Bio&Pro - Colloque de la Restauration collective Bio & Régionale
Interbio Occitanie, Bio Occitanie et la Chambre régionale d’Occitanie ont le plaisir de vous informer que le prochain Colloque de la Restauration Collective Bio & Régionale se déroulera le 30 novembre de 9h30 à 17h à Cazouls lès Béziers.
PROGRAMME
9h00 – Accueil des participants
9h30 – 10h00 – Introduction de la journée
10h00 – 12h00 – Témoignages : « L’implication de tous les acteurs : la clé pour une démarche bio locale engagée et pérenne »
- Ville de Montpellier : un projet pédagogique alimentaire global en lien avec la cuisine centrale
- EHPAD Résidence Couserans Pyrénées (09) et la SCIC Nourrir l’Avenir : la formation de l’ensemble des équipes, élément central pour une démarche portée par tous (cuisine et accompagnants)
- Cuisine Centrale de Millau : la communication auprès des parents et des enfants
- Eleveurs bio de l’Aude et cuisiniers de collège : une formation découpe /une idée pour développer ses achats en viande bio
- «Halte aux préjugés sur la bio en resto co» : vidéo-témoignage proposée par Interbio Occitanie
12h00 – 13h30 – Déjeuner bio > sur inscription
13h30 – 17h00 – Ateliers sur inscription : 2 sessions d’1h30 pour chaque atelier : à 13h30 et à 15h30 (30 mn pour changer d’atelier) > ATTENTION ! Choisir seulement 2 ateliers sur les 3 proposés
- Atelier cuisine : « du bio et de la diversification protéique » – Cuisinier du collectif les Pieds dans l’PLat – SCIC Nourrir l’Avenir
- Atelier marché Public : « les astuces pour adapter vos procédures à vos objectifs bio locaux » – Valérie Tessier, conseillère juridique à Haute Garonne Ingénierie
- Atelier régie agricole: « visite et discussion autour de la régie agricole de Cazouls-les-Béziers, une piste pour compléter l’offre en bio local».
17h00 – Clôture de la journée
Pour toutes demandes d’informations complémentaires, n’hésitez pas à nous contacter sur contact@interbio-occitanie.com
Vous pouvez dès maintenant vous inscrire en cliquant sur le bouton ci-dessous :
Retour sur les remises du label Territoire Bio Engagé
5 nouvelles communes ont reçu le label Territoire Bio Engagé sur ce second semestre 2022 :
- GAILLAC (81) : 18,96 % de sa surface agricole utile est en bio
- GIGEAN (34) : 45,16 % des produits servis au sein de ses restaurants collectifs sont bio
- LEZAT SUR LEZE (09) : 15,58 % de sa surface agricole utile est en bio
- PASSA (66) : 28,24 % de sa surface agricole utile est en bio
- SAINT-BLANCARD (32) : 31,32 % de sa surface agricole utile est en bio
RETOUR EN IMAGES
Pour en savoir plus sur le label, n’hésitez pas à cliquez ci-dessous :
Ce qu'il faut savoir pour piloter la fertilisation en viticulture biologique
En viticulture biologique, maintenir et augmenter la fertilité et l’activité biologique des sols nécessite une bonne gestion des apports en matières organiques. Leur rôle est majeur dans la stabilité de la structure du sol et dans sa capacité à retenir l’eau et les éléments minéraux.
Cet article reprend une partie des éléments rédigés dans le guide “Quels produits organiques utiliser en viticulture biologique en Occitanie?” réalisé en 2021 par la Chambre régionale d’agriculture Occitanie, la Chambre d’agriculture du Gard, Sudvinbio et le CivamBio66 et financé par le Conseil régional Occitanie et l’ADEME.
Pour en savoir plus sur les matières fertilisantes organiques disponibles en Occitanie et autorisées en Agriculture Biologique, contacter ces structures ou consulter le document en ligne sur :
=> https://bit.ly/3Rxrfk2
La fertilisation en Agriculture Biologique repose sur le principe de nourrir le sol pour nourrir la plante, et non pas nourrir la plante directement au travers d’engrais solubles. Ce mode de production vise à favoriser au maximum l’activité biologique des sols par des apports de matières organiques, la culture d’engrais verts et la mise en place de rotations de cultures.
COMPRENDRE LA MINÉRALISATION
Les matières organiques fraîches (débris végétaux, animaux, fongiques et microbiens) se décomposent du fait de l’activité biologique et du climat par les phénomènes de minéralisation et d’humification.
Sous climat méditerranéen, un pic de minéralisation a généralement lieu à l‘automne et en hiver, et les blocages de minéralisation sont fréquents au printemps et en été sous l’effet du manque d’eau pour les micro-organismes du sol. La matière organique est presque continuellement minéralisée, notamment à cause de températures de sol relativement douces qui ne permettent pas la formation d’humus stable.
Dans le sud-ouest, les printemps sont souvent humides ce qui entraîne une minéralisation plus importante à cette période.
RÉPONDRE AUX BESOINS EN MATIÈRES ORGANIQUES D’UN SOL VITICOLE
De manière générale en Occitanie, les sols viticoles présentent des teneurs en matières organiques entre 1 à 2,5 %. Cet indicateur est très dépendant de la texture du sol et il doit être mis en relation avec le taux d’argile pour être interprété. Des fortes teneurs en matière organique ne sont pas pour autant un objectif à atteindre pour un sol viticole.
Chaque année, 1 à 2 % de l’humus du sol est dégradé du fait de la minéralisation des matières organiques du sol, ce qui représente des pertes allant de 340 à 1640 kg de matière organique. Ces chiffres peuvent varier en fonction du type de sol et du stock initial de matières organiques.
Pour compenser ces pertes, plusieurs pratiques sont possibles.
=> Des apports de matières organiques sont nécessaires (amendements).
=> La conservation d’un couvert spontané hivernal de l’automne au début du printemps permet dans de nombreux cas de compenser cette perte voire de faire des apports excédentaires (dans le cas de formation de lignine dans les tissus du couvert herbacé). La décomposition des parties aériennes et des racines du couvert enherbé fournit au sol entre 2 et 10 t/ha de matières fraîches. La proportion de matière végétale fraîche se transformant en humus est très variable, en fonction de l’espèce végétale, du stade auquel elle est détruite….
=> Le broyage des sarments restitue annuellement 0,75 à 2 T de matière sèche, ce qui représente environ 250 à 500 kg/ha d’humus stable.

CONNAÎTRE LES BESOINS DE LA VIGNE
Pour assurer leur croissance et leurs fonctions vitales, les plantes prélèvent des éléments dans l’environnement : le carbone à partir du CO2 atmosphérique, l’oxygène et l’hydrogène à partir de l’air et de l’eau, et les autres éléments à partir du sol. Pour la vigne, les éléments majeurs prélevés dans le sol sont le potassium, l’azote, le phosphore et le magnésium.

Les oligo-éléments
Dans la plupart des cas, les oligo-éléments ont une action à des doses très faibles.
Un emploi excessif peut vite engendrer des intoxications du végétal à des doses faibles. Sur certains sols acides (secteur des Pyrénées- Orientales ou Tavel), des intoxications dues à des excès de manganèse ou de cuivre ont pu être observées. Elles sont probablement liées à des épandages de produits phytosanitaires contenant ces éléments.

Le manque d’oligo-éléments peut également entraîner des effets préjudiciables sur la vigne ou la récolte. Sur les vignobles midi-pyrénéens, les cas de carences en potasse sont nombreux. On trouve aussi des carences en magnésium et en fer. Cette dernière est la plus commune sur le pourtour méditerranéen. Elle est due dans la grande majorité des cas à une erreur de porte-greffe (carence induite). On peut observer dans de rares situations des carences vraies notamment dans le secteur de Corconne (Pic Saint Loup).
APPRÉHENDER LES DIFFÉRENCES ET COMPLÉMENTARITÉS DES ENGRAIS ET AMENDEMENTS
Engrais organiques : tous les produits dont l’emploi est destiné principalement à assurer ou à améliorer la nutrition des végétaux. “Nourrir la plante”
Amendements organiques : matières fertilisantes composées principalement de combinaisons carbonées d’origine végétale, ou animale et végétale en mélange, destinées à l’entretien ou à la reconstitution du stock de matière organique du sol et à l’amélioration de ses propriétés physiques, biologiques et chimiques. Réglementairement, les amendements sont définis comme faiblement concentrés en éléments fertilisants : moins de 3 % de N, de P et de K.
Les engrais et amendements sont complémentaires. Le maintien de la teneur en matières organiques par des apports d’amendement permet d’améliorer la capacité de stockage des éléments minéraux fournis par les engrais, ainsi que d’en améliorer la minéralisation avec une structure du sol permettant aux micro-organismes d’accéder aisément à l’eau et à l’oxygène.
Toutefois, certaines matières fertilisantes agissent à la fois comme amendement organique et comme engrais. On peut citer comme exemple de produit mixte le compost de distillerie (effet fertilisant notable pour la potasse et le phosphore) et les effluents d’élevage.
CHOISIR LES PRODUITS ORGANIQUES ADAPTÉS À SON OBJECTIF DE FERTILISATION
Réalisé à dires d’experts, ce tableau classe les familles de produits en fonction de plusieurs objectifs de fertilisation. en conversion que si le produit ne contient qu’un seul ingrédient agricole.





