La pratique de l'agriculture biologique - Pourquoi c'est compliqué, comment aborder les questionnements ? 1

La pratique de l'agriculture biologique - Pourquoi c'est compliqué, comment aborder les questionnements ?

RETOUR D’EXPERIENCE

CHARLES RAZONGLES,
TECHNICIEN BIO DEPUIS 1980, VICE-PRÉSIDENT DU CREABIO, ADMINISTRATEUR D’ERABLES 31, VOUS FAIT PART DE SON EXPÉRIENCE DE TERRAIN

«Il n’existe pas de recette miracle, mais diverses stratégies qu’il faut savoir combiner. Cela requiert une plus grande maîtrise technique que la chimie».
Cette citation de M. Huygue, directeur scientifique agriculture de L’INRA, à propos des techniques culturales alternatives au glyphosate1, s’applique parfaitement à l’Agriculture Biologique.

Les grandes cultures présentent la caractéristique de s’exercer… sur de grands espaces fortement mécanisées. En bio, cette évidence les distinguent fondamentalement des cultures maraîchères ou fruitières auxquelles la forte valeur ajoutée par unité de surface autorise des moyens de maîtrise technique conséquents, en fertilisation ou désherbage par exemple. Il n’y a que peu de main-d’oeuvre en céréaliculture et les coûts prohibitifs des amendements organiques ne permettent pas de rattraper des situations compromises. Il découle de ces observations que le principal critère de la performance des systèmes céréaliers bio réside dans leur pérennité. De bons résultats après dix ans de pratique n’ont qu’une valeur toute relative si, à partir d’une situation saine en conventionnel, l’état de salissement ou la fertilité des parcelles s’est fortement dégradé. C’est un peu comme si en comptabilité on ne tenait pas compte des amortissements.

Il est donc essentiel d’adopter dès la reconversion de bonnes pratiques, bien adaptées à votre situation, et de les maintenir ensuite. C’est ce que 30 ans d’expérience de terrain en bio m’ont appris.

Les producteurs qui se reconvertissent se sont forcément posé beaucoup de questions, ont lu quelques articles, ont écouté attentivement des voisins déjà en bio, ont participé à des sessions de formation. Ils ont découvert un foisonnement de techniques nouvelles pour eux. C’est logique : on ne peut pas cultiver en bio avec les mêmes techniques qu’en conventionnel. Il va falloir qu’ils s’imprègnent de ces nouvelles techniques, qu’ils apprennent à observer leur terrain, leur flore adventice et à tirer de ces observations les bonnes conclusions. Et c’est bien là le nœud du problème : la pertinence des techniques mises en œuvre ne peut se juger qu’à terme, les meilleurs résultats les premières années ne valent rien si l’on aboutit à des impasses.

Les erreurs en bio se payent souvent cash, parfois en différé, mais elles se payent toujours. Il y a peu de solutions de rattrapage. La bio, c’est une agriculture du risque : la question à se poser est toujours «quelle est la moins mauvaise solution? », parce qu’il n’y a pas de solution idéale, parce que toute solution comporte des conséquences secondaires qui sont propres à chaque situation. Les choix techniques sont toujours des compromis entre l’objectif que l’on s’est défini et d’autres facteurs tels l’humidité du sol au moment de l’intervention, la flore adventice de la parcelle ou la disponibilité des reliquats d’azote par exemple. Oublier ou minorer l’importance de l’un des facteurs peut s’avérer catastrophique… mais aussi parfois sans conséquence si l’évènement pénalisant ne survient pas. Car il y a toujours des contre-exemples, mais comme on ne les maîtrise pas, mieux vaut ne pas tenter le diable ! Dès lors comment aborder le changement de pratiques, comment choisir les techniques adaptées au cas particulier de chaque ferme et comment s’adapter au fil des ans à l’évolution du système ? Parce qu’il n’existe aucune «recette », parce qu’il n’y a rien de figé, je vous propose ici des éléments de raisonnement pour vos prises de décisions.

Quelques définitions abordées sous l’angle «bio»

LE TRAVAIL DU SOL

À part les décompactages profonds, tout le travail en bio tends à « nettoyer» le sol, c’est-à-dire détruire les plantes en place et «faire germer» de manière répétée. En fin de cycle, le sol est généralement prêt à être semé.

LA PRESSION DES ADVENTICES

Il n’existe pas, sauf à de très rares exceptions, de culture bio sans adventices. Le seul objectif c’est de maintenir cette pression à un niveau acceptable par la mise en œuvre systématique d’actions de diminution du stock semencier du sol, par les changements de cycles végétatifs et bien-sûr grâce aux matériels de désherbage.

DÉSHERBAGE MANUEL

Il existe des plantes hors normes, parfois toxiques, contre lesquelles les matériels de désherbage utilisables en bio atteignent rapidement leurs limites : ce sont en premier lieu le datura et le xantium puis l’ambroisie, le sorgho d’alep ou le rumex. Ces plantes sont à éradiquer avant qu’elles ne se multiplient compte tenu des pertes économiques qu’elles engendrent et du coût des techniques à mettre en œuvre pour nettoyer les parcelles atteintes. Le désherbage manuel s’applique à ces plantes «interdites» lorsqu’elles sont présentes en très faible quantité, puisque au-delà de quelques dizaines de plantes par hectare ce travail devient rédhibitoire.

LA FERTILITÉ DU SOL

Toutes les études montrent que la fertilité des sols s’est effondrée depuis un demi-siècle, notamment suite à l’abandon du système polyculture-élevage, en bio comme en conventionnel. Or en bio, c’est exclusivement le sol qui nourrit les cultures! Un sol fertile, c’est un sol qui dispose d’un certain taux de matière organique en surface et en profondeur et dont la structure est suffisamment aérée, c’est à dire un sol « vivant» dans lequel circulent l’oxygène et l’eau, dans lequel les micro-organismes peuvent jouer leur rôle et dont les réserves minérales sont bien explorées par les racines. Les pertes de rendements observées sur les céréales bio les années d’excès d’eau ou de sècheresse, qui peuvent atteindre plus de 50%, sont de bons indicateurs du déficit de fertilité des sols (sauf si on considère que le sol n’est pas adapté à la culture en place).

LES REPOUSSES

En bio, toutes les graines qui tombent au sol sont susceptibles de germer. Ainsi les graines de cultures deviennent des “mauvaises herbe” pour les cultures suivantes.

Photo : Parcelle de méteil orge / pois

LEVIER N°1 : Assolement et rotations

FAITS REMARQUABLES

Quand j’étais technicien de coopérative, j’ai investi l’Aveyron dans le but d’y développer des cultures spéciales, notamment le colza et les lentilles. Pourquoi l’Aveyron ? Parce qu’il s’y trouve beaucoup de fermes d’élevage qui cultivent 15 ou 20% des surfaces en grandes cultures, tout le reste étant semé en prairies, dont une grande partie de prairies assolées. Or ce système est le meilleur garant de la fertilité des sols et de leur propreté. Les résultats ont dépassé mes espérances, avec des rendements courants de 4 à 5t/ ha en céréales, de 3 à 4 t/ ha en colza (soit à peu près le maximum de la culture) et jusqu’à 2 t/ ha en lentilles.

Au début des années 2000, avec la surproduction et la baisse des cours mondiaux, l’Europe avait imposé aux fermes céréalières 10% des surfaces en jachère. Sur les fermes bio, ces surfaces étaient bien-sûr semées en légumineuses fourragères qui permettaient de restructurer le sol, remonter le niveau des reliquats azotés et baisser la pression adventice des parcelles.

SEMER DES PRAIRIES TEMPORAIRES

Ces deux exemples illustrent tout l’intérêt de semer des prairies temporaires, partiellement ou totalement broyées sur place, dans les systèmes céréaliers. Pendant la période de reconversion, c’est une évidence : la récolte ne sera pas valorisée au prix bio, donc l’intérêt économique de la culture sera tout relatif, parfois même nul. Dans ce cas, il vaut mieux diminuer sa charge de travail, minimiser les charges opérationnelles ou «remonter» une parcelle dégradée dans le but de bénéficier pleinement de «l’effet prairie » en première année de bio, avec un bon niveau de rendement et un prix élevé.

LES JACHÈRES

Par la suite aussi, il importe de conserver au moins 10% de jachère. Les producteurs qui se sont empressés de supprimer les jachères ont certes bénéficié d’une augmentation immédiate de rendement, mais aucun avantage ensuite. Une certaine surface de jachère de 1 à 2 ans dans la rotation, c’est l’assurance de conserver un niveau de fertilité sur la durée, c’est une souplesse introduite dans la rotation pour des parcelles qui ont subi un accident de culture ou sur lesquelles certaines adventices posent problème.

En fait, en bio, la rentabilité dépend du niveau de rendement puisque les charges variables sont généralement modérées et les prix de vente élevés. Il ne sert à rien de mettre en culture des parcelles dont on sait qu’elles présentent un problème (sol compacté ou envahissement probable d’adventices par exemple), parce l’on n’a pas l’engrais soluble ou le désherbant permettant de corriger ces défauts. Les jachères, à condition d’en réduire le coût d’installation, permettent de contourner ces problèmes.

À long terme même, on peut dire que la céréaliculture sans jachère n’est pas tenable en bio, sauf quelques rares cas particuliers. Et se souvenir d’une chose : si dans la rotation on prévoit d’effectuer un décompactage, c’est toujours dans les 2 ou 3 ans avant la jachère qu’il faut le placer. La légumineuse prairiale que l’on installera alors s’implantera profondément et son effet bénéfique sur la structure du sol sera plus durable. Par contre, il ne faut jamais décompacter après la prairie parce que l’apport d’oxygène dans la zone profonde accélère la destruction des racines sensées stabiliser la structure du sol.

Photo 2 : Culture de pois. Les rotations bio sans apport exogène de fumier doivent obligatoirement comporter 45 à 60% de légumineuses

UNE ROTATION LONGUE

La rotation, quant à elle, devra être longue – 5 à 8 ans constituant un bon repère – et diversifiée. Des observations montrent que plus la rotation est longue, moins les problèmes sanitaires et d’adventices se posent avec acuité. C’est l’inverse de la monoculture ou des rotations simplifiées du conventionnel. En général, on respecte une alternance cultures d’été/cultures d’hiver, mais il ne faut pas hésiter à bousculer cet ordonnancement en introduisant deux cultures d’été successives où bien une culture d’hiver suivie d’une culture de printemps. Deux cultures de même cycle successives peuvent apporter une solution vis à vis d’une catégorie d’adventices en expansion dans le cycle opposé. Il n’y a pas de règle, seulement une adaptation permanente à l’évolution de la flore.

PROBLÈME DES REPOUSSES

Certaines cultures peuvent poser des problèmes de repousses dans la culture suivante. C’est le cas du tournesol, vis à vis de cultures semées en sortie d’hiver (lentilles, pois-chiches, lin…). Il n’y a pas des repousses chaque année, et le climat de l’hiver ne permet pas de les prévoir, mais lorsqu’elles surviennent, la culture en place peut être compromise !

Ces cultures sont donc à proscrire après tournesol. Le soja lui ne sera pas vraiment handicapé en culture par les repousses mais il faut savoir que quelques centaines de pieds de tournesol génèrent de fortes impuretés, tout comme les repousses de blé dans les lentilles.

Les autres cultures posant des problèmes de repousses sont les espèces à petites graines dures et persistantes dans le temps (colza, quinoa…). Seuls des déchaumages soignés peuvent circonscrire les problèmes. Il faut au minimum déchaumer 1 fois à très faible profondeur, 3 à 4 cm si possible, avec passage d’un cultipacker, puis une seconde fois à peine plus profond, après une première levée.

GESTION DE L’AZOTE

Enfin les rotations bio sans apport exogène de fumier doivent obligatoirement comporter 45 à 60% de légumineuses, seul apport réellement efficace d’azote. Bien-sûr, on peut apporter des engrais granulés ou en poudre du commerce, titrant une dizaine d’unités d’azote, notamment sur les cultures exigeantes. Mais on sait aussi que leur coefficient d’utilisation est très faible sur les céréales en sortie d’hiver, de 25 à 50% seulement avec les produits actuellement disponibles selon les conditions climatiques.

Même s’il est difficile de s’en passer pour assurer un certain niveau de rendement et de qualité boulangère sur blé, il paraît économiquement impossible de baser la nutrition azotée des cultures sur ce seul apport. Donc il est essentiel de bâtir les rotations avec une alternance de légumineuses, en plus des couverts végétaux et de la jachère assolée. La palette des espèces, répartie entre les protéagineux, légumes secs et soja, permet de répondre aux différentes situations, même si les rendements ne sont pas toujours réguliers. À noter qu’en protéagineux j’ai tendance à privilégier dans les sols favorables le pois de printemps, semé en décembre dans notre région, parce qu’il permet un petit décalage de cycle par rapport à la fèverole et au blé, donc par rapport aux adventices d’automne, et parce qu’il donne des résultats un peu plus réguliers que la féverole.

Photo 3 : Repousses de tournesol dans un champ de blé.

LEVIER N°2 : Travail du sol

S’il est un sujet qui enflamme les passions, c’est bien celui-là ! Pourtant, ici comme ailleurs il n’existe pas de vérité démontrée et il faut surtout rester modeste parce que l’expérience montre que la meilleure stratégie systématisée pendant 8 ou 10 ans peut se révéler tout à coup catastrophique, par exemple à la suite de plusieurs années atypiques successives ou parce qu’elle aura favorisé un type d’adventice. Souvenez-vous, nous travaillons sans filet.

LABOUR OU PAS LABOUR ?

Lorsque l’on parle du labour, il faut savoir de quoi on parle. L’antique labour effectué à 12cm avec les bœufs n’a rien à voir avec les labours des années 80 où de gros tracteurs équipés de pneumatiques classiques creusaient des sillons de 30cm de profondeur ni avec celui des charrues néo-déchaumeuses actuelles tirées par des tracteurs à pneus basse pression qui roulent sur le guéret. Il convient d’abord de se demander quelles sont les fonctions du labour: travailler et ameublir une couche de sol, bien-sûr, mais aussi, en bio, nettoyer le sol en un seul passage. Le labour peut enfouir les matières organiques présentes en surface et qui pourraient gêner des opérations ultérieures (semis, herse-étrille, binage…), enfouir les graines formées dans la culture précédente et détruire les plantes présentes ou les repousses, à condition qu’elles ne soient pas trop développées, que leurs feuilles ne dépassent pas des mottes. Voilà des fonctions importantes en bio !

Bien-sûr le labour est accusé de diluer la matière organique et de sensibiliser les sols de coteaux à l’érosion. Mais au regard de ce qui précède, est-ce que l’on peut définitivement s’en passer ? Pour ma part, je n’éliminerais qu’une seule forme de labour, celui à plus de 25 cm et systématisé chaque année, même si certains anciens l’on pratiqué plusieurs décennies. Mais le risque que la fertilité du sol s’effondre à un moment est trop patent. À l’opposé, les systèmes sans labour associés aux cultures intermédiaires sont parfaits sur le plan agronomique (sauf dans des sols lourds et humides).

Mais certaines adventices qui lèvent en toutes saisons et aiment les sols fermes, tel le raygrass, peuvent envahir progressivement une rotation sans labour. Dans ce cas, le problème peut être résolu par un seul labour entre 20 et 25 cm tous les 8 à 10 ans, à condition que les travaux ultérieurs soient circonscrits à moins de 20cm pour ne pas remonter de graines.

“Je n’éliminerais que le labour à + de 25 cm”

Ce n’est peut-être pas la seule voie de recours, mais celle-ci est efficace et immédiate. Globalement quand même, la limitation du nombre des labours et de leur profondeur est une bonne chose parce qu’elle préserve le capital sol.

Photo 1 : Le labour n’est pas la seule voie de recours mais il peut s’avérer efficace et immédiat.

LES FAÇONS SUPERFICIELLES

Quels sont les objectifs du travail du sol en bio ? D’abord nettoyer le sol des plantes en place, adventices ou repousses, et fragmenter les matières organiques présentes en surface qui pourraient gêner les passages ultérieurs d’outils de précision (bineuse, herse-étrille). Ensuite assurer plusieurs mises en germination des graines d’adventices, c’est à dire diminuer leur stock présent dans la couche superficielle du sol. Enfin ameublir suffisamment le sol pour favoriser l’implantation de la culture et aboutir à un lit de semence correctement nivelé et de granulométrie homogène. Ce sont bien des façons culturales successives et espacées, c’est à dire plus nombreuses mais plus rapides par rapport au labour, qui répondent le mieux à ces exigences.

La palette des outils qui correspondent à ces objectifs dans différentes natures de sol est large, mais il convient d’observer certains réglages : la présence de roues de terrage qui assurent une profondeur de travail homogène, le fait de croiser en biais les passages d’outils à dents et de les équiper de cœurs, le fait de rechercher un sol billonné qui permet un meilleur ressuyage et une meilleure efficacité d’arrachement/recouvremen… L’essentiel dans cet itinéraire technique est d’obtenir chaque fois un nettoyage parfait, sinon les plantes qui survivent seront plus difficile à détruire la fois suivante, et de ne pas compacter le sol, d’où l’importance des dispositifs anti-tassement (pneus jumelés, basses pressions, roues- cages…).

C’est pendant ces phases successives de la préparation des parcelles que se situent une grande partie des compromis à faire : combien de passages à faire pour parvenir aux objectifs ? Quelle durée observer après les pluies pour ne pas trop compacter le sol ? Combien de jours faut-il compter avant de nouvelles précipitations pour que les plantes arrachées ne reprennent pas racine. Or ces arbitrages sont particulièrement délicats à faire selon la nature du sol, selon le développement des plantes en place, dès que l’on s’approche de l’hiver ou que l’on en sort.

“Concilier des objectifs contradictoires : l’expérience”

Là se situe le tendon d’Achille de l’agriculture biologique : concilier les objectifs contradictoires entre la préservation du sol, la nécessité de son parfait nettoyage et la préparation du lit de semence. L’expérience et la performance des outils font alors souvent la différence.

LEVIER N°3 : Les couverts végétaux

Disons-le tout net, sauf dans les terres lourdes et humides, une agriculture bio sans apports extérieurs ou presque ne peut pas se passer de couverts végétaux, en plus des + ou – 10% de jachères.

En bio, c’est bien le sol qui nourrit la plante, le rôle des engrais étant tout à fait marginal.

Or les couverts végétaux viennent rajouter, grâce à l’action de leur système racinaire sur les réserves minérales du sol, grâce à l’apport de matière organique verte qui dynamise l’activité biologique, grâce à la restitution d’azote et de minéraux, un volant de fertilité ponctuel au cours de la rotation. Ils ne mobilisent pas de parcelle mais exigent d’acquérir une technicité spécifique, et il est particulièrement compliqué de faire le tri des préconisations à ce niveau. Pourtant quelques règles simples et de bon sens permettent de les mettre en pratique.

Photo 2 : Couvert végétal en floraison.

1/DÉMARRAGE

D’abord commencer dès la reconversion, mais sur des surfaces réduites, cela afin d’acquérir l’expérience propre à ses conditions pédo-climatiques, ce qui est essentiel.

2/ COÛTS

Minimiser les coûts par l’auto-production de semences ou les échanges entre producteurs.

3/INSTALLATION

Toujours installer des légumineuses en pur ou en association. Les couverts végétaux ont d’abord besoin de reliquats pour produire de la matière, d’autant plus qu’ils sont en place sur des cycles végétatifs courts (3 à 4 mois en automne, à peine plus sur des cycles longs mais qui incluent la période hivernale). Or le sol n’est capable de fournir suffisamment d’azote sur de courtes périodes que s’il existe une masse de reliquats mobilisables, par exemple après un trèfle de 2 ans en anté-précédent. Dans tous les autres cas, les légumineuses sont indispensables dans les couverts.

4/ GRAINES

Dans les associations, choisir de préférence des graines de tailles homogènes, sinon il faut semer en deux fois et à des profondeurs différentes, ce qui augmente le coût. À noter quand même qu’en cas de faible pluie pour la levée et de sècheresse prolongée ensuite, les toutes petites graines peuvent ne pas survivre.

5/ ADVENTICES

La montée à graine des adventices constitue une limite naturelle à la durée des couverts végétaux. Les trèfles sous couvert de céréales peuvent apparaître comme une solution sécurisante d’installation des couverts, mais il faut savoir qu’ils interdisent tout déchaumage après récolte et qu’il faudra les faucher en été avant toute maturation des graines d’adventices, même si leur masse végétative n’est pas significative. De même, on ne peut plus installer en août des couverts d’automne du fait du réchauffement climatique : seuls les semis de septembre garantissent généralement que les adventices d’été ne produiront pas de graines viables avant l’hiver.

