été marquée par de multiples études sur la filière bovins lait bio en Occitanie. C’est ainsi l’occasion de faire le point sur l’accompagnement nécessaire à mener à destination des éleveurs pour soutenir la dynamique de conversion que l’on observe depuis quelques années suite au développement des projets des acteurs de l’aval de cette filière. Vous trouverez dans ce dossier : une caractérisation des élevages bovins lait bio en moyenne montagne (APABA), les facteurs de résilience de ces élevages (projet Résilait, INRA), l’évolution de la vulnérabilité lors de la conversion en bio (thèse de Maëlys Bouttes, INRA) et la description d’un outil de simulation de la robustesse des fermes face aux aléas climatiques (projet Optialibio).

ETUDE 2018

Caractérisation d’élevages bovins lait biologiques de moyenne montagne

Les résultats et données présentés dans cet article sont issus d’une étude réalisée en 2018 par l’Association pour la Promotion de l’Agriculture Biologique en Aveyron (APABA) auprès de 17 fermes bovines laitières de l’Aveyron et du Lot conduites en Agriculture Biologique.

Cette étude avait pour objectif d’évaluer les pratiques et performances des différents systèmes, de mettre en lumière les stratégies cohérentes permettant une rémunération maximale de la main d’œuvre et de réaliser des focus spécifiques sur les thématiques du travail et de l’évolution des systèmes après la phase de conversion. Seuls les résultats de l’étude concernant la caractérisation des systèmes et leurs performances sont présentés ici. Les autres thèmes seront développés dans le prochain magazine des Pratiques Techniques Innovantes de l’APABA. Ces données permettent aux éleveurs ayant un projet de conversion d’avoir des références technico-économiques sur des systèmes de moyenne montagne et de s’interroger sur la durabilité du système qu’ils désirent mettre en œuvre lors de leur passage en AB.

▷ LES SYSTÈMES IDENTIFIÉS

La production laitière (litres/Vache Laitière/an) et la part de maïs dans la Surface Fourragère Principale (SFP) des fermes ont été utilisés pour répartir les exploitations en quatre principaux systèmes et construire ainsi la caractérisation. Les principaux repères techniques de ces systèmes sont présentés dans le tableau ci-dessous.

▷ ANALYSES DES PERFORMANCES ÉCONOMIQUES

Afin de réaliser une analyse des performances de chaque système, trois indicateurs de performances économiques ont été calculés pour chaque système. Ces indicateurs ont été développés par les Réseaux d’Agriculture Durable et CIVAM afin d’analyser la durabilité des fermes et plus globalement des systèmes de production. La figure ci-dessous présente les résultats pour les différents groupes ainsi qu’une échelle de performances croissantes allant du rouge au vert.

L’autonomie économique permet de mesurer le niveau de charges et par conséquent la dépendance des fermes vis-à-vis de l’extérieur pour ses besoins de production (alimentation et frais d’élevage). Cet indicateur est calculé à partir de la marge brute globale qui est égale au produit de l’activité auquel les charges opérationnelles sont soustraites.

L’efficacité économique traduit la capacité des fermes à maximiser leurs produits tout en limitant leurs coûts. Cet indicateur est calculé à partir de la valeur ajoutée. Il correspond au produit de l’activité moins les charges liées à la production (total des charges hors main d’œuvre, amortissements, fermages et impôts).

▶ L’autonomie financière permet de mesurer la maîtrise des investissements. En effet, elle met en évidence la dépendance des fermes vis-à-vis des financements extérieurs (emprunts). Elle est calculée à partir de l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) consolidé (somme de l’EBE et de la rémunération des exploitants).

▷ DEUX SYSTÈMES MIS EN ÉVIDENCE

L’étude réalisée met en évidence deux systèmes. En effet, les indicateurs de performance technico-économique sont plus clairement favorables pour les exploitations du système «Herbager» et «Herbe/Maïs». Par rapport au système Herbager, les coûts de concentré du système Herbe/Maïs sont compensés par une augmentation de la production laitière. Cela permet également de générer un produit lait plus élevé. Le système «Maïs dominant» se positionne comme étant le système le plus à risques. Les coûts de production élevés engendrés par l’achat de correcteur azoté et de l’aliment de production ne sont pas accompagnés par une augmentation suffisante de la production laitière.

Cependant, le système n’est pas le seul facteur influençant les performances technico-économiques des élevages bovins biologiques. En effet, la maîtrise des investissements et des charges, indépendamment du système d’exploitation, influent directement sur la valeur ajoutée produite. À titre d’exemple, dans l’étude conduite par l’APABA, l’autonomie financière explique 30% de la valeur ajoutée. Pour dégager une bonne valeur ajoutée, il faut chercher à rester le plus sobre possible, dansun contexte où les exploitations ne peuvent pas répercuter les hausses de charges sur les prix de vente. Il est important de nuancer les résultats obtenus. En effet, l’effectif des échantillons par système est relativement faible. L’ambition de l’étude portée par l’APABA étant seulement de donner des éléments de réflexion sur les systèmes biologiques bovins laitiers. De plus, l’ensemble des systèmes n’est pas représenté par ce groupe de dix-sept fermes. En 2014, un système herbager économe et autonome avait été mis en lumière. Malheureusement, les fermes de ce système n’ont pu pas être enquêtées en 2018.

PROJET CASDAR RESILAIT

Facteurs de résilience des élevages bovins lait biologiques

Porté par l’institut de l’élevage (IDELE), l’institut technique de l’agriculture biologique (ITAB) et en partenariat avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), le projet CASDAR Résilait a notamment pour objectif la mise en évidence de facteurs de résilience pour les élevages laitiers bovins biologiques.

86 exploitations converties depuis plus de 5 ans à l’AB ont été enquêtées au cours de l’hiver 2017. Ces enquêtes visaient à identifier ces facteurs de résilience à dires d’éleveurs d’une part (1) et par analyse statistique de données quantitatives récoltées sur les exploitations d’autre part (2). Concernant les données quantitatives, les éleveurs ont renseigné au cours du temps les valeurs prises sur leurs exploitations pour un ensemble de variables de structure (main d’œuvre, SAU, taille du cheptel etc.) et un ensemble de variables de pratiques (gestion du troupeau, de l’assolement etc.). De plus, les éleveurs ont évalué au cours du temps leur satisfaction d’un point de vue agronomique, zootechnique, économique et social. C’est cette évaluation qui a permis de caractériser la résilience des exploitations. En effet dans le cadre de ce travail la résilience est définie comme étant le maintien au cours du temps de l’exploitation dans un état satisfaisant pour l’éleveur. Cet article présente une partie des résultats obtenus.

LA RÉSILIENCE, UN CONCEPT NOUVEAU POUR LES ÉLEVEURS

Lors des enquêtes, les éleveurs ont été amenés à donner leur définition du terme ‘Résilience’ et à discuter de ce qui selon eux participe ou non à la résilience d’un élevage laitier biologique. La synthèse des enquêtes a permis de mettre en évidence, à dires d’éleveurs :
Des indicateurs de la résilience : éléments qui selon les éleveurs mesurent la résilience d’une exploitation
Des facteurs et des leviers : éléments qui selon les éleveurs permettent d’améliorer la résilience d’une exploitation.

Le degré d’autonomie, la viabilité économique, et la cohérence globale dans la gestion des exploitations (l’adaptation des objectifs aux moyens de production et la baisse du niveau d’intensification d’utilisation des ressources disponibles) sont retenus comme principaux indicateurs de la résilience. La durabilité importe également aux éleveurs particulièrement dans le sens de la transmissibilité de leurs exploitations. Ces indicateurs sont favorisés par différents facteurs internes ou externes aux exploitations tels que le prix du lait payé aux producteurs, l’équilibre sol-troupeau ou encore la place accordée à l’herbe (pâturage et fourrages) dans le système. La figure 1 ci-dessous schématise ces résultats.

▷ ACCORDER UNE PLACE PLUS IMPORTANTE À L’HERBE

Les résultats de l’analyse statistique montrent que les élevages herbagers économes et autonomes sont les plus résilients. Ainsi, avancer la date de mise à l’herbe et augmenter la durée de pâturage exclusif améliore la satisfaction économique et la satisfaction sociale des éleveurs. De plus diminuer la surface en maïs, augmenter la surface en prairies, augmenter la surface accessible au pâturage et augmenter la durée de pâturage exclusif permettent d’améliorer la satisfaction agronomique.

L’amélioration de la résilience de ces exploitations semble donc passer par une augmentation de la place accordée à l’herbe ce qui concorde avec les résultats de l’étude de la perception de la résilience. La bonne maîtrise du pâturage nécessite de l’expérience et des compétences spécifiques de la part de l’éleveur.

▷ Dans un contexte où les exploitations laitières biologiques sont soumises à un ensemble de risques (forte concurrence de la part de voisins européens, augmentation des charges etc.), penser la résilience de ces exploitations semble essentiel. Les exploitations en conversion, contraintes par le cahier des charges de l’AB à l’adoption de nouvelles pratiques, sont en ce sens-là particulièrement concernées : anticiper ces changements en actionnant les leviers de la résilience pour améliorer le fonctionnement des exploitations.

ENTRETIEN

La conversion à l’AB pour améliorer sa situation

Une étude de chercheurs de l’INRA de Toulouse auprès de 20 fermes bovines laitières en Aveyron montre que les agriculteurs s’étant engagés en bio en 2016 y voyaient une solution pour préparer l’avenir. Le suivi de leurs conversions montre des bons niveaux de satisfaction vis-à-vis de leur situation en fin de conversion, à condition d’opter pour un mode d’élevage franchement tourné vers l’herbe et le pâturage.

▷ PASSER EN BIO POUR VOIR PLUS LOIN

En 2016, les éleveurs laitiers vivaient une crise historique du secteur marquée par une chute drastique du prix du lait. Parallèlement, des laiteries cherchaient de nouveaux producteurs bio. Des entretiens auprès de 20 fermes bovines laitières aveyronnaises au début de leur conversion à l’AB (printemps 2016) ont montré qu’au-delà de préoccupations environnementales, économiques ou idéologiques souvent mises en avant, les motivations des éleveurs étaient de trouver des solutions pour se sortir d’une situation conventionnelle compliquée. L’AB leur apparaissait comme un mode de production offrant davantage de perspectives.

Ils percevaient la bio comme moins risquée que l’agriculture conventionnelle, notamment par la perspective de prix plus stables et le soutien de la consommation, permettant ainsi de retrouver la possibilité de se projeter vers l’avenir. Patrice* expliquait ainsi : « ce qui fait basculer, c’est que ce soit un système qui parait plus pérenne, où on peut essayer de faire des prévisions plus sur du court terme mais sur du moyen terme »,

De plus, ils voyaient la bio comme un moyen de développer leur connaissances grâce aux réseaux de pairs et de conseillers actifs en AB, leur permettant ainsi de pouvoir mieux s’adapter à l’avenir. Un éleveur expliquait la bienveillance et la liberté de parole sur les expériences de chacun : «Ça permet d’échanger … quand on se loupe, de dire “j’ai loupé ça, ne pas refaire”, ou “j’ai fait ça pour rattraper”, ou “j’ai fait ça, ça marche bien”, c’est bien.» Dans les entretiens, le poids émotionnel associé au sentiment d’être coincé dans le système conventionnel était souvent évoqué, et les agriculteurs espéraient que la bio contribuerait à améliorer leur satisfaction au travail pour se sentir plus fort face à des aléas futurs. Parmi les différents points évoqués sur ce thème, il ressortait des entretiens l’envie de retrouver un meilleur équilibre travail-vie personnelle en sortant de systèmes saturés en charge de travail qui n’apportent pas de résultats économiques. Les témoignages étaient marqués par les rencontres avec des éleveurs en bio depuis plusieurs années: « on les voit sereins au niveau moral, au niveau travail et au niveau trésorerie.»

Enfin, les éleveurs témoignaient d’un intérêt important à se convertir à l’AB pour leur permettre de transmettre leur ferme et de maintenir des structures laitières familiales sur le territoire aveyronnais.

*Noms transformés

▷ DES ATTENTES SUR LA SUITE DE LA CONVERSION

Certains éleveurs ont fait part de leurs questionnements quant à certains résultats jugés peu satisfaisants. Cela concerne par exemple les modes de gestion à mettre en œuvre pour garantir la qualité et la quantité de lait en ration hivernale, ou encore la qualité des méteils. Tournés vers l’avenir, les éleveurs ont fait part d’attentes pour la suite : par exemple sur la possibilité d’embaucher, l’amélioration de la santé animale et de la gestion pâturage-fourrage, ou encore le lancement d’un autre projet sur la ferme comme la transformation fromagère.

POUR EN SAVOIR PLUS SUR D’OÙ VIENNENT CES RÉSULTATS, ET SUR LES VALORISATIONS À VENIR
Ces résultats s’appuient sur des données d’entretiens en tête à tête avec des éleveurs sur les motivations à passer en bio, sur l’évolution des pratiques et sur la satisfaction des éleveurs en fin de conversion. Ces données ont été collectées par Maëlys Bouttes dans le cadre de sa thèse à l’INRA de Toulouse (2015-2018, manuscrit téléchargeable sur internet). L’analyse a été d’une part qualitative sur les questions de motivations, et d’autre part statistique pour caractériser les évolutions de pratiques et de satisfaction pendant et à l’issue de la conversion. Des vidéos sur le travail de thèse avec des témoignages d’éleveurs seront réalisées d’ici février 2019 et seront en ligne sur le site internet PSDR Occitanie pour les curieux d’en savoir plus !

CASDAR OPTIALIBIO

Un outil d’évaluation de la robustesse des élevages de bovins biologiques face aux aléas climatiques

C’est dans un contexte de développement important de l’agriculture biologique et de changement climatique qu’est né le projet CasDar OptiAliBio. Ce projet a pour but de créer des références et des outils à destination des éleveurs et des conseillers afin d’accompagner des agriculteurs dans leur conversion et la reconstruction de leur système pour le rendre plus robuste face aux aléas climatiques.

L’autonomie alimentaire est une des principales composantes de la robustesse d’une exploitation. Elle se décline sous plusieurs formes : l’autonomie alimentaire massique de la ration totale qui représente la quantité totale de matières sèches produite sur l’exploitation qui est distribuée au troupeau; l’autonomie alimentaire massique en fourrages conservés qui est la quantité totale de fourrages produits sur l’exploitation et distribuée au troupeau; l’autonomie alimentaire massique en concentrés qui représente la part de concentrés produits sur l’exploitation dans l’alimentation du troupeau. En élevage laitier biologique, l’autonomie alimentaire de la ration totale atteint 89% et l’autonomie alimentaire en concentrés 42%. L’autonomie alimentaire d’une exploitation dépend de la configuration du système (assolement, chargement etc.), mais aussi de son adaptation aux aléas climatiques. Dans le cadre du projet OptiAliBio, un simulateur de la robustesse des élevages de bovins biologiques face aux aléas climatiques a été créé. Cet outil va permettre aux éleveurs de repenser leur système lors du passage en agriculture biologique ou en prévision d’un changement dans l’exploitation, et ce, en mettant en évidence les points forts et les points faibles du système d’exploitation. L’outil devra permettre aux éleveurs de simuler des planifications stratégiques à plus ou moins long terme mais aussi des adaptations à effectuer en cas d’aléas climatiques par exemple. Les éleveurs vont pouvoir simuler à moyen terme la robustesse de leur exploitation en faisant varier l’assolement, le cheptel, l’alimentation du troupeau ou l’année climatique. Ces simulations vont permettre à l’exploitant de réfléchir à des solutions pour sécuriser son système fourrager et il pourra tester ces adaptations pour faire apparaître les changements sur différents indicateurs dont le niveau d’autonomie alimentaire, le chargement, le coût alimentaire du troupeau, etc.