Par Claire Gaffier, Chambre d’agriculture du Gard et Marie Largeaud, Chambre régionale d’agriculture Occitanie
Crédits photos : Shutterstock
Fabricants d'aliments bio pour bétail : quels enjeux en Occitanie ?
Les fabricants d’aliments pour bétail sont des acteurs structurants à la croisée de nos filières grandes cultures et élevage.
Ces acteurs sont doublement importants, d’une part car ils valorisent de nombreuses cultures de la rotation : céréales (blé, triticale, orge, maïs, avoine), protéagineux (pois, féveroles) et oléagineux (soja, colza et tournesol en tourteau) et d’autre part car ils fournissent en aliments de nombreux élevages bio régionaux. Nous avons souhaité faire le point avec ces acteurs afin de mieux connaitre leur fonctionnement et identifier avec eux les enjeux actuels de leur activité.

LES ACTEURS EN OCCITANIE
Nous avons identifié en région Occitanie :
=> 5 usines de fabricants d’aliments, dont 2 entreprises privées et 3 filiales de groupe coopératifs.
=> 2 usines de trituration de soja et autres oléagineux qui produisent des tourteaux, toutes deux sont liées à des groupes coopératifs.
Ces outils sont assez bien repartis sur notre territoire régional : Lozère / Aveyron / Tarn / Aude /Gers / Hautes – Pyrénées. Ils sont situés soit dans les bassins de productions de grandes cultures bio soit au plus près des zones d’élevages où se trouvent leurs clients.
Un seul opérateur est 100 % bio, les autres sont de plus grosses entreprises avec une activité bio qui représente 5 à 10 % de leur activité. Les gammes proposées sont larges, variées et concernent tous les types d’élevages (ruminants et monogastriques). Certains acteurs sont plutôt spécialisés dans la production d’aliments pour les vaches laitières/chèvres/brebis laitières bio ; alors que d’autres sont plus spécialisés en aliments pour volailles et porcs bio.
UN APPROVISIONNEMENT MAJORITAIREMENT FRANÇAIS ET RÉGIONAL
Les fabricants d’aliments bio d’Occitanie n’ont pas de difficultés à trouver des approvisionnements français et régionaux. Ils ont des partenariats durables avec les coopératives régionales de Grandes Cultures bio. Leurs approvisionnements sont majoritairement « origine France », même s’ils ont aussi recours à de l’import, notamment pour l’orge, la féverole ou le soja. Ces imports proviennent principalement d’Espagne et d’Italie.
Les FAB interrogés ont tous développé une gamme d’aliments bio 100 % origine France, pour répondre à la demande de plusieurs filières laitières (vache et brebis). En effet certains collecteurs/ laiteries ont renforcé leurs exigences sur l’origine de l’aliment bio, et imposent dans leur cahier des charges un aliment bio 100 % origine France. A ce jour, les FAB n’ont pas vraiment de difficultés à trouver ce sourcing français ou régional, mais ils alertent tout de même sur l’impossibilité de passer l’ensemble de leur gamme en origine France. On manquerait alors de certains produits et les coûts finaux seraient plus élevés.
LES ENJEUX DE LA FILIÈRE ALIMENT POUR BÉTAIL BIO/LES DÉFIS À RELEVER
=> La réglementation limitant à 25 % l’incorporation de C2 dans les aliments n’est pas considérée comme problématique. Cela a peu d’impact sur la composition et le coût des aliments. De plus, cette limitation intervient à un moment où l’offre régionale en C2 diminue, cela ne pose donc pas de problème pour les coopératives.
=> En revanche la fin de la dérogation qui autorisait 5 % d’aliments non bio riches en protéines dans les aliments des monogastriques oblige les FAB à revoir leurs formulations. Le gluten de maïs (non bio) qui était utilisé devra être remplacé par des tourteaux bio ce qui aura un double impact : l’aliment sera plus cher et il sera vraisemblablement moins performant.
=> Enfin la principale inquiétude actuelle des FAB est l’envolée des prix de certaines matières premières. Fin 2021, le constat était déjà préoccupant :
– Les céréales bio avaient augmenté de 20 à 30 € / Tonne.
– Le soja Bio avait fortement augmenté aussi pour atteindre des niveaux record à 900 – 1000 € / Tonne, avec en cascade une forte hausse du prix des tourteaux…
– Les prix des pois et des féveroles était en augmentation aussi et le marché est tendu sur ces protéagineux
L’enjeu de l’approvisionnement en protéines est donc le principal enjeu pour les FAB bio d’Occitanie. Le développement de matières premières riches en protéines (tourteaux de soja et tournesol, pois et féveroles) en France et en Occitanie serait donc une solution pour stabiliser les prix et sécuriser les volumes disponibles. Certains FAB réfléchissent aussi à diversifier leur source de protéines (avec d’autres tourteaux, des co-produits …).
Les FAB bio d’Occitanie sont tous préoccupés par l’augmentation des prix des matières premières bio qui impacte de fait le prix de l’aliment bio et donc les élevages bio. Ils s’accordent aussi pour dire qu’une solution serait de développer en Occitanie les surfaces de cultures riches en protéines et destinées à l’alimentation animale. Ce travail serait donc à construire avec les producteurs et les coopératives bio d’Occitanie. Malheureusement depuis début 2022, avec le conflit en Ukraine et l’extension de la grippe aviaire dans le Sud-Ouest, le contexte s’est encore complexifié… Nos filières bio régionales sont impactées par les bouleversements des filières conventionnelles.
L’ALIMENTATION ANIMALE BIOLOGIQUE UN SECTEUR SOUS CONTRAINTES
Le secteur de l’alimentation animale biologique a vu son activité tripler sur les 10 dernières années, pour arriver en 2021 à 740 100 tonnes d’aliment bio produites au niveau national. Si l’augmentation de ces volumes a été particulièrement forte depuis 2018, on s’aperçoit que l’année 2021 marque un tassement de cette croissance, qui devrait s’accentuer sur 2022 sous l’effet combiné d’un ralentissement du marché bio et de l’influenza aviaire. Les dynamiques observées en Occitanie suivent celles observées au niveau national, le secteur Sud-Ouest (Occitanie + ex Aquitaine) représentant 9% de la production française d’aliment composé biologique .
A l’inverse des circuits longs, les éleveurs en circuits courts disent pouvoir valoriser entièrement les carcasses grâce à une diversité de produits : La découpe en frais pour un retour financier rapide, la transformation en sec pour des produits à plus forte valeur ajoutée et la fabrication de terrines et plats cuisinés en complément de gamme.

IMPACT DU CONTEXTE MONDIAL SUR LE MARCHÉ BIOLOGIQUE
Le contexte de crise que nous traversons depuis l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes est venu renforcer les dynamiques d’inflation observées en France dès 2021.
Concernant les grandes cultures, alors que le secteur conventionnel se trouve directement impacté par d’importantes fluctuations du cours des matières premières (l’Ukraine et la Russie étant de très gros pourvoyeurs de céréales et oléo-protéagineux sur les marchés mondiaux), la production Bio ressent également le contre-coup de ces fluctuations : même si nos marchés bio nationaux restent en théorie décorrélés des cours mondiaux, la France n’étant pas dépendante d’importations directes de grandes cultures bio en provenance d’Ukraine et Russie, force est de constater que les bouleversements de la filière conventionnelle impactent tout de même les filières bio françaises… Le différentiel de prix entre Bio et Conventionnel se réduit, les prix conventionnels dépassent même parfois ceux du bio … Il reste nécessaire de pouvoir proposer aux producteurs Bio des prix incitatifs qui les encouragent à valoriser leur production dans les circuits Bio.