6/ DESTRUCTION

La destruction des couverts s’apparente à un compte à rebours. Il faut d’abord compter que le processus de décomposition de la matière végétale soit bien entamé pour que la vie microbienne du sol soit capable de l’absorber sans provoquer un « effet dépressif» (consommation de l’azote du sol). Il faudra ensuite s’assurer que la végétation soit bien détruite, ce qui est particulièrement difficile pour les graminées présentes dans la composition du couvert ou les adventices qui ont poussé en même temps, puis préparer le sol pour la culture suivante. Pour fixer les idées, disons qu’il faut compter environ 1 mois entre le broyage ou le passage d’un rouleau hacheur sur le couvert et le semis suivant, un peu moins si la masse végétative est faible (environ 50 cm de haut, soit 1 à 2 t/ha de MS), un peu plus si elle est importante (+ de 1 mètre de haut, soit plus de 3 t/ha de MS). La pré-décomposition de la matière végétale en surface doit durer au minimum 10 à 15 jours. On peut ensuite commencer à incorporer progressivement la matière organique, généralement à l’aide d’outils à disques qui ne «bourrent» pas et arrachent les plantes, puis approfondir par un ou deux passages d’outils à dents. De cette manière, la matière organique reste mélangée à la terre dans la zone du sol riche en oxygène, ce qui optimise sa décomposition. Eventuellement, un petit labour à la charrue déchaumeuse permet ensuite de nettoyer la surface et d’achever les repousses.

QUELQUES RÈGLES

Dans les terres légères, disons, en dessous de 18-20% d’argile, la pratique des couverts végétaux devrait être quasiment systématique. Pour conserver une structure stable et aérée ces sols ne devraient jamais rester sans végétation. Il en est différemment dans les sols argileux, de structure généralement plus stable et qui retiennent beaucoup d’eau. Dans les sols les plus argileux ou dans les versants nord des coteaux, la pratique des couverts doit être remplacée par un pourcentage plus important de jachère. Sur les versants sud et les terres n’excédant pas 30-35% d’argile, les couverts restent intéressants mais ne doivent pas être poussés trop loin: il y a un compromis à rechercher entre le développement végétatif du couvert et la concurrence en eau qu’il va exercer sur la culture. Les couverts évaporent forcément de l’eau quand on s’approche de la date de semis, ce qui permet de travailler dans un sol plus assaini. Mais une année précoce au printemps (déficit hydrique en hiver, températures élevées et faible pluviométrie ensuite), les couverts doivent être détruits assez tôt, même s’ils ne sont pas suffisamment développés, sous peine de pénaliser la culture vis à vis de la disponibilité en eau.

Si l’on fait la synthèse de ce qui précède – nature de sol, délai de destruction et pluviométrie de l’année – les dates de destructions des couverts s’établissent donc approximativement ainsi :

pour les céréales d’automne : vers la mi-octobre
pour les cultures de printemps (lin, lentilles, pois-chiches) : mi-novembre à fin décembre en sols argileux, décembre à février en sol limoneux. C’est évidemment le cas le plus délicat à maîtriser, les travaux se situant en période hivernale.
pour les cultures d’été : de fin mars à début mai.

Il serait hasardeux de trop se décaler de ces préconisations, sauf à acquérir une solide expérience dans ses propres conditions de culture. Mais alors, la pratique des couverts végétaux devient un vrai atout en agriculture bio.

Photo 3 : La mi-octobre est la période idéale pour détruire les couverts végétaux en céréales d’hiver

LEVIER N°4 : La lutte contre les adventices

Les adventices, c’est ce qui fait peur en céréaliculture bio parce qu’on ne maîtrise en réalité pas grand-chose. En effet, si par manque de chance on subit une pluie après chaque passage des outils de désherbage, ceux-ci se révèlent quasiment inefficaces ! D’autre part on ne sait jamais ce qui va lever ni à quel moment.

L’exemple le plus frappant que j’ai connu concerne une parcelle de lentilles, cette culture étant particulièrement sensible à l’enherbement car peu concurrentielle et sur laquelle la herse étrille, seul équipement du producteur concerné, n’est pratiquement pas efficace. Nous avions convenu d’installer cette culture sur les 5 hectares d’une prairie vieille de 30 ans, ce précédent étant considéré comme nettoyant vis à vis des plantes annuelles. La culture fut effectivement magnifique… jusqu’en mai où il se mit à pleuvoir beaucoup pendant deux mois et demi. C’est alors que des vagues successives de chénopodes envahirent la parcelle jusqu’à rendre impossible la moisson sur les trois quarts de la surface ! Cela voulait dire que les conditions de l’année ont révélé un problème sur cette parcelle dont nous ne pouvions pas avoir conscience, donc que nous n’avions pas traité (évitement possible : modification d’assolement avec une céréale en première culture et faux-semis en fin d’été). Mais aussi que si le printemps avait été plutôt sec, nous ne nous serions rendu compte de rien.

Cependant les producteurs bio qui ont actuellement 40 ans de pratique sont les témoins que la maîtrise globale des adventices est parfaitement possible. En fait, il existe dans tous les sols un ensemble de graines et tout l’art de l’agriculteur sera de faire en sorte de minimiser leurs nuisances. C’est par un ensemble de techniques que l’on y parvient.

1/ Par la mise en œuvre de rotations pertinentes.

Le décalage des cycles végétatifs des cultures lorsque l’on observe des levées importantes, les rotations longues et diversifiées, le semis de jachères prairiales de courte ou moyenne durée sur les parcelles à problèmes.

Photo 1 : Folle avoine (l’une des adventices les plus nuisibles en grandes cultures) dans une parcelle de blé population (Tarn-et-Garonne).

2/ Par la mise en œuvre de façons culturales successives et judicieusement espacées : d’abord les déchaumages systématiques associés à un bon rappuyage des sols pour faire germer les petites graines dures qui lèvent en toutes saisons, les approfondissements progressifs qui conservent une granulométrie favorable aux levées et les faux-semis superficiels en fin de préparation. Mais aussi parfois un labour destiné à enfouir les graines.

Photo 2 : La luzerne , tête de rotation, a une action nettoyante.

3/ Par le choix de dates de semis raisonnablement tardives: éviter généralement les semis trop précoces qui augmentent considérablement les risques de salissement (début novembre pour les céréales ou début avril pour les cultures d’été, sauf si le printemps est très précoce). Cela implique que l’on ne privilégie pas forcément la productivité variétale parce que le rendement final dépend plus de la propreté et de la rusticité de la culture que du potentiel de la variété, puisque l’on ne l’atteint jamais.

4/ Par la qualité du lit de semence: une granulométrie homogène et une surface de sol bien nivelée améliorent d’abord la régularité de la levée, ce qui est primordial pour la possibilité d’interventions mécaniques précoces et l’effet concurrentiel de la culture. D’autre part les outils de désherbage travaillent beaucoup mieux sur un sol bien nivelé.

5/ Par la combinaison d’outils de désherbage à actions différentes (houe rotative, herse étrille, bineuse à dents semi- rigides ou rigides), passés précocement parce queleur efficacité est lié au stade des adventices. Quant au fameux «passage à l’aveugle » de la houe ou de la herse, il est souhaitable sur les cultures d’été semées au monograine assez profond, mais reste très aléatoire sur les céréales semées superficiellement parce qu’on ne peut pas déranger une graine en cours de germination. Son efficacité en céréales dépend essentiellement de la météo : si l’on dispose d’une fenêtre météo assez sûre de 4 à 6 jours, on peut préparer, attendre 2 ou 3 jours pour semer en solo puis réaliser le passage à l’aveugle 1 ou 2 jours après, les adventices ayant déjà commencé à germer.

6/ Par une prophylaxie à la récolte.

Le nettoyage de la moissonneuse-batteuse devrait être réalisé avant toute récolte. Ensuite il s’agit de démarrer par les parcelles les plus propres et toujours finir par les plus sales pour concentrer les problèmes au lieu de les diluer parce qu’une parcelle sale pourra toujours être traitée à part (jachère ou assolement particulier).

EN CONCLUSION

On l’a vu, en bio l’équation “un problème / une solution”, n’existe pas! D’abord parce qu’il y a toujours plusieurs problèmes en même temps, ensuite parce que les différentes solutions résident en une combinaison de plusieurs techniques. Toutes les techniques sont imbriquées pour parvenir aux objectifs, et pour que les bons résultats soient susceptibles de se reproduire année après année, parce chacune individuellement n’a pas une efficacité suffisante. C’est pourquoi il est important de commencer les bonnes pratiques dès la conversion, de les continuer et de les adapter en permanence ensuite. Également d’être suivi par un technicien expérimenté et indépendant du commercial.

Crédit photo : Interbio Occitanie


Gestion du Bio dans les Chais Mixtes 2

Gestion du Bio dans les Chais Mixtes

Au vignoble, la conversion progressive vers l’agriculture biologique entraine des situations de mixité en cave, notamment en coopérative. On se retrouve à gérer plusieurs qualités de produits (bio, conversion, conventionnel), y compris sur une même couleur ou une même appellation.

1. LA MIXITE EN CAVE

LES RISQUES A GERER ET LA RSPONSABILITE DES OPERATEURS

La mixité en cave demande réflexion quant à la mise en place de mesures de prévention des risques de mélange et de contamination des lots des différentes qualités, bio, conversion avec le conventionnel.

Le nouveau règlement Bio du Conseil (UE) 2018/848 du 30 mai 2018 entrera en application à partir du 1er janvier 2021. Il précise la responsabilité des opérateurs et la procédure à suivre en cas de contamination des produits bio ou en conversion.

ARTICLE 28 DU RGT (UE) N° 2018/848, applicable au 1er Janvier 2021
▶ Identifier et éviter les risques de contamination des produits bio
▶ Ré-éxaminer régulièrement les mesures de préventions
▶ Assurer la séparation des produits bio, conversion et conventionnel
▶ En cas de soupçon sur la conformité d’un produit :
• Identifier le produit concerné
• Vérifier sa conformité
• Ne pas mettre sur le marché en tant que produit bio ou en conversion si soupçon maintenu
• Avertir dans ce cas l’autorité compétente (Organisme de certification, OC)
• Coopérer avec l’OC dans son enquête officielle pour établir l’origine et la cause de la contamination.
À NOTER : La réglementation bio européenne est donc une obligation de moyens! C’est au vigneron d’établir un plan d’analyse des risques au sein de son chai et de définir les mesures de prévention et de contrôle à la garantie de la qualité de ses produits (article 4 du rgt (UE) 2018/848).

2. L’ORGANISATION DE LA MIXITE EN CAVE

La figure 1 ci-dessous résume les mesures à prendre afin de répondre aux exigences règlementaires.

Figure 1 Plan de mesure pour la gestion des risques de contamination du bio en cave

3. LES MESURES DE PRECAUTION ET DE SEPARATION

Quels sont les risques majeurs traditionnellement identifiés dans les chais mixtes ?

▶ Le mélange de qualités bio (ou en conversion) avec du conventionnel lors des transferts de moût ou de vin

▶ La contamination d’un lot bio (ou en conversion) par des résidus de pesticides contenus dans un lot conventionnel lors de passage dans un même matériel d’un lot bio après le conventionnel.

▶ L’utilisation d’intrants œnologiques interdits dans les lots bio ou en conversion (par erreur!).

LES CONSEILS

Afin d’identifier au mieux les points à risque, décrire un schéma de vinification précis, présentant, les étapes de vinification, le matériel (notamment le matériel mixte utilisé en bio et en conventionnel) les types d’intrants utilisés (conformes au règlement bio !), les personnes responsables et référentes par poste.

Séparer au maximum les flux des différentes qualités:
Dans l’espace : Réserver pour le bio (ou conversion) un conquet d’apport, une partie de la cuverie, du matériel. Eviter certaines technologies de vinification inadaptées (thermo, pressoir continu, filtre rotatif…)
Dans le temps : toujours travailler les apports et les lots dans le sens suivant : produits AB → produit en conversion (C2 et/ou C3) → produit C1 ou conventionnel. Si ce n’est pas possible, une procédure de lavage « pour éliminer les résidus dematière de qualité inférieure» sera obligatoire (cf § 2.b). Réservez si possible des matinées d’apport vendanges pour les bio.

Optimiser l’organisation du travail en cave:
• Identifier en cave les lots bio / en conversion : sur les ardoises des cuves ou sur des pancartes plastifiées
• Rédiger le planning de travail en cave en commençant par les lots bio (remontage, décuvage, pressurage), puis la conversion et le conventionnel (adopter un code couleur)

4. LE PLAN D’HYGIENE

À partir du schéma de vinification (cf. §1), seront identifiées les matériels et les étapes pour lesquelles un lavage* avant l’utilisation pour un produit bio ou en conversion (figure 2).

* DÉFINITION « LAVAGE » : dans le cadre des exigences règlementaires pour la gestion des risques de contamination en bio, le lavage consiste à éliminer les «résidus de matière potentiellement contaminant» (reste de raisins, jus conventionnel dans le conquet, tartre…). La qualité du lavage sera définie en fonction de la persistance de ces résidus sur les matériaux.

Il n’existe donc pas de procédure d’hygiène définie dans le cadre du règlement bio européen: l’opérateur doit apprécier le niveau d’hygiène nécessaire (détartrage, nettoyage, désinfection) par type de matériel sans négliger bien sûr les autres risques (microbiens notamment !).

Fig. 2 Obligations de lavage selon les flux de produit

LES CONSEILS

▶ Définir un plan d’hygiène (tableau 1), selon les risques de contamination identifiés au chai

▶ Chaque action (prélavage, rinçage, nettoyage, désinfection, contrôle) pourra être détaillée dans une procédure spécifique indiquant les produits, la dose, le temps de contact, le protocole de mise en œuvre, les spécificités des matériels, la validation de l’efficacité du lavage par matériel…

▶ Un bref rappel du niveau d’hygiène requis pourra être affiché en cave à chaque poste ou sur le matériel concerné.

▶ La formation du personnel de cave à ces habitudes de lavage est fondamentale pour la réussite de la mise en œuvre du plan hygiène!

Tab. 1 Ex. de présentation d’un plan d’hygiène en cave

5. LE CONTROLE INTERNE

Le contrôle permettra de vérifier l’efficacité des mesures de prévention. Il pourra s’organiser grâce à :

▶ la traçabilité des opérations de vinification et du plan hygiène

▶ la signature des fiches de traçabilité par les responsables de poste

▶ la mise en œuvre d’un plan d’analyse de résidus de pesticides sur les produits en fonction des niveaux de risque.

À NOTER Ce plan de contrôle interne sera considéré par votre OC comme une garantie de la qualité de votre activité bio et de vos produits bio.

Attention ! Les analyses de résidus faites sur le produit fini ne sont pas suffisantes pour garantir la qualité bio des produits. Elles sont un maillon du plan de contrôle interne.

Les contrôle des prestataires :

▶ Les prestataires mobiles (chaine de mise, prestation de filtration…) intervenant sur place sont sous la responsabilité de la cave : ils n’ont pas l’obligation d’être certifiés bio et sont contrôlés dans le cadre de l’audit de la cave. Vous devez donc intégrer leur travail dans votre « audit interne» et votre plan de gestion de la mixité en cave.

▶ Les prestataires fixes (site de conditionnement, site de stockage…) ont l’obligation d’être certifiés bio à partir de deux clients bio. Dans ce cas, le respect des exigences relatives au règlement bio et la gestion de la mixité sont contrôlés dans le cadre de leur certification. N’hésitez pas à leur demander leur certificat « Façonnier» bio !

6. LA TRACABILITE

C’est la finalité : ce qui permettra de justifier et vérifier la bonne gestion de la mixité au chai et la maitrise parfaite des risques ! On liste principalement :

▶ La traçabilité des lots et des mouvements en cave : identifier chaque qualité du ticket d’apport au conditionnement.

▶ La traçabilité des vinifications: pratiques, intrants (nom spécialité commerciale et dose) par lot.

▶ La traçabilité des procédures de lavage : preuve du nettoyage si c’est nécessaire en plus des procédures décrite, du plan d’hygiène et du contrôle par le référent.

LES CONSEILS

▶ Pour une bonne traçabilité, trouver des codes simples et efficaces : utiliser la couleur, les sigles chaque qualité de produit.

▶ Identifier des lots en cave de manière claire et visible!

Par Valérie PLADEAU, SUD VIN BIO.

Crédit photo : Interbio Occitanie


Fruits & Légumes BIO en Occitanie - Une filière en pleine expansion 5

Fruits & Légumes BIO en Occitanie - Une filière en pleine expansion

A l’est comme à l’ouest de la région, tous les territoires contribuent au développement de cette filière et de productions qui correspondent à une attente forte des consommateurs qu’ils résident ou non en Occitanie. Cette filière a toujours été marquée par la dualité circuits courts et circuits longs. Il s’agit pour le citoyen occitan intéressé par la vente directe ou le client des magasins bio de proximité de « consommer bio et local parce que c’est idéal ». Pour les transformateurs et les distributeurs d’Occitanie, comme dans toute la France, l’enjeu est d’être approvisionné au plus près de son lieu d’activité. Le Plan Alimentaire de la Région Occitanie qui se met en place prend en compte les attentes citoyennes, en prévoyant d’encourager le référencement des produits bio de la région, dans la restauration des lycées. Comme le montre les données de l’Observatoire Economique d’Interbio Occitanie, la production régionale a la capacité de fournir la restauration collective. La rencontre et les visites réalisées dernièrement chez le transformateur Prosain ainsi que chez les grossistes distributeurs de la région Toulousaine, montrent s’il en était besoin que les possibilités de développement de la production en région sont importantes et doivent être accompagnées par un appui conséquent pour structurer les filières.

PYRENEES ORIENTALES

PRO SAIN

Un transformateur engagé pour un développement le plus local possible

Prosain fêtait le 5 octobre dernier son cinquantenaire. C’est en effet en 1968 que Maurice Lescastreyres, fondateur de Pro Sain, a démarré une unité de transformation de fruits et légumes à Bages dans les Pyrénées Orientales. Sa démarche était dès le début fondée sur la qualité des produits qu’il voulait naturels, sur le goût, et sur l’origine locale des productions.

En quelques années, l’approvisionnement de l’usine de transformation était ainsi assuré, entre autres, par des fruits et légumes provenant d’une centaine d’hectares situé sur la commune de Bages qu’il avait mis en culture. M. Lescastreyres a été par ailleurs fondateur du premier mouvement interprofessionnel bio ABF, et a ainsi participé à la création du logo AB dans le début des années 1980. L’entreprise familiale rachetée successivement par Agro-cinq puis le groupe La Vie, tout en restant exclusivement dédiée au bio, s’est éloignée de ses principes fondateurs qui étaient basés sur un approvisionnement local et une stratégie commerciale initiale qui priorisait les circuits de distribution spécialisés bio et des distributeurs de produits haut de gamme comme Fauchon.

INNOVATION ET RESPECT DES TRADITIONS CULINAIRES

Brooks Wallin, d’origine américaine, a repris l’entreprise en mai 2004. Il a relancé l’activité de l’entreprise, en revenant aux valeurs initiales de son fondateur dont la conviction était que «l’avenir de la planète dépend d’une alimentation saine et respectueuse de l’environnement». La nouvelle stratégie repose sur l’innovation au service de la santé des consommateurs, la préservation de la culture et du savoir-faire culinaire français, un paradoxe au regard de ses origines américaines ! À l’appui de cette stratégie, M. Wallin entreprend en profondeur la modernisation des équipements de transformation entre 2012 et 2014, avec des investissements conséquents dans le cadre du fonds Avenir Bio avec l’appui de la Région, qui se traduisent par une très forte progression du chiffre d’affaires qui atteindra 19 milllion d’€ en 2018.

RELOCALISATION DES APPROVISIONNEMENTS

Le développement de l’activité se réalise par la recherche de producteurs locaux grâce à l’appui du CIVAMBIO 66. En quelques années, la relocalisation du sourcing en Région Occitanie permet de couvrir environ 50% des besoins de l’entreprise notamment pour la production d’abricots, de tomates, de courgettes et d’aubergines mais aussi de viande de bœuf bio des Pyrénées Orientales.

Pro Sain transforme ainsi annuellement 2 500 tonnes de fruits et légumes bio pour la fabrication de conserves sucrées et salées (plats et légumes cuisinés, sauces tomates, confitures, purées de pommes…). La marque «Pro Sain» est commercialisée exclusivement dans les magasins spécialisés bio.

Les élus locaux invités à ce cinquantenaire, fêté le 5 octobre dernier sous un soleil radieux, ont souligné l’importance du développement de l’entreprise et de la filière bio locale pour le développement économique, notamment M. Soubielle, maire de la commune de Bages et lui-même arboriculteur en biodynamie. Le président de la Communauté de Communes Albères Côte Vermeille Vallespir, M. Aylagas, quant à lui, rappelait son attachement à la création d’emplois non délocalisables et sa volonté de mobiliser le foncier agricole de son territoire. La présidente du Conseil Départemental, Mme Malherbe, s’est félicitée de la réussite de l’entreprise et de l’importance prise par la bio dans le département avec 26% de sa SAU conduite en AB, grâce à l’action du CIVAMBIO. Elle a également rappelé sa volonté de reconquérir les friches notamment pour accompagner le développement des entreprises de la filière bio, en participant activement à la mobilisation du foncier sur le périmètre irrigable à l’aval du lac de Villeneuve de la Raho, en partenariat avec les Communautés de Communes concernées.