L’éleveur va donc pouvoir construire et tester des modifications du système face aux aléas climatiques. Cela permettra ainsi d’aboutir à la conception d’un système robuste qui peut s’adapter à différentes situations.

Le logiciel permet de faire un diagnostic rapide de son niveau d’autonomie alimentaire avant de poursuivre sur l’adaptation de son système aux aléas climatiques et aux changements structuraux. Le logiciel AMIABLE sera disponible début 2019 suite à son lancement officiel et à une journée de formation sur son utilisation.

LE PROJET OPTIALIBIO S’APPUIE SUR DES PARTENAIRES IMPLIQUÉS DANS LE DOMAINE DE L’ÉLEVAGE ET DE L’ENVIRONNEMENT :
▶ Partenaires techniques et scientifiques : Institut de l’Élevage, ABioDoc, ITAB, Ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou (49), INRA UR ASTER- Mirecourt, INRA UMR Herbivores (Theix – 35), INRA UMR AGIR (Toulouse), VetAgro Sup Clermont-Ferrand, Ferme expérimentale de Trévarez (29), GAB 22, Chambre d’agriculture de Bretagne, de Normandie, du Cantal et de l’Aveyron, Pôle Agriculture Biologique Massif Central, Lycées agricole Théodore Monod (Le Rheu – 35) et Edgard Pisani (Tulle-Naves – 19), BIOLAIT SA
▶ Partenaires techniques (hors financements CASDAR) Stonyfield France (Marque commerciale «Les 2 vaches» – filiale de Danone et porteur du projet Reine Mathilde) Fédération Régionale d’Agriculture biologique de Bretagne (FRAB)
▶ Partenaires associés au comité de pilotage du projet DGER, RMT Prairies demain

▷ À travers ces études, nous avons pu observer que le passage en bio représente une réelle opportunité pour les éleveurs en terme de bien-être au travail, de défi technique et d’avantages économiques.

Mais ceci ne doit pas rester un objectif en soi car la conversion implique une réflexion intense sur son système d’exploitation, notamment sur la production fourragère. En effet, face aux aléas climatiques de plus en plus présents dans la vie des éleveurs, le développement du système herbager se présente comme une solution à étudier sérieusement. Fort heureusement, les différents acteurs de l’accompagnement des éleveurs bio sont présents sur cette évolution et pourront vous présenter au 1er trimestre 2019 l’ensemble de ces résultats (et même plus car la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron apportera en plus les résultats d’une étude sur les coûts de production en élevage bovins lait bio) lors d’une rencontre qui sera organisée en Aveyron (prochainement, plus d’informations sur la rencontre).

Par Alexandre BANCAREL et Delphine CUBIZOLLE de APABA, Maëlys BOUTTES et Guillaume MARTIN de l’INRA UMR AGIR), Ika DARNHOFER de University of Natural Resources and Life Sciences à Vienne en Autriche, Magali SAN CRISTOBAL de l’INRA UMR DYNAFOR, Stéphane DOUMAYZEL et Sandrine VIGUIE de la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron, coordonné par Alexandra BANCAREL.

Crédit photo : Interbio Occitanie


Produire des plantes aromatiques et médicinales à destination des entreprises - Des opportunités pour se lancer ou se diversifier 5

Produire des plantes aromatiques et médicinales à destination des entreprises - Des opportunités pour se lancer ou se diversifier

Les PPAM ne constituent pas une grosse filière, avec moins de 1% de la SAU Française, pour 3500 exploitations. 15 % des surfaces sont en Bio contre 5% dans le reste de l’agriculture. La lavande, le lavandin et le pavot-œillette couvrent 70% des surfaces. Les 30% restants assurent 60% du chiffre d’affaires. Cela montre la forte hétérogénéité du chiffre d’affaires par production. Cette filière a un dynamisme particulier avec une augmentation des surfaces de 12% par an.

De nouveaux producteurs se lancent dans cette culture pour se diversifier et sécuriser leurs revenus. Un sondage FranceAgriMer montre que les trois-quart des exploitants ayant des surfaces en PPAM le font en diversification, avec du maraîchage, des grandes cultures ou de la viticulture. La DRAAF Occitanie constatait en 2017 une valeur ajoutée comparable entre la viticulture et les lavandes/lavandins. Le développement est facilité par le fait que la production ne nécessite pas de grandes surfaces pour démarrer et que le calendrier de travail varie d’une plante à l’autre.

Le territoire diversifié d’Occitanie permet la culture de multiples espèces (thym, romarin, lavande, lavandin, origan, sarriette, coriandre, fenugrec, sauge, et même la verveine) avec une demande en forte croissance pour approvisionner plusieurs marchés. Pour les productions « classiques», la demande est continue, avec de centaines d’hectares (thyms, romarins) voir des milliers (lavandes, lavandins) nécessaires rapidement. Pourtant les projets de plantations restent rares, alors que les débouchés sont assurés. Pour ces productions, les demandes sont généralement connues des Chambres d’Agricultures et groupements Bio départementaux peuvent vous aider à mieux les cerner.

C’EST QUOI LES PPAM ?

Les plantes à Parfums, pour la distillation, sont principalement les lavandes, le lavandin, la sauge sclarée et quelques dizaines de petites espèces cultivées dans le Sud Est, mais aussi en Occitanie, notamment dans le Lot où la filière redémarre. La forte demande
de lavandin bio est une opportunité importante pour répondre au besoin en aromathérapie et matières premières pour la parfumerie.

 

Les plantes Aromatiques n’occupent que 500 ha autour des herbes de Provence du basilic ou du persil. Les thyms, le romarin, l’origan et la sarriette. Elles sont cultivées dans Sud de la France et présents en Occitanie (150 ha), dans l’ancien Languedoc Roussillon, dans le cadre de programme avec des entreprises. Un triplement des surfaces serait nécessaire face aux marchés.

 

 

Les plantes Médicinales à propriétés thérapeutiques sont nombreuses. Du pavot, en production contrôlée, en passant par la verveine odorante et bientôt le cannabis! En Occitanie, elles sont cultivées, mais aussi cueillies, sur des petites exploitations. Plusieurs espèces sont règlementées et 148 plantes sont libres de vente. C’est une production qui progresse constamment en région via des installations en circuits courts. Plusieurs entreprises et la distribution spécialisée sont en demande pour étoffer leurs gammes notamment en tisanes.

RAISONNER SES CHOIX DE CULTURES SELON SES CAPACITES ET SELON LA DEMANDE

Avec une centaine de plantes possible, le choix ne manque pas. Il doit pourtant être mûrement réfléchi en fonction de critères simples et rationnels si l’on veut se professionnaliser et durer dans cette filière.

Quels produits sont demandés par les acheteurs ?

Les 2 principaux segments sont les cultures destinées à la distillation et aux plantes séchées. Facteur limitant : la disponibilité des plants en pépinière.

Espèces possibles : Lavandes, lavandins, thyms, sauge sclarée, origans et coriandre. Puis de nombreuses niches commerciales sur des petits volumes.

Qu’est-ce qui peut pousser sur mes parcelles et dans l’environnement ?

Facteurs limitants : Présence de vivaces en grandes quantités : rotations nettoyantes impératives avant plantation.

Espèces possibles : En priorité celles qui poussent spontanément dans son terroir.

Faut-il irriguer ?

De nombreuses PPAM n’ont pas besoin d’eau mais la reprise et les rendements sont meilleurs.
Espèces possibles : Seules les plantes de garrigues et les ombellifères sont envisageables sans eau.

Quelles sont les caractéristiques de sols de mes parcelles ?

▸ Terres sèches ou drainantes calcaires.
▸ Terres lourdes humides à fraiches.
▸ Terres lourdes sèches.
▸ Terres filtrantes
Espèces possibles Plantes de garrigues (thyms, lavandes, romarins…) ▸ Menthes ou mélisses ▸ Ombellifères (coriandre, fenouil) ▸ Toutes avec irrigation pour les plus fragiles (basilic, coriandre, camomille, calendula voire origan)

De quels équipements ai-je besoin?

À minima des outils tractés pour désherber. Espèces possibles Toutes, à condition d’avoir l’outil de transformation correspondante.

Derniers points à vérifier :

Réduire le stock d’adventices, surtout lorsqu’on plante sur friches : 1 à 2 années de culture “nettoyantes” et /ou d’engrais verts peuvent être nécessaires.
S’assurer que sa parcelle soit à l’abri de dérives de traitements chimiques car certaines PPAM peuvent concentrer ces molécules et les lots refuser.
Réserver ses plants et semences très tôt : prévoir 6 à 12 mois selon la variété ou le chémotype.

Les modes de transformation des PPAM sont majoritairement le séchage pour l’herboristerie et compléments ali- mentaires et la distillation pour les huiles essentielles & hydrolats pour l’aromathérapie et la cosmétique. Toutefois le boom de des soins naturels et des nouveaux modes de consommation alimentaires fait que des types d’extraction ou de présentation novateurs voient le jour à partir de plantes fraîches ou sèches. Pour une même plante le produit fini peut donc varier selon le marché et la transformation préalable.

La valorisation du producteur sera d’autant plus grande qu’il pourra aller loin dans la transformation pour fournir un produit conforme à la demande : taille de lot minimum, qualité constante et régularité de l’approvisionnement. La capacité d’investissement et à la technicité sont des points clés.

CHEMOTYPE KESACO ?

Un chémotype se distingue par une teneur en composé chimique dominant différenciant de l’espèce de base.

Les thyms notamment sont classés en chémotypes.
Thymol ou carvacrol : thyms forts piquants utilisés en aromates.
Thyms linalol, thyms doux, ou Thujanols très doux plus utilisés en aromathérapie.

Le choix du chémotype est incontournable en production pour l’huile essentielle surtout. C’est un critère de contractualisation et de prix de vente.

ITINERAIRE TECHNIQUE – THYM & LAVANDE BIO

01 – La plantation

Idéalement elle se fait après un engrais vert, une prairie, une céréale, voir des cultures légumières. La vigne, les fruitiers et les défriches ligneuses augmentent le risque de pourridié. Le niveau de préparation est comparable à une culture maraichère, les plants en mini-mottes étant mis en place à l’aide d’une planteuse. L’usage de paillage même biodégradable n’est pas conseillé car il laisse des résidus dans les récoltes.

Le choix de la variété et du chémotype est déterminant vis-à-vis de l’objectif commercial. Pour la lavande on achètera des plants sains certifiés indemne de dépérissement. Il vaut mieux différer une plantation que de planter un plant qui n’a pas les garanties attendues! Les densités varient de 18000 plants/ha (thyms, sarriette, origan) à 10000-12000 plants/ ha (romarins et lavandes) et le prix du plant de 0,1 à 0,3€ selon qu’il provienne de semis ou de bouture. Avec les frais la plantation revient entre 3 400 à 5 900€/ha.

 

02 – L’entretien

En l’absence de problèmes phytosanitaires majeurs, le travail principal est le désherbage mécanique des cultures. C’est un point crucial les PPAM étant d’autant moins compétitives vis-à-vis des mauvaises herbes qu’elles sont basses, le désherbage doit être très suivi. Le temps de désherbage peut passer de 20 h/ha à plus de 200 heures dégradant dans ce cas la marge brute si celui-ci n’est pas rigoureux.

Le premier passage a lieu quelques semaines après plantation avec une herse étrille en plein. Les suivants à rythmes réguliers avec des bineuses.
La bineuse de type “à doigts Kress” est un outil adapté à presque tous les types sols selon la dureté du plastique qui constitue les doigts. Elle est souvent couplée avec différents socs.
Les ailes de type “bathelier” fonctionnent comme une simple lame bineuse pouvant être aisément auto construite.

 

03 – La récolte

Pour les lavandes et lavandins, la récolte se fait de début juillet à mi-août. Plusieurs techniques sont disponibles, neuves, d’occasion ou en prestation.

« Technique traditionnelle » Avec une coupeuse à section (marques : Ponzo, Clier, Ray) ou à disque (Jeulin, Bonino), doublé d’un lieur ou d’un tapis et d’une caisse. Les hampes florales doivent être préfanées en gerbes pour le cas du lieur ou en bord de champs les tapis-caisses. Compter au moins 4000€ d’occasion. Ces deux techniques permettent d’obtenir une huile essentielle type «traditionnelle » de qualité supérieure pour la mise en marché en AB.
« Vert broyé » C’est une technique d’ensilage. Les hampes florales sont coupées puis broyées et envoyées dans un caisson qui servira à la distillation. (Compter au moins 10000 € d’occasion.) Cela offre un gain de temps de récolte mais peut poser des problèmes de qualité des huiles essentielles comme le noircissement de la récolte ou l’hydrolyse et consomme plus d’eau et d’énergie. Pour les plantes sèches ont utilise comme base une coupeuse auto-chargeuse à fourrage. Ce matériel existe d’occasion mais doit être modifié pour les PPAM.

04 – La transformation

Après récolte il s’agit de réaliser une première transformation en fonction des débouchés.

Séchage-battage pour le marché de l’herboristerie et des aromates, les plantes doivent êtres séchés puis battues. Le séchage doit avoir lieu maximum 2 heures après récolte. Un séchoir fixe ventilé ou à dessiccateur peut être utilisé (environ 20m2 minimum par ha à sécher, et 2000€ à 10 000€ / ha selon le niveau d’auto-construction). Les bennes à céréales ventilées (en location ou en achat) sont utilisables mais attention au nettoyage pour éviter les résidus de gluten, qui peuvent faire refuser du lot. Il faut ensuite séparer les feuilles des tiges par battage. Cette opération peut être réalisée par une moissonneuse batteuse en poste fixe (3000 € d’occasion). D’autres méthodes de séchage et des prestations de services se développent ponctuellement sur les territoires.

Distillation destinée au marché des huiles essentielles et hydrolats les plantes sont distillées. Il faut compter 40 000€ pour un alambic à poste fixe basse pression (alambics du centre, alambic sofac) et plus pour une unité de distillation mobile (UD9-Crouzier, Distillerie Bel Air). Le matériel d’occasion est rare et pas toujours de qualité. Un alambic mal conçu ou mal piloté fournira des huiles essentielles de mauvaise qualité et/ ou aura un mauvais rendement. Il faut choisir une énergie facile à doser (fioul, gaz ou bois déchiqueté), plutôt que le bois buche. Il est obligatoire d’utiliser l’eau du réseau pour distiller.

BON A SAVOIR

Une aide aux plantations !