UN PALIER DANS LE DÉVELOPPEMENT DES FILIÈRES ANIMALES BIO
Les filières monogastriques bio, consommatrices de 80% des volumes d’aliment bio produit, se sont fortement développées ces dernières années : depuis 2018 en pondeuses et plus récemment en 2020 pour l’élevage porcin. Ces filières étaient alors portées par un marché demandeur, offrant des écarts de prix importants entre bio et conventionnel. Cependant, ces productions semblent connaître aujourd’hui un palier de développement, la demande nationale étant (comme pour plusieurs autres productions bio) en légère régression depuis 2021.
Face à cette absence de dynamique du marché bio, les opérateurs de la filière oeufs ont stoppé les mises en place de nouveaux poulaillers depuis 2021, alors que des volumes d’oeufs bio ont dû être déclassés sur les circuits conventionnels. De la même manière, les marchés bio de la volaille de chair, du porc et des produits laitiers se trouvent aujourd’hui engorgés, et les opérateurs de ces filières doivent avoir recours à des plans de régulation de l’offre. La demande en aliments pour ces filières ralentit donc aussi.
LES ÉLEVAGES BIO FORTEMENT TOUCHÉS PAR L’INFLUENZA AVIAIRE
En 2022, la filière avicole française est touchée par une violente épizootie d’influenza aviaire. Cette dernière, contrairement aux précédents épisodes, concerne des régions fortement productrices de volailles biologiques, telles que la Vendée qui représente environ 30% de la production de volailles bio nationale. Les répercussions de cet épisode commencent à se faire sentir sur le marché de l’alimentation animale biologique, et devraient être présentes également sur le 2nd semestre 2022.
Par Marianne Sanlaville , La Coopération Agricole Occitanie et Amélie Berger, Ocebio
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Portrait d'acteur engagé en Bio en Occitanie - Philippe KINDTS/Apiculteur dans le Gers
Nous avons le plaisir de vous faire découvrir, chaque mois, le portrait d’un acteur engagé dans la Bio en Occitanie. Pour ce mois d’octobre, nous vous présentons Philippe KINDTS, apiculteur dans le Gers (32).
Cette interview a été réalisée par Fanelli WALTER de Bio Occitanie.
Pour découvrir l’ensemble de nos portraits, n’hésitez pas à cliquer ici !
- Apiculteur
- 200 ruches
- Pouydraguin – Gers (32)
- Au conseil d’administration de Bio Occitanie depuis 2021
Philippe Kindts découvre tout jeune dans les volets de sa maison qu’il restaure deux essaims. Comme un premier appel et grâce à l’appui de Pierre Choquet, il les installe dans des ruches Langstroth. Modèle qu’il réplique facilement grâce à son matériel de menuisier. 2004 est l’année de son installation officielle en tant qu’apiculteur transhumant, avec 200 ruches et une labellisation immédiate en bio sur la commune de Pouydraguin dans le Gers.
Plus qu’un simple label, pour Philippe, la bio correspond à un réel projet politique. « Depuis toujours, dans mon désir de quitter la ville, je voulais changer de modèle. Il était impensable de mettre des produits chimiques sur la nourriture ».
Techniquement, Philippe Kindts, voit son travail comme un legs aux générations futures. Il oriente son élevage sur le principe de l’autonomie grâce la sélection massale et ne sélectionne que les reines dynamiques et résilientes dans l’espoir qu’elles répondent aux enjeux environnementaux.
Pour ce compagnon des sentinelles de la qualité de l’environnement, ayant connu l’arrivée du varroa en 86 (« ça a complètement changé la façon de travailler, on est passé des 5 % de pertes à plus de 15% ») et les effets dévastateurs du Gaucho en 90, l’engagement environnemental, syndical et associatif relève de l’évidence. Il s’investit au bureau des Bios du Gers et en devient, entre autres, le référent eau. Depuis un an, il rejoint le conseil d’administration de Bio Occitanie et participe aux travaux de la FNAB, en tant que référent Occitanie sur l’apiculture.
Il est devenu coprésident de la commission apiculture d’IBO. Militant depuis longtemps avec « Les amis de la terre » du Gers, et convaincu que l’échange, la transmission des savoirs sont des vecteurs de changement, il initie, transmet en formant les autres.
Vers des systèmes d'élevage plus économes et résilients face au changement climatique
RETOURS D’EXPÉRIENCES DE JOURNÉES TECHNIQUES ORGANISÉES DANS LE TARN ET L’AVEYRON
Depuis 1959, Météo France observe un net réchauffement, avec une augmentation des températures moyennes annuelles de l’ordre de 0,3°C par décennie pour l’Occitanie couplée à une augmentation du nombre annuel de journées chaudes (températures max. >25°C). Les précipitations sont quant à elles en légère baisse malgré de fortes variabilités d’une année à l’autre.
Les conséquences de ces évolutions se font déjà ressentir au niveau des exploitations pour lesquelles des pistes d’adaptation semblent se dégager tant sur la voie végétale qu’animale. Retour sur les travaux menés en système bovin viande AB autour de cette thématique sur les départements du Tarn et de l’Aveyron.
QUELS IMPACTS POUR LES SYSTÈMES D’ÉLEVAGES ?
PRÉVISIONS : LES SCÉNARIOS PROBABLES SELON LE PROJET AP3C
Porté par le SIDAM, AP3C (Adaptations des pratiques culturales au changement climatique) a été lancé en 2015 avec pour ambition d’obtenir des informations localisées pour une analyse fine des impacts du changement climatique sur le territoire. L’objectif : adapter les systèmes de production du Massif central et sensibiliser l’ensemble des acteurs.
Même s’il s’agit bien de tendances, le projet AP3C nous permet d’envisager l’évolution du climat d’ici 2050. Les températures moyennes annuelles vont augmenter jusqu’à 2°C sur certains secteurs d’Occitanie. Seuls quelques territoires marginaux ayant des altitudes supérieures à 1300 ou 1400 mètres seraient épargnés.
Les précipitations vont également évoluer à la hausse ou à la baisse d’un ordre de grandeur de -90mm à +50 mm en 50 ans en fonction des secteurs. Il faudra également surveiller l’évolution de leur répartition sur une année.
ASSÈCHEMENT DES SOLS
L’humidité moyenne des sols est un paramètre affecté par le changement climatique. Le graphique (fig.1) illustre la variation de l’humidité des sols annuelle entre 1961 et 1990 en Occitanie. La moyenne est représentée par la courbe verte, les deux autres courbes correspondent aux records d’humidité et de sécheresse des sols.

Ce deuxième graphique (fig.2) montre des prévisions pour 2021-2050 (scénario SRES A2), l’humidité moyenne des sols se situerait entre les moyennes actuelles et les records de sécheresse. La période critique augmenterait de 2 à quasiment 5 mois (soit de mi-juin à début novembre).

VITESSE DE CROISSANCE DE L’HERBE
Selon l’étude de l’INRA faite à St Girons (09), la vitesse de croissance de l’herbe sera plus importante dans les hivers futurs, de plus en plus doux. En revanche, sur le printemps et l’été, la vitesse de croissance de l’herbe sera plus limitée. Par exemple, au 180ième jour (passage du printemps à l’été), la vitesse de croissance de l’herbe, jusqu’alors évaluée à 40 kg/ha/jour sera de l’ordre de 20 kg/ha/jour, soit deux fois moins importante. (fig.3)
L’humidité des sols et la croissance de l’herbe sont des paramètres qui touchent directement les systèmes d’élevage, éleveurs et conseillers vont devoir s’adapter rapidement afin de passer au mieux cette transition.