LES BESOINS EN PRODUCTIONS DES PO ET D’OCCITANIE

La visite des installations a été l’occasion pour M. Wallin de montrer le savoir-faire de transformation de son entreprise, et de rappeler sa politique d’approvisionnement la plus locale possible donc dans les Pyrénées Orientales et en Région Occitanie, puisque c’est déjà le cas pour 50 à 60% des produits frais : fruits, légumes, viandes. Ainsi la viande de bœuf bio est à 100% origine Pyrénées et pour celle du veau bio à 100% IGP Rosée des Pyrénées! L’entreprise recherche pour compléter son sourcing local en Occitanie l’équivalent 150 tonnes d’aubergines rondes et longues, 100 tonnes d’oignons pelés, 150 tonnes de légumes secs (lentilles vertes, pois chiches, haricots rouges et blancs, flageolets verts et 200 tonnes de pommes.

BIOLEG ROUSSILLON

Entreprendre le maraîchage bio en Roussillon

Le constat est partagé, les principaux metteurs en marché de fruits et légumes bio dans les Pyrénées Orientales veulent conforter leur approvisionnement en légumes bio locaux car la production n’est pas suffisante pour satisfaire leurs marchés.

En effet la consommation de fruits et légumes bio progresse chaque année plus vite que la production avec une croissance de 5-10%? et représente désormais 10% du marché français des fruits et légumes frais. Ces entreprises ont ainsi vu leur chiffre d’affaires progresser de 15 à 20% par an, et parfois doubler au cours des 5 dernières années. Par ailleurs quel que soit le circuit de distribution, magasins spécialisés bio ou grande distribution, la demande se porte clairement sur une production d’origine nationale voire locale.

Le Projet Bioleg, animé par le CIVAM bio 66 et la Chambre d’Agriculture 66, vise à répondre à la demande des entreprises notamment la société Alterbio sur la zone Saint-Charles, la coopérative Teraneo à Saint-Hippolyte, et le transformateur bio Prosain à Bages, qui souhaitent augmenter leurs approvisionnements en légumes bio dans le département.

150 hectares de production maraichère bio supplémentaires seraient nécessaires pour répondre à leurs besoins commerciaux à court terme, dont 40 à 50 ha sous abri et 80 à 100 ha en plein champ. Cela signifie augmenter de 50% dans les trois prochaines années, la production maraichère bio du département qui atteint 365 ha actuellement.

DES TERRES EN FRICHES RAPIDEMENT CERTIFIABLES SUR UN TERRITOIRE DE TRADITION MARAICHÈRE

Pour répondre à ce besoin à court terme, la solution serait de remettre en culture des terres maraichères actuellement incultes, ou sous exploitées car la production serait certifiable en AB dès la première remise en culture, au lieu d’attendre une période de conversion qui dure habituellement 2 ans. Par ailleurs l’étude foncière réalisée à la demande du Conseil Départemental par la Chambre d’Agriculture sur le périmètre à l’aval du las de Villeneuve la Raho confirme l’existence d’un potentiel foncier irrigable pour une remise en culture maraichère.

Partant de ce constat, et de la volonté des entreprises d’ inscrire leur développement d’activité sur leur territoire les élus des Communautés de Communes concernées par la zone de tradition maraichère située entre Argelès, La Tour Bas Elne et Elne, se sont engagées dans une démarche de mobilisation foncière avec l’ appui du Conseil Départemental, pour permettre l’installation de nouvelles exploitations maraichères bio, voire l’agrandissement ou la conversion en bio d’ exploitations existantes

FACILITER L’ACCÈS AU FONCIER ET GARANTIR DES DÉBOUCHÉS COMMERCIAUX

Les entreprises conscientes du problème d’accès au foncier, veulent s’engager à développer la production maraichère bio et sont prêtes à aider les futurs repreneurs par des outils de portage du foncier, pour alléger les charges d’acquisition foncière, tout en leur garantissant des débouchés commerciaux sur les circuits longs d’expédition et de transformation.

TROUVER DES CANDIDATS POUR LE MARAÎCHAGE BIO !

En parallèle de la démarche de mobilisation foncière, il s’agit désormais d’identifier des maraichers ou futurs maraichers intéressés par la production de légumes bio en circuit long . Il peut s’agir de projets d’installation bio, de conversion bio ou d’agrandissement d’exploitations bio. L’action de recrutement va débuter, la Chambre d’Agriculture 66 et le Civam bio 66 ont ainsi réalisé une plaquette d’information du projetBioleg à destination des producteurs et futurs installés, qui sera diffusée dans les établissements agricoles des Po et de la région Occitanie, ainsi que dans les tous les points infos Installation de France.

APPUI TECHNIQUE À LA PRODUCTION MARAICHÈRE BIO

Le Civambio 66, grâce aux références acquises depuis plus de 25 ans sur sa station expérimentale Biophyto située au Lycée Agricole de Théza, et aux essais réalisés en partenariat avec la Chambre d’ Agriculture à la Centrex de Torreilles, conjugueront leurs moyens humains pour accompagner les futurs installés et les exploitants en reconversion bio afin d’apporter l’appui technique et réaliser des diagnostics de faisabilité technique et économique de la conversion avec le Pass expertise bio financé par la Région Occitanie.

CONTACT

Les producteurs interessés et les candidats à la conversion en maraichage bio, peuvent prendre contact dès à présent avec :

Patrick MARCOTTE, Civambio 66
Tel. 04 68 35 34 12 ou 06 14 10 65 87
patrick.marcotte@bio66.com

Myriam CODINI Chambre d’ Agriculture
Tel. 04 68 35 74 00 ou 06 80 98 75 30
mcodini@pyrenees-orientales.chambagri.fr

HERAULT

BIOCASH

Un grossiste historique en Occitanie

Le grossiste en épicerie bio de Montpellier a créé une antenne essentiellement dédiée aux fruits et légumes bio depuis 4 ans sur le MIN de Toulouse, avec un entrepôt de 300 m2 et un chiffre d’affaires de 2,5 M€ réalisé avec 4 salariés.

Fabrice Salas qui dirige l’équipe est en recherche de producteurs fournisseurs locaux, car c’est une demande de sa clientèle composée pour moitié de magasins de la région toulousaine et des départements du Tarn, Aveyron, Ariège … ainsi que de restaurants et traiteurs de l’agglomération. La vente en restauration collective scolaire est également en progression, de même que la restauration d’entreprise comme Airbus livrée par l’intermédiaire de grossistes locaux. Biocash a aussi une clientèle de revendeurs, parfois producteurs sur les marchés locaux de plein air très actifs. Au démarrage, les fruits et légumes étaient transférés de Biocash Saint-Jean-de-Vedas à Toulouse, désormais cela ne représente guère que 20% des volumes. Fabrice assure son propre sourcing avec une dizaine d’apporteurs locaux qui ont entre 5 et 10 hectares; sur une quarantaine de fournisseurs situés dans les Pyrénées Orientales et dans l’Hérault, complétés par les apports d’agrumes et autres produits importés.

TOUTE LA GAMME DE FRUITS & LÉGUMES CONCERNÉE

Les besoins en approvisionnement local concernent toute la gamme des fruits et légumes locaux en particulier tomates et légumes ratatouille en été, ainsi que salades fraiches, pommes de terre choux et carottes en hiver. En hiver la majeure partie de l’activité se fait avec les pommes et les agrumes. À contrario de la clientèle de Biocash sur Montpellier, ce n’est pas le bas prix qui est recherché mais la fraicheur du produit qui justifie la recherche de producteurs locaux en particulier pour tous les légumes feuille.

LES ATTENTES DE BIOCASH VIS-À-VIS DE LA PRODUCTION LOCALE

C’est avant tout une régularité d’apports, même pour des quantités faibles de 50 kg, l’important c’est de ne pas avoir de rupture. La planification des produits qui lui sont destinés est primordiale car il est difficile de gérer des arrivages excédentaires même en pommes de terre ou des ruptures d’apport comme la courgette en pleine saison. Biocash est en attente d’une planification et d’un calendrier proposé par des groupes de producteurs qui s’organisent pour assurer une continuité d’apport et une largeur de gamme.

La fixation du prix se fait avec le producteur avant l’apport, en fonction de l’état du marché qui en frais reste fluctuant, un prix lissé sur la campagne n’est pas une solution. Le 20 novembre, jour de la visite réalisée dans le cadre de la Journée Technique Régionale Maraichage Bio, les prix d’achats pratiqués étaient de 0,80 à 0,90€ en pommes de terre, de 1,40 en carotte, et 1,30€ en oignon. Pendant la saison estivale les tomates anciennes étaient achetées en moyenne à 3,50€ le kilo.

Fabrice tient à entretenir une relation de confiance avec ses producteurs fournisseurs qu’ il va rencontrer sur le terrain, et invite à venir voir comment il travaille dans son entrepôt du MIN. Pour lui, l’origine régionale est importante … comme l’est aussi un conditionnement valorisant avec une marque ou une identification produit sur l’étal. Il est donc intéressé par l’idée d’une marque régionale «produit bio d’Occitanie ».

1/ Visite des participants de la Journée technique Maraichage Bio chez Biocash Min de Toulouse.
2/ Biocash recherche avant tout la régularité des apports.
3/ La fixation du prix se fait avec le producteur avant l’apport, en fonction de l’état du marché

HAUTE GARONNE

PRONATURA TOULOUSE

Acheter local pour vendre local

Pronatura est un grossiste spécialisé fruits et légumes bio national, qui dispose désormais de 7 plateformes en régions avec en plus de celle du siège basé à Cavaillon, celle de Perpignan dédiée aux apports locaux et à ceux d’Espagne, de Nantes, Bretagne, Rungis, Strasbourg et celle de Toulouse installée en 2017 .

La clientèle du groupe Pronatura est majoritairement celle des magasins spécialisés bio qui représente 60% du chiffre d’affaires, 10% en GMS, 10% export, 10% en RHD et le reste pour la destination industrie de transformation. L’entrepôt toulousain entièrement réfrigéré à 7 °C a une surface de 1 200 m2 où sont stockés de manière bien visible les palettes des produits, pour faciliter les achats de la clientèle locale de magasins bio et revendeurs sur marché. Pronatura Ouest distribue ainsi 2000 tonnes de fruits et légumes par an dont 90% de produits d’origine France.

Chaque plateforme du groupe a sa spécialité régionale, comme le chou fleur et le poireau en Bretagne ou les pommes en Pays de Loire, et s’intègre dans un calendrier de production national destiné à assurer la continuité d’une gamme en tout lieu. Ainsi dès qu’un produit local arrive en production il doit prendre le relais d’une autre origine plus précoce. L’objectif prioritaire est bien d’acheter localement pour vendre localement. Sur Toulouse le tonnage vendu est d’environ une cinquantaine de tonnes, avec un ralentissement d’activité classiquement en périodes de vacances scolaires, une quarantaine de clients étaient déjà fidélisés par Pronatura avant son arrivée sur Toulouse. Pour Patrick Ophèle, responsable de la relation avec les producteurs en région Sud qui nous recevait pour la visite, un metteur en marché c’est un véritable « animateur filière » qui doit jouer un rôle pour accueillir de nouveaux producteurs, voire même l’accompagner dans sa démarche de conversion pour faire les bons choix en matière de produits cultivés.

LES ATTENTES EN PRODUCTIONS LOCALES

En région toulousaine, la recherche de Pronatura est prioritairement axée sur la gamme salades, la mâche, les radis et les fraises, ainsi que tous les produits à durée de conservation limitée car la fraicheur c’est l’attente prioritaire de la clientèle. En deuxième lieu, la présentation du produit doit être optimale, avec un produit lavé et calibré … Il est donc souhaitable que les producteurs se regroupent pour l’achat en commun de matériel de conditionnement et pour constituer une gamme large. En Provence Pronatura s’appuie ainsi sur un groupe partenaire Mediterrabio dont l’identité se retrouve sur les complexes d’emballage visibles dans l’entrepôt .

Outre les légumes régionaux déjà évoqués, Pronatura s’inscrivant dans une démarche de défense de produits et de l’identité d’un terroir, est intéressé par des apports de prunes et de raisin de Moissac par exemple, et d’une manière générale par la qualité gustative des produits, car un produit bio doit être avant tout bon. Pour travailler avec Pronatura, le producteur doit être référencé, ce qui suppose une visite d’audit préalable sur l’exploitation, puis une planification de la production apportée. Il n’y a généralement pas de problème si les volumes planifiés ne sont pas respectés à cause de problèmes climatiques ou autres, de même l’entreprise ne s’engage que sur des quantités qu’elle est sûre de mettre en marché en ne planifiant que 80% de ses besoins en gardant une marge de sécurité.

Patrick Ophèle est prêt à se rendre disponible pour la visite de tout nouveau producteur intéressé, pour visiter son exploitation et préparer son référencement.

TRANSFORMATION DES FRUITS ET LEGUMES

Intérêts et stratégies à envisager

La vente en circuits courts des fruits et légumes biologiques en région est majoritairement réalisée en frais, mais de plus en plus de producteurs souhaitent valoriser, en partie au moins, leurs produits en les transformant.

De nombreuses fabrications peuvent être réalisées, allant des plus simples comme les jus de fruits ou les confitures jusqu’à des recettes plus élaborées incluant divers ingrédients (pâtés végétaux, chutneys…). La transformation suit de nombreuses règles, en particulier sur l’hygiène, les locaux et le matériel. Ceux-ci représentant un investissement important pour une petite exploitation, il peut être plus intéressant d’intégrer un atelier collectif (CUMA ou autre…) ou de faire appel à un prestataire. Il est donc essentiel de bien étudier ces différentes possibilités avant de
prendre une décision.

POURQUOI TRANSFORMER ?

La transformation donne de la valeur ajoutée à un produit brut mais cette valorisation n’est pas assurée à coup sûr : elle dépend beaucoup du type de produit, de la demande et du prix du marché. Elle permet de vendre toute l’année des produits très saisonniers, et d’offrir au client un prolongement de la durée de consommation des fruits et légumes. Elle peut être une solution pour toucher de nouveaux clients, ou pour fidéliser sa clientèle en évitant une interruption des ventes en hiver. Enfin, elle permet de valoriser les surplus et limiter le gaspillage.

La transformation correspond souvent à une activité de diversification dont l’objectif peut être de consolider l’exploitation, par exemple quand la surface cultivable est insuffisante pour en tirer un revenu satisfaisant , ou de permettre l’installation d’un tiers (conjoint, enfant, associé …).

AVANTAGES ET INCONVENIENTS DES DIFFERENTES OPTIONS DE TRANSFORMATION

▷ À la ferme

La transformation à la ferme permet au producteur de réaliser lui-même cette activité. Il travaille dans son local, utilise le matériel qu’il a choisi et fixe ses horaires. «Avoir son propre atelier permet d’avoir une maîtrise de A à Z de son produit», explique une productrice des Pyrénées Orientales. C’est une option prise généralement par des producteurs ayant une gamme étendue de produits et pour qui la transformation est la base du revenu. Cependant, l’importance des investissements nécessite une étude prévisionnelle précise car ceux-ci peuvent être consé- quents. Il faut prendre en compte le prix de construction du local respectant la réglementation, de l’ordre de 1000€ le m2 (pour une surface minimale de 15-20 m2). « Lorsqu’on fait de l’auto-construction, cela permet de réduire le coût du bâtiment mais il reste tout de même élevé » indique un arboriculteur héraultais. Le matériel est également coûteux, surtout si un autoclave est nécessaire. On comptera alors 50000€ minimum pour un local équipé. Il faut également prendre en compte les frais d’électricité et d’eau, les coûts d’entretien et d’analyses … Et prévoir du temps, la charge de travail étant très lourde.

▷ En collectif (CUMA, SCOP…)

L’atelier collectif permet au producteur d’avoir à disposition un équipement qu’il n’aurait pas eu dans un atelier individuel. L’organisation d’un groupe crée une dynamique, favorise les échanges et facilite la mobilisation des partenaires institutionnels et l’accès aux subventions. Mais il est souvent difficile de trouver d’autres producteurs qui souhaitent s’engager. Un esprit collectif entre les adhérents et une implication forte sont indispensables. Chaque adhérent doit s’adapter au fonctionnement du groupe, et respecter un planning. Enfin, il est souvent nécessaire d’embaucher un salarié, au minimum pour le contrôle et l’entretien des matériels.

▷ Par un prestataire

Le prestataire transforme les produits selon ses recettes ou en concertation avec le producteur, et s’occupe de tout le processus de transformation. Le travail à façon permet au producteur de ne pas avoir à réaliser les investissements en locaux et matériel. Il lui assure également une bonne traçabilité et de bonnes conditions d’hygiène. Enfin, la prestation permet un gain de temps pour le producteur, et c’est une bonne solution pour de petites quantités, notamment pour tester des débouchés. Cependant, à long terme et pour des quantités importantes, la prestation peut s’avérer plus chère que de transformer à la ferme ou en collectif. Enfin, la prestation mobilise de la trésorerie, ce qui n’est pas toujours simple pour les producteurs.

INTERVIEW

SYLVAIN GOINEAU

Conserverie artisanale LABEL D’OC Montpellier (34)

« LABEL D’OC est une entreprise créée pour les producteurs. Depuis 3 ans nous récupérons les matières premières de l’agriculture et en faisons des conserves : légumes, fruits, poissons et viandes que nous transformons en tout un panel de plus de 500 recettes. La condition étant que les denrées apportées se doivent d’être fraîches et de qualité. Il est bon de savoir que rien que dans l’Hérault, 10% de légumes finissent à la poubelle ou, au mieux, au compost. Pour exemple, un producteur de tomates n’a pas pu écouler une partie de sa production comme il le prévoyait (car surproduction, hors-calibres ou invendus). Il confie ses tomates à LABEL D’OC et nous nous chargeons alors de les transformer en prestation de service (ketchup, plats cuisinés, sauce tomate basilic…).

Label d’Oc travaille petites et grosses quantités, notre ADN c’est de permettre à tous les Agriculteurs de pouvoir valoriser leurs écarts. »

Myriam CONDINI de la Chambre d’Agriculture 66 et Elodie BERNARD de CIVAMBIO 34, coordonné par Patrick MARCOTTE d’Interbio Occitanie

Crédit photo : Adobe Stock et Interbio Occitanie


Lutter contre les bio-agresseurs en maraîchage biologique 8

Lutter contre les bio-agresseurs en maraîchage biologique

Pour sa 3ème année, la journée régionale maraîchage Occitanie (JTMO), organisée par la Chambre départementale de l’Agriculture 31 et Interbio, s’est déroulée le 20 novembre 2018 en Haute Garonne. Comment intégrer des méthodes innovantes, quels systèmes de culture, quelles méthodes alternatives de lutte contre les bio–agresseurs ? Les tous derniers résultats des expérimentations de protection des cultures légumières étaient présentés aux 70 participants, producteurs, conseillers techniques, formateurs, enseignants, porteurs de projets.

EXPERIMENTATION N°1

Développement et intégration de méthodes innovantes pour la maîtrise des punaises phytophages en cultures de tomate et d’aubergine sous abris (IMPULSE, 2017-2020)

Les dégâts occasionnés par les punaises phytophages en cultures légumières sous abri et plein champ sont en augmentation depuis plusieurs années et peuvent conduire jusqu’à 90 % de pertes à la récolte. Ces ravageurs apparaissent comme un réel verrou et il convient de développer de nouvelles solutions de contrôle biologique et de proposer des stratégies de protection innovantes, fiables, rentables et pouvant répondre aux objectifs du plan Ecophyto II.

Le projet IMPULsE, porté par le Ctifl, cible trois cultures légumières modèles (tomate, aubergine et chou). La réalisation du projet s’appuie sur un travail en synergie entre les partenaires de la recherche (INRA, CBGP), de l’expérimentation (Ctifl, stations régionales GRAB, APREL, INVENIO), du développement (Chambres d’Agriculture 13 et 47), de l’enseignement agricole (lycée agricole 47) ainsi que d’un partenaire privé, spécialisé dans la production de produits de biocontrôle (Koppert). Les études réalisées s’appuient sur l’expérience et l’expertise des partenaires: amélioration des connaissances sur la biologie des punaises phytophages ciblées et caractérisation de l’importance des dégâts qu’elles occasionnent, mise au point de programmes de protection biologique et de stratégies de protection intégrée à la fois sur sites d’expérimentation et sur sites de production en conduite AB et en protection intégrée.

Des travaux engagés dans le cadre de ce projet ainsi que des premiers éléments de résultats concernant les cultures d’aubergine et de tomate sous abris seront présentés à l’occasion de cette journée régionale maraichage bio.