Depuis 2012, à l’incitative de départements puis étendue à la région Occitanie cette aide permet de financer jusqu’à 40% HT du prix des plants (cultures pérennes), de la préparation du sol et de la plantation. Les conditions: commercialiser à des entreprises ou en commun via des circuits courts et être sous signe de qualité, bio inclue. L’Occitanie est la seule région française a ainsi soutenir la production des PPAM.
▶ https://www.laregion.fr/Dispositif-d-aide-a-la-plantation-de-Plantes-a-Parfum

TEMOIGNAGES – ACTEURS DE LA FILIERE PPAM

 

Pierre BOCCON-GIBOD

DISTILLERIE BEL AIR à St-Just-et-Vacquières (30)

“Les enjeux économiques de la distillation liée à plusieurs facteurs”

La gestion de trésorerie: Lorsque l’on se lance en PPAM il est tentant d’acquérir un alambic pour faire sa distillation. Pour le plaisir, pourquoi pas ? Cependant, pour la pérennité d’une exploitation, il vaut mieux envisager cet investissement après 6 ans minimum, lorsque les plantes sont en phase de croisière et que la technique est maitrisée et les débouchés sécurisés. Pendant cette période, le recours à la prestation de service est une solution efficace : vous ne payez que le temps de distillation. Par exemple, un vase de distillation de lavandin de 2,2m3 vous revient à 120€ HT et vous permet d’obtenir minimum 15 kg d’huiles essentielles, ensuite soit vous repartez avec vos huiles essentielles, soit, la distillerie les achète.

Le rendement de distillation: La distillerie Bel Air dispose d’une unité de distillation fixe double vase de 2 x 2 200 litres et d’une unité de distillation mobile de 2 x 900 litres en remorque sur véhicule léger pour les plantes fragiles ou les premières années de productions. Ces outils de grande qualité sont optimisés pour offrir la meilleure production d’huiles essentielles par quantité de plantes utilisées. Là-dessus vient se rajouter la maitrise du protocole de distillation pour chaque plante. Cela permet d’assurer des lots d’huiles essentielles de taille suffisante et de qualité homogène. Lors du choix d’un alambic il sera donc important de choisir un produit de qualité quelque-soit le volume des vases, sans quoi les rendements d’extraction risquent d’être décevants. Pour maitriser sa culture et son outil rien de tel que de suivre une formation.

Les contrats de production: En fonction de la qualité de la production et notamment du désherbage des cultures, de la maitrise de la date de récolte et de l’absence de contaminant il est peut-être envisagé de mettre en place un contrat de production d’une durée de 5 ans. À titre d’exemple, l’huile essentielle de lavandin grosso bio était achetée à 27€/kg en août 2018. Cela permet de se projeter.

Contact : contact@belair.bio – https://belair.bio/

 

Véronique MAS

Gérante SICA BIOTOPE DES MONTAGNES à Soudourgues (30)

Véronique, installée depuis 5 ans, cultive 10 espèces différentes (Verveine, menthe poivrée, mélisse, etc.) sur 2000 m2 de terrasses et cueille 7 espèces (thym, romarin, ortie, cynorhodon, etc.).

Je livre l’ensemble de ma production à la SICA Biotope, constituée il y a plus de 30 ans et qui regroupe 12 producteurs et cueilleurs installés en zone de montagne. Chacun produit selon une planification établie en fonction des ventes de l’année précédente. La coopérative écoule environ 1 tonne de plantes sèches par an, vendues sans intermédiaires aux magasins Bio spécialisés (Biocoop 30%, la Vie claire, So Bio, etc.), ce qui permet de garantir une bonne valorisation des produits.

Nos fermes et nos terres de cueillette sont certifiées AB et SIMPLES (http://www.syndicat-simples.org/fr/). Notre objectif est d’obtenir des plantes, non pas sélectionnées sur leur rendement ou la facilité de récolte mais sur leur vitalité. Cette démarche nous permet de proposer des produits différenciés et de qualité à des niveaux de prix qui garantissent un revenu viable aux producteurs. Par exemple le prix d’apport du thym est de 37€/kg en 2018, ce qui peut paraître élevé mais directement lié à la qualité du produit et à la ressource naturelle dans le cas des cueillettes sauvages. Pour ma part je dégage environ un SMIC sur l’équivalent d’un mi-temps de travail. Nous recherchons régulièrement des plantes de qualité car la demande est plus importante que l’offre. Les nouveaux producteurs que nous accueillons fréquemment ont souvent une image négative du demi-gros, tant sur le plan économique que sur la valorisation de leur production. Ils souhaitent faire de la vente directe en circuit court ; mais cette démarche a ses limites et les producteurs se retrouvent vite en concurrence sur le marché local saturé. La transmission des savoir-faire et les bons outils sont indispensables pour optimiser la rentabilité économique de nos petites entreprises agricoles. Une structure collective, comme la SICA Biotope, qui offre un ensemble d’outils et de services aux producteurs, c’est un plus pour démarrer !

Contact : http://www.biotopedesmontagnes.fr/

 

Bernard KIMMEL

Président SOCIETE ARCADIE à Méjannes Les Alès (30)

Depuis 30 ans, la société Arcadie propose une gamme de plantes exclusivement issues de l’agriculture biologique, sous les marques Cook et Herbier de France.
75 % des tisanes, épices et aromates produites sont vendues directement à des les magasins bio comme Biocoop, Satoriz, et l’Eau vive. 25 % des produits sont vendus en vrac à des transformateurs et artisans. Depuis 2006, Arcadie cherche à relocaliser un maximum les plantes pouvant être produites en France (thym, origan, romarin, sarriette, marjolaine, basilic…). Face aux difficultés rencontrées avec les produits d’importation souvent contaminés avec des pesticides, Arcadie s’est investie pour relancer et dynamiser la production de plantes aromatiques bio en Languedoc Roussillon puis en région Occitanie. Aujourd’hui, cette filière a gagné sa reconnaissance en tant que secteur de production à part entière assorti d’aides spécifiques.

Pour atteindre ses objectifs, l’entreprise s’est engagée à porter le programme «Herbo Bio Méditerranée », avec l’aide financière de l’Agence bio, visant à développer les filières de plantes aromatiques et médicinales en régions PACA et Occitanie en collaboration avec les organismes agricoles (Chambre d’Agriculture Occitanie, CIVAM Bio Gard, Agribio 04 …). Ce programme permet notamment la réalisation de journées techniques chez les producteurs avec l’intervention de conseillers spécialisés. L’objectif à terme est d’atteindre l’intégralité de approvisionnement en plantes de garrigues provenant de France.

En 2011, l’association de producteurs BGM (Bio Garrigues Méditerranée), est fondée pour accompagner la structuration de cette filière. Cette association regroupe des producteurs des régions Occitanie et PACA qui cultivent des plantes de garrigues en agriculture biologique. Arcadie a signé avec elle un contrat de partenariat équitable (Biopartenaire®) pour son approvisionnement en plantes de garrigues, avec notamment des prix garantis et un engagement d’achat pluriannuel. Au niveau de chaque producteur, un contrat à la parcelle est ensuite signé pour 5 ans qui engage Arcadie à prendre l’intégralité de la récolte de cette parcelle.

Contact : http://www.arcadie.fr/

 

Lise CARBONNE

Présidente DISTILLERIE COOPERATIVE à Murviel-Lès-Béziers (34)

La coopérative produit historiquement de l’alcool vinique. Nous avons lancé le secteur PPAM en 2009 en parallèle pour
pallier à la réduction de ces activités. Nos terres sont pauvres et pas irrigables. Il y a aussi des problèmes de pollution des captages d’eau. Le choix de développer une activité de PPAM en Bio, pour la production d’huiles essentielles, s’est donc imposé. De 2010 à 2014 nous avons réalisé plusieurs investissements (alambic et planteuse), puis une CUMA s’est constituée (herse étrille et récolteuse) afin d’apporter des services aux adhérents. La première distillation remonte à 2013.

Aujourd’hui, 7 coopérateurs produisent, différentes chémotypes des thyms, sur 20 ha. Le thym est une culture compatible avec le calendrier de travail de la vigne. Le décalage entre la période de récolte des thyms et les traitements des vignes est aussi un atout car, malheureusement, il pourrait y avoir des dérives de traitements chimiques qui contamineraient nos cultures. De plus, notre production étant encore faible, et le marché des huiles essentielles étroit pour ces volumes, les thyms, trouvent plus facilement preneurs. Nous travaillons avec de entreprises régionales dont la société SIRIUS Bio (Tarn) et un peu avec la Suisse. Notre projet est de dépasser les 50 ha de cultures de thyms autours de Murviels. Nous allons aussi développer du lavandin mais sur d’autres territoires, les problèmes de maladie du bois noir, présent dans notre vignoble, présentant un risque avec ces cultures. Les nouveaux producteurs doivent savoir qu’une diversification en PPAM n’augmentera pas forcément leurs revenus. Elle permet d’être plus stable en cas de coup dur sur le reste. Enfin il faut qu’ils aient une expérience en gestion mécanique du désherbage. La coopérative propose également de la distillation à façon mais sur des volumes significatifs, notre alambic de 5000 litres, ayant un coût de fonctionnement trop élevé pour des faibles quantités de plantes.

Notre région est adaptée à cette production. Il nous manque encore du savoir-faire mais les PPAM constituent une importante filière de diversification à terme. La consommation des huiles essentielles a le vent en poupe et d’autres usages s’ouvrent comme le bio-contrôle.

Contact : distillerie.murviel@orange.fr

 

Vincent CHAMPENOIS

Président BIO GUARRIGUES MEDITERANEE  à Nîmes (30)

Vincent Champenois s’est installé en DJA en PPAM en 2012. Il exploite 9 ha de PPAM en zone de plaine (SAU 13 ha) et ne commercialise qu’à des intermédiaires. Sa production est diversifiée, autour de 6 espèces principales axées sur les plantes sèches. Ses principaux clients sont ARCADIE (40% CA) et l’Herbier du Diois (40% CA) plus 3 autres entreprises.

Bio Garrigues Méditerranée (BGM) compte 15 adhérents principalement sur le Gard mais aussi l’Hérault, le Tarn et la région PACA. Nous produisons sur 60 ha des plantes qui sont à 90% destinées à l’herboristerie avec les thyms comme production phare. L’association sert d’intermédiaire entre producteurs et la société ARCADIE, partenaire privilégié mais pas exclusif, pour la mise en place des cultures et pour les négociations autours du contrat Bio Partenaire. BGM a également un rôle majeur de partage d’expériences, de mise ne commun et d’entraide entre les adhérents. Les producteurs les plus anciens ont un rôle de « parrain ». Nous organisons aussi des rencontres bords de champs chez chacun d’entre nous avec un appui extérieur en renfort technique afin de progresser ensemble. Il est important de partager nos réussites et nos échecs car en PPAM il existe encore peu de références accessibles. On apprend tout le temps, même quand comme moi on vient d’une famille de
producteurs de PPAM, car le climat est changeant d’un secteur à l’autre.

Sur les coûts de production nous avons beaucoup à mettre en commun car il est difficile de mesurer tous les coûts périphériques, comme le temps de maintenance des matériels nécessaires à notre activité (récolteuse, séchoir, nettoyeur etc.). Les aléas climatiques induisent
aussi des variations de rendements. En moyenne 1 ha donnera 300 kg de feuilles sèches pour un thym linalol et 600 kg pour un thym type thymol avec un prix très différent de l’un à l’autre. Nous avons donc besoin de cette connaissance pour ajuster nos prix de vente. L’association BGM va continuer à être un lieu d’échanges, de proximité, et de progrès social mais n’a pas vocation à devenir un groupement économique en soi.

Contact : biogarmed@gmail.com

Par Pierre BOCCON-GIBOD  de CIVAM BIO GARD et Gérard DELEUSE de la PPAM REGIONAL

Crédit photo : Interbio Occitanie


L'utilisation du cuivre en viticulture biologique - Résultats de l'enquête 2018 menée en Occitanie 6

L'utilisation du cuivre en viticulture biologique - Résultats de l'enquête 2018 menée en Occitanie

En viticulture biologique, le cuivre est aujourd’hui la seule substance homologuée dans la lutte contre le mildiou. Son utilisation est limitée à 6kg/ha/an avec un lissage possible sur 5 ans. La période d’approbation du cuivre arrive à son terme fin 2018 et les conditions de sa ré-homologation ne sont pas encore validées.

C’est pourquoi, les Chambres d’agriculture d’Occitanie et SudVinBio ont lancé une en- quête en ligne sur l’utilisation du cuivre en viticulture biologique sur les millésimes 2017 et 2018 dont voici les principaux résultats.

Une enquête représentative des viticulteurs bio d’Occitanie

L’ensemble de la région Occitanie a été mobilisée pour répondre à cette enquête, ainsi 139 viticulteurs se sont exprimés sur la problématique du cuivre en viticulture biologique. Ces derniers proviennent de différents départements viticoles avec en tête l’Hérault (36%), l’Aude (20%) et le Gard (20%). Non loin derrière, se trouvent le Tarn (10%), les Pyrénées Orientales (9%), le Tarn-et-Garonne (3%) et l’Aveyron (2%). La Surface Agricole Utile (SAU) des exploitations ayant répondu à l’enquête varie de 1 à 170 hectares (ha) et la SAU moyenne est de 25 ha. En effet, 11% des exploitations ont une SAU inférieure à 5 ha, 65% ont une SAU comprise entre 5 et 30 ha et enfin 24% ont une SAU supérieure à 30ha.

L’année de conversion des exploitations varie également. En effet, alors que 20% des exploitations sont encore en phase de conversion vers l’agriculture biologique, 51% se sont engagées durant le pic de conversion entre les années 2008 et 2012 et 21% sont certifiées AB depuis plus de 10 ans.

▷ Une quantité de cuivre métal utilisée en 2018 nettement supérieure à 2017

En 2018, parmi les exploitations ayant répondu à l’enquête, 50% déclarent avoir utilisé plus de 4 kg/ha de cuivre métal et 16% ont dépassé les 6kg/ha. En comparaison en 2017, 12% de ces mêmes exploitations avaient utilisé une quantité de cuivre supérieure à 4 kg/ha et seulement 2% avait dépassé les 6kg/ha.

Fig. 1 : Quantité moyenne de cuivre métal utilisé durant le millésime 2018.

▷ Une très forte pression mildiou qui a rendu difficile le millésime 2018

Les pertes de récoltes liées au mildiou ont particulièrement marqué le millésime 2018. En effet, 17% des exploitations estiment une perte moyenne de récolte supérieure à 50%. À contrario 44% déclarent cette perte comme inférieure à 20%. Concernant la perte de récolte moyenne liée au mildiou en 2018 en Occitanie, elle est estimée à 25%.

Pour comparaison, en 2017, seulement 2% des exploitations ont subi une perte de récolte supérieure à 50% et 96% des exploitations déclarent une perte inférieure à 20%. Quant à la perte de récolte moyenne liée au mildiou en Occitanie, elle était inférieure à 4%.

Fig. 2 : Pertes de récolte moyennes (PMR) pour les millésimes 2017 et 2018. Part des exploitations en fonction des PMR 2017 et 2018.

▷ Un positionnement tranché des viticulteurs sur la ré-homologation du cuivre

À la question «Est-ce qu’une conduite des vignes sans cuivre vous semble réalisable?», 94% des viticulteurs répondent que cette solution n’est pas envisageable et compatible avec la conduite de la vigne en AB. De même, 55% des viticulteurs estiment qu’une conduite avec une dose maximale fixée à 4kg/ha/an sans lissage n’est pas envisageable. Ainsi, avec une diminution de la dose cuivre métal annuelle autorisée à 4kg/ha fixe, plus de 50% des viticulteurs se sentiraient contraints d’arrêter l’agriculture biologique.