QUELS LEVIERS EN SYSTÈMES RUMINANTS AB EXPÉRIMENTÉS PAR LA FERME EXPÉRIMENTALE DE THORIGNÉ D’ANJOU ?
75 mères Limousines et leur suite
SAU 145 ha dont 84% de surface fourragères pluviométrie limitée 675 mm/an
1.1 UGB/ha de SFP
pH acide 6.1
2.8% de MO
Département du Maine-et-Loire (30 min au nord-ouest d’Angers)
Sols limono-sableux peu profonds (50 cm)
Excès d’eau hivernal et sécheresse prolongée en été
Les Chambres d’agriculture de l’Aveyron et du Tarn ont organisé le 07/12/21 à Valdériès (Tarn) une journée dédiée à la résilience des systèmes bovin allaitant face au changement climatique ; à cette occasion, la Ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou a été invitée à témoigner de son expertise de près de 20 années de conduite en AB. La visite d’un éleveur récemment converti en bio a permis d’illustrer les propos du matin. Retour sur les points clés de ces interventions.
Thorigné d’Anjou est une ferme expérimentale exclusivement conduite en AB depuis plus de 20 ans. Créée à l’initiative de la Chambre d’Agriculture du Maine et Loire, cette SARL regroupe aujourd’hui douze organismes partenaires. Elle souhaite faire preuve de sa rentabilité économique dès le départ, et recherche une adéquation entre les animaux produits et le marché. Elle se distingue de ce fait par son autonomie quasi totale (en matière sèche, énergie, protéines), et la commercialisation de 100% des animaux dans la filière BIO. La fertilité des sols est aggradée depuis 15 ans grâce à la rotation qui constitue le pilier du fonctionnement agronomique.
Bertrand Daveau, ingénieur à Thorigné d’Anjou a présenté lors de la matinée les différents leviers testés pour s’adapter aux changements climatiques.
DIVERSIFIER LES RESSOURCES POUR GAGNER EN RÉSILIENCE
Les conditions pédo-climatiques de Thorigné rendent complexe la mise à l’herbe et contribuent à ralentir la minéralisation au printemps et la nutrition azotée des cultures et prairies.
=> Des prairies à flore variée (PFV) pour gagner en rendement et en robustesse
La ferme dispose de 50% de prairies naturelles et 50% de prairies temporaires avec un objectif de 30% de légumineuses dans ces dernières. Les mélanges sont implantés pour une durée de 5 ans avec une exploitation en pâture dominante.

Les PFV se sont montrées plus productives que des mélanges RGA/trèfle blanc (+1.5 TMS/ha/an) en particulier sur le 1er cycle, avec des valeurs alimentaires adaptées aux besoins du troupeau (0.92 UFL et 153 g/kg MS de MAT en moyenne sur la saison). Des essais sont en cours pour tester des mélanges avec plusieurs variétés par espèces pour gagner en robustesse.
=> Des mélanges céréales – protéagineux (CERPRO) ensilés pour sécuriser les stocks hivernaux
Pour faire du fourrage d’hiver, la production d’ensilage d’un mélange de triticale / pois / vesce est un levier intéressant. Le triticale s’avère la céréale la plus robuste et adaptée à la ferme (vs blé, seigle, épeautre) pour un double objectif : produire du grain et de l’ensilage.
Le mélange retenu dans les essais est à dominante céréales avec 290 grains/m2 de triticale et 15 grains/m2 de pois fourrager et autant de vesce. Il est semé en octobre et récolté fin juin en ensilage (stade laiteux-pâteux de la céréale) avec un objectif biomasse. Sur 15 ans d’expérimentation, il s’est montré plus productif que le maïs ensilage (8.8 TMS contre 7.7 TMS) avec moins de variabilité inter-annuelle. Les valeurs alimentaires (0.77 UFL, 60 g/kg MS PDIN et 65 g/kg MS PDIE) sont adaptées à des bovins à besoins modérés.


=> Une implantation des prairies sécurisée par des semis sous-couverts
Cette technique permet de combiner les 2 leviers précédents. Les implantations se font à la mi-octobre. Un semoir à double caisson permet en un seul passage de semer le mélange CERPRO et la PFV à 2 profondeurs différentes. Un passage de rouleau a lieu après le semis.
La composition et la densité du CERPRO varie en fonction du mode de récolte. Pour ensiler, le mélange comprend 300 grains/ m2 de triticale + 15 grains/m2 de pois fourrager et autant de vesce. En grain, il y a seulement du triticale (300 grains/m2) et du pois fourrager (20 grains/m2). La PFV est semée à 27 kg/ha.
Le semis sous-couvert a permis dans ces essais un gain de rendement sur 2 ans de + 20-30 %MS produite grâce au CERPRO. Les prairies sont moins sales et cette technique permet d’économiser des passages d’engins donc de limiter le coût de mécanisation.
A terme, l’idée est d’élargir la gamme des CERPRO utilisés (nature/ date de récolte) tout en maintenant des prairies sous couvert.
A noter que pour favoriser l’accès à la lumière des légumineuses dans le cas d’une récolte en grain, il est nécessaire de dégager les chaumes dès que possible en faisant passer des animaux rapidement après la récolte.

Crédit photo : CDA81
DES LEVIERS DE RESILIENCE SUR LE VOLET ANIMAL
La ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou a fait évoluer son système d’élevage en jouant sur l’improductivité, les périodes de vêlages, l’intensité du pâturage et le modèle animal.
=> Limiter l’improductivité grâce à une mise à la reproduction cadrée
Concernant la gestion de la reproduction, l’objectif principal reste d’avoir des vêlages groupés sur deux périodes strictes (du 1er/03 au 30/04 et du 1er/09 au 30/10). Toutes les vaches vides sont réformées, ce qui induit un taux de renouvellement élevé (30%). Cela permet de profiter du progrès génétique et de produire des carcasses de vaches faciles à engraisser (âge moyen à l’abattage : 5 ans).
Les taux de gestation sont plutôt satisfaisants : 88% sur les multipares et 91% sur les génisses avec un premier vêlage à 24 mois. L’IVV moyen sur les 20 dernières années est quant à lui de 368 jours.

L’âge au vêlage est un critère qui a évolué assez récemment au niveau de la ferme, avec un passage de 30 à 24 mois. A ce jour, aucune différence significative n’a été observée sur les productions laitières et les taux de gestation. Pour la mise à la reproduction, il faudrait idéalement des animaux présentant un poids de 420 kg. Cependant, ce sont surtout les rations qui sont adaptées afin que les animaux maintiennent des croissances suffisantes (ajout d’1 kg de triticale/pois).
=> Evolution du modèle animal : diminuer les durées et coûts de finition
Sur les 15 dernières années, les poids carcasses, la durée de finition et la quantité de concentré ont augmenté, entraînant une augmentation substantielle du coût alimentaire, les derniers kg produits étant les plus coûteux. Ce constat a conduit la ferme à orienter ses essais vers une diminution du gabarit des animaux ; d’autres facteurs y ont contribué : une demande de l’aval pour des carcasses plus légères (mise en barquettes) et des attentes consommateurs tournées vers plus pâturage et moins de compétition feed/food. « Aujourd’hui, notre troupeau donne des carcasses de 500 kg pour les boeufs et de 440 kg pour les vaches de réforme, et nos rations mobilisent 600 à 700 kg de concentrés en finition. Nous étudions plusieurs pistes pour produire des animaux jeunes et finis de 400 à 450 kgc ».