EXPERIMENTATION n°2

Lutte contre la teigne de la tomate par la confusion sexuelle en tomates sous abris bio avec ISONET T

▷ LA TUTA ABSOLUTA ET LES MOYENS DE LUTTE ACTUELS
La Tuta absoluta, teigne de la tomate, est un ravageur très problématique du Sud de la France. Arrivée dans le Roussillon en 2009, elle cause des dégâts importants sur tomate notamment en abri, entrainant un arrachage prématuré des cultures pour plusieurs producteurs. Les dégâts se caractérisent par des galeries larges et arrondies au niveau des feuilles provoquées par les larves (voir photo 1). Ces dernières peuvent aussi perforées les tiges et les fruits au niveau du calice. La tuta absoluta peut se maintenir sur plusieurs solanacées cultivées notamment sur aubergine (observations de dégâts sur feuilles uniquement) ou encore sur solanacées sauvages type morelle noire. Son expansion est importante car des dégâts ont été observés en Charente Maritime mais aussi en ex-Midi Pyrénées depuis 2016. Les moyens de lutte existants sont nombreux :

▸ Élimination des résidus de cultures et des solanacées sauvages pour éviter le maintien du ravageur.
▸ Arrachage des folioles touchés.
▸ Piégeage massif (25 pièges/ha).
▸ Introduction d’insectes auxiliaires : Macrolophus pygmaeus (3 individus/m2) ou encore Trichogramma achaeae (100 diffuseurs par ha avec 2500 individus par diffuseur).
▸ Application de Bt tous les 15 jours environ
▸ Homologation du Spinosad sur chenilles phytophages en tomate à 0.015L/hl avec 2 applications maximum (attention, risque de toxicité pour les insectes auxiliaires).

> 1 Dégâts de Tuta absoluta sur feuilles de tomate sous abris – Photo CIVAM Bio 66. Larve de Tuta absoluta – Photo CIVAM Bio 66.

▷ LUTTE CONTRE LA TUTA AVEC LA CONFUSION SEXUELLE

Les moyens de lutte existants contre la tuta absoluta n’étant pas suffisants pour une réelle efficacité, le CIVAMBIO66, en partenariat avec CBC Biogard et Shin-Etsu, a testé la confusion sexuelle en moyen de lutte contre cet insecte avec le produit Isonet T (photos 4 et 5). La confusion sexuelle permet de reproduire la synthétique analogue à la phéromone femelle du ravageur, perturbant ainsi le système olfactif des mâles dans l’objectif de perturber la reproduction et de baisser les populations existantes. Le produit ISONET T est homologué depuis le 12 juillet 2018 en France à raison de 1000 diffuseurs/ha + 10% pour les bordures pour une seule application. CBC Biogard a envoyé une demande à l’ANSES dès la fin 2018 pour une nouvelle homologation permettant 3 applications par an en 2019.

La persistance d’action d’un diffuseur est de 120 jours avec une température moyenne de 25°C et de 150 jours avec une température moyenne de 18 °C. Deux applications sont donc préconisées pour des cycles de cultures de mars à septembre.

L’expérimentation s’est déroulée dans deux tunnels (tunnel témoin sans confusion et tunnel avec confusion) séparés de 150 mètres environ à Biophyto, la station expérimentale du CIVAM BIO 66. Les diffuseurs Isonet T ont été positionnés dès la plantation des tomates au 15 mars.

Une stratégie de lutte commune a été mise en place dans les 2 tunnels : Traitement biologique sur les plants avant plantation, introduction de macrolophus pygmaeus (3.75 individus/m2) à la plantation, filets anti-insecte au niveau des ouvrants et application de Bt (Bacillus thuringiensis) régulièrement.

Des pièges extérieurs et intérieurs ont été installés à Biophyto mais aussi chez les producteurs du Roussillon afin d’évaluer la pression dans le département.

Les résultats montrent que la pression augmente à partir de fin mai, dévoilant une différence significative du pourcentage de plants touchés entre le tunnel témoin : 60% au 20 juillet par rapport au tunnel avec confusion avec moins de 10% au 19 juillet (figure 3). Les dégâts sur fruits sont également plus élevés dans le tunnel témoin mais reste peu préoccupant (5% de dégâts).

L’augmentation du nombre de mines par plants a été exponentielle dans le tunnel témoin comme le montre la carte en
figure 2.

La confusion sexuelle semble être un bon moyen de lutte à combiner avec les moyens de lutte connus pour ce ravageur. Il reste primordial d’installer la confusion AVANT ou PENDANT la plantation des tomates pour avoir une efficacité notable.

Description des photos

> 2 Carte représentative du nombre de mines comptées par plant en cours de culture.
> 3 Pourcentage de feuilles affectées : comparaison entre le tunnel témoin (TT) et le témoin avec confusion (TC).
> 4 ISONET T sur plantes de tomate – Photo CIVAM Bio 66.
> 5 ISONET T – Photo : CBC Biogard.

EXPERIMENTATION n°3

Essai de lutte biologique contre pucerons en laitues sous abris biologiques

La laitue sous abri est une production phare autant en circuit court qu’en circuit long avec une production de 12 millions de pieds en bio en ex Languedoc Roussillon en 2013. Plusieurs espèces de pucerons peuvent provoquer des pertes importantes depuis plusieurs campagnes, notamment Macrosiphum euphorbiae, le puceron vert et rose de la pomme de terre qui peut avoir plusieurs cultures hôtes dont les astéracées.

Des risques de dégâts sont plus importants sur les créneaux d’automne et de printemps car les conditions pédoclimatiques peuvent être encore favorables aux pucerons et défavorables aux insectes auxiliaires parasitoïdes. En effet, les parasitoïdes de pucerons spécifiques type Aphidius spp. sont peu efficaces dans des conditions climatiques froides (inférieures à 14° C).

L’objectif de cet essai est de tester deux insectes auxiliaires généralistes: la chrysope, Chrysopa carnea, et une espèce de syrphe, Sphaerophoria ruepellii, pour lutter contre les pucerons en laitues sous abris. Ces insectes sont adaptés à des conditions plus froides (efficacité à partir de 10 à 12°C). Cet essai est mis en place dans le cadre du programme Ravageurs avec plusieurs partenaires comme la Chambre d’agriculture Occitanie, Sud Expé et la SICA CENTREX.

L’essai sera réalisé lors des deux créneaux durant lesquels les pucerons présentent un risque important : le début de saison (récolte d’automne) et la fin de saison (récolte de printemps) sous abris froid en agriculture biologique. L’essai est réalisé dans des tunnels de 400 m2 (8*50m) à Biophyto, station expérimentale du CIVAM BIO 66, sur une variété de type laitue batavia qui ne possède pas de gène de résistance pucerons.

Dix foyers artificiels de pucerons ont été créés dans les 2 tunnels à partir de pucerons retrouvés sur des laitues biologiques de producteurs du Roussillon. Les insectes auxiliaires ont été lâchés environ 15 jours après infestation par les pucerons sur 5 foyers chacun (200 m2). Les chrysopes ont été lâchées sous forme de larves donc directement disponibles pour la prédation des pucerons en raison de 5 individus/m2, ce qui correspond à la dose « curatif léger » indiquée par Biobest.

Les syrphes ont été lâchées sous forme de pupe dans des tentes à émergence afin de maintenir les adultes émergents et les larves issues des accouplements des adultes. Un plant d’alysson maritime (lobularia maritima) a été planté dans chaque tente permettant de nourrir les adultes syrphes pollinisateurs.

Les résultats sur les 2 créneaux montrent que les foyers de pucerons ont été mieux régulés lorsqu’une diversité d’insectes auxiliaires sont présents (contamination extérieure de larves de syrphes, champignons pathogènes de pucerons, parasitoïdes…). En effet, les conditions pédoclimatiques de l’automne ont été particulièrement favorables aux insectes auxiliaires, entraînant une bonne régulation des foyers de pucerons. Les conditions du printemps ont été surtout favorables aux entomophthorales, champignons parasites de pucerons qui ont pu réguler quasiment tous les foyers.

Les chrysopes semblent avoir un effet plus rapide que les syrphes mais il convient de refaire l’essai avec une introduction plus précoce des syrphes afin qu’elles puissent se reproduire et être efficace sur les foyers.

L’essai sera remis en place en 2018-2019.

EXPERIMENTATION n°4

Évaluations de moyens de lutte contre le taupin en culture de melon, patate douce et asperge

Les problématiques de ravageurs du sol sont en recrudescence depuis l’arrêt des traitements de sol insecticides. Le taupin est l’un de ces ravageurs du sol pour lequel on note, depuis une dizaine d’années, une augmentation des dégâts sur de nombreuses cultures. Dans le Sud-Est de la France, Agriotes sordidus est l’espèce de taupin la plus courante. Son cycle de développement court (24 à 36 mois) entraîne une augmentation rapide de la population. Il se développe en particulier dans les parcelles restées en friche, ou non cultivées pendant plusieurs années. Ces terres représentent pourtant un atout pour les maraîchers qui souhaitent démarrer une production en agriculture biologique certifiable dès la première année. Dans cette configuration la maîtrise du taupin à la reprise de culture est un facteur majeur de la réussite de la démarche.

Ainsi plusieurs essais ont été mis en place à Sudexpé (34) en culture de melon, patate douce et asperge afin de tester différentes techniques alternatives à base de produits répulsifs et champignons ento-mo-pathogènes. L’intervention fait la synthèse des travaux menés depuis 2015 sur ces trois espèces. Aucune solution testée (dont tourteau de ricin, son de moutarde, Metarhizium anisopliae var. anisopliae F52) n’a montré une efficacité satisfaisante.

EXPERIMENTATION n°5

Essai Trisoil dans la lutte contre le Sclérotinia sur salade

Objectif de l’essai : tester l’efficacité de Trisoil (Trichoderma atroviride souche I-1237) dans la lutte contre le Sclerotinia et le Rhizoctonia sur salade. L’essai a été conduit à l’automne 2017 sur salade batavia sous abri. Le Trisoil a été appliqué sur sol frais avant plantation à 5 kg/ha et comparé à une modalité de référence et un témoin non traité. Les résultats de cet essai, montrent une efficacité de Trisoil dans la lutte contre Sclérotinia et Rhizoctonia.

EXPERIMENTATION n°6

Alternatives de désherbage dans la lutte contre Cyperus Rotundus bilans 2016 et 2017

Le souchet, Cyperus rotundus, est une plante envahissante, difficile à maîtriser en culture. Elle se multiplie par bulbilles. Les essais de désherbage alternatif menés par la SICA Centrex ont visé à comparer l’efficacité de différentes méthodes sur la diminution du nombre de bulbilles du sol : l’occultation des parcelles par paillage d’épaisseurs variées, la solarisation, l’inondation et enfin l’élevage de poules sur la parcelle infestée. Les résultats montrent une efficacité supérieure à 80 % de l’occultation et de l’inondation, bien supérieure à la solarisation (efficacité < 23 %). Les poules ont aussi montré un intérêt dans le ralentissement du développement du Cyperus (voir photo ci-dessous).

EXPERIMENTATION n°7

Des systèmes de culture pour maîtriser les populations de nématodes à galles : résultats du GRAB dans le projet

Le projet GEDUBAT (Gestion Durable des BioAgresseurs Telluriques), coordonné par le Ctifl et financé par Ecophyto, visait à tester, sur 6 ans (2012-2017), des techniques alternatives permettant la réduction des pathogènes telluriques sur les cultures sous abri. La lutte contre les nématodes est une des priorités du projet compte tenu de l’importance de ce problème en maraîchage. Dans le cadre de GEDUBAT, le GRAB a mis en place un essai «système» sur un site producteur pour comparer différentes stratégies de combinaisons de leviers visant à maîtriser les problèmes telluriques.

Les 2 systèmes expérimentés visaient principalement à réguler les populations de nématodes à galles (Meloidogyne spp.) en combinant le choix du matériel végétal (plus ou moins grande sensibilité), le calendrier cultural (périodes chaudes plus à risque), la stimulation de l’activité biologique (par apports de matière organique et engrais verts) et la solarisation (régulation par désinfection thermique).

Le système n°1, le plus proche du système de l’exploitation, alterne des cultures d’été plutôt sensibles, avec des cultures peu sensibles sur le créneau d’automne. Pour réguler les populations de nématodes, la solarisation est privilégiée comme traitement d’été.

Le second système vise à diminuer la prise de risque nématodes liée aux successions culturales en adoptant une stratégie d’évitement avec des plantes peu hôtes, à diversifier la rotation et à stimuler l’activité biologique du sol par des engrais verts d’été et des apports de matière organique (MO).

Dans le système n° 2, l’indice de galles racinaires (IG) moyen est resté inférieur à 1 pendant la quasi-totalité de l’essai, confirmant l’efficacité de la stratégie d’évitement.

Le dénombrement des nématodes à galles dans le sol confirme cette évolution, avec des populations quasi nulles entre 2013 et 2015. La coupure réalisée pendant 4 ans n’est cependant pas suffisante pour réguler durablement les populations, qui augmentent rapidement à partir de l’été 2016, avec la réintroduction de cultures sensibles. Dans le système n°1, le niveau d’infestation moyen est plus élevé pendant la durée de l’essai, notamment sur les cultures sensibles de printemps-été (persil, courgette) malgré des solarisations annuelles les trois premières années. L’évolution des populations de nématodes à galles montre une nette diminution dans les 2 systèmes sur la durée de l’essai, mais une ré-augmentation sur la culture sensible finale de courgette en 2017.

Par ailleurs, on a observé que la solarisation limite l’ensemble des nématodes phytophages, qui réapparaissent après l’arrêt de cette pratique. L’effet dépressif de la solarisation est moins net (ou de courte durée) sur les indicateurs d’activité biologique : nématodes libres (non phytophages) et biomasse microbienne du sol, qui sont également favorisés par les engrais verts et les apports de matière organique. Enfin, la reconception des systèmes a eu peu d’incidence sur les performances économiques, les résultats sur les 5 années étant assez proches pour les 2 systèmes, avec en moyenne environ 12 €/m2/an de marge brute.

EXPERIMENTATION n°8

La rouille de l’ail : y a-t-il des solutions ?

La rouille de l’ail est la maladie foliaire la plus répandue et la plus préjudiciable pour cette culture. Les premiers symptômes débutent sur les feuilles de la base et prennent ensuite de l’extension en fonction des conditions climatiques. Pour la seconde année, le CEFEL conduit un essai visant à limiter l’impact de cette maladie fongique qui représente un frein important au développement des surfaces du fait de l’importance des pertes qu’elle peut occasionner. Le manque de solutions amène la station d’expérimentation à tester différentes modalités (produits seuls ou en association), dont certaines sont utilisées à titre expérimental (produits non autorisés pour l’usage rouille). Les résultats obtenus cette année confirment les observations de l’année dernière mais doivent cependant être validés en cas de forte attaque (pression faible sur témoin non traité). D’autre part, avec l’évolution des produits de lutte contre les maladies, de nouvelles solutions sont à étudier (biocontrôle…).

EXPERIMENTATION n°9

Impact des filets anti-insectes en navet, céleri branche et oignons de printemps

Dans le cadre des réseaux DEPHY-FERME, la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne a évalué l’impact des filets anti-insectes sur l’IFT 1, la pénibilité, les coûts de production et la marge dégagée. Sur navet, plusieurs stratégies sont possibles suivant les objectifs de rendement commerciaux et les circuits de commercialisation.

Pour notre région, ces chiffres révèlent que :

▸ sur navet, le recours au filet est incontournable du fait des fortes pertes liées aux différents vols de mouches ;

▸ le circuit de gros, sur lequel la concurrence européenne est très présente, ne valorise pas la baisse des insecticides et donc le coût d’un filet « haut de gamme » ;

▸ économiquement, le filet contre mouches et altises présente un intérêt dans le cadre de la vente directe qui autorise un prix de vente plus fort (> 1,50€/kg) et une prise de risque plus élevée (petite surface) permettant de rechercher un IFT chimique2 égal à 0 ainsi que l’acceptation d’un niveau qualitatif moindre (lié à l’IFT=0). Sur oignon de printemps les filets sont utilisés, sur arceaux, sur petites surfaces paillées avec du plastique biodégradable. Sur parcelle de grande taille, les essais ont été stoppés faute de pouvoir contrôler efficacement le mildiou et les adventices. Sur céleri branche, le filet n’est rentable que sur une forte attaque de mouches et sous réserve de planter et de commercialiser aussi les bouts de planche qui ne sont pas protégés par les filets.

1IFT = Indice de Fréquence de Traitement, il est exprimé en nombre de doses homologuées par hectare, appliquées pendant une campagne culturale.
2 IFT chimique = IFT hors produits de la liste de biocontrôle
3 Marge brute : De cette marge, il faut encore déduire le temps de commercialisation et les charges de structure non comptabilisées.

CONCLUSION

▷ La diversité des sujets abordés lors de cette rencontre technique de qualité témoigne des terrains d’investigation qu’il reste encore à poursuivre. Pour autant, les intervenants sont unanimes pour affirmer que ces projets sont complémentaires et que c’est la combinaison de ces leviers qui offrira la meilleure réponse à la lutte contre les bio-agresseurs… dès lors que chaque levier aura été optimisé. Renseignés de toutes ces informations techniques, les participants se sont rendus au Grand Marché, MIN Toulouse Occitanie où ils ont rencontré des grossistes Pronatura Toulouse et Biocash. Ils ont pu échanger autour de la question de l’approvisionnement en légumes bio.

Par Prisca PIERRE de CTIFL Balandran, Célia DAYRAUD de CIVAM BIO 31, Lucille GUIGAL-MERLE de Sudexpé/CA34, Aude LUSETTI de Sica Centrex, Hélène VEDIE de GRAB, F. HENRY-LEIX du CEFEL et Valérie GINOUX du Réseau Dephy fermes, coordonné par Laurence ESPAGNACQ de la Chambre d’Agriculture 31.

Crédit photo : Interbio Occitanie et Adobe stock


Accompagner vers l'apiculture Bio en Occitanie 9

Accompagner vers l'apiculture Bio en Occitanie

Malgré la technicité requise pour arriver à mener son cheptel apicole en bio plutôt qu’en conventionnel, la part des apiculteurs d’Occitanie s’inscrivant dans la démarche est en constante évolution depuis les dix dernières années. En 2017, la France comptait 702 apiculteurs labellisés AB, dont 163 en Occitanie qui recèle un quart du cheptel apicole bio Français.

L’éthique principalement, mais aussi un accès facilité au marché du demi-gros, une meilleure valorisation de ses produits, une moindre pollution des cires, un crédit d’impôt… Les raisons sont multiples pour avoir envie de convertir son exploitation apicole en bio. Toutefois le cadre règlementaire freine encore la majeure partie des apiculteurs régionaux. Les principaux points de cadrage portent sur la localisation des ruches et les intrants, notamment les traitements contre les ravageurs de la ruche, le nourrissement et la cire. Au-delà d’une adaptation à un cahier des charges, la conversion en bio nécessite une technicité fine et de l’observation (traitements varroa plus contraignants, évaluation de l’infestation pour anticiper les pics d’infestation), de l’organisation pour pallier aux prix élevés des intrants (commandes groupées, circuit de cire fermé) et dans certains cas une modification de sa stratégie complète de gestion de cheptel. Même si les obstacles peuvent paraître nombreux, la filière se bat pour trouver des solutions, et trouve de nombreuses pistes afin de faciliter la transition.

Ce dossier propose tout d’abord de faire un zoom sur l’évolution de la filière dans la région ces dernières années, grâce aux chiffres de l’Observatoire Régional de l’Agriculture Bio d’Occitanie. Ensuite, parmi différents obstacles à la conversion, le choix a été fait d’aborder le traitement contre le principal ravageur de la ruche, V. destructor, pour lequel plusieurs méthodes de luttes sont présentées grâce au travail du réseau des Associations de Développement Apicole (ADA). Enfin, grâce à la synthèse réalisée par l’ITSAP-Institut de l’abeille, un focus est développé sur l’évolution de la réglementation qui sera appliquée en 2021.

L’APICULTURE BIO EN OCCITANIE UN ESSAIMAGE REUSSI !

Si l’Occitanie est la plus grande région apicole en terme de nombre de ruches et de miel produit, c’est aussi là où se concentre un quart du rucher bio français. Zoom sur l’évolution de cette filière prometteuse, qui n’a cessé de se développer depuis 2011.

 

EN FRANCE, LE NOMBRE D’APICULTEURS BIO A DOUBLÉ CES DIX DERNIÈRES ANNÉES

À l’instar d’autres élevages, la filière bio en apiculture a connu une forte croissance ces dernières années. En dix ans, le nombre d’apiculteurs bio a doublé pour arriver en 2017 à détenir 9% du cheptel apicole français. La tendance reste largement à la hausse puisque le nombre d’apiculteurs en bio ou conversion bio a progressé de 8% entre 2016 et 2017, date où 702 apiculteurs étaient dans la démarche.

«Près de 10% du volume de miel produit en 2017 était bio»

Le miel AB représente 9% du total du volume de miel produit en 2017, soit 1 816 tonnes. Ce type de miel est presque exclusivement produit par des apiculteurs professionnels. Le rendement moyen par ruche en AB était équivalent à celui des conventionnels en 2017, puisqu’il s’élevait à 23,4 kg de miel produit par ruche. Par ailleurs, près de 60% des volumes de gelée royale produits en France étaient certifiés AB cette année-là*

*Observatoire de la production de miel et de la gelée royale, FranceAgriMer 2018.