Fig. 3 : Part des agriculteurs interrogés qui considèrent envisageable la conduite sans cuivre (fig. de gauche) et avec une dose maximale de 4kg/ha/an non lissable (fig. de droite).

▷ Une nette préférence des viticulteurs bio pour le maintien du lissage

Alors que seulement 17% des viticulteurs optent pour le maintien à 6kg/ha/an sans lissage, 45% des viticulteurs considèrent comme envisageable un passage à 4kg/ha/an avec maintien de la possibilité de lissage. Ce dernier point semble donc primordial pour une majorité de viticulteurs.

Fig. 4 : Solutions dites «envisageables» par les viticulteurs.

▷ Qu’espérer de l’avenir ?

Alors que la filière viticole bio française rencontre des difficultés pour répondre à la demande en vin bio toujours croissante et qu’il n’existe aucune alternative au cuivre dans la lutte contre le mildiou, nous espérons du nouveau Ministre de l’Agriculture une oreille attentive sur cet enjeu très important pour l’avenir de la filière viticole bio française…


Comment améliorer la gestion des risques en verger BIO 7

Comment améliorer la gestion des risques en verger BIO

Le maintien d’un équilibre dans un verger bio, entre la pression exercée par les nuisibles et les maladies, et la qualité des produits, est l’équation à laquelle les arboriculteurs sont confrontés. Des recherches sont menées pour aider les arboriculteurs à anticiper et mettre en place des techniques limitant les risques, pour maintenir un agrosystème performant. Deux thèmes à forts enjeux sont particulièrement étudiés et à ne pas sous-estimer dans la réflexion d’une reconversion ou d’une installation en arboriculture fruitière : la gestion du rang de plantation et la réduction et/ou la recherche d’alternatives au cuivre, dans un contexte d’évolution réglementaire de son usage.

Quelles alternatives  au cuivre ?

Le cuivre est la matière active symbolique de l’agriculture biologique depuis ses débuts. Ses propriétés sont connues depuis plus de 100 ans. La bouillie bordelaise, à base de sulfate de cuivre et de chaux, est toujours utilisée contre le Mildiou de la vigne et d’autres maladies. L’évolution réglementaire européenne remet pourtant en cause, à plus ou moins court terme, son utilisation. Le cahier des charges de l’AB offre de nombreuses alternatives. Mais peuvent-elles réellement le remplacer ?

Depuis le 1er janvier 2006, le cahier des charges en Agriculture Biologique autorise une quantité totale de cuivre métal maximale de 6 kg par hectare et par an, moyenne lissée sur 5 ans. Quelle que soit la formulation, la matière active est l’ion cuivreux Cu++ libéré dans l’eau. Le mode d’action est multi-sites: inhibition de la germination des spores, blocage des processus respiratoires, diminution de l’activité membranaire. Le cuivre possède une activité fongicide et, tout aussi indispensable, une activité antimicrobienne inégalée sur un grand nombre de bactéries. C’est un préventif pur, les traitements sont à réaliser avant contamination, que ce soit pour les maladies cryptogamiques ou bactériennes. Il n’a aucune action curative une fois que la maladie a pénétré dans la plante. C’est un contact : renouvellement en fonction du lessivage et de la croissance de la plante. Le cuivre étant un minéral, tant qu’il n’est pas lessivé, il n’est pas détruit par la lumière, ni volatilisé par des températures élevées.

ll y a 4 formes chimiques de cuivre utilisables dans le cahier des charges européen AB : Sulfate de cuivre (Bouillie Bordelaise) et sulfate de cuivre tribasique, Hydroxyde de cuivre, Oxychlorure de cuivre et Oxyde de cuivre.

La Bouillie Bordelaise est la plus ancienne. C’est la plus connue des quatre. Elle contient de la chaux éteinte qui est un inconvénient pour les feuilles des arbres fruitiers, mais pas sur la vigne. C’est la forme qui va libérer le plus lentement les ions cuivreux.

 

L’Oxychlorure de cuivre est utilisé pour les traitements d’hiver. Cette forme de cuivre est adaptée pour limiter les chancres. Il est efficace en prévention hivernale mais peut brûler les feuillages si on l’utilise en été, même s’il est moins phytotoxique que la bouillie bordelaise sur arbres fruitiers.

 

L’Hydroxyde de cuivre est la forme de cuivre la mieux supportée par les feuillages, c’est aussi une forme à libération rapide de cuivre métal. L’hydroxyde est supporté par les jeunes feuilles des Abricotiers et Pêchers jusqu’à courant avril, on peut même aller jusqu’à fin avril en appliquant un demi-dosage (s’il ne fait pas trop chaud). Alors que la Bouille Bordelaise, à pleine dose, avec lait de chaux brûlerait ces espèces sensibles. L’hydroxyde a même la propriété de se re-diluer un peu à chaque pluie ce qui prolonge son efficacité. Du fait de l’absence de chaux, l’hydroxyde ne laisse pas de trace en séchant (noter que la couleur laissée par la Bouillie Bordelaise sur les fruits, légumes et fleurs est essentiellement dûe au colorant bleu ajouté par le fabricant à la chaux éteinte et non pas au cuivre lui-même. Il existe des formes incolores).

L’oxyde cuivreux est gris. Il a à peu près les mêmes propriétés que l’hydroxyde, mais les risques de phytotoxicité en saison en arboriculture sont importants.

POINT SUR – L’évolution réglementaire du cuivre

Les produits à base de cuivre ont connu de très grands progrès. Grâce à de meilleures formulations et tout en conservant la même efficacité, ces produits sont homologués à des doses de plus en plus réduites (voir tableau 1). Pourtant, dans le cadre de la réévaluation des matières actives, ils pourraient pourtant disparaitre, ce qui aurait de très graves conséquences pour les plantes pérennes en agriculture biologique. Il y a plusieurs raisons à cela. Le cuivre est un métal lourd qui s’accumule dans le sol. Il n’est pas biodégradable. Or toutes les substances actives qui seront réhomologuées en Europe doivent être 100 % biodégradables. En s’accumulant, le cuivre peut devenir toxique pour la micro et la macrofaune et flore du sol (vers de terre, champignons et bactéries). Il est toxique en milieu aquatique et il est classé substance indésirable à la consommation humaine et dans les eaux souterraines. De plus, il existe un risque utilisateur lié aux pénétrations cutanées lors de l’utilisation de cuivre très dilué (cas de la majorité des applications en bio). Enfin une étude est en cours sur la toxicité vis à vis des oiseaux.

Pour toutes ces raisons, le cuivre a été classé par l’EFSA dans la liste des substances actives soumises à substitution. Ce qui signifie que, dès que des solutions couvriront les usages actuels, il sera supprimé de la liste positive des matières actives utilisables en Europe.

En cours depuis 2015, le processus de réévaluation a été confié aux experts de deux agences sanitaires européennes, l’Anses pour la France et l’UBA en Allemagne. Il a finalement donné lieu à une synthèse, publiée le 16 janvier 2018. L’approbation des composés à base de cuivre ayant expiré le 31 janvier 2018, la Commission a prolongé son usage d’un an, en raison du retard pris par l’expertise européenne. Une proposition a été remise aux Etats- membres en juin 2018. Le vote pour le renouvellement du cuivre, initialement prévu le 23 et 24 octobre 2018, a été reporté à une date ultérieure. La proposition de la commission européenne d’avoir une limite de 28 kg/ha sur 7 ans, avec lissage (possibilité de dépasser le seuil de 4 kg/ha/an) a été jugée trop laxiste par plusieurs états membres qui forment une minorité de blocage. La commission est amenée à revoir sa copie pour un vote en décembre. Elle pourrait proposer de ré-homologuer le cuivre pour une durée maximale de 5 ans à la dose de 4 kg/ha/an non lissé, comme c’était prévu initialement en juin.

Les alternatives d’origine végétale ou animale

Cette limitation à 4 kg/ha/an est déjà celle qui est en cours en France pour la ré-homologation des produits commerciaux à base de cuivre. Face à cette évolution, réglementaire, quelles sont les solutions offertes par le cahier des charges ? Toutes les substances utilisables en agriculture biologique pour la protection des plantes sont listées dans l’annexe II du règlement européen (CE) n°889/2008.

Ce règlement comprend trois listes: substances d’origine animale ou végétale, micro-organismes ou substances produites par des micro organismes et substances autres que celles mentionnées au point 1 et 2 où on retrouve une majorité de substances d’origine minérale. Toutes ces substances n’ont pas une activité fongicide ou bactéricide. Dans la première liste trois catégories de matières actives sont des candidats à la substitution du cuivre. Il s’agit des substances de base, de la Laminarine et des huiles végétales. Intéressons-nous à la première catégorie, les substances de base. Grâce à une nouvelle procédure d’approbation européenne, certains produits non-phytopharmaceutiques peuvent être utilisés à des fins phytosanitaires. Ces « substances de base » figurent sur une liste positive reprenant leurs dosages et leurs applications spécifiques. L’ITAB est très actif dans ce processus et a déjà réussi à faire inscrire 15 substances de base au niveau européen. La plupart sont utilisables en AB ou en cours de demande d’inscription à l’annexe II du règlement (CE) n°889/2008 Les usages accordés couvrant ceux du cuivre, ces inscriptions pourraient conduire la commission européenne à considérer qu’il existe des solutions de substitution et à retirer définitivement son homologation au cuivre.

L’ITAB a conduit de nombreux projets CASDAR ou européens sur l’évaluation de ces substances. Les conclusions des différents essais qui ont été réalisés sur les substances de base d’origine végétale en arboriculture ou viticulture sont toutes concordantes. Pour chacun des végétaux étudiés on trouve in vitro des efficacités prouvées sur les différents pathogènes étudiés et qui sont reprises dans le tableau 2 ci dessous. Par contre, au champ, on ne retrouve pas forcément cette efficacité. En cas de pression, forte ou faible, il n’y a pas de différence significative entre les modalités traitées uniquement avec une substance de base et le témoin. Cela a conduit à expérimenter ces substances associées à des doses réduites de cuivre. Dans ce cas on trouve des efficacités de la dose réduite améliorées entre 0% et 20% grâce à l’ajout d’une des substances de base actuellement autorisées. De nouvelles substances de base d’origine végétales, riches en tanins, sont en cours de demande d’inscription. Ces décoctions d’écorces ou de pépins de raisins montrent un niveau d’efficacité, sur différentes maladies, supérieur à celles actuellement autorisées. […]

Tab.2 : Les substances de base d’origine végétales utilisables en arboriculture et en viticulture. Source : Fiches substances de base ITAB.

D’autres substances de base d’origine animale revendiquent aussi des usages fongicide et/ ou bactéricide. Il s’agit du chlorhydrate de chitosan et du petit lait.

Le petit lait est utilisé depuis très longtemps avec succès par les viticulteurs en biodynamie pour lutte contre l’oïdium. Des essais récents au Canada et en France montrent aussi l’intérêt du petit lait associé à des doses très réduites de cuivre pour lutter contre la tavelure.

La laminarine est un éliciteur, comme le chitosan, avec des effets de stimulation des défenses de la plante sur certaines maladies cryptogamiques et bactériennes.
Ces deux substances présentent une efficacité intermédiaire entre le témoin et la modalité cuivre sur des pressions faibles des maladies dans les témoins. Quand la pression est forte on ne retrouve pas de différence significative par rapport aux témoins non traités.

Les huiles végétales, et en particulier les huiles essentielles, sont des biocides beaucoup plus efficaces que les autres substances d’origine végétale ou animale. In vitro certaines huiles essentielles ont même des efficacités supérieures au cuivre à dose réduite (voir fig. 2).

Fig. 2 : Concentrations Inhibitrices à 50% (CI50 ) pour les 7 HE, le CuSO4 , le Soufre et le metconazole, comparativement sur les 2 souches de tavelure (sensible ou résistante aux IBS). Source : Projet Casdar ITAB.

Malheureusement ces efficacités ne se retrouvent pas, là non plus, dans les essais plein champ. À cela plusieurs raisons. Pour une même plante il existe plusieurs chemotypes différents, et donc plusieurs compositions possibles en terpènes. Or l’efficacité, sur une maladie donnée, dépend du terpène spécifique caractéristique de l’espèce végétale dont il est extrait. Ensuite ces terpènes sont extrêmement volatils. Cela nécessite un positionnement agronomique qui n’est pas compatible avec les protocoles des essais BPE utilisés pour l’expérimentation en plein champ des produits de protection des plantes. Il faut aussi mettre en émulsion ces huiles essentielles, et le choix des adjuvants est fondamental pour garantir une bonne pulvérisation. Enfin si l’efficacité sur les maladies n’a pu être retrouvée, des effets non intentionnels sur la faune auxiliaire ont été observés. Certains terpènes sont très toxiques sur hyménoptère. C’est en partie pour cette raison que l’inscription, comme substance de base, des huiles essentielles d’Origan et de Sarriette, qui possèdent une bonne efficacité tavelure in vitro, a été refusée par les experts de la commission européenne.

Pour toutes ces substances d’origine animale ou végétale, on ne peut pas parler de substitution.

Aucune ne présente le même niveau d’efficacité en plein champ que le cuivre, même lorsque celui-ci est employé à faible dose. Par contre, elles ont toutes un intérêt pour améliorer l’efficacité de ces doses réduites en cuivre.

Les alternatives issues des micro-organismes

Dans cette catégorie, on va retrouver une liste de champignons ou de bactéries du sol qui, naturellement, régulent les maladies cryptogamiques ou bactériennes dans le sol. En pulvérisation, ces micro-organismes apportent un niveau d’efficacité intéressant sur des pressions faibles. Ce niveau est par contre insuffisant dès que la pression est forte. Ils agissent par plusieurs procédés: compétition spatiale, alimentaire, effet SDP, biocide. Ils ont un spectre d’action sur maladies cryptogamiques et bactériennes proche de celui du cuivre, sans en avoir la même efficacité.

Étant des organismes vivants, ils ne sont pas compatibles avec l’utilisation du cuivre et ne permettent donc pas de baisser les doses de cuivre. Ils ont tout leur intérêt avant récolte, quand les délais d’utilisation ne permettent plus d’utiliser le cuivre.

En cas de disparition du cuivre c’est la famille la plus intéressante sur maladies bactériennes actuellement.

Tab. 3 : Les micro-organismes utilisables en fruits à pépins en agriculture biologique. Source : Projet Casdar ITAB.

Autres substances du cahier des charges

Dans cette catégorie, on retrouve des matières actives qui ne sont ni d’origine animale ou végétale, ni issue de micro-organismes. Souvent il s’agit de substances d’origine minérale, utilisées sous leur forme naturelle ou après une réaction chimique simple. On retrouve ici le cuivre qui est traditionnellement utilisé en agriculture biologique. Dans les années 1920, les viticulteurs et arboriculteurs réalisaient eux-mêmes leur bouillie bordelaise à l’exploitation, en achetant les matières premières chez le droguiste. Depuis l’adoption du cahier des charges européen en 1991, cette liste s’est étoffée. En particulier on va y retrouver des substances de base d’origine minérale qui sont utilisables en AB ou en cours d’inscription à l’annexe II.