Voici les principales pistes : travailler la génétique des taureaux limousins (avec une orientation mixte-viande), réduire l’exigence de finition à l’abattage tout à maintenant les qualités organoleptiques de la viande, disposer d’animaux « jeunes » en finition pour une meilleure efficience alimentaire. Une piste plus exploratoire passe aussi par l’utilisation d’un taureau Angus pour les premiers vêlages.
A ce propos, il est utilisé sur les génisses Limousines (uniquement en croisement terminal). afin de produire des boeufs et génisses croisées finis à 24 ou 27 mois selon la période de naissance. Les premiers animaux croisés Limousins/Angus sont nés au printemps 2020 L’objectif visé : sortir des animaux à 350-400 kg de carcasse en ramenant de la précocité en gras.
Les premiers résultats semblent encourageants avec des performances proches des objectifs et une réduction drastique des consommations de concentré. L’accumulation des données au fil des années permettra de consolider les itinéraires techniques et de mesurer la pertinence technico-économique de cette pratique.
=> Finition des animaux : optimiser le pâturage pour économiser un maximum de concentrés
Le pâturage représente 50% de la consommation moyenne des bovins sur l’année, les stocks d’herbe 32%, l’ensilage 11% et les céréales produites 7%.
Sur la phase de finition, l’enjeu reste la densité énergétique avec une ration à 0.85 UFV/kg MS ingérée. Seule l’herbe pâturée de printemps permettant d’atteindre cet objectif, l’engraissement au pâturage reste limité (densités énergétique et protéique de l’herbe pâturée trop faible à partir de juin et sur l’été pour un engraissement à l’herbe à 100%). La ration d’engraissement distribuée est constituée de 8,5 kg MSI/jour d’enrubannage de prairie à flore variée et de 4,5 à 5 kg brut/j de triticale/pois.
Concernant les travaux en cours, la ferme teste le pâturage hivernal avec des animaux en croissance de 1 à 2 ans (pâturage + foin). De décembre 2021 à fin février 2022, 25 ha ont été pâturés par 20 bovins avec un chargement moyen sur la période de 0,5 UGB/ ha et un déplacement des animaux tous les 6/7 j. Ceci a permis une économie de paille et de 8 T de foin, tout en maintenant des croissances de l’ordre de 500 à 550g/j. Un bénéfice de ce pâturage hivernal s’observe également dans la possibilité de créer un décalage précoce des stades de végétation, dans un contexte marqué par des pousses explosives de plus en plus précoces au printemps, ceci facilite l’action de déprimage. De plus, des parcelles
pâturées l’hiver disposent de zones mises en défens pour pouvoir mesurer l’impact de ce pâturage hivernal. Sur ce premier hiver, plutôt favorable en termes de conditions météos, le pâturage hivernal ne semble pas avoir altéré la productivité globale (hiver + printemps) de ces prairies.
Si vous souhaitez en savoir plus sur les travaux de la ferme de Thorigné d’Anjou :
=> Chaine Youtube : bit.ly/3JEG7Kq
=> Page Facebook : bit.ly/3zIRuwf

Crédit photo : CDA81
TÉMOIGNAGE D’ÉLEVEUR SUR LES LEVIERS D’ADAPTATION MIS EN PLACE
VISITE CHEZ DAVID NÈGRE, ÉLEVEUR RÉCEMMENT CONVERTI À ANDOUQUE
La transposition des expériences menées aux conditions pédo-climatiques de notre région a constitué le fil rouge de l’après-midi. David Nègre éleveur de vaches allaitantes de race Limousine récemment converti a reçu le groupe sur son exploitation située à Andouque dans le Ségala tarnais.
David est sensible aux impacts du changement climatique, et ses efforts sont tournés vers une cohérence plus forte entre ses pratiques et son environnement.
Au niveau des leviers agronomiques, l’éleveur vise une rotation longue (6 ans minimum), alternant prairies en mélange (3 à 4 ans), méteils grains (2 ans) et luzerne, et mène une réflexion sur la diversification des espèces prairiales et des cultures de grains autoconsommés (triticale/pois, orge protéagineux et épeautre). Il réalise des plantations de haies tous les ans, tant pour la biodiversité que pour la fourniture d’abris pour les animaux, avec des espèces résistantes (micocoulier, chêne vert, chêne sessile..)
Du point de vue zootechnique, la mixité de races l’amène à considérer les avantages et inconvénients de chacune en terme de conduite. La race gasconne a des besoins alimentaires réduits du fait de son gabarit ; elle résiste mieux à la chaleur en plus de son adaptation à la topographie du site. L’éleveur mène une réflexion sur la saisonnalité des vêlages avec le passage d’une seule période (automne), à 2 périodes (automne / fin d’hiver), pour économiser l’alimentation des mères.
David finit la majorité de ses animaux : vaches, génisses, boeufs. Les femelles partent à la reproduction et pour l’auto-renouvellement du troupeau, tandis que les mâles sont vendus en broutards (non repoussés) et en boeufs. Les femelles ont une ration basée sur moitié foin de luzerne, moitié foin de prairies, soutenue en énergie. Les boeufs sont conduits en extensif, avec du pâturage hivernal. Pour améliorer la finition des animaux, David réfléchit à pré-engraisser ses animaux avec une part significative d’herbe pâturée ; dans la même logique, il démarre des croisements avec la race Angus (Gascon / Angus), afin de raccourcir la durée de finition.
A l’avenir, David vise plusieurs priorités : construire un système de plus en plus herbager, optimiser la finition des animaux à l’herbe, améliorer la biodiversité sur son exploitation (agroforesterie), et renforcer la rusticité de son troupeau avec la race Gasconne. La question du travail est un enjeu fort également, pour le bien être de l’éleveur : elle passe par une meilleure gestion des lots d’animaux et l’organisation d’un pâturage tournant performant.
CH I F F R E S C L É S
Installation en 2005 sur la ferme familiale
2 UTH
SURFACES :
164 ha dont 102 ha PP, 17 ha luzerne, 29 ha PT
15 ha de méteils grains autoconsommés.
CHEPTEL :
84 vaches dont 50 Limousines et 30 Gasconnes
soit 1,05 UGB/ha
PRODUCTION :
Boeufs, génisses de reproduction,
vaches engraissées, broutards
FAITS MARQUANTS DE LA FERME :
Installation en 2005 sur la ferme familiale
Introduction de la race Gasconne (2013), plus rustique et adaptée aux coteaux séchants. Introduction de luzerne (autonomie protéique).
Conversion sol-troupeau en 2020 pour gagner en autonomie, arrêter les phytos et valoriser tous ses animaux en bio.
Démarrage d’une production de boeufs gascons (en pur et croisés Limousin / Charolais) finis à l’herbe.
Projet d’arrêter la production de broutards et diminuer les vaches.
ECONOMIQUE :
EBE de 76 651 € en 2021
Peu d’emprunts
EBE/Produits = 56%.
FAISABILITÉ DE LA FINITION DES BOVINS ALLAITANTS BIO À L’HERBE
Dans ce contexte de changement climatique, certains éleveurs commencent déjà à s’adapter en s’orientant vers des systèmes plus économes et autonomes. Dans cette optique, l’APABA accompagne un groupe d’éleveurs de vaches allaitantes désireux de finir les animaux à l’herbe ou du moins maximiser la part du pâturage dans la phase d’engraissement, afin de supprimer ou de réduire l’utilisation de concentrés.
Cet accompagnement se traduit par du suivi individuel mais également par des journées collectives. Le groupe aveyronnais s’est notamment déplacé en Corrèze chez Jacques GAUVREAU, éleveur de Limousines qui maîtrise la finition à l’herbe depuis de nombreuses années.
Une seconde journée collective s’est déroulée chez Jérôme ALBOUY (membre du groupe suivi par l’APABA), éleveur de Limousines/ Angus à La Salvetat Peyralès (12440) avec la participation d’un groupe d’éleveurs du Limousin et du Cantal. Les objectifs de la journée étant de découvrir son exploitation puis d’identifier les leviers et pistes d’améliorations de son système de pâturage afin qu’il puisse y intégrer la finition à l’herbe.
Suite à cette journée, Jérôme a décidé d’implanter dans son système de pâturage une à deux parcelles parkings sur lesquelles il pourra affourager l’été s’il n’y a plus de disponibilité en herbe. Une bascule et un parc à contention seront intégrés sur une de ces parcelles afin qu’il puisse peser pour faire des GMQ à l’herbe et intervenir sur les animaux sans ramener le troupeau sur le site de la ferme. L’idée est également de mettre en place un système de pâturage tournant dans lequel ces parcelles parkings seront centrales par rapport aux autres paddocks. Pour le moment, Jérôme n’est pas en rythme de croisière. Il fait varier sa taille de paddocks, le temps de séjour, etc…afin de trouver le schéma qui lui convient le plus.
L’APABA accompagne le groupe d’éleveurs sur la finition à l’herbe depuis maintenant un an, le suivi va continuer mais il est déjà possible de dégager quelques éléments et de tirer des conclusions :
=> Il n’y a pas de modèle type ; la mise en place de la finition à l’herbe est propre à chaque exploitation,
=> Finir un animal avec une ration 100% herbe n’est pas possible sur certains secteurs,
=> Il est important d’adapter le chargement au potentiel des prairies
=> Cette pratique demande beaucoup de technicité sur l’entretien des prairies (choix des espèces, restauration avec le sur semis,…), sur la conception des paddocks et sur la conduite des lots d’animaux.
A travers l’accompagnement du groupe d’éleveurs, d’autres leviers d’adaptation aux aléas climatiques ont été mis en avant, notamment l’agroforesterie, qui présente plusieurs avantages :
=> Ombre au pâturage
=> Maintien de l’humidité dans le sol
=> Possibilité de donner la feuille et donc de pouvoir résister à la sécheresse sur quelques journées sans avoir à utiliser des stocks.
=> Possibilité de se diversifier si plantation d’arbres fruitiers
=> Possibilité de valoriser le bois : plaquettes, bois d’oeuvre, …
Après cette formation, certains éleveurs ont pris contact avec l’association” Arbres, Haies et paysages d’Aveyron” afin d’étudier la possibilité d’implanter un projet d’agro-foresterie sur leurs fermes.
CONCLUSION
En conclusion, les effets du changement climatique sont déjà visibles sur les fermes d’Occitanie. La diversité et la complémentarité des ressources fourragères est une voie intéressante pour sécuriser le système et des pistes sont à explorer pour optimiser la conduite du troupeau.