L’OCCITANIE, UN QUART DU RUCHER BIO FRANÇAIS

L’Occitanie est l’une des plus grande région apicole française. Elle se place au 1er rang en nombre de colonies (250443 soit 18% des colonies françaises) et au second en nombre d’apiculteurs avec presque 6 % de professionnels (346 sur 5 884 apiculteurs régionaux, soit 11% des apiculteurs français) .

La région Occitanie présente un potentiel apicole très intéressant (miellées variées, saison longue…) et le nombre de porteurs de projets augmente depuis quelques années. En 2017, c’est la principale région productrice de miel (4 132 tonnes, soit 21% de la production nationale*). C’est une des régions pionnière sur le bio : 25% du rucher bio français se trouvait en Occitanie en 2017. La majorité des apiculteurs bio se trouvent dans l’est de la région, plus particulièrement le Gard. L’Ariège abrite un véritable vivier d’apiculteurs bio puisque la majorité des apiculteurs y sont labellisés. Les zones de plaines (Tarn-et-Garonne, Tarn, Haute-Garonne), abritant des grandes cultures, sont historiquement moins attractives pour l’installation en bio.

* Observatoire de la production de miel et de la gelée royale, FranceAgriMer 2018

De la même manière qu’à l’échelle nationale, on constate une hausse importante et progressive du bio ces sept dernières années en Occitanie : + 36% de ruches et + 27% d’apiculteurs entre 2011 et 2017. La tendance en 2018 est à l’explosion du nombre de conversion : en effet, 53 exploitations spécialisées en apiculture se sont engagées en agriculture biologique en Occitanie entre le 1er Janvier et le 22 octobre 2018 contre 21 sur toute l’année 2017*.

* Observatoire régional de la bio – IBO – oct. 2018

MIEL BIOLOGIQUE : COMMERCIALISATION ET PERCEPTION

D’après une enquête en 2017 coordonnée au niveau national par la FNAB (Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique), la totalité des apiculteurs bio réalisent de la vente en pot, et 22% sont également présents sur le marché du vrac. La vente directe ou au détail représente en moyenne 60% des circuits de mise en marché d’une exploitation apicole bio. La vente au détail est dans la majorité des cas combinée à d’autres circuits de vente, seuls 28% des apiculteurs utilisent cet unique circuit de mise en marché. Une étude* FranceAgriMer de 2013 présentait l’avis des consommateurs sur la mention bio pour le miel : d’une part elle suscite des adhésions, la certification bio du miel étant perçue comme un plus par les consommateurs, un facteur rassurant et rendu crédible grâce au label. D’autre part la mention bio peut susciter des rejets : certains consommateurs l’estimaient inutile ou peu crédible pour le miel en général. Par ailleurs elle était jugée redondante pour un miel de petit producteur et «palliative» pour une marque de grande distribution. Des efforts ont été faits depuis pour communiquer sur la plus-value d’un miel bio par rapport à un produit conventionnel. Ils sont à maintenir pour assurer l’avenir du label sur les produits apicoles.

* La perception du marché du miel par les consommateurs, FranceAgriMer, octobre 2013

SOUTIEN A L’APICULTURE BIOLOGIQUE

L’apiculture étant une production « non surfacique », il n’existe pas d’aide à la conversion ou au maintien en agriculture biologique pour cette filière. Cependant, les apiculteurs biologiques ont la possibilité de solliciter un crédit d’impôt. Ce crédit d’impôt est d’un montant maximum de 3500€ par an (à partir de 2018, avant il était de 2500€), et est une aide de minimis. Son montant est déterminé par :
▶ le montant des aides issues de la PAC «bio» ;
▶ le montant des aides de minimis octroyées à l’exploitation sur les trois dernières années ;
▶ le statut juridique de l’exploitation.
Source : ADA France
http://www.adafrance.org/dvpt-apicole/aides-apiculture.php

ALLER PLUS LOIN

▶ Consulter les résultats de l’enquête de 2017 coordonnée au niveau national par le réseau FNAB : https://www.produire-bio.fr/articles-pratiques/recoltes-prix-miel-bio-enquete-2017/

▶ Lire l’interview de Franck Bardet, responsable filière au sein du réseau Biocoop, en charge de la structuration de la filière apiculture biologique «La structuration des filières apiculture bio par Biocoop», réalisée par Christophe Ringeisen de l’OPABA. https://www.produire-bio.fr/articles-pratiques/structuration-filieres-apiculture-bio-biocoop/

VARROA – EST- CE UN VERITABLE OBSTACLE POUR LA REUSSITE DE SA CONVERSION EN BIO

LA LUTTE CONTRE VARROA, UN CASSE-TÊTE CHINOIS

Originaire d’Asie, Varroa destructor est le principal ravageur de la ruche, causant de nombreuses pertes de cheptel tous les ans. En apiculture biologique, la lutte contre cet acarien est réalisée au moyen de certains acides organiques et de certaines huiles essentielles, ainsi que par des méthodes populationnelles (blocage de ponte de la reine, retrait de couvain). Ces méthodes demandent plus de technicité que les méthodes utilisées en conventionnel. La maîtrise de l’infestation varroa est donc fréquemment citée comme un frein à la conversion. Les méthodes existent cependant, un aperçu est détaillé ici.

MÉDICAMENTS HOMOLOGUÉS À BASE D’ACIDE OXALIQUE

L’acide oxalique est une substance non rémanente à action « flash ». Elle présente une très bonne efficacité contre varroa uniquement lorsqu’il n’y a pas de couvain dans la ruche. C’est pourquoi des interventions populationnelles (encagement des reines, retrait de couvain) sont couramment pratiquées par les apiculteurs en combinaison avec les médicaments à base d’acide oxalique pour réaliser leur traitement de fin de saison. L’encagement de reine, sans douleur pour la reine, consiste à la placer dans une cage type Scalvini® pour l’empêcher de pondre sur la durée d’un cycle de couvain de mâle (24 jours). Le format de la cage permet la circulation des abeilles qui viennent nourrir la reine et diffusent ses phéromones dans la ruche. La reine reste donc choyée et la colonie ne se sent pas orpheline. Pendant la période d’encagement, le cycle du couvain est stoppé jusqu’à absence totale de couvain dans la ruche. Tous les varroas se retrouvent phorétiques (c’est-à-dire non pas dans le couvain mais sur les abeilles adultes) et c’est à ce moment-là que l’acide oxalique est efficace.

L’absence de couvain est obtenue naturellement lors de la constitution d’essaims, et en hiver les reines stoppant naturellement leur ponte lorsque les températures chutent. Un traitement hivernal à l’acide oxalique est devenu quasi-systématique afin de compléter ou de rattraper le traitement de fin de saison et essayer d’atteindre l’objectif de 0 varroa en début de saison sur un maximum de colonies. Sous les latitudes de l’Occitanie, les interruptions de pontes hivernales se font de plus en plus courtes et rares, entrainant la présence d’un couvain d’hiver. Cette présence de couvain en hiver rend le traitement hivernal à l’acide oxalique inefficace, et constitue une réserve de varroa pour la saison suivante. Afin d’obtenir de façon certaine une rupture de ponte à l’hiver, un encagement hivernal peut être réalisé au moyen de cages plus grandes, permettant le déplacement de la reine avec la grappe.

OXYBEE®

Fabricant : Wirtschaftsgenossenschaft deutscher Tierärzte
Principe actif en solution : acide oxalique, acide citrique
Principe actif en poudre : acide oxalique, huile d’anis et huile d’eucalyptus
Limite : Pas de limite maximale de résidus dans le miel.
Application : par dégouttement entre les cadres. Une dose maximale de 5-6 ml doit être administrée une seule fois par espace inter-cadre occupé par des abeilles. Application hors couvain.

API-BIOXAL®

Fabricant : Chemicals Laif
Principe actif : Acide oxalique
Application : par dégouttement entre les cadres. Deux passages que ce soit en hiver et/ou en été après encagement : en été deux sublimations ou deux dégouttements ou un de chaque. En hiver deux sublimations ou un de chaque mais pas deux dégouttements. Attention en application par sublimation le sucre présent dans la formulation abîme le réceptacle du sublimateur. Application hors couvain.

L’ALUEN CAP

Médicament argentin pour une utilisation de l’acide oxalique en présence de couvain. L’Aluen Cap est une préparation commerciale développée par une coopérative apicole d’Argentine et disposant localement d’un agrément. Constitué de lanières contenant de l’acide oxalique, l’Aluen CAP® permet de traiter efficacement les colonies malgré la présence de couvain operculé. Des essais réalisés par le réseau des ADA dont fait partie l’ADA Occitanie ont permis de mesurer l’efficacité de ce traitement, et de montrer une efficacité améliorée en cas de renouvellement des lanières. Les apiculteurs sont donc dans l’attente d’une AMM (autorisation de mise sur le marché) pour ce médicament en France.

Photo 1 : Varroa en operculation dans une cellule.

Photo 2 : Larve parasitée par le Varroa.

Photo 3 :Cage Scalvini sur cadre crédit photo ADA Occitanie.

Photo 4 : Plaquette d’Apilifevar entourée de propolis sur une tête de cadre. Crédit photo Alexis Ballis

Photo 5 : Cage Menna positionnée dans une ruche. Crédit photo ADA Occitanie.

Photo 6 : Détail de la cage Menna. Crédit photo ADA Occitanie.

ZOOM

MÉTHODE DE PHILIPPE KINDTS
COMBINAISON DE TECHNIQUES POUR TRAITER, OPTIMISER LE RENOUVELLEMENT DES REINES ET DE LA CIRE, LA MAITRISE DE LA FIÈVRE D’ESSAIMAGE ET LA LIMITATION DU TAUX D’INFESTATION DE VARROA DESTRUCTOR.

En bio depuis 2001, Philippe Kindts est apiculteur à Pouydraguin dans le Gers. Il, nous explique comment il réduit son infestation en début de saison tout en renouvelant son cheptel.

« Les colonies sont hivernées sur 7 à 8 cadres partitionnés. Lors de la première visite au printemps, je marque mes reines, j’écarte la partition et j’ajoute 2-3 cadres de cire gaufrée à bâtir et ou des cadres à jambage pour faire des mâles. J’en profite pour équilibrer mes colonies en nombre de cadres de couvain. Dans le Sud-Ouest, la fièvre d’essaimage commence en avril. Je la bloque avec un retrait de reines des colonies. Je constitue un essaim par retrait de reine sans couvain ainsi qu’un cadre de miel, un cadre de pollen et un cadre bâti (J0).

” En 3 visites au printemps, je renouvelle mes reines, calme la fièvre d’essaimage, traite contre varroa et renouvelle mes cires.

Ces trois cadres et la reine sont placés dans une nouvelle caisse que je traite directement avec une pulvérisation d’acide oxalique et que je déplace
ensuite à plus de 3 km du rucher d’origine. Cette nouvelle colonie sera prête en juillet/août pour les miellées. Sur la ruche à qui j’ai pris la reine, je remplace les trois cadres par des cires gaufrées (autre avantage de cette méthode : il facilite un renouvellement des cires important). Avant le 12ème jour après le retrait de la reine, je repasse pour casser les cellules de remérage (sauf en cas de remérage naturel). 24 jours après le retrait de la reine, il n’y a plus de couvain dans la ruche. J’y introduis alors une nouvelle reine s’il n’y a pas eu de remérage naturel et je traite à deux reprises avec de l’acide oxalique à 4 jours d’intervalle.»

À SAVOIR SUR LA MÉTHODE

▶ Elle est utilisable jusqu’à début juillet, ou plus tard si l’on introduit une reine en ponte.
▶ Le retrait de reines 6 jours avant une miellée optimise la récolte souhaitée, puisque la colonie, voyant la ponte bloquée, économise l’énergie nécessaire au soin du couvain.
▶ La pose de grille à reines facilite le travail.
▶ Attention, Philippe réalise tout de même un traitement d’hiver même si ses colonies sont peu infestées via l’application de cette méthode.

MÉDICAMENTS À BASE D’ACIDE FORMIQUE

L’acide formique agit sur les varroas phorétiques et sur les varroas présents dans le couvain operculé. Utilisable en cours de saison, l’emploi d’acide formique présente des risques de résidus dans le miel. Il ne faut donc pas récolter le miel au cours de la période de traitement. Afin d’éviter les effets indésirables sur les reines et la colonies, il est conseillé de respecter les températures d‘application du médicament (maximum de 29,5 °C).

MAQS®

Fabricant : Véto pharma
Principe actif : Acide formique (68,2 g/bande)
Durée d’un traitement : 1 semaine
Limite : Pas de limite maximale de résidus dans le miel
Application : Nécessite 1 seul passage avec 2 bandes placées sur la tête des cadres. Possibilité de faire un 2ème passage mais à 1 mois d’intervalle.

Varromed®

Fabricant : Beevital
Principe actif : Acide formique et oxalique
Limite : Autorisation de mise sur le marché européenne obtenue en février 2017. Homologation d’utilisation en apiculture biologique obtenue courant 2018. Son efficacité réside dans la multiplication des applications à des moments précis dans la saison.

MÉDICAMENTS À BASE DE THYMOL

Le thymol est l’un des premiers moyens de traitements autorisés en bio efficace contre varroa. Un certain nombre de médicaments sont donc disponibles sur le marché. Il sont utilisables en présence de couvain, par température extérieure comprise entre 15 et 25 °C. Cependant, depuis quelques années son utilisation est remise en cause : perte d’efficacité, surconsommation des réserves, perturbation de la colonie… L’utilisation de ces médicaments avant et pendant la miellée est fortement déconseillée car l’odeur du thymol est persistante.

APILIFEVAR®

Fabricant : Chemicals Laif
Principe actif : Thymol (16,2g/tablette), camphre, menthol et eucalyptol
Durée d’un traitement : 4 semaines
Limite : Limite maximale de résidus dans le miel : Seuil de détection olfactif : 1,1 à 1,6 mg/kg
Application : La plaquette est déposée sur les cadres en périphérie du couvain (fractionnée en 3 ou 4 morceaux). Un espace de diffusion (nourrisseur retourné) est ménagé. Nécessite 4 passages (4X1 tablette à 7 jours d’intervalle chacune).

APIGUARD®

Fabricant : Vita Europe
Principe actif : Thymol (12,5g/barquette)
Durée d’un traitement : 6 semaines
Application : Placer la barquette de gel imprégnée de thymol sur la tête des cadres et ménager un espace d’accès pour les abeilles (nourrisseur retourné). Nécessite 2 passages : 1ère barquette pendant 2 semaines puis une 2ème barquette pendant 4 semaines.

THYMOVAR®

Fabricant : Andermatt Bio Vet
Principe actif : Thymol (15g/éponge)
Durée d’un traitement : 8 semaines
Application : Eponge cellulosique imprégnée à déposer après fractionnement sur le dessus des cadres en périphérie du couvain. Ménager un espace de diffusion (nourrisseur retourné). Nécessite 2 passages à 3-4 semaines d’intervalle.

POUR PLUS D’INFOS SUR LA LUTTE CONTRE LE VARROA

CONTACT
Loïc Caron, ADA Occitanie loic.caron@adaoccitanie.org
SOURCES
▶ Formation « lutte contre varroa en Bio », Vincent Girod, ADA Occitanie 2018
▶ Résultats d’expérimentations de l’ADA Occitanie 2016, 2017 et 2018
▶ Mémento de l’apiculteur – Un guide réglementaire et sanitaire, Chambre d’Agriculture d’Alsace, 2016.

POUR ALLER PLUS LOIN
▶ Lire la chronique de l’ADAPI sur la lutte populationnelle contre varroa : Article 2. Lutte populationnelle contre varroa, ADAPI Mars 2018 (http://adapi.adafrance.org/downloads/chroniqueadapi2018article2luttepopulationnelle.pdf)

▶ Voir les outils pour évaluer l’infestation varroa au rucher, ainsi que les résultats d’expérimentations sur le site de l’ADANA (http://adana.adafrance.org/infos/varroa.php)
▶ Consulter des stratégies performantes de lutte contre varroa étudiées dans le cadre du projet INNOVAR de l’ADA AURA (http://ada-aura.adafrance.org/sanitaire/innovar.php)
▶ Lire « Renforcer la lutte contre varroa : comment réguler l’infestation en cours de saison ? » par Julien Vallon de l’ITSAP-Institut de l’abeille. À lire sur le site internet de l’ITSAP : http://itsap.asso.fr/

Par Hélène Frey, ADA Occitanie

Crédit photo : Adobe Stock et Interbio Occitanie


Maîtriser la fertilité et le salissement de ses parcelles 10

Maîtriser la fertilité et le salissement de ses parcelles

La fertilité des parcelles et leur salissement sont les deux aspects essentiels à maîtriser pour réussir ses grandes cultures biologiques. Afin d’atteindre cet objectif, il est nécessaire de connaître les différents leviers agissant sur ces paramètres.

Avec un marché porteur et une demande en constante augmentation, la filière des grandes cultures biologiques est attirante pour les agriculteurs. Toutefois, la réussite économique de cet atelier passe d’abord par sa réussite technique. Tour d’horizon des pratiques pouvant être mises en place pour réussir ses grandes cultures biologiques.

LA GESTION DE LA FERTILITE DES SOLS ET LA FERTILISATION

En agriculture biologique, le cahier des charges européen prévoit de maintenir ou d’augmenter la fertilité des sols. En effet, la quasi-totalité des nutriments des plantes sont issus de la minéralisation de la matière organique du sol. Rendre un sol fertile en bio c’est donc stimuler son activité biologique.

LES MOYENS POUR ACTIVER LA VIE DES SOLS SONT MULTIPLES

01 Le travail du sol : Objectif fertilité physique

La majorité des sols, voient leur fertilité physique améliorée par des actions mécaniques amenant de la porosité et de l’aération. Cet état est favorable au développement racinaire et à l’activité de la macrofaune (vers, arthropodes, myriapodes) chargés de fragmenter et de décomposer la matière organique.

Les actions mécaniques en agriculture biologiques visent toujours 3 objectifs : contrôler le salissement tout en favorisant la minéralisation et le développement racinaire.

Les travaux peuvent être superficiels (déchaumage c’est-à-dire déstockage de graines, faux semis, désherbage mécanique) ou plus profonds (griffage, décompactage, labour), selon l’état structural du sol : meuble, tassé, compacté, pour la profondeur atteignable par les outils.

Le labour est retenu quand la pression du salissement est difficile à contenir: avec des charrues «déchaumeuses à faible profondeur (18 cm) de petite largeur de soc (12-13 pouces).

D’autres facteurs améliorant la fertilité physique du sol. Les chaulages permettent de relever le pH des sols acides ou s’acidifiant. Les amendements organiques, grâce à l’apport d’humus stable, jouent un rôle triple : ils luttent contre la battance, ils augmentent la capacité de rétention et ils améliorent la fertilité biologique et la fertilité chimique. Quant au drainage des parcelles engorgées et à l’irrigation, ils améliorent la fertilité des fermes bio.

02 La rotation longue et diversifiée : Objectif fertilité biologique

Le même cahier des charges européen prévoit d’usage des légumineuses dans les rotations. Ces légumineuses peuvent être cultivées en pur (fourragères ou semences comme la luzerne, le trèfle, en graines comme la lentille ou le pois chiche) ou en association avec une céréale : blé féverole, blé-lentille, triticale-pois fourrager, orge-pois protéagineux.

Au-delà de l’azote, le choix des cultures se fait aussi selon leur type d’enracinement :

Le système pivotant (betteraves, soja, tournesol, colza, etc.),
Le système fasciculé (céréales, maïs, etc.),
Le système traçant (trèfle violet par exemple).

L’alternance de ces divers types de cultures aux systèmes racinaires différents vaut aussi pour les couverts végétaux. Ainsi le stock organique, l’humus stable, serait «débobiné » en nutriments sous l’effet des bactéries nécessitant à la fois énergie et azote exogènes, provenant des cultures et des apports.

03 Les sources de matière organique : Objectif fertilité chimique

De façon plus classique, le rapport C/N utilisé dans le cadre de la Directive Nitrates sépare les intrants organiques en deux catégories :

Produits à C/N > 8 : Catégorie 1. Les composts et fumier compostés : plus lents à se minéraliser (10 à 15%) sont utilisés comme amendements humiques ou fertilisants de
fond.

Produits à C/N < 8 : Catégorie 2 Les effluents peu pailleux (fientes, lisiers), (fientes 30-50%) se minéralisent plus lentement que les résidus organiques industriels (soies-plumes 40-70%) sont utilisés comme engrais azotés.

Les 3 piliers de la fertilité du sol à prendre en compte sont présentés sur le schéma ci-dessous.

LA GESTION DE LA FERTILISATION EN AB

Le cahier des charges européen prévoit de compléter la fourniture des nutriments du sol aux plantes par des compléments exogènes – intrants – cités plus haut. La limite des apports azotés d’origine animale – effluents – est fixée à 170 uN / ha en moyenne sur la ferme. Les engrais industriels cités ci-dessous n’entrent pas dans le calcul. Les produits fertilisants organiques comprenant des effluents contribuent à l’entretien en P et K, ceux contenant de l’os fournissent eux de l’acide phosphorique, mais la fertilisation en P et K peut aussi faire appel à des produits minéraux, broyés ou compactés: les phosphates naturels (Afrique du Nord) en sols acides et les potasses et magnésies comme le Patenkali et la Kiesérite.