S’agissant de matière d’origine minérale, elles sont beaucoup moins photodégradables que les matières actives d’origine animale ou végétale. Leur efficacité est souvent bonne si elles sont bien positionnées. Là aussi leur mode d’action est complémentaire de l’action du cuivre sur des maladies spécifiques, sans en avoir la polyvalence. Par exemple le bicarbonate de sodium possède une activité comparable au bicarbonate de potassium, autre substance utilisable en AB sur tavelure. Par contre la présence de sodium entraîne des phytotoxicités sur le feuillage lorsque celui-ci s’accumule.

On retrouve aussi dans cette liste le soufre, autre matière active symbolique de la bio. En raison des effets négatifs du cuivre (blocage du développement du végétal, nécrose sur jeunes pousses non aoutées, russeting en fruits à pépins) il a été testé de remplacer tous les traitements cuivre par du soufre en arboriculture. La sanction est en général rapide. On assiste à une prolifération des maladies bactériennes en arboriculture. Bien sûr en viticulture le soufre ne peut remplacer le cuivre sur mildiou.

Enfin, véritable couteau suisse de l’agriculture biologique, le polysulfure de calcium – ou bouillie nantaise – combine les avantages du soufre et des substances actives à base de bicarbonate. Après dix ans d’attente, son AMM en arboriculture fruitière est imminente. Par contre, comme le soufre ou les bicarbonates, il est inefficace sur les bactéries et ne peut donc remplacer le cuivre.

Tab. 4 : Les substances de base d’origine minérales utilisables en arboriculture et en viticulture. Source : Fiches substances de base ITAB.

Les solutions alternatives sont donc nombreuses

L’agriculture biologique repose sur une approche globale. Il est possible de favoriser la création de vignoble ou de verger où elles trouveront leur place en combinant choix de matériel résistant ou tolérant, choix de nouveaux systèmes de conduite, respect de la biodiversité et de la vie du sol. Le renouvellement complet du verger prend au minimum 20 ans, en viticulture ce délai est encore plus long. Les systèmes actuels ont été conçus avec l’utilisation du cuivre. Sa suppression entrainerait de nombreuses déconversions. Les solutions alternatives actuelles, en les combinant avec le cuivre, permettent de baisser les doses de ce dernier, mais pas de le substituer.

ENTRETIEN DU RANG DE PLANTATION EN JEUNE VERGER – UN CHOIX DELICAT

En jeune verger l’entretien mécanique du rang semble s’imposer, mais d’autres techniques sont envisageables. Le but final étant que la méthode mise en œuvre ne pénalise pas la croissance du verger et satisfasse les attentes du producteur.

En 2012, un verger Bio a été implanté au Cefel avec deux variétés résistantes à la tavelure (Opal et Dalinette) pour tenter de répondre à différentes problématiques inhérentes au verger Bio, dont l’entretien du rang. Différentes méthodes de gestion de l’enherbement sous le rang de plantation ont été comparées dès la plantation du verger afin de déterminer les points forts et les points faibles de chacune d’entre elles.

▸L’enherbement total risque campagnols

Pour l’enherbement total, notre choix s’est porté sur du trèfle blanc nain afin de couvrir rapidement le sol sans laisser la place aux adventices. Le point positif de cette méthode est le faible entretien qu’elle demande (un fauchage par an). Il faut cependant, si le semis se fait par temps sec, être en capacité d’irriguer pour s’assurer de la bonne levée du couvert végétal. Il y a toutefois des contraintes, comme la concurrence en eau ou encore la pérennité du trèfle. Il faut également souligner l’appétence du trèfle lorsqu’on a une problématique campagnol à gérer, qui rend cette méthode risquée notamment en jeune verger.

▸La bâche agro-textile efficace mais onéreuse et pas facile à entretenir

La bâche testée au Cefel, qui couvre 40cm de part et d’autre du rang de plantation, permet à l’eau et aux engrais de pénètre dans le sol. Son comportement a été jugé satisfaisant l’année de plantation puisqu’aucun entretien n’est nécessaire une fois le dispositif mis en place. Deux points sont à prendre en compte malgré tout, le risque campagnol pas toujours visible et aussi la gestion difficile de la limite entre la bâche et l’inter-rang.

▸La méthode sandwich efficacité et travail du sol facilité

La méthode sandwich expérimentée au Cefel se compose de trèfle blanc nain sur 20cm sous le rang et 30 à 40cm de sol travaillé de part et d’autre de la bande de trèfle. Plusieurs points positifs peuvent être attribués à cette technique, comme le risque faible à nul de casser des arbres, le travail du sol grandement facilité, et le fait de perturber les campagnols si la pression reste faible à modérée. Il faut cependant penser à la gestion de la bande enherbée sous le rang, notamment lorsque le trèfle aura disparu aux profits d’une flore parfois difficile à gérer, comme du liseron ou du lierre qui peuvent avoir tendance à coloniser la canopée.

▸Le travail du sol un bon résultat mais qui nécessite de nombreux passages en jeune verger

Dans cette expérimentation, l’entretien mécanique du rang de plantation est composé de trois actions: disque à l’automne (porte-outils Arbocep) pour ramener de la terre sur le rang et ameublir le sol, fraise rotative en sortie d’hiver (porte-outils Arbocep) puis brosse (Naturagriff) en saison. Au total, en jeune verger le nombre de passages par an varie entre 5 et 10 pour limiter au maximum la présence d’adventices.

Il faut ajouter à ce nombre important de passage des vitesses d’avancement faibles (2 à 3km/h), ce qui explique en grande partie la faible utilisation de ce genre de pratique en dehors de l’agriculture biologique.

Par contre, l’avantage de l’entretien mécanique est la limitation de la concurrence en eau et en éléments minéraux, ainsi qu’une gestion régulière des adventices durant toute la vie du verger, ou encore la perturbation des campagnols.

Il ne ressort pas forcément de bonne ou mauvaise technique.

Chaque méthode de gestion du rang de plantation a des points positifs et négatifs, et le choix est déterminé par de multiples facteurs, comme la présence de campagnols, l’accès à l’eau, la main d’œuvre disponible… Le but final étant que la méthode mise en œuvre ne pénalise pas la croissance du verger et satisfasse les attentes du producteur.

BICARBONATE DE POTASSIUM OU INFRADOSE DE CUIVRE POUR GÉRER AU MIEUX LES MALADIES D’ÉTÉ

Le bicarbonate de potassium approche les 100% d’efficacité. Dans les vergers conventionnels, les traitements pour lutter contre la tavelure et les maladies de conservation permettent, dans la plupart des cas, de réguler la suie et les crottes de mouche. Le problème se pose plus régulièrement en agriculture biologique et notamment sur les variétés résistantes à la tavelure sur lesquelles l’utilisation de fongicides est moins fréquente.

Retour sur les expérimentations menées au CEFEL. En 2015, la stratégie débutant en juin en renouvelant les traitements tous les 50mm de pluie cumulés avait donné de bons résultats, notamment avec les produits à base de bicarbonate de potassium (Vitisan et Armicarb). Pour autant, en 2016, avec un été moins pluvieux et en suivant le même protocole les résultats ont été plus décevant. Dans nos conditions d’expérimentation 2016, avec de faibles précipitations nous ne sommes intervenus que 3 fois de juin à septembre sur l’ensemble des modalités moda-lité, ce qui a conduit à des pourcentages d’attaques relativement décevant. En 2015, les modalités à base de bicarbonate de potassium avoisinaient les 100% d’efficacité et 80% pour la faible dose de cuivre (100g de Cu métal).

CUIVRE – REDUCTION DE DOSE ET ALTERNATIVES POUR LUTTER CONTRE LA TAVELURE ET LES MALADIES D’ETE

La tavelure et les maladies d’été (suie et crottes de mouche) sont les maladies fongiques les plus préjudiciables au verger de pommier BIO, dans un contexte réglementaire en pleine évolution, le Cefel a fait émerger de ses expérimentations des solutions pour limiter le recours au cuivre tout en sécurisant la récolte.

DE FAIBLES DOSES DE CUIVRE POUR CONTRÔLER LA TAVELURE

La tavelure est le bio-agresseur n°1 du verger de pommiers. Mal régulée, elle peut fortement pénaliser la production et donc l’équilibre financier du verger. Plusieurs leviers peuvent être actionnés par les producteurs pour lutter contre la tavelure.

La génétique, le levier le plus efficace : utiliser des variétés de pommes tolérantes ou résistantes à la tavelure reste le levier le plus efficace pour gérer ce champignon pathogène tout en réduisant drastiquement le nombre d’interventions pour protéger notre verger. La partie commerciale est à prendre en compte dans cette démarche car faire connaître et intégrer une nouvelle variété sur un marché de la pomme très concurrentiel n’est pas chose aisée, même si en agriculture biologique le consommateur est plus réceptif.

La réduction de l’inoculum. Être rigoureux est la clé : la prophylaxie par broyage de la litière de feuilles, si elle est réalisée soigneusement, permet de réduire significativement l’inoculum de tavelure pour la campagne à venir. C’est une étape incontournable pour une bonne gestion de la tavelure.

La lutte directe: des solutions existent. En agriculture biologique, peu de produits sont à la disposition des producteurs (cuivre, soufre, bicarbonate de potassium, polysulfure de calcium). Malgré ce faible nombre de molécules, il apparait dans les expérimentations menées par le CEFEL que de faibles doses de cuivre (200g de cuivre métal maximum) offrent une protection intéressante, et que l’efficacité est améliorée lorsqu’on associe du soufre à ces infra-doses de cuivre. Pour compléter la stratégie de lutte lors d’épisodes de fortes précipitations, des traitements après pluie à base de bicarbonate de potassium ou de polysulfure de calcium peuvent être mis en œuvre.

Dans un contexte règlementaire en pleine évolution, notamment au sujet des quantités maximales de cuivre autorisées en agriculture biologique, des solutions apportent satisfaction, le choix variétal est le levier essentiel, et les infra-doses de cuivre ainsi que certains produits en alternative au cuivre viennent compléter les solutions pour permettre aux producteurs bio de sécuriser leur récolte, et d’offrir au consommateur des pommes bio de qualité.

Intervenir tous les 50 mm de pluie cumulés, et à minima toutes les 3 semaines, semble être actuellement la solution pour réguler les maladies d’été.

Le verger de pommier Bio d’Occitanie est en pleine croissance, et l’expérimentation accompagne se développement, pour per- mettre aux producteurs Bio de sécuriser leur récolte et par cela de répondre à la demande grandissante des consommateurs. Que ce soit contre la tavelure ou contre les maladies d’été, utiliser de très faibles doses de cuivre, ou des alternatives au cuivre, donnent satisfaction, et l’expérimentation se poursuit pour répondre aux attentes des professionnels de la filière bio.

SYNTHESE – 3 ANNEES D’ESSAIS SUR LA DIMINUTION DES DOSES DE CUIVRE EN RAISIN DE TABLE BIO

Ils sont 11 producteurs du Tarn-et-Garonne, membres d’Agribio82, à s’être lancés dans un groupe DEPHY Ferme depuis 2016, afin de diminuer les apports en produits phytopharmaceutiques (PPP), notamment le cuivre, en arboriculture biologique.

Les groupes DEPHY ont été mis en place par le programme européen Ecophyto dans le but de promouvoir une agriculture économe en PPP. Il y a aujourd’hui Plus de 3000 exploitations agricoles sont impliquées dans ce projet, réparties sur 257 groupes toutes filières confondues. La volonté première de ces arboriculteurs est de développer de nouveaux itinéraires culturaux pour diminuer l’usage des « pesticides » autorisés en bio (fongicides à base de cuivre, insecticides à large spectre). Les autres thématiques travaillées par le groupe sont la mise en place de couverts végétaux et d’aménagements agro-écologiques. Ces aspirations portées par le groupement sont à l’image des enjeux majeurs de l’arboriculture biologique actuelle. L’objectif de ces essais est de déterminer quel système de culture est le plus efficace en terme d’économie d’intrants (PPP) et de lutte contre le mildiou. Le terme de cuivre métal désigne la teneur réelle en cuivre d’un produit phytopharmaceutique. Les protocoles de ces essais ont été mis en place par les producteurs et eux-mêmes sont acteurs du bon déroulement des essais et de l’interprétation des résultats. Cela implique certaines limites quant à la précision et l’exactitude des conclusions qui peuvent être tirées. De plus, le protocole a évolué au cours de ces 3 années (2016 à 2018) pour optimiser l’interprétation des résultats.

PRESENTATION PARCELLES ET MATERIEL DE PULVERISATION

– PRODUCTEUR 1 – parcelle bambou

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Atomiseur porté avec turbine. Début de saison 45L/HA de bouillieavec 2 jets jusqu’à 130L/ha en fin de saison avec 6 jets ouverts. Tous les rangs sont traités avec passage à 6 km/h à 10 bars de pression.

VARIÉTÉ Chasselas de Moissac, plantée en 2001 avec un porte-greffe Fercal. La densité de plantation est de 3.5 mètres entre rang et 1.2 mètres sur le rang. La forme de conduite est la lyre et avec un filet paragrêle mono rang. La parcelle est orientée Nord/Sud et est irrigable.

– PRODUCTEUR 2 – parcelle verdier

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulseur Thomas. En début de saison les buses sont à moitié ouvertes pour sortir 90 L/ha de bouillie pour finir à 180 L/ha toutes buses ouvertes 15 jours avant la floraison. Passage pour le traitement 1 rang sur 2 sauf pour 2018 tous les rangs lors de grosses contaminations.

VARIÉTÉ Chasselas de Moissac plantée en 1988 avec les porte-greffes SO4 et 41B. La densité de plantation est de 3.40 mètres entre rang et de 1 mètre sur le rang. La forme de conduite est la lyre et sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord et est non irrigable.

– PRODUCTEUR 2 – parcelle ribol

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulseur Thomas. En début de saison les buses sont à moitié ouvertes pour sortir 90 L/ha de bouillie pour finir à 180 L/ha toutes buses ouvertes 15 jours avant la floraison. Passage pour le traitement 1 rang sur 2 sauf pour 2018 tous les rangs lors de grosses contaminations.

VARIÉTÉ Ribol plantée en 1995 et 2014 avec le porte greffe Fercal. La densité de plantation est de 3.4 mètres entre rang et de 1.2 mètre sur le rang. La forme de conduite est la lyre et sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord/Ouest et est non irrigable.

– PRODUCTEUR 3 – parcelle Carles

MATÉRIEL DE PULVÉRISATION Pulvérisateur porté. Jusqu’au 15 mai 140 L/Ha avec 2 buses ouvertes puis 200 L/Ha et 3 buses ouvertes jusqu’à la fin. Utilisation d’une poudreuse.

VARIÉTÉ Chasselas de Moissac, un rang sur deux a été planté en 1968 et l’autre en 1980 (vignes vieillissantes) avec comme porte greffe SO4. La densité de plantation est 3 mètres entre rang et 1.20 mètres sur le rang. La forme de conduite est droite sans filet paragrêle. La parcelle est orientée Nord/Sud et non irrigable.