Par Marion Fustinoni, Chambre d’agriculture de l’Aveyron, Caroline Auguy et Stéphanie Camazon, Chambre d’agriculture du Tarn et Louis Garrigues, APABA les bios de l’Aveyron
Crédits photos : CDA 81, APABA, Shutterstock
Le Photopériodisme pour améliorer la lutte des agnelles en contre-saison : un essai qui a fait ses preuves
Dans les élevages ovins en lutte naturelle de contre-saison, et notamment en agriculture biologique (AB), les performances de reproduction sont dégradées, avec des mises-bas très étalées et un taux de mise-bas plus faible, en particulier chez les agnelles. Des essais avec des traitements lumineux ont été menés dans le cadre de l’appel à projet Bio de la région Occitanie afin d’adapter cette pratique en conditions réelles dans deux élevages du département de l’Aveyron.
Accompagné par l’INRAe, Unotec a suivi l’un de ces élevages, situé sur le Lévézou avec une production en agriculture biologique. L’objectif était d’améliorer la fertilité et le groupage des mises-bas des agnelles lors d‘une lutte à contre-saison, grâce à l’utilisation d’un nouveau protocole lumineux sans mélatonine combiné à l’effet bélier.
En effet, le cahier des charges AB interdit l’induction et la synchronisation hormonale des chaleurs, mais autorise les traitements lumineux (sans mélatonine) mimant une photopériode favorable à la reproduction à contre-saison (Pellicer-Rubio et al 2019).
QUEL PROTOCOLE LUMINEUX METTRE EN PLACE ?
Pendant deux années consécutives, un protocole lumineux a été mis en place pour améliorer la lutte des agnelles (fig.1). Celui-ci consiste à simuler des jours longs avant la lutte puis à diminuer la durée de jour afin de mimer la période de reproduction naturelle des ovins. Il s’organisait avec la réalisation de 70 jours longs avec 16h d’éclairement puis 50 jours courts de 12h d’éclairement, 50 jours courts de 10h de lumière et enfin 50 jours à 8h d’éclairement. Les béliers sont introduits le 1er juin après avoir été écartés des agnelles pour la réalisation de l’effet bélier. Selon les années, le nombre de béliers était de 1 bélier pour 15 et 1 bélier pour 11 brebis. L’âge des agnelles à la lutte dans cet élevage est plutôt atypique. En moyenne, les agnelles ont été luttées à 9 mois d’âge ce qui est plutôt âgé par rapport à certaines pratiques. Le nombre d’agnelles luttées est également élevé avec 406 agnelles luttées ce qui donne un échantillon très grand.
Afin de vérifier le bon développement des agnelles et pour que cela ne limite pas la reproduction, un suivi du poids et des Notes d’Etat Corporel (NEC) a été réalisé. Des échographies ont permis de connaître les prévisions de mises bas au bout de 60 jours de lutte et 45 jours après le retrait des béliers.

COMMENT ADAPTER SON BÂTIMENT ?
Pour utiliser la photopériode comme outil de synchronisation et désaisonnement des chaleurs des agnelles, la première condition est d’avoir un bâtiment spécifiquement dédié aux agnelles. Ce traitement lumineux n’est pas applicable si les agnelles sont logées dans le même bâtiment que les brebis pour des questions d’organisation du travail.
Afin que le signal lumineux soit bien capté par l’animal, l’intensité lumineuse dans le bâtiment au niveau des yeux de l’agnelle doit atteindre 200 lux. Dans le cas étudié, les néons ont été doublés et remplacés par des néons Led. Une étude par un électricien peut être réalisée pour estimer les investissements à effectuer. Mais pour faire la photopériode, il faut également faire le noir total, ce qui est souvent le plus compliqué. Si pendant les périodes d’éclairement, les agnelles peuvent aller au pâturage, il faut que la nuit complète soit réalisée dans le bâtiment le reste du temps. Pour cela, les éleveurs ont placé aux fenêtres des bâches noires d’ensilage qui occultaient la lumière du jour. D’autres méthodes pourraient être envisagées avec des volets en bois, etc… mais elles nécessitent de plus grands investissements. Concernant la ventilation, le bâtiment est équipé d’une ventilation dynamique avec des extracteurs d’air latéraux.

L’investissement réalisé pour adapter le bâtiment au protocole de photopériodisme s’élevait en 2020 à 6 250 € hors taxe pour la mise en place des bâches aux fenêtres, l’achat et la pose, main d’oeuvre comprise, d’une horloge automatique et de 27 néons à tubes led de 1.50m.
COMMENT ORGANISER SON TEMPS DE TRAVAIL ?
Pendant les phases d’extinction de la lumière, il n’est pas possible d’entrer dans le bâtiment pour ne pas risquer de provoquer un signal lumineux parasite. Ainsi, les horaires d’allumage et d’extinction de la lumière sont à réfléchir en fonction de l’organisation du travail (alimentation, paillage, soin aux animaux) et du pâturage.
Le protocole s’adapte à chaque éleveur mais une fois que l’heure d’allumage est définie, elle doit rester fixe pour toute la durée du protocole. Par exemple, dans le tableau (tab.1), les heures d’allumage et d’extinction de la lumière ont été définies avec un début à 6h du matin. Le pâturage est compatible avec cette pratique mais il est préférable de sortir les animaux 30 min après l’heure d’allumage et de les rentrer 30 min avant l’heure d’extinction des lumières pour être sûr de bien respecter les horaires.

PHOTOPÉRIODISME ET CAHIER DES CHARGES AB
Le cahier des charges de l’Agriculture Biologique interdit l’utilisation d’hormones de synchronisation des chaleurs pour la reproduction des ovins. La pratique du photopériodisme permet donc de respecter ce point. Concernant le pâturage obligatoire des agnelles en saison de pacage à partir de 6 mois d’âge, l’intensité lumineuse minimale de 200 lux est atteinte à l’extérieur même par temps gris, ce qui permet de sortir les agnelles pendant les phases d’éclairement. Une réflexion doit aussi être apportée sur les heures d’allumage et d’extinction pour permettre le pâturage en période printanière et éviter de sortir les bêtes alors qu’il y a de la rosée dans les pâtures et limiter ainsi le parasitisme.
RÉSULTATS
Au cours des 2 années d’essais, nous avons observé une amélioration dans les résultats globaux de reproduction des agnelles.
Le taux de mise-bas a été amélioré de 13 points et de 16 points par rapport à la campagne 2019. Mais au-delà du nombre de vides qui a été réduit, le groupage des mise-bas s’est nettement amélioré et se rapproche même de celui des élevages luttant les agnelles en monte-naturelle en saison favorable. Le pourcentage d’agnelles constatées pleines à la première échographie au bout de 60 jours de lutte est passé de 40% en 2019 à 80% en 2020 et 2021. De même, la durée pour atteindre 90% des mises-bas a été réduite de 30 à 50 jours entre 2019 (année sans photopériodisme) et 2020 et 2021. Le graphique compare les résultats obtenus dans cet élevage avec photopériodisme par rapport aux références des élevages luttant les agnelles en monte naturelle en système précoce ou tardif.
Comme précisé précédemment, l’âge des agnelles à la lutte était de 9 mois en moyenne mais avec une variabilité entre 7,5 mois et plus de 9 mois. Ainsi, lorsque l’on s’intéresse aux résultats d’échographies selon l’âge des agnelles, on remarque que le pourcentage d’agnelles constatées vides à la première échographie mais pleines à la deuxième est plus important pour les agnelles jeunes. L’âge à la lutte reste donc un critère clé dans la lutte des agnelles. Les préconisations déterminent un âge critique de 8 mois en-dessous duquel les résultats de reproduction risquent d’être impactés si les agnelles sont luttées avant.
Pour compléter l’étude, des prises de sang ont été réalisées sur un échantillon d’agnelles afin de déterminer le pourcentage d’entre elles qui étaient cyclées avant l’effet bélier grâce au dosage de la progestérone dans le sang. Sur 36 agnelles, seulement 7 étaient cyclées soit 19,4% d’agnelles cyclées. Cette information montre que l’effet bélier est primordial dans la réalisation de ce protocole pour induire les chaleurs.
Au-delà des impacts sur la reproduction, l’essai photopériodisme a montré une influence sur la lactation des agnelles. Entre la campagne laitière 2020 et la campagne laitière 2021, le volume livré a augmenté de 19% pour le GAEC du Maubert. Cette différence s’explique en partie par une durée de lactation plus longue du fait du groupage des mises-bas et un nombre d’agnelles vides plus faible.