Plusieurs stratégies s’observent

▸ Fumure importante des cultures exigeantes avec des produits complets et équilibrés (fientes) puis impasse pour la fumure des légumineuses.
▸ Fumure azotée des plantes exigeantes (type céréales) puis apport de compost sur les légumineuses.
▸ Apport et de produits complets et de produits azotés.

Tab. 1. Les différents types de fertilisants azotés. Source CA 32.

TEMOIGNAGE – Guy ANDRIEU CÉRÉALIER BIO BIRAN (32)

Guy Andrieu est céréalier bio depuis 10 ans sur la commune de Biran dans le Gers. Il cultive sur 75 ha, dont 50 ha irrigués.

«J’ai simplifié mon travail de fertilisation en distribuant moi-même des fientes sèches bouchonnées provenant d’un département voisin, qu’il s’agisse du blé ou du mais pop-corn. Ces engrais, épandus à raison de 3 tonnes à l’hectare en 3 apports, sont toujours enfouis. Sur maïs ils réagissent bien à l’irrigation après binage et viennent compléter l’apport localisé de kérazote au semis, ainsi que l’effet du couvert de fève. Au final, j’ai stabilisé à 300 € par hectare et par an, le coût de la fertilisation de mes cultures.»

Au final, améliorer la fertilité d’une ferme en AB, commence par la levée des contraintes physiques (battance, compaction) puis par
la mise en place d’un système de culture basé sur une rotation appropriée (cf. cahier des charges). L’apport d’intrants, la fertilisation, reste d’actualité mais se raisonne sur le moyen terme et sous un angle économique (efficience de l’azote, type de sol, coût des engrais). L’adage bien connu en bio, nourrir le sol avant la plante, reste vrai, à condition qu’il s’agisse d’un sol fertile sous ses aspects physiques et biologiques.

LES BASES DU DESHERBAGE MECANIQUE EN GRANDES CULTURES BIOLOGIQUES

Le désherbage mécanique est un outil curatif parmi d’autres pour la gestion des adventices dans les parcelles agricoles. D’autres pratiques, comme la rotation, l’alternance de cultures d’hiver, de printemps et d’été afin de casser le cycle de développement des adventices, la mise en place de couverts végétaux couvrants et étouffants, ou encore l’implantation de cultures qui empêchent le développement des plantes concurrentes (effet allélopathique) jouent également des rôles importants dans la gestion et la maîtrise des adventices en grandes cultures biologiques. Par conséquent, une bonne maîtrise des adventices passe d’abord par la mise en place et le respect de ces principes agronomiques.

▷ LE FAUX SEMIS ET LE RETARD DE SEMIS

Principe faire lever les adventices avant mise en culture, puis les détruire pour diminuer le stock grainier.

Le faux-semis, visant à épuiser le stock de graines en capacité de germer, est à réaliser avec le même soin qu’un semis pour être efficace. Il ne peut donc être réussi que si toutes les conditions favorables à la levée sont réunies. L’époque doit être favorable à l’adventice (ce qui implique souvent de l’associer à un retard de semis) et le sol suffisamment humide. Les meilleurs outils pour faire lever sont ceux qui travaillent le plus superficiellement: 1 à 2 cm dans l’idéal. Un travail profond est non seulement inutile mais surtout insuffisamment efficace car généralement trop grossier. Il suffit de faire de la terre fine sur les quelques premiers centimètres. Le retard de semis permet de se débarrasser d’une partie significative des adventices ayant des levées groupées en début de cycle de la culture, comme les crucifères, la renouée liseron, etc.

▷ L’IMPLANTATION D’UNE CULTURE CONCURRENTIELLE

Principe une levée rapide et homogène de la culture, suivie d’un développement rapide.

Une culture qui se développe bien concurrence les adventices et limite leur développement. Pour y parvenir, il faut choisir des variétés au développement vigoureux, soigner le semis et semer lorsque les conditions sont favorables. C’est le meilleur moyen de maîtriser le développement d’adventices à levées très échelonnées. Ceci est d’autant plus important pour des cultures qui s’enracinent difficilement et n’admettent un passage d’herse étrille que tardivement. Exemple, le sorgho, la lentille, le lin ne supportent pas un passage d’herse étrille avant le stade 4-6 feuilles.

J’AI SEMÉ MA CULTURE, QUE DOIS-JE FAIRE À PRÉSENT ?

Même si les méthodes citées auparavant permettent de réduire la pression des adventices sur les cultures en place, elles ne règlent toutefois pas le problème intégralement. L’agriculteur est donc très souvent obligé d’intervenir pendant la culture en «curatif». Il intervient en réalité en post-semis pour détruire les levées des plantes indésirables. Pour cela, l’agriculteur utilise des outils de désherbage mécanique, dont les principaux sont présentés ici.

LA HERSE ÉTRILLE

La herse-étrille est un outil travaillant en plein (« à l’aveugle »), constitué d’ensemble de rangées de dents métalliques souples. La herse-étrille donne de bons résultats à condition d’être utilisée sur les stades très jeunes des adventices. Le sol doit être suffisamment friable pour permettre d’arracher les mauvaises herbes et le temps sec pour épuiser les adventices partiellement arrachées. Elle fonctionne très bien 2 ou 3 jours après semis et avant germination de la culture, le but étant d’arracher les adventices au stade « filament blanc ». Attention aux réglages pour ne pas perturber la germination de la culture, la herse étrille ne doit pas toucher aux graines semées. L’agressivité de la herses-étrille est déterminée par la vitesse d’avancement et l’inclinaison des dents: plus les dents sont droites, plus le travail est agressif. Plus tard dans la culture, son utilité se voit lorsqu’un décalage de stade a été créé entre la culture, qui doit être plus développée, et les adventices.

Lorsque toutes ces conditions sont réunies, l’efficacité peut atteindre 80% sur dicotylédones et 65% sur graminées. En revanche, elle n’a aucune efficacité sur les vivaces.

LA HOUE ROTATIVE

La houe rotative consiste en une ou plusieurs rangées de roues verticales dont les extrémités se terminent en cuillères. L’avancement de l’outil fait entrer les cuillères en rotation, déchaussant et projetant les plantules d’adventices. Ses optimums d’efficacité se situent un peu avant ceux de la herses-étrille : les adventices doivent être très peu développés, le sol ressuyé et le temps au sec pendant 2 à 3 jours après le passage de l’outil pour que les plantules arrachées se dessèchent et ne se repiquent pas. Malgré son apparence, la houe rotative est moins agressive que la herse étrille et peut être passée dans des cultures peu développées.

La herse-étrille et la houe rotative se passent « en plein». La houe est sélective des cultures dès le stade 3 feuilles, la herse étant à partir du stade 4 feuilles. Il faut donc être vigilant à ce que la culture implantée soit à un stade où le passage de ces outils ne va pas impacter son développement.

Concrètement, sur céréales d’hiver, ces outils peuvent être passés juste après le semis, tant que la culture n’a pas levé. Les passages aux stades 1 feuille jusqu’à 2 feuilles sont à proscrire pour ne pas endommager la culture. Sur cultures d’été, les passages fonctionnent bien tant que la culture n’est pas levée. Ils peuvent ensuite reprendre après le stade 2 feuilles.

LA BINEUSE

C’est l’outil le plus utilisé pour le désherbage des cultures d’été. Les lames coupent et recouvrent les adventices. Son efficacité est en effet très bonne sur tous les types d’adventices de l’inter-rang, y compris développées. La bineuse travaille uniquement sur les cultures semées avec un certain écartement, principalement les cultures d’été mais aussi dans certaines cas des céréales semées à 30cm d’écartement.

Avec une bineuse classique, le travail se fait principalement sur les adventices présents dans l’inter-rang. Pour pallier à ce problème, des outils de travail sur le rang peuvent être adaptés, comme des roto-étrilles, ou des doigts souples.

Aujourd’hui, pour un désherbage efficace et réussi, il existe de multiples solutions de guidage, indispensables pour les parcelles en dévers : par obus dans l’inter-rang, par guidage cellulaire associé à une interface, par guidage manuel arrière, agissant soit sur une interface, soit sur les vérins stabilisateurs, par guidage caméra associé à une interface ou à des vérins stabilisateurs, ou par guidage RTK associé à des doubles disques.

LE DÉSHERBAGE MANUEL

Même si c’est une pratique longue et onéreuse, le désherbage manuel ne doit pas êtr écarté. C’est même parfois la seule solution contre des adventices coriaces, et elle est très judicieuse en cas de salissement localisé : on évitera ainsi à peu de frais leur étalement pour les années à venir.

 

LES AUTRES SOLUTIONS MÉCANIQUES

Aujourd’hui des écimeuses et des faucheuses-andaineuses permettent à la fois de supprimer les organes reproducteurs, mais aussi de dessécher les adventices avant la récolte.

La lutte mécanique demeure, après la rotation, un des piliers de la maîtrise du salissement. Cette lutte passe par différentes stratégies associées à des équipements spécifiques. Malgré un coût d’investissement élevé, la gestion des adventices grâce aux technologies actuelles permet d’assurer la pérennité du système des grandes cultures biologiques.

▷ La fertilité et le salissement des parcelles restent les deux piliers les plus importants des systèmes en grandes cultures biologiques.
Or, ces deux paramètres sont étroitement reliés, et les différents leviers pouvant agir sur l’un influent notamment sur l’autre. Par exemple, un travail du sol influera la vitesse de minéralisation de l’azote apporté, tandis qu’un apport de fertilisant favorisera certaines adventices. La pratique et la connaissance du contexte parcellaire sont donc essentielles pour gérer à bon escient ces facteurs de production et construire des itinéraires techniques efficaces et performants.

Par Pierre-Yves LE NESTOUR de la Chambre d’Agriculture de la Haute-Garonne et Jean ARINO de la Chambre d’Agriculture du Gers

Crédit photo : Interbio Occitanie


La flavescence dorée en agriculture biologique 11

La flavescence dorée en agriculture biologique

La flavescence dorée est apparue dans les années 1980 en Occitanie. Aujourd’hui, tout le vignoble régional est touché. L’ensemble des viticulteurs sont concernés par cette problématique et ceux envisageant un passage en agriculture biologique doivent en tenir compte dans leur projet de conversion. Cette maladie est causée par un phytoplasme qui, après s’être multiplié dans la sève de la vigne, engendre le dépérissement du cep. Ce phytoplasme est véhiculé et transmis par un insecte : la cicadelle de la flavescence dorée.

L’IMPLANTATION D’UN MATÉRIEL VÉGÉTAL SAIN ET LA PROSPECTION DOIVENT ÊTRE MISES EN ŒUVRE SYSTÉMATIQUEMENT,

y compris avant que la flavescence dorée ne soit détectée sur un territoire. La prévention est le meilleur moyen pour éviter que la flavescence dorée ne s’implante dans un vignoble et donc pour limiter le recours aux insecticides. (cf témoignage de Baptiste Cartier)

1 Une maladie incurable au caractère épidémique

La flavescence dorée est une maladie fortement contagieuse : une souche contaminée non arrachée peut être à l’origine de dix souches contaminées l’année suivante. Cependant, il reste difficile d’évaluer la vitesse de propagation exacte puisqu’elle dépend à la fois de la plante hôte (cépages, clones…), du phytoplasme, du vecteur et de différents facteurs environnementaux… Une chose est sûre : une souche contaminée le restera et servira d’inoculum pour d’autres contaminations jusqu’à qu’elle soit arrachée.

légende 1 : Schéma de propagation de la flavescence dorée pour une parcelle sans prospection, sans traitement et sans arrachage (Chambre d’Agriculture Charente et Charente-Maritime, 2012).

2 Un impact économique non négligeable

La flavescence dorée peut être à l’origine d’un impact économique important pour les exploitations viticoles. Elle occasionne des pertes de récolte et peut également entraîner la mort des ceps et compromettre, à terme, la pérennité du vignoble. Une parcelle ayant plus de 20% de ceps contaminés doit obligatoirement être arrachée.

Légende 2 : Foyer de flavescence dorée sur Chenançon. Crédit FREDON OCCITANIE.

3 Un vecteur facilement identifiable

La cicadelle de la flavescence dorée : Scaphoideus titanus est observable dès le mois de mai. Elle se trouve principalement sur la face inférieure des feuilles situées sur les pampres et dans la partie basse du cœur de souche. Même si la cicadelle passe par différents stades larvaires, elle est facilement reconnaissable grâce aux deux points noirs toujours présents à l’extrémité de son abdomen.

Légende 3 : Photo de cicadelle de la flavescence dorée, larve stade L2. Crédit FREDON OCCITANIE.

4 Des symptômes auxquels il faut être attentifs

Dès le mois de juillet et jusqu’à la chute des feuilles, les symptômes de la flavescence dorée peuvent être observés sur vigne. Même si ces derniers peuvent varier d’un cépage à l’autre et être exprimés à différents degrés d’intensité, on retrouve en règle générale :
▸ un rougissement des cépages rouges et un jaunissement des cépages blancs.

▸ un port retombant, une absence d’aoûtement ou un aoûtement partiel.

▸ un enroulement des feuilles vers la face inférieure.

▸ un dessèchement des inflorescences et un flétrissement des grappes.

À noter: La maladie du bois noir cause des symptômes similaires à ceux de la flavescence dorée. Seule une analyse ADN permet de distinguer ces deux maladies. En cas de doute et par mesure de précaution, la souche suspecte doit être arrachée.

Légende 4 : Photo de souche de chardonnay contaminée par la flavescence dorée. Crédit FREDON OCCITANIE.

5 Une lutte obligatoire

La flavescence dorée est une maladie de quarantaine car incurable et très contagieuse. Elle est donc soumise à une lutte obligatoire et collective. Lorsque la maladie est avérée ou fortement suspectée sur une commune, celle-ci est classée en Périmètre de Lutte Obligatoire (PLO). Dans ce cadre, chaque viticulteur est dans l’obligation de :

Réaliser les traitements insecticides décrits dans l’arrêté préfectoral afin de maîtriser les populations de cicadelles vectrices.

Prospecter et déclarer auprès de la FREDON Occitanie l’ensemble des souches contaminées détectées, Les campagnes de prospection doivent impérativement être coordonnées par l’OVS local (Organisme à Vocation Sanitaire). La plupart du temps il s’agit de la FEDON (Fédération départementale de lutte contre les Organismes Nuisibles). Cette coordination permet de connaître l’ampleur de la maladie à l’échelle d’un territoire et d’évaluer le risque qu’elle représente. l’organisation des prospections est différente selon les départements. Les exemples du Tarn et du Gard sont présentés dans ce dossier.

Arracher rigoureusement les souches possédant les symptômes de la flavescence dorée.

La lutte contre la cicadelle en AB

Afin de limiter la propagation de la flavescence dorée, il est indispensable de maîtriser les populations de cicadelles vectrices. Pour cela, différents points sont à prendre en compte.

La vitesse de propagation de la maladie. Dans les zones contaminées, les études scientifiques ont clairement prouvé que la vitesse de propagation de la maladie est, entre autres facteurs, proportionnelle au niveau de populations de cicadelles : plus les cicadelles sont nombreuses, plus rapide est la progression de la maladie.

La faune auxiliaire.  L’impact de la faune auxiliaire (parasites ou prédateurs) n’a qu’un effet négligeable sur les dynamiques de populations de cicadelles.

Mesures prophylactiques. Parmi les mesures prophylactiques, l’épamprage est celle qui présente la meilleure efficacité sur la baisse des populations de cicadelles (de l’ordre de 30 à 50%). Un épamprage soigné (manuel ou mécanique) doit précéder une application d’insecticide.

Lors de la conversion au bio, le principal changement dans la lutte contre la FD réside dans les moyens disponibles pour lutter contre la cicadelle.

Attention

Les produits à base d’huile essentielle d’orange douce (Limocide, Essen’Ciel, Prev-AM Plus), bien qu’homologués pour cet usage, n’ont pas fait la preuve de leur efficacité contre la cicadelle de la FD. À ce jour, le ministère de l’agriculture ne les autorise pas dans le cadre des traitements obligatoires. S’ils sont utilisés pour lutter contre la cicadelle, ce ne peut être qu’en complément des traitements obligatoires au pyrèthre naturel.

Le pyrèthre naturel, seule substance autorisée en AB

C’est la seule substance active autorisée en bio, homologuée contre la cicadelle de la FD et autorisée par le Ministère de l’agriculture pour les traitements obligatoires (voir encart). Le pyrèthre naturel est un insecticide d’origine végétale, extrait de fleurs séchées de Chrysanthème. Il agit par contact et pénètre rapidement dans l’organisme des insectes cibles. Il possède une action choc et agit très rapidement par effet « neurotoxique ».

Actuellement, en France, il n’existe qu’une seule spécialité commerciale sur le marché : Pyrévert® (qui existe sous deux autres noms: Cicapyr® et Pyretretio®, mais il s’agit bien du même produit). La date, le nombre, la période d’application des traitements sont définis dans le cadre de l’arrêté préfectoral et des avis de traitement. Dans les situations soumises à 3 traitements obligatoires et compte tenu de la très faible persistance d’action du pyrèthre naturel, ces trois traitements devront être réalisés sur les stades larvaires. En bio, aucun traitement n’est réalisé sur les cicadelles adultes.

En règle générale, les dates de traitement AB correspondent au programme présenté ci-contre. De nombreuses idées reçues circulent sur les conditions d’utilisation du pyrèthre naturel. En fait, elles sont moins contraignantes qu’annoncées. Les différents essais mis en place suggèrent les conditions ci-dessous.

Le pyrèthre naturel programme et condition :

Essai : L’impact du pyrèthre naturel sur la faune du vignoble

De nombreux viticulteurs biologiques s’interrogent sur les effets du pyrèthre naturel sur la faune de leur vignoble. Peu d’études au vignoble sont disponibles sur ce thème et celles qui le sont ne traitent que de l’impact du produit sur les phytoseiidae (acariens).

En 2017, afin d’apporter des éléments de réponse à ces interrogations, Sudvinbio, en collaboration avec le laboratoire CBGP (Centre de Biologie et Gestion des Populations) de l’INRA de Montpellier, a réalisé un essai visant à évaluer l’impact d’une seule application de pyrèthre naturel sur les différents arthropodes présents au moment de cette application.

PROTOCOLE

L’essai a été mis en place sur 2 parcelles: une dans l’Hérault où nous avons suivi l’évolution de l’ensemble de la faune présente au moment du traitement et l’autre dans l’Aude où nous avons centré l’étude sur la faune auxiliaire.

Nous avons comparé les effectifs d’arthropodes (insectes, araignées….) et d’acariens avant traitement et 24 heures après. Les effectifs de la partie traitée ont également été comparés à ceux d’un témoin non traité au pyrèthre naturel. Le piégeage des arthropodes s’est fait par aspiration du feuillage de la vigne et fauchage du couvert herbacé. Les acariens ont été quantifiés au laboratoire sur un échantillon de 10 feuilles prélevées par placette (soit 120 feuilles par modalité).

RESULTATS

Les résultats sont identiques sur les deux parcelles. Le traitement au pyrèthre naturel a eu un impact significatif sur les populations d’acariens (voir fig. 1). D’autres études ont montré que cet impact était peu durable dans le temps compte tenu de la faible persistance d’action du produit. Le traitement n’a pas eu d’impact sur les arthropodes auxiliaires (voir fig. 2) : la quantité d’arthropodes aspirés dans le feuillage des vignes traitées au pyrèthre est comparable à celle des vignes qui n’ont pas reçu le traitement au pyrèthre et comparable à la quantité présente avant le traitement (sur une même modalité, les aspirations avant et après traitement n’ont pas été faites sur les mêmes souches).

Figure n° 1 : moyenne du nombre d’acariens prédateurs présents sur 10 feuilles.
Figure n° 2 : moyenne du nombre d’arthropodes auxiliaires prélevés par aspiration dans la canopée de la vigne sur une placette.

 

Cette étude confirme l’impact du pyrèthre naturel sur les phytoseiidae, même si cet impact est peu durable dans le temps, mais indique qu’il n’entraîne pas de baisse des autres arthropodes présents dans les vignes au moment du traitement. Compte tenu de sa faible rémanence, dans les conditions du vignoble, le pyrèthre naturel est plus sélectif que les vignerons le craignaient.

Plus d’info

Le détail de cette étude est disponible sur le site internet de SudVinBio :
https://www.sudvinbio-conseil.com/fr/conseil-viticole/flavescence-doree

Synthèse

Flavescence dorée, un frein à une conduite en AB ?

La flavescence dorée est un des points à prendre en compte avant toute conversion vers l’agriculture biologique afin d’estimer le risque que peut représenter cette maladie sur la pérennité du vignoble. Deux paramètres sont à prendre en compte par les viticulteurs :

01/ la présence de souches contaminées sur l’exploitation ou sur les parcelles environnantes,

02/ le nombre moyen de cicadelles vectrices sur les parcelles.

Le schéma ci-dessous aidera les viticulteurs à se situer et à estimer ce risque.