PROTOCOLE RESULTATS ET INTERPRETATION

Conclusion des 3 années d’essai

Le développement du mildiou ne dépend pas seulement des traitements au cuivre, mais aussi de l’historique de la parcelle et son exposition, des précipitations, de l’hygrométrie du sol avec la présence potentielle de mouillères… Ces facteurs de variation propres au milieu dans lequel sont cultivées les vignes ne sont pas pris en compte dans l’analyse des résultats, bien qu’ils puissent influencer grandement sur la pression du mildiou dans ces parcelles. De plus, la météo qui varie chaque année impacte directement l’apparition du mildiou et donc la nécessité de traiter plus ou moins les vignes.

Comparer différentes années entre elles n’est donc pas représentatif, il faut se concentrer sur la comparaison des résultats d’une même année. Néanmoins, la pluviométrie diffère aussi selon les sites d’essais. Par exemple en 2018, il est tombé 96mm sur la parcelle Carles durant le mois de juillet, contre 59 mm sur les parcelles Verdier/Ribol le même mois. Ces écarts impactent l’évolution des contaminations mildiou.

▷ Dans tous les cas nous pouvons remarquer que le positionnement des traitements est véritablement important pour lutter contre ce champignon. Un suivi de la pluviométrie est donc indispensable.

▷ De plus, le produit alternatif serait peut-être un moyen de diminuer les doses de cuivre métal par hectare.

Concernant le talc, les résultats de 2017 et 2018 amènent un espoir supplémentaire pour lutter contre le mildiou. Attention, ce produit peut tâcher le raisin de table. Aussi il est nécessaire d’arrêter les traitements au stade petit pois.

▷ Enfin, il est possible, au vu de ces 3 années, de contrôler le mildiou avec une dose totale de cuivre métal moyenne de 3 kg/ha (tous essais confondus). La parcelle Bambou où il n’a été utilisé que des formes de cuivre différentes à dose réduite (3,92 kg/ha de cuivre métal total en moyenne sur les 3 ans) permet aussi de contrôler le mildiou.

A SAVOIR

La dose homologuée pour la bouillie bordelaise RSR dispers en raisin de table est de 3.75 kg/ha de produit commercial, soit 750 gr/ha de cuivre métal par traitement.

PLUS D’INFO

Pour plus d’information sur ce sujet , contactez Marc Miette (Bio Occitanie) :  fruitslegumesbio82@gmail.com
06 22 78 17 09

TEMOIGNAGES – Producteurs du groupe DEPHY

Jean-Baptiste Gibert

Earl de Metou Sainte-Juliette (82)

“Nous avons pu constater, après 3 ans d’essais sur la vigne, que nos doses de cuivre avaient été réduites au minimum de moitié. La conjugaison de plusieurs facteurs et de bonnes pratiques sont à l’origine de ce changement. Nos vignes en bio depuis 2006 nous faisaient voir quelque signes de faiblesse.

Nous avons donc décidé de chercher des solutions pour améliorer notre façon de faire. Ce faisant, nous avons constaté qu’en diminuant les doses de cuivre, nous arrivions à gérer le mildiou qui est le principal ennemi en raisin de table. Nous sommes passé de +/- 6kg de cuivre métal à +/- 2,5 kg par an. “

Thierry Serres

Arboriculteur Moissac (82)

” La question de l’utilisation du cuivre m’a toujours interpellé en Agriculture Bio : c’est à la fois un produit incontournable en vigne et controversé pour les dégâts qu’il peut causer dans le sol. Je me suis longtemps posé des questions sur les quantités préconisées et sur l’existence de produits de remplacement. La création du groupe Dephy m’a permis de mettre en pratique différentes solutions pour réduire le cuivre, et le résultat est là : une dose hectare réduite par quatre et une qualité de récolte toujours satisfaisante !

Aujourd’hui j’ai décidé de continuer sur la voie des produits de substitution au cuivre, avec de nouveaux essais prévus en plein champs. Le cadre qu’apporte le groupe Déphy et son technicien me donnent de l’assurance, et l’espoir d’avancer vers de nouvelles solutions alternatives au cuivre.”

Par Jean-François LARRIEU de la Chambre d’Agriculture de Tarn et Garonne, Sébastien BALLION de CEFEL , Marc MIETTE de BIO OCCITANIE et coordonné par Jean Michel THEVIER de la Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie 

Crédit photo : Interbio Occitanie


Pour une filière en plein développement - Comment étudier mon projet de conversion en lait de vache biologique 9

Pour une filière en plein développement - Comment étudier mon projet de conversion en lait de vache biologique

La filière bovin lait bio connaît un fort développement en France et en Occitanie. En 2017, la région comptait 279 producteurs de lait de vache biologique (+ 47% par rapport à 2016). Les opérateurs de l’aval, tels que la coopérative Sodiaal Union, ou Biolait, sont toujours à la recherche de nouveaux producteurs.

La coopérative Sodiaal Union, sur sa zone sud-ouest, à l’échéance 2020, avec les engagements pris à ce jour, devrait atteindre 46 millions de litres collectés auprès de 180 producteurs. Elle vise un objectif de collecte de 120 millions de litres de lait bio pour approvisionner les outils de transformation de Montauban (82) (poudre de lait infantile) et de Toulouse (31) (produits frais). Biolait compte aujourd’hui 53 fermes engagées en AB sur la région (certifiées et en conversion bio) et accueille de nouveaux porteurs de projets. Pour les exploitations laitières, une conversion en agriculture biologique est un vrai challenge. Ce dossier propose une approche de la question sous différents angles. Une présentation est d’abord faite sur le marché du lait de vache bio et les perspectives pour les années à venir. Réalisé par la mission Références de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron et du Tarn, quelques repères de simulation des conséquences d’une conversion en lait bio permet d’alimenter la réflexion de tout porteur de projet. Passer en bio peut être un moyen de trouver ou de retrouver des équilibres sur son exploitation (travail, main d’œuvre, revenu, transmissibilité, marché, etc.). C’est aussi une remise à plat, parfois mineure mais souvent importante, des itinéraires techniques et du fonctionnement global de l’exploitation.

LAIT DE VACHE BIO

UNE FILIERE DE QUALITÉ EN PLEIN DÉVELOPPEMENT SUR L’OCCITANIE

À l’instar du marché des produits alimentaires bio dans son ensemble, le marché du lait bio suit actuellement une pente ascendante. En Occitanie, les conversions d’exploitations en bio vont bon train, laissant augurer une augmentation de la production de lait certifié bio dans les années à venir.

En 2016, le marché mondial des produits alimentaires bio était estimé à plus de 80 milliards d’euros (18% de plus qu’en 2014). En Europe, sur cette même année, ce marché représente 32,6 milliards d’euros. Le marché allemand a plus que quadruplé en quinze ans.

En France, la croissance du marché des produits bio a été de 17% en 2017 par rapport à 2016. En 2017, la valeur des achats des produits alimentaires issus de l’agriculture biologique est estimée à 8,373 milliards d’euros. Dans ce marché, les produits laitiers occupent une place conséquente : 11% du lait et des produits laitiers consommés par les ménages à domicile sont bio.

Dans la continuité de 2016, le nombre de vaches laitières élevées en bio a progressé fortement en 2017, près de 194 000 vaches conduites en bio soit +27 % versus 2016.

La mauvaise pousse de fourrages en 2016 avait induit une baisse de la production de lait bio en 2016 et début 2017 (-0,1 % en 2016 versus 2015 selon la synthèse de l’enquête mensuelle laitière). Elle a été compensée en 2017 par l’entrée en production bio des cheptels convertis en 2015 ainsi qu’un climat plus favorable : la collecte de lait bio a progressé de +13,6 % en 2017 versus 2016.

Un article de la revue “Réussir lait” de janvier 2018 précisait qu’en 2017, la filière laitière bio française a manqué de lait pour répondre à la hausse de la demande en produits laitiers bio et le prix du lait a augmenté de 20 € / 1 000 litres sur 12 mois entre le 1er semestre 2016 et le 1er semestre 2017, selon le CNIEL.

En 2018, le marché devrait rester encore tendu mais la vague de conversions de 2016 sera visible en 2019 avec la production de près d’un milliard de litres. Toutefois, le risque d’une baisse des niveaux d’aides au bio pourrait entraîner une hausse du prix des produits bio aux consommateurs mais selon Christophe Baron, ancien président de Biolait, le marché peut sans doute compenser la perte d’aides.

Pour Gérard Maréchal, de Lactalis, pour que le marché rémunère mieux, il faut que la matière reste rare face à la demande et pour Sodiaal Union, pour aller chercher de la valeur ajoutée, il faut poursuivre la diversification de l’offre en bio. Enfin, une autre forme d’aide pourrait venir du projet d’incorporer 50% de produits bio et locaux dans la restauration collective en 2022. Mais selon Gérard Maréchal, le marché de la restauration hors foyer n’est pas le plus valorisant.

Des conversions en bio seront encore accompagnées en 2018, de nouveaux opérateurs vont se lancer sur le bio et les groupes historiques vont lancer de nouveaux pro- duits pour répondre à la demande qui continue de progresser et qui se diversifie.

En 2017, la filière laitière bio française a manqué de lait.

  • En 2018, le marché devrait rester encore tendu.
  • Les groupes historiques vont lancer de nouveaux produits.
  • De nouveaux opérateurs vont se lancer sur le bio.

Quand l’industrie laitière s’y met…

BEL va se lancer sur le marché des fromages bio.

LE GROUPE LACTALIS, un des leaders dubio en France avec 140 millions de litres de lait bio collectés en 2017, développe encore le lait de consommation et le beurre et diversifie de plus en plus sa gamme (camembert, emmental, crème, lait infantile). Le groupe possède 15 ateliers certifiés en bio et plus de 90% de ces fabrications sont destinés au marché français. D’autres produits seront lancés en 2019.

De son côté, SODIAAL UNION prévoit de collecter 280 millions de litres en 2021 contre 62 millions en 2017 et de transformer 330 millions de litres en lait de consommation, en emmental et en lait infantile.

 

Enfin, BIOLAIT table sur une poursuite de la diversification de l’offre et constate qu’en trois ans, la part du lait et la crème bio est passée de plus de 45% à moins d’un tiers. Pour continuer à se démarquer des filières conventionnelles qui cherchent à relever leur standard avec des produits sans OGM ou du lait de pâturage, le groupe veut garder un coup d’avance, aller vers des fermes 100% bio d’ici 2022 et travailler la qualité nutritionnelle de son lait grâce à ses systèmes très herbagers.

ZOOM SUR LES ACTEURS MAJEURS IMPLANTES EN OCCTIANIE

Sodiaal Union

Une dynamique porteuse pour le lait de vache bio en Occitanie

DAMIEN LACOMBE,

Président de Sodiaal Union

Monsieur Lacombe, vous présidez Sodiaal Union depuis 2014. À quand remonte la collecte de lait de vache bio à Sodiaal Union ?

Elle a démarré juste avant 2000, puis a évolué en suivant les phases de conversion des exploitations.

Quel est aujourd’hui le volume de lait collecté en bio et quels sont les objectifs d’évolution ?

En 2020, sur la région Sud-Ouest, avec les engagements pris à ce jour, la collecte organisée sur 180 exploitations devrait atteindre 46 millions de litres. L’objectif pour la région est d’atteindre 120 millions de litres pour alimenter les sites industriels du sud-ouest.

Sur quelle valorisation basez-vous le développement de la collecte du lait bio à Sodiaal ?

Nous avons, en ce moment, une belle opportunité avec la montée en puissance du marché de la poudre de lait infantile bio. Notre usine Nutribio à Montauban, spécialisée sur ce produit, a développé un process breveté à partir de lait entier. L’objectif est d’y traiter rapidement 100 millions de litres de lait bio. Les deux autres produits qui nous permettent de valoriser du lait en bio sont le lait de consommation et les yaourts en quantités moindres.

Concernant le lait infantile bio, on entend beaucoup parler de l’importance de la demande chinoise : qu’en est-il ?

En fait, le marché est bien plus ouvert qu’on ne le croit, il est européen et international au sens large. La Chine n’y est pas majoritaire. Le marché international est actuellement très porteur sur les produits élaborés, alors qu’il est plus volatil sur les produits basiques.

Depuis 2015, la coopérative Sodiaal Union a communiqué en Occitanie sur un fort développement du lait bio. Votre sentiment à aujourd’hui ?

La progression de la collecte est très rapide, notamment grâce à l’implication des différentes OPA de la région. Les producteurs se sentent soutenus et c’est important !

Dernière question : quels sont les écueils à éviter pour ne pas déstabiliser le marché du lait bio ?

Il faut que la « promesse » du bio soit tenue, en particulier sur la qualité des intrants. Les éleveurs de Sodiaal Union s’approvisionnent déjà beaucoup auprès des coopératives régionales (filières céréalière – grandes cultures), c’est une tendance qu’il faut renforcer, complémentairement à l’autonomie des exploitations. Pour garder la valorisation du lait biologique, il faut conserver la cohérence entre les volumes vendus et la collecte. En tant que coopérative de transformation, nous sommes certains de maitriser cet équilibre.

Biolait

Acteur historique du développement du lait de vache bio en France

Partout en France, la filière lait de vache bio continue sa croissance et les structures de collecte de lait recherchent de nouveaux producteurs. Acteur historique de la bio au plan national, Biolait développe actuellement sa collecte sur la région Occitanie.

NATHALIE DELAGNES

Administratrice à biolait

À l’occasion d’une interview parue dans la Volonté Paysanne début 2018, Nathalie Delagnes, administratrice à Biolait, présentait la structure. Nathalie et son mari Franck sont éleveurs de vaches laitières en agriculture bio à Grand Vabre dans l’Aveyron. Ils livrent leur lait à Biolait, structure dans laquelle Nathalie a décidé de s’investir en tant qu’administratrice en 2017.

Pouvez-vous présenter Biolait ?

Biolait est un groupement de producteurs national créé en 1994 par six éleveurs de Loire Atlantique et du Morbihan. La présidence est assurée par Ludovic Billard, producteur dans les Côtes d’Armor. Biolait réalise 30% de la collecte nationale de lait de vache bio, soit 250 millions de litres attendus pour 2018. À ce jour, le groupement réunit 1 200 fermes et son slogan historique, « La Bio partout et pour tous», est toujours d’actualité. La ligne de conduite de Biolait est d’avoir un fonctionnement démocratique et transparent. Trois réunions locales sont organisées chaque année pour présenter l’activité du groupement et échanger sur les choix à insuffler pour l’avenir. En tant qu’administratrice, j’anime ces rencontres et je fais remonter au conseil d’administration toutes les idées qui ont vu le jour. C’est bien les éleveurs qui pilotent le groupement, qui réfléchissent et qui décident, épaulés par l’équipe des 70 salariés de Biolait qui nous accompagne au quotidien. À partir des idées issues des réunions locales, le conseil d’administration construit des propositions soumises au vote lors de l’assemblée générale annuelle. C’est un moment fort de la vie démocratique de Biolait, tous les éleveurs y sont invités.