L’essai photopériodisme a montré l’amélioration des résultats de reproduction et un meilleur groupage des mises-bas pour les agnelles luttées en contre-saison en monte naturelle avec une répétition des résultats au cours des deux années d’étude. Le groupage des mises-bas se rapproche même des résultats d’élevages tardifs. De plus, la grande taille du troupeau d’agnelles observé rend les résultats plus robustes et plus fiables. Cependant, ils ont été obtenus en maximisant les chances de réussite par un sex-ratio élevé, un âge des agnelles à la lutte favorable et la pratique de l’effet bélier. C’est bien la combinaison de ces bonnes pratiques qui rendent les résultats concluants.
Les investissements pour mettre en place cette pratique sont inférieurs aux gains sur la lutte et la lactation des agnelles à condition que les agnelles soient déjà logées dans un bâtiment séparé des adultes. Elle reste adaptable à l’organisation du travail de chaque éleveur et permet également le pâturage bien que nous n’ayons pas de résultats en condition de pâturage des agnelles pour le moment. Cette pratique demande encore à être appréciée dans le cadre de l’évaluation de la durabilité des élevages ovins lait puisqu’elle demande une plus forte consommation d’électricité mais permet de réduire le nombre d’animaux improductifs présents en élevage et d’allonger la durée de lactation des agnelles.
Pour faire suite aux deux années d’expérimentation, un nouveau protocole est testé pour les luttes de 2022. L’objectif est d’améliorer encore le groupage des mises-bas. Les éleveurs vont réduire la durée des paliers de jours courts avec non pas 50 jours mais 25 jours à 12h, 25 jours à 10h puis 50 jours à 8h de lumière. Les jours longs restent inchangés pour bien marquer la différence avec les jours courts.
L’objectif est également de connaître l’impact sur les antenaises, lors de la lutte suivante. Des échantillons de lait vont être analysés afin de doser la quantité de progestérone dans le lait et ainsi savoir si les brebis sont cyclées, avant effet bélier. Les résultats seront comparés entre antenaises et brebis adultes pour savoir si l’année suivant le photopériodisme, les antenaises sont autant cyclées que les brebis adultes pour la lutte.
LE POINT DE VUE DE L’ÉLEVEUR
Dominique Bru est installé en GAEC avec sa femme sur la commune de Salles-Curan. Tous deux sont aidés par leur fils Jean-Baptiste, salarié sur l’exploitation. Ils livrent leur lait en Agriculture Biologique pour la laiterie Papillon avec une traite toute l’année grâce à l’élevage de deux troupeaux de brebis. Ils ont mis en place le protocole photopériodique en collaboration avec Unotec notamment Gilles Noubel (animateur d’équipe de Rodez), Lucie Loubière (référente agriculture biologique) et Cécile Guizard, technicienne troupeau intervenant au GAEC du Maubert.
Pourquoi avez-vous décidé de tester le photopériodisme pour la lutte de vos agnelles en contre-saison ?
Dominique Bru (DB) : « Les deux premières années en bio, la reproduction ne marchait pas du tout. J’avais 40% des agnelles qui mettaient bas à peu près quand je souhaitais et après, cela me décalait toutes les luttes. Le troupeau aussi était décalé. Le problème sanitaire se greffait aussi là dessus car il y avait des agneaux tout le temps dans la bergerie et si la crypto se déclenchait par exemple, cela devenait difficile à gérer. »
Quels ont été les changements apportés par le photopériodisme ?
« Je suis passé d’un système bien réglé avec l’insémination à l’anarchie complète. Le photopériodisme a permis de tout recaler. On fait aussi plus de lait avec les agnelles alors qu’avant 40% seulement des agnelles étaient traites. Les agnelles qui ne mettent pas bas, je les gardais malgré tout mais elles étaient grasses à la lutte suivante même avec un peu moins d’aliment. Alors on ne savait pas les faire maigrir tandis qu’en même temps il fallait faire grossir les vieilles brebis pour la lutte. C’était le bazar. »
Quels sont les inconvénients de cette pratique selon vous ?
« Cela demande plus d’organisation par rapport à la mise à l’herbe. Je ne vois pas beaucoup d’inconvénients. Il faut de la rigueur mais c’est aussi le cas quand on pose les éponges pour l’insémination avec les heures de pose et de retrait, …»

Par Lucie Loubière, Référente agriculture biologique, Unotec
Crédits photos : Shutterstock
Rencontre marché bio, loi EGalim 2 et contractualisation : quels changements pour la filière viande bovine ?
Les opérateurs de la filière bovine bio d’Occitanie se sont retrouvés le 7 avril 2022 dernier à Albi pour une matinée d’échanges consacrée aux problématiques de marchés, de contractualisation et pour présenter leur point de vue sur le contexte actuel de la filière. La nouveauté de la loi EGalim2, les questions de commercialisation des viandes bio et de répercussion des coûts de production de l’amont à l’aval ont animé les débats.
EGALIM2, UN CADRE RÈGLEMENTAIRE POUR REDONNER LA MAIN AUX PRODUCTEURS ?
M. CAZOTTES, directeur adjoint de la DRAAF Occitanie, a rappelé les principes de la loi EGalim2, entrée en vigueur au 1er janvier 2022 pour la filière bovine. Cette dernière vise à encadrer les relations commerciales entre les différents opérateurs de la filière, avec pour objectif d’infléchir le rapport de force en faveur des producteurs, à travers plusieurs modalités :
=> A l’amont, le cadre règlementaire impose l’établissement d’un contrat entre l’éleveur et son premier acheteur. Celui-ci est établis à l’initiative de l’éleveur qui choisit d’y faire figurer des indicateurs de formation du prix (coûts de production, prix de marché, qualité, origine, etc.), ainsi que des clauses de révision en cas d’évolution des indicateurs.
=> A l’aval, la loi implique une sacralisation du coût des matières premières dans les négociations.
Afin d’accompagner les producteurs dans la mise en application de ces exigences, les représentants d’Interbev Occitanie ont présenté les modèles de contrats élaborés par l’interprofession bovine nationale, et disponibles sur leur site internet : bit.ly/3Qt9EZJ. Concernant les indicateurs pour la filière biologique, un travail a été mené au niveau national pour définir des prix de revient des animaux bio (consultables sur le site de l’Institut de l’Elevage : bit.ly/3bFsRsu), et la parution de cotations Gros Bovins bio est attendue dans le courant de l’année 2022.
Interbev Occitanie a également présenté l’exemple de la filière Label Rouge, pour laquelle des modalités de contractualisation ont déjà été mises en place. Cette dernière exige en effet l’établissement d’un contrat annuel entre producteur et acheteur, incluant un engagement sur des volumes et l’établissement d’indicateurs pour la fixation du prix.
EVOLUTION DES REVENUS DES ÉLEVEURS BIO ALLAITANTS : QUELS LEVIERS TECHNICO-ÉCONOMIQUES POUR GAGNER EN PERFORMANCE ?
Christèle PINEAU a présenté l’analyse réalisée par l’IDELE et INOSYS sur l’établissement de références économiques en élevage bovin biologique, basé sur les données de 169 exploitations situées dans le Massif Central et en Lozère.
L’étude démontre que sur la période de référence étudiée, les éleveurs bio dégagent un revenu légèrement supérieur aux éleveurs conventionnels, grâce notamment à la mise en place de systèmes d’élevage plus autonomes et donc une meilleure maîtrise de leurs charges de production. 3 leviers se dégagent pour améliorer la rentabilité de l’atelier d’élevage sur les exploitations :
1. Rendre les charges plus efficaces : à travers la maîtrise des coûts et le développement de systèmes plus autonomes
2. Maîtriser la productivité du travail : productivité par animal d’abord et par unité de main d’oeuvre
3. Améliorer le produit de l’atelier : en diversifiant sa production et en allant sur des produits à forte valeur ajoutée.
Attention, concernant la vente directe l’étude confirme qu’elle peut être un levier intéressant à condition de bien maîtriser ses prix de vente en fonction de ses charges de transformation.