Contact

Pour toute question ou information à faire remonter, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de la FREDON Occitanie www.fredonoccitanie.com ou à les contacter au 04 67 75 64 48.

Focus

De nouveaux outils d’information pour aider les viticulteurs

Dans un objectif d’accompagnement des viticulteurs face à cette maladie extrêmement contagieuse, plusieurs organismes se sont mobilisés afin d’élaborer des documents auxquels les viticulteurs pourront se référer. Ainsi, les Chambres d’agriculture d’Occitanie, Sudvinbio et la FREDON Occitanie vont éditer en mars 2019 des plaquettes à destination des viticulteurs que vous pourrez trouver dans les Points Info Bio et sur les sites internet de la Chambre régionale d’Occitanie : https://occitanie.chambre-agriculture.fr/ et Sudvinbio : https://www.sudvinbio-conseil.com/fr/ conseil-viticole/flavescence-doree.

À noter dans votre agenda : la Chambre régionale d’agriculture Occitanie organise au printemps 2019 à Montpellier une conférence autour de la flavescence dorée rassemblant différents experts de Sudvinbio, IFV, FREDON, DRAAF, Chambres d’agriculture et INRA. Au programme : un état des lieux de la maladie en 2018, des retours sur les travaux et expérimentations en cours, des témoignages de GDON, des exemples de gestion de la maladie dans différents départements.

Conférence «La flavescence dorée en viticulture biologique», le 11 avril 2019 à 14h00 à Montpellier SupAgro, 2 Place Pierre Viala, 34060 Montpellier.

L’organisation de la prospection dans le Tarn

DES MESURES NÉCESSAIRES
La flavescence dorée est une des maladies les plus impactantes en terme de pérennité du vignoble. Présente dans le Tarn depuis la fin des années 90, son expression fluctue au rythme de la mobilisation des vignerons et des instances de surveillance. Ainsi, dans les années 2000, cette maladie n’était quasiment plus visible. Malheureusement, elle restait latente et est réapparue de manière importante une dizaine d’années plus tard. Ce regain de symptômes a engendré une prise de conscience des professionnels et une nouvelle organisation s’est mise en place en 2014 afin de prospecter de manière efficace le vignoble tarnais.

LES BASES PRÉALABLES
Le coût évalué à 15€/ha est payé à part égale par les vignerons et la DRAAF. La prospection est réalisée par des personnes extérieures et le vignoble est assaini en même temps que prospecté c’est-à-dire qu’un pied atteint de jaunisse est aussitôt coupé (si l’autorisation a été donnée par le propriétaire) grâce à des recepeurs électriques prêtés par la société INFACO.

ENCADREMENT
Toute l’équipe est encadrée par un technicien de la Chambre d’agriculture qui organise en amont les tournées de prospection : choix des communes, des secteurs, des exploitations selon des critères de priorités. De plus, un point d’étape est réalisé de manière hebdomadaire afin de récupérer l’ensemble des données de la semaine, d’échanger et de réajuster les plans de charge pour la semaine suivante.

LES MOYENS MIS EN ŒUVRE
2 ou 3 personnes en quad sillonnent le vignoble sur des secteurs définis et cartographiés en amont. S’ils découvrent une parcelle très atteinte, ils transmettent l’information à la personne à pied pour qu’elle s’en occupe (prospection, comptage, prélèvement pour analyse si nécessaire…). Si une difficulté majeure est rencontrée : refus de prospection, refus d’arrachage…, la FREDON est contactée et intervient.

LE GÉORÉFÉRENCEMENT

Chaque parcelle prospectée est géo-référencée cela signifie qu’un point GPS est relevé auquel est associé le nombre de pieds atteints de jaunisse (flavescence dorée et/ou Bois noir). Cela permet de cartographier chaque année, le niveau de présence de la maladie.

Fig. 1 : Schéma de l’organisation de la prospection Flavescence dorée dans le Tarn (Chambre d’agriculture du Tarn)

L’ORGANISATION EN QUELQUES CHIFFRES

2700 À 3500 HECTARES prospectés sur un vignoble de 6800 ha, suivant les années
1 FOIS EN 3 ANS c’est la fréquence minimale à laquelle une parcelle est prospectée
95% D’AUTORISATION pour couper les pieds
1 À 2 JOURS d’intervention FREDON
10 À 20 analyses réalisées
100% DES FOYERS DÉTECTÉS (=parcelles à plus de 20% de flavescence dorée) ont été arrachés.

Témoignage
Acteur de la filière

BAPTISTE CARTIER,
PRÉSIDENT DU GDON DE L’UZÈGE (GARD)

« LA PROSPECTION C’EST LA BASE DE LA BASE ! »

Baptiste Cartier est le responsable technique du Domaine Deleuze-Rochetin à Arpaillargues (à côté d’Uzès) dans le Gard. Le domaine s’étend sur 22 ha, conduits en bio depuis 2009.

Depuis quand vous préoccupez-vous de la flavescence dorée ?

J’ai été sensibilisé à la question de la FD lors d’une formation à la reconnaissance des symptômes, organisée en 2015 par le conseiller viti bio à la Chambre d’agriculture du Gard. Je suis d’autant plus attentif à cette maladie qu’elle a été détectée à quelques kilomètres de chez nous.

Pourquoi avez-vous créé un GDON ?

Pour moi, dans la lutte contre la FD, la prospection c’est « la base de la base » ! En 2016, nous avons adhéré directement à la FEDON du Gard pour formaliser les prospections. Nous avons appris qu’en 2017, les territoires du Gard non couverts pas un GDON seraient soumis à un traitement insecticide obligatoire, par « principe de précaution » et comme nous n’envisagions pas de généraliser un traitement insecticide si cela n’était pas indispensable, l’idée de créer un GDON est partie de là. Sur le secteur, nous avions déjà l’habitude du travail collectif, dans le cadre d’un groupe de veille sanitaire, organisé par le Comité de Promotion agricole de l’Uzège et animé sur le terrain par un conseiller viticole de la Chambre d’agriculture du Gard. Par ailleurs, les caves coopératives de Bourdic et de Saint Maurice de Cazevieille se sont également fortement impliquées dans la création de cette association. Enfin, la FEDON nous a apporté un soutien très précieux tant dans la création que dans le fonctionnement de notre GDON.

Comment fonctionne le GDON ?

Grâce à l’accompagnement de la directrice de la FEDON du Gard, le GDON a été créé au printemps 2017 et s’étend sur 14 communes, qui représentent 2067 ha de vignes cotisant au GDON. Le suivi des populations de cicadelles au mois de juin est assuré par la Chambre d’agriculture. Le GDON organise les prospections pour détecter d’éventuels symptômes de la maladie en août – septembre. Chaque année, nous prospectons rang/rang environ 20% du vignoble adhérent au GDON. Lors des deux années de prospection, nous n’avons pas trouvé de symptôme de FD, ce qui nous permet de ne pas être soumis à traitement insecticide obligatoire.

La cotisation au GDON est de 5 €/ ha, incluant les frais de fonctionnement du GDON, de prospection, les frais d’une analyse en cas de doute de présence de FD…. Compte tenu des services rendus, ce montant est faible et très nettement inférieur au coup d’un traitement insecticide !

CONFÉRENCE

Fertilisation et Enherbement dans les vignobles en AB

La conférence a eu lieu le mardi 06 novembre 2018 à Dionysud (34).

Emma Carrot, conseillère viticulture bio de la Chambre d’agriculture de l’Hérault et Nicolas Constant, ingénieur conseil à Sudvinbio ont introduit cette conférence en présentant le contexte régional du marché et les particularités de la viticulture biologique. En effet, portée par un marché en demande, la viticulture bio se développe en Occitanie et il est indispensable d’accompagner les viticulteurs en conversion ou déjà certifiés bio sur les enjeux importants que sont la fertilisation et l’enherbement.

FERTILITÉ DES SOLS

Maintenir et augmenter la fertilité des sols est un principe fort de l’agriculture biologique, qui autorise seulement la fertilisation via des engrais organiques et des engrais minéraux d’origine naturelle. La fertilisation organique étant parfois plus difficile à gérer, il est donc nécessaire de former les viticulteurs à bien la comprendre et la maîtriser. Les enjeux et principes de la fertilisation organique en viticulture biologique ont été présentés par Aurélie METAY, enseignant-chercheur à Montpellier SupAgro suivis des 8 leçons pratiques de Cyril Cassarini, conseiller en viticulture bio de la Chambre d’agriculture du Gard : quelle stratégie suivre ? Que mettre en place pour raisonner sa fertilisation ? Vers quels types de produit s’orienter en fonction de leur efficacité et de leur prix?

ENHERBEMENT

L’autre enjeu que représente l’enherbement pour les viticulteurs répond lui aussi aux principes de l’agriculture biologique sur la fertilité des sols et la biodiversité animale et végétale. L’intervention de Léo Garcia, doctorant à Montpellier Supagro, sur l’intérêt des cultures de service dans les vignes et la nécessité de les piloter (de l’implantation à la destruction) a été complétée par 2 approches plus terrain. L’une présentée par Thierry Massol de la Chambre d’agriculture du Tarn était basée sur les 7 années d’expériences accumulées grâce à l’animation d’un groupe Ecophyto de 12 viticulteurs.L’autre était présentée par Nicolas Dubreil, animateur technique du civambio 66, sur les premiers impacts mesurés des couverts végétaux sur l’hygrométrie, le rendement, le statut azoté des feuilles constatés au sein d’un GIEE des Pyrénées-Orientales.

Plus d’info

Toutes les interventions sont téléchargeables à l’adresse suivante https://occitanie.chambre-agriculture.fr/productions-techniques/agriculture-biologique/les-rencontres-regionales/rencontres-viticulture-bio/rencontre-viticulture-bio-2018/

Par Nicolas CONSTANT de Sudvinbio, Emma CARROT de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault et coordonné par Marie LARGEAUD de la Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie

Crédit photo : Interbio Occitanie


Débroussaillage des sous-bois et valorisation des matières ligneuses - Le projet du GIEE du Larzac pour l'agro-sylvo-pastoralisme 12

Débroussaillage des sous-bois et valorisation des matières ligneuses - Le projet du GIEE du Larzac pour l'agro-sylvo-pastoralisme

Comment agrandir sa surface fourragère et ses parcours quand on est éleveur sur le Larzac méridional, dans le respect de cet écosystème fragile? Que faire de cette broussaille, principalement constituée de buis, dont les propriétés avaient déjà été mises en évidence par Olivier de Serres, père de l’agronomie, dès le XVIème siècle ? C’est pour répondre à ces questions que le groupement Larzac pour l’Agro-sylvo pastoralisme, a été reconnu d’intérêt économique et environnemental (GIEE) en mai 2016 et poursuit, à ce titre, son projet intitulé «débroussaillage des sous-bois forestiers et valorisation des matières ligneuses ».

Photo ci-dessous : Cochons de la ferme des Terres Libres en semi-liberté dans un milieu ouvert, auparavant impénétrable. On aperçoit les nouvelles pousses de buis dès la 1ère année. Crédit photo Buxor.

ORIGINE ET HISTORIQUE DU PROJET

Nicolas Brahic est éleveur de cochons de plein air intégral bio sur le Larzac méridional depuis 2007. Son domaine de 250 ha comprend 215 ha de forêt steppique fermée par la broussaille envahissante et inaccessible par les animaux. C’est de cette nécessité d’ouvrir le milieu pour gagner de la surface fourragère et des parcours, mais également afin de diminuer l’achat de céréales bio devenues coûteuses, qu’est née la société Buxor qu’il crée en 2012. Le débroussaillage manuel étant inenvisageable, en particulier avec les essences présentes de bois dur, il s’agissait de trouver le moyen de débroussailler mécaniquement les sous-bois de son exploitation, dans le respect de l’éco-système.

Que faire de cette broussaille ? Ne serait-il pas possible de la valoriser ? Pour répondre à ces interrogations, Nicolas Brahic s’intéresse aux démarches qui ont exploré la question, comme la méthode de compostage Jean Pain ou la technique du bois raméal fragmenté (BRF). L’éleveur met au point une machine combinée de récolte qui permet, en un seul passage, de couper les arbustes et la broussaille, de les broyer et de récupérer le broyat.

Celui-ci est mis en tas et, au bout de quelques mois, forme un pré-compost qui prend le nom de Buxor compte-tenu de la prédominance du buis à environ 80%.

Convaincu de l’intérêt de ce produit, il fédère autour de lui un réseau d’agriculteurs et d’éleveurs utilisateurs qui devient le GIEE Larzac pour l’Agro-sylvo-pastoralisme

LES IMPACTS FAVORABLES DE L’OUVERTURE DU MILIEU

Les impacts sont très positifs pour l’agro-pastoralisme. Le troupeau peut revenir rapidement sur la parcelle débroussaillée car la végétation est coupée et non arrachée : pas de chicots dangereux pour les pattes des animaux. Les graminées repoussent de suite, sans pousse excessive de ronces ou églantiers car la broussaille est exportée et non laissée sur place. L’ombrage apporté par les arbres qui sont de nouveau accessibles aux animaux et les massifs de buis épargnés sur les parcelles, permet au troupeau une meilleure résistance à la chaleur et allonge la période d’herbe verte disponible pour les animaux.

L’ouverture du milieu favorise également la biodiversité. Les grands arbres dégagés servent d’abris à un grand nombre d’animaux. A
l’ombre de ces arbres, la strate herbacée reste fraîche et accessible à la faune sauvage plus longtemps que sur les pelouses. Les massifs de buis épargnés constituent également des espaces indispensables au maintien de la faune locale et à une faune importante qui migre sur le Larzac pour se reproduire. Les étendues de pelouses dégagées entre les massifs de buis et les arbres représentent une zone de nourrissage ou de chasse pour nombre d’animaux. Elles accueillent une grande diversité faunistique et floristique, souvent typique des Causses et protégée comme le Vautour fauve et l’Ophrys aymoninii.

En parallèle, ces espaces dégagés limitent fortement le développement des populations de sangliers.

C’est l’alternance de ces 3 zones mises en place lors de l’ouverture des parcelles qui permet de favoriser un écosystème sauvage équilibré, tout en permettant l’installation d’éleveurs pratiquant un agro-sylvo-pastoralisme respectueux du bien-être des animaux domestiques.

 

Photo 2 :Compost de broyat de buis. Crédit photo Buxor.

Photo 3 : Machine combinée de récolte forestière construite par Buxor en 2013 : sécateur hydraulique monté sur une pelle mécanique modifiée, Mecalac 14 MBX, montée sur pneus « big foot » et broyeur Jean Pain modèle 900 attelé. Crédit photo Buxor.

QUELLES UTILISATIONS POUR LA BROUSSAILLE ?

Maraîchage> En 2013, un maraîcher bio de l’Hérault séduit par la démarche de Buxor, teste le broyat de buis et constate sur les sols ayant reçu l’amendement que la structure s’était modifiée : le sol est devenu plus souple, aéré et favorise la présence de vers de terre. Il mène alors quelques essais de semis et plantation de légumes sur Buxor et sol témoin et les résultats obtenus sont encourageants : les salades et mâches repiquées se développent aussi bien, voire mieux que sur paillage plastique ou sol nu. Les semis directs sont même possibles: navets, radis, épinards se développent bien sur une épaisseur de 8 cm de Buxor sans ajout d’autres fertilisants. Enfin, les légumes sont plus savoureux selon leur producteur, qui estime que l’utilisation du broyat de buis lui permettra de moins arroser, moins désherber, moins labourer, et moins utiliser le paillage plastique.

Viticulture> En viticulture aussi, le Buxor présente de nombreux intérêts. Il a été testé en 2018 par un vigneron bio de Cahors et l’effet du produit est déjà visible en seulement quelques mois : la structure du sol a changé en surface, il est plus meuble, garde mieux sa fraîcheur que sur la partie témoin qui n’a pas reçu de produit. Ce sol plus souple est plus facile à désherber, ce qui est important en culture biologique.

Élevage> Le broyat de buis a également trouvé sa place sur la ferme d’élevage porcin de Nicolas Brahic. Comparé à la paille, le Buxor présente l’intérêt d’être plus durable : jusqu’à 6 mois dans la cabane, tout en conservant une litière propre et sans odeurs désagréables. De plus, le produit dégage de la chaleur en hiver dans les cabanes ce qui favorise le décollement des petits de la mère et limite fortement les risques d’écrasement. Enfin, les animaux semblent plus calmes, ce qui peut probablement s’expliquer par les propriétés cardio-régulatrices reconnues du buis.

Domaine équestre> Le broyat de buis présente également de nombreux intérêts pour le domaine équestre : utilisé comme litière pour les chevaux, il ne dégage pas de d’odeur d’ammoniaque, n’attire pas les mouches et la litière est plus homogène. Enfin, épandu sur sol équestre, il procure un grand confort de travail aux chevaux et permet au sol de se ressuyer rapidement et d’être utilisable par quasiment tous les temps.

Il conviendrait aujourd’hui de tester le process dans d’autres massifs forestiers, avec d’autres essences et un contexte pédoclimatique différent afin de vérifier si la démarche est transposable. Des contacts ont été pris en ce sens avec des organismes de recherches.

 

Photo 1 : Vignes de Cahors avec compost de buis épandu. Crédit photo Buxor.

Photo 2 :Comparaison salades sur plastique avec 150 unités d’azote et sur Buxor sans engrais. Crédit photo Buxor.

Photo 3 et 4 : Marcheur et piste de galop chez un éleveur héraultais. Crédit photo Buxor.

CONTACT

Si vous êtes intéressés par le projet et souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à contacter le GIEE Larzac > gieedularzac@mcom.fr

Par Elodie BERNARD, animatrice technique au CIVAM Bio 34

Crédit photo : Interbio Occitanie


Méteils grains - Un levier stratégique pour les éleveurs - Retour sur la journée INNOV'ACTION du 2 octobre 2018 à Valériès, TARN 13

Méteils grains - Un levier stratégique pour les éleveurs - Retour sur la journée INNOV'ACTION du 2 octobre 2018 à Valériès, TARN

Les méteils ou mélanges à base de céréales et protéagineux, récoltés en grains, représentent près de 7% des cultures menées en agriculture biologique en Occitanie (Agence bio 2017). Elles constituent une alternative intéressante aux céréales pures. Leurs atouts agronomiques et leur contribution à une meilleure autonomie protéique les rendent séduisantes pour les exploitations d’élevage.

La journée technique Innov’action sur les méteils grains est le fruit d’un travail collaboratif entre les Chambres d’agriculture du Tarn et de l’Aveyron. L’objectif était notamment de valoriser auprès des agriculteurs les résultats de deux années d’essais de méteils grains conduits en bio chez des éleveurs de trois départements d’Occitanie (Aveyron, Tarn et Hautes Pyrénées).

Ce dossier met en avant les éléments techniques et agronomiques de ces cultures, illustrés par les résultats d’essais et les témoignages d’éleveurs. Un focus fera état de la valorisation des méteils dans la ration des bovins, lait et viande. Une ouverture sur le triage et la commercialisation des méteils clôturera ce dossier.

LEVIERS AGRONOMIQUES – DES MELANGES CEREALES-PROTEAGINEUX (METEILS)

Les méteils présentent de nombreux intérêts en comparaison à des cultures pures : dans des contextes pédo-climatiques variés, les rendements sont plus stables grâce notamment à une meilleure exploitation des ressources du milieu et un bon contrôle des adventices et bio- agresseurs. Néanmoins on leur reproche souvent la variabilité entre les proportions des espèces au semis et à la récolte selon les années : “on sait ce que l’on sème, mais rarement ce que l’on récolte !”

▷ QUELLES ESPÈCES CHOISIR ?

Les différentes espèces utilisées dans les méteils sont présentées dans le tableau ci-dessous avec leurs atouts et inconvénients.

▷ SEMER À QUELLES PROPORTIONS ?

La période de semis sera légèrement plus précoce que celle des céréales en culture pure afin de favoriser le développement des protéagineux et éviter ainsi trop de décalage de végétation entre les deux espèces. Les quantités de semences pour chaque espèce seront fonction du poids des mille grains (PMG) des variétés utilisées et mentionnées sur l’étiquette du sac.

Dose de semis (kg/ha) =(Densité (nombre de grains/m2) x PMG (g)) /100

Par exemple, pour une céréale à PMG de 40g, il faudra prévoir dans le mélange : 80kg/ha pour une densité recherchée de 200 grains/2, 100kg/ha pour une densité de 250 g/m2 et 120kg/ha pour une densité de 300 g/m2. Attention pour l’avoine, ne pas prévoir plus de 10 kg/ha.

Pour les pois fourragers, il faut viser entre 15 et 30 g/m2, soit entre 26 et 53 kg/ha pour une variété à PMG de 175g (ex. Assas), ou entre 16 et 32 kg pour une variété à PMG de 105g (ex. Arkta).

Les doses sont plus élevée pour les pois protéagineux (entre 30 et 60g/m2), soit entre 50 et 120 kg/ha selon les espèces.

Enfin, pour la féverole les PMG peuvent être très variables (entre 450 et 600g), il est donc important d’en avoir connaissance. L’objectif est d’atteindre 15 à 25g/m2, il faudra donc entre 70 et 150kg/ha de semences dans le mélange.