Un nouveau président à la tête de Biolait

Ludovic Billard, nouveau président de Biolait, succède à Christophe Baron. À l’issue de l’assemblée générale de Biolait, les 5 et 6 avril 2018, dans le Loir et Cher, qui a réuni 600 producteurs, il déclarait: « 40%, c’est l’augmentation des quantités de lait collectés par Biolait en 2017-2018.» Un niveau de croissance qui ferait rêver plus d’une entreprise. Mais Ludovic Billard garde les pieds sur terre : «Nous bénéficions d’une filière bio attractive et des retombées de la crise de 2016 en conventionnel. Nous devons continuer de nous développer pour pouvoir collecter tous les producteurs, n’importe où en France ». En plus du respect du cahier des charges de la bio, l’adhésion à Biolait exige une traçabilité 100% française, un passage en bio de la totalité de l’exploitation en cinq ans au maximum et un travail sur l’autonomie de l’exploitation.

Avec votre mari Franck, vous vous êtes lancés dans l’aventure du bio depuis 7 ans, quel bilan faites-vous aujourd’hui ?

Un bilan très positif ! Nous produisons selon un mode de production qui m’a toujours motivée et Franck, qui avait fait le tour du modèle conventionnel, a trouvé un nouveau challenge sur l’exploitation. Nous sommes sereins. Les filières de qualité sont un atout incontestable pour nos zones. Être en accord avec la demande des consommateurs, quelle satisfaction! De plus, gagner en autonomie sur nos exploitations est un enjeu d’avenir: j’entends l’autonomie alimentaire bien-sûr, mais aussi décisionnelle, financière, etc. Nos aspirations personnelles sont plutôt satisfaites, avec un bon équilibre entre travail, économie, équipements, marché et image de notre métier.

AGNIECHKA MARIETTAZ

Administratrice à biolait

Productrice de lait de vache biologique – Caumont (82)

Agniechka Mariettaz, productrice de lait de vache biologique, à Caumont dans le Tarn et Garonne, administratrice à Biolait, représente la structure dans le sud de la région. Nous lui avions posé la question, à l’occasion d’une interview pour la revue GTI de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron, sur la pérennité du marché bio.

Que pensez-vous de la pérennité du marché du lait bio ? La filière bio pourrait- elle demain connaître une crise ?

Il est difficile de dire si la filière bio connaîtra ou non une crise. C’est possible et il faut l’envisager dans le fonctionnement de nos exploitations. Mais à ce jour nous n’avons pas d’inquiétudes, car en France et en Europe la demande augmente plus vite que la production. Par ailleurs, le marché du lait bio se caractérise par une plus grande linéarité, une plus grande stabilité de prix que le marché du lait conventionnel (cela explique d’ailleurs que le différentiel entre les deux puisse fortement varier d’une année à l’autre !). Pour sécuriser le marché, il est déterminant de ne pas tromper le consommateur, d’où l’importance que nous accordons, à Biolait, à la traçabilité de notre filière. Ainsi, depuis 2017, tous les aliments distribués aux animaux doivent être produits en France. Sachant que nous encourageons, en premier lieu, l’autonomie des exploitations.

Un autre élément sécurisant, ce sont les contrats à long terme que nous signons avec nos transformateurs, sur 3 ans au moins, voire sur 5 à 8 ans. De plus, Biolait s’est engagé, pour 10 à 20% de son lait, dans des filières tripartites ” éleveurs-adhérents/ transformateurs/distributeurs”. Cela permet de faire jouer des synergies et des complémentarités et facilite une juste répartition de la valeur ajoutée entre tous les acteurs de la filière bio.

Enfin, en cas de surproduction de lait, nous privilégions une politique de réduction des volumes (en faisant appel à l’esprit de responsabilité des producteurs) plutôt qu’une baisse des prix.

DE LA METHODE POUR MESURER LES ENJEUX DU PASSAGE EN BIO EN BOVIN LAIT

Un marché conventionnel fluctuant, une demande de la filière en lait biologique croissante, des envies de changements, etc. ont fait naître chez certains éleveurs une réflexion sur la production de lait bio. Rapidement sollicités sur cette question, les réseaux Références de l’Aveyron et du Tarn et la Mission AB de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron ont conduit une étude pour donner à ces agriculteurs les moyens de savoir quelles seraient pour eux les conséquences d’une conversion en AB, aussi bien techniquement qu’économiquement. Quelques éléments majeurs à retenir, issus d’un article GTI de la Chambre d’agriculture de l’Aveyron de Jean Christophe Vidal CA12 et Jean Bernard Mis CA81.

L’équilibre sol-troupeau, clef de voûte du projet

Le sol comme point de départ de la réflexion

Réfléchir à l’utilisation optimale des parcelles de l’exploitation est une nécessité pour bien appréhender le projet de conversion. Des grilles de repères permettent de vérifier l’évolution du chargement potentiel entre le système fourrager en place et le futur système en AB, en prenant en compte les potentialités des sols de l’exploitation.

Exemple de grille de chargements potentiels en AB en zone Ségala (Aveyron/Tarn).

Parallèlement, une réflexion doit avoir lieu sur les rotations par bloc de parcelles, en fonction des contraintes de sol, de l’accessibilité des animaux au pâturage, des choix d’espèces fourragères, sans oublier la chaîne de récolte et le mode de distribution. Cela permet de poser les bases d’un nouveau système fourrager qui pourrait être mis en place afin de privilégier l’autonomie alimentaire des animaux et la cohérence avec les objectifs de l’éleveur.

Le schéma ci-dessous résume les étapes qui conduisent à déterminer la quantité de MS produite par la SFP et donc le potentiel de chargement en AB (UGB/ha SFP).

Évolution sur les surfaces : pour quelle production du troupeau et quelle autonomie alimentaire ?

Le potentiel de chargement étant généralement plus faible lors du passage en bio, du fait de la baisse de production des surfaces (arrêt de fertilisation minérale, ajustement des rotations…), l’éleveur recherchera un nouvel équilibre entre son troupeau et ses surfaces fourragères en ajustant le nombre d’UGB et ses rotations. Ce sera aussi le moment de réfléchir à l’ajustement du système fourrager en fonction de ses finalités et de ses objectifs.

C’est alors un nouveau puzzle qui va être assemblé et permettra de déterminer le volume de lait qui pourra être produit en fonction de la stratégie souhaitée (voir graphique et tableaux ci-dessous). Le niveau de production par vache laitière sera fonction :
▶ des types de fourrages (quantité et qualité) qui déterminent la ration de base équilibrée,
▶ du potentiel génétique du troupeau (capacité d’ingestion, niveau de production laitière…),
▶ des quantités de concentré distribuées.

En fonction du niveau d’étable de départ, la production par vache sera très influencée par le mode d’alimentation choisi et en particulier par la qualité de la ration de base et du taux de pâturage, dans un objectif d’autonomie la plus complète possible. Du fait du prix très élevé des concentrés bio, les apports sont limités, mais il est possible de maintenir un volume de production intéressant puisque le potentiel du troupeau ne changera pas. L’éleveur aura à raisonner son choix en fonction du rapport entre le prix du lait et celui du concentré de production. La construction du nouveau système de production sol – troupeau se fera pas à pas jusqu’à trouver une certaine cohérence. Des allers-retours seront certainement nécessaires pour ajuster les choix techniques.

Le pâturage : une logique en agriculture biologique

 

MARC ANDRIEU

Éleveur bovin lait – Aveyron (12)

Une des clés de réussite en lait de vache biologique est la maitrise du pâturage. L’optimisation du pâturage passe souvent par une formation : témoignage de Marc Andrieu, éleveur bovin lait en Aveyron, qui répond à la question : « Comment s’est passée la conversion en AB ? ».

« La conversion du sol s’est faite sans aucun problème. Le désherbage mécanique du maïs se passe bien, la baisse attendue des rendements en céréales est dans la moyenne estimée. Côté prairies, j’avais commencé à travailler en mélange depuis une paire d’années, je suis dans la continuité. J’ai amélioré la conduite du pâturage en pratiquant le pâturage tournant dynamique avec l’appui de formations organisées par la Chambre d’agriculture. Je cherche beaucoup plus à produire du lait avec des fourrages et à améliorer la ration de base afin d’utiliser moins de concentrés : c’est un challenge, mais aussi une source de motivation. »

Par Stéphane DOUMAYZEL, conseiller AB de la chambre d’agriculture de l’Aveyron

Crédit photo : Ec-Organic, Adobe Stock


Suivi des couverts végétaux sur des fermes maraîchères biologiques 10

Suivi des couverts végétaux sur des fermes maraîchères biologiques

Regroupés en GIEE* , les maraîchers de sept fermes travaillent ensemble autour du thème « Tester des couverts végétaux en maraîchage biologique en piémonts pyrénéens : de l’engrais vert à la plantation dans un couvert”.

* GIEE : Groupement d’Intérêt Économique et Environnemental

Les essais sont menés directement sur les fermes, situées au Sud de la Haute-Garonne et au Nord de l’Ariège, par les maraîchers eux-mêmes et accompagnés par ERABLES 31** et le CIVAM Bio 09**.

Cette étude s’étend sur la période 2017-2022 de manière à vérifier les résultats sur plusieurs années.

L’objectif qui unit les agriculteurs est l’intégration de couverts végétaux dans leurs rotations ou en association avec les légumes, pour maîtriser l’enherbement, améliorer la fertilité du sol (physique, biologique et chimique) et limiter le temps de travail à la reprise des parcelles.

Les essais mènent à l’acquisition de références locales qui sont largement diffusées sur le territoire et déjà reproduites par des maraîchers récemment installés sur la zone d’étude. Afin de profiter des expériences de spécialistes qui travaillent déjà sur cette question, le groupe de maraîchers s’est entouré de plusieurs partenaires experts (voir encadré «Nos Partenaires » en page 20).

** Associations des agriculteurs biologiques de la Haute-Garonne et de l’Ariège

Par la pratique de tests simples, Karim RIMAN forme les maraîchers à appréhender leur sol : réalisation d’un profil, test bêche, observation de l’enracinement, vérification des nodosités, mesure du pH,…

Pour qu’un groupe ait envie de travailler ensemble, il est nécessaire qu’une dynamique soit impulsée et ensuite maintenue tout au long du projet. Ainsi, pour réaliser ce travail initial et suivre le premier couvert commun mis en culture par les maraîchers du GIEE, un accompagnement a été mené par Maël MESUROLLE, stagiaire en Licence ABCD à l’Inéopôle de Brens, d’octobre 2016 à avril 2017. L’essentiel de cet accompagnement est compilé dans son mémoire de fin d’études (voir encadré «Nos Parutions»).

Au cours du dernier mois de cette première phase d’étude, Karim RIMAN, agro-écologue et expert de la gestion de la fertilité des sols, est intervenu durant trois jours consécutifs sur les fermes pour réaliser les diagnostics initiaux et aider les maraîchers à choisir le prochain couvert commun à mettre en place durant l’été.

Ainsi, à l’aide de différents tests facilement utilisables, les maraîchers ont appris à noter les caractéristiques de leur sol en vue de choisir les couverts végétaux à cultiver et les pratiques culturales adaptées.

Cette première formation a également permis de noter sur chaque ferme, les résultats obtenus avec le couvert de fèverole pure par rapport aux zones témoins et de décider de semer en commun un sorgho pur aux alentours du 1er juin 2017.

AUTOMNE-HIVER 2016/2017

Premier couvert commun de féverole pure

L’intérêt du groupe est de semer sur au moins deux fermes le même couvert à la même période, pour étudier les caractéristiques communes qui en ressortent.

Nous portons une attention particulière à bien noter les objectifs attendus par chaque maraîcher pour les couverts mis en place, car la gestion de l’itinéraire technique cultural choisi ensuite en dépend.

Pour le premier essai de fèverole pure, trois fermes ont été intéressées pour suivre ce couvert.

Les détails des itinéraires techniques culturaux mis en place sur chaque ferme, comprenant les calendriers des actions et les photos prises régulièrement, sont compilés sur le forum maraîchage (voir l’adresse dans l’encadré «Nos Parutions» p.20).

CONCLUSION

D’après ces trois premiers résultats obtenus sur les fermes, il apparait que le couvert de fèverole pure est peu satisfaisant par rapport aux objectifs de maîtrise de l’enherbement, notamment pour les cultures suivantes qui sont semées. Il convient alors de trouver une espèce plus couvrante, qui pourrait être associée à la fèverole, ce sera l’objet d’une prochaine rencontre technique.

TEMOIGNAGES

Grégoire TALBOT, de Champ Boule à Barjac et du GIEE « Couverts agriculteur membre du GAEC végétaux en maraîchage »

“L’utilité potentielle des couverts végétaux n’est plus à démontrer, et leur mise en œuvre commence à être bien documentée dans les systèmes de grandes cultures. Leur intégration dans nos systèmes maraîchers diversifiés pose de nombreuses questions: choix des espèces, itinéraires techniques, calendrier de culture…… Le GIEE, en mutualisant les expériences de plusieurs maraîchers du territoire, nous permet de réfléchir collectivement à ces questions en fonction des contraintes et des objectifs de chacun. La participation au GIEE me stimule pour la réalisation de nouveaux essais, facilités par l’expérience des collègues et par des achats groupés de semences, et m’incite à plus de rigueur dans le suivi de mes pratiques.”

ÉTÉ 2017

 

Sorgho pur

Lors de la venue de l’expert Karim RIMAN en avril 2017, la dernière demi-journée de bilan des diagnostics initiaux a aussi été l’occasion de choisir le couvert végétal suivant, à implanter en commun. Deux maraîchers se sont dits intéressés pour semer en plein champ un couvert de sorgho pur, variété Piper, aux alentours du 1er juin.

En novembre 2017, Hélène VEDIE du GRAB d’Avignon, chargée de la supervision du programme européen SOILVEG , est intervenue au cours de deux nouvelles journées de formation pour accompagner les maraîchers, entre autre à réaliser le bilan du couvert commun de sorgho pur et les orienter dans leurs choix futurs.

Remarques

Remarques et préconisations issues de l’observation du couvert de sorgho pur :
Au stade cotylédons, il résiste à une période de temps sec.
Il est sensible à la verse. Il faut donc éviter de l’arroser quand il est haut.
Il est sensible à la rouille (puccinia purpurea) en fin d’été. S’il est cultivé chaque année, il y a donc un risque de maintien de la pression de la rouille (≠ de la rouille de l’ail puccinia alli).

Conclusion

Les deux maraîchers ayant implanté ce couvert sont satisfaits par les résultats et vont reconduire cet essai en été 2018. D’autres maraîchers référents du GIEE et des maraîchers récemment installés sur le territoire vont également mettre en place ce même couvert.

AUTOMNE 2017 / HIVER 2018

Féverole associée à la moutarde blanche ou au trèfle incarnat

Lors de la synthèse des résultats du premier couvert végétal de fèverole pure, mis en culture durant l’hiver 2016/2017 par les maraîchers du GIEE, il s’est avéré qu’elle n’était pas satisfaisante en précédent de semis, par manque de concurrence envers les adventices. Pour la saison suivante, les membres du groupe ont alors décidé de l’associer à deux autres cultures : la moutarde blanche ou le trèfle incarnat. Les essais ont alors été menés sur cinq fermes.

Mi-juin 2018, sur la ferme de Marc et Corinne BONNEFOUS, le mélange fèverole et trèfle incarnat dépasse les 1,40 m.