CE QU’EN PENSENT LES OPÉRATEURS DE LA FILIÈRE :
Une table ronde est venue clôturer la matinée, permettant de débattre du contexte de la filière bovine biologique avec différents opérateurs reconnus pour leur implication sur cette filière :
=> Thierry Saint-Saens, directeur de la coopérative SICABA (Auvergne-Rhône-Alpes) comme intervenant extra-régional :
M. Saint-Saens précise que sa structure, qui commercialise 90% d’animaux sous signes de qualité dont une majorité de Bio, a déjà mis en place des réunions trimestrielles pour débattre de la formation des prix en fonction du contexte offre-demande. Il pointe également plusieurs difficultés rencontrées dans l’application du cadre EGalim2, notamment liées à l’impossibilité de répercuter les hausses de prix demandées par l’amont sur des débouchés comme la restauration collective. Il évoque également les contraintes de respect de l’équilibre matière très présentes sur cette filière, ainsi que les variations rapides de prix sur les produits carnés, notamment liées à une demande très dépendante des conditions météo (demande plus axée sur des pièces à griller lorsqu’il fait beau, etc.).
=>Rémi Fenouillet, responsable du Secteur Sud-Ouest pour UNEBIO, entreprise de mise en marché des viandes biologiques de rayonnement national :
Chez UNEBIO, qui fédère 2800 producteurs au niveau national, les éleveurs contractualisent sur une grille de prix validée par le réseau. Un budget a également été mis en place pour mutualiser les risques sur la filière, ce qui a permis de rémunérer des éleveurs au prix Bio alors que leurs animaux devaient être déclassés dans la filière conventionnelle.
=>Charlotte Vernet, en charge du suivi des éleveurs Bio au service technique de la Coopérative CELIA basée en Aveyron :
La coopérative compte 145 éleveurs de bovins bio, dont 70 éleveurs qui livrent des volumes conséquents (les autres étant prioritairement tournés vers la vente directe), sur des races locales Aubrac et Salers. Une commission Bio a été mise en place au sein de la coop pour que les adhérents puissent échanger sur les problématiques marchés avec la filiale Languedoc Lozère Viandes. Un système de grille de prix basée sur le type racial, la conformation et l’engraissement, et actualisée tous les mois en fonction des coûts de production et du prix de marché a été mis en place. Cette grille s’inspire du modèle mis en place sur la Filière Label Rouge, avec un objectif de rémunération supérieure des éleveurs Bio.
=>Jessie Bonaldo, chargée de structuration filière amont et aval pour l’entreprise GERSBOEUF :
L’entreprise met en marché les animaux de 33 éleveurs de bovins, porcs et agneaux, situés essentiellement sur le département du Gers, et à 95% en Bio. Historiquement, l’élaboration d’une grille de prix était réalisée avec l’appui de la Chambre d’agriculture du Gers. Depuis 2021, la contractualisation a été mise en place au sein de la structure, sur un modèle de contrat triennal avec des engagements demandés sur des volumes, et une proposition de tunnel de prix qui évolue en fonction du contexte.
=> Thomas Ramade, gérant de la boucherie bio PIC BOEUF dans les Hautes Pyrénées :
M. Ramade alerte sur la faible acceptabilité d’une augmentation des tarifs de la viande bio par les consommateurs. La demande est aujourd’hui très orientée sur le steak haché, un vrai travail reste à mener sur la sensibilisation des consommateurs au vrai prix des produits en bio.
=>Benoit Hournon, gérant de deux magasins BIOCOOP sur la commune de Toulouse, et élu de la commission Produits Frais du réseau BIOCOOP national :
Les magasins BIOCOOP ont la volonté de promouvoir les démarches d’engagement équitable telles que la certification Bio Equitable en France, ces dernières impliquant une contractualisation qui rejoint les exigences d’EGalim2. Cependant, après des années de marché bio en recherche de production, M. Hournon avertit que la dynamique est aujourd’hui en train de s’inverser.
QUELS BESOINS DE LA FILIÈRE AUJOURD’HUI ?
Les producteurs présents lors de cette rencontre ont souligné la difficulté qu’ils avaient de proposer des modèles de contrats à leur premier acheteur, notamment en l’absence de références technico-économiques précises pour leurs exploitations, et de visibilité sur les sorties de leurs animaux.
Il apparaît donc nécessaire d’aider le monde agricole à s’emparer des références technico-économiques existantes, de l’accompagner pour mieux planifier la production des élevages et pour aller vers des systèmes toujours plus autonomes.
Concernant les relations commerciales à l’aval de la filière, celles-ci sont aujourd’hui contraintes par une demande du marché bio stable voire en légère régression depuis 2021. Il est donc plus que jamais nécessaire de relancer la demande en rappelant les atouts de la production biologique auprès des consommateurs.
La campagne de communication nationale portée par l’Agence Bio lancée au printemps 2022, « Ayons le Bio Réflexe », poursuit cet objectif. Tous les supports de présentation de la journée sont disponibles en ligne sur le site d’Interbio Occitanie : interbio-occitanie.com
Par Marianne Sanlaville, La Coopération Agricole Occitanie et Anne Glandières, Chambre Régionale d’Agriculture Occitanie
Crédit Photo : Interbio Occitanie et Shutterstock
Visionnez nos 3 capsules vidéos sur la bio en restauration collective - Halte aux préjugés

Afin de prouver que manger bio et régional dans les restaurants collectifs, c’est possible, Interbio Occitanie, en partenariat avec Bio Occitanie et la Chambre régionale d’Occitanie, a réalisé 3 capsules vidéos répondant, via des témoignages divers, aux principaux freins :
Vidéos réalisées grâce au soutien de la DRAAF Occitanie
Évolutions réglementaires 2022
Évolutions réglementaires 2022 sur la disponibilité sur le marché de matériel biologique et en conversion, de reproduction des végétaux et des animaux biologiques.
Pour le matériel végétal utilisable en AB, la base de données semences-biologiques.org s’est enrichie des plants en arboriculture et viticulture. Ceux-ci sont indiqués en Autorisation Générale dans le tableau des statuts car ils sont considérés comme temporairement indisponibles sur le territoire.
=> bit.ly/3P8mjjt
En effet, les filières de constitution de plants de cultures pérennes en AB sont balbutiantes. D’ailleurs, pour encourager le développement de ce secteur, la commission européenne a produit un règlement délégué le 17 janvier 2022 autorisant l’utilisation de matériel non biologique de reproduction des végétaux, à condition qu’il soit cultivé dans des conditions biologiques. Ainsi progressivement les opérateurs de l’AB pourront choisir du matériel de reproduction végétal issu de l’AB lorsque des plants bio ne seront pas disponibles.
Par souci de suivi des filières concernées, le site semences-biologiques.org permet d’enregistrer les intentions/ besoins de plantation pour les plants arboricoles et viticoles à travers la fonctionnalité « Renseigner les besoins ».
En plus des produits végétaux, le nouveau règlement européen bio (article 26 du R2018/848) a élargi aux animaux reproducteurs la collecte de données concernant la disponibilité sur le marché d’animaux biologiques. Ainsi chaque état-membre doit tenir à jour une base de données recensant les opérateurs qui sont en mesure de fournir ces matériels et animaux en quantité suffisante et dans un délai raisonnable. En France l’INAO a mis en ligne le 28 avril cette base de données sur le site :
=> animaux-biologiques.org
Pour l’instant seuls les volets « consultation » et « publication » des offres sont disponibles. Il faut encourager les éleveurs à inscrire leurs animaux reproducteurs à vendre sur ce nouvel outil et à consulter le site chaque fois qu’ils souhaitent acheter des animaux biologiques.
Par contre, le dispositif démarrant en 2022, les dérogations pour l’achat d’animaux non bio vont être possibles mais le module « demande de dérogation » ne sera opérationnel qu’en septembre.
Par Anne GLANDIERES, CRAO (Chambre régionales d’Agriculture, Occitanie)
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