Ces quantités sont bien sûr à ajuster en fonction du nombre d’espèces dans le mélange, et dans la limite de 300 graines/m2.

▷ EXEMPLES DE MÉLANGES

Plusieurs mélanges sont présentés à titre d’exemple dans le tableau ci-contre. Nous recommandons de prendre en compte les critères suivants: précocité à maturité, risque de verse, couverture du sol, teneur en protéines…

▷ QUELLE PLACE DES MÉTEILS DANS LES ROTATIONS EN POLYCULTURE-ÉLEVAGE ?

Les méteils sont des cultures couvrantes qui tendent à améliorer les systèmes agronomiques. Ils sont particulièrement adaptés aux contextes à bas niveau d’azote comme les parcelles en fin de rotation. Les méteils s’intègrent par exemple très bien derrière une culture gourmande type maïs ensilage, éloignés d’un retournement de prairie ou en 2ème voire 3ème paille. Un précédent prairie peut également convenir mais le potentiel azoté ne sera pas valorisé comme avec une céréale pure.

ESSAIS

METEILS GRAINS

Conduits en agriculture biologique en Occitanie

L’objectif des essais était de tester l’intérêt des mélanges complexes (à 3 espèces et plus) comparés à des mélanges binaires (1 céréale + 1 protéagineux) pour assurer un rendement et une valeur nutritive stables.

Pour ce faire, 2 ans d’expérimentations de différents mélanges de méteils grains ont été menés en AB sur 5 sites aux conditions pédo-climatiques variées (Aveyron, Tarn et Hautes-Pyrénées). L’indicateur retenu pour comparer les mélanges testés est la quantité de Matière Azotée Totale (MAT) en kg, produite par hectare. C’est le rendement (en q/ha) multiplié par le % de MAT du mélange.

Parmi les 3 meilleurs mélanges de chaque département, 6 sont des mélanges complexes à base de triticale (60-85 kg/ha), blé (35-55 kg/ha), avoine (10 kg/ha), pois fourrager (15-20 kg/ha) et féverole (55-75 kg/ha), et 3 des mélanges binaires à base de céréales (blé, triticale ou avoine) et de féverole [Proportions variables selon les sites dans la fourchette indiquée en kg/ha], cf. fig. 1.

Pour les mélanges binaires céréale-féverole, les rendements sont stables et les résultats sont également très intéressants (cf. fig. 2).

Une analyse plus poussée de la valeur alimentaire conforte les résultats des mélanges complexes qui répondent aux critères recherchés pour un aliment complet destiné plus particulièrement aux ruminants en AB :
▸ Taux de MAT > 15 %,
▸ Ratio PDIN/UFL (équilibre du mélange) autour de 100,
▸ Digestibilité d’au moins 80 %,
▸ PDIN de l’ordre de 100 g/kg.

BILAN

QUE FAUT-IL RETENIR POUR FAIRE UN MÉLANGE ADAPTÉ À CHAQUE SITUATION ?

> 1 Choisir des espèces et variétés adaptées à votre parcelle (résistance au froid, sol, précocité). À partir de 3 espèces, votre mélange gagnera en stabilité.
>2 Mesurer le reliquat azoté de votre parcelle afin d’adapter la fertilisation éventuelle et la proportion en protéagineux avant semis. En présence d’un reliquat important, la céréale s’exprime davantage, il faudra semer plus de protéagineux.
>3 Utiliser les tables INRA ou faire des analyses pour connaître les valeurs nutritives de votre méteil : vous pourrez ainsi réajuster la ration si besoin.

TEMOIGNAGES

REGARD CROISES – ELEVEURS AYANT REALISE DES ESSAIS

Patrick DELERIS

GAEC DE FOURNOULET, BOVIN LAIT AB, LESCURE JAOUL (12)

«Nous avons travaillé avec un méteil complexe composé de 20-25 kg / ha de pois fourrager associé à du triticale, du blé et de l’avoine. Nous estimons avoir utilisé une trop grande quantité de pois. Aujourd’hui, on l’utilise à 10 / 12 kg et avec de la féverole à 50 kg afin de limiter la verse. Nous avons également implanté deux mélanges binaires : le premier avec orge (50 kg / ha) et pois protéagineux (130 kg / ha), le second avec féverole (120 kg / ha) et pois fourrager (20 kg / ha). Chez nous, ces méteils binaires ont donné de bons résultats et permettent de sécuriser notre système. À l’avenir, nos mélanges sont susceptibles d’évoluer car le pois est de plus en plus difficile à utiliser du fait de la prolifération des sangliers.»

Jean-Baptiste KERUZEC

GAEC DE LA SIRGARIÉ, BOVIN LAIT AB, ST MARTIN LAGUÉPIE (81)

« Je suis en système très herbager, avec 15 ha de méteils semés tardivement, à base de blé / féverole auxquelles on ajoute soit de l’orge, soit du triticale (et un peu d’avoine). On cultive ces méteils complexes depuis plusieurs années, et ce qui nous intéressait dans ces essais, c’était de comparer la performance de nos mélanges complexes avec des associations plus simples. Nous avons donc travaillé avec notre mélange, comparé à 3 associations plus simples, blé/ féverole, triticale/pois fourrager et orge/pois. Les essais nous ont permis de valider le fait que certains associations binaires fonctionnent aussi très bien. Grâce aux analyses des méteils, on a une meilleure idée de la valeur alimentaire de nos mélanges.»

Alain GALOUYE

POLYCULTEUR-ÉLEVEUR, BOVIN VIANDE AB, MONTGAILLARD (65)

« Je produis 8 hectares de méteil tous les ans, derrière un maïs ou une prairie. J’utilise le méteil pour finir les veaux rosés et les vaches, et complémenter les jeunes vaches en production. Je suis généralement autonome pour l’engraissement de mes bêtes. Cette année, pour compenser le foin de mauvaise qualité du printemps, j’ai implanté plus de méteils dont une partie sera récoltée en enrubannage. Ces essais m’ont montré que les mélanges les plus compliqués n’étaient pas forcément les meilleurs. Chez moi, le mélange binaire était intéressant : j’ai donc simplifié mes mélanges ce qui a facilité la récolte (maturité et réglage de la machine). Il faudrait maintenant travailler sur la façon de récolter, c’est-à-dire faucher, sécher et andainer avant récolte.»

 

Fauche du méteil. Crédit GAEC du Terron

DEBOUCHES

VALORISATION DES METEILS DANS LES RATIONS DES BOVINS BIO

Produire un concentré plus riche en protéines que les céréales pures est une des motivations des éleveurs en Agriculture Biologique qui cultivent des méteils.

FOCUS BOVIN VIANDE

SYSTEME VEAUX D’AVEYRON ET DU SEGALA

Vincent SERIEYSSOL, CAUSSE-ET-DIEGE (12)

Sur cette exploitation en conventionnel, les méteils s’inscrivent pleinement dans les objectifs du producteur : gagner en autonomie protéique et diminuer l’usage de produits phytosanitaires. La culture de mélanges a débuté en 2007. D’abord utilisé dans la ration des vaches en lactation à 500 g/jour, le méteil remplace l’aliment complet pour l’engraissement des veaux depuis 2013 avec la mise en place de la fabrique à la ferme.

L’utilisation des méteils permet d’obtenir les mêmes performances économiques sur le troupeau, tout en diminuant les charges d’intrants.

Le seul bémol pour la culture de méteils, c’est l’aspect aléatoire des proportions de chaque espèce à la récolte. C’est pourquoi il est important d’analyser son mélange chaque année, en vue d’assurer le meilleur équilibre alimentaire et un bon potentiel de digestibilité.

 

Valeurs nutritives du méteil de Vincent SERIEYSSOL, son utilisation et l’impact économique (Source Chambre d’Agriculture de l’Aveyron).

FOCUS BOVIN LAIT

SYSTEME EN AGRICULTURE BIOLOGIQUE

Pour calculer l’économie de concentré acheté permise par le remplacement de céréales pures par des méteils, les Chambres d‘agriculture du Tarn et de l’Aveyron ont réalisé des rations à base de maïs et sans maïs, pour 3 niveaux de productivité : 4000 litres / vache laitière, 5500 et 7500 litres.

Les méteils en tant que concentré fermier plus riche en MAT qu’une céréale pure contribuent à l’économie d’achat des concentrés azotés. Cependant, pour des niveaux de production relativement élevés (au-delà de 5500 l/VL), leurs taux de MAT restent insuffisants pour couvrir le besoin des animaux et un complément azoté reste nécessaire. Toutefois, ils restent utilisables en concentré unique pour les génisses.

Les méteils font donc partie d’une stratégie globale d’autonomie alimentaire et protéique parmi laquelle le pâturage à base de prairies à flore variée et la réalisation de stocks fourragers riche en légumineuses constituent un socle incontournable.

DEBOUCHES

Qu’en est-il du triage et de la commercialisation des méteils ?

LE TRIAGE DES METEILS

Il permet de séparer les différentes espèces du mélange en vue d’un re-semis ou sélectionner les différentes espèces qui le composent et leur proportion afin de rééquilibrer une ration ou vendre à un organisme stockeur. Préalablement au triage, il est important de vérifier le réglage de la moissonneuse pour limiter le nombre de grains cassés et pour nettoyer et sécher la récolte avant stockage dans un lieu ventilé.

Différents types de trieurs et de réglages existent pour séparer les différentes espèces du mélange:

Nettoyeur-séparateur : triage uniquement sur la largeur, l’épaisseur et selon le comportement du flux de graines dans un courant d’air en aspirant les déchets légers.
Trieur alvéolaire : séparation des grains selon leur longueur.
Table densimétrique : séparation des grains selon leur densité.
Trieur optique : séparation des grains et des impuretés selon leur couleur et leur forme.

Ces 2 derniers trieurs sont généralement spécifiques aux stations de semences. Trier un méteil demande de vraies compétences. Adhérer à un outil collectif peut s’avérer intéressant pour bénéficier d’un triage de qualité et limiter le coût d’investissements.

LA COMMERCIALISATION DES METEILS

La collecte des méteils reste difficile à ce jour car leur traitement occasionne des surcoûts pour les organismes stockeurs liés au triage et aux cellules de stockage spécifiques pour les mélanges et les cultures issues du tri. L’idéal est donc de réserver ces cultures pour l’autoconsommation ou bien pour un débouché de proximité, auprès d’un éleveur tiers.

Il existe néanmoins la possibilité de vendre le surplus de méteils produits.

En 2017-2018, les collecteurs situés sur le Tarn et l’Aveyron* ont privilégié 2 types de mélanges binaires blé/féverole et orge/pois protéagineux. Certains acceptent également des mélanges plus complexes à condition qu’il existe une demande en face ; dans ce cas, les méteils transitent directement du vendeur à l’éleveur bio. Les collecteurs ont mis en avant 2 leviers pour faciliter la collecte des méteils : d’une part la contractualisation de ces mélanges en annonçant suffisamment à l’avance les surfaces et types de mélanges emblavés, et le stockage chez le producteur jusqu’à la fin de période de collecte.

* Agribio Union, Coopérative de Carmaux et RAGT.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Mélanges céréales – protéagineux grains en agriculture biologique, résultats d’essais conduits en Occitanie, Muriel SIX Chambre d’agriculture de l’Aveyron, Maëva COLOMBET Chambre d’agriculture du Tarn et Lise BILLY Chambre d’agriculture des des Hautes Pyrénées.
Conférence de Laurent Bedoussac Ingénieur de recherche INRA-ENSFEA Toulouse, “Les Cultures associées : intérêts agronomiques et place dans les filières” (le 2 octobre 2018 à Valdériès).
Posters produits par les Chambres d’agriculture Tarn / Aveyron, FDCUMA Tarn à l’occasion de la journée Innov’action du 2 octobre 2018 (envoi possible sur demande : francoise.solignac@aveyron.chambagri.fr / n.castel@tarn.chambagri.fr)
Fiche technique Méteil grains CA81.

Coordonné par Maëva COLOMBET et Stéphanie CAMAZON, de la Chambre d’Agriculture du Tarn, et Mathilde DURAND, de la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron

Crédit photo : Interbio Occitanie et Interbev


Caractérisation d'élevages caprins biologiques avec transformation fromagère 14

Caractérisation d'élevages caprins biologiques avec transformation fromagère

Les résultats et les données présentées dans ce document sont issus d’une étude réalisée par l’APABA en 2017 auprès de sept élevages caprins transformateurs en Aveyron. Cette étude avait pour objectif de mieux comprendre les freins rencontrés dans ce type de fermes. L’échantillon s’est composé d’exploitations représentatives de la moyenne montagne (de 300 à 800 mètres d’altitude).

DES FERMES DE PETITE TAILLE PLUTOT EXTENSIVES

Les fermes étudiées présentent des structures très diverses. La Surface Agricole Utile varie de 22 à 63 ha et le taux de chargement s’échelonne entre 0,24 et 0,73 UGB/ha SFP. Les fermes disposent essentiellement de prairies permanentes et de parcours boisés de qualité variable alloués au pâturage. Seules les meilleures terres sont destinées à la culture de méteils réservés à l’alimentation des chèvres. Ces derniers sont le plus souvent conduits en rotation avec des prairies temporaires riches en légumineuses destinées à la production de foin. Sur le plan des ressources humaines, les fermes se composent de 2 à 4 unités de main d’œuvre (associés et salariés) réparties entre les activités de production, de transformation et de mise en marché.

DES NIVEAUX DE PRODUCTION LAITIERE HOMOGENES MAIS DES EFFECTIFS TRES VARIABLES

Parmi les fermes étudiées, six transforment l’intégralité de leur production de lait avec une valorisation en vente directe. La septième livre près de 90% de la production en circuit long. Toutes les fermes sont conduites en Agriculture Biologique ou en début de conversion. Les cheptels sont essentiellement constitués de chèvres Alpine et/ou Saanen conduites de manière saisonnée. Les mises bas se déroulent de la mi-février jusqu’à la mi-mars et la durée de traite fluctue entre 230 et 305 jours. La taille des troupeaux est comprise entre 12 et 26 chèvres/UTH pour les fermes en circuit court contre 71 chèvres/UTH pour l’élevage en circuit long. Le niveau de production laitière des troupeaux est assez homogène dans les élevages (≈ 530 l vendu/chèvre). Rapporté aux surfaces fourragères, ce dernier varie fortement, de 290 à 1700 l/ha SFP.

DES FOURRAGES DE QUALITE INSUFFISANTE

Selon leur situation géographique, les fermes disposent de foncier de qualité très variable. Cela influe fortement sur le choix des ressources fourragères. Dans les zones maigres et superficielles, les éleveurs fauchent des prairies permanentes de qualité variable et valorisent des parcours via le pâturage. Les volumes de fourrages stockés étant les plus souvent insuffisants tant sur le plan quantitatif que qualitatif, les éleveurs font appel à des achats de foin de luzerne. Dans les zones plus favorables, les éleveurs cultivent des prairies riches en légumineuses (Luzerne/dactyle, prairies à flore variée…) pour obtenir des fourrages de meilleure qualité. Les repousses et les prairies permanentes sont réservées au pâturage. Selon la part de pâturage, les volumes de fourrages distribués varient de 2,8 à 5,8 TMS/UGB. Parmi les élevages étudiés, six produisent du foin au sol et une ferme dispose d’une unité de séchage en grange. Seules quatre fermes sur sept sont autonomes en fourrages. La qualité insuffisante des foins induit des charges d’alimentation élevées.

DES FERMES PEU AUTONOMES EN CONCENTRES

Sur le plan des concentrés, les fermes sont globalement peu autonomes. Les faibles surfaces allouées aux cultures ainsi que les faibles rendements ne permettent pas de couvrir les besoins du troupeau. Selon les fermes, la surface en céréales représente de 0 à 23 % de la SAU (10 % en moyenne) et les rendements fluctuent de 20 à 39 Qx/ha (26 Qx/ha en moyenne). Seules deux fermes au fonctionnement plutôt autarcique produisent l’intégralité de leurs besoins. Les autres fermes font appel à des achats extérieurs de céréales (maïs et orge essentiellement) et/ ou d’aliments complets (concentré de production de 18 à 24 % MAT).

DES PRATIQUES D’ALIMENTATION TRES DIFFERENTES

L’analyse des pratiques d’alimentation des élevages montre une forte dépendance aux stocks fourragers. Suivant les fermes, le volume de fourrages distribués varie de 2,9 à 5,8 TMS/UGB/an. Malgré des durées de pâturage importantes, la part de l’herbe pâturée dans l’alimentation reste limitée. Elle représente selon les cas de 10 à 40 % de la ration annuelle. Les éleveurs maîtrisant la conduite du pâturage des chèvres consomment globalement moins de stocks de fourrages (≤3,5 TMS/UGB) au cours de l’année.

Sur le plan des aliments complémentaires, les élevages étudiés montrent une grande diversité de pratiques. La quantité de concentrés distribués varie de 0,6 à 2,6 TMS/UGB/an. Rapporté au niveau de production laitière, la complémentation en concentrés fluctue de 227 à 777g/l (Moyenne : 680 g/l contre 1157 g/l en circuit long). A niveau de productivité laitière équivalent (530 l/chèvre), la quantité de concentrés distribués d’une ferme à l’autre varie selon un facteur quatre. Il existe donc de grande marge de manœuvre sur le plan de l’efficience des pratiques d’alimentation. La qualité des fourrages apparait comme un élément clé de la maîtrise des coûts d’alimentation.

DES COUTS DE PRODUCTION TRES HETEROGENES

L’analyse du coût de production des élevages étudiés montre une grande variabilité. Selon les exploitations, le résultat fluctue de 1 200 à 6 750 €/1000 l. Une part importante de ces écarts s’explique par la différence de niveau de production laitière des fermes (de 3 300 à 13 641 l/UMO) qui fait office de diviseur.

Le poste de dépenses qui apparaît en moyenne le plus élevé dans le coût de production concerne les charges de mécanisation (11,6% du CP en moyenne). Ce dernier se compose essentiellement des prestations de travaux par tiers, des charges de carburants et des frais d’entretien du matériel. La délégation fréquente des travaux agricoles (semis, moissons) et les nombreux déplacements liés à la vente directe sont mis en cause. D’une ferme à l’autre, le montant des charges de mécanisation fluctue de 170 à près de 900 €/1000 l. Il existe donc de grandes marges de manœuvre dans la maîtrise de ce poste.

Le second poste le plus coûteux concerne les charges de bâtiments (10,1% du CP en moyenne). Il se compose essentiellement des amortissements et des frais d’électricité et de gaz liés à l’activité de transformation fromagère. D’une ferme à l’autre, le montant des charges de bâtiments fluctue de 90 à près de 530 €/1000 l. On note différentes échelles d’investissements dans les ateliers de transformation. Certains ateliers semblent avoir été surdimensionnés vis-à-vis des volumes de lait transformés et valorisés.

Le troisième poste le plus important dans la composition du coût de production concerne les charges d’alimentation (7,1% du CP en moyenne). Ces dernières sont principalement constituées par des achats de céréales (orge ou maïs), d’aliments complets ou de fourrages pour répondre aux besoins des animaux. D’une ferme à l’autre, le montant des charges d’alimentation fluctue de 22€/1000l à près de 380 €/1000l.

UN NIVEAU DE VALORISATION DU LAIT TRES HETEROGENE

Parmi les fermes étudiées, le niveau de valorisation du lait transformé varie très fortement. Selon les fermes, le prix du lait fluctue de 1 550 à 2 650 €/1000l (2 000€/1000l en moyenne contre 876€/1000l en circuit long). Les fermes commercialisant les fromages sous l’appellation Rocamadour montre un niveau de valorisation supérieur. Le choix du type de fromages, le rendement fromager et le prix de vente semblent les principaux éléments mis en cause.

UN TEMPS DE VALORISATION DES PRODUITS TRES VARIABLE

L’activité de transformation fromagère nécessite une implication forte des agriculteurs et génère un volume de travail important. L’équilibre entre les activités d’élevage, de transformation et de commercialisation est difficile à trouver mais se révèle indispensable. Parmi les sept fermes étudiées, le temps de valorisation du lait estimé (transformation + mise en marché) a fluctué entre 4 et 16 h/100 l. Le type de débouchés (marché de plein vent, magasins de producteurs…), la capacité de l’outil de transformation (volume journalier…), la disponibilité en main d’œuvre et le choix du type de produits (yaourts, lactiques, tommettes…) semblent mis en cause.

BILAN

▷ Les données analysées offrent seulement une image des systèmes rencontrés en zone de moyenne montagne. Les fortes disparités révélées dans cette étude démontrent un nécessaire accompagnement technique des fermes caprines en production fromagère sur différents thèmes :

Qualité des fourrages ▪ Efficience des pratiques d’alimentation du troupeau ▪ Maîtrise des coûts de production (notamment en charges de mécanisation et de bâtiments) ▪ Stratégie commerciale : efficience de la production selon les débouchés choisis

Coordonné par Maxime VIAL, animateur élevage de l’APABA

Crédit photo : Interbio Occitanie