Les conclusions

De manière globale sur les fermes :
les essais 2017/2018 confirment ceux de 2016/2017 : la féverole pure est peu intéressante en inter-culture l’hiver car peu couvrante, elle laisse la place aux adventices qu’il faut ensuite gérer dans la culture suivante.

l’association de la fèverole avec la moutarde blanche ou le trèfle incarnat est satisfaisante par rapport à ce que nous recherchions suite au premier essai de fèverole pure : une espèce venant prendre la place des adventices.

les effets sur la structure du sol sont bénéfiques : augmentation de la part de terre grumeleuse et de la présence de vie (vers de terre, racines…).

prévoir un semis plus tôt, entre mi-septembre et mi-octobre pour obtenir un résultat encore plus satisfaisant.

Les couverts suivants :

▪ Actuellement, les couverts communs en place, semés en juin sont le sorgho PIPER pur et le sorgho population pur sur 3 fermes du GIEE + 2 fermes du territoire ; le sorgho hybride F1 Jumbo star pur sur 2 fermes du GIEE et 1 ferme du territoire et le sorgho hybride F1 + crotalaire (légumineuse tropicale) sur 2 fermes du GIEE.

▪ Le prochain couvert à mettre en place est le radis chinois Structurator à semer entre mi-août et mi-septembre, après les oignons. Pour préciser le protocole, échanger sur les fournisseurs et organiser la commande groupée des semences, les maraîchers du GIEE et du territoire se sont réunis le lundi 9 juillet 2018 sur la ferme de Laurent WELSCH à Latoue.

Test de la bêche

En savoir +

L’ensemble des documents de cette étude sur les couverts végétaux menés dans le cadre du GIEE sont à retrouver sur le forum maraîchage à l’adresse suivante : http://forum.biomidipyre-nees.org/phpbb/viewforum.php?f=115

▷ Mémoire de Maël Mesurolle
▷ 7 Fiches fermes référentes + synthèse
▷ 3 Fermoscopies
▷ 5 Fiches de profils initiaux et observations du sol par Maël Mesurolle
▷ 6 Fiches de diagnostics initiaux par Karim Riman
▷ Présentation chez Pierre Besse pour Solagro
▷ Suivis détaillés du couvert de fèverole
▷ Compte-rendu du Comité de pilotage du GIEE du 15 février 2018
▷ Résultats des associations fèverole + moutarde blanche ou trèfle incarnat

Nos partenaires : des partenaires experts appuient cette étude

La force de ce projet réside dans la capacité qu’a le groupe de maraîchers à s’entourer de partenaires spécialisés, qui sont sollicités au fur et à mesure qu’apparaissent les questionnements. C’est ainsi que d’autres groupements d’agriculteurs avec les mêmes objectifs d’amélioration de leurs performances sont régulièrement informés et interrogés et que des experts dans le domaine des couverts végétaux et des thématiques associées, sont impliqués.

Il s’agit de :

Karim RIMAN, agro-écologue, expert de la gestion de la fertilité des sols.

Hélène VEDIE du GRAB d’Avignon (Groupe de Recherche en Agriculture Biologique), chargée de la supervision française du programme européen Soilveg créé en 2015 (vise à améliorer la préservation des sols et l’utilisation d’énergie dans les systèmes de production de légumes biologique par l’utilisation et la gestion de plantes de services agro-écologiques).
Caroline BOUVIER-d’YVOIRE d’AGRIBIO 13-84 et Guillaume DUHA du GABB 32 : Groupements des agriculteurs biologiques qui travaillent sur des programmes DEPHY avec pour thème central les couverts végétaux.
Célia DAYRAUD du CIVAM Bio 66 et Florian DENARD de l’APABA: Groupements des agriculteurs biologiques qui animent des GIEE de maraîchers.
Maraîchage Sol Vivant (MSV) : association de maraîchers qui étudient les impacts du non travail sur sol sur la fertilité des parcelles.

Par Delphine DA COSTA – animatrice technique maraîchage
pour le CIVAM Bio 09 et ERABLES 31, avec l’appui des maraîchers du GIEE

Crédit photo : Interbio Occitanie


Protection du vignoble - l'anticipation avant tout ! 11

Protection du vignoble - l'anticipation avant tout !

Le nombre de substances actives pour lutter contre les maladies cryptogamiques et les ravageurs est limité en AB par rapport à celui disponible en viticulture conventionnelle. Les caractéristiques des molécules bios nécessitent souvent de modifier les stratégies de traitement par rapport à ce qui est fait habituellement en viticulture conventionnelle. Cette phase de transition des pratiques représente souvent une sensibilité accrue aux maladies et ravageurs. Les travaux de l’UMR System de l’INRA de Montpellier, mis en place dans le cadre du projet de recherche VIBRATO, confirment la sensibilité accrue des parcelles en conversion vis-à-vis du mildiou (parcelle en 1ère et 2ème années de conversion (C1 et C2) et de l’eudémis (parcelles en C1). Cette plus grande sensibilité aux maladies et ravageurs en période de conversion n’est pas une fatalité, mais doit être anticipée pour être bien gérée.

AN-TI-CI-PA-TION

La spécificité de la protection phytosanitaire en viticulture biologique repose sur les caractéristiques des produits utilisés. Les produits de protection des plantes utilisables en AB présentent des caractéristiques communes :
produits d’origine naturelle,
produits de contact, qui restent à la surface du végétal. Cette caractéristique évite de perturber la physiologie de la plante, mais les rend partiellement sensibles au lessivage, ce qui a un impact fort sur les stratégies phytosanitaires. De plus, seuls les organes touchés par le produit sont protégés. La qualité de pulvérisation doit être irréprochable pour couvrir l’ensemble du feuillage et des grappes.
La plupart des fongicides utilisés ont un mode d’action strictement préventif = ils doivent être positionnés avant l’événement contaminateur (généralement une pluie) pour être efficaces. Certains possèdent un effet partiellement curatif (par exemple : le soufre sur l’oïdium), mais cet effet est toujours partiel et limité. Même pour ces substances actives, il est recommandé de positionner le produit en préventif = avant l’événement contaminateur.

LES BONNES QUESTIONS A SE POSER

” Comment limiter la sensibilité de mes parcelles aux maladies ?”

▷ Toutes les maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium, black rot, botrytis…) sont favorisées par une atmosphère chaude et humide. Toutes les techniques qui permettent de favoriser l’aération de la zone des grappes limitent la sensibilité aux maladies (limitation de la vigueur, éviter la surfertilisation, effeuillage…).

En bio, la principale technique pour limiter le développement des adventices est le travail du sol. Attention, le passage d’un outil de travail du sol favorise la remontée de l’humidité du sol et peut augmenter la sensibilité de la parcelle aux maladies. De même, un couvert végétal trop développé peut entretenir une certaine humidité de l’atmosphère du cep. Il est donc conseillé d’éviter de travailler le sol en période de forte sensibilité de maladie, mais de ne pas laisser monter les herbes trop haut = tondre ou faucher les herbes, y compris entre les souches…

“Quels produits puis-je utiliser en bio ?”

▷ Un produit phytosanitaire est utilisable en bio :

▪ s’il bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché pour l’usage que le viticulteur souhaite en faire (exemples d’usage : oïdium, tordeuses de la grappe…);

▪ si la substance active du produit est listée dans l’annexe II du règlement RCE 889/2008 (exemples de substance active : soufre, Bacillus thuringiensis…).

De nombreux engrais foliaires sont autorisés en bio. Certains sont annoncés comme ayant des effets secondaires sur tel maladie ou ravageur. Attention, la norme engrais foliaire garantit uniquement la composition du produit mais en aucun cas son efficacité, notamment contre les maladies et ravageurs. Il convient donc d’utiliser ces produits avec une extrême prudence. La base de la protection doit impérativement être effectuée avec des produits phytosanitaires. Ces engrais foliaires ne peuvent être envisagés qu’en complément des produits phytosanitaires.

“Quand dois-je traiter ?”

▷ Le premier traitement : Il ne faut pas commencer à se préoccuper des maladies lorsqu’on les voit dans ses parcelles! Il est généralement trop tard. Il faut se tenir informé régulièrement de la pression parasitaire locale en consultant le Bulletin de santé du Végétal (BSV, disponible sur le site internet de la DRAAF : http://draaf.occitanie.agriculture.gouv.fr/Bulletins-de-sante-du-vegetal), les bulletins phytosanitaires départementaux qui donnent en plus du contexte parasitaire des recommandations sur les stratégies de protection. Concernant la lutte contre les ravageurs (principalement les tordeuses de la grappe, la cicadelle de la flavescence dorée et la cicadelle verte), l’efficacité des traitements dépend avant tout du positionnement du produit par rapport au cycle de développement de l’insecte. L’observation des pontes (tordeuses) ou du développement des larves (cicadelles) est nécessaire pour optimiser le positionnement des insecticides.

“Quand dois-je renouveler mon traitement ?”

▷ Le renouvellement est lié à la nature des produits utilisés, qui sont des produits de contact. Comme il ne migre pas du tout dans la plante, ils protègent uniquement les organes présents au moment du traitement. En période de pousse active de la vigne, il convient de renouveler régulièrement les traitements (environ tous les 10 à 12 jours), au moins pour protéger les organes apparus depuis le dernier traitement. Cette cadence peut être modulée en fonction de la pression parasitaire, du lessivage… Lors des printemps très pluvieux, il est nécessaire de resserrer les cadences. Il arrive de devoir réaliser un traitement par semaine en période de forte sensibilité. Inversement, lorsque la pression parasitaire est faible et les conditions météos sèches, il est possible d’espacer les traitements au-delà de 12 jours.

Bon à savoir

▷ Régulièrement, l’ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique) publie un guide de l’ensemble des spécialités commerciales phytosanitaires utilisables en agriculture biologique. La dernière version de ce guide est disponible sur le site : http://www.itab.asso.fr/activites/guide-intrants.php.
▷ Il est conseillé de faire valider la liste des intrants (phytosanitaires, engrais…) par votre organisme certificateur avant utilisation.

“Traiter avant ou après la pluie ?”

▷ Bien que les produits bio soient des produits de contact, donc partiellement lessivables, il est IMPERATIF DE TRAITER AVANT LES PLUIES, à cause de leur mode d’action principalement, ou exclusivement, préventif. Plusieurs autres questions viennent ensuite.

“Est-ce que j’aurais le temps de traiter toutes mes vignes avant la pluie ?”

▷ Il convient de consulter régulièrement les prévisions météorologiques pour anticiper au maximum l’arrivée d’une pluie.
▷ Il faut que le matériel de traitement soit toujours disponible, idéalement avec un tracteur dédié au pulvérisateur, pour limiter au maximum le temps passer à l’attelage / dételage du tracteur avec les autres outils (notamment ceux d’entretien du sol).
▷ Quelle que soit la taille du domaine, il est conseillé d’être en mesure de traiter l’ensemble des vignes en moins de 48h.
▷En cas d’année à pression exceptionnelle (exemple : 2018 pour le mildiou), il peut être nécessaire de faire appel à un prestataire de service pour compenser les contraintes d’organisation de travail sur le domaine.

“Est-ce que je pourrais rentrer dans mes parcelles après une pluie ?”

▷ Il est nécessaire de renouveler les traitements après un épisode lessivant (pluie ou forte rosée). Pour cela, il faut pouvoir rentrer rapidement dans les vignes après une pluie. Si les sols ne sont pas très filtrants et qu’ils ne ressuient pas rapidement après une pluie, il est conseillé de maintenir un enherbement un interrang sur deux ou trois pour assurer une portance des sols suffisante pour pouvoir renouveler le traitement.

Conclusion

L’année 2018 rappelle que dès la première année de conversion, il est important de pouvoir faire face à un millésime avec une pression forte parasitaire. Les questions d’organisation de travail (disponibilité du matériel, de la main d’œuvre….) font partie à part entière de la réflexion lors du projet de conversion et ne doivent pas être improvisées en cours de campagne….

L’anticipation et la réactivité, au moment de la réflexion du projet de conversion et en cours de saison, sont les deux principales clés de réussite de la protection phytosanitaire en viticulture biologique.

En savoir +

Conversion à la viticulture biologique et maîtrise des bioagresseurs, A. Merot et N. Smiths, INRA – UMR System. Cahier technique – Spécial 9ème journée scientifique de la vigne. pp 6-8.
Liste des substances actives autorisées en agriculture Biologique annexe II du RCE 889/2008 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32008R0889&from=EN

FRANCIS MARRE, vigneron du domaine Rotier

“En BIO il faut abandonner l’idée de cadence fixe. C’est la météo qui commande !”

Le domaine Rotier est un domaine familial situé à Cadalen (81). Nos 35 ha de vignes sont plantés avec des cépages locaux (Duras, Braucol, Syrah, Prunelart, Loin de l’œil), consacrés exclusivement à la production de Gaillac AOC. Après quelques années « d’apprentissage », nous avons commencé la conversion de tout le vignoble en Agriculture Biologique à partir de 2009.

Pendant cette phase de conversion, nous avons été accompagné par un conseiller privé, ce qui nous a permis d’intégrer les spécificités de la gestion des vignes en bio avec plus de sérénité. 2012 a été la première année certifiée AB. En ce qui concerne la protection phytosanitaire, la principale maladie est le mildiou. Dès que nous avons commencé la conversion, nous avons compris qu’en bio, il faut abandonner l’idée de cadence fixe, c’est la météo qui commande ! Nous renouvelons les traitements après un cumul de pluie de 20 mm. Le nombre de traitements est donc très variable d’une année à l’autre : de 6 à 12. Il nous est déjà arrivé de devoir faire un traitement en début de semaine et de devoir le renouveler en fin de semaine.

Le principal changement quand on passe en bio est d’ordre psychologique: être plus réactif, plus anticiper les traitements qu’en conventionnel, certaines années accepter d’avoir quelques taches sur les feuilles. Il faut se donner les moyens de positionner un traitement avant chaque pluie, en intervenant le plus près possible de celle-ci. Il faut donc surveiller très régulièrement les prévisions météo, qui restent le principal problème car elles ne sont pas toujours suffisamment précises.

Depuis que nous sommes en bio, nous avons fait évoluer notre matériel de pulvérisation: nous avions un pneumatique 4 faces en conventionnel. En 2012, nous avons changé pour un pneumatique 6 faces utilisant la technique des jets projetés avec assistance d’air (rampe Technoma Précijet). En 2015, nous en avons acheté un second pour être plus réactifs : maintenant, il nous faut 12 h à 2 pulvérisateurs pour traiter tout le domaine, ce qui nous permet de traiter tout le vignoble la veille d’une pluie annoncée. Nous avons la chance d’avoir des sols de graviers de terres alluviales, assez filtrants. Malgré tout, nous maintenons un enherbement 1 interrang sur 2 ou 3 pour améliorer la portance et pouvoir renouveler le traitement le plus tôt possible après une pluie.

Les autres maladies (oïdium et blackrot) sont bien gérées et ne posent pas de problème. Pour l’eudémis, nous travaillons avec la confusion sexuelle qui donne de très bons résultats. Les deux premières années, nous faisions en plus des traitements insecticides au spinosad. Depuis 3 ans, la confusion est suffisamment efficace. Concernant la flavescence dorée, nous sommes très vigilants. Nous avons dû arracher une souche l’année dernière. Nous sommes en zone à deux traitements obligatoires. Nous réalisons les deux traitements au pyrèthre naturel chaque année.

Par Nicolas Constant, article coordonné par Emmanuelle Alias de Sudvinbio